Dans un article publié sur ce blog le 6 mai 2016, intitulé ‘Témoin, écrivain, multilingue et inspirateur : Qui est-il?’, nous avions brièvement évoqué l’histoire d’Arthur Koestler, grand intellectuel juif, qui écrivit en hongrois, en allemand et en anglais. Parmi ses multiples ouvrages, Sonnenfinsternis (Le Zéro et l’Infini) est devenu le manifeste de l'anti-totalitarisme et a influencé toute une génération d'intellectuels.
En 1938, Koestler se réfugie en France où il écrit Sonnenfinsternis en allemand (c'est le deuxième volume d'une trilogie commencée en hongrois). Après son arrestation par les Nazis et son internement au camp du Vernet-d'Ariège, Koestler est libéré et projette de fuir la France. Sa compagne britannique, avec laquelle il vit à Paris, traduit le livre en anglais. Ensemble, ils établissent un premier jet complet en anglais qu'ils envoient à son éditeur londonien le 1er mai 1940. Alors qu’il fuit vers le sud pour échapper à l'avancée des troupes allemandes, Koestler s'aperçoit qu’il a perdu le manuscrit allemand, avant même d'être parvenu à le faire publier. (Il en a cependant laissé une copie carbone à Paris, et une autre chez un ami à Limoges.) Il s'installe outre-Manche et adopte l'anglais comme langue d'écriture. Il actualise la traduction anglaise qui sera publiée en 1940. Le livre sera ensuite traduit en allemand, langue dans laquelle avait été rédigée la toute première version. Voilà donc un livre qui n'existe qu'en traduction. Il sera ensuite traduit dans des dizaines de langues, mais toujours à partir de la version anglaise, elle-même en grande partie traduite. Toutefois, 75 ans plus tard, en août 2015, on apprit qu'un éditeur suisse avait reçu une copie carbone du manuscrit allemand dactylographié, resté enfoui et inconnu dans une bibliothèque de Zurich… Affaire à suivre.
Rien où poser sa tête, Françoise Frenkel. (Édition Folio, février 2018)
Ce livre, écrit en français (et traduit pour la première fois en anglais – No Place to Lay One’s Head – , par Stephanie Smee; Pushkin Press, January 2018 ) est également l'œuvre d’une réfugiée de la Seconde Guerre mondiale, une Juive polonaise qui elle aussi dut fuir, et choisit plus tard de s’exiler en Suisse.
Une recension de la traduction anglaise est parue récemment dans l’hebdomadaire britannique The Economist. Notre fidèle contributrice, Magdalena Chrusciel, traductrice jurée français-anglais-polonais – qui a elle aussi adopté le français comme langue maternelle –, a bien voulu adapter cette recension en français, en hommage à l'auteure du livre.
« En 1921, Françoise Frenkel, jeune femme polonaise de confession juive, ouvre la première librairie française de Berlin. Elle en parle comme de sa "vocation" alors qu’un ami ose le mot de "croisade". L'aventure attire auteurs, artistes, diplomates et célébrités. À bien des égards, à ses débuts, la librairie est une plaque tournante intellectuelle. Pendant les années sombres, elle deviendra pour certains un refuge, un lieu où se reposer l'esprit – une bouffée d’air frais. Mais en juillet 1939, Frenkel doit se rendre à l’évidence : les auteurs sur liste noire et les journaux confisqués ne lui permettent pas d'assurer sa subsistance et les persécutions et violences croissantes deviennent une menace pour sa vie.
Frenkel ferme alors sa librairie et quitte l'Allemagne pour la France occupée, où elle passera quatre ans. Miraculeusement, elle y a survécu, et a ainsi pu raconter son histoire. Rien où poser sa tête a été écrit et publié alors que Frenkel s’était exilée en Suisse. Le livre a ensuite disparu pendant des décennies, pour réapparaître en 2010, dans un marché aux puces. Il a alors été réédité en français. Frenkel est décédée à Nice en 1975.
Le chapitre d'ouverture traite de l’enfance remplie de livres de Frenkel et de ses études à Paris, avant de couvrir ses années de libraire, avec ses hauts et ses bas. Toute la suite – en fait, la plus grande partie du récit –, est consacrée à sa lutte pour la survie dans le sud de la France. C’est grâce à son tempérament plein de ressources, et à l’aide d’inconnus, que Frenkel a pu se cacher, passant d’un abri à un autre. Elle décrit la difficulté d’obtenir un permis de résidence et l'injustice de l'arrestation. Elle évoque la souffrance d’avoir été coupée de sa famille et de ses amis, de même que l’horreur des répressions et des rafles nazies. La tension monte lorsque traquée, risquant la déportation, elle n'a d’autre choix que de fuir en traversant la frontière.
Une préface de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature, et un dossier de 30 pages ajoutent un contexte supplémentaire au récit. Mais l'histoire de Frenkel pourrait se passer de tout commentaire. Elle est tout à la fois une peinture lumineuse de la France en temps de guerre, et un récit poignant de la résistance et du défi propres à son auteure. Tout du long, Frenkel dresse un tableau candide de ses peurs et de ses épreuves (envisageant même, à un moment, de prendre « la sortie ultime »), alors qu'elle poursuit son combat, refusant d'être vaincue. Qu'elle soit évacuée ou réfugiée, fugitive ou captive, le lecteur est rivé à chacune des étapes de son parcours. »
Suite française (Édition Denoël, 2004) est une autre œuvre, posthume celle-là, à avoir connu une destinée extraordinaire. Le manuscrit d’Irène Némirovsky, écrivaine juive ukrainienne de langue française, morte en déportation en 1942, ne fut découvert par ses filles qu’en 1990. Elles ne commenceront qu'en 1995 à en transcrire certains passages.
Le roman a reçu le prix Renaudot en 2004, faisant connaître l’écrivaine à nouveau. Émigrée en France dès 1919, elle y avait publié des romans à succès, tels David Golder, dans lequel elle brosse un portrait sans concession de la bourgeoisie de l’entre-deux-guerres. Roman inachevé en raison de la mort de son auteure, Suite française devait comporter cinq parties ; il n’en paraîtra que deux.
De Saint-Pétersbourg à Paris, en passant par Kiev et Nice, entre une mère défaillante issue de la grande bourgeoisie et un père self-made-man francophile, nouvelliste et critique, la vie d’Irène est un roman à part entière. Portée par son succès littéraire, Irène se croira protégée par la France. Mais interdite de publication par Vichy, et sa naturalisation française lui ayant été refusée, elle sera déportée à Auschwitz où elle mourra en l’espace d’un mois…
Dans les deux parties du roman publiées – « Tempête en juin » et « Dolce » – elle dépeint la fuite de Paris vers le sud de quelques personnages, presque tous y perdant leur vernis de civilisation. Dans « Dolce », c’est la vie sous l’Occupation, avec les différences, mais aussi les sympathies, entre soldats et habitants de la campagne française.
Suite française a été adapté au cinéma en 2015, avec notamment Michelle Williams, Kristin Scott Thomas et Lambert Wilson.
D'autres articles sur le thème de livres perdus, parus sur ce blog :
L'État de Louisiane a fait acte de candidature à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Celle-ci statuera sur cette demande et annoncera sa décision lors du Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Yerevan (Arménie) les 11 et 12 octobre prochains. Rappelons que la Louisiane, qui compte près de 250.000 francophones, jouit depuis 2006 du statut d'invité spécial de la Francophonie. La survivance quasi-miraculeuse de la langue française en Louisiane et, bien plus minortairement, dans d'autres régions des États-Unis s'explique par l'attachement que lui témoignent des personnages comme Dennis Stroughmatt qui, dans l'Illinois, se consacre à la survie du « français paw-paw ».
En 1831, lorsqu'il visite la région des Grands Lacs, Alexis de Tocqueville éprouve la surprise de sa vie en entendant un Indien lui parler français, qui plus est, avec l'accent de sa Normandie natale. Comme beaucoup, il s'imaginait que, depuis le traité de Paris (1763) [1], le français avait complètement disparu de l'Amérique du Nord. Or, il a continué à être parlé, non seulement au Canada, mais dans certains secteurs de l'Illinois, du Missouri et de l'Indiana, notamment dans la région des Monts Ozark, c'est-à-dire dans ce qui s'appelait jadis la Haute Louisiane. Dans ces régions, des colons venus à la fois du Canada et de la vallée du Mississipi, s'étaient installés, notamment pour y exploiter les mines de plomb. Leur présence se manifeste encore de nos jours dans la toponymie (la ville de Vincennes, par exemple) et l'anthroponymie (les Archambault, Aubouchon, Brasseur, Cardinal, Gilbert ou Tremblay sont amplement représentés). La culture locale est encore marquée par l'héritage français. C'est ainsi qu'on y célèbre le Mardi-Gras et des rendez-vous locaux qui sont autant d'occasions de se retrouver au nom d'une descendance commune. Mais, la langue française a pratiquement disparu. Elle n'est plus parlée que par des personnes très âgées. C'est le constat qu'a fait un historien et musicien, Dennis Stroughmatt, qui n'est pas d'ascendance française et qui n'aimait guère le français qu'on lui apprenait à l'école. C'est seulement lorsqu'il entreprit des études supérieures de conservation du patrimoine qu'il s'aperçut qu'il ne restait plus d'autres traces de la culture française que des vestiges bâtis : quelques maisons historiques. Mais, avec l'aide de son professeur, Dennis est parvenu à retrouver des francophones, souvent très âgés, éparpillés dans le sud-est du Missouri et le sud-ouest de l'Illinois. Il résolut alors de se battre pour préserver le « français de l'Illinois ».
