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Le mot anglais du mois : hurricane.

 Ces temps derniers, deux phénomènes naturels ont fait parler d'eux : l'éclipse totale de soleil du 21 août et les ouragans qui viennent de dévaster une grande partie des Antilles et de la Floride… Le premier a attiré les curieux et les seconds ont eu des conséquences tragiques. Nous étudions ci-après le mot anglais hurricane, et nous prévoyons d'en faire prochainement autant pour le mot eclipse   
 
Katrina-
 Il est des mots qui s'imposent par leur actualité. Hurricane en est un. Mais, qu'est-ce au juste et pourquoi ce mot ? Certes, ce n'est pas « le moindre vent qui d'aventure fait rider la face de l'eau », comme aurait dit La Fontaine, mais un cyclone tropical, c'est-à-dire tout vent atteignant, dans l'échelle de Beaufort, une vitesse égale ou supérieure à la force 12, soit 64 nœuds ou 118 km/h. Ces vents violents sévissent dans deux régions du monde : la mer des Antilles et le secteur du Pacifique sud compris entre l'Indonésie et l'Australie où on préfère les appeler typhoons. Dans les autres bassins océaniques, on parle plutôt de cyclones.
 
 
 
Beaufort

Le mot 
hurricane dériverait de huracan (ou uracan), terme employé par les autochtones des Grandes Antilles qui connaissaient particulièrement bien ce phénomène météorologique. Complètement anéantis en quelques décennies, ces premiers habitants des Antilles n'en ont pas moins eu le temps de transmettre le vocable aux Espagnols, lequel a donné hurracán en espagnol, hurricane en anglais, et ouragan en français.
 
Il est une expression anglaise inspirée du régime des vents : In the eye of the storm. Elle désigne ce qui est au cœur d'un problème. Exemple : The man in the eye of the storm is accused of selling secrets to the enemy. 
Étymologiquement, l'expression se fonde sur le sens littéral de l'œil du cyclone (l'épicentre d'une grave dépression météorologique).
 
Notons, qu'en français, ouragan a également un sens figuré et qu'il désigne alors un mouvement violent et impétueux, un grand tumulte. Le Petit Robert (p. 1749) relève cette acception en prenant un exemple chez Jean-Paul Sartre : « Cette bonne femme […] c'est un ouragan ».
 
HawkerOuragan induit surtout l'idée d'une force violente et destructrice. Ce n'est pas un hasard si le Hawker Hurricane fut le fleuron de l'aviation de chasse britannique en 1939, avant d'être surclassé par le Spitfire pendant la bataille d'Angleterre. Suivirent le Typhoon et le Tempest, tant on désirait être dans le vent ! En France, le MD 450 Ouragan a équipé l'armée de l'air à partir de 1955.
 
Hur namesMais alors, pourquoi les ouragans ont-ils longtemps porté des prénoms exclusivement féminins ? Il semble que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les marins américains leur aient donné des prénoms de leurs bien-aimées. Et cela, jusqu'à ce que les féministes s'inquiètent de cette association malsaine avec des phénomènes climatiques maléfiques. Après avoir essayé un autre système, le National Hurricane Center décida d'alterner désormais prénoms masculins et féminins. C'est ainsi que Harvey, Sandy ou José font écho à Patricia, Katrina ou Irma.
 

Pas traduit, pas prévenus…
D'après Bell Terena, The Atlantic, 08/09/17.

Au cours des trois dernières semaines, les moyens dont disposent les services de gestion des situations d'urgence ont été durement mis à l'épreuve, notamment en ce qui concerne la fourniture d'informations essentielles aux non-anglophones.

Par exemple, dans le comté de Miami-Dade (Floride), 2,6 millions d'habitants se sont trouvés sur l'itinéraire de l'ouragan Irma. Or, selon le plus récent recensement, 72,8% de la population de ce secteur parle à la maison une langue autre que l'anglais – l'espagnol, dans 64% des cas. Lorsqu'un groupe linguistique atteint de telles dimensions, la réponse la plus simple à la question « Comment recevront-ils les informations salvatrices dans une langue qu'ils comprennent ?» est : « par la bouche à oreille ». Mais, si l'espagnol est peut-être la langue préférée à Miami, ce n'est pas le cas à Washington où se trouvent la Croix-Rouge américaine, l'Office fédéral de gestion des situations d'urgence et d'autres organisations d'aide et de premier secours.

Ces organisations fonctionnent essentiellement en  anglais, ce qui peut être un obstacle de plus à la transmission de l'information. 

Pour communiquer dans le secteur de Miami-Dade, la Croix-Rouge américaine s'est associée à Translators without Borders, une ONG basée à Danbury (Connecticut). 

Selon Amy Rose McGovern, directrice des affaires extérieures de TWB, 200 bénévoles du monde entier ont traduit des tweets et des messages Facebook d'anglais en espagnol, créole haïtien, français et portugais (du Portugal et du Brésil). TWB est présent dans la région depuis 1993, aussi l'organisation est-elle bien préparée à aider en cas de crise. Mais, elle est actuellement sollicitée à l'extrême, vu qu'elle s'emploie, aux côtés de la Croix-Rouge britannique à venir en aide aux victimes d'Irma dans les Caraïbes, de la Croix-Rouge mexicaine à aider les sinistrés du séisme de la semaine dernière, et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge pour tout le reste.  

Ces récentes catastrophes ont également réduit la disponibilité des traducteurs et interprètes. Melissa Gillespie, porte-parole du bureau de recherches sur le marché de la traduction Common Sense Advisory, relève que 6 à 10% des traducteurs américains  habitent des zones frappées par l'ouragan Irma.  Sans oublier à peu près tous les traducteurs et interprètes sur l'itinéraire de l'ouragan Harvey qui possèdent non seulement l'espagnol, mais aussi le créole haïtien et le portugais brésilien. « Le problème, c'est que les traducteurs et interprètes locaux sont tout aussi touchés que les autres habitants,» dit Bill Rivers, directeur exécutif du Comité national commun pour les langues. « Lors des grandes catastrophes, les organismes d'aide doivent trouver davantage de bras pour aider », ajoute Rivers. 

Avec moins de traducteurs et d'interprètes disponibles, ce qui avait été prévu avant une crise ne correspond pas toujours à la réalité lorsque la crise se produit – et cela, quelle que soit l'ardeur au travail des traducteurs, des interprètes et des autres secouristes.   

 
Jean Leclercq

Die Fake News et der Brexit s’invitent dans le dictionnaire allemand

David Charter, Berlin

10 août 2017, The Times
Traduction : Jean Leclercq

Duden Fake newsDifférents mots anglais, témoins d'un monde en constante évolution, allant de darknet à emoji, et de selfie à tablet ont fait leur entrée officielle dans la langue allemande en figurant dans son dictionnaire de référence. Parmi d'autres nouveautés de la vie moderne qui se sont également invitées en allemand, notamment die Fake News (au pluriel) [1] et der Brexit (masculin singulier). S'agissant de substantifs, ils prennent la majuscule en allemand.

 


Les rédacteurs de la 27ème édition du Duden, l'équivalent allemand de l'Oxford English Dictionary, ont admis que, les changements technologiques provenant principalement d'Amérique, la langue allemande se devait d'accepter tout un lot de termes anglicisés.

