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Meursault, contre-enquête – The Meursault Investigation

 analyse du langage

  Kamel daoud  Meursault_investigation_

                                    Kamel Daoud

NicoleNicole Dufresne, Senior Lecturer Emeritus  (professeure honoraire), Département de français et des études francophones, à l'Université de Californie, Los Angeles (U.C.L.A.), a bien voulu rédiger la recension suivante à notre intention. 

 

Le narrateur du roman de Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête », avait sept ans lorsque Meursault a tué son frère, Albert-camus
l'arabe sans nom du roman
d'Albert Camus. Soixante-dix ans plus tard, il confie ses souvenirs à un inconnu dans un bar — c'est à dire son point de vue sur le meurtre de son frère, sa contre-enquête. Un long monologue plein de rancœur qui va à l'encontre du récit de Meursault, cet homme dénué d'émotion. L'écriture de Kamel Daoud est passionnée et imagée contrastant avec le style sans lyrisme de « L'Etranger ». Cette contre-enquête ne s'intéresse donc pas à ce qu'a vécu Meursault – cette enquête-là est résolue — mais construit une toute autre histoire qui établit l'identité du mort et surtout les oppositions existentielles qui ont empêché le petit frère d'acquérir sa propre identité. L'homme absurde ici, c'est lui.

 

120ème anniversaire des Jeux olympiques modernes

le 6 avril 1896

 

Modern olypics coinsLes Jeux olympiques portent le nom de la cité d'Olympie, qui accueillait les Jeux olympiques de l'antiquité de 776 à 393 av. J.-C. La première tentative significative d'imitation des Jeux olympiques anciens était L'Olympiade de la République, un festival national olympique organisé annuellement de 1796 à 1798 en France révolutionnaire. Les jeux modernes officiels ont eu lieu pour la première fois à Athènes en 1896, et depuis, différentes villes accueillent les J.O. à tour de rôle tous les 4 ans.

 

Olympic games 1896 runners

 Depuis 1936, le relais de la torche se met en route depuis Olympie, et symbolise la continuité historique des Jeux. Plusieurs mois précédents chaque cérémonie olympique, la flamme est allumée à Olympie lors d'une cérémonie qui commémore les rituels Grecs anciens. Une femme remplit le rôle d'une prêtresse grecque ancienne, elle embrase une torche et elle allume ensuite la torche du premier relayeur.

 

le 17 mars 2016 – Fête de la Saint-Patrick

 

CaroleÀ l'occasion de la Fête Nationale irlandaise, nous avons demandé à notre collaboratrice, Carole Josserand, de présenter un aperçu historique de la Grande Famine, un épisode qui marqua profondément l'identité du peuple irlandais. Née à Lyon, Carole JOSSERAND  a grandi dans un milieu bilingue anglais/français. Après avoir réussi l'option internationale du baccalauréat scientifique, elle est partie faire ses études en Angleterre où elle a fait une licence de langues (avec la combinaison italien, allemand, russe) à l'Université de Birmingham. Quatre ans plus tard, Carole s'est installée à Londres pour suivre un Master en Traduction et Interprétation à l'Université de Westminster. Carole travaille actuellement à l'Union Internationale des Télécommunications, à Genève, en qualité d'assistante du Chef interprète. Elle continue également à traduire.

 

Irish memorial

 

 

 

Il était une fois, dans la douceur et le calme du Galway,

Un homme, Michael, et une femme, Mary,

 Déchirés par la misère de leur propre pays…


 

 Figure 1 : Mémorial aux victimes de la Grande Famine, Dublin, Eire

James Joyce: sa vie, cinéma et musique

Nous accueillons notre nouvel invité, Colman O'Criodain, docteur en biologie et écrivain, d'origine irlandaise, dont le blog se trouve à http://www.philipcolemanauthor.com.  L'article qui suit a été rédigé en anglais par Colman et traduit par son épouse, Magdalena Chrusciel, notre contributrice fidèle. Magdalena possède une palette linguistique aussi large qu'originale avec la maîtrise de quatre langues : polonais, russe, français et anglais. Elle est traductrice-jurée et a également des activités d'enseignement et de formation professionnelle.

