Le mot roulette a commencé à faire partie du lexique anglais en 1734. Il est emprunté au français, langue dans laquelle il désigne une petite roue. Ce diminutif provient lui-même de l'ancien français roelete. Ce mot français n'est pas toujours traduit par roulette en anglais : dans le domaine industriel, la traduction est caster (lit à roulettes = bed on casters), en dentisterie, il est question de drill, en cuisine, on parle de pastry wheel, en couture, l'expression utilisée est tracing wheel et en reliure, "roulette" se dit fillet. En anglais, le mot roulette est un terme technique utilisé dans divers domaines ; par exemple, il désigne une petite roue pourvue de dents tranchantes et utilisée pour tracer des lignes de marques ou obtenir des perforations. Cependant, le sens le plus fréquent du mot "roulette" en anglais est “un jeu de hasard au cours duquel les joueurs parient sur le compartiment d'une roue tournant sur elle-même dans lequel une bille s'arrêtera. Par extension, ce mot est utilisé métaphoriquement pour désigner un degré élevé de hasard ou d'imprévisibilité.” (Merriam Webster Online Dictionary). (Le mot français croupier désigne en anglais également un employé de casino chargé de prendre les paris et de distribuer les gains à une table de jeu.)
Russian Roulette
La roulette russe est un jeu dangereux au cours duquel les participants placent une seule balle dans un revolver, font tourner le barillet, posent l'extrémité du canon contre leur tempe et appuient sur la détente. Le mot "russe" désigne le pays d'origine présumé de ce jeu, tandis que le mot "roulette" est une allusion au risque couru et que le mouvement circulaire imprimé au barillet évoque la rotation de la roulette, deux éléments présents dans le jeu de casino.
Dans cette vidéo, un homme joue à la roulette russe avec une femme. Chaque fois qu'il tire, elle enlève un vêtement. Cet homme ne sait pas quand il est temps de s'arrêter.
En Indiana, aux Etats-Unis, un homme jouait à la roulette russe avec son chien. Il a tiré une ou deux fois sur ce chien sans lui faire de mal, avant de diriger l'arme vers lui-même. Le coup suivant lui a été fatal.
French Roulette:
La French Roulette est un jeu de casino semblable au jeu pratiqué dans la plupart des casinos, mais elle a des caractéristiques qui la différencient de la roulette traditionnelle et lui conféreraient même une supériorité sur celle-ci.
Chatroulette
Ce mot, qui combine chat (conversation) et “roulette”, est le nom d'un site Web qui apparie au hasard des personnes du monde entier qui ne se connaissent pas pour qu'elles se parlent en utilisant une cybercaméra. La personne qui se connecte au site entame une conversation en ligne (avec son et image, avec son seul ou en mode texte) avec un autre visiteur déterminé par le sort. A tout moment, l'une et l'autre peuvent mettre fin à l'entretien en appuyant sur un bouton "Suivant" et entamer une autre conversation avec un interlocuteur aléatoire.
La Chatroulette a été créée en 2009 par un jeune Russe, Andrey Ternovsiy, âgé alors de 17 ans, qui gère ce site depuis sa chambre avec l'aide de quatre programmeurs qui travaillent à distance. Ce site est financé par de la publicité et des liens avec un service de rendez-vous en ligne.
Selon une étude informelle publiée en mars 2010, près de la moitié des appariements de Chatroulette mettait un utilisateur en relation avec une personne résidant aux Etats-Unis. La France venait en seconde position, avec 15 %. (Wikipedia)
Terminons en musique : dans la vidéo qui suit, Bruce Springsteen chante et interprète “Roulette”.
En mai 2010, un jeune garçon californien de 13 ans du nom de Jordan Romero devint le plus jeune alpiniste arrivé au sommet de l’Everest.
Jordan Romero
Le mont Everest représente la sixième ascension majeure de Jordan. Son premier exploit fut l’ascension du mont Kilimandjaro en Tanzanie. Voici les détails des six sommets, chacun représentant le point culminant de son continent respectif.
Date de l’escalade
Montagne
Pays
Altitude
avril 2006
Kilimandjaro
Tanzanie
5.892 m
juillet 2007
Elbrouz
Russie
5.642 m
déc. 2007
Aconcagua
Argentine
6.962 m
juin 2008
Mont McKinley
Etats-Unis
6.194 m
sept 2009
Puncak Jaya (pyramide Carstensz)
Indonésie
4.884 m
mai 2010
Everest
Népal, Chine
8.848 m
Son prochain défi est de parvenir au sommet du mont Vinson, le point culminant de l’Antarctique à 4,897 m.
