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Une histoire d'amouren trois actes |
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deuxième actede la plume de notre auteur invité, historien et linguiste, Jean Leclercq |
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Nous avons déjà publié le premier acte, « En 1066, Guillaume de Normandie conquiert l'Angleterre ». (lien). Voici le deuxième acte:
Par le traité de Troyes (1420), Henry V d'Angleterre devient héritier du royaume de France
Au début du XVe siècle, la France traverse une des pires crises de son histoire. Le roi Charles VI est dément. Un premier accès de folie furieuse l'a saisi alors qu'il traversait une forêt, près du Mans. À peine remis, il échappe de peu à la mort au cours de ce que l'on appela par la suite le « Bal des Ardents ».
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Le 5 août 1392, en traversant la forêt du Mans, à la tête de son armée, le roi Charles VI fut saisi d'un accès de folie furieuse. Se croyant trahi par les siens, il se précipita sur sa suite et tua quatre personnes de son entourage avant d'être maîtrisé. |
La Folie du roi Charles VI, dans la forêt du Mans. Détail de la miniature de la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet (1400-1444). 15e siècle. Musée Condé, Chantilly (France). |
Il ne retrouvera jamais tout-à-fait la raison. Ses oncles reprennent la tutelle qu'ils exerçaient sur le royaume. De plus, des factions rivales, Bourguignons et Armagnacs, s'entredéchirent. Le roi Henry V d'Angleterre juge le moment favorable à l'exercice des droits assez minces qu'il possède sur le trône de France.
Il commence par demander la main de Catherine, la fille de Charles VI, avec, en guise de dot, la Normandie, la Touraine, le Maine, l'Anjou et le Ponthieu (c'est-à-dire ce que Jean sans Terre avait dû céder à Philippe-Auguste en 1204/1206).
Cette exigence, jugée exorbitante, ayant été rejetée, la guerre de Cent ans reprend entre les deux pays. En 1415, Henry V débarque en Normandie et remporte sur les Français la bataille d'Azincourt (Agincourt, en anglais) où les archers et les hommes d'armes anglais anéantissent la chevalerie française dans un des plus sanglants combats du Moyen-âge.
Fort de cette victoire, Henry V épouse Catherine de France à Troyes (1420), signant à cette occasion un traité qui le fait héritier du trône de France à la mort de Charles VI.
Henry V Mariage de Henri V et Catherine de France
Dès lors, il porte les titres de roi d'Angleterre et d'héritier du royaume de France. Le pari semble gagné: il va régner des deux côtés de la Manche. Mais, il meurt peu après à Vincennes, des suites d'une gastro-entérite. De nos jours encore, les visiteurs du donjon de Vincennes peuvent voir la grande cheminée où l'on fit bouillir la dépouille royale avant de l'emporter en Angleterre.
Le donjon de Vincennes
où mourut Henry V d'Angleterre et où le général Maurice Gamelin
établit son poste de commandement, en 1939. (Photo: J.P. Le Padellec)
Avant de mourir, Henry V avait transmis la régence de France à son frère, le duc de Bedford, en l'adjurant de conserver à tout prix le duché de Normandie. Charles VI de France étant mort deux mois après, Bedford fait couronner le petit Henry VI à Notre-Dame de Paris.
Fils d'Henry V, le vainqueur d'Azincourt, et de Catherine de France (ou de Valois), Henry VI est sacré à Paris. Roi d'Angleterre et de France, ses armes portent le lis et le léopard.
Petit-fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, qui lui léguera le royaume au détriment du Dauphin, Henry ne pourra s'opposer à la Pucelle d'Orléans. Le Dauphin, celui qu'on appelle le « petit roi de Bourges », montera sur le trône sous le nom de Charles VII.
Henry VI, sous la coupe de ses favoris, perdra le trône d'Angleterre et finira assassiné, durant la Guerre des Deux-Roses.
Ce sacre d'un tout petit garçon, en 1422, va permettre aux rois d'Angleterre, pendant près de quatre siècles, de s'adjoindre le titre de roi de France. Ce fut Napoléon qui exigea de la Grande-Bretagne, à la Paix d'Amiens (en 1802), qu'elle renonce à ce titre, fût-il alors purement virtuel.
Mais, à la suite d'un de ces nombreux retournements auxquels l'histoire de la France nous a habitués, le dauphin de France, le futur Charles VII, dont le royaume a rétréci comme une peau de chagrin et qu'on appelle le « petit roi de Bourges », va retrouver son pouvoir et son pays, avec l'aide de Jeanne d'Arc. Il sera sacré à Reims en 1429 et « boutera les Anglais hors de France ». Mais comme disait Kipling, « ceci est une autre histoire ».
