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2015 : année donquichottique

Donquijote by Honoré_Daumier

                 Huile sur toile par Honoré Daumier

Cette année marque le quatre-centième anniversaire de la publication d'El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha, l'immortel chef-d'œuvre [1] de Miguel Cervantes de Saavedra (1547-1616), ou plutôt de la seconde partie des aventures du Chevalier de la Triste Figure, la première partie étant sortie en 1605. D'ailleurs, peu s'en fallut que cette suite ne soit jamais connue. En effet, c'est parce qu'un faussaire du nom d'Alonzo Fernandez de Avellaneda avait eu l'insolence [2] de faire paraître, à Tarragone en 1614, une prétendue suite à la première partie que Cervantès reprit la plume pour achever enfin le récit auquel il travaillait depuis dix ans, nous léguant ainsi l'œuvre complète en 1615, juste avant de mourir. [3]

 

Cervantes portrait"Celui que tu vois ici avec son visage aquilin, les cheveux châtains, le front lisse et découvert, les yeux vifs, le nez recourbé, quoique bien proportionné, la barbe d'argent (il n'y a pas vingt ans qu'elle était d'or), la moustache grande, la bouche petite, les dents peu nombreuses car il ne lui en reste plus que six, encore mal conditionnées et plus mal rangées, ….. est l'auteur de la Galatée, du Don Quichotte de la Manche et d'autres œuvres qui courent le monde à l'abandon et peut-être sans le nom de leur maître. On l'appelle communément Michel de Cervantès de Saavedra."

 

Le 10 octobre 1985

Orson Welles et Yul Brynner,
deux géants du cinéma américain, morts le m
ême jour


BRYNNEROrson-Welles


  

 < Orson Welles                

                                          

                                                Yul Brynner >

 

  


un souvenir rédigé par Hélène Cardona

 

Cardona_Helene_173Hélène, qui habite Santa Monica en Californie, est l’auteur des recueils bilingues de poésie Le Songe de mes Âmes Animales (Salmon Poetry), La Vie Suspendue (Salmon Poetry, 2016), L’Univers Stupéfait (Red Hen Press), et des traductions Beyond Elsewhere (White Pine Press, 2016) et Ce que nous portons (Editions du Cygne). Elle est aussi actrice (ChocolatJurassic World, The Hundred-Foot Journey, Serendipity, Dawn of the Planet of the Apes). Diplômée d’une Maîtrise de littérature américaine de la Sorbonne, elle a enseigné à Hamilton College, New York, et à Loyola Marymount University, Los Angeles. Hélène, notre linguiste du mois d'avril 2014, a bien voulu composer les lignes qui suivent pour Le mot juste.

 

Aujourd'hui nous commémorons le trentième anniversaire de la mort d'Orson Welles et de Yul Brynner, deux légendes du cinéma américain, tous deux décédés le 10 octobre 1985 – Brynner à l'âge de 65 ans, et Welles à l'âge de 70 ans. Ils jouèrent ensemble dans le film La Bataille de la Neretva.      
    

Brynner Battle               

Yul Brynner est né Juli Borissovitch Bryner, le 11 juillet 1920 à Vladivostock ou à l'île Sakhaline selon différentes biographies. Aussi bien ses rôles que son crâne rasé sont devenus légendaires.

Il grandit en Chine, puis à Paris. Il travaille en jouant de la guitare dans des boîtes de nuit et se lie d'amitié avec Jean Cocteau. Il fait ses débuts au Théâtre des Mathurins, devient trapéziste au Cirque d'Hiver, puis machiniste dans la troupe de Georges Pitoeff.

Brynner cocteau

En 1941 il s'installe aux États-Unis et étudie le théâtre avec Michael Tchekhov.  Il intreprète son premier rôle au théâtre dans La Nuit des Rois.

Il obtient son premier rôle au cinéma dans le film La Brigade des stupéfiants. C'est le seul film où on le voit avec ses cheveux naturels.

Yul Brynner devient célèbre en 1951 grâce au rôle du roi de Siam Mongkut qu'il joue dans la comédie musicale Le roi et moi de Richard Rogers et Oscar Hammerstein II, et pour lequel il remporte le Tony Award. Il gagne aussi un Oscar lorsqu'il reprend ce rôle dans le film de Walter Lang.

 

Il se rasa la tête pour Le roi et moi; le film eut un énorme succès et l'image lui colla à la peau. C’est ainsi qu’il continua à se raser la tête toute sa vie.