Jordan Romero a dorénavant un plus jeune compétiteur: Tyler Armstrong, 7 ans, est parvenu au sommet du Mont Mc Whitney, le plus sommet des Etats-Unis (hors Hawaii). Il a grimpé la montagne en moins de huit heures, accompagné de son père. Tyler voudrait escalader le Kilimandjaro l’année prochaine, mais il devra préalablement obtenir une autorisation spéciale. En effet, l’escalade du plus haut sommet d’Afrique ne peut se faire qu’à partir de dix ans.
Tyler Armstrong, sept ans et deux dents manquantes au sommet du mont Whitney
Note historique
Edmund Hillary (Nouvelle-Zélande) fut le premier à avoir gravi l'Everest en 1953.
Il a dit :
« Ce n’est pas la montagne que nous vainquons, c’est nous-mêmes. »
Il a aussi dit en redescendant l’Everest :
« Eh bien, nous l'avons eu, ce salaud ! »
Le glossaire de Jonathan sur l'alpinisme
abseiling, roping down, rappel
descente en rappel
altitude sickness
mal de montagnes
avalanche
avalanche
bagging, peak- / -mountain-bagging
collectionner des sommets
base camp
camp de base
bivouac sack/bivvy (or bivy) bag
bivouac
bouldering
escalade sur blocs (faire du bloc)
crampons
crampons
cairn
cairn
crevasse, deep fissure
crevasse
eight-thousander
sommet de plus de huit mille mètres
expedition
expédition
furrow
couloir
glacier
glacier
glissade, slide
glissade
ice-climbing
escalade de glace
mountain
montagne
mountain-climbing, mountaineering
alpinisme
mountain pass, col
col
mountain-range
cordillère
peak
pic
rock-climbing
escalade, varappe
scrambling, alpine scrambling
escalade facile
slope
pente
snowshoes
raquettes
snowstorm
tempête de neige
summit
sommet
traditional climbing, trad climbing
escalade en terrain d’aventure
cascade de glace * Escalade d’une falaise à-pic
Livres à lire :
No Shortcuts to the Top: Climbing the World's 14 Highest Peaks
Ed Viesturs & David Roberts
Novembre 2007
Le guide de la montagne : Randonnée, escalade, alpinisme, trekking, expédition Traduit de l’anglais
de la plume de notre auteur invité, historien et linguiste,
Jean Leclercq
Carte postale française de 1904 montrant Britannia et Marianne dansant ensemble, symbole de la nouvelle coopération entre les deux nations
Cet article est le troisième et dernier volet de notre série. Si vous ne les avez pas déjà lus, nous vous invitons à lire la première et la deuxième partie de cette série :
« En 1066, Guillaume de Normandie conquiert l'Angleterre » (lien)
« Par le traité de Troyes (1420), Henry V d'Angleterre devient héritier du royaume de France » (lien)
Les projets d'union intime des deux pays: l'offre de Churchill (juin 1940) et la proposition de Guy Mollet (septembre 1956)
Au début du XXe siècle, face à la montée des périls en Europe, la Grande-Bretagne veut sortir de son « splendide isolement » et se cherche un allié continental. La présence d'un roi francophile (Édouard VII) et celle, en France, d'un grand ministre des affaires étrangères (Théophile Delcassé) conduisent à l'Entente cordiale (1904).
Le roi d’Angleterre,
Édouard VII
Le ministre français des affaires étrangères,
Théophile Delcassé
La fraternité d'armes de la Grande Guerre consolide cette réconciliation. En 1939, le déclenchement du deuxième conflit mondial va encore resserrer les liens en renforçant la collaboration au sein du Conseil suprême interallié où se décident une action militaire et une politique étrangère communes.
Film français de 1939
Annonce du déclenchement de la seconde guerre mondiale
Survient alors, en mai 1940, l'offensive allemande qui, en six semaines va provoquer l'effondrement de la France. C'est dans ce contexte crépusculaire que le Premier Ministre britannique, Winston Churchill, fait à son homologue français Paul Reynaud, replié à Bordeaux, une offre d'Union franco-britannique pour la durée de la guerre.