 

Colman-ColemanMAG   
   
Colman
O'Criodain                       Magdalena Chrusciel

 

 

James-joyceC'est en 1905 que James Joyce avait achevé sa première œuvre majeure de fiction, un recueil de nouvelles, Gens de Dublin (Dubliners). S'ensuivit une longue période de déconvenues, au cours de laquelle il soumit son manuscrit à 18 reprises à 15 éditeurs différents. Après avoir accepté de le publier en 1905, l'éditeur Grant Richards de Londres exigea qu'une des nouvelles soit retirée (Two Gallants, où le protagoniste raconte comment il s'y prit pour séduire une femme). Par la suite, Richards exerça des pressions sur Joyce afin qu'il retire un certain nombre de passages dont il prétendit que l'imprimeur refusait de les imprimer. Tout en protestant, Joyce finit par céder à certaines des pressions. Cependant, en fin de compte, Richards ne tint pas sa promesse de publier. Au terme de trois années de recherches, Joyce passa un accord avec Maunsel & Roberts, à Dublin, qui se désistèrent eux aussi, menaçant même Joyce de le poursuivre pour les frais d'impression déjà encourus. Bien qu'il offrît de couvrir ces frais, étant entendu que les épreuves lui soient remises et qu'on l'autorise à terminer l'ouvrage ailleurs. Toutefois, lorsqu'il vint chercher les épreuves chez l'éditeur, on refusa de les lui remettre et on les brûla le lendemain. Par chance, il avait réussi à sauver un exemplaire, qu'il soumit à d'autres maisons d'éditions. En 1914, c'est Grant Richards, une fois encore, qui se décida à publier l'ouvrage, en utilisant les épreuves sauvées de chez Maunsel.

Chacune des nouvelles est un chef-d'œuvre en miniature, et l'ouvrage est sans aucun doute l'œuvre de Joyce la plus accessible et la mieux connue du plus grand public. La dernière des nouvelles, The Dead, (Le mort) en est la pièce maîtresse, la plus longue de toutes, presque aussi longue qu'un roman.

Joyce the dead

 

Eurêka, ou la physique dans la salle de bain

Eureka_city_sealCes derniers temps, deux petites localités des États-Unis portant le même nom ont fait la manchette des journaux. Dans le Eureka Missouri
nord de la Californie, un séisme de magnitude 4,9 s'est produit au large des côtes, près de la petite ville d'Eureka. Quelques jours après, des inondations de grande ampleur ont dévasté Eureka, cette fois dans le Missouri.

Le mot Eurêka a différentes significations, selon qu'on l'envisage dans un contexte historique ou culturel. Nous allons examiner quelques-uns d'entre eux.

 

Quand la fête de Noël était interdite

Note historique

À Boston, dans l'État du Massachusetts, les premiers colons puritains [1] interdisent toutes les célébrations de Noël en 1659.

  Puritan_ca_1899_Augustus_Saint-Gaudens  
  Stéréotype puritain
sculpté par Augustus Saint-Gaudens
 

 

 

Cette fête était païenne à leurs yeux et n'apportait que désordre et perdition. Pas de musique ni de danse, pas de festins ni de rassemblements. Que du travail… Pendant plus de 20 ans, quiconque était pris en flagrant délit de célébrations devait payer une amende de 5 shillings. Les puritains vivaient dans une peur mortelle que quelqu'un ait du plaisir.

 

L'interdit sera levé en 1681. Aujourd'hui, Boston prend sa revanche. Des milliers de touristes y passent pendant la période des Fêtes, attirés par l'ambiance festive qui s'empare alors de la ville.

Boston-massachusetts-1ChristmasInBoston


 

 

 

 

Note langagière

Le terme Noël partage la même étymologie avec la plupart des grandes langues romanes (italien natale; occitan nadalnadau; catalan nadal; portugais natal; l'espagnol utilise une forme plus savante navidad, issue du latin classique nativitas) ainsi qu'avec les langues celtiques , à savoir, l'adjectif latin natalis signifiant « de naissance, relatif à la naissance » (de natus« né »), d'abord associé au mot latin dies « jour » dans la locution natalis dies « jour de naissance » réduite à natalis par substantivation de cet adjectif en [natále(m)], utilisé en latin ecclésiastique pour désigner la Nativité du Christ.