Parmi les nouveaux verbes figure tindern, signifiant se donner rendez-vous en ligne, contraction de l'application Tindern et de de liken, aimer quelque chose sur les réseaux sociaux – à ne pas confondre avec le mot anglais exprimant la comparaison.

« C'est tout simplement un fait que de nombreuses choses de notre vie quotidienne nous viennent du monde anglo-américain, notamment lorsqu'il s'agit de nouveautés technologiques, » déclare Kathrin Kunkel-Razum, rédactrice en chef du Duden.

La base de données terminologiques du Duden s'est progressivement enrichie. L'édition de 2017 qui vient de sortir, contient 145.000 mots, soit 5.000 de plus que la précédente (2013). En 1880, la première édition ne contenait que 27.000 mots.

Le dictionnaire est mis à jour tous les trois à cinq ans. L'édition 2013 a provoqué un tollé en retenant un mot anglicisé couramment utilisé der Shitstorm pour désigner un scandale, notamment lorsqu'il est attisé sur la Toile.

D'autres nouvelles entrées en provenance de l'anglais reflètent le mode de vie et les tendances de la culture pop, notamment Urban GardeningLow CarbHoodie, et Work-life-balance. Hygge, le confort version danoise, a fait également son entrée. Parmi les ajouts issus des réseaux sociaux, figurent le verbe facebooken (utiliser Facebook) et entfreunden (rayer quelqu'un de vos amis sur Facebook).

 

Certains de mots, reflétant le climat politique ambiant, ont été germanisés, tels que die Flüchtlingskrise (la crise des réfugiés), der Cyberkrieg (la cyberguerre) et postfaktisch (post-vérité). Un autre ajout a été le chouchou du blog de langue allemande, c'est Kopfkino (littéralement : cinéma mental) dans le sens de rêverie.

 

Le mot Schmähgedicht, poème blasphématoire ou diffamatoire, figure également dans le Duden 2017. On le doit à Jan Böhmermann, le comédien qui a provoqué un incident diplomatique l'année dernière avec son ode irrévérencieuse au Président turc, R.T. Erdogan.

Ergan

Toutefois, tous les mots n'y sont pas pour toujours. Plusieurs tentatives de germanisations de mots anglo-saxons ont été abandonnées dans la l'édition la plus récente, tels Majonäse pour mayonnaise et Ketschup pour ketchup.

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[1] Dans le cas des fake news (bobards, sornettes, fausses nouvelles), on ne saurait, en français tout au moins, parler de nouveautés puisqu'une loi du 29 juillet 1881 (complétée par une ordonnance du 19 septembre 2000) réprimait déjà la propagation de fausses nouvelles, qu'il s'agisse de « pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à autrui ».

J.L.

La bicyclette a 200 ans !

Il y a cinq ans exactement, nous avons publié un article intitulé « Les mots anglais de la semaine, ciclovia et peloton ».

Pour comparer les différentes nuances du mot peloton en anglais et français, nous avons présenté le tableau suivant, qui montre que le mot français ne se traduit par le même mot en anglais que dans le contexte du cyclisme, lorsque dans d'autres cas l'anglais offre d'autres équivalents, comme platoon et ball.

Français 

English 

PELOTON

PELOTON

PELOTON

peleton

PLATOON

PELOTON D'EXÉCUTION

 peloton

EXECUTION SQUAD

   

             PELOTON

peloton

BALL

   

   

   

   

   

   

   

   

 

Ne s'emploie pas en français dans ce sens

PELOTON


Verre décoratif fabriqué en Bohême à la fin du XIXe siècle


DraisNous abordons à nouveau ce sujet à l'occasion du 200e anniversaire du vélo. En effet, c'est en 1817 qu'un Allemand, Karl Freiherr von Drais, de la ville de Manheim, inventa la Laufmaschine (textuellement « machine à courir ») qui était censée remplacer le cheval.

 

La draisienne , Illustration publiée en 1817.

MichauxLa draisienne, brevetée en France dès 1818 sous le nom de vélocipède et, en Angleterre, sous celui de Hobby Horse (« cheval de loisir ») a été suivie quelques décennies plus tard, en 1861, par le vélo à pédales, mis au point par un charron et serrurier français, Pierre Michaux, qui remporta un grand succès avec sa michaudine à l'Exposition internationale de Paris, en 1867.


Le Vélocipède de Michaux, 1868.

 

En 1914, plusieurs millions de Français avaient adopté le vélo, tirant parti de la polymultiplication (ou changement de vitesses) rendue possible par un nouvel accessoire, le dérailleur, inventé dès 1869, mais largement amélioré par un industriel de Saint-Étienne, Paul de Vivie (dit Vélocio), fondateur de la manufacture stéphanoise de cycles « La Gauloise ». Vélocio lança le concept de cyclotourisme dans lequel il voyait un moyen de réunir les individus et les peuples. [1]

Les progrès de ce mode de transport sont décrits dans un article intitulé « 200th anniversary : How the bicycle changed society ». Nous nous contenterons ici de rester sur le thème de la terminologie, en expliquant le vocable penny-farthing :

 

Penny-farthing 1885 

Aperçu historique :

Le premier penny a été frappé en Angleterre. Avant que la Grande-Bretagne adopte le système décimal, en 1971, la monnaie britannique, comme plusieurs autres monnaies européennes, comptait trois unités : la pound (la livre), le shilling et le penny. C'était le système dit du denier. 

Unité monétaire

  

symbole

Terminologie latine

  

singulier

pluriel

livre

£ or l

libra

librae

shilling

s. or /-

solidus

solidi

penny

d.

Denarius

denarii


Le "farthing" valait le quart d'un penny. [2] Donc, il est évident que le modèle « penny-farthing » a été inspiré par ces deux monnaies britanniques : penny & farthing.

 

 

 

 

 

penny

farthing

 

PF old

 

Pennyfarthing Mk-6-MLe penny-farthing n'a pas l'air très pratique, mais il n'a pas pour autant disparu. Le Londonien, Joff Summerfield, après avoir parcouru le monde sur son penny-farthing pendant 2 ½ ans, est rentré à Londres et s'est mis à gagner sa vie en construisant des penny-farthings. Mais, peu après, il s'est octroyé un nouveau congé pour sillonner les États-Unis et l'Amérique du Sud pendant deux ans, comme il l'explique dans le vidéo clip ci-dessous (3 :20 minutes), sur son site Penny Farthing World Tour. Joff invite tous les adeptes de ce cycle haut perché à le suivre dans son parcours.

 

 

 

 

 

 

Quel dommage que Karl Freiherr von Drais et Pierre Michaux ne soient pas ici pour accepter cette invitation. Le trio aurait formé un joli peloton !

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[1] Espérantiste convaincu et adepte du végétarisme, Vélocio, à l'instar du grand architecte Antoni Gaudi, mourut renversé par un tramway, le 27 févrer 1930.

[2] Du vieil anglais fēorthing, de fēortha (quart), peut-être sur le modèle du vieux norvégien fjórthungr : quart.

Le farthing a été retiré de la circulation en 1961 et, dix ans plus tard, la Grande- Bretagne a adopté la décimalisation, remplaçant le shilling (dont 20 valaient une livre) et le penny (dont 240 valaient une livre) par le nouveau penny dont 100 constituent une livre (£) .

Les photos illustrant cet article proviennent du Technoseum de Manheim (Allemagne), la ville de Karl von Drais, à qui nous devons nos vélos modernes, sources de tant de joies.