Winston Churchill
Paul Reynaud
L'idée en avait été lancée, dès 1939, par des intellectuels français (André Siegfried, Robert Maheu, Georges Scelle, etc.) et anglais (le grand historien Arnold Toynbee et l'écrivain Clarence Street). Elle inspire à Jean Monnet (celui en qui nous reconnaissons aujourd'hui l'architecte de l’Union Européenne), la rédaction, avec son collaborateur et ami Arthur Salter, d'un texte de cinq pages intitulé Anglo-French Unity.
Jean Monnet, économiste et financier de grand talent, il préside à Londres le Comité de coordination de l'effort de guerre.
Charles de Gaulle, général de division, est Sous-Secrétaire d'État à la Guerre.
Il s'agit de fusionner les deux pays en une seule « Union franco-britannique » qui aurait des institutions, une politique, une défense et une nationalité communes. Les deux pays se déclareraient indissolublement unis et inébranlablement résolus à défendre en commun la justice et la liberté contre l'asservissement. Le texte est adopté par le gouvernement britannique le 16 juin 1940 et le général de Gaulle le dicte par téléphone à Paul Reynaud, le même jour à 16h30.
Plaque apposée sur l'immeuble londonien où fut installé le premier Q.G. des Forces françaises libres.
Livrerécent sur la guerre de 1939-1945. Écrit par Jordan Gaspin, Maison d’éditions Ouest-France
Il était malheureusement trop tard car, à Bordeaux, on débattait déjà de la demande d'armistice. Présenté plus tôt, pendant la « drôle de guerre » (the phoney war), le projet aurait pu être examiné à tête reposée. Qui sait s'il n'eut fait réfléchir Hitler? En effet, celui-ci comptait venir à bout de la France et s'entendre ensuite avec les Anglais avant d'attaquer l'URSS. L'Union franco-britannique aurait déjoué ce projet. Même une fois la France entièrement vaincue et envahie, la guerre n'aurait pas été pour autant terminée à l'ouest…
Ordre de mobilisation générale, placardé partout en France dès le 1er septembre 1939.
La discorde chez l'ennemi. Caricature raillant les dissensions au sein de l'état-major allemand où Hitler impose souvent un point de vue contraire à l'orthodoxie militaire.
La proposition britannique n'eut pas d'écho. On peut le regretter car elle eut juridiquement permis de continuer la guerre hors de métropole et avec les forces dont la France disposait encore, notamment une marine intacte. Nos voisins néerlandais, écrasés sous les bombes, battus à plates coutures, n'en avaient pas moins sauvé la situation politique. La reine Wilhelmine et le gouvernement au complet s'étaient réfugiés à Londres, sauvegardant ainsi la légitimité et la souveraineté nationales, et continuant la lutte au côté de la Grande-Bretagne. Si les Anglais ont coutume de dire: let's hope for the best and prepare for the worst, les Français n'avaient pas de Plan B !
Gare aux gaz asphyxiants ! La hantise des populations civiles en 1939.
Affiche suggestive appelant au service auxiliaire les Britanniques de 30 à 50 ans.
La flotte française en 1939. Quelque peu idéalisée, puisque certaines grandes unités représentées ici sont encore en chantier à l’époque, cette flotte aurait pu, en cas d'union franco-britannique, continuer la lutte à partir des bases d'outre-mer et des Îles britanniques. La plus grande partie d’entre elle se sabordera en novembre 1942
À l'automne 1956, alors que se préparait l'expédition de Suez, il semble que le Président du Conseil français, Guy Mollet (qui, avant d'entrer en politique, avait enseigné l'anglais), se soit souvenu de ce précédent. Selon la BBC et sur la foi d'un document d'archives britannique, le chef du gouvernement français aurait proposé une union intime des deux pays et l'entrée de la France dans le Commonwealth britannique. Cette fois, ce fut la partie anglaise qui refusa. Le Premier ministre britannique, Anthony Eden, admit cependant l'idée d'une adhésion de la France au Commonwealth, ce qui aurait supposé que la reine Elizabeth II devînt le chef de l'État français.
Guy Mollet et Anthony Eden
Mais, il semble qu'il n'existe, du côté français, aucun document et que la démarche de Guy Mollet ait été à la fois personnelle et ultraconfidentielle.