Ensuite [natále(m)] va subir une évolution phonétique en français donnant la forme Nael et plus tard Noël.

En revanche, les langues germaniques recourent à divers étymons pour désigner cette fête : l'anglais Christmas remonte à un vieil anglais attesté tardivement crīstes mæsse, l'ancien anglais mæsse ayant le sens de « célébration ». 

(Wikipedia et d'autres sources)

[1]

 P

 

Lecture supplémentaire :

When Massachusetts Banned Christmas
The History Channel, 22 December 2015

11 Countries That Have Actually Banned Christmas in the Past
India Times, December 24, 2015

The War on Christmas

War on Christmas:
Battles in Faith, Tradition, and Religious Expression
 
Bodie Hodge
Master Books (October 31, 2013)

Noël, motif de moments de grâce spontanés !

Shaking hands

Dans toute la chrétienté, le fête de la Nativité est porteuse d'un message d'espoir : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! ».
Si les guerres et leur cortège de violences nous montrent que, plus de deux mille ans après, les hommes ne semblent toujours pas avoir reçu le message, il existe quelques exemples de fraternisation, même au cours des affrontements les plus cruels. Le 25 décembre 2014, nous avions publié un article intitulé : Noël, il y a 100 ans. Christmas in the trenches.

RWF shoulder_badgeEn ce premier Noël de la Grande Guerre, plusieurs fraternisations eurent lieu, notamment dans le secteur des Flandres. Ainsi, à Frelinghien, petite commune du Nord de la France, des militaires du Royal Welsh Fusiliers [1] cessèrent le feu et improvisèrent une rencontre avec leurs adversaires allemands du 6ème bataillon de chasseurs bavarois. Les premiers apportèrent du plum pudding [2] et des cigarettes tandis que les seconds débitèrent force bière. Une rencontre amicale de football fut même organisée à cette occasion. Depuis le 11 novembre 2008, une stèle commémore « ces moments de grâce spontanés », comme les appelle le cinéaste Christian Carion.

Un autre monument a été inauguré le 17 décembre dernier par le président François Hollande à Neuville-Saint-Vaast, localité proche d'Arras (France) où des soldats français et allemands ont fraternisé à la Noël 1915. Par la suite, les fraternisations ont été plus rares, au grand soulagement des hauts commandements qui, des deux côtés, craignaient toujours qu'elles n'en viennent à durer.

 

Cette année, à l'occasion de la Noël 2015, nous voudrions citer un autre cas de fraternisation qui s'est produit ces dernières années en Colombie où la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires (FARC) endeuille le pays depuis plus de cinquante ans. À la demande des Jose-miguel-verticalautorités, un publicitaire colombien, José Miguel Sokoloff, a eu l'idée de disposer en neuf endroits stratégiques de la jungle des guirlandes de Noël invitant les combattants des FARC à rentrer dans leurs foyers, avec l'argument suivant : Si Noël peut parvenir jusque dans la jungle, vous pouvez rentrer chez vous. Démobilisez-vous ! À Noël, tout est possible. La campagne de communication menée par les autorités colombiennes depuis huit ans aurait entraîné un total de 17.000 ralliements.

Comment les illuminations de Noël ont amené la guérilla à baisser les armes :

Espérons que des guirlandes de paix et des bougies d'espérance répandent partout ce message de paix dont, pauvres humains, nous avons tant besoin !

[1] Depuis 1920, le régiment, l'un des plus anciens de l'armée britannique, a repris son vieux nom de Royal Welch Fusiliers.

Voir aussi : Welsh and German Troops recreate Christmas Truce

[2] Le plum pudding est un plat traditionnel de Noël en Grande-Bretagne. Par la suite, dans l'argot des tranchées, le terme en vint à désigner un obus de mortier à fort effet déflagrant qui, avant les assauts d'infanterie, servait à disloquer les réseaux de barbelés.