 Jonathan Goldberg & Jean Leclercq

Lectures complementaires :

Tour du monde à vélo en quatre-vingts jours :  Mark Beaumont, le cycliste à la poursuite de Phileas Fogg
Le Monde 26/7/2017

The Bicycle as a Vehicle of Protest
The New Yorker, June 10, 2020

 

 

 

 

 

Victor Hugo, travailleur de la mer…

Ingrid ChavezL'article qui suit, largement inspiré d'un texte paru en anglais sur le site www.VisitGuernsey.com, a été redigé par notre nouvelle contributrice, Ingrid Chavez. Française, née au Mexique, elle a grandi à Paris et dans les Alpes. Comme Victor Hugo au dix-neuvième siècle, Ingrid vit aujourd’hui au bailliage [1] de Guernesey, une dépendance de la Couronne britannique dans la Manche. Elle ne manque pas une occasion de faire découvrir la maison du Maître, Hauteville House à ses proches qui lui rendent visite !

Après avoir obtenu une licence en droit de l‘Université de Grenoble, elle prit la décision d’aller enseigner dans une école internationale en Inde. Cette expérience, renforçant sa passion des langues et son amour des voyages, l’incita à entreprendre un master de FLE (Français Langue Etrangère).

Ingrid devint professeure qualifiée de FLE en 2007 et obtint un Master en linguistique en 2008. Elle partit ensuite à l’étranger pour plusieurs années, enseignant à l’Alliance française de Shanghai puis de Guayaquil, en Equateur.

En 2010 elle déménagea à Guernesey où elle rencontra son mari James. Elle fonda l’entreprise The Chateau Bee Selection en 2013, une agence de châteaux français que les anglophones peuvent privatiser à l’occasion d’évènements privés.

Toujours passionnée par les langues, les voyages et plus particulièrement la culture orientale, elle continue à enseigner, et consacre son temps libre à l’apprentissage du chinois. Elle met régulièrement à jour son blog sur les expressions idiomatiques et la culture française:  http://french-in-guernsey.blogspot.fr

 

À Guernesey, les amoureux de littérature auront la chance de pouvoir marcher sur les traces d'un des plus célèbres écrivains du 19e siècle : Victor Hugo.

Vh portrait

    Guernsey map

 

L'écrivain et poète français passa en effet 15 années en exil à Guernesey et c'est sur cette île que nombre de ses chefs d'œuvre verront le jour, notamment les Misérables et les Travailleurs de la Mer. [2]

Arrivé sur l'île en 1855, Hugo tomba sous le charme de Guernesey, et décida d'y acquérir une fascinante maison, Hauteville House, la seule demeure qu'il n'ait jamais possédée.

VH HV Hauteville Houseavec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)


Hauteville House offre aujourd'hui la possibilité à tous de découvrir la vie d'Hugo à Guernesey, ainsi que d'en apprendre plus sur ses engagements politiques, et sa vision philosophique et spirituelle du monde.

Son cabinet d'écriture, le « salon Cristal », se situe au sommet de la maison. Baignée de lumière et relativement sobre, cette salle offre une vue panoramique sur la capitale St Peter Port, sur la mer ainsi que sur sa terre natale, la France.

Le Salon Cristal
avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)

Outre sa maison, vous pourrez aussi retracer les pas de Victor Hugo en vous promenant sur l'île…

Faites par exemple un plongeon dans les eaux claires de la Baie de Havelet où il aimait nager, promenez-vous sur son sentier préféré au large de la baie de Fermain ou encore partez à la découverte d'une des baies les plus jolies de Guernesey: Moulin Huet. Aventurez-vous jusqu'au promontoire de Pleinmont d'où vous découvrirez une vue époustouflante sur le phare de Hanois, puis continuez le long de la côte ouest jusqu'à Port Soif, une partie du littoral que l'écrivain aimait tout particulièrement et qui fut pour lui une source d'inspiration.

VH HV Moulin Huet
avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)

LANGUES PARLÉES

Les habitants de Guernesey parlent l’anglais. Il existe aussi un dialecte ou “patois” hérité du français normand, le Guernésiais ou Dgèrnésiais.

Le patois de Guernsey est principalement une langue de tradition orale, souvent utilisée dans des poèmes ou chansons sur Guernesey.

Bien qu’en déclin aujourd’hui, de nombreux efforts sont faits pour préserver cet aspect du patrimoine culturel et historique de Guernesey.


LA VIE PERSONNELLE DE VICTOR HUGO


On se souvient de l'œuvre littéraire d'Hugo, mais sa vie personnelle, souvent moins connue, est tout aussi fascinante.

Hugo épousera son amie d'enfance Adèle Foucher et ensemble ils auront 5 enfants. Victor Hugo aura cependant de nombreuses maîtresses durant sa vie, dont la plus notable est l'actrice française Juliette Drouet.

VH HV family
  avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)(VisitGuernsey.com)


Vh mon amourJuliette deviendra la secrétaire et compagne de voyage d'Hugo – une relation qui durera 50 ans – et sacrifiera sa carrière pour suivre jusqu'à Guernesey celui qu'elle considère comme l'amour de sa vie, comme en attestent les milliers de lettres qui ont été écrites entre les deux amants. [3] [4]

 

Il est souvent dit qu'ils se rencontraient au sommet de la tour « Victoria Tower ». Construite en l'honneur de la visite de la Reine Victoria et du Prince Albert, la tour offre une vue imprenable sur St Peter Port. Si vous regardez attentivement, vous remarquerez peut-être leurs initiales – VH et JD – qui ont été gravées sur les murs intérieurs de la tour de granite.

En juillet 1852, Hugo écrit à son épouse à propos de l'exil : « Il faut y travailler ou périr d'ennui et de néant  ». Cependant, loin de sombrer dans l'ennui ou la vacuité, Victor Hugo fera montre de la plus grande créativité durant ces années d'expatriation, y rédigeant la plupart des écrits qui l'ont rendu célèbre, en particulier 'Les Contemplations' (1856), 'Les Misérables' (1862), 'La Légende des siècles' (1877), 'William Shakespeare' (1864), 'Les Chansons des rues et des bois' (1865), 'Les Travailleurs de la mer' (1866), 'L'Homme qui rit' (1869), et 'Quatre-Vingt-Treize' (1874). 

VH HV statue

avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)


HAUTEVILLE HOUSE

La Ville de Paris, a conservé en l'état les deux maisons où Victor Hugo a vécu le plus longtemps: l'Hôtel de Rohan-Guéménée sur la Place des Vosges à Paris, dont il fut le locataire d'un appartement de 280 mètres carrés au 2e étage pendant 16 ans (de 1832 to 1848) et Hauteville House sur l'île de Guernesey, où il a vécu en exil durant 15 années (de 1856 à 1870).

 
Hotel de Rohan-Guemen     VH The-Rear-of-Hauteville-House
 l'Hôtel de Rohan-Guéménée                   Hautville House, à l'arrière

 

En 1851 le poète, banni en raison de ses vues antibonapartistes, quitte la France pour un exil qui durera 19 ans. Après de vaines tentatives pour s'établir à Bruxelles et Jersey, Hugo débarque à Guernesey en 1855.

Le 16 mai 1856, grâce au produit de la vente de son recueil de poèmes Les Contemplations, Victor Hugo achète Hauteville House, une large maison blanche avec un jardin surplombant la mer.