Mais, quel est ce français de l'Illinois, ce « français Paw Paw », comme on l'appelle familièrement ? C'est la langue que parlaient les francophones de la région, ainsi désignée parce qu'on disait ses locuteurs si pauvres qu'ils se nourrissaient exclusivement du fruit jaunâtre de l'asiminier, l'asimine ou paw paw (parfois appelée Missouri banana). Quant à cet idiome dialectal, Dennis l'estime intermédiaire entre le franco-canadien et le français cajun, parlé en Louisiane. En fait, les deux exemples qu'il donne de ce particularisme ne sont guère probants puisque les mots ouaouaron (pour grenouille) et bête puante (pour mouffette) sont couramment utilisés au Canada. Il en va de même de la coutume de la guignolée qui voulait qu'à la fin novembre/début décembre, on se déguise et qu'on aille de porte en porte quêter des denrées alimentaires pour les pauvres, en s'accompagnant d'une chanson spécifique. Cette tradition est toujours vivante au Québec où l'on organise maintenant une « Grande guignolée des médias » qui tend à remplacer les initiatives locales, mais en perdant une bonne part de la liesse et de la spontanéité initiales. Le vocable guignolée (ou guillannée) viendrait de l'expression « au gui l'an neuf », le gui étant traditionnellement associé à la nouvelle année, chez les peuples celtes.
Mais alors, comment Dennis s'y est-il pris pour, d'abord, apprendre le « français de l'Illinois » et, ensuite, s'en faire le porte-parole et le défenseur ? Pour apprendre, il lui fallut retrouver des locuteurs de Paw Paw, le plus souvent très âgés, qui l'ont invité à des bouillons, c'est-à-dire des soirées au cours desquelles on se retrouve pour manger, jouer aux cartes et faire de la musique. L'apprentissage du violon lui prit trois ans et celui du français passa par la mémorisation de chansons et d'histoires dont ses amis décomposaient les mots, comme pour un enfant. Il apprit ainsi la syntaxe française à l'oreille ! En 1998, son professeur de violon étant trop âgé pour jouer à la Fête d'automne, le festival annuel d'Old Mines, Dennis fut pressenti pour le remplacer. Il s'en sentait bien indigne, mais releva le défi en se disant que s'il ne les transmettait pas, ses connaissances seraient appelées à disparaître. Encouragé par ce premier succès, il organisa plusieurs ateliers, en collaboration avec l'OMAHS [Société d'histoire de la région d'Old Mines] et l'AATF [Association américaine des enseignants de français] et, tout récemment, un séminaire de huit semaines au Wabash Valley College, dans l'Illinois, cycle d'enseignement dont il proposera prochainement une version en ligne. Plusieurs dizaines de personnes s'y intéressent et ce sont souvent les enfants ou les petits-enfants de ceux qui ont enseigné à Dennis le français de l'Illinois !
Mais, comment ratisser plus large ? Comment inciter davantage de personnes à continuer d'utiliser le dialecte ? De la musique avant toute chose, voyons ! Dennis compte surtout sur le chant. À Sainte-Geneviève, Les Petits Chanteurs interprètent des ballades françaises traditionnelles lors des fêtes organisées dans le Missouri, notamment le French Heritage Festival. Il collabore également avec l'enseignante de français du lycée d'Old Mines et familiarise les jeunes avec le français de l'Illinois par la musique, le chant et les contes. Au cours de la Fête d'automne de l'année dernière, il a même réussi le tour de force consistant à faire chanter « Chevaliers de la Table ronde » à quelque 4.000 personnes. Avec sa formation musicale « L'Esprit créole », Dennis compte bien assurer la survie du français Paw Paw !
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[1] Le traité de Paris, signé le 10 février 1763, après trois ans de négociations menées entre la Grande-Bretagne, l'Espagne et la France, et des préliminaires conclus à Fontainebleau le 3 novembre 1762, met fin à la guerre de Sept Ans. Il réconcilie la France et la Grande-Bretagne au grand avantage de celle-ci qui acquiert notamment le Canada et l'empire français des Indes où la France ne garde plus que cinq comptoirs.L'Espagne recevait la Louisiane qu'elle conserva jusqu'au traité secret de Saint-Ildephonse (1800), par lequel Bonaparte obtint du roi d'Espagne Charles IV qu'il la rétrocède à la France. Celle-ci regagne Saint-Domingue (considérée à l'époque comme la perle des Antilles), la Martinique et la Guadeloupe. Maigre consolation, elle acquiert Saint-Pierre et Miquelon ainsi qu'un droit de pêche exclusif sur le Grand Banc de Terre-Neuve (privilège auquel elle renoncera lors de l'Entente Cordiale). C'est le début de l'hégémomie britannique sur le monde. Pourtant, « l'ignominieux traité de Paris » (Tocqueville) ne semble pas avoir été douloureusement ressenti en France. La population était lasse d'une guerre interminable et l'on tira même un feu d'artifice devant l'hôtel de ville de Paris, le 17 juin 1763 !
Voir : http://bit.ly/2h2y2Ww
Jean Leclercq
L'article ci-dessus est largement inspiré d'un entretien de Clément Thiery avec Dennis Stroughtmatt du 22 mars 2017, paru dans FRANCE-AMERIQUE, et que M. Stroughmatt nous a aimablement autorisés à condenser pour nos lecteurs. La version in extenso de l'entretien peut être consultée sur http://bit.ly/2omDqC9
Diversité linguistique et multilinguisme : des outils essentiels au développement durable et à la paix
Programme
Siège de l’UNESCO, Bâtiment Fontenoy, Paris; 10h à 12h, Salle IX, UNESCO
« La diversité linguistique et le multilinguisme comptent pour le développement durable »
À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle 2018, célébrée chaque année le 21 février, l’UNESCO réitère son engagement pour la diversité linguistique et invite ses Etats membres à célébrer la Journée dans autant de langues que possible pour rappeler que la diversité linguistique et le multilinguisme sont essentiels pour le développement durable.
L’UNESCO célèbre la Journée internationale de la langue maternelle depuis presque 20 ans maintenant avec pour objectif de préserver la diversité linguistique et de promouvoir l’éducation multilingue fondée sur la langue maternelle.
La diversité linguistique est de plus en plus menacée à mesure que des langues disparaissent. Une langue disparait en moyenne toutes les deux semaines, emportant avec elle tout un patrimoine culturel et intellectuel.
On constate cependant des progrès dans l’éducation multilingue fondée sur la langue maternelle. Son importance est de mieux en mieux comprise, en particulier pour les premières années de scolarité, et l’engagement pour son développement dans la vie publique va croissant.
Cette année, l’UNESCO commémore le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule qu’aucune discrimination ne peut se baser sur la langue, et célèbre sa traduction dans plus de 500 langues.
“Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.” Article 2, Déclaration universelle des droits de l'homme (link is external), 1948
Cette journée est aussi l’occasion pour l’UNESCO de mettre l’accent sur la diversité linguistique et le multilinguisme comme éléments clés pour le développement durable, et en particulier pour atteindre les cibles 4.6 et 4.7 de l’Objectif de développement durable 4 (ODD4) sur l’éducation.
Les Objectifs de développement durables s’appuient sur la diversité linguistique et le multilinguisme comme contribution essentielles à l’éducation à la citoyenneté mondiale. Ils constituent en effet des vecteurs de promotion du dialogue interculturel et du vivre ensemble.
Comment célébrer la Journée internationale de la langue maternelle dans votre école ?
Enseignants
Encourage les élèves à utiliser leur langue maternelle pour se présenter et parler de leur famille et de leur culture
Célébrer la culture en demandant aux enfants de lire une poésie, raconter une histoire ou chanter dans leur langue maternelle, exposer leurs peintures et dessins avec des légendes en langue maternelle.
Élèves
Demander combien de langues maternelles sont parlées par vos camarades. Réaliser une enquête sur les langues en interrogeant vos camarades et publier les résultats sur Internet.
Organiser des activités culturelles (films, pièces de théâtre, musique) qui célébrent différentes langues.
Nous sommes heureux d’accueillir nos nouveaux contributeurs, Denise Morel et Serge Ferla. Denise a signé, entre autres livres, Le Voyage des Mots, dont nous avons publié une recension sous le titre : Des mots en balade… ———————————————————————–
Le 18 de ce mois, la presse annonçait la décision, approuvée par le Président de la République, de prêter la tapisserie de Bayeux à la Grande Bretagne. Le Monde se demande dans sa rubrique intitulée « La France va prêter la tapisserie de Bayeux aux Britanniques », publiée la même date, si cette décision historique, annoncée à l’occasion du 35e sommet franco-britannique, est susceptible de raviver une “entente cordiale”, ternie par le Brexit.
Après le don d’un cheval de la Garde républicaine au président chinois Xi, le prêt de la tapisserie de Bayeux confirme l’habileté d’Emmanuel Macron à poser des gestes symboliques.
Le nexus entre la tapisserie et la bataille d’Hastings en 1066 avec le roi saxon, Harold, un événement qui préluda à une domination française de l’Angleterre pendant plus de trois siècles, est bien connu. Nous rappellerons par la suite les faits saillants de cette bataille, selon la version classique, mais nous mentionnerons aussi une autre version, celle d'un historien et auteur anglais récemment parue dans le journal londonien, The Times.
La tapisserie de Bayeux relate la bataille d'Hastings en 1066 avec le dernier roi saxon, Harold, au terme de laquelle le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, prit possession de l'Angleterre.