Pendant les deux décennies qui suivirent, il réussit à poursuivre une belle carrière au cinéma, notamment dans les films Les Dix Commandements (avec Charlton Heston), Anastasia (avec Ingrid Bergman), Salomon et la Reine de Saba, Les Sept Mercenaires, Morituri (avec Marlon Brando), La Folle de Chaillot (avec Katharine Hepburn), Les Frères Karamazov (avec William Shatner), Le Serpent (avec Henry Fonda), Westworld, et Les Rescapés du Futur (avec Peter Fonda).

        Ingrid Bergman                          Marlon  Brando                   Henry Fonda

Un cancer le frappe dans les années 80 et lors d'un entretien dans l'émission Good Morning America il dénonce les méfaits du tabac. Un message d'intéret public qui sert d'annonce de prévention pour l'American Cancer Society est alors diffusé après sa mort : «Maintenant que je suis fichu, je vous le dis, ne fumez pas. Faites ce que vous voulez mais ne fumez pas. Si je pouvais revenir en arrière et ne pas commencer à fumer, nous ne serions pas en train de parler de cancer. J'en suis convaincu.»

Il eut quatre épouses : Virginia Gilmore, Doris Kleiner, Jacqueline de Croisset, et Kathy Lee, et cinq enfants.

Yul Brynner fut aussi un photographe accompli (voir le livre Yul Brynner: A Photographic Journey) et écrivit un livre de cuisine.

YUL Cookbook
Lorsqu’il fonda sa compagnie de production Alciona, c’est Jean Cocteau qui créa le logo de la société.

YUL l'abbeeIl est mort le 10 octobre 1985 à New York. Ses cendres sont enterrées dans la propriété de l'abbaye de Saint-Michel de Bois Aubry, près du village de Luzé.


                                                          gallerie de photos                                       

 —————————–

Orson Welles, né le 6 mai 1915 à Kenosha, dans le Wisconsin, est l'un des plus importants réalisateurs du XXe siècle. Un artiste aux multiples facettes, il est aussi acteur, producteur, scénariste, metteur en scène de théatre, dessinateur, écrivain et prestidigitateur.

Son père était un inventeur et un industriel et sa mère était pianiste. Enfant précoce, il est doué pour la musique (le piano), la magie, la poésie, la comédie, le dessin et la peinture. À la mort de sa mère, il voyage beaucoup avec son père. Il a quinze ans lorsque celui-ci meurt.

Orphelin, il est pris en charge par le pédiatre Maurice Bernstein, à Chicago. Il étudie à la Todd School où il gagne le prix de la meilleure mise en scène avec son Jules César. Il fait ensuite une tournée en Irlande, où il joue ses premiers rôles au théâtre. À Paris il rencontre le magicien Houdini qui l'initie à la prestidigitation.

Il voyage ensuite au Maroc et en Espagne.

Grâce aux recommandations de Thorton Wilder et d'Alexander Wollcott, il rentre dans la troupe de théâtre de Katherine Cornell. Il y joue son premier rôle, Thibalt, en 1934. Cette année-là il se marie avec Virginia Nicholson, tourne son premier film, The Hearts of Age, et fait ses débuts à la radio.

Il collabore ensuite avec John Houseman avec qui il fonde le Mercury Theatre en 1937. Ils produisent pour la chaîne CBS The Mercury Theatre on the Air. En 1938, la veille d'Halloween, la chaîne de radio diffuse une adaptation de La Guerre des mondes de H. B. Wells, conçue comme une farce. [1]  

Il divorce et s'installe à Los Angeles, où son premier film, Citizen Kane, inspiré en partie de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst, et considéré comme le meilleur film de l'histoire du cinéma, est un échec commercial.

La plupart de ses films, La Splendeur des Amberson, Voyage au pays de la peur, La Dame de Shanghai,  Macbeth,furent des échecs au box office. Il épouse Rita Hayworth en 1943, mais divorce en 1948.

Il s'exile en Europe en 1948.

Il met en scène des pièces de théâtre tout au long de sa vie.

Il épouse Paola Mori en 1955.

En 1958 il réalise La Soif du mal. Il tourne aussi Les Feux de l'été d'après William Faulkner, face à Paul Newman.