——————–

Un message de vos bloggeurs fidèles :

Au nom du blog, nous vous souhaitons, chères lectrices et chers lecteurs, où que vous soyez dans le monde, d'excellentes Fêtes de Fin d'Année.

BONNE ANNEE 2016

Jean LECLERCQ             Jonathan GOLDBERG

Divonne-les-Bains                            Los Angeles

      Francois

         photo François Leclercq

 

White Christmas

I'm dreaming of a white Christmas
Just like the ones I used to know

 

Where the treetops glisten 
and children listen
To hear sleigh bells in the snow


I'm dreaming of a white Christmas

With every Christmas card I write


I'm dreaming of a white Christmas

Just like the ones I used to know

May your days be merry and bright

And may all your Christmases be white

 

IRVING BERLIN

Noël blanc

Je rêve d'un Noël blanc
juste comme ceux que je connaissais

où les cimes scintillent et les enfants écoutent
pour entendre des cloches 
des traîneaux dans la neige

Je rêve d'un Noël blanc
avec chaque carte de Noël que j'écris

Je rêve d'un Noël blanc
juste comme ceux que je connaissais

Que tes jours soient joyeux et radieux
et que tous tes Noëls soient blancs

 

 Version 2014  - Taylor Swift : 

 

Version 1942 - Bing Crosby

 

 

The Christmas Song

Chestnuts roasting on an open fire
Jack Frost nipping at your nose
Yuletide carols being sung by a choir
And folks dressed up like Eskimos

Everybody knows a turkey and some mistletoe
Help to make the season bright.
Tiny tots with their eyes all aglow
Will find it hard to sleep tonight.

They know that Santa's on his way
He's loaded lots of toys and goodies 
on his sleigh
And every mother's child is gonna spy
To see if reindeer really know how to fly.


And so I'm offering this simple phrase

To kids from one to ninety two
Although it's been said many times,
Many ways, Merry Christmas to you

Songwriters
WELLS, ROBERT / TORME, MEL

La Chanson de Noël

Châtaignes à griller sur un feu ouvert 
Jack Frost mordiller à votre nez 
Chants de Noël étant chantés par une chorale 
Et des gens déguisés comme les Esquimaux 

Tout le monde connaît une dinde et certains gui
Contribuent à rendre la saison brillante , oui 
Tout-petits avec leurs yeux tout embrasé 
Aura du mal à dormir ce soir. 

Ils savent que Santa s sur son chemin 
Il a chargé de beaucoup de jouets
       et de friandises sur son traîneau 
Et l'enfant de chaque mère va espionner 
Pour voir si Rennes savent vraiment comment voler. 

Et donc, je vous offre cette phrase simple 
Pour les enfants d'un à quatre -vingt-douze 
Bien qu'il a été dit plusieurs fois , plusieurs façons 
Joyeux Noël , joyeux Noël, joyeux Noël à vous

Version 2013  - Justin Bieber & Arlana Grande

 

Version 1961 – Nat "King" Cole * Frank Sinatra

  

 

L’autre Einstein

Michel ZakheimAlbert Einstein a publié sa Théorie générale de la relativité en 1915. Nous avons d'abord songé à célébrer cet anniversaire mais, en cherchant un angle d'approche original qui nous distinguât de la grande presse, nous sommes tombés sur un membre de sa famille, moins connu mais tout aussi intéressant, sa fille Lieserl.


Personne n'est plus qualifié pour narrer à nos lecteurs l'histoire peu banale de Lieserl et de ses rapports avec le savant allemand que
Michele Zackheim, auteure d'EINSTEIN’S DAUGHTER: The Search for Lieserl (et Zakheim - Einstein's Daughter d'autres ouvrages fascinants [1]). Pendant de nombreuses années, elle a travaillé dans les arts visuels en tant que muraliste, artiste d'installation, graveuse et peintre. Ses œuvres ont été largement exposées et figurent parmi les collections permanentes du Musée national des femmes artistes de Washington et de nombreux autres musées des États-Unis. Elle est titulaire de deux distinctions de la Fondation nationale (américaine) pour les Arts. Michele Zackheim enseigne l'écriture créatrice inspirée d'une perspective visuelle à l'É
cole des arts visuels de la ville de New York. Elle a très aimablement accepté de nous donner l'article qui suit.