La tapisserie est l'ancêtre de la bande dessinée. L'histoire de ce haut fait d'armes est racontée en 58 scènes . Elle mesure 68 m. de long sur 50 cm. de haut et pèse 350 kilos.
Elle aurait été commandée par Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume et qui a participé à la bataille, dans les années suivant la conquête de l'Angleterre. La tapisserie aurait été brodée à Canterburry ou à Winchester, où il existait de nombreuses brodeuses. Elle est cependant restée en France depuis 950 ans. Elle a d'abord été exposée à la cathédrale de Bayeux où le peuple ne sachant lire pouvait alors comprendre la genèse de la conquête. Elle est, maintenant, conservée dans un musée sis à Bayeux, près de Caen où Guillaume est enterré.
La tapisserie relate la bataille et les faits antérieurs ayant provoqué la colère de Guillaume. Car, Harold lui avait promis, sur les saintes écritures, de le soutenir dans sa volonté de monter sur le trône d'Angleterre après la mort d'Édouard le Confesseur, qui l'avait désigné comme successeur. Or, violant sa promesse, Harold s'était emparé du trône à la mort d'Édouard.
Statue de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie dans sa ville natale, Falaise Photograph courtesy of Keith 1999.
C'est ainsi que Guillaume prit la décision de débarquer en Angleterre pour y faire valoir ses droits. Et c'est à la suite de la bataille d' Hastings (en 1066) et de la victoire de Guillaume « le Conquérant » qu'est née la dynastie angevine des Plantagenets, venus au pouvoir en 1154 avec Henry II, arrière-petit-fils de Guillaume. Les nobles français ont ainsi régné plus de trois siècles sur l'Angleterre.
Cette conquête fut aussi à l'origine de nombreux conflits entre les deux nations, du fait de la prétention des rois anglais, compte tenu des liens familiaux, à réunir les deux couronnes sous un même sceptre, dont notamment la Guerre de Cents ans aux 14éme et 15éme siècles. D'ailleurs, le roi d'Angleterre porta longtemps le titre de roi de France jusqu'à ce que Bonaparte, à la Paix d'Amiens (1802), exige que la couronne britannique y renonce formellement.
Revenons au thème de la tapisserie et notons l'article auquel nous avons déjà fait allusion, intitulé « France may be sending us a tapestry of lies », rédigé par l'historien et chroniqueur britannique Ben Macintyre. Auteur de plusieurs ouvrages historiques. Macintyre, dans son analyse, conteste, entre autres faits, l'anecdote selon laquelle le roi Harold II, le dernier roi anglo-saxon, aurait reçu une flèche dans l'œil, entraînant sa mort sur le champ de bataille.
Selon l'auteur : « La magnifique tapisserie de Bayeux, qui va maintenant prendre, pour la première fois, le chemin de l'Angleterre, est une œuvre de désinformation, un instrument de propagande française, vieux de près de mille ans, qui véhicule une fausse version de l'épisode le plus important de l'an 1066… Car les choses ne se sont pas déroulées ainsi. Très vraisemblablement, Harold a été assailli par une troupe de seigneurs normands qui avaient débordé les lignes anglo-saxonnes. L'histoire de la flèche dans l'œil a probablement été concoctée après-coup, pour conférer une légitimité religieuse et politique à la nouvelle dynastie, alors en situation de précarité. Elle a été ensuite brochée sur la grande tapisserie lors de sa profonde restauration au 19ème siècle. À peu près à tous égards, la tapisserie donne lieu à un débat historique, consistant notamment à se demander quand, où et pour qui elle a été brodée ? Ce ne fut pas seulement une œuvre d'art, mais aussi un instrument politique destiné à renforcer la domination normande : la scène où Harold fait allégeance à Guillaume, par exemple, est dépeinte comme une cérémonie officielle, en présence de saintes reliques et de nombreux témoins. « Les restes d'Harold se trouvent peut-être à Bosham (Ouest-Sussex) où il est né, ou à Waltham Abbey, dans l'Essex. Jusqu'ici, toutes les demandes d'exhumation ont été refusées. Pourtant, la découverte des restes de Richard III, sous un parking de Leicester, nous a fait voir ce monarque autrement. En exhumant les restes d'Harold, on apporterait peut-être la preuve définitive qu'il n'est pas mort d'une seule flèche visée par Dieu, mais sous les estocades des Français. Ce serait une révision de notre histoire nationale attendue depuis trop longtemps et un démenti à la face de Guillaume et de ses propagandistes omni-conquérants. »
Note linguistique :
À la suite de cette conquête, l'anglais, langue germanique, fut imprégné de mots d'origine latine par l'intermédiaire du français. Ce phénomène a été accentué par la dynastie angevine des Plantagenets venus au pouvoir en 1154 avec Henry II, arrière-petit-fils du Conquérant. Les nobles français ont ainsi régné plus de deux siècles sur l'Angleterre. Le français est alors devenu la langue de la cour d'Angleterre et de l'élite, l'anglais étant le parler vernaculaire. Soixante à soixante-dix pour cent du vocabulaire anglais est ainsi d'origine française. Les traces les plus ostentatoires de ce passé linguistique sont les devises des armes royales du Royaume-Uni « Dieu et mon droit' » et celles de l'Ordre de la Jarretière : « Honni soit qui mal y pense ».
Denise Morel & Serge Ferla.
Quelques expressions anglaises contenant le mot eye/s :
Apple of Someone's Eye. …
Bird's-eye View. …
Catch Someone's Eye. …
Cry One's Eyes Out. …
Eagle Eye. …
Feast One's Eyes on Something. …
Get a Black Eye. …
Get Stars in One's Eyes.
Note de Jean Leclercq :
Monsieur MacIntyre a raison de dire que la Tapisserie de Bayeux est une œuvre de propagande, ou plutôt que c'est la version normande de la bataille d'Hastings, de sa genèse à son aboutissement : la mainmise du duc de Normandie sur le royaume d'Angleterre. C'est normal puisque l'histoire est toujours écrite par le vainqueur. Mais, il juge la légende à l'aune de la vérité historique objective. Il est vrai que, depuis la découverte des restes de Richard III sous un parking de Leicester et leur étude scientifique, notre vision de ce souverain n'est plus la même. Ce n'est plus le poltron, prêt à troquer son royaume pour un cheval, c'est un roi mort l'épée à la main. Mais, la légende se doit d'être merveilleuse et, dans le climat mystique du Moyen-Âge, la victoire ne peut être due qu'à l'intervention divine, que ce soit la flèche mortelle qui tue Harold II à Hastings ou Saint-Jacques chargeant les Maures à Cavadonga. Tous les récits légendaires, de la légende du Roi Arthur à la Chanson de Roland, prennent ainsi de grandes libertés avec l'histoire scientifique. Dans le cas d'Hartold, la pilule est difficile à avaler pour les Saxons et il s'est trouvé des historiens « survivantistes » pour soutenir qu'il n'avait été ni tué par une flèche, ni trucidé par des seigneurs normands, mais qu'il avait encore vécu longtemps, en ermite dans un endroit écarté du royaume d'Angleterre. On l'a prétendu aussi pour l'empereur Alexandre 1er de Russie. Les moyens scientifiques dont on dispose désormais – notamment l'étude de l'ADN – permettront de rétablir certaines vérités historiques, mais si l'objectivité y gagne, la poésie y perd beaucoup !
David Bellos est professeur de français et de littérature comparée et Directeur du Program in Translation and Intercultural Communication de l'Université de Princeton. Il est l'auteur de Romain Gary: A Tall Story (chez Vintage Digital, 2010) et Georges Perec: A Life in Words (chez David R. Godine, 1993) (Prix Goncourt de la biographie), entre autres livres, et le traducteur de Chronicle in Stone: A Novel by Ismael Kadare (Arcade Publishing, 2011), entre autres traductions.
Geraldine Brodie, notre Linguiste du mois d'août 2016et depuislorscontributrice fidèle à ce blog, est maître de conférence en théorie de la traduction et en traduction du théâtre, et responsable de la maîtrise en théorie et pratique de la traduction à l'University College London. **
Le dernier livre en date de David Bellos a pour couverture un volume, de couleur poussiéreuse, en partie masqué par un ruban portant le titre The Novel of the Century (Le Roman du siècle). Cette illustration, qui sert d’introduction graphique au contenu de l’ouvrage, nous promet des surprises. Sous-titré « The Extraordinary Adventure of Les Misérables » (Les aventures extraordinaires des Misérables), l’ouvrage invite le lecteur à partir à la découverte de l’œuvre la plus célèbre de Victor Hugo, à en explorer la création, le contenu, et le contexte, ainsi que les traductions et adaptations qui lui ont succédé. Bellos nous sert de guide : son savoir encyclopédique constitue une source intarissable d’informations insoupçonnées, et le plaisir évident qu’il prend à cette exploration est contagieux. Son ouvrage nous instruit tout en nous divertissant. Surtout, Bellos se donne pour tâche d’examiner la réputation des Misérables : si cette œuvre, de nos jours, est davantage reconnue pour ses produits dérivés (films, pièces de théâtre ou comédies musicales), il souligne l’importance du roman et sa vigueur littéraire persistante, que ce soit lors de sa création ou à l’époque actuelle.