Nous laisserons à Denis MacShane, ancien Ministre des Affaires européennes de Tony Blair, le soin de mettre un point final à ces trois actes. Avec un humour dont ses compatriotes ont toujours eu le secret, il voit dans cet ultime avatar « un ajout charmant à cet éternel enchevêtrement » entre les deux pays, « liés depuis que Guillaume le Conquérant a tenté de faire de l'Angleterre une colonie française, il y a mille ans. » Pour lui, « la France et l'Angleterre ressemblent à un vieux couple marié dans lequel chacun songe souvent à tuer l'autre, sans jamais envisager un divorce. »
Thomas Friedman, auteur et journaliste renommé, et Michael Mandelbaum, spécialiste des affaires internationales, organisent un téléforum, en anglais, sur le thème de la position des Etats Unis dans le monde.
Ce téléforum prend place à l'occasion de la sortie du nouveau livre « THAT USED TO BE US » de ces deux co-auteurs.
La diffusion aura lieu le 16 septembre 2011 à 14 heures, heure de New York, (20 heures à Paris).
(Contraction de « web » et de « seminar ». Séminaire se déroulant sur internet, sous la forme d'une sorte de téléconférence interactive.)
teleforum
débat diffusé
teleconference
téléconférence
simulcast
diffusion en simultané
(Ce mot combine broadcast et simultaneously. Dans le passé, simulcast désignait une émission diffusée simultanément à la radio et à la télévision, mais aujourd'hui il s'agit généralement d'une manifestation diffusée (en direct ou non) simultanément en plusieurs lieux, souvent des salles de cinéma ou des écrans géants qui se trouvent dans des salles de spectacle ou en plein air. Le verbe correspondant est to simulcast.)
de la plume de notre auteur invité, historien et linguiste,
Jean Leclercq
Nous avons déjà publié le premier acte, « En 1066, Guillaume de Normandie conquiert l'Angleterre ». (lien). Voici le deuxième acte:
Par le traité de Troyes (1420), Henry V d'Angleterre devient héritier du royaume de France
Au début du XVe siècle, la France traverse une des pires crises de son histoire. Le roi Charles VI est dément. Un premier accès de folie furieuse l'a saisi alors qu'il traversait une forêt, près du Mans. À peine remis, il échappe de peu à la mort au cours de ce que l'on appela par la suite le « Bal des Ardents ».
Le 5 août 1392, en traversant la forêt du Mans, à la tête de son armée, le roi Charles VI fut saisi d'un accès de folie furieuse. Se croyant trahi par les siens, il se précipita sur sa suite et tua quatre personnes de son entourage avant d'être maîtrisé.
La Folie du roi Charles VI, dans la forêt du Mans.
Détail de la miniature de la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet (1400-1444). 15e siècle.
Musée Condé, Chantilly (France).
Il ne retrouvera jamais tout-à-fait la raison. Ses oncles reprennent la tutelle qu'ils exerçaient sur le royaume. De plus, des factions rivales, Bourguignons et Armagnacs, s'entredéchirent. Le roi Henry V d'Angleterre juge le moment favorable à l'exercice des droits assez minces qu'il possède sur le trône de France.
Il commence par demander la main de Catherine, la fille de Charles VI, avec, en guise de dot, la Normandie, la Touraine, le Maine, l'Anjou et le Ponthieu (c'est-à-dire ce que Jean sans Terre avait dû céder à Philippe-Auguste en 1204/1206).
Cette exigence, jugée exorbitante, ayant été rejetée, la guerre de Cent ans reprend entre les deux pays. En 1415, Henry V débarque en Normandie et remporte sur les Français la bataille d'Azincourt (Agincourt, en anglais) où les archers et les hommes d'armes anglais anéantissent la chevalerie française dans un des plus sanglants combats du Moyen-âge.
Fort de cette victoire, Henry V épouse Catherine de France à Troyes (1420), signant à cette occasion un traité qui le fait héritier du trône de France à la mort de Charles VI.
Henry V Mariage de Henri V et Catherine de France
Dès lors, il porte les titres de roi d'Angleterre et d'héritier du royaume de France. Le pari semble gagné: il va régner des deux côtés de la Manche. Mais, il meurt peu après à Vincennes, des suites d'une gastro-entérite. De nos jours encore, les visiteurs du donjon de Vincennes peuvent voir la grande cheminée où l'on fit bouillir la dépouille royale avant de l'emporter en Angleterre.