OW The Long Hot Summer

En 1962 il tourne Le Procès, qui décroche le Prix Méliès. En 1965 il tourne Falstaff, qui décroche le Prix du XXe Anniversaire au Festival du Film et le Prix de la Commission supérieure technique.

En 1966 il tourne Une histoire immortelle pour la télévision française (ORTF), puis le film The Deep, inachevé.

Il eut plusieurs liaisons. La plus longue fut avec Oja Kodar, avec qui il vécut les 19 dernières années de sa vie, tout en restant marié à Paola Mori.

OW Oja Kodar

Orson Welles a reçu le Lifetime Achievement Award de l'American Film Institute en 1975, et en 1984 le Directors Guild of America lui a accordé le prix le plus prestigieux : le D.W. Griffith Award.

En 1942, pour son film Citizen Kane, il a obtenu l'Oscar du meilleur scénario. Il a aussi reçu deux nominations : une pour son rôle de Kane, et une autre en tant que réalisateur.

OW Citizen-Kane_Poster

Visionnaire, il a révolutionné l'art sous toutes ses formes et a influencé de nombreux artistes et réalisateurs. Sa voix grave a beaucoup séduit au cinéma, à la radio et à la télévision.

OW Orson & ChrisSa réputation de réalisateur n’a cessé de grandir. Les mots de sa fille Chris Welles le décrivent fidèlement : « Tout ce qu'il touchait se transformait en art. »


Interview accordée par Welles 8 jours avant sa mort (4:27 minutes)

 

[1] Les auditeurs américains paniquent car ils croient que l'invasion des extraterrestres se produit réellement.

OW War on Worlds   OW war-of-the-worlds

 

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Lecture supplémentaire :

This is Orson Welles, Le Monde en partnenariat avec TCM cinéma

Lost script reveals what Orson Welles really thought about Ernest Hemingway
The Observer, 16 January 2016

 

bookaneer & buccaneer – les mots anglais du mois

Book thief

Buccaneer of the Caribbean - Book of Pirates  1921(Howard Pyle)

   
<
 bookaneer 

              buccaneer >

 

 Le 1er décembre 2011, à l'occasion de l’article intitulé « Bibliothèques : rendez-vous du livre et des beaux-arts… », nous avions publié un glossaire [1]  contetenant le mot « biblioville », inspiré du mot anglais bibliotown, aussi connu comme Book Town. [2]

Mi-sérieux, nous revendiquions « biblioville » comme un néologisme français que nous avions l'intention de faire breveter. Maintenant, nous voulons ajouter au glossaire un autre mot anglais du domaine des livres, sur lequel nous sommes tombés par hasard en rendant visite au site « World Wide Words »,  nous voulons parler de bookaneer.

La première partie de ce mot valise (portmanteau word, ou blend en anglais) nous indique qu’il s’agit de livres. Avant d'analyser le mot tout entier, il convient d’abord de rappeler le mot buccaneer, synonyme de pirate en anglais, sur lequel s'appuie bookaneer. Buccaneer dérive du mot français « boucanier », [3] employé jadis pour désigner les écumeurs de mer et les pirates qui hantaient les côtes de l’Amérique hispanique au 17e siècle.


Voile noireSelon « La Voile noire : L'incroyable aventure des pirates et des filbustiers », (Mikhaïl W. Ramseier, Lausanne, Favre, 2006) : « Installés en petites communautés autonomes, principalement à Saint-Domingue et sur l’ile de la Tortue, les boucaniers vivaient de la chasse du bœuf et du cochon sauvages dont ils fumaient la viande et vendaient les peaux. Constituées de marins déserteurs, de naufragés, de colons appauvris, d’engagés [4], de renégats, d’esclaves en fuite et de flibustiers fatigués de la course, ces communautés cosmopolites apparurent dès 1630 à Saint-Domingue. » Elles profitèrent de la décision de l’Espagne d’abandonner, en 1606, les côtes nord et ouest de l’île pour en supprimer les trafics des nations étrangères sur son « territoire ».

Finalement, les boucaniers devinrent si puissants qu'ils voguèrent jusqu'aux côtes de l'Amérique espagnole et en ravagèrent les villes. Vu de Londres, le boucanage  était un moyen peu coûteux de faire la guerre à l'Espagne, la rivale de l'Angleterre. Ainsi la couronne britannique dotait les boucaniers de lettres de marque [5] qui légalisaient leurs agissements, moyennant une part de leurs profits. De leur base de Port Royal, les boucaniers pillaient les navires et les colonies espagnols, faisant de ce port le plus riche des Antilles. Des officiers de la marine britannique furent même envoyés pour diriger les boucaniers. Leurs activités se poursuivirent, que l'Angleterre soit en guerre avec la France ou avec l'Espagne.