L’affection que Bellos porte à Victor Hugo et à son œuvre se ressent dans les pages de son livre, mais il s’adresse à un large public, qui aborde Les Misérables depuis des perspectives diverses et dont le degré de familiarité avec l’œuvre varie. Dans une note d’intention savoureuse, Bellos reconnaît que lui-même, tout professeur de français qu’il est, n’a lu Les Misérables que tardivement, et que c’est alors qu’il a compris qu’il « n’avait jamais auparavant lu une œuvre à la fois si extraordinairement diverse mais si concentrée autour de son fil conducteur. » Il suggère aux néophytes de lire, pendant un an, un chapitre des Misérables par jour, dans la mesure où l’ouvrage en comporte 365. Si j’ai commencé par suivre ce conseil, je suis rapidement arrivée à la conclusion qu’il vaut mieux adopter l’approche qui a été celle de Bellos lui-même : l'immersion totale. Il n'empêche : une des manières dont Bellos rend hommage à la composition de cet ouvrage de Victor Hugo est d’organiser son étude en cinq parties plus ou moins chronologiques, faisant ainsi écho à la structure du roman. Entre chacune de ces parties, Bellos insère un bref « interlude » qui examine un point sans rapport évident avec le roman, comme, par exemple, 'Inventing the Names' ou 'High Style, Low Style, Latin and Slang'.(« L’invention des noms » ou « Du style noble et du style bas, du latin et de l’argot »).
La référence théâtrale à l’interlude est tout particulièrement appropriée dans une œuvre qui analyse l’héritage filmique et dramatique des Misérables. Bellos indique que le premier enregistrement cinématographique que l’on possède d’une œuvre de fiction est un extrait, datant de 1897 et tourné par les frères Lumière, qui présente un acteur inconnu jouant des personnages clés de l’œuvre ainsi que celui de Victor Hugo. Depuis, « ce roman de Victor Hugo a alimenté l’industrie du cinéma de presque tous les pays, et Les Misérables est le roman le plus souvent adapté de tous les temps. » Bellos est généreux dans son évaluation de ces adaptations : pour lui, les anachronismes et les scènes inventées, comme les drames judiciaires dépeignant la condamnation aux travaux forcés de Jean Valjean, « ne viennent pas contredire ce que Victor Hugo veut faire comprendre à ses lecteurs. »
Bellos relève lui-même le défi de l’adaptation en composant un scénario filmique pour une adaptation imaginaire qui commencerait sur le champ de bataille de Waterloo, moment qu’il considère être d’une importance vitale pour Victor Hugo comme pour son roman, mais qui est souvent omis dans les relectures du récit.
La vision cinématographique de Bellos s’affirme au cours de son ouvrage par le biais d’une série d’images pittoresques de la vie de Victor Hugo et de son environnement. Les descriptions du mobilier de l’appartement de l’écrivain à Paris fournissent une clé pour comprendre ses activités politiques et professionnelles. Bellos n’est pas particulièrement impressionné par les tentatives de décoration intérieures que Victor Hugo a menées dans la demeure de Hauteville House à Guernesey, les descriptions détaillées qu’il fournit témoignent cependant du degré auquel l’écrivain s’est créé un foyer, pour lui comme pour sa famille et plus largement pour tout son entourage lors de son exil. [1] L’intérêt que Bellos ressent pour la dimension visuelle l’a même poussé à insérer un guide des couleurs et de leurs codes, censé « aider à lire les ouvrages de fiction écrits en France avant 1865 environ ». Ceci est typique de l’attention érudite aux détails, omniprésente dans l’ouvrage de Bellos, attention qui participe du plaisir de lecture tout en transformant notre compréhension du texte de Victor Hugo. Dès les premières lignes de l’introduction, le sujet est abordé à la manière d’un documentaire : le livre s’ouvre sur des images du ferry le Commodore Clipper naviguant de Portsmouth à Guernesey, entremêlées à la narration de l’arrivée de Victor Hugo dans cette même île en 1855. La lecture de l’ouvrage commence ainsi comme celle d’une aventure policière : pourquoi, et comment, le roman Les Misérables a-t-il été écrit à Guernesey ?
David Bellos analyse les traductions des Misérables de manière aussi ludique et en s’adressant à un lectorat aussi large que ce qu’il avait fait dans son livre Le poisson et le bananier (traduit de la version anglaise,Is That a Fish in Your Ear? Translation and the Meaning of Everything, chez Farrar, Straus & Giroux, 2012), dont le succès avait été retentissant (et que je recommande d’ailleurs à mes étudiants en traduction). Il examine la variété diachronique de ces traductions, incluant une édition piratée de 1863 publiée à Richmond, en Virginie, dont la préface comporte les lignes suivantes : « les lecteurs sudistes ne se plaindront guère de l'omission de quelques paragraphes anti-esclavagistes ». Parmi d'autres traits dignes d'être observés, Bellos remarque que « les lecteurs britanniques ont dû attendre 2008 pour disposer du texte intégral des Misérables, dans l’ordre de lecture correct », soit vingt-trois ans après sa traduction complète en chinois. Du point de vue lexical, il relève que la traduction peut résulter en des conséquences involontaires : l’une des premières adaptations filmiques, celle de Richard Boleslawski, représente Jean Valjean sous les traits d’un galérien, caractéristique retenue ensuite dans la comédie musicale, jouée à Broadway, de Boublil et Schönberg. Ceci est dû à une traduction erronée de l’expression française « la peine des galères », signifiant les travaux forcés, mais qui ne renvoyait plus depuis longtemps aux galériens, même à l’époque de Victor Hugo. Ce sont toutefois les connotations maritimes du mot « galère » qui ont dicté le choix adopté par l’un des premiers traducteurs, et cette image de Jean Valjean est une de celles qui a persisté.
Bellos se sert de ses connaissances pointues en matière de terminologie et de définition pour débattre de l’idéologie des Misérables. Pour lui, cet ouvrage se situe dans une mouvance progressiste mais non radicale : cette dernière étiquette lui a été collée suite à un changement dans l’acception du terme de « prolétariat » (il signale que Marx s’y connaissait moins bien en structure politique romaine que Victor Hugo). Il explore les points de vue, parfois opposés, sur la religion et la politique que le romancier adopte dans cette œuvre, pour les envisager non pas comme des visions contradictoires, mais comme un panoramique des différents aspects que ces thématiques pouvaient prendre. Au sujet des polémiques religieuses, Bellos écrit que « l’intention est bien d’irriter les gens des deux bords. Comment ce roman pourrait-il, sinon, vraiment promouvoir une grande réconciliation entre des factions et des classes dont les conflits, déplorables et sanguinaires, loin d’être nécessaires à la vie sociale, n’en formaient qu’un aspect contingent ? » Du point de vue politique, l’auteur s’interroge sur « la place véritable du roman sur l’échiquier des convictions politiques, qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite ». Ce vaste panorama explique pourquoi on a pu saluer dans Les Misérables « Le Roman du siècle » : si cet ouvrage a pris une part virulente aux débats de son époque, il a aussi constitué une force de transformation. Bellos considère que Les Misérables ont contribué à changer les perceptions de la pauvreté. Les convictions de Victor Hugo continuent à nous atteindre, par le biais de nombreux avatars de cette œuvre : comme le dit l’auteur : « en un sens, nous sommes maintenant tous hugoliens. »
The Novel of the Century n’est pas tant une étude du contenu des Misérables qu’une analyse de son contexte et de son influence, nous renseignant sur l’écriture de ce roman et sur la préparation de sa publication. Tout en nous communiquant ces informations, Bellos fournit pléthore de commentaires et de détails amusants aux lecteurs qui ont lu, ou vont sans doute lire, Les Misérables, ou encore qui connaissent simplement certains des personnages, voire uniquement l’intrigue sous une forme ou une autre. L’auteur est très convaincant sur l’importance que revêt ce roman de Victor Hugo, il se montre également très ouvert aux myriades de façons dont on peut l’aborder. Œuvre riche que Les Misérables : comme pour le menu du banquet fêtant sa publication reproduit en détail dans The Novel of the Century, on peut se contenter de picorer certains plats ou, au contraire, on choisira de s’en repaître… quoi qu’il en soit, ce roman demeure un tour de force littéraire.
*Marie Nadia Karsky vit et enseigne à Paris, elle est maître de conférences au département d'études des pays anglophones (DEPA) de l'Université Paris 8. Elle enseigne la théorie et la pratique de la traduction, et travaille sur la traduction théâtrale, en particulier Molière traduit en anglais. Elle a récemment co-dirigé un numéro de Journal of Adaptation in Film and Performance avec Geraldine Brodie, et un numéro de la collection Théâtres du monde (Presses Universitaires de Vincennes) avec Céline Frigau Manning. Elle a traduit, en collaboration avec sa collègue Claire Larsonneur, la pièce Playhouse Creatures pour les Presses Universitaires du Mirail (Toulouse). Marie Nadia parle le russe et l'allemand et se passionne pour les arts scéniques, en particulier l'opéra et la danse.
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**Geraldine a imaginé et co-organisé la série de conférences Translation in History et le Theatre Translation Forum et elle a été co-rédactrice en chef de la revue en ligne New Voices in Translation Studies de 2012 à 2015.
Ses recherches portent sur les pratiques de traduction du théâtre dans le Londres contemporain, y inclus la collaboration du traducteur dans la production du spectacle, ainsi que l'intermédialité et l'interlinéarité des surtitres. Elle donne fréquemment des présentations sur ces sujets au Royaume-Uni et à l'international et son travail figure dans de nombreuses publications. Geraldine est membre du panel de partenaires d'ARTIS, une nouvelle initiative de formation en recherche dans le domaine des études de traduction et d'interprétation.