 ————

      En 1987, The New York Times a fait état de la découverte d'une correspondance amoureuse entre Albert Einstein et Mileva Marić. On y apprit qu'en 1902, avant leur mariage, ils avaient eu une fille du nom de Lieserl. Jusque-là, il n'avait jamais été question de Lieserl dans la biographie d'Einstein.

Zackheim MilevaMileva Marić et Albert Einstein

        J'ai été intriguée à l'idée qu'au fin fond des Balkans se cachait le mystère d'un enfant manquant d'Albert Einstein dont le destin, qui plus est, demeurait inconnu. Aussi impétueusement que naïvement, je décidai alors de la retrouver.

        Il me fallut près de sept ans pour écrire Einstein’s Daughter: The Search for Lieserl. Mes recherches m'entraînèrent dans de longs voyages à Londres, Berlin, Zurich, Berne et Budapest, en plus de trois séjours en Serbie – deux fois pendant la guerre qui faisait rage là-bas et une fois quand renaissait l'espoir d'une solution.  

      Albert Einstein avait toujours été mon idole. Dans ma petite ville de Californie, c'était le seul personnage juif qui échappât au discours antisémite. Il ne m'était jamais venu à l'idée que je puisse un jour le détester profondément. Et pourtant, c'est ce qui se produisit.  

* * *     

 

Zackheim EE

      Evelyn à l'âge
         de 18 ans

       Un jour de 1994, je circulais sur l'autoroute qui longe la baie de San Francisco jusqu'à Albany (Californie). C'était un jour de brouillard et les effluves marines embaumaient l'air de la baie. J'avais un rendez-vous avec Evelyn Einstein, la petite-fille d'Albert. Une première rencontre qui allait marquer le début de quinze ans d'une amitié mouvementée. 

        Evelyn m'accueillit à l'entrée de sa demeure et revint vite s'asseoir dans un fauteuil roulant décoré de babioles en plastique Star Trek aux  couleurs criardes. C'était une femme lourde, d'allure assez quelconque, avec des cheveux poivre et sel coupés courts. Elle portait un pantalon noir, des sandales Birkenstock fauves et un chemisier écarlate. (Chaque fois que je l'ai rencontrée au cours des quinze années qui suivirent, elle portait toujours le même chemisier, propre et bien repassé.) Autour du cou, un collier auquel était attachée une broche en argent Star Trek, munie d'un bouton.

        « J'aime appuyer sur ce bouton, » me dit-elle après m'avoir serré la main. « Regardez. » Elle appuya et le gros bruit qui me surprit la fit éclater de rire.

        Alors qu'elle m'entraînait dans la salle de séjour, entre des piles de cartons humides, j'avais l'impression d'un retour en arrière et de me retrouver dans les pièces des maisons de sa grand-mère Mileva à Titel et à Novi Sad, en Serbie. Le mobilier d'Evelyn était du même style – lourd, noir et peu accueillant. Impossible de dire si les tissus d'ameublement étaient gris ou tout simplement miteux.

        Quelques jours plus tôt, un tuyau d'eau avait sauté et inondé le séjour. Les tables étaient couvertes de piles de papiers mouillés. Des cartons fangeux s'entassaient sur le canapé. J'allais vite m'habituer à ce décor : un dépôt de souvenirs chaotique et sens dessus dessous.   

        Lorsque j'essayais de compatir à ses ennuis, elle me rit au nez. “Oh, ne vous inquiétez pas,” dit-elle. “Ma maison est toujours un peu en désordre.” 

        Evelyn m'invita à déplacer quelques cartons et à m'asseoir sur un canapé défoncé. Elle reprit place dans son fauteuil roulant, en face de moi.

