Citations françaises d’origine anglaise et vice-versa
Note: Voltaire n'a vraisemblablement jamais prononcé ces mots. L'auteur n'a pas attribué ces paroles à Voltaire mais les a utilisées pour décrire son attitude.
Note: Voltaire n'a vraisemblablement jamais prononcé ces mots. L'auteur n'a pas attribué ces paroles à Voltaire mais les a utilisées pour décrire son attitude.
Media Cache: After Much Ado, a Google Book Deal in France, The New York Times Internet, 7 août 2011
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Après plusieurs tentatives infructueuses sur le marché français, Google vient de signer avec la maison d'édition Hachette un accord lui permettant de publier et de vendre au format numérique des dizaines de milliers de livres indisponibles à la vente.
Alors qu'Hachette et Google souhaitent encourager le développement de partenariats similaires, trois maisons d'édition françaises (Albin Michel, Flammarion et Gallimard) ont assigné Google en justice, l'accusant d'enfreindre leurs droits d'auteur en numérisant illégalement leurs ouvrages.
Mais cet accord pourrait bien servir de modèle sur le marché américain. En effet, selon un accord conclu entre les éditeurs, les auteurs américains et Google il y a six ans, le géant américain pouvait numériser tout ouvrage indisponible à la vente, dès lors que les auteurs et éditeurs ne manifestaient pas explicitement leur désaccord. Contraire au respect des droits d'auteur, l'accord fut rejeté par un juge américain, qui proposa par ailleurs aux deux partis un nouvel accord similaire à celui signé entre Hachette et Google.
Alors que les auteurs et éditeurs américains sont exigés à proposer une nouvelle version de l'accord avec Google, le marché français, fort de ce nouveau partenariat, est sur le point de connaître un développement certain.
Laura Valet
Chers lecteurs, que pensez-vous de cette évolution?
Laurent Laget, est diplômé de l'ESIT en traduction technique, économique et éditoriale français, italien, anglais. Il a travaillé au ministère de la Défense avant de s’établir en tant qu’indépendant.
Depuis trois ans, entouré de ses chats et de ses nombreux gadgets informatiques, il travaille aussi bien pour l’édition que pour des organisations internationales et consacre une (petite) partie de son temps à son blog.
Laurent nous a permis de publier l’interview suivant qu’il a accordé à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, et qui a été publiée antérieurement sur le site http://www.univ-paris3.fr
Le Mot Juste est heureux de bénéficier des traductions très élégantes dont Laurent nous honore de temps en temps.
Vous pouvez contacter Laurent par email à laurent@anothertranslator.eu, et son blog s’appelle (Not Just) Another Translator (http://www.anothertranslator.eu/).
Laurent Laget, pourriez-vous vous présenter ?
« Mon début de parcours est un peu atypique : après un bac scientifique, j'ai commencé l'université en mathématiques et informatique (MIAS). Peu satisfait de mon choix, je me suis réorienté dès la première année en LEA anglais-italien à la Sorbonne Nouvelle. Après avoir rattrapé mon retard et validé mon DEUG, j'ai eu la chance de pouvoir profiter du programme européen Erasmus pour partir 9 mois à Rome, toujours en partenariat avec l'Université Sorbonne Nouvelle – Paris3.
À mon retour d'Italie, ma licence en poche, j'ai passé l'examen de l'École Supérieure d'Interprètes et de Traducteurs (ESIT). J'ai intégré l'école en année préparatoire, ce qui était à l'époque l'équivalent de la Licence 3 et devait préparer à la spécialisation du cursus (elle a aujourd'hui disparu avec la réforme LMD). J'ai ensuite continué mon chemin jusqu'au diplôme de Master 2 professionnel délivré par l'ESIT.
Après une première expérience de traducteur salarié, je suis aujourd'hui libéral. »
Après vos études en LEA à la Sorbonne Nouvelle, pourquoi avoir choisi l'ESIT ?
« Durant mes premières années universitaires, je ne connaissais l'ESIT que de nom. C'est lors de mes études en Italie que j'ai réellement décidé de passer les concours. Je le dois à l'une de mes enseignantes de traduction à Rome. Elle était traductrice externe pour le Parlement européen et connaissait bien l'ESIT. Elle savait que c'était un passeport pour les organisations internationales, et, voyant que j'étais intéressé par le métier, elle m'a conseillé de m'y inscrire.
Aujourd'hui, je ne regrette absolument pas ce choix. L'ESIT, à travers sa formation et son réseau professionnel, m'a ouvert de nombreuses portes. »
Vous êtes parti une année en échange ERASMUS, quel en est à votre avis le bénéfice, conseillez-vous aux étudiants de solliciter un tel échange ?
« Outre cette rencontre qui m'a permis d'intégrer l'ESIT, le programme Erasmus m'a avant tout permis de renforcer mes langues, et pas seulement l'italien, puisque l'on côtoie des étudiants venant de toute l'Europe. Cet échange m'a également permis de voir les différences culturelles relativement profondes qui séparent deux pays aussi proches. Je pense avoir acquis une maturité et une aisance en langue qui m'ont beaucoup aidé pour la suite de mon parcours.
De plus, vivre à Rome est une expérience incomparable. Et c'est là-bas que j'ai rencontré ma femme. »
Vous travaillez depuis un peu plus de deux ans, quel regard portez-vous sur ces deux premières années professionnelles ? Ce métier correspond-il à vos attentes?