Geraldine est détentrice d'une maîtrise en littérature comparée du University College London et d'un diplôme de premier cycle à Brasenose College, Oxford, où elle s'est spécialisée en linguistique, vieil et moyen anglais et vieux français. Elle a aussi un Diploma de Español comoLengua Extranjera de l'Instituto Cervantes. Les intérêts de recherche de Geraldine comprennent les voix multiples en traduction, la traduction théâtrale directe, indirecte et littérale, l'adaptation et la version, l'intermédialité des surtitres et l'éthique de la traduction. Geraldine est membre de l'Institute of Chartered Accountants in England and Wales et membre du Chartered Institute of Taxation. Sa première monographie, The Translator on Stage vient de paraitre chez Bloomsbury.
L'analyse qui suit est redigée pour ce blog par notre fidèle contributrice, Michèle Druon, professeur émérite à la California State University, Fullerton, où elle a enseigné la langue, la culture et la littérature françaises.*
Quand la jeune danseuse de music-hall afro-américaine Joséphine Baker et le peintre-affichiste français Paul Colin se rencontrent lors des répétitions de La Revue Nègre à Paris, en 1925, tous deux sont encore inconnus du grand public. Nul ne se doute alors que ce spectacle va les propulser tous deux vers une célébrité qui deviendra vite internationale, et les révéler l'un et l'autre comme des figures marquantes des années folles, cette décade (1920-1930) extraordinaire qui continue de nous fasciner par sa gaîté, son audace, sa modernité et son éblouissante vitalité artistique.
Paul Colin
Joséphine Baker
Fraîchement débarquée de New York, Joséphine Baker [1] n'a que 19 ans quand elle arrive à Paris pour danser dans La Revue Nègre. Après une enfance pauvre à Saint Louis, dans le Missouri, elle avait quitté très jeune sa famille pour tenter sa chance dans le monde du théâtre et de la danse. Elle part ainsi à New York à l'époque de la « Harlem Renaissance », et réussit à se faire engager comme choriste (« chorus girl ») dans les music-halls de Broadway, dont le très populaire Shuffle Along (1921): c'est là qu'elle est un jour remarquée par Caroline Dudley Reagan, une amie d'André Daven, directeur artistique du Théâtre des Champs Elysées à Paris.
Celui-ci cherche à donner un second souffle à son théâtre alors en difficulté, et sur la suggestion du peintre cubiste Fernand Léger, projette d'engager une troupe entièrement afro-américaine pour son prochain spectacle. Caroline Dudley Reagan engage alors huit choristes – dont Joséphine Baker, qui remplace la vedette (Ethel Waters) initialement prévue – et douze musiciens pour monter La Revue Nègre au Théâtre des Champs Elysées. En septembre 1925, Joséphine Baker embarque ainsi pour Paris avec le reste de la troupe
Paul Colin [2] lui aussi, venait d'être engagé cet automne-là par André Daven comme décorateur et affichiste pour le Théâtre des Champs Elysées. Né à Nancy en 1895, il y avait fait des études de peinture et d'architecture sous la direction d'Eugène Vallin, un représentant de l'Art Nouveau. Après avoir fait la guerre de 14-18, Colin rentre à Paris et commence à travailler comme affichiste, notamment pour Le Voyage Imaginaire de René Clair en 1925.
La rencontre entre la jeune danseuse et le peintre-affichiste sur le plateau de La Revue Nègre est un heureux coup du destin: elle va faire naître entre eux à la fois une passion amoureuse – qui se muera par la suite en une longue et fidèle amitié – et une longue et fructueuse collaboration artistique, dont Joséphine sera la muse, et qui inspirera à Paul Colin une série d'affiches brillantes, reconnues comme des chef-d'œuvre de l'art graphique.
La Première de La Revue Nègre, le 2 octobre 1925, au théâtre des Champs Elysées, qui va révéler au public ces deux artistes, fait date dans les années folles: elle marque de manière emblématique l'explosion de la « folie noire » qui est un des aspects les plus frappants de cette décade [3]. Cette « folie noire » se manifeste à travers différents milieux de la société française comme une fascination et une passion pour les cultures «nègres» (l'adjectif acquiert des connotations positives a l'époque) et englobe un amalgame complexe, et souvent paradoxal, d'exotisme africain et afro-américain.
La Revue se compose de plusieurs tableaux à décors mobiles qui évoquent le milieu afro-américain: les quais du Mississipi, les gratte-ciel de New York, un village de Louisiane, une plantation, un cabaret, etc. Le « jazz-band » qui accompagne la Revue – et dont le pianiste est Claude Hopkins et le clarinettiste, Sydney Bechet – enchaîne d'abord les morceaux de blues, puis improvise sur les rythmes trépidants du jazz et du charleston. Les danses, à chorégraphie inédite, alternent avec des numéros burlesques, dans la tradition du vaudeville américain. La troupe est brillante et séduit le public par sa nouveauté, son énergie, et sa gaîté.
Mais le clou du spectacle, c'est l'apparition fracassante de Joséphine Baker: elle se déhanche, grimace, se contorsionne, danse le charleston sur un rythme effréné, quitte la scène à quatre pattes, et dans le numéro de «La Danse Sauvage» qui paraît vers la fin de la Revue, elle surgit sur fond de jungle, quasiment nue à l'exception de quelques plumes, dans un duo érotico-suggestif avec son partenaire, Joe Alex.
Ce spectacle crée une onde de choc sur la scène parisienne: pour les uns, c'est un scandale, et pour les autres, une révélation. En une nuit, Joséphine Baker devient la sensation du Tout Paris: parmi son public, composé pour la plupart de la haute société parisienne, on compte aussi des artistes, écrivains et intellectuels, telsJean Cocteau, Pablo Picasso, Darius Milhaud, Ernest Hemingway et George Simenon, qui vont contribuer à susciter pour elle un engouement extraordinaire.
Célébrée comme « perle noire », « Vénus d'ébène » et « idole noire » par ces milieux parisiens, Joséphine Baker devient alors l'icône centrale de la « folie noire » qui traverse les années folles.
La première affiche de Paul Colin pour La Revue Nègre, qui le rendra célèbre, capture avec brio le cocktail d'ingrédients culturels qui composent cette «folie noire»: au premier plan d'une composition en triangle, deux têtes stylisées de danseurs noirs, sourires élargis et épaisses lèvres rouges, évoquent sur un mode comique et caricatural les « blackface minstrels » [4] qui faisaient partie des vaudevilles américains. En arrière-plan, une danseuse noire en robe blanche très courte se détache, mains sur les hanches dans une pose à la fois rieuse et provocante.
L'affiche foisonne de connotations et de références culturelles, et frappe d'emblée par l'impact et la modernité de son graphisme, marqué par le style Art Déco [5]. Les figures des danseurs et musiciens évoquent la gaîté, le rire, l'audace, l'explosion d'énergie; le dynamisme visuel de l'affiche suggère aussi le rythme et la liberté du jazz qui animait La Revue, et qui est alors au sommet de sa vogue en France. [6]
C'est la musique de Sydney Bechet, de Cole Porter, ou George Gershwin qu'on écoute dansles cabarets, les dancings et les boîtes de nuit parisiens, où on danse allègrement le charleston. Le jazz évoque l'Amérique, et symbolise une certaine modernité, en accord avec le rythme et la vitesse du monde nouveau qui apparaît avec les nouvelles technologies, comme les automobiles, les avions, la radio, le cinéma…Le jazz est en symbiose avec « l'Esprit Nouveau » qui inspire les mouvements d'avant-garde (modernisme, cubisme, expressionisme, futurisme, surréalisme, dadaïsme) qui fleurissent alors à Paris; enfin, le jazz transmet une atmosphère de fête et de gaîté qu'illustre avec éclat l'affiche de Paul Colin, et qui caractérise à la fois la «folie noire» représentée par Joséphine Baker, et la joie de vivre si particulière aux années folles.
Cette joie de vivre, cette gaîté intense et parfois frénétique, surgit dans la société française après les longues années d'épreuves et privations subies pendant la Grande Guerre de 14-18, encore fraîches dans la mémoire collective. Chacun veut profiter de la vie, à tout moment et sous toutes ses formes, et cet intense désir de vivre s'accompagne souvent d'une revendication radicale de liberté, d'une volonté de faire exploser toutes les contraintes et tous les tabous qui pourraient l'entraver. Un vent de rébellion souffle alors en France, qui bouscule les conventions morales, sociales, religieuses et sexuelles de la bourgeoisie traditionnelle: l'homosexualité et la bisexualité s'affichent ouvertement dans certains milieux parisiens; les femmes s'émancipent, se coupent les cheveux à la garçonne comme Joséphine, et abandonnent le corset qui les emprisonnait.[7]
Par sa nudité sur scène, par l'érotisme de la « danse sauvage » où elle se déchaîne, Joséphine Baker incarne cette rébellion, et cette revendication de la liberté et du plaisir qui sont au cœur de la séduction qu'elle exerce sur le public de l'époque.
Cette dimension de son personnage trouve son expression iconique dans une photo qui fut produite en 1926 pour le nouveau spectacle des Folies Bergères, intitulé La Folie du Jour.
La «Vénus Noire» y apparaît nue, à l'exception d'une ceinture de bananes et de quelques bracelets et colliers au cou et aux chevilles; elle est cambrée dans une pose provocante, tête penchée, main sur la hanche, sourire éclatant, coupe garçonne et accroche-cœur.
La charge érotique de l'image, accentuée par la fameuse ceinture de bananes (qui a suscité tant de commentaires!) en souligne l'audace, et suggère une liberté sexuelle que Joséphine pratiquait d'ailleurs sans tabous dans sa vie personnelle.