       “Voulez-vous m'excuser” dit-elle, “d'être aussi peu présentable pour vous accueillir mais, voyez-vous, ma mère ne m'a jamais appris à m'habiller. Et, comme vous pouvez le constater,” ajouta-t-elle en accompagnant son propos d'un ample geste du bras, “j'ai hérité du côté  souillon de ma famille. Je ne suis pas élégante. Il faudrait me tuer pour me faire porter des bas nylon. J'ai toujours eu les hauts talons en  horreur ! De toute façon, j'essaie de me fondre dans la masse.”

       Tout à coup, toutes sortes de pendules se mirent à sonner.

       “J'ai vingt carillons suisses,” dit Evelyn, dominant le vacarme, *et j'adore la cacophonie.” 

        Evelyn semblait éprouver un plaisir pervers dans la confusion.  J'appris vite qu'au téléphone ou en personne, elle entamait toujours une conversation avec prudence. Si je l'entretenais de ma famille, elle commençait à s'animer. Lorsque nous en étions au milieu de notre entretien, elle parlait librement et facilement, avec un humour merveilleusement pétillant. Et je pouvais toujours compter sur ses analyses vivantes – et originales – de la politique mondiale.    

        Evelyn était souvent difficile à vivre, mais j'appréciais son intelligence perspicace et son humour.  Lorsque je la rencontrais, je pouvais lui faire plaisir en l'emmenant à son restaurant de sushi favori de Berkeley et en lui offrant tout ce qu'elle voulait. Une fois, en fin d'après-midi, après un monceau de sushi, elle me dit : “Le plus souvent, je suis seule. Je vis assez recluse. Mes problèmes contribuent à faire le vide autour de moi. Je me sens totalement abandonnée. Un jour viendra où vous-même sortirez de ma vie. Vous n'avez que patience à prendre.”

        De nombreuses années passèrent avant que ses exigences et son insatiable besoin d'attention finissent par m'épuiser, exactement comme elle l'avait prédit.

        Mais, rétrospectivement, elle était la seule de cette famille à posséder un sens de l'humour.

* * *

        Hans, le fils d'Einstein, et sa femme Frieda avaient adopté Evelyn par l'intermédiaire d'une institution de Chicago. On lui avait dit que ses parents étaient de simples travailleurs agricoles. Mais, Frieda avait confié à une amie intime qu'en réalité Evelyn était la fille d'Albert ; qu'elle était le fruit de l'une de ses nombreuses liaisons. [2] Einstein avait insisté pour que Hans l'adopte, malgré une épouse malade à l'époque. 

        Je ne connais pas la vérité, bien que j'aie appris cette histoire de plusieurs sources.

        Evelyn tenta de faire analyser l'ADN d'Einstein à partir de  fragments de son cerveau. “La cervelle du grand homme s'était à ce point désintégrée dans le formol qu'elle était inutilisable. Mais,” disait-elle, “Il reste à se demander si deux travailleurs agricoles du Middle West pouvaient avoir une fille possédant mon QI.” Celui d'Evelyn Einstein était de 178. 

        “Hans Albert, mon père adoptif, peut en fait être mon frère – et mon frère, Bernhard, mon neveu. Et quand je suis de bonne humeur, tout ce scénario me procure un délice pervers !”

        Evelyn n'aimait pas l'image emblématique d'Einstein tirant la langue. Elle a été prise il y a 64 ans, après un anniversaire fêté au Princeton Club. Albert était fatigué et voulait qu'on cesse de le photographier. C'est compréhensible, n'est-ce pas? Mais, pourquoi cette photo a-t-elle été considérée comme révélatrice de son humour ? Il n'avait pas envie d'être drôle ; il était détestable. Tirer la langue est considéré comme un geste de mépris, une insulte. Mais, l'auréole de sainteté qui nimbait Albert Einstein avait la vie dure. Il était devenu une icône.

Zackheim Einstein tongue

        Certes, il était souvent amusant, captivant et plein de sagesse – mais toujours avec ses amis, ses amantes et le grand public, pas avec les siens. En famille, il était bourru et rancunier. Son entourage ne m'a jamais raconté une anecdote amusante à son sujet.

        En 1997, à l'approche de l'anniversaire d'Evelyn, je lui demandai ce qu'elle désirait le plus au monde. “Je voudrais rencontrer l'acteur Robin Williams. C'est la personne la plus intelligente, la plus drôle et la plus intuitive que j'ai vue.”