« Comme je le disais, j'ai commencé par un premier contrat en tant que salarié, avant même la fin du diplôme. Je travaillais pour un ministère à l'occasion de la Présidence Française de l'Union européenne. À la fin de ce contrat, je me suis lancé en indépendant, un peu à contrepied. De prime abord, l'insécurité financière d'un métier libéral peut être intimidante, mais avec le recul, c'est probablement la façon la plus enrichissante de travailler. On a l'opportunité de choisir nos clients, nos horaires, notre organisation, sans hiérarchie pour surveiller notre travail. Il y a bien sûr quelques contraintes, mais qui, à mon sens, son largement compensées par les bénéfices.
Quant au métier en lui-même, il me passionne autant qu'au premier jour, probablement parce que chaque jour est justement différent. Dans une même semaine, il m'est arrivé de travailler sur une nouvelle de science-fiction, des résumés de matchs de Ligue des Champions, la connectivité écologique, un article de cinéma et un livre sur le diabète. Je ne connais pas d'autre métier qui laisse une telle liberté ! »
Vous êtes très actif au sein de l'association des anciens, quel rôle accordez-vous à ce type d'association ?
« Déjà durant mes études à l'ESIT, j'avais pris part à la junior entreprise Lingua ESIT, une sorte d'agence de traduction au sein de l'ESIT gérée par les étudiants, pour les étudiants. Cette expérience avait été particulièrement enrichissante pour découvrir certains aspects du métier qui n'étaient pas abordés en cours, comme les relations clients, la négociation, la tenue des comptes, etc. Dès l'obtention de mon diplôme, je me suis inscrit à l'association des anciens élèves (AAE-ESIT), afin de garder le contact avec l'école, mais aussi de bénéficier des services proposés, comme la diffusion d'offres d'emploi ou l'annuaire de traducteurs.
Lorsque je me suis lancé en tant qu'indépendant, j'ai décidé de m'impliquer directement dans l'association. Je craignais qu'en travaillant à domicile, je ne m'isole du monde extérieur. C'est comme cela que je suis devenu secrétaire adjoint, puis trésorier de l'association. C'était également une manière de remercier l'AAE et de continuer à faire vivre l'association.
Ce type d'association est vraiment précieux pour aider les jeunes diplômés à réussir leur entrée dans le monde professionnel. L'AAE m'a donné accès à de nombreuses informations et m'a permis d'asseoir ma position professionnelle. »
Quel conseil souhaitez-vous prodiguer aux étudiants de la Sorbonne Nouvelle?
« Je leur conseillerais de ne pas avoir peur de considérer tous les modes d'exercices d'un métier, et de ne pas oublier que le salariat n'est pas nécessairement le but absolu. Le télétravail, par exemple, présente de très nombreux avantages et permet un confort de vie incomparable. »
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apricot |
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mirabelle |
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date |
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fig |
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fraise |
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raspberry |
framboise |
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melon |
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mûre |
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myrtille |
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olive |
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orange |
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grapefruit |
pamplemousse |
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watermelon |
pastèque |
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peach |
pêche |
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pear |
poire |
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apple |
pomme |
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plum |
prune |
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grape |
raisin |
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(to) compare apples with oranges |
mélanger les torchons et les serviettes |
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(to) bear fruit |
porter fruit |
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(to) cherry-pick |
trier sur le volet |
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(to) go bananas |
devenir fou |
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apple of his eye |
la prunelle de ses yeux |
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apple pie order |
bien rangé |
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banana republic |
république bananière |
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first fruit(s) |
premiers résultats |
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forbidden fruit |
le fruit défendu |
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lemon |
de la camelote |
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(to pick the) low-hanging fruit |
faire le plus facile d’abord |
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not to care a fig |
se ficher de |
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nutty as a fruitcake |
taré |
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peaches and cream |
teint de pêche |
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pear-shaped |
en forme de poire |
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plum job |
travail en or, facile |
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(to) |
fructifier |
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fructan |
fructane |
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fructiferous |
fructueux |
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fructose |
fructose |
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frugal |
frugal |
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fruitcake |
cake, |
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fruiterer, |
marchand |
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fructueux |
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réalisation |
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fruité |
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usufruit |
Fruit : Edible, Inedible, Incredible
par Wolfgang Stuppy, Firefly Books, octobre 2008
Vegetables, Herbs & Fruit: An Illustrated Encyclopedia
par Biggs, McVicar & Flowerdew, Firefly Books, janvier 2009
Inventaire illustré des fruits et légumes
par Tchoukriel & Aladjidi, éditions Albin Michel, mars 2010
Encyclopédie mondiale des fruits et des fruits secs
par Susanna Lyle, traduit de l’anglais, éditions Culture jardin, octobre 2007
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Try to remember when life was so tender Follow, follow, follow. Deep in December, it's nice to remember,
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Seule dans ma chambre [VERSION COMPLETE: Ciel de septembre J'aime septembre |
En 2003, lorsque la France a indiqué qu'elle était hostile à l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, les partisans de Bush ont tenté de remplacer l'expression French fries (frites) par Freedom fries. Le succès de cette initiative n'a pas duré longtemps. Voir à ce sujet l'article du 30 mai 2011 publié sur ce blog.
C'est le nom que se donnent ceux qui se révoltent pour obtenir leur liberté politique.
C'étaient les militants des droits civiques qui se parcouraient divers Etats fédérés des Etats-Unis où régnait la ségrégation. Le premier Freedom Ride quitta Washington le 4 mai 1961.
Discours prononcé par Martin Luther King, Jr, sur les marches du Lincoln Memorial, Washington D.C., le 28 août 1963.