Un élément, pourtant, peut déranger aujourd'hui dans cette image. Le costume pseudo-africain de Joséphine, et son exotisme de pacotille, renvoient à un stéréotype courant dans la culture française de l'époque, dans lequel l'image de l'Africain est associée avec le « primitif », le « sauvage », et une sexualité débridée. Ce «fantasme blanc», issu de préjugés racistes et colonialistes, reflète toute la complexité – et l'ambiguïté – de la « négrophilie » [8] alors apparente dans différents milieux de la culture française.
Les affiches de Paul Colin contrebalancent cette image en faisant apparaître l'humour et la dimension auto- parodique que Joséphine apportait à ses performances. Elle louchait, gonflait les joues, roulait des yeux et grimaçait sans trêve pendant ses danses, non seulement pour parodier son propre personnage, mais aussi, précisait-elle, parce que c'était pour elle un moyen d'expression physique supplémentaire, une manière plus intégrale de faire exploser tout ce qui pouvait entraver la liberté de son corps.
Dans un album magique, intitulé Le Tumulte Noir, et publié en 1927 [9] , l'année même où Joséphine publie son autobiographie [10] (à l'âge de 21 ans !), Paul Colin ressaisit tout ce que la «folie noire» incarnée par Joséphine Baker et La Revue Nègre ont pu représenter pour les années folles. Il en épure et sublime les images, dans une constellation où les danseurs et les musiciens de jazz se métamorphosent en abstractions, en rythmes visuels, et où la danseuse en pagne de bananes, dépouillée de tout érotisme facile, se trouve transmutée en une arabesque légère, emportée par la danse.
Dans Le Tumulte Noir, Paul Colin capture un esprit dont la gaîté, le rythme, l'audace, et la suprême élégance fut celui du jazz et des années folles, et qui fut aussi l'esprit de Joséphine Baker.
[1] Joséphine Baker est née le 3 juin 1906 sous le nom de Freda Joséphine Mac Donald. Sa mère, Carrie Mc Donald, et son père, Eddie Carson, (dont on pense qu’il n’est pas le père biologique de Joséphine) chantaient et dansaient occasionnellement dans les vaudevilles à Saint Louis. Joséphine commence à danser à 13 ans dans un théâtre de Saint Louis, et épouse au même âge WillieWells, porteur à Pullman. A l’âge de 15 ans, en 1921, elle épouse Willy Baker, dont elle divorce en 1925, mais dont elle gardera le nom.
[2] Paul Colin (1892-1985) devient le chef de l'école moderne de l'affiche lithographiée après la Première Guerre Mondiale. Il est l'auteur de plus de 1 400 affiches, et maints décors de théâtre et de costumes. Il est d’abord reconnu comme un grand maître de l’Art Déco par son emploi de formes géométriques, de couleurs audacieuses et de figures stylisées ou caricaturales. Il évolue ensuite vers un style unique, où se mêlent l’abstraction et l’influence cubiste et surréaliste.
[3] Cet engouement pour la culture «nègre» est multiforme. « L'art nègre» découvert au cours de la colonisation française en Afrique sub-saharienne influence à l’époque la peinture cubiste de Picasso, Braque et Fernand Leger. En 1917, Francis Poulenc compose une Rapsodie Nègre, et en 1919, Paul Guillaume présente dans sa galerie la première «Exposition d'Art nègre et d'Art océanien ». La même année, il offre une «Fête nègre» au théâtre des Champs-Élysées qui marqua son directeur artistique, André Daven. En 1923, le Théâtre des Champs Elysées présente un ballet intitulé « La Création du Monde », adapté de L'Anthologie Nègre de Blaise Cendrars. En 1924, un club de jazz dansant appelé «Bal Nègre» s’ouvre au 33 rue Blomet, qui deviendra renommé.
[4] Les « black minstrel shows », ou « blackface comedies », étaient un sous-genre des « minstrel shows» du XIXème siècle, où des comédiens blancs se grimaient en noir pour imiter ou caricaturer les chants et danses des esclaves. Après la Guerre Civile américaine, ces spectacles sont repris par des comédiens noirs souvent re-grimés en noir, et qui transforment le sens originel du spectacle.
[5] Le terme «Art Deco» dérive de «L’exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes», qui se tient à Paris en 1925, et qui inclut des architectes comme Le Corbusier, dont le pavillon s’intitule «Esprit Nouveau».
[6] Le jazz américain, déjà apparu en France au début du siècle avec le «ragtime» et le « cake walk », est ensuite propagé par les soldats américains pendant la guerre de 14-18, puis par la radio pendant la décade suivante. Il inspire alors des poètes comme Jean Cocteau et Guillaume Apollinaire, et des musiciens comme Igor Stravinski, qui compose Ragtime en 1919.
[7] C’est l’époque des suffragettes, où les femmes revendiquent non seulement une plus juste représentation politique mais une liberté de comportement plus grande: elles fument, dansent, font du sport, conduisent une automobile, et s’habillent “ à la garçonne ” : coiffure courte et robe longiligne, selon le style mis à la mode par Coco Chanel.
[8] Le mot «négritude» qui revendique à la fois le statut et la fierté de la culture noire, sera davantage utilisé dans la décade suivante par les écrivains africains et antillais, et également par Jean-Paul Sartre, qui s’en fera le défenseur.
[9] Le Tumulte noir: Joséphine Baker et la Revue nègre, 42 dessins de Colin lithographiés par Mario Ferreri, Paris, 1927.
Les lithographies du Tumulte Noir, chef d’œuvre de l’art décoratif, furent colorées à la main selon la technique du pochoir, et publiées en 500 exemplaires. Les musiciens et danseurs de La Revue Nègre et Joséphine Baker y sont représentés dans un style qui combine l’Art Déco, le cubisme, les calligrammes, la caricature, et sont marquées par l’influence du peintre Fernand Léger, ainsi que de l’artiste Miguel Cavarrubias, qui composa les décors de La Revue Nègre.
Sur la page de dédicace, l’album inclut un petit texte écrit de la main de Joséphine Baker, où elle raconte de manière humoristique la fascination des Parisiens pour le charleston.
[10] Mémoires de Joséphine Baker recueillies et adaptées par Marcel Sauvage, 30 dessins inédits de Paul Colin, Paris, Simon Kra, 1927.
Parmi d'autres articles contribués par Michèle DRUON :
*Mme Druon a fait ses études universitaires d'anglais (spécialisation : Littérature & Culture Américaine, Licence) à l'Université d’Amiens, et en Lettres modernes, (Licence, mention très bien), à l'Université d‘Aix-en-Provence. Elle a obtenu son Doctorat en Littérature française à l’University of California at Los Angeles (spécialisations: le Nouveau roman; Théorie et critique littéraire contemporaine; philosophies post-modernes).
Elle a publié des articles en français et en anglais dans de nombreuses revues littéraires universitaires et philosophiques (French Review,Stanford French Review, L’Esprit Créateur, Problems in Contemporary Philosophy), ainsi que dans des ivres publiés aux États-Unis, en France et au Japon.
Michèle est actuellement chargée de la liaison avec les Écoles de l'Alliance Française à Pasadena, ainsi que du Groupe Cinéma (sorties et discussions mensuelles sur films français).Bien qu'officiellementà la retraite, elle est invitée à enseigner occasionnellement à la California State University.
Au départ de Montréal, les conseils n'avaient pas manqué : « Couvrez-vous bien, l'endroit est fort éventé ». Eh bien, nous verrons sur place ! Pour l'heure, laissons-nous descendre le majestueux fleuve Saint-Laurent à bord du Vacancier, le navire de croisière de la CTMA qui est la solution la plus commode pour se rendre aux Îles de la Madeleine. Et nous allons prendre notre temps puisque, dès l'entrée du Golfe, la vitesse est réduite de moitié et nous ne filons plus que neuf nœuds. Cela, pour éviter de heurter les baleines et ménager leurs oreilles. Reconnaissants, les aimables cétacés viennent batifoler non loin du bord. Le surlendemain, c'est l'arrivée aux Îles. La destination a quelque chose de mythique. En effet, cet archipel, comté insulaire de la province de Québec, se compose de sept grandes îles (dont six sont reliées entre elles par des bancs de sable et par trois ponts) et de quelques îlots inhabités, éparpillés au cœur du golfe du Saint-Laurent, à 105 km de l'Île-du-Prince-Édouard et à 95 km de l'île du Cap-Breton. En plein océan, bravant les tempêtes, quelque 14.000 Madeliniennes et Madelinots (à 95% francophones) s'accrochent à ce petit territoire de 205 km2 dont la vocation touristique s'affirme chaque jour davantage. Environ 65.000 touristes l'ont visité cette année et ce succès est pleinement justifié car, nous allons le voir, les Îles valent le détour !
À l'arrivée, le dépaysement est total. D'abord, et pour démentir les pessimistes, il fait un temps radieux et la brise est en congé. Des dômes rocheux (aussi appelés « buttes ») et des falaises rougeâtres alternent avec des dunes et de longs cordons littoraux qui forment près de 300 km de plages de sable blond. Le climat est foncièrement maritime, c'est-à-dire qu'en été comme en hiver, il tend à être plus doux que sur le continent. Les îles ont longtemps vécu presque exclusivement de la pêche (morue, homard, hareng, flétan et maquereau). À terre, les conserveries fournissaient de l'emploi. Mais, la pêche industrielle a tellement sollicité la ressource halieutique que l'on s'emploie actuellement à la reconstituer en réglementant très strictement les prélèvements. L'agriculture, naguère développée pour cause d'autosuffisance, a presque entièrement disparu vers 1965. Deux fermes laitières et un élevage bovin sont encore exploités dans l'Île de Havre-aux-Maisons et, dans l'Île d'Entrée, dont la moitié des sept km2 est réservée au pacage, on compte encore 60 vaches – autant que d'habitants. Enfin, une mine de sel constitue l'unique activité industrielle des Îles. Exporté, ce sel sert essentiellement à déglacer les routes d'Amérique du Nord.