Bucanneer Francois l'OlonnaisParmi les chefs des boucaniers Bucaneer Daniel Montbars figuraient deux Français : 
Jean-David Nau, mieux connu sous le nom de François l’Ollonais (<), et Daniel Montbars (>) qui détruisit tant de navires espagnols et tua tant d'Espagnols qu'on le surnomma l'Exterminateur. [6]

 

 La renaissance d’un mot désuet

BookaneerRevenons au mot bookaneer, qui désigne "a literary pirate; an individual capable of doing all that must be done in the universe of books that publishers, authors, and readers must not have a part in", selon “The Last Bookaneer".

Autrement dit, alors que les boucaniers étaient des pirates des mers, les “bookaneers” sont des « pirates des livres ». (les manuscrits physiques ou le contenu des livres). Cette fois-ci, nous ne prétendons pas avoir inventé le mot, puisque quelqu’un nous a devancés de presque 180 ans. En effet, le mot est apparu en 1837, dans une lettre adressée par le poète et essayiste Thomas Hood, au journal londonien, The Athenaeum, sous le titre « Copyright and Copywrong ». Apparemment, le terme était tombé en désuétude jusqu’à ce qu'un auteur américain, Matthew Pearl, en relance l'emploi dans « The Last Bookaneer », qui vient de sortir chez Penguin Press (le 28/04/2015). Roman de fiction, le livre raconte l’histoire d’un voleur de livres qui profite du manque de protection juridique dont pâtissaient les auteurs avant que la propriété intellectuelle acquière le statut que nous connaissons aujourd’hui.  

Hormis ce cas, le mot est aujourd’hui obsolète. On peut présumer que la raison en est qu'il est maintenant devenu plus dangereux de voler le contenu d’un livre depuis l’adoption de la législation relative à la propriété intellectuelle. [7]  Sa renaissance ne sera sans doute qu’éphémère.

Mais ne soyons pas naïfs. Il y a toujours ceux qui préfèrent contourner la loi plutôt que la respecter. C'est pour cela que, le mot bookaneer étant tombé en désuétude, nous avons recours au terme « plagiaire », employé déjà au Victor PortaXVIème siècle, et dérivant du latin plagiarus (celui qui vole les esclaves d'autrui). Tout récemment, le premier ministre de  Roumanie, Victor Porta, a dû renoncer à son titre de docteur, après avoir été accusé de plagiat dans sa thèse de doctorat.

Les « bucaneers et les bookaneers » ne sont pas les seuls pirates, détourneurs et voleurs qui sévissent sur terre et sur mer, ainsi que dans le monde de la littérature. Leurs exploits apparaissent dans beaucoup de bouquins, si l’on prend le temps d'y bouquiner. À cet égard, on peut citer l’adage : To steal ideas from one person is plagiarism. To steal from many is research. (Voler des idées à une seule personne, c'est du plagiat. En voler à plusieurs, c'est de la recherche.) [8]

 

Plagiary

 

Plagiarism cartoon"I need you to do a presentation on the topic of 'plagiarism'. If you don't have time to prepare anything, just steal something off the Internet."

Copyright 2008 by Randy Glasbergen

Post Scriptum : Nous invitons nos lecteurs à proposer un mot français qui, reposant sur un tel jeu de mots, équivaille à bookaneer. Nous-mêmes, proposons "bouquinaire", contraction de bouquin et de faussaire. Reste à le faire breveter !

 [1]

English

français

bible

Bible

bibliographer

bibliographe

bibliography

bibliographie

bibliophile

bibliophile

bibliophobe, bibliophobia

bibliophobe, bibliophobie

bibliotown

biblioville

book

livre

bookish

studieux (-euse), livresque

booklet

brochure

bookmark

marque-page, signet

bookmobile

bibliothèque itinérante

bookseller (secondhand)

bouquiniste

bookstore, bookshop

librairie

bookworm

dévoreur (-euse) de livres,
le rat de bibliothèque,
bouquineur (-euse)

editor

rédacteur (-trice)

hard cover (book)

livre relié

lexicographer

lexicographe

librarian

bibliothécaire

library

bibliothèque

paperback

livre de poche

pocketbook

carnet, portefeuille

publisher

éditeur

tome, volume

tome, volume

yearbook

annuaire

[2] International Organisation of Book Towns.