Il mit son imagination sans limites au service de sa maison, passant des mois à superviser la rénovation du bâtiment suivant un modèle médiéval, qui donne aujourd'hui à l'édifice son mystère et son originalité.

Enthousiaste collectionneur d'objets d'occasion et grand amateur de brocantes, il y ramena une profusion de coffres, crédences, tapis, miroirs, vaisselle, figurines et autres objets hétéroclites.

Il apposera un peu partout ses initiales et fera de sa maison un prolongement de lui-même, un témoignage de son abondante créativité et de ses engagements. Ainsi que le soulignait Charles Hugo: « la maison est un autographe à 3 étages, un poème en plusieurs chambres ».

Hugo vécut à Hauteville jusqu'en 1870, date à laquelle il retourna en France suite à la chute du Second Empire. Il reviendra à Hauteville pour un an en 1872, pour une semaine en 1875 et finalement pour 4 mois en 1878.

En mars 1927, l'année du centenaire du mouvement Romantique, les descendants de l'écrivain, Jeanne, Jean, Marguerite et François firent don de la maison à la Ville de Paris.

 

HV plaque   

 Hauteville House a un superbe jardin qui peut aussi se visiter.


LE GUERNESEY DE VICTOR HUGO VH Travailleurs

Victor Hugo fut d'emblée captivé par Guernesey: il fut frappé par l'âpreté de ses falaises et la douceur du paysage à l'intérieur des terres.  Appréciant à la fois  « le souffle de l'océan » et le « souffle des fleurs », il exprimera sa reconnaissance envers l'île et ses habitants dans sa dédicace des « Travailleurs de la Mer » : « Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce…»

VH Channel IslandsHugo décrit les îles Anglo-Normandes [5] comme des « fragments de France tombés dans la mer et ramassés par l'Angleterre ». C'est ce mélange de cultures française et britannique qui rend Guernesey si exceptionnel. Le patrimoine de Guernesey, ses paysages et ses habitants marquèrent pour toujours l'écrivain, et les visiteurs qui suivent aujourd'hui ses traces se sentiront sans nul doute aussi inspirés qu'il le fut il y a 150 ans.

 

 Notes du blog :

[1]  Territoire dont l'administration est confiée à un bailli. En anglais : bailiwick. (employé aussi en sens figuratif : "You know nothing of this subject; that's my bailiwick") . D'ou le mot bailiff – huissier de justice

 [2] En revanche, l'écrivain britannique Charles Dickens a écrit son livre "Nicholas Nickelby" à Calais.

[3] « Victor Hugo, mon amour » : 50 ans de correspondace amoureuse sur scène

Avant d'être la maîtresse de Victor Hugo, Juliette Drouet avait été celle du sculpteur genevois James Pradier dont elle était aussi le modèle. C'est ainsi qu'elle figure, dans le plus simple appareil, sur l'une des quatre faces du socle du buste d'Auguste-Pyrame de Candolle, dans le parc des Bastions, à Genève. Elle est l'une des quatre danseuses entourées d'angelots qui virevoltent autour du célèbre botaniste avec qui elle n'a visiblement rien à voir. En revanche, sa plastique impeccable permet de mieux comprendre la séduction qu'elle exerça durablement sur Victor !   

[4] Voir aussi notre article récent :Vingt-cinq ans après la mort de Marlène Dietrich, une de ses lettres d'amour est vendue aux enchères publiques

[5] Dépendances insulaires du duché de Normandie, oubliées lors des actes de rétrocession du duché au royaume de France, l'archipel des Îles anglo-normandes (Channel Islands, en anglais) est constitué de quelques grandes îles comme Jersey, Guernesey, Sercq et Aurigny ainsi que d'îlots inhabités comme les Minquiers (dont la France, en plein XXe siècle, a encore contesté la propriété au Royaume-Uni devant la Cour internationale dee Justice ). Le contentieux franco-britannique au sujet des Minquiers constitue l'argument dramatique du roman de Nancy Mitford,  Don’t Tell Alfred. C'est le motif de chamailleries occasionnelles entre ces deux « vieilles dames » que sont la France et la Grande-Bretagne. S'étendant sur 194 km2 et comptant 250.000 habitants, les îles tirent leur prospérité d'un statut juridique très particulier. Ne faisant partie ni du Royaume-Uni, ni de la Communauté européenne, elles relèvent directement de la Couronne, en tant que possession du duc de Normandie, titre que porte toujours le souverain britannique. Du coup, elles échappent aux réglementations bancaires et fiscales contraignantes des pays environnants et constituent un paradis fiscal fort prisé des établissements financiers. Autre particularité, elles ont été le seul territoire britannique occupé par les forces armées allemandes de juin 1940 à mai 1945. Les occupants, selon leur habitude, se sont alors empressés de placarder partout des écriteaux en lettres gothiques afin de mieux germaniser les lieux. C'est ainsi qu'ils placèrent sur l'hôtel de ville de Jersey un grand Rathaus que les naturels traduisirent immédiatement par Rathouse !


Jean L.


POUR EN SAVOIR PLUS

La Manche, défi de toujours

  • Le bloggeur de voyage Gareth Huw Davies a visité Guernesey pour en apprendre plus sur le séjour de Victor Hugo sur l'île. Pour lire son blog, cliquez sur ce lien :

    http://www.garethhuwdavies.com/travel/travel-features/les-miserables-is-guernseys-reason-to-be-cheerful/

  • La Maison Hauteville et Guernesey ont également fait l'objet d'un article de voyage dans The Telegraph Online.

    http://www.telegraph.co.uk/travel/destinations/europe/france/articles/Les-Miserables-Victor-Hugos-France/

  • Les promenades guidées « Victor Hugo »: vous trouverez sur l'île plusieurs guides pédestres accrédités proposant des promenades sur le thème de Victor Hugo. Pour plus d'informations, contactez l'Office de Tourisme de Guernesey à : enquiries@visitguernsey.com
  • The Soul of the Sea –un livre écrit par Magnus Buchanan, illustré par Charlie Buchanan, vivant tous deux à Guernesey. Ce livre rend hommage au livre de Victor Hugo, les Travailleurs de la Mer, sous la forme d'une ballade poétique de 250 strophes.

    https://charliebuchanan.com/books/

  • VH decorateurHauteville House, Victor Hugo décorateur – Marie and Jean Baptiste Hugo. Paris Musées (20 avril 2016)

    Présentation, par les descendants du poète, de la maison de V. Hugo, avec les peintures de Marie Hugo et les photos de Jean Baptiste Hugo.

 

 

 

Vingt-cinq ans après la mort de Marlène Dietrich, une de ses lettres d’amour est vendue aux enchères publiques

L'article qui suit a été rédigé par notre fidèle contributrice, Cynthia Hazelton [*]. La version française a été réalisée par notre infatigable traducteur, Jean Leclercq.

 

 

H & DErnest Hemingway et Marlène Dietrich étaient deux icônes des sociétés française et américaine du XXe siècle. Celle-ci est morte le 6 mai 1992. On sait beaucoup de choses de leurs vies professionnelles. Mais, jusqu'à ces derniers temps, ils partageaient un secret quant à leurs vies intimes. Comment ces deux êtres, nés dans des continents différents, célèbres dans des domaines divergents, en sont-ils venus à exercer une telle influence des deux côtés de l'Atlantique ? Et quel est donc leur secret ?