Le Vacancier, navire de croisière de la CTMA qui sert d'hôtel pendant les trois journées d'escale aux Îles. (Photo Lucette Fournier)
Les Îles comptent six phares qui ont longtemps guidé la navigation dans le golfe du Saint-Laurent. Un seul demeure en activité, celui du Rocher aux Oiseaux. Les autres n'en gardent pas moins une précieuse valeur patrimoniale. (Photo Lucette Fournier)
Mais, plus surprenante encore est l'histoire du peuplement. On sait que, bien avant l'arrivée des Européens, les Indiens Micmacs, qui avaient baptisé l'archipel Menagoesenog (les îles balayées par la vague), venaient en canot du continent pour y faire provision de viande de phoque et de morse. Le 25 juin 1534, Jacques Cartier aborde au Rocher aux Oiseaux (qu'il appelle l'Île aux Margaux) puis à l'île Brion. Surpris par l'abondance de sable, il dénomme l'archipel « les Araynes » (du latin arena). Mais, c'est finalement Samuel de Champlain qui inscrit sur la carte « La Magdeleine » à l'endroit où se trouve actuellement l'île du Havre Aubert. Certains prétendent que l'archipel doit en réalité son nom à François Doublet, originaire d'Honfleur et concessionnaire des îles, qui voulut ainsi honorer son épouse Madeleine Fontaine. Comme souvent en Amérique du Nord, les Français visitent les lieux, plantent une croix et une pancarte, font trois petits tours et puis s'en vont ! Les Îles passent ensuite de mains en mains sans qu'il n'y ait vraiment de colonisation.
de Champlain Cartier
Pendant longtemps, les Îles ont été un refuge. À plusieurs reprises, des gens contraints de fuir leurs terres sont venus s'y installer. Les premiers furent, entre 1761 et 1765, des Acadiens chassés de chez eux lors du Grand Dérangement. [1] Par le traité de Paris (1763), l'archipel devint anglais, comme le reste de la Nouvelle-France. D'abord rattaché à Terre-Neuve, il fut réintégré au Bas-Canada par l'Acte de Québec de 1774. Fuyant la Révolution, 250 Français (d'origine acadienne) arrivèrent de Miquelon en 1792, sous la houlette de leur curé, l'abbé Allain. Ce fut la première immigration importante. En 1798, un certain Isaac Coffin (sic) obtint de la Couronne britannique la concession des Îles. Il obligea les Madelinots à lui verser des loyers dont certains échurent même à sa descendance jusqu'en 1956 ! À ce socle francophone, s'ajouta un certain apport anglophone, essentiellement constitué d'Écossais et d'Irlandais arrivés à la suite d'échouages ou de naufrages. Actuellement, les anglophones sont regroupés dans deux îles : Grosse Île et l'Île d'Entrée. La règle du « chacun chez soi » semble de mise et, bien que l'on n'observe aucune animosité entre les deux communautés, l'impression est plutôt celle de « deux solitudes ». [2]
Les îliens furent longtemps très isolés. Encore au XXème siècle, le câble sous-marin qui les reliait au continent s'est rompu en 1910, obligeant à communiquer avec la Grande Terre au moyen d'un ponchon, un tonneau muni d'une voile et voguant comme une bouteille à la mer ! Cet isolement favorisa un certain particularisme langagier qui s'est quelque peu estompé avec l'irruption de la radio et, surtout, de la télévision. Malgré tout, l'oreille attentive relève encore quelques savoureuses particularités. Ainsi, le visiteur qui arrive aux Îles est un étrange (terme que n'aurait pas renié Montaigne). À propos de l'appât, de l'esche, les pêcheurs madelinots parlent de la boëtte (comme leurs collègues de l'île d'Oléron), et le varech s'appelle ici la boutarde (prononcer de l'arboutarde). La cuisine a ses spécialités : la bagosse, sorte de vin de fruits local, et le banax, tresse de pâte à pain jetée dans la friture que l'on mange au petit déjeuner avec du sirop d'érable ou de la mélasse. La liste n'est pas exhaustive, et il faudrait séjourner plus de trois jours pour la dresser.
Le port de Cap-aux-Meules, le principal havre des Îles où relâchent les grands navires.
(Photo Lucette Fournier)
Bref, les Îles ne sont plus ces lieux perdus et éventés ne vivant que de la morue et du homard. Comme partout au Québec, une population jeune et dynamique a pris son destin en mains. Elle s'est résolument tournée vers de nouveaux débouchés, au premier rang desquels figure le tourisme qui a l'avantage d'employer beaucoup de monde. Avec leur magnifique décor et leur nature intacte, les Îles se prêtent particulièrement bien à l'écotourisme. Facilement parcourues à pied ou en vélo grâce aux 105 km de routes et aux innombrables chemins, elles attirent de plus en plus les randonneurs et les touristes en quête d'originalité et d'authenticité. Mais, on cherche aussi du côté des nouvelles énergies et l'abondance de vent pourrait devenir une richesse après avoir été une nuisance. Un jour nouveau se lève sur les Îles !
Jean Leclercq
[1] Cette expression désigne l'expulsion, dans des conditions affreusement brutales, des populations françaises de l'Acadie, cédée à la Grande-Bretagne par le traité d'Utrecht (1713). Une partie de ces Acadiens se réfugia alors aux Îles de la Madeleine, formant le premier contingent d'immigrants, tandis que d'autres rejoignirent la Nouvelle-Orléans ou se dispersèrent dans tout le continent. Ce sombre épisode de l'histoire du Canada a été immortalisé par l'écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow dans Evangeline. A tale of Acadie, poème épique publié en 1847.
[2] Hugh Mac Lennan. Deux solitudes. Traduit de l'anglais par Louise Gareau-Des-Bois. Paris, Éditions Spes (1963).
[3] La Coopérative des Transports maritimes et aériens (CTMA) possède deux traversiers dont l'un sert, à la belle saison, aux croisières partant de Montréal et, l'autre, fait la navette entre Souris (Île-du-Prince-Édouard) et Cap-aux-Meules (cinq heures de traversée).
Remerciements. L'auteur tient à remercier Monsieur Georges Gaudet, historien local et conférencier de la croisière, de l'aide qu'il lui a fournie pour la préparation du présent l'article. Monsieur Gaudet ne se contente pas de raconter les Îles, il y a connu une vie aventureuse, exercé trente-six métiers et partagé avec son frère Donald la passion de l'aviation. Dans Deux frères, une passion, il narre l'odyssée aérienne que fut, pour les deux frères et leurs compagnes, à la fin de décembre 1978, le vol d'Alma (au bord du lac Saint-Jean) jusqu'à l'aérodrome de Havre aux Maisons, Un récit qui n'est pas sans rappeler ceux des pionniers de l'aviation qui ont tant fait rêver les deux frères tout au long de leur adolescence.
Georges Gaudet. Deux frères, une passion. ISBN 978-2-98077483-3-2 (105 p.)
C'est tout au moins la thèse que semble accréditer la mairie de Paris puisqu'elle vient de modifier la plaque de la rue Nungesser et Coli, dans le XVIe arrondissement. La nouvelle plaque ajoute que les deux aviateurs français ont traversé l'Atlantique les 8 et 9 mai 1927, et se sont perdus au large de Saint-Pierre et Miquelon. Une dizaine de jours plus tard, Charles Lindbergh traversait l'Atlantique dans l'autre sens et en solitaire. Que doit-on penser de cette prétention ?
1927, l'année de l'Atlantique
Au cours du premier conflit mondial, l'aviation a considérablement progressé. Une fois la paix revenue, les aviateurs, disposant d'appareils beaucoup plus puissants, se lancent dans des raids à grandes distances. Ils privilégient l'Asie où ils survolent des territoires présentant des possibilités d'atterrissage forcé. L'Atlantique leur paraît plus redoutable et difficilement franchissable. C'est alors qu'un grand hôtelier new yorkais et mécène de l'aviation, Raymond Orteig (1870-1939), offre un prix de 25.000$ au premier pilote qui reliera sans escale New York et Paris. Le 21 septembre 1926, René Fonck, l'as des as de 14-18, tente l'aventure avec trois équipiers et à bord d'un bimoteur Sikorsky 35 qui s'écrase au décollage. Un tandem français décide alors de relever le défi. Il se compose de deux « trompe-la-mort » : Charles Nungesser et François Coli. Le premier est un grand as de l'aviation de chasse française, totalisant 45 victoires et 17 blessures. Son co-équiper, le capitaine François Coli, a perdu l'œil droit dans un accident d'avion et porte toujours un monocle noir. Après la guerre, Nungesser se rend aux États-Unis où il effectue un grand circuit à bord d'un Henriot HD1, avec lequel il exécute des simulations de combat aérien qui remportent un très grand succès. C'est peut-être à cette époque que germe en lui le projet d'un vol transatlantique.
L'Oiseau blanc[1]
Rentré en France, Nungesser parvient à persuader le constructeur Pierre Levasseur d'adapter aux besoins de son projet le triplace PL-4 qu'il construit pour la marine nationale. L'Oiseau blanc (alias PL-8) présente les caractéristiques suivantes :
Moteur : Lorraine Dietrich, 12 cylindres en W, de 450 CV
Surface alaire : 61 m2
Envergure : 14,63 m
Longueur : 9,75 m
Hauteur : 3,96 m
Poids au décollage : 4.963 kg
Vitesse maximale : 193 km/h
Autonomie : 42 heures (grâce à un réservoir de 4.025 litres)
En prévision d'un amerrissage, le fuselage a été renforcé. En outre, on a prévu des caissons étanches et un train d'atterrissage larguable. La mission a été très minutieusement préparée. L'avion est tout blanc et porte les macabres insignes de guerre de Nungesser : un cœur noir, avec un crâne et des tibias croisés, surmontés d'un cercueil et de deux cierges allumés. Sinistre présage !