Zackheim Robin Williams

        J'écrivis à Robin Williams et, en l'espace de deux semaines, j'obtins de lui un rendez-vous avec Evelyn. Tous deux vivaient dans la région de San Francisco. À l'heure dite, il se rendit en voiture chez Evelyn, accompagné de son secrétaire. Ils passèrent deux heures ensemble. Elle était transportée. Au téléphone, après l'entrevue, sa voix semblait plus optimiste que jamais auparavant. Je lui demandai comment s'était déroulée la rencontre.    

         “Je ne me rappelle pas avoir rencontré une personnalité célèbre,” me répondit-elle.  Je lui en rappelais quelques-unes : son grand-père, Robert Oppenheimer, la fille de Churchill, l'amorce d'idylle entre elle et le neveu d'Edward Teller.

 

   
   Robert Oppenheimer                                                                                                      Edward Teller

 

“Ils n'étaient pas du même calibre !” s'exclama Evelyn. “C'étaient des gens ordinaires, Williams est exceptionnel.”

Michele Zackheim,  traduction Jean L.  ENGLISH VERSION

[1] Le premier roman de Michele, Violette’s Embrace, raconte la démarche d'une artiste américaine lancée sur les traces de l'écrivaine et héroïne culte française Violette Leduc. Broken Colors, narre l'itinéraire du peintre Sophie Marks de l'Angleterre de l'après-guerre 39-45 au Paris de la même époque, à la campagne italienne et jusque dans le sud-ouest des États-Unis. Le plus récent des romans de Michele,  Last Train to Paris raconte l'histoire de Rose Manon, en poste à Paris comme correspondante étrangère et qui se trouve prise au piège de la terreur. Des décennies plus tard, il lui faut gérer les conséquences d'une décision qui lui a arraché le cœur. Ce roman se situe dans la tradition des succès de librairie tels que la Suite Française d'Irène Némirovsky.

      

Violet's Embrace                            Broken Colors                     The Last Train to Paris

 

[2] Note historique :

Lieserl, la fille d'Albert Einstein et de Mileva Maric, est née à Titel (Voïvodine) en 1902, avant leur mariage. Albert habitait à Berne au moment de sa naissance et ne l'a jamais vue. En fait, il a même refusé d'aller la voir à Titel. Mileva passa un an avec Lieserl en Voïvodine, avant de rejoindre Albert à Berne et de l'épouser. Lieserl, confiée à ses grands-parents maternels, mourut lors d'une épidémie de scarlatine, vers l'âge de trois ans. Aucune trace de sépulture n'a été retrouvée.
Dans mes entretiens avec Evelyn Einstein, celle-ci émit souvent l'idée qu'elle était le produit d'une liaison qu'Albert Einstein aurait eue avec une danseuse à New York. Toutefois, le seul document que j'aie pu trouver concernant Evelyn a été son acte de naissance, lequel indique qu'elle est née en 1941, « hors des liens du mariage », d'un jeune couple du Middle West. Hans Albert et Frieda Einstein l'adoptèrent par l'intermédiaire d'une institution d'adoption de Chicago. Selon Evelyn, Albert Einstein estimait que son fils et sa belle-fille devaient l'adopter pour deux raisons : 1) ils venaient de perdre un enfant, et 2) lui-même se sentait coupable d'avoir abandonné Lieserl en 1902.

 

 

 

 

“This is not just an attack on Paris, it’s an attack not just on the people of France but this is an attack on all of humanity…” President B. Obama, 13 November 2015.

 

" We are reminded in this time of tragedy that the bonds of liberté, égalité and fraternité are not only values that the French people care so deeply about but they are values that we share….”

 

 

My message to the French people is simple : « Nous sommes solidaires avec vous.»

 

 Des lumières de solidarite :

Le Royal National Theatre à Londres
(Royaume-Uni)

Sydney Opera House
à Sydney (Australie)

           Dublin (Irlande)

 

 Le Metropolitan Opera de New York joue La Marseillaise

World shows its support for France after deadly attacks
PRI's the World
November 13, 2015