Revenons un peu en arrière :

Dietrich 1Marlène Dietrich est née à Berlin en 1901. Manifestant un intérêt précoce pour la musique et le théâtre, elle commence par être choriste et tient de petits rôles dans des films. Elle perce à l'écran dans un film de 1930, L'Ange bleu, où elle incarne une séduisante chanteuse de cabaret qui cause la chute d'un enseignant respecté.

Une fois lancée, Dietrich gagne Hollywood où elle tourne dans six films. Dès lors le personnage de la «femme fatale mystérieuse» lui colle à la peau. Bien qu'elle soit l'actrice la mieux payée d'Hollywood, sa popularité décline en Amérique.

Marlène Dietrich s'installe à Londres, espérant relancer sa carrière en Europe. Le parti nazi la pressent pour tourner des films de propagande allemands. Elle décline de juteux contrats, refuse de travailler pour le parti nazi et renonce à la citoyenneté allemande. En 1937, elle sollicite la citoyenneté américaine qu'elle obtiendra deux ans plus tard.

Marlene troupsPendant la Deuxième Guere mondiale, elle se produit dans des spectacles de l'USO dans toute l'Europe, prestations pour lesquelles elle reçoit la Médaille de la Liberté en 1947. La France lui décerne la Légion d'honneur pour son action pendant la guerre.

Des années cinquante aux années soixante-dix, Dietrich chante dans des cabarets en Europe. Elle est connue pour ses nombreuses liaisons célèbres, son défi des normes sexuelles et son rôle d'icône de la mode. Elle marche à l'alcool et aux pilules.

Marlène Dietrich passe à Paris les onze dernière années de sa vie. Elle meurt en 1992, à 90 ans. Quelque 1.500 personnes assistent à ses funérailles en l'église de la Madeleine.

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Hemingway 1Ernest Hemingway naît dans une famille de la classe moyennne chicagolaise en 1899. Pendant toute sa vie, il a la passion de l'écriture, du sport et de l'aventure en plein air. Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, il s'engage comme ambulancier et, affecté sur le front italien, il est sérieusement blessé en 1918. Il retourne aux États-Unis pour se rétablir.

 Après la guerre, il se marie, travaille comme journaliste d'une petite ville et, par la suite, collabore au Toronto Star, le grand quotidien canadien. Lorsque le couple s'installe à Paris en 1921, Hemingway est correspondant à l'étranger du Star et fréquente un groupe d'écrivains américains expatriés qui s'y trouvent à l'époque. Cette expérience modifiera à jamais sa vie. En effet, c'est pendant ces années qu'il rencontre Gertrude Stein, Alice B.Toklas, Henry Miller, Sylvia Beach, John Dos Passos, Ezra Pound et F. Scott Fitzgerald. Ils encouragent le jeune auteur et guident ses débuts. Ses correspondances de la guerre civile espagnole ont été à la base de son plus grand roman, Pour qui sonne le glas (1940).

Hemingway before Shakespeare bookstoreHemingway, sa femme, Sylvia Beach et Adrienne Monnier
devant la librairie "Shakespeare & Company", Paris

 

Mais, si le succès littéraire lui sourit, sa vie privée vacille. Au cours des vingt ans qui suivent, Hemingway sombre dans l'alcoolisme et se remarie trois fois.

L'un des oeuvres d'Hemingway qui reçut l'accueil le plus élogieux, A Movable Feast (Paris est une fête) est un rappel des années passées à Paris comme  écrivain en lutte. Il fut publié en 1964, trois ans après sa mort. L'aventure amoureuse vécue entre Hemingway et Paris se résume dans cette phrase : «Si vous avez eu la chance d'avoir vécu à Paris dans votre jeunesse, où que vous alliez pour le restant de vos jours, cela vous accompagne, car Paris est une fête.»

 

  Hemingway quote 2          H quote 3

Une nouvelle édition de A Moveable Feast a été publiée par son petit-fils, Sean Hemingway, en 2009. De par les modifications et les corrections apportées à l'original, cette réédition a été très controversée.

Après l'attentat terroriste de Paris du 13 novembre 2015, A Moveable Feast/Paris est une fête est devenu un livre à succès en France. Des exemplaires du roman font été déposés sur les lieux de mémoire, symbolisant la résistance et la fierté françaises

Une Parisienne âgée a été interrogée par une chaîne de télévision française, alors qu'elle apportait des fleurs sur le lieu de l'attentat du Bataclan. Ses propos sont devenus viraux : «Il est très important de voir des exemplaires de Paris est une fête dans les lieux de mémoire, parce que c'est un symbole d'optimisme. C'est un symbole de ce que Paris devrait être. C'est un symbole de la culture-café, de la culture littéraire. C'est un symbole des artistes bavardant aux terrasses. C'est tout ce à quoi, de diverses façons, on s'est attaqué dans la soirée de vendredi dernier.»

Hemingway a publié dix romans, cinq ouvrages documentaires et dix recueils de nouvelles. On lui a décerné le Prix Pulitzer pour les œuvres de fiction en 1953 et le Prix Nobel de littérature en 1954. Hélas, il se suicida à 61 ans, non sans avoir laissé un héritage durable à la littérature américaine et un message d'amour à la ville de Paris.

Hem plaque

 

Quel est le rapport entre Hemingway et Dietrich?

Hemingway letter 2En avril 2007, The Guardian a rendu public des lettres et des télégrammes, inédits jusqu'ici, échangés entre Hemingway et Dietrich. Ces documents étaient divulgués par la bibliothèque Kennedy de Boston, à la demande de la fille de Marlène Dietrich qui avait voulu qu'ils soient gardés confidentiels pendant 15 ans après la mort de sa mère.

Les lecteurs y découvrent une relation amoureuse de 27 ans entre les deux personnages qui s'étaient rencontrés à bord d'un paquebot français en 1934, alors qu'ils avaient, lui, 35 ans et, elle, 33 ans. D'après leur correspondance, ce fut le coup de foudre. Hemingway appelait Marlène «mon petit chou» et elle l'appelait «Papa». Curieusement, alors que l'un et l'autre multipliaient les aventures, ils ne consommèrent jamais leur liaison. Hemingway expliquait que c'était faute de synchronie – ils n'étaient jamais libres en même temps.

Leurs lettres allaient du badinage amoureux aux propos profondément sérieux, partageant souvent leurs craintes et leurs insécurités. Leur correspondance s'est poursuivie pendant 27 ans jusqu'à ce qu'Ernest se suicide en 1961.

Une de leurs lettres d'amour, en date du 12 août 1950, sera vendue aux enchères à New York le 4 mai prochain.

 

 

  

 

Lectures supplémentaires :

Hemingway fut-il, comme l'isthme de Panama, un pont entre  ambos mundos? – Jean Leclercq

De quoi vivre à Paris – Marie Houzelle

Amours et tromperies chez les Hemingway – Naomi Wood

  SB & the Lost Generation

[*] Cynthia est titulaire d'un diplôme de droit et exerce la profession de traductrice juridique. Elle enseigne également la traduction juridique français/anglais à Kent State University (Ohio).

