Salvador Dali, à l’honneur des deux côtés de l’Atlantique

Salvador Felipe Jacinto Dalí, premier marquis de Dali et de Púbol (1904 -1989), grand maître du surréalisme espagnol, reçoit actuellement un hommage sans précédent des deux côtés de l'Atlantique. En effet, tandis qu'à Paris une grande exposition de quelque 200 œuvres de Dali verra encore affluer les visiteurs à Beaubourg jusqu'au 25 mars 2013 [1], Montréal lui consacre trois manifestions culturelles très originales. Ce fut d'abord, le 5 novembre dernier, le dévoilement, après des décennies d'oubli, du gigantesque rideau
de scène (9x 12 mètres) peint par Dali en 1944 pour Tristan fou, avec une chorégraphie de Léonide Massine.
La toile de Dali avait dormi pendant des décennies chez le marquis de Cuevas (mécène du ballet), avant d'être achetée par une fondation culturelle suisse privée.


Dévoilement du rideau de scène de Dali, à Montréal, le 5 novembre 2012.
Source : ARTFINO Canada

Ouvre à partir du 13 décembre, une exposition de photographies préludant au spectacle de Daniele Finzi Pasca intitulé La Verità. Ce sera, enfin, du 17 janvier au 3 février 2013, au théâtre Maisonneuve, la première mondiale de La Verità à La Place des Arts, spectacle auquel participeront marionnettistes, acrobates, danseurs et chanteurs.

L'élément central du décor de cette grande fresque scénique sera le rideau de tulle de Dali, illustration du mythe fondateur de l'amour courtois, revisité à la lumière de la psychanalyse.

Après Montréal, l'œuvre et les artistes de La Verità effectueront une tournée à travers l'Europe et l'Amérique latine.


Madame Jennifer Whisper, critique d'art et commissaire de l'exposition Finzi Pasca, Dali & La Verità a bien voulu nous présenter la deuxième de ces manifestations montréalaises. Nous lui donnons bien volontiers la parole :



À l'occasion de la représentation de La Verità, dont la première aura lieu au théâtre Maisonneuve de La Place des Arts de Montréal le 17 janvier 2013, et succédant au dévoilement du rideau de scène de Salvador Dali organisé le mois dernier, l'exposition photographique Finzi Pasca, Dali & La Verità donnera un avant-goût du spectacle qui sera présenté jusqu'au 3 février 2013.

Aux photographies de précédents spectacles de Daniele Finzi Pasca (Donka, Nebbia, Pagliaci et Icaro) s'ajouteront des images de répétitions de La Verità.


 

Ces œuvres de Viviana Congialosi témoignent de l'originalité du travail scénique de la Compagnie Finzi Pasca dans son utilisation de l'acrobatie à des fins poétiques et philosophiques. C'est également avec l'acrobatie, la contorsion, mais aussi la jonglerie, la clownerie, la danse et le chant que la Compagnie traite un sujet hautement philosophique : la vérité. Non pas « Qu'en est-il de la vérité en peinture ? », comme se le demanda Jacques Derrida, empruntant la question à Paul Cézanne, mais « Qu'en est-il de la vérité au théâtre où l'on fait toujours semblant, où l'on nous fait croire, même si ce n'est pas vrai, que le personnage venu devant nous sur les planches peut mourir ? ».

 

La scène de la mort de l'amant est au cœur du rideau de scène de Dali qui fera des apparitions ponctuelles dans La Verità. Il représente Yseult confrontée au spectre de Tristan, dans la récriture du mythe qu'en fit Salvador Dali, en collaboration avec Léonide Massine qui conçut la chorégraphie de Mad Tristan (Tristan fou) pour le Metropolitan Opera de New York, en 1944. L'exposition présentera une quinzaine de photographies d'archives de Roger Wood, permettant de découvrir les deux décors et les costumes de ce ballet. Le choix scrupuleux des photos de répétitions, effectué en étroite collaboration avec la photographe Viviana Congialosi et la Compagnie Finzi Pasca, donnera une idée de la façon de transposer certains éléments daliniens comme les béquilles, le diabolo, le tutu, le rhinocéros ou les draps et voiles blancs. Deux portraits de Dali seront également présentés, le premier de Bob Sandberg où Dali écrit sur une danseuse arc-boutée et, le second, de Robert Descharnes où le peintre se met en scène en soufflant une fleur de pissenlit, c'est-à-dire, dans l'allégorie de son rideau,…la tête d'Yseult.

L'exposition, à l'Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de La Place des Arts de Montréal, s'ouvrira cette semaine (le 13 décembre). 

Voici deux enregistrements sonores des présentations que j'ai données, l'une à la radio anglaise (BBC), la seconde devant le public montréalais  (3000 personnes) :

TRISTAN FOU, Salvador Dali (1944), présentation du rideau (18 min.)

Dali's Mad Tristan On View in Quebec

Jennifer Whisper, Montréal

[1] Centre Pompidou, Paris IIIe

[2] En 1917, Léonide Massine avait déjà commandé à Pablo Picasso un rideau de scène, devenu célèbre celui-là, pour son ballet en un acte Parade, musique d'Erik Satie, sur un argument poétique de Jean Cocteau. Excusez du peu…