Texte bilingue du discours – anglais-français
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Five score years ago, a great American, in whose symbolic shadow we stand today, signed the Emancipation Proclamation. This momentous decree came as a great beacon light of hope to millions of Negro slaves who had been seared in the flames of withering injustice. It came as a joyous daybreak to end the long night of their captivity. |
Il y a cent ans, un grand Américain, dans l’ombre symbolique duquel nous nous tenons aujourd’hui, signait l’Acte d’émancipation. Ce décret capital est arrive comme la lumière d’espoir d’un grand phare pour des millions d’esclaves noirs marques au feu d’une cinglante injustice. Il est arrivé comme une aube joyeuse à la fin de la longue nuit de leur captivité.
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But one hundred years later, the Negro still is not free. One hundred years later, the life of the Negro is still sadly crippled by the manacles of segregation and the chains of discrimination. One hundred years later, the Negro lives on a lonely island of poverty in the midst of a vast ocean of material prosperity. One hundred years later, the Negro is still languishing in the corners of American society and finds himself an exile in his own land. So we have come here today to dramatize a shameful condition. |
Mais cent ans ont passé, et le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans ont passé, et l’existence du Noir est encore tristement entravée par les menottes de la ségrégation et les chaines de la discrimination. Cent ans ont passé, et le Noir vit toujours sur l’ile solitaire de la pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans ont passé, et le Noir croupit encore dans les marges de la société américaine comme un exil dans son propre pays. Et c’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui pour exposer cette honteuse situation.
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In a sense we have come to our nation's capital to cash a check. When the architects of our republic wrote the magnificent words of the Constitution and the Declaration of Independence, they were signing a promissory note to which every American was to fall heir. This note was a promise that all men, yes, black men as well as white men, would be guaranteed the unalienable rights of life, liberty, and the pursuit of happiness. |
Nous sommes en quelque sorte venus dans la capitale de notre pays pour encaisser un chèque. Lorsque les architectes de notre république ont écrit les mots magnifiques de la Constitution et de la Déclaration de l’Independence, ils ont signe un billet à ordre dont chaque Américain devrait héritier. Ce billet était une promesse que tous les hommes, oui, les Noirs comme les Blancs, se verraient garantir les « doits inaliénables à la vie, a la liberté et à la recherche du bonheur. » |
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It is obvious today that America has defaulted on this promissory note insofar as her citizens of color are concerned. Instead of honoring this sacred obligation, America has given the Negro people a bad check, a check which has come back marked "insufficient funds." But we refuse to believe that the bank of justice is bankrupt. We refuse to believe that there are insufficient funds in the great vaults of opportunity of this nation. So we have come to cash this check — a check that will give us upon demand the riches of freedom and the security of justice.
We have also come to this hallowed spot to remind America of the fierce urgency of now. This is no time to engage in the luxury of cooling off or to take the tranquilizing drug of gradualism. Now is the time to make real the promises of democracy. Now is the time to rise from the dark and desolate valley of segregation to the sunlit path of racial justice. Now is the time to lift our nation from the quick sands of racial injustice to the solid rock of brotherhood. Now is the time to make justice a reality for all of God's children. |
Il est aujourd’hui évident que l’Amérique a failli à cet engagement en ce qui concerne ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer cette obligation sacrée, l’Amérique a donne au peuple noir un cheque en bois, en cheque qui est revenu avec la mention « provisions insuffisantes ». Mais nous refusons de croire que la banque de la justice est en faillite. Nous refusons de croire qu’il y ait des fonds insuffisants dans les grands coffres-forts de l’opportunité de ce pays. Aussi sommes-nous venons encaisser ce cheque, un cheque qui nous accordera sur demande les richesses de la liberté et la sécurité de la justice. Nous sommes également venus en ce lieu sanctifie pour rappeler à l’Amérique l’urgence brûlante du présent. Il n’est plus temps de se laisser aller au luxe de l’attente ni de prendre le tranquillisant du gradualisme. Le moment est venu de se lever de la vallée sombre et désolée de la ségrégation pour parcourir le sentier ensoleillé de la justice raciale. Le moment est venu de tirer notre nation des sables mouvants de l’injustice raciale pour prendre pied sur le rocher solide de la fraternité. Le moment est venu de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu.
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It would be fatal for the nation to overlook the urgency of the moment. This sweltering summer of the Negro's legitimate discontent will not pass until there is an invigorating autumn of freedom and equality. Nineteen sixty-three is not an end, but a beginning. Those who hope that the Negro needed to blow off steam and will now be content will have a rude awakening if the nation returns to business as usual. There will be neither rest nor tranquility in America until the Negro is granted his citizenship rights. The whirlwinds of revolt will continue to shake the foundations of our nation until the bright day of justice emerges. |
Il serait fatal a la nation de négliger le caractère d’urgence de ce moment. Cet te étouffant du mécontentement légitime des Noirs ne passera pas avant qu’advienne un automne revigorant de liberté et d’égalité. 1963 n’est pas une fin, mais un commencement. Et ceux qui espèrent que le Noir avait besoin de relâcher la vapeur et s’estimera désormais satisfait se préparent à un rude réveil si le pays retourne comme d’habitude a ses affaires. Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique tant que le Noir ne se verra pas accorder ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte continueront à ébranler les fondations de notre nation jusqu'à ce que se lève le jour éclatant de la justice.