Bedlam: retour à l’asile

Helen-Oclee-Brown
Helen Oclee-Brown
, notre fidèle contributrice, a bien voulu rédiger l'article qui suit, et nous l'en remercions vivement. *  

Traduction : Jean Leclercq


« Bedlam
: A scene of uproar and confusion » (Oxford Dictionaries)
(Scène de tumulte et de confusion)

 

BedlamxDans la langue de tous les jours, la plupart des gens considèrent le mot anglais bedlam comme un nom commun, synonyme de uproar, pandemonium, commotion, mayhem, confusion,disorder, chaos, anarchy, voire lawlessness  (de tumulte, d'agitation, de chahut, de pagaïe, de confusion, de chaos, de chienlit, d'anarchie, voire de non-droit). Voir, à cet egard, le glossaire, publié ici à propos des emeutes de 2011 en Angleterre.  Bien peu savent qu'il s'agissait à l'origine d'un toponyme [1] – le surnom d'un hôpital psychiatrique de Londres qui eut une histoire longue et, à certains moments, tristement célèbre. 


Bethlem Museum
Mais, que veut vraiment dire bedlam et comment ce mot est-il entré dans la langue courante ? Bedlam est une déformation phonologique de Bethlem, elle-même déformation de Bethlehem. Alors, comment l'hôpital psychiatrique a-t-il acquis ce nom ? Eh bien, le premier Bethlehem 1247hôpital a été fondé dans la ville de Londres en 1247, sous le nom de Prieuré du nouvel Ordre de Sainte-Marie de Bethléem, pendant le règne d'Henry III (1216-1272). Édifié là où se trouve aujourd'hui la gare de Liverpool Street, ce n'était pas un hôpital tel que nous le concevons de nos jours, mais plutôt un centre de collecte des aumônes pour les croisés et un refuge pour les pauvres.

Au fil des ans, ce refuge s'est spécialisé dans la prise en charge de ceux qui ne pouvaient se soigner eux-mêmes, notamment ceux que l'on jugeait « fous », et cela, peut-être dès la fin du XIVe siècle. À partir de cette époque, l'hôpital fut familièrement appelé « Bedleheem », « Bedleem » ou « Bedlam ». Bien qu'il ait continué à s'appeler Bethlem à l'époque jacobéenne (1567-1625), le mot bedlam était entré dans la parlure courante pour désigner un état de folie ou de chaos. Le terme apparaît même dans Le Roi Lear où Tom O'Bedlam est un mendiant vagabond, sorti de l'asile. Dans la version portant une majuscule, il est employé par Voltaire. [2]

Bethlehem 1676En 1676, l'hôpital fut déplacé à Moorfields, alors un vaste espace libre situé juste au nord de la ville de Londres. Robert Hooke, adjoint de Christopher Wren, le célèbre architecte britannique, fut chargé de concevoir le nouvel hôpital. Mais, celui-ci ne reflétait ni l'austérité, ni la santé, il suait plutôt l'opulence. Cela n'avait rien d'étonnant car Hooke s'était inspiré du Palais des Tuileries à Paris. Hélas, sa grandeur n'était que superficielle. Le bâtiment craquait (et se lézardait) sous le poids de ses façades grandioses. Par temps de pluie, l'eau ruisselait sur les murs.

De nos jours, l'institution est le plus ancien hôpital psychiatrique d'Europe encore en activité. Mais, son histoire a un Woman-in-Bedlam côté sombre et scandaleux qui tient aux conditions d'internement très dures qui y régnaient.Tout au long du XVIIIe siècle, les méthodes de traitement étaient si brutales que seuls pouvaient être admis les malades capables de supporter des châtiments corporels. Toutefois, le plus détestable de l'histoire de Bethlem était la tradition des visites publiques, autorisant les badauds à venir regarder bouche bée les malades mentaux.

Bethlem déménagea encore en 1815, cette fois pour s'installer dans des locaux fonctionnels à St George's Fields, à Southwark, au sud de la Tamise. Ce nouveau bâtiment n'était pas sans défauts : fenêtres non vitrées, système de chauffage à la vapeur défaillant et humidité inexorablement pénétrante.

La version versaillaise de Bethlem fut démolie en 1815 et
remplacée par le robuste bâtiment édifié à St George's Fields in Southwark

(Crédit photo: Wellcome Library, London)

Au début du XIXe siécle, commencèrent à être révélées les véritables horreurs de la vie asilaire. Un Quaker, Edward Wakefield, agent immobilier et principal partisan d'une réforme des conditions d'accueil des malades mentaux, joua un rôle majeur en attirant l'attention du public sur la situation des personnes internées à l'occasion d'un rapport présenté à une commission parlementaire en 1815. [3] Wakefield y présentait le cas particulièrement choquant de James Norris, un malade en internement de longue durée qu'on s'était obstiné à enchaîner pendant plus d'une décennie. Un changement s'amorçait et, en 1815, la Commission parlementaire d'enquête sur les asiles d'aliénés fut constituée afin d'étudier les conditions de vie des malades mentaux. Les attitudes à l'égard du traitement des maladies mentales commencèrent à évoluer: on abandonna les contraintes physiques et la coercition, au profit d'une prise en charge morale favorisant l'auto-discipline qui semblait être l'avenir de la psychiatrie clinique.

Statues de la mélancolie et de la divagation – dans lesquelles on voyait les deux faces de la maladie mentale – couronnant le portail de l'hôpital.
(Crédit photo: Wellcome Library, London)


En 1930, le Bethlem Royal Hospital déménagea à nouveau, s'insrallant cette fois à Monks Orchard (Bromley) où, entre autres services, il fournit maintenant des soins spécialisés aux jeunes de 12 à 18 ans, malheureusement pas toujours sans susciter des conroverses. Qu'est devenu le vieux Bethlem Hospital de St George's Fields? Peut-être serez-vous surpris d'apprendre que les visiteurs y affluent toujours depuis qu'il abrite l'Imperial War Museum.

Sur un plan personnel, Bedlam me taraude l'esprit depuis la visite d'une exposition que m'avait aimablement recommandée Jonathan Goldberg. "Bedlam: The Asylum and Beyond", au Wellcome Centre de Londres, s'interrogeait sur l'essor et le déclin de l'asile d'aliénés, passant du refuge à l'exhibition de monstres pour aboutir à l'hôpital moderne. Bien plus qu'une traversée historique, l'exposition présentait Bedlam This Way Madness Lies coverdes récits de première main, des dossiers médicaux et des œuvres artistiques réimaginant la vie à l'hôpital. Malheureusement, l'exposition a fermé ses portes en janvier, mais son co-commissaire, Mike Jay, a publié un excellent ouvrage (This Way Madness Lies) qui s'interroge sur la signification de la maladie mentale en étudiant les maisons de fous, les asiles d'aliénés et les hôpitaux psychiatriques qui, tous, isolent les malades de la société. (Voir la note linguistique ci-dessous.)

Dieu merci, les conditions de vie épouvantables et les attitudes inhumaines à l'égard des malades au Bethlem Hospital appartiennent désormais au passé, et le mot bedlam a perdu une partie de sa vilaine connotation. Estimez-vous heureux et reconnaissant que si, dans un bar un peu trop animé où quelqu'un s'écrie : «it's bedlam in here», ce soit peut-être le charivari, mais que vous n'ayez jamais à endurer les traitements cruels que James Norris a dû subir. De quoi nous faire réfléchir, en somme!