Le donjon de Vincennes
où mourut Henry V d'Angleterre et où le général Maurice Gamelin établit son poste de commandement, en 1939. (Photo: J.P. Le Padellec)
Avant de mourir, Henry V avait transmis la régence de France à son frère, le duc de Bedford, en l'adjurant de conserver à tout prix le duché de Normandie. Charles VI de France étant mort deux mois après, Bedford fait couronner le petit Henry VI à Notre-Dame de Paris.
Fils d'Henry V, le vainqueur d'Azincourt, et de Catherine de France (ou de Valois), Henry VI est sacré à Paris. Roi d'Angleterre et de France, ses armes portent le lis et le léopard.
Petit-fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, qui lui léguera le royaume au détriment du Dauphin, Henry ne pourra s'opposer à la Pucelle d'Orléans. Le Dauphin, celui qu'on appelle le « petit roi de Bourges », montera sur le trône sous le nom de Charles VII.
Henry VI, sous la coupe de ses favoris, perdra le trône d'Angleterre et finira assassiné, durant la Guerre des Deux-Roses.
Ce sacre d'un tout petit garçon, en 1422, va permettre aux rois d'Angleterre, pendant près de quatre siècles, de s'adjoindre le titre de roi de France. Ce fut Napoléon qui exigea de la Grande-Bretagne, à la Paix d'Amiens (en 1802), qu'elle renonce à ce titre, fût-il alors purement virtuel.
Mais, à la suite d'un de ces nombreux retournements auxquels l'histoire de la France nous a habitués, le dauphin de France, le futur Charles VII, dont le royaume a rétréci comme une peau de chagrin et qu'on appelle le « petit roi de Bourges », va retrouver son pouvoir et son pays, avec l'aide de Jeanne d'Arc. Il sera sacré à Reims en 1429 et « boutera les Anglais hors de France ». Mais comme disait Kipling, « ceci est une autre histoire ».
Couronnement de Charles VII par l’archevêque de Reims, le17 juillet 1429. (Bibliothèque nationale de France)
Des deux côtés de la Manche, les guerres de Cent ans marqueront longtemps les esprits. Lorsqu'en août 1943, à la conférence de Québec, il fut question du débarquement en France, Churchill insista pour qu'il ait lieu sur les plages de la baie de Seine, de préférence à celles du Pas-de-Calais, mieux placées du point de vue de la logistique. Or, cette côte de la baie de Seine, les gens de la région l'appellent familièrement le Chemin des Anglais…
de la plume de notre auteur invité, historien et linguiste,
Jean Leclercq
Introduction
« Une histoire d'amour », titre volontiers provocateur puisque la romance s'est déroulée sur fond d'affrontements souvent violents, mais qui se veut aussi un clin d'œil aux lecteurs, duo et duel étant étymologiquement liés!
En effet, à trois époques de leur histoire, l'Angleterre et la France ont bien failli ne faire qu'un seul et même pays: en 1066, en 1420 et en 1940/1956.
Le premier acte de cette histoire d'amour commence en 1066, avec Guillaume le Conquérant. Pendant près de deux siècles (jusqu'en 1258), le roi d'Angleterre est également duc de Normandie et sa souveraineté s'étend des deux côtés de la Manche.
Au cours du deuxième acte, la couronne de France échappe de peu au roi Henri V d'Angleterre qui meurt deux mois avant le roi Charles VI de France dont il est devenu l'héritier en 1420. Les souverains anglais n'en porteront pas moins le titre de roi de France jusqu'en 1802.
Le troisième acte sera encore plus éphémère puisqu'il ne sera envisagé que pendant quelques heures, en juin 1940, et qu'il restera même secret en 1956.
Cette vie sentimentale mouvementée n'en a pas moins suscité une interpénétration des cultures sans laquelle les deux nations ne seraient pas ce qu'elles sont devenues.
En 1066, Guillaume de Normandie conquiert l'Angleterre
Dès la fin du VIIIe siècle, des Vikings, ceux-là venus du Danemark, commencent à envahir l'est de l'Angleterre, tandis que d'autres s'installent sur les bords de la Seine. Ce sont donc les mêmes peuplades qui s'établissent dans les régions littorales de la Manche. En Angleterre, elles s'intègrent peu à peu au fond de population celtique et saxonne. En France, ces Normands (Nortman, homme du Nord), d'abord honnis et redoutés, vont assez vite se latiniser et se fondre dans la population locale où ils feront merveille en instaurant un état de droit que relèveront les chroniqueurs de l'époque.
Des liens n'en subsistent pas moins entre les deux rameaux danois, notamment successoraux. Le roi d'Angleterre, Édouard le Confesseur, n'ayant pas d'héritier, aurait promis la couronne à son cousin, Guillaume le Bâtard (dont on comprend qu'il avait hâte de changer de nom), duc de Normandie.
Édouard le Confesseur,
roi des Anglo-saxons
1042-1066
Guillaume le Bâtard, duc de Normandie
v. 1027 – 1087.
Détail de la Tapisserie de Bayeux.
Ici, le duc Guillaume ordonne qu'on construise des bateaux.
D'ailleurs, il semble qu'il l'ait également promise à son beau-frère Harold ainsi qu'à Sweyn, le roi du Danemark. Mais, il n'en dispose pas puisqu'à cette époque, la monarchie anglaise est élective et que le choix appartient au Witan. Toujours est-il qu'à la mort d'Édouard, le Witan désigne sans hésitation Harold qui est immédiatement couronné dans la nouvelle abbaye de Westminster.
Guillaume passe à l'action. Comme le montre fidèlement cette magnifique bande dessinée qu'est la Tapisserie de Bayeux, il fait construire une flotte de 750 vaisseaux pour transporter de douze à quinze mille hommes dont cinq à six mille cavaliers.
Détails de la Tapisserie de Bayeux – XIe siècle. Documents obligeamment fournis par la mairie de Bayeux et publiés avec l’autorisation spéciale de la Ville de Bayeux.
Harold étant occupé à repousser une invasion norvégienne sur la côte est de l'Angleterre, Guillaume débarque sans coup férir à Pevensey, le 28 septembre 1066.
La bataille d'Hastings, par Tom Lovell. Tableau commandé par le National Geographic.
Guillaume bat son rival à Hastings et se fait couronner roi d'Angleterre, toujours à Westminster, le jour de Noël 1066. Comme Édouard le Confesseur avait déjà attiré à sa cour un grand nombre de Français, Guillaume le Conquérant et ses vassaux installent à la tête du pays une aristocratie franco-normande qui va diriger l'Angleterre pendant près de quatre siècles, sous la devise: « Dieu et mon droit » (voir note à la fin de l’article).
L'Angleterre s'étend désormais de part et d'autre de la Manche, mais le roi de France, Philippe II Auguste, reprendra la Normandie à Jean sans Terre en 1204 et, deux ans plus tard, l'Anjou, le Maine, la Touraine et le Poitou. Au traité de Paris, en 1258, les négociateurs, en bons terriens, oublient les îles anglo-normandes qui, de ce fait, demeurent anglaises.
Le français devient alors la langue de la cour et des nobles, tandis que le saxon continue d'être parlé par le peuple. D'où la grande richesse de la langue anglaise dans laquelle, par la fusion progressive des deux idiomes, on dispose souvent de deux mots pour chaque concept. L'un concret et populaire, issu du saxon et, l'autre, plus abstrait et littéraire, venu du français. Prenons l'exemple du mot liberté. Lorsqu'il s'adresse à l'assemblée de Virginie, Patrick Henry dit : as for me, give me liberty or give me death! Mais, quand Martin Luther King prononce son célèbre discours, c'est : Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Comme l'écrit fort bien André Maurois, « les beaux vocables saxons qui désignent les outils du paysan, les bêtes de son troupeau ou les fruits de ses récoltes garderont jusqu'à notre temps leurs formes simples et vigoureuses. »
(À suivre)
L'auteur tient à remercier de son aide précieuse Madame Evelyne Spahn, de la mairie de Bayeux.
“ Depuis 49 ans, je vis avec la perspective d'une fin précoce. Je n'ai pas peur de la mort, mais je ne suis pas pressé d'en finir. J'ai encore tant à faire avant cela. Pour moi, le cerveau est un ordinateur qui s'arrêtera lorsque ses composants auront lâché. Il n'y a pas de ciel ou d'au-delà pour des ordinateurs brisés; c'est un conte de fée pour ceux qui ont peur du noir.
Stephen Hawking est professeur à l'Université de Cambridge et le célébrissime auteur d' "Une brève histoire du temps", de "Trous noirs et Bébés univers" et de "l'Univers dans une coquille de noix". Son dernier livre traduit en français, « Y a-t’il un grand architecte dans l’Univers ? » est paru cette année.
Leonard Mlodinow est physicien au California Institute of Technology.