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But there is something that I must say to my people who stand on the warm threshold which leads into the palace of justice. In the process of gaining our rightful place we must not be guilty of wrongful deeds. Let us not seek to satisfy our thirst for freedom by drinking from the cup of bitterness and hatred. |
Mais il est une chose que je dois dire à mon peuple, qui se tient sur le seuil brulant que conduit au palais de la justice : dans le processus qui vise à obtenir notre juste place, nous ne devons pas nous rendre coupables d’actes répréhensibles. Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine.
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We must forever conduct our struggle on the high plane of dignity and discipline. We must not allow our creative protest to degenerate into physical violence. Again and again we must rise to the majestic heights of meeting physical force with soul force. The marvelous new militancy which has engulfed the Negro community must not lead us to a distrust of all white people, for many of our white brothers, as evidenced by their presence here today, have come to realize that their destiny is tied up with our destiny. They have come to realize that their freedom is inextricably bound to our freedom. We cannot walk alone. |
Nous devons toujours mener notre combat sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser notre protestation créative dégénérer en violence physique. Encore et toujours, nous devons nous élever jusqu’aux cimes majestueuses ou se rencontrent la force physique et la force d’âme. Le merveilleux nouveau militantisme qui s’est empare de la communauté noire ne doit pas nous conduire à nous méfier de tous les Blancs, car nombre de nos frères blancs, comme en atteste leur présence ici aujourd’hui, ont compris que leur destin est inextricablement lie à notre destin. Nous ne pouvons pas marcher seuls. |
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As we walk, we must make the pledge that we shall always march ahead. We cannot turn back. There are those who are asking the devotees of civil rights, "When will you be satisfied?" We can never be satisfied as long as the Negro is the victim of the unspeakable horrors of police brutality. We can never be satisfied, as long as our bodies, heavy with the fatigue of travel, cannot gain lodging in the motels of the highways and the hotels of the cities. We cannot be satisfied as long as the Negro's basic mobility is from a smaller ghetto to a larger one. We can never be satisfied as long as our children are stripped of their selfhood and robbed of their dignity by signs stating "For Whites Only". We cannot be satisfied as long as a Negro in Mississippi cannot vote and a Negro in New York believes he has nothing for which to vote. No, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until justice rolls down like waters and righteousness like a mighty stream. |
Et tandis que nous marchons, nous devons prendre l’engagement de toujours aller de l’avant. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il en est qui demandent aux partisans des droits civiques : « Quand serez-vous satisfaits ? » Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que le Noir sera victime des horreurs indicibles de la brutalité policière. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos corps, lourds de la fatigue du voyage, ne pourront trouver a se loger dans les motels le long des routes et les hôtels des villes. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que la mobilité fondamentale du Noir se réduira à passer d’un petit ghetto à un plus grand. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos enfants seront dépouillés de leur identité et privés de leur dignité par des pancartes qui déclarent : « Réservé aux Blancs ». Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant qu’un Noir de New York croira qu’il n’a aucune raison de la faire. Non, non nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne le serrons pas jusqu'à ce que « le droit s’écoule comme les eaux et la justice comme un torrent impétueux. »
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I am not unmindful that some of you have come here out of great trials and tribulations. Some of you have come fresh from narrow jail cells. Some of you have come from areas where your quest for freedom left you battered by the storms of persecution and staggered by the winds of police brutality. You have been the veterans of creative suffering. Continue to work with the faith that unearned suffering is redemptive. |
Je n’ignore pas que certains d’entre vous sont venus ici à la suite de grandes épreuves et tribulations. Certains d’entre vous sortent tout juste d’étroites cellules de prison. Certains d'entre vous viennent de régions ou leur quête de liberté les a laisses meurtris par les tempêtes de la persécution et secoués par les vents de la brutalité policière. Vous êtes les vétérans de la souffrance créatrice. Continuez à travailler dans la foi que la souffrance imméritée est rédemptrice. |
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Go back to Mississippi, go back to Alabama, go back to South Carolina, go back to Georgia, go back to Louisiana, go back to the slums and ghettos of our northern cities, knowing that somehow this situation can and will be changed. Let us not wallow in the valley of despair. |
Retournez a Mississipi, retournez en Alabama ; retournez en Caroline du Sud, retournez en Géorgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos de nos cites du Nord, en sachant que d’une manière ou d’une autre cette situation peut changer et qu’elle changera. Nous ne vautrons pas dans la vallée du désespoir. |
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I say to you today, my friends, so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream. |
Je vous le dis aujourd’hui, mes amis, quand bien même nous devrons affronter les difficultés d’aujourd’hui et de demain, je fais pourtant un rêve. C’est un rêve profondément enracine dans le rêve américain. |
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I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: "We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal." |
Je fais le rêve qu’un jour cette nation se lèvera et vivra pleinement les véritable sens de son credo : « Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes ont été crées égaux. »
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I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood. |
Je fais le rêve qu’un jour sir les collines rouges de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.
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I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice. |
Je fais le rêve qu’un jour même l’Etat du Mississipi, un Etat qui étouffe dans la fournaise de l’injustice, qui étouffe dans la fournaise de l’oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.
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I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character. |
Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation ou ils ne seront pas juges sur la couleur de leur peau mais sur la nature de leur caractère.
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I have a dream today. I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right there in Alabama, little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers. |
Je fais aujourd’hui un rêve ! Je fais le rêve qu’un jour au fond de l’Alabama, ou les racistes sont des brutes, ou le gouverneur a la bouche qui dégouline des mots « interposition » et « nullification »[1], qu’un jour, là en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront se prendre par la main avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches comme frères et sœurs.
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I have a dream today. I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together. |
Je fais aujourd’hui un rêve ! Je fais le rêve qu’un jour « toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée, alors la gloire du Seigneur sera révélée, et tout ce qui est chair la verra. »[2]
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This is our hope. This is the faith that I go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day. |
Telle est notre espérance. Telle est la foi avec laquelle je repartirai dans le Sud. Forts de cette foi, nous pourrons tailler dans la montagne du désespoir une pierre d’espoir. Forts de cette fois, nous pourrons transformer les stridentes discordes de notre nation en une merveilleuse symphonie de fraternité. Forts de cette fois, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, aller en prison ensemble, défendre la liberté ensemble, en sachant qu’un jour nous serons libres. |
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This will be the day when all of God's children will be able to sing with a new meaning, "My country, 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my fathers died, land of the pilgrim's pride, from every mountainside, let freedom ring." |
Ce sera le jour ou tous les enfants de Dieu pourront chanter en lui donnant un sens nouveau : « Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, toi que je chante. Terre ou sont morts mes pères, terre de la fierté de pèlerins, du flanc de chaque montagne, que retentisse la liberté ! ».
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And if America is to be a great nation this must become true. So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire.
Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania! |
Et si l’Amérique doit être une grande nation, cela doit venir vrai. Que la liberté retentisse depuis les sommets prodigieux du New Hampshire ! Que la liberté retentisse depuis les puissantes montagnes de l’Etat de New York ! Que la liberté retentisse depuis le massif de l’Alleghney en Pennsylvanie ! |
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Let freedom ring from the snowcapped Rockies of Colorado! Let freedom ring from the curvaceous slopes of California! But not only that; let freedom ring from Stone Mountain of Georgia! |
Que la liberté retentisse depuis les rocheuses enneigées du Colorado ! Que la liberté retentisse depuis les pentes ondoyantes de Californie ! Mais pas seulement : Que la liberté retentisse depuis la Stone Mountain de Géorgie !
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Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee! Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi. From every mountainside, let freedom ring. |
Que la liberté retentisse depuis la Lookout Mountain du Tennessee ! Que la liberté retentisse depuis chaque monticule du Mississipi ! Du flanc de chaque montagne, que la liberté retentisse !
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And when this happens, when we allow freedom to ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual, "Free at last! free at last! thank God Almighty, we are free at last!" |
Et quand cela arrivera, quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous ferons retentir dans chaque village et chaque hameau, dans chaque Etat et chaque ville, nous pourrons hâter la venue du jours ou tous les enfants de Dieu, noirs et blancs, juifs et gentils, protestants et catholiques, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux negro spiritual :
Libres enfin ! Libres enfin ! Béni soit le Tout-Puissant, nous sommes libres enfin !
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[1] Procédure du droit américain qui permet a un Etat d’annuler une décision de justice basée sur la loi fédérale en la déclarant invalide sur le plan constitutionnel.
[2] Isaïe, 40
Traduction : Pascale Haas, “I have a dream”, EDITION BILINGUE
The Freedom Writers Diary : How a Teacher and 150 Teens Used Writing to Change Themselves and the World Around Them
https://www.freedomwriters.com/
Spectacle : Le Bourgeois gentilhomme en anglais
(«The Social Climber »)
de Molière
traduit et adopté par Paddy Gormley
Logos Theatre, Londres, le 4 – 29 octobre 2011
Having made his money in the rag trade, Monsieur Jourdain prepares for High Society by studying music, dancing, fencing and philosophy. He insists that his daughter, Lucile, will marry royalty. And so she does… Sort of.
Pour écouter une explication en anglais présentée par le traducteur (dans un accent britannique impeccable) sur Molière et sa pièce («The Social Climber »), et comment il l’a adaptée pour des audiences du vingtième siècle, cliquez sur http://thesocialclimber.info/
Voici deux vidéos qui vous donneront un aperçu du Bourgeois Gentilhomme de Molière.
Les représentations de la pièce ont commencé, et nous partageons avec plaisir deux photographies que la production nous a fait parvenir.
De gauche à droite: Peter Saracen (Monsieur Jourdain), Roger Sansom (Dorante), Lindsey Readman (Dorimène)
De gauche à droite: Phil Gerrard (Cléonte), Maggie Turner (Madame Jourdain), Nadia Ostacchini (Nicole), Rhys Thomas (Covielle)
Les photographies ont été prises par Monia Antonioli (www.moniaphotography.com)
L’auteur et illustrateur américain, Brian Selznick, a accepté de contribuer a cet article concernant son livre, « The Invention of Hugo Cabret ».
Inspiré par le réalisateur français, George Méliès, « The Invention of Hugo Cabret » a été publié par Scholastic, la plus grande figure mondiale de l'édition jeunesse, et a remporté un vif succès au niveau international.
Il a obtenu le Prix Caldecott 2008 remis chaque année aux États-Unis par l’Association for Library Service to Children.
Par ailleurs, Danièle Laruelle, traductrice de la version française, L’Invention de Hugo Cabret (Éditions Bayard Jeunesse, 2008), a eu la gentillesse de traduire en français les paroles de l’auteur, et d’y ajouter quelques réflexions sur son propre rôle dans la traduction de l’œuvre.
Les contributions faites par ces deux linguistes distingués ont été recueillies par le Dr Trista Selous, traductrice anglaise agréée par l'UNESCO et membre de l'association des traducteurs du Royaume-Uni, une spécialiste du domaine cinématographique.
Vive l’hybridité !
Des albums jeunesse, du genre Où est Spot mon petit chien ? aux manga et autres BD, en passant par les livres illustrés pour adultes dont la vogue semble être passée depuis plus d’un siècle, il existe plusieurs façons bien établies de raconter une histoire à la fois en dessins et en mots. Et pourtant dessins et mots racontent de façon non seulement différente, mais à premier abord peu compatible. Les mots nous disent, et c’est à nous d’imaginer la scène que l’on percevrait dans la vie à travers les sens – de la voir par exemple, en l’« image »inant . Les dessins, eux, nous montrent des moments différents de l’histoire et nous devons comprendre la relation entre eux, souvent en faisant appel aux codes cinématographiques (champ contre-champ, plongée, zoom…). Donc là où le récit linguistique nous demande une mise en images (et sons, odeurs…), le récit en images nous exige une mise en récit.
Les genres qui combinent mots et images le font tous à leur façon, mais, de nos jours, le mariage est dominé en général par celles-ci, dans le sens où la lecture d’un album ou une BD se fait sur le mode « mise en récit ». Le texte est souvent limité au dialogue ou à un minimum descriptif : une phrase ou quelques mots dont la fonction strictement narrative est de lier, parfois d’expliquer les images dans le livre, plutôt que d’en créer dans la tête du lecteur (si le texte a aussi une fonction poétique, ce sera plutôt à travers le son).
À cette règle de la dominance de l’image et du mode « mise en récit », L’Invention de Hugo Cabret semble de prime abord faire figure d’exception. C’est une histoire racontée, comme on le sait, en images et en texte, en dessins et en prose, mais séparément. On commence par les images : une belle séquence à la fois panoramique et zoom, qui part de la lune pour arriver au visage du héros, suivie d’une série qui présente les lieux de l’histoire et le personnage du marchand de jouets. En tout 21 beaux dessins au crayon, dont le réalisme touché de rêve et le noir et blanc nuancé s’accordent à – sans toutefois les imiter – ceux du cinéma muet dont il sera aussi question dans l’histoire.
On comprend tout de suite, on est content, on entre dans le jeu, on entame la mise en récit et puis paf ! on tombe sur deux pages blanches noircie chacune au milieu d’un petit paragraphe de prose. Et allez hop ! Volte-face ! Maintenant ce sont les mots qui nous racontent. On voudrait se mettre au mode « mise en images », mais les images qu’on aimerait voir en lisant, celles du récit qu’on croyait suivre, dessinées au crayon par une main éloquente, sont inimaginables. On se trouve donc devant un choix : soit on oublie le récit en dessins l’espace de deux pages pour investir la prose de ses propres images, ce qui risque de fragmenter le récit, soit on essaye de supprimer l’imaginaire sollicité par la prose pour maintenir l’intégrité de l’histoire. Cette première fois, puisqu’on voit d’autres images pointer après les deux petits paragraphes, la deuxième option semble raisonnable et on lit presque en sautant, pour aller vite au dessin dont on a appris le langage. Mais après, les sections prose se font plus longues et le choix devient moins évident.
J’ai passé ma vie à lire et à écrire des mots, je suis de ceux qui n’approuvent jamais le film du livre, et j’avoue que j’ai trouvé difficile la soumission de l’imaginaire textuel qui me semble exigée par ce livre. Difficile même de m’en faire l’idée. J’ai lu deux fois L’Invention de Hugo Cabret, et la première fois, j’étais brinquebalée d’un mode à l’autre, toujours dans le provisoire, sans jamais vraiment m’investir. Mais la seconde fois, j’avais compris. Ce livre, il faut l’aborder comme un livre en images et s’enfoncer dans l’imaginaire du dessinateur. Celui-ci est aussi, bien sûr, l’écrivain des mots du texte, mais il a écrit ceux-ci, il me semble, toujours avec le dessin en tête. Les sections de texte sont courtes : la plus longue fait onze pages, la plupart moins de six. Selznick les utilise surtout pour le dialogue – qui ne se dessine évidemment pas, et qui sert ici surtout à faire avancer l’histoire – et pour décrire des actions. D’autres actions sont représentées en images et les raisons de ce choix de medium restent souvent mystérieuses. Cela dit, l’auteur sait se servir des deux : il y a une belle description du fonctionnement d’un homme mécanique qui utilise toute la capacité dynamique des mots, là ou des images feraient moins bien l’affaire, et une poursuite en dessins qui, à travers sa référence évidente au « car chase » du cinéma, exploite au maximum la même capacité dynamique de la mise en récit des images.
Le fait que ce récit est composé de deux éléments disparates, qu’il n’est contenu en entier ni par l’un ni par l’autre et qu’on doit tenir les deux toujours en tête, laisse aussi un écart, un espace mystère entre les deux, qui sollicite l’imagination du lecteur.
Et puis il y a un troisième élément qui vient brouiller de nouveau les choses en rehaussant la fiction de quelques touches plus documentaires. Au niveau textuel, c’est le personnage du cinéaste Georges Méliès, ici « fictionalisé », mais historique pour autant ; parmi les images ce sont les photogrammes de film, la plupart de Méliès, la photographie étonnante d’un accident de train, et certains dessins de Méliès, éléments qui ont tous une existence « réelle » évidente – une existence extra-diégétique dirait-on en cinéma – que le lecteur les connaisse déjà ou non. Moins évidents mais tout aussi intéressants sont les dessins qui font partie de la fiction mais qui représentent ou renvoient à des images de films du cinéma muet, tel le train qui terrifie le lecteur en arrivant sur Hugo tout comme ce train de 1895, qui arrivait en gare de La Ciotat en terrifiant le public. Pour certains c’est un moment de jeu avec les idées reçues (la naïveté du public peu rompu au cinéma), pour d’autres un moment de suspens dans le récit, mais dans les deux cas, ça marche.
Il y a donc bien des choses qui font plaisir dans ce livre hybride qui néanmoins fait un beau tout. Et surtout il y a le plaisir de s’enfoncer dans ces belles images au crayon, précises, détaillées, mais douces en même temps, dont la profondeur feutrée n’est pas sans rappeler un bon siège de cinéma.
L'adaptation cinématographique de Hugo par Martin Scorsese sortira sur les écrans pour la Thanksgiving 2011.
Brian Selznick – The Invention of Hugo Cabret book trailer
Children’s Books, New York Times, March 11, 2007
Reads Like a Book, Looks Like a Film, New York Times January 26, 2008
Cet article est le troisième d’une série de trois articles. Vous pouvez lire les première et deuxième parties en cliquant sur les liens suivants :
L'auteur américain, Brian Selznick, expose son œuvre pour les lecteurs du Mot Juste
L’auteur et illustrateur américain, Brian Selznick, a accepté de contribuer a cet article concernant son livre, « The Invention of Hugo Cabret ».
Inspiré par le réalisateur français, George Méliès, « The Invention of Hugo Cabret » a été publié par Scholastic, la plus grande figure mondiale de l'édition jeunesse, et a remporté un vif succès au niveau international.
Il a obtenu le Prix Caldecott 2008 remis chaque année aux États-Unis par l’Association for Library Service to Children.
Par ailleurs, Danièle Laruelle, traductrice de la version française, L’Invention de Hugo Cabret (Éditions Bayard Jeunesse, 2008), a eu la gentillesse de traduire en français les paroles de l’auteur, et d’y ajouter quelques réflexions sur son propre rôle dans la traduction de l’œuvre.
Les contributions faites par ces deux linguistes distingués ont été recueillies par le Dr Trista Selous, traductrice anglaise agréée par l'UNESCO et membre de l'association des traducteurs du Royaume-Uni, une spécialiste du domaine cinématographique.
Pour commencer, j’aimerais dire que, pour moi et pour beaucoup d’enfants que j’ai rencontrés au cours d’interventions en librairie ou dans un cadre scolaire, Brian Selznick a gagné son pari : le récit écrit et les séquences narratives en images se fondent en un tout indissociable dans l’esprit du lecteur de cet étonnant « livre-film ».
Avant la traduction, il y a parfois – souvent – le rapport du traducteur au livre. Hugo Cabret est arrivé chez moi en lecture, avec mission de faire une fiche critique pour l’éditeur. Le livre m’a enchantée et transportée ailleurs, du côté des années cinquante de mon enfance, qui ressemblaient encore beaucoup au monde de Méliès et de Hugo Cabret – beaucoup plus qu’au monde d’aujourd’hui. J’ai grandi avec des locomotives à vapeur, des montres mécaniques et des boutiques d’horlogers comme celle du papa d’Hugo. Qu’un auteur-illustrateur américain, né trop tard pour avoir connu ce monde-là, en parle et en rende l’ambiance avec autant de justesse affectueuse m’a profondément émue. Je n’ai pas hésité une seconde lorsqu’on m’a proposé de traduire cet ouvrage – j’en mourais d’envie.
Quels problèmes peut poser la traduction d’un livre pour les enfants ? Le cliché voudrait qu’il n’y en ait pas ; le vocabulaire reste simple, la syntaxe n’est jamais très complexe, on se dit que ça ne peut pas être bien compliqué, et on se trompe.
Quel que soit le lectorat cible, lorsqu’on traduit un roman de l’anglais, on rencontre invariablement deux problèmes, dont un double.
D’une part, lorsque des personnages se parlent, l’anglais ne connaît que « you » ; en français, ils peuvent se vouvoyer ou se tutoyer selon leur degré de familiarité, et c’est au traducteur que revient la décision, en fonction de certaines conventions sociales, selon le milieu et/ou l’époque, en fonction du contexte aussi, de ce qu’ils se disent, du ton qu’ils emploient. Ici, les enfants se tutoient, même s’ils ne se connaissent pas, ils vouvoient les adultes dont ils ne sont pas proches, et les adultes tutoient les enfants – parce que nous sommes dans un milieu populaire ; ce ne serait pas le cas dans la haute société, surtout à cette époque. Dans certaines situations, le tutoiement peut-être un signe de mépris – par exemple, quand la dame de la bibliothèque de l’Institut cinématographique refuse l’entrée à Hugo et lui dit : « Tu es trop jeune et trop sale » ; s’il avait été propre et bien vêtu, elle l’aurait sans doute vouvoyé à cette époque. Quand j’avais l’âge d’Hugo, la bibliothécaire municipale me vouvoyait ; ce ne serait plus le cas aujourd’hui.
D’autre part, l’anglais dispose de ce qu’on appelle savamment les « verbes à particule ». Avec ces verbes brefs, fréquents, dont le sens est modifié par des prépositions, les mouvements sont précis, leur succession rapide et le rythme effréné dans les scènes d’action ou de poursuite. En français, le traducteur se trouve vite avec des mots trop longs, des explications lourdes sur les changements de direction, et la scène se traîne comme un train de marchandises. Pour tenir le lecteur en haleine, il faut ruser, couper, réécrire autrement afin de rendre le sens comme le rythme. Ces mêmes verbes, avec leur cortège de prépositions, posent un autre problème aigu en littérature jeunesse car, s’ils sont très courants, s’ils font partie de la langue de tous les jours, ils permettent d’exprimer des notions complexes que le français traduirait par des termes abstraits, hors de portée du jeune lecteur. Il faut donc, là encore, se battre pour rendre l’idée avec la même précision, de manière simple et accessible.
Viennent ensuite les problèmes spécifiques à l’ouvrage qu’on traduit. Ici, il fallait veiller à employer la langue de l’époque, à ne pas être trop moderne. Par exemple, lorsqu’Isabelle dit à Hugo : « Chic ! J’adore les secrets », elle pouvait aussi dire « Chouette ! », mais pas « Génial ! » ou « Super ! », encore moins « Trop bien ! » – ce que diraient des enfants français d’aujourd’hui. De même, lorsqu’on parle des enveloppes non décachetées qui s’entassent sur la petite table d’Hugo semaine après semaine, il vaut mieux parler de la « paie » de son oncle disparu que d’employer le mot « salaire » – c’est le vocabulaire des ouvriers de l’époque. La langue n’est pas marquée en anglais, elle le devient en français pour des raisons d’ambiance, de justesse de registre. Cela demande des vérifications.
Toujours dans le domaine du vocabulaire, j’ai dû faire un travail de traducteur technique, m’intéresser aux mécanismes d’horlogerie, au fonctionnement des automates et à la terminologie afin de traduire certains passages.
Il n’y a pas de traductions sans recherches. Quels sont les titres français des films mentionnés dans le roman ? Certains coulaient de source, ceux de Méliès étaient faciles à retrouver, mais j’ai dû fouiner un moment sur le Net pour découvrir que Safety Last de Harold Lloyd était traduit par Monte là-dessus, et A Clock Store de Walt Disney par Quel bazar ! L’ancienneté de ces films complique la recherche. Et je remercie l’informatique ; c’était beaucoup plus long quand j’ai commencé, au temps des machines à écrire et du papier…
Il y aurait encore à dire sur d’autres choix et ce qui les a motivés, mais je terminerai sur celui de transposer le récit au présent. L’idée est venue de la directrice littéraire à la lecture des premières pages de mon manuscrit en français ; je me souviens encore de son coup de fil : « Écoute (elle me lit un passage en transposant à la volée). Moi, ce texte, je l’entends au présent. C’est plus immédiat, on y est, comme au cinéma. Regarde de ton côté s’il n’y a pas trop de problèmes de concordance avec les flashbacks et dis-moi ce que tu en penses ». Il n’y avait pas trop de problèmes (juste quelques-uns), et l’idée était bonne ; elle servait bien le récit dans la langue d’arrivée, et, en le plongeant dedans, elle rapprochait le jeune lecteur d’aujourd’hui de cette époque lointaine, peu familière, que même ses parents n’ont pas connue.
Brian Selznick – The Invention of Hugo Cabret book trailer
Children’s Books, New York Times, March 11, 2007
Reads Like a Book, Looks Like a Film, New York Times January 26, 2008
Cet article est le deuxième d’une série de trois articles. Vous pouvez lire les première et troisième parties en cliquant sur les liens suivants :
L'auteur américain, Brian Selznick, expose son œuvre pour les lecteurs du Mot Juste
Brian Selznick
J'aimerais moi-même intervenir en ce qui concerne « L’invention de Hugo Cabret », et vous faire part d'une anecdote très personnelle à propos de l’auteur, Brian Selznick.
Cette histoire remonte à mon enfance. J'avais dix ans (il y a de cela quelques décennies !) quand mon ami Jasper Brener (avec qui je suis resté en contact toutes ces années, bien que nous ayons vécu sur quatre continentns au cours des années), m’a fièrement raconté avoir des liens de parenté avec le très célèbre réalisateur américain, David O. Selznick. Ce dernier était apparemment son cousin au troisième degré (ou était-ce quatrième, cinquième degré ?!). Souvenez-vous, c'est Selznick qui nous a offert, en 1939, l'inoubliable Gone with the Wind (« Autant en emporte le vent »), inspiré par le roman du même titre. Le livre avait déjà remporté le Pullitzer Prize, et le film ne remporta pas moins de dix Oscars.
Les propos de mon ami Jasper m’étaient sortis de la mémoire. Ils me sont revenus récemment, en apprenant que l’auteur de « L'invention de Hugo Cabret », Brian Selznick, est lui aussi apparenté au réalisateur. J'ai donc rappelé à mon ami ce qu'il m'avait raconté il y a fort longtemps. Il se souvenait vaguement de m'en avoir parlé, mais ignorait s'il avait véritablement des liens de parenté avec l'illustre cinéaste. Il a donc échangé quelques courriels avec son cousin, David Selesnick qui habite Washington D.C.
Et en effet, il est apparu que le réalisateur David O. Selznick, décédé en 1965, mon ami, Jasper, Brian Selznick et David Selesnick, sont bien tous les quatre apparentés.Les deux derniers ne se sont pourtant jamais rencontrés ; mais David a acheté pour son fils le livre « L’invention de Hugo Cabret », écrit par son lointain cousin, Brian.
Jonathan
P.S. Au moment même où je rédigeais ceci, j'ai reçu un courriel de Maria, une fidèle lectrice du blog : “Hi Jonathan…was reading the latest about the new youth fiction book…My husband asked, I wonder if the author is related to David O. Selznick – film director?”