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[1] Bedlam est aussi un exemple de métonymie, une figure de rhétorique par laquelle on exprime une chose ou un concept au moyen d'un terme qui lui est étroitement associé. Les mots métonyme et métonymie proviennent du grec μετωνῠμία, metōnymía, (changement de nom), de μετά, metá, (après, au-delà) et de -ωνυμία, -ōnymía, suffixe désignant une figure de rhétorique, de ὄνῠμα, ónyma ou ὄνομα, ónoma, (nom). Exemple de métonymie : boire un verre; on ne boit pas le verre, mais son contenu.

[2]  Voltaire – qui savait l'anglais et avait séjourné en Grande-Bretagne – utilise le mot Bedlam au chapitre IV de son Traité sur la Tolérance. Comme le signale Wikipedia, on y relève la citation suivante : « ce monde est un grand Bedlam, où des fous enchaînent d'autres fous ». À noter l'usage de la majuscule qui semble indiquer qu'à l'époque le mot n'est pas encore un nom commun en anglais.
http://bit.ly/2oCYsRd

 

Philippe_Pinel[3] En France, le Dr Philippe Pinel joua un rôle analogue à celui d'Edward Wakefield en Grande-Bretagne, en ce sens qu'il affranchit les malades mentaux des traitements dégradants auxquels on les asujettissait dans les asiles. Éminent aliéniste, il fut aussi traducteur puisqu'on lui doit des traductions des œuvres de William Cullen dont Les institutions de médecine pratique ainsi que les Œuvres médicales de Georgio Baglivi. Comme le rappelle Wikipedia, il fut bien malgré lui à l'origine d'un célèbre pataquès typographique. Corrigeant les épreuves d'une de ses publications, il inscrivit en marge d'une citation la mention : « Il faut guillemeter tous les alinéas ». Omit-il de placer cette mention dans une bulle, comme c'est l'usage quand on s'adresse au typographe, ou eut-il affaire à un imprimeur facétieux ? Nul ne sait. Toujours est-il que cela devint, dans le texte : « Il faut guillotiner tous les aliénés ». Erreur singulièrement cruelle pour un grand humaniste comme Pinel !

   
  Pinel délivre les aliénés à la Salpetrière en 1795.
          Tableau de Tony Robert-Fleury. 
 

Lecture supplémentaire

Bedlam. St. Mary of Bethlehem

by Terry Trainor

 

How Bedlam became 'a palace for lunatics'
BBC

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[*] Notre invitée est Helen Oclee-Brown, traductrice commerciale du français et l’espagnol vers l’anglais. Elle est diplômée des langues modernes de l’Université de Southampton et elle a un mastère en traduction spécialisée de l’Université de Westminster. Après avoir travaillé pour une agence internationale de marketing et une jeune entreprise de traduction, Helen s’est lancée dans le monde de traduction indépendante en 2009. Elle croit fermement à l’importance des associations professionnelles. En effet, Helen est membre actif de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) et MET (Mediterranean Editors and Translators). Helen habite dans le comté de Kent, en Angleterre. Nous accueillons chaleureusement sa contribution à notre blog. Helen@HelenOcleeBrown.co.uk 

Helen-Oclee-Brown-Translations-Logo

Note linguistique du blog :

lunatic asylum, psychiatric hospital, mental home, cuckoo’s nest, loony bin, nuthouse

Tous ces termes désignent un hôpital psychiatrique. Les trois derniers sont de l'argot.  Le terme lunatic asylum n'est plus en usage dans les milieux politiquement corrects. Selon la formule du British McMillan Dictionary : "This word is on longer polite".  Les explications étymologiques n'en sont pas moins intéressantes.

Dans la même veine, le terme mentally retarded , jugé péjorative, est maintenant remplacé par intellectually challenged, beaucoup plus euphémistique.

Les mots lunatic (substantif ou adjectif en anglais) (fou/folle, en français) et lunatique  (synonyme de  capricieux, selon l'Internaute.com), sont de faux amis. Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'explique  Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe dans un vidéo clip :

Guillaume Terrien

                   Guillaume Terrien

Autrement dit, le français, en évoluant, a abandonné le sens fort de « fou/folle » pour ne retenir que celui de bizarrerie, alors qu'en anglais, le mot d'origine normande est resté figé dans son sens initial de lunatic.

En revanche, les mots lunar et lunaire sont de vrais amis. En ce qui concerne le mot « lunaison », il n'a ni de vrai ni de faux ami en anglais, en ce sens qu’il n'existe aucun mot équivalent en anglais (la plus proche traduction étant lunar month). [1]

En anglais, les synonymes de lunacy sont : madness, insanity imbecility et folly. Ce dernier est évidemment proche de "folie". Mais, le mot imbecile désigne (péjorativement) quelqu'un de plutôt stupide. Au 16e siècle, il s'employait pour désigner une personne de faible constitution (du latin, imbecillus, quelqu'un in baculum, c'est-à-dire sans le soutien d'une canne) mais, au 19e siècle, sa signification a changé et il en est venu à désigner une personne faible d'esprit ou sans intelligence.

Mais notons que le mot français « folie » et le mot anglais folly peuvent être  équivalents, selon le contexte. C’est le cas dans le domaine de l’architecture, ou folie (folly) désigne une maison de plaisance.

Il s'avère qu'étudier l'origine et le parcours des mots en anglais, et essayer de les distinguer de leurs doubles français,  c'est de l'imbécillité, sinon de la pure folie.

[1] explication du site etymoline.org
late 13c., "affected with periodic insanity, dependent on the changes of the moon," from Old French lunatique, lunage "insane," or directly from Late Latin lunaticus "moon-struck," from Latin luna "moon" (see Luna). Compare Old English monseoc "lunatic," literally "moon-sick;"
Middle High German lune "humor, temper, mood, whim, fancy" (German Laune), from Latin luna. Compare also New Testament Greek seleniazomai "be epileptic," from selene "

Jean Leclercq & Jonathan G.

 

Quand l’éducation et l’histoire se conjuguent

Christ’s Hospital, une école dans le Sussex en Angleterre

Bluecoat 1

Cette école est également connue sous le nom de « Bluecoat School » (Êcole du manteau bleu), en référence aux uniformes portés par les élèves depuis 1552. En Angleterre, où la tradition joue encore un rôle important, bien des choses ont changé depuis cette époque des Tudor. L'uniforme de cette école, probablement le plus ancien, lui n'a pas changé.

Bluecoat 2

L'uniforme se compose d'un long manteau bleu, ceinturé à la taille, porté avec une culotte courte de même couleur, des bas jaunes et un rabat blanc. Les jeunes filles ont le même uniforme mais avec une jupe assortie.

 

 

L'uniforme est fourni gratuitement à tous les élèves.

En 2010, à la suite d'un vote, la majorité des élèves se prononçaient pour garder cet uniforme de l'époque Tudor, vieux de 450 ans. Moins de 5% des élèves seulement auraient souhaité le remplacement de cet uniforme traditionnel par un plus moderne.

Fondée à l'origine pour les enfants pauvres, l'école Christ's Hospital continue à subventionner la plupart des frais de scolarité [1].