La tentative
Le 8 mai 1927, à 5h21, l'appareil est sorti du hangar et, un peu plus tard, après une première tentative infructueuse, Nungesser parvient à arracher in extremis le biplan de la piste de l'aérodrome du Bourget. S'élevant lentement, il prend la direction de l'ouest et largue son train qui, récupéré, est aujourd'hui exposé au Musée de l'Air. Il quitte le ciel français à la hauteur d'Étretat, on l'aperçoit au-dessus de l'Irlande, puis plus rien… Le 9 mai, un journal du soir annonce : « L'Atlantique est traversé. Ils sont arrivés à 16h50. NUNGESSER ET COLI ont amerri en rade de New York ».
Il n'en est malheureusement rien. Ce n'est qu'une fausse nouvelle que le ministre chargé de l'Aéronautique qualifiera d'illusion collective ! Que sont-ils alors devenus ?
Les conjectures
Deux choses sont avérées : au-delà du sud de l'Irlande, plus personne ne les a vus et, le 9 mai 1927, dans la région où ils sont censés se trouver, la météo est exécrable. S'ils ont atteint Terre-Neuve, ils ont dû y affronter une terrible tempête de neige. Sont-ils tombés dans les eaux du Golfe ou dans les toundras de Terre-Neuve, voire du Labrador ? On ne le saura sans doute jamais. Dans son autobiographie, Charles Lindbergh écrit que les deux hommes ont tout simplement disparu, « comme des fantômes de minuit ». Les recherches entreprises à l'époque par les autorités américaines, canadiennes et françaises n'ont donné aucun résultat. Pourtant, depuis 2009, une équipe de chercheurs français, emmenée par M. Bernard Decré, a effectué des recherches autour de Saint-Pierre et Miquelon, après avoir découvert un télégramme de la Garde côtière des États-Unis en date du 18 août 1927, signalant la présence de deux ailes de biplan liées ensemble flottant au large de Norfolk (Virginie).[2]
En 2013, The New York Times a rendu compte de recherches menées par Decré pour retrouver les ailes qu'il croit appartenir à l'Oiseau blanc, mais aussi de la poursuite de la recherche d'autres débris de l'appareil au large de Saint-Pierre et Miquelon. À l'époque de la mystérieuse disparition, des pêcheurs saint-pierrais auraient dit avoir entendu un avion passer à basse altitude, certains faisant même état d'appels à l'aide. On en a déduit que l'Oisean blanc avait peut-être été abattu par un navire de la Garde côtière des États-Unis qui pourchassait les contrebandiers. Il faut se souvenir qu'à l'époque de la Prohibition, le petit archipel français était le centre d'un vaste trafic d'alcool en direction des États-Unis.[3] Poursuivis par les douaniers, les contrebandiers jetaient souvent leur chargement à la mer et les caisses de spiritueux s'échouaient sur les grèves canadiennes, pour la plus grande joie des riverains qui avaient baptisé cette mâne, le miquelon. Bref, la chasse aux contrebandiers faisait rage et l'hypothèse d'une méprise n'est pas invraisemblable. D'aucuns pensent même que l'Oiseau blanc aurait pu être abattu par des contrebandiers rendus plus nerveux par la présence d'Al Capone à Saint-Pierre.[4]
Il n'en demeure pas moins que, jusqu'à présent, aucun élément matériel, aucun débris, aucun reste de l'Oiseau blanc ou de son équipage n'a été retrouvé qui puisse prouver qu'ils aient atteint le continent américain. Dans ces conditions, Charles Lindbergh demeure le premier aviateur à avoir traversé l'Atlantique et même relié New York à Paris, qui plus est, en solitaire. Lors du dévoilement de la plaque, Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe de la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, a voulu préciser le sens de sa démarche : "Ce que nous faisons aujourd'hui n'est pas une réinterprétation de l'Histoire. Ce n'est pas non plus, et je le dis haut et fort, une contestation de l'exploit de Charles Lindbergh". Rappelons que le vainqueur du Prix Orteig a très galamment rendu visite à la mère de Charles Nungesser qui, à l'époque, espérait encore revoir son fils.
La mystérieuse disparition de Nungesser et Coli ne devait pas être la seule tragédie inexpliquée de cette première moitié du XXe siècle. Roald Amundsen, le grand explorateur et vainqueur du pôle Sud (en 1911) se perdra le 18 juin 1928, en tentant de rejoindre le Spitzberg à bord d'un hydravion Latham (dont on retrouvera des débris quelques semaines plus tard). L'aviatrice américaine Amelia Earhardt, première femme à avoir traversé l'Atlantique en 1928, disparaît dans le Pacifique le 2 juillet 1937, alors qu'elle tentait de rejoindre l'île Howland en compagnie de son mécanicien Fred Noonan. Toutes les recherches s'avérèrent vaines. Mais, en 1966, un chercheur américain, Fred Goerner – animé d'un désir d'élucidation voisin de celui de M. Bernard Decré – montre qu'Amelia Earhardt et son mécanicien se seraient écrasés sur l'atoll de Mill et auraient été faits prisonniers par les Japonais. Ils seraient morts quelques mois plus tard, à Saipan. Résoudra-t-on un jour l'énigme de la disparition de l'Oiseau blanc ? La gourmette de Consuelo de Saint-Exupéry, retrouvée le 7 septembre 1998, dans le chalut d'un pêcheur, au large de Marseille, semble autoriser tous les espoirs.
[1] Nungesser a choisi ce nom en souvenir d'un chef indien du Wyoming, rencontré en 1925. Après la guerre, le grand as de la chasse française avait épousé une riche héritière américaine, Consuelo Atmaker, qui portait donc le même prénom que la future épouse d'un autre aviateur, Antoine de Saint-Exupéry.
[2] Le télégramme serait ainsi libellé : It is suggested to Headquarters that this may be the wreck of the Nungesser and Coli Aircraft.
[3] Lorsque les autorités françaises mirent fin à ce trafic, un armateur eut l'audace de prétendre à une indemnité. Le Conseil d'État rejeta son recours (CE, 14 janvier 1938. Compagnie générale de grande pêche).
Yes, Minister et Yes Prime Minister étaient deux séries télévisées satiriques britanniques, diffusées par la BBC entre 1978 et 1984, et 1986 et 1988, respectivement. Leur objet était de montrer les machinations des politiciens - dans la première série, quand le personnage de l’Honorable James Hacker est élu ministre au gouvernement britannique et, dans la seconde, quand il est élu Premier Ministre. Au fil des séries, chaque fois que Hacker aborde un sujet qui relève de sa responsabilité, il commence par affirmer naïvement sa volonté de servir le public. Mais, très vite, Sir Humphrey Appleby, son « secrétaire permanent » (titre d'un haut responsable dans la fonction publique britannique) [1], le persuade d’adopter une politique contraire.
Le thème central de deux séries est le cynisme du monde politique, et leur succès s’explique non seulement par le scenario plein d’esprit, mais aussi par le jeu tout à fait remarquable de deux comédiens, Nigel Hawthorne (secrétaire permanent) et Paul Eddington (Premier Ministre).
Le « Premier Ministre » et son « secretaire permament » devant 10 Downing Street, résidence des premiers ministres de la Bretagne
Dans le très court vidéo clip qui suit, le secrétaire permanent explique au Premier Ministre que le rôle de la Grande-Bretagne est de tout faire pour mettre le plus grand désordre au sein de l’Union européenne (à l’époque, le Marché commun) et de susciter la plus grande rivalité possible parmi ses États Membres. Tout cela, dans l'intérêt bien compris de la Grande-Bretagne.
Dans cet humour amer, certains voudront voir la véritable politique européenne menée par le Royaume-Uni depuis de nombreuses années, mais aussi les prémices de ce qui allait s'appeler le BREXIT.
[1] En lui donnant du "Oui, Monsieur le Ministre" et "Oui, Monsieur le Premier Ministre", on a l'impression que le secrétaire permanent de Hacker est un béni oui-oui, alors que son principal rôle est de manipuler le Ministre (et plus tard le Premier Ministre).
Le troisième album du tandem Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, Astérix et la Transitalique nous emmène sur une course de chars à travers l'Italie, entre Monza et le Vésuve.
La version anglaise est intitulée “Asteric and the Chariot Race”.
Voir notre interview avec Anthea Bell, la traductrice en anglais des albums d'Astérix pendant de longues années, menée par Julian Maddison et publiée le 22 octobre 2015, le jour même de la parution du précedent album, Le Papyrus de César (Asterix and the Missing Scroll).
La traductrice de l'édition actuelle est Adriana Hunter, notre Linguiste du mois d'aout 2013. Nous la félicitons d'avoir repris le flambeau de la traduction bédéiste des mains de cette grande dame qu'est Anthea Bell.
publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix
L'interview suivante, publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll) a été menée en anglais par Julian Maddison, et traduite par Pascale Tardieu-Baker.
publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix
L'interview suivante, publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll) a été menée en anglais par Julian Maddison, et traduite par Pascale Tardieu-Baker.
L'interview suivante, publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll) a été menée en anglais par Julian Maddison, et traduite par Pascale Tardieu-Baker.
le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll)