Le mot anglais du mois : hurricane.

 Ces temps derniers, deux phénomènes naturels ont fait parler d'eux : l'éclipse totale de soleil du 21 août et les ouragans qui viennent de dévaster une grande partie des Antilles et de la Floride… Le premier a attiré les curieux et les seconds ont eu des conséquences tragiques. Nous étudions ci-après le mot anglais hurricane, et nous prévoyons d'en faire prochainement autant pour le mot eclipse   
 
Katrina-
 Il est des mots qui s'imposent par leur actualité. Hurricane en est un. Mais, qu'est-ce au juste et pourquoi ce mot ? Certes, ce n'est pas « le moindre vent qui d'aventure fait rider la face de l'eau », comme aurait dit La Fontaine, mais un cyclone tropical, c'est-à-dire tout vent atteignant, dans l'échelle de Beaufort, une vitesse égale ou supérieure à la force 12, soit 64 nœuds ou 118 km/h. Ces vents violents sévissent dans deux régions du monde : la mer des Antilles et le secteur du Pacifique sud compris entre l'Indonésie et l'Australie où on préfère les appeler typhoons. Dans les autres bassins océaniques, on parle plutôt de cyclones.
 
 
 
Beaufort

Le mot 
hurricane dériverait de huracan (ou uracan), terme employé par les autochtones des Grandes Antilles qui connaissaient particulièrement bien ce phénomène météorologique. Complètement anéantis en quelques décennies, ces premiers habitants des Antilles n'en ont pas moins eu le temps de transmettre le vocable aux Espagnols, lequel a donné hurracán en espagnol, hurricane en anglais, et ouragan en français.
 
Il est une expression anglaise inspirée du régime des vents : In the eye of the storm. Elle désigne ce qui est au cœur d'un problème. Exemple : The man in the eye of the storm is accused of selling secrets to the enemy. 
Étymologiquement, l'expression se fonde sur le sens littéral de l'œil du cyclone (l'épicentre d'une grave dépression météorologique).
 
Notons, qu'en français, ouragan a également un sens figuré et qu'il désigne alors un mouvement violent et impétueux, un grand tumulte. Le Petit Robert (p. 1749) relève cette acception en prenant un exemple chez Jean-Paul Sartre : « Cette bonne femme […] c'est un ouragan ».
 
HawkerOuragan induit surtout l'idée d'une force violente et destructrice. Ce n'est pas un hasard si le Hawker Hurricane fut le fleuron de l'aviation de chasse britannique en 1939, avant d'être surclassé par le Spitfire pendant la bataille d'Angleterre. Suivirent le Typhoon et le Tempest, tant on désirait être dans le vent ! En France, le MD 450 Ouragan a équipé l'armée de l'air à partir de 1955.
 
Hur namesMais alors, pourquoi les ouragans ont-ils longtemps porté des prénoms exclusivement féminins ? Il semble que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les marins américains leur aient donné des prénoms de leurs bien-aimées. Et cela, jusqu'à ce que les féministes s'inquiètent de cette association malsaine avec des phénomènes climatiques maléfiques. Après avoir essayé un autre système, le National Hurricane Center décida d'alterner désormais prénoms masculins et féminins. C'est ainsi que Harvey, Sandy ou José font écho à Patricia, Katrina ou Irma.
 

Pas traduit, pas prévenus…
D'après Bell Terena, The Atlantic, 08/09/17.

Au cours des trois dernières semaines, les moyens dont disposent les services de gestion des situations d'urgence ont été durement mis à l'épreuve, notamment en ce qui concerne la fourniture d'informations essentielles aux non-anglophones.

Par exemple, dans le comté de Miami-Dade (Floride), 2,6 millions d'habitants se sont trouvés sur l'itinéraire de l'ouragan Irma. Or, selon le plus récent recensement, 72,8% de la population de ce secteur parle à la maison une langue autre que l'anglais – l'espagnol, dans 64% des cas. Lorsqu'un groupe linguistique atteint de telles dimensions, la réponse la plus simple à la question « Comment recevront-ils les informations salvatrices dans une langue qu'ils comprennent ?» est : « par la bouche à oreille ». Mais, si l'espagnol est peut-être la langue préférée à Miami, ce n'est pas le cas à Washington où se trouvent la Croix-Rouge américaine, l'Office fédéral de gestion des situations d'urgence et d'autres organisations d'aide et de premier secours.

Ces organisations fonctionnent essentiellement en  anglais, ce qui peut être un obstacle de plus à la transmission de l'information. 

Pour communiquer dans le secteur de Miami-Dade, la Croix-Rouge américaine s'est associée à Translators without Borders, une ONG basée à Danbury (Connecticut). 

Selon Amy Rose McGovern, directrice des affaires extérieures de TWB, 200 bénévoles du monde entier ont traduit des tweets et des messages Facebook d'anglais en espagnol, créole haïtien, français et portugais (du Portugal et du Brésil). TWB est présent dans la région depuis 1993, aussi l'organisation est-elle bien préparée à aider en cas de crise. Mais, elle est actuellement sollicitée à l'extrême, vu qu'elle s'emploie, aux côtés de la Croix-Rouge britannique à venir en aide aux victimes d'Irma dans les Caraïbes, de la Croix-Rouge mexicaine à aider les sinistrés du séisme de la semaine dernière, et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge pour tout le reste.  

Ces récentes catastrophes ont également réduit la disponibilité des traducteurs et interprètes. Melissa Gillespie, porte-parole du bureau de recherches sur le marché de la traduction Common Sense Advisory, relève que 6 à 10% des traducteurs américains  habitent des zones frappées