 

 

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[1]

Edward VI En 1552, le jeune Roi Edouard VI réagit à un appel passionné sur les besoins des pauvres de Londres. Il écrivit alors au Maire de Londres pour initier des mesures de bienfaisance pour aider ces pauvres. Le Roi Edouard VI devint mécène et fondateur de l'école, et il signa à cet effet une Chartre Royale, juste onze jours avant sa mort en 1553. Marie 1ère (1516-1558) succéda à Edouard VI. Seul enfant survivant du Roi Henry Queen Mary VIII et de Catherine d'Aragon, elle devint reine d'Angleterre et d'Irlande. Son mariage avec Philippe II d'Espagne fut le premier maillon d'une chaîne de circonstances qui conduisit à la guerre Anglo-Française de 1557-1560. L'Angleterre se joignit à l'Espagne pour combattre la France et le pape Paul IV. Cette guerre se termina par le traité de Cateau-Cambrésis en 1559 et le traité d'Edimbourg en 1560.

Les exécutions de Protestants par la Reine Marie lui valurent le surnom posthume de « Marie la sanguinaire ».

Jonathan G.  Traduction Gérard Cohen

Nous remercions Maître Cohen vivement pour sa première contribution au blog

 

Lectures supplémentaires :

Monde en transition, métiers en perdition…

Monde en transition, métiers en perdition… (2ème partie)

The world’s oldest restaurant?
BBC

 

Quand la sérénité régnait sur le Pont de Westminster, à Londres

….et sur le monde

Westminster

Thomas Rowlandson (1756-1827) & Augustus Charles Pugin (1762-1832)

En hommage aux victimes de l'attentat terroriste perpétré mercredi dernier sur le pont de Westminster, et en souhaitant un prompt rétablissement aux lycéens français blessés ce jour-là, nous publions à nouveau le poème de William Wordsworth, rappel d'un temps où le monde coulait des jours plus paisibles !                                       

William Wordsworth
1770-1850

Siitué en amont, près du Parlement et de Big Ben, le Pont de Westminster a été immortalisé par le poète anglais William Wordsworth dans: « Composé sur le Pont de Westminister », un poème que tous les écoliers de l'empire britannique (maintenant le Commonwealth) apprennent depuis 200 ans. Wordsworth l'écrivit à l'âge de 32 ans, alors que, juché sur le toit d'une voiture, il se rendait en France.

Composed upon Westminister Bridge
September. 3, 1802

Earth has not anything to show more fair:
Dull would he be of soul who could pass by
A sight so touching in its majesty:
This City now doth like a garment wear

The beauty of the morning: silent, bare,
Ships, towers, domes, theatres, and temples lie
Open unto the fields, and to the sky,
All bright and glittering in the smokeless air.

Never did sun more beautifully steep
In his first splendour, valley, rock, or hill;
Ne'er saw I, never felt, a calm so deep!

The river glideth at his own sweet will:
Dear God! the very houses seem asleep;
And all that mighty heart is lying still!

 

La terre n’a rien de plus beau à produire :
Insensible l’âme de qui passerait en négligeant
Une vue que sa majesté rend si émouvante :
La ville a présent porte ainsi qu’un vêtement

La beauté du matin ; silencieux et nus,
Bateaux, tours, dômes, théâtres et temples demeurent
Offerts aux champs ainsi qu’au ciel ;
Tout clairs et scintillants dans l’air sans fumée.

 

Jamais le soleil n’a si magnifiquement trempé
Dans sa première splendeur, vallée, rocher ou colline ;
Jamais je n’ai vu, jamais ressenti un calme si profond !

Le fleuve coule à son propre et tendre vouloir :
Dieu ! Les demeures elles-mêmes semblent assoupies ;
Et tout ce puissant cœur gît immobile !

©traduit  de l'anglais par  Maxime Durisotti,  d’après l’édition des Major Works  de William Wordsworth par Stephen Gill, Oxford University Press, 2000.

Publié avec la permission du traducteur qui anime les blogs  Le Festin de Babel et a sauts & a gambades.

Lecture supplémentaire :

Discover Wordsworth

Composed Upon Westminister Bridge – explanation in a nutshell


William WordsworthWikipedia (français) 

Vera Lynn fête son 100ème anniversaire

La petite amie des combattants britanniques de la Seconde Guerre mondiale

 

Vera lynn

 

Vl troopsAlors que la vie était dure pour les soldats, marins et aviateurs ainsi que pour la population civile britanniques aux prises avec les puissances de l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale, deux personnalités contribuèrent à entretenir leur moral : le Premier Ministre Winston Churchill et la chanteuse Vera Lynn.

Lynn a donné des concerts en plein air pour les troupes alliées qui combattaient dans des contrées aussi lointaines que l'Inde et la Birmanie.

En 1941, Lynn a lancé son émission radiophonique, « Sincerely Yours », au Vera-lynn microcours de laquelle elle adressait des messages aux troupes britanniques servant hors de la métropole. Des auditeurs de toute l'anglophonie ont alors écouté des titres comme The White Cliffs of Dover, We'll Meet Again

 

Virginia Woolf en France.

Un apercu sur une des auteurs les plus influentes du 20ème siècle


CharlotteNous sommes ravis d'accueillir notre nouvelle contributrice, Charlotte Bosseaux, Maître de Conférences à l'université d’Édimbourg (Écosse) où elle enseigne la traductologie. Elle est diplômée de l'université d'Aix en Provence (licence et maîtrise en littérature anglaise) et a obtenu un Master en traductologie à l'université de Manchester (UMIST, Royaume-Uni) et un Doctorat en littérature comparée à University College London. Avant de venir à Édimbourg elle a enseigné la traductologie à UCL et travaillé  comme traductrice. Si les premiers objets de ses travaux ont été les traductions littéraires  et notamment  les traductions françaises de Virginia Woolf, elle se consacre aujourd'hui à l'étude des traductions audiovisuelles (sous titrage et doublage de films  séries  télévisées et documentaires). Elle a notamment pris pour sujet d'étude les versions françaises de la série Buffy contre les vampires et les voix françaises de Marilyn Monroe et Julianne Moore.

 


Virginia-woolf-9536773-1-402Virginia Woolf
(1882-1941) a publié un grand nombre de romans, nouvelles, essais, journaux et lettres, qui attestent de son désir d'écrire un genre nouveau de fiction. Cet article présente Woolf, sa vision de la littérature, ce qu'elle pensait de la traduction et se termine par une courte discussion des traductions françaises de To The Lighthouse (1927).

 

Phare lanoire

Woolf avait une conception spéciale de la littérature; avant d'entamer sa carrière, en 1908 tout juste âgée de vingt-six ans, elle écrit à son beau-frère Clive Bell: 'I think a great deal of my future, & settle what books I am to write – how I shall re-form the novel & capture multitudes of things at present fugitive, enclose the whole, & shape infinite strange shapes'. Elle n'approuvait pas la littérature de la période Réaliste et ce mécontentement est visible dans ses nombreux essais. Elle pensait qu'une bonne romancière devait se servir des spécificités de la poésie et emprunter au théâtre pour donner vie à ses personnages. Tout au long de sa carrière, Woolf s'est efforcée de dévoiler la vie intérieure de ses personnages parce que, pour elle, la réalité n'est pas qu'un élément purement objectif. Elle voulait mettre en avant l'interaction dynamique qui existe entre le sujet et son environnement, traduire impressions et états d'esprit, et représenter non seulement ce que l'on voit et entend mais aussi les échos de tout ce qui traverse nos esprits (1927a). Ainsi, elle créa et utilisa des techniques stylistiques innovantes pour représenter la conscience qui ont aidé à modeler la littérature moderne.