[3] de  « boucan » (terme issu d'un dialecte des Caraïbes), gril ou claie de bois sur lequel on fumait la viande ou le poisson. Au Québec, la boucane désigne toujours familièrement la fumée.  

[4] Esclaves pour une durée déterminée, les engagés étaient recrutés dans la métropole en vue du peuplement d'une colonie (indentured servants).

[5] Une lettre de marque, lettre de course ou lettre de commission  est une lettre patente d'un souverain permettant à un capitaine et son équipage de rechercher, attaquer, saisir et détruire les navires ou les équipements d'une nation adverse dans les eaux territoriales, internationales ou étrangères. (Wikipedia)

[6] Il semble que les Cubains n'éprouvent pas de rancune envers les boucaniers qui dévastaient leurs côtes puisque l'une de leurs deux bières nationales s'appelle justement la Bucanero – et qu'elle est la plus forte !

Pour d'autres précisions concernant les termes boucaniers, corsaires, flibustiers, frères de la côte et autres pirates, se rendre sur le site La Voile Noire.

[7] Cet adage remonte, semble-t-il, au règne de Charles II d’Angleterre. Le roi, inquiet du copiage des livres, promulgua la Licensing of the Press Act, 1662 .

[8] Le Robert. Dictionnaire étymologie du français, Collections Les Usuels

Post Scriptum : Nous invitons nos lecteurs à proposer un mot français qui, reposant sur un tel jeu de mots, équivaille à bookaneer. Nous-mêmes, proposons "bouquinaire", contraction de bouquin et de faussaire. Reste à le faire breveter !

 

Jonathan G.  Traduction Jean L.

 

Découverte de très anciens fragments du Coran

Comme le fond des océans, les réserves des bibliothèques sont encore loin d'avoir livré tous leurs trésors. Il y a peu, nous relations la découverte d'un First folio de Shakespeare dans une bibliothèque municipale du nord de la France. Cette fois, c'est un très ancien (sinon le plus ancien) fragment du Coran qui a été découvert à la bibliothèque de recherche Cadbury de Birmingham (Royaume-Uni). Cette découverte revêt une très grande importance pour tous les musulmans ainsi que pour tous ceux qui Yacine Benachenhous'intéressent à l'histoire des religions. Nous avons donc demandé à notre fidèle collaborateur Yacine Benachenhou, traducteur et écrivain, de traduire l'article publié à ce sujet dans le journal britannique, TheTelegraph du 22/07/2015. Au cours des prochains mois, nous publierons un article dans lequel ce même auteur traitera plus précisément du Coran, le livre saint des musulmans.

De très anciens fragments du Coran ont été découverts  l’Université de Birmingham.

Coran fragment

Des analyses au carbone 14 d'un manuscrit écrit sur des peaux de mouton ou de chèvre ont permis de dater le document entre 568 et 645. Cela en fait au moins un livre vieux de 1370 ans et l’un des plus anciens manuscrits que l'on possède dans le monde.

Les pages du livre sacré des musulmans ont dû être gardées dans une collection contenant d’autres livres et documents moyen-orientaux. Le livre sacré est demeuré inconnu dans la bibliothèque de l’université pendant près d’un siècle.

De longues années durant, ces documents ont été mal reliés. Il en est allé de même  d’autres pages de Coran manuscrites remontant à la fin du septième siècle. Un doctorant a étudié les deux parchemins et en a conclu qu'il fallait étudier sérieusement les deux documents.

Rappelons que Tony Blair lit le Coran chaque jour, et que Michael Gove a dit que l’on devrait envoyer des exemplaires du Coran dans les écoles.

Les tests faits par l’Université d’Oxford au carbone 14 ont permis de faire remonter les documents au temps du Prophète Mahomet. On pense généralement que Mahomet a vécu entre 570 et 632,  avec une précision de 95 %.

Susan Worrall, la directrice des collections spéciales de l’Université de Birmingham, a dit : « La datation au carbone 14 a donné des résultats excellents. Cela contribue fortement à notre compréhension des plus anciens exemplaires écrits du Coran. Nous sommes émus, car un document historique important est ici à Birmingham, la ville la plus cosmopolite de Grande-Bretagne. »

Le professeur David Thomas, qui enseigne le christianisme et d’Islam, a ajouté : « La datation au carbone 14 des pages de Coran de Birmingham a donné un résultat merveilleux. Il a dévoilé l'un des mystères les plus orientaux des collections de l’Université. Ils pourraient bien nous ramener quelques années avant la révélation de l’Islam. »

« Selon la tradition musulmane, le prophète Mahomet a reçu la révélation et c'est ce message qui a constitué le Coran, le livre sacré des musulmans, entre 610 et 632, date de la mort du prophète Mahomet [Muhammad]».

Le docteur Muhammad Isa Waley, expert de la bibliothèque anglaise et spécialiste de ces manuscrits a ajouté : « C’est une découverte passionante. » Les chercheurs ont dit que le manuscrit était la plus ancienne preuve matérielle et tangible de la rédaction du Coran que l'on connaisse à ce jour.

Ce document fait partie du fonds de manuscrits moyen-orientaux Mingana qui se trouve à la bibliothèque de recherche Cadbury de l'Université de Birmingham.

Article paru dans le Telegraph et traduit en français par Yacine Benachenhou.

Voici le lien qui permet d'accéder à l’article original en anglais :

http://www.telegraph.co.uk/news/religion/11754962/Oldest-fragments-of-the-Koran-found-in-Birmingham-library.html

Oldest Pages Of The QURAN From 576 AD Found In Birmingham University

 

Lecture supplémentaire :

Le Coran

A la une, 14 Sep 2015 :

Oldest, Longest Ancient Egyptian Leather Manuscript Found
Discovery.com

 

 

Les Jeux Spéciaux :
école de courage, de persévérance et de ténacité

Olympics-logoQuelques  réflexions autour du grand événenent qui se déroule à Los Angeles le 25 juillet – 2 aout

 

 

Plusieurs devises insistent sur l’importance de la participation aux épreuves sportives, plutôt que sur la victoire.
 
L'une d’elles, par exemple, qui fait partie du serment des athlètes des Jeux Spéciaux : « Let me win. But if I cannot win, let me be brave in the attempt.” (Que je gagne. Sinon, que j'échoue bravement.)  
 
Reach croppedLet me win
 
C’est une devise qui a été choisie par la fondatrice des Jeux Spéciaux, Eunice Kennedy Shriver [1]. Elle s'inspire du serment que prêtaient les gladiateurs de la Rome antique. L’insistance sur le courage qui anime des gens frappés d'incapacités et qui s’efforcent de les surmonter, est très bien formulé dans un article de Huffpost Sports (26/7/2015) sur les Jeux qui se déroulent actuellement à Los Angeles Celebrities ranging from Maria Shriver to Stevie Wonder praised the athletes' courage and determination.”  

Waterloo, creuset de l’Europe ?

 

Brexit puzzleDans son édition du 18 juin dernier, notre confrère Le Monde se fend exceptionnelle-ment d'un éditorial en anglais intitulé  "Britain beware, 'Brexit' could be your Waterloo."  (« Messieurs les Anglais, le Brexit pourrait être votre Waterloo »). Titre quelque peu codé puisqu'il comporte une allusion à la bataille de Fontenoy et une autre à celle de Waterloo, encadrant le néologisme Brexit, contraction de Britain exit : la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne [1] . À bien y songer, le carnage de Mont Saint-Jean, s'il a marqué la fin de l'épopée napoléonienne et le début de la suprématie britannique en Europe, a aussi instauré un siècle de paix relative sur le continent et permis un remarquable essor de l'économie, des sciences, des arts et des lettres. Donc, à quelque chose malheur est bon. Partant de là, les auteurs de Waterloo Cameroon cartoon l'article mettent en garde leurs amis d'outre-Manche contre la tentation du splendide isolement et le chant des sirènes de Nigel Farage, les conjurant de rester membres de l'Union européenne lorsque leur Premier ministre, M. David Cameron, leur donnera l'occasion de choisir par voie de référendum. Comme en 1815, amis britanniques, votre avenir est en Europe !

 J.L.

FrancoisePour commenter de façon plus approfondie (et, peut-être, plus humoristique) l’éditorial du Monde, nul ne nous a semblé mieux placé que Françoise Pinteaux-Jones, Française d’origine qui vit depuis longues années en Angleterre, et dont le nom de famille à lui seul sous-entend le degré d'immersion dans les deux pays et les deux cultures.  Voici ce qu'elle nous écrit :

 

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Waterloo CharlesOn a marqué en grande pompe au Royaume Uni le bicentenaire de la bataille de Waterloo. Une imposante cérémonie fut célébrée à St Paul en la présence du Prince Charles et de son épouse, la Duchesse de Cornouailles qui partageait avec d'autres invités la distinction d'avoir eu un ancêtre ayant participé à la bataille. Des expositions, des reconstitutions historiques, émissions de radio et de télévision ont marqué « Waterloo 200 », dont une sérialisation du 'pavé' Roberts d'Andrew Roberts (1000 pages sur Napoleon the Great) fort opportunément  sorti ces jours-ci. Il s'agit en l'occurrence d'un pavé dans la mare car l'auteur, dont la réputation nationaliste n'est plus à faire s'y montre « par moment d'une obséquiosité embarrassante » (dixit The Independent), bien dérangeante en tout cas pour un public que n'embarrassent pas les clichés de la propagande de l'époque – fort bien illustrée par ailleurs dans une exposition au British Museum.

 

Avis aux lecteurs

Nos fidèles lecteurs savent que le 4 juillet est le Jour de l'Indépendance des États-Unis d'Amérique; ils n'ignorent pas non plus que John Adams et Thomas Jefferson, respectivement deuxième et troisième présidents de l'Union, sont tous deux décédés le 4 juillet 1826, 50ème anniversaire de l'adoption de la Déclaration d'Indépendance de Jefferson.

Adams & Jefferson

                                             John Adams & Thomas Jefferson

 
Readers 3Nous sommes sûrs que que nos lecteurs - et tout particulièrement ceux qui lisent 
LMJ quotidiennement depuis ses débuts – c'est-à-dire depuis cinq ans – doivent avoir été choqués, bouleversés, voire anéantis, en constatant que chaque 4 juillet passait sans qu'il soit fait mention de ce grand événement historique dans le blog. Il nous a donc semblé que nous leur devions des explications. En fait, LMJ prévoit de traiter de cet événement dans son édition du 4 juillet 2026, 200ème anniversaire du décès de deux pères fondateurs. Vos bloggeurs ont le ferme espoir de rester suffisamment jeunes et fringants pour faire en sorte que le blog soit ce jour-là aussi intéressant et dynamique qu'il l'est aujourd'hui, et que les milliers de lecteurs actuels se compteront alors en millions.

Reading-children
Aussi, chers lecteurs, s'il vous plaît, prenez patience. Dans moins de onze  ans, nous promettons de récompenser largement votre patience et votre fidélité.

Jean L. & Jonathan G.

0 LE MOT JUSTE

 

The Fourth of July – The Hand of Providence. 3 minutes

 

Christopher Lee, alias Dracula, est mort

Madeleine
Nous sommes heureux de retrouver Madeleine BOVAnotre collaboratrice
et correspondante fidèle en Italie, 
que a redigé l'article suivant.

 

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LEE 1 L'acteur anglais Christopher Lee est récemment décédé à l'âge de 93 ans. Pendant sa  longue carrière, il a joué dans 280 films et interprété le rôle du parfait vampire à douze reprises au moins. De Dracula au Seigneur des anneaux, il a été tour à tour monstre, détective, cardinal et aventurier.

Par un singulier jeu de coïncidences, les liens du sang LEE 2 ont marqué le destin de Sir Chistopher Lee Carandini, mieux connu, par antonomase [1], sous le nom de comte Dracula, ce Seigneur des ténèbres qui apparaissait vêtu de sa célèbre cape noire et entouré d'un essaim de chauve-souris, selon un rituel immuable.

LEE - Marie CarandiniSon père était un officier de l'armée britannique et sa mère une grande beauté italienne : Estelle Marie Carandini des marquis de Sarzano. Le château de Sarzano a appartenu à Mathilde de Canossa depuis l'an 1000 environ, et faisait partie de l'énorme fortune de Mathilde, princesse lombarde , reine de Lotharingie, qui contraignit l'empereur Henri IV d'Allemagne à attendre trois jours et trois nuits avant d'être autorisé à pénétrer dans son château de Canossa pour y être absous de l'excommunication dont l'avait frappé le pape Grégoire LEE Castello-di-sarzano VII. Encore aujourd'hui, « aller à Canossa » signifie s'humilier solennellement. En 1872, Bismark employa l'expression à propos des relations de l'Allemagne et du Vatican : Nach Canossa gehen wir nicht (Nous n'irons pas à Canossa).

Par sa mère, Sir Christopher Lee Carandini appartenait à la « noblesse noire » de Modène et l'on pourrait ainsi croire que cette ascendance le portait à l'ésotérisme, à l'occultisme, voire à la magie noire. Mais, il n'en est rien. En effet, l'aristocratie « noire » de la riche ville de Modène était celle restée fidèle à la papauté après le 20 juin 1870 (prise de Rome après les combats de la Porte Pia et fin des États pontificaux) et qui avait conservé des charges importantes dans l'administration pontificale. Les titulaires de ces charges revêtaient le sévère uniforme rigoureusement noir, dit « à l'espagnole », qui datait du XVIe siècle et fut porté jusqu'à LEE - Vaticanl'abolition de la cour pontificale par le pape Paul VI, en 1968. Donc, la « noblesse noire » n'avait de noir que l'habit !

<  Des dignitaires vaticans en grand uniforme. 
Le pourpoint noir et la fraise sont à l'honneur !

 

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Modena LEE Modena.2

 La ville de Modène

[1] Trope qui consiste à désigner un individu par le nom du personnage qu'il nous rappelle : un harpagon pour un avare, la Dame de fer, pour Madame Thatcher.  

le 15 juin 2015 : 800ème anniversaire de la Magna Carta Libertatum (deuxième partie)

 

Magna carta-Runnymede Memorial  

 

 

"In the United States, Magna Carta … is treated with a reverence bordering on worship by many legislators, scholars and judges. It is considered the basis for many of the principles that form the Constitution and Bill of Rights."

Magna Carta, Still Posing a Challenge at 800
New York Times, June 14, 2015

"A second myth is that it was the first document of its type. Writing in 1908, Woodrow Wilson called it the beginning of constitutional government. But in fact, it was only one of many documents from the period, in England and elsewhere, codifying limitations on government power."

Stop Revering Magna Carta
Tom Ginsburg, New York Times, June 14, 2015

 

Yacine BenachenhouDans la première partie de cet article, notre nouveau collaborateur, Yacine
Benachenhou
, écrivain et traducteur d'arabe, d'italien et d'anglais, a replacé dans son contexte historique la signature par le roi Jean sans Terre des
« Articles des barons », le 15 juin 1215 à Runnymede (Angleterre), tout en faisant allusion à la bataille de Bouvines [1] , qui s'était déroulée l'année précédente, et qui avait permis au roi de France, Philippe Auguste, de conserver tous les territoires de Jean dans le Nord de la France, y compris la Normandie. 


Magna-carta-woodcut

Le roi Jean et les barons à Runnymeade, le 15 juin 1215


Ce fut l'original de la Magna Carta, la Grande Charte  un document dont l'incidence sur la protection des libertés publiques était encore limitée à l'
époque.  Mais, la Magna Carta, écrite en latin et traduite en anglais seulement deux siècles plus tard, est à l'origine de la monarchie constitutionnelle et des libertés fondamentales.

Dans beaucoup de régimes politiques fondés sur l'État de droit, la Magna Carta revêt une grande importance symbolique, et en Grande-Bretagne et aux États-Unis surtout, elle est une référence primordiale en tant qu'acte garantissant l’égalité de tous devant la Loi. 
 
Dans cette seconde et dernière partie, notre distingué collaborateur achève son analyse avec un œil d’historien.

 

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Rivalités européennes – sur et hors le champ de bataille

"Napoleon has humbugged me, by God".  
The Duke of Wellington, 18 June 1815

 (« Bon sang, Napoléon m'a berné ».
Le duc de Wellington, 18 juin 1815)

  

Cette année marque l'anniversaire de deux batailles importantes : celle de Marignan, en 1515, où les troupes du roi de France François 1er défirent les forces de la Confédération suisse (les fameux Colins-Tampons) [1] et celle de la bataille de Waterloo, en 1815 (époque à laquelle la Belgique actuelle faisait partie du Royaume-Uni des Pays-Bas), où l'action conjuguée des forces du duc Arthur Wellesley de Wellington et du général prussien Gebhard Blücher von Wahlstatt battent Napoléon près de la commune de Waterloo.[2]

Lord Nelson Blucher von Wahlstatt
              Wellington                                                              Blücher