Couronnement de Charles VII par l’archevêque de Reims, le17 juillet 1429.
(Bibliothèque nationale de France)
Des deux côtés de la Manche, les guerres de Cent ans marqueront longtemps les esprits. Lorsqu'en août 1943, à la conférence de Québec, il fut question du débarquement en France, Churchill insista pour qu'il ait lieu sur les plages de la baie de Seine, de préférence à celles du Pas-de-Calais, mieux placées du point de vue de la logistique. Or, cette côte de la baie de Seine, les gens de la région l'appellent familièrement le Chemin des Anglais…
(À suivre)
Sources :
Maurois, André. Histoire d'Angleterre, Arthème Fayard, Paris, 1937.
Rentchnick, Pierre. Ces malades qui font l'histoire, Plon, Paris, 1984.
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Comments
5 responses to “France et Angleterre, une histoire d’amour (2)”
Tres interessant mais il maque un element crucial dans votre histoire d’amour entre la France et l’Angleterre, En verite, le deuxieme acte est celui qui demarra la Guerre de Cent Ans…
Lorsque Charles IV meurt en 1328, et que sa femme alors enceinte donne naissance a une fille, le seul “heritier” direct est la soeur de Charles IV, Isabelle de France, mariee a nul autre qu’Edward 3, roi d’Angleterre.
Les barons et les legistes de l’epoque ont argue (en plus de l’obligation pour l’heritier de la Couronne de France d’etre un “male”) que la monarchie francaise etait une “monarchie nationale” et donc que le roi d’Angleterre (et sa reine, francaise de naissance) ne pouvait aussi devenir roi de France.
Edouard 3 s’est resigne et a reconnu Philippe VI (cousin d’Isabelle, de la maison des Valois) comme roi de France. Il lui a prete un hommage lige en 1331 au titre de Duc de Guyenne. Il est revenu sur son acceptation en 1337 quand Philippe VI a repris Bordeaux et la Guyenne… ce qui provoqua la Guerre de Cent Ans.
Quant au mariage d’Henry V roi d’Angleterre, c’est avec Catherine de Valoi, fille de Charles VI le Fol, qu’il se marie. Votre illustration, tres belle d’ailleurs, dit “Fils d’Henry V (…) et d’Isabelle de France”… ce qui est une erreur.
Je ne vois pas bien pourquoi Isabelle aurait eu plus de droits à la couronne que la fille posthume deCharles IV……..la loi salique s’applique à toutes les deux .Il n’y avait pas d’autre solution que de “remonter” dans la généalogie pour trouver un héritier mâle .(en l’occurence Philippe de Valois ).
Dans le texte on marie bien Henri V avec Catherine de Valois( qui ne peut pas non plus transmettre le droit à la couronne à son fils Henri VI ) mais il y a en effet une erreur dans le texte qui accompagne l’illustration et donne pour mère d’HenriVi Isabelle .Une autre chose me tracasse …… je trouve que ce petit roi qui devait avoir 9 mois au moment du sacre en tant que Roi de France est déjà bien grand !Le traité auquel fait allusion l’article avait été signé par Isabeau de Bavière ,épouse de Charles VI, qui avait déclaré bâtard son propre fils ,le futur Charles VII.Sans doute était elle plus sûre d’être la mère de Catherine …..ou alors la politique n’a rien à voir avec la famille biologique !Je penche pour cette hypothèse ……….
Chère Madame,
Catherine de France ou de Valois, née à Paris en 1401 et morte à l’abbaye de Bermondsey en 1437, était la fille du roi de France Charles VI, devenue reine d’Angleterre par son mariage avec Henry V. Le traité de Troyes prévoyait que la régence de France irait à
Henry V et la succession française au premier fils de cette union. L’erreur a été commise dans la légende qui n’est pas de moi. Je vais essayer de faire rectifier. Merci de l’avoir signalée.
Quant à la guerre de Cent ans, elle avait déjà commencé et Henry V n’en a engagé que la deuxième manche. Nous sommes bien d’accord. Merci d’avoir réagi!
Bien grand cet enfant de neuf mois que l’on proclame roi de France!
Oui, je m’étais fait la même réflexion.
Sans doute l’image a-t-elle été réalisée plusieurs années après l’événement, et sans doute aussi répugnait-on à donner à un roi les traits d’un nourrisson! C’était une question de crédibilité, déjà à l’époque.
Je trouve votre hypothèse tout à fait plausible ….la royauté ne pouvait guère s’accommoder d’un nourrisson vagissant !
Il semble pourtant que c’est bien ce bambin qu’on avait sacré, de façon un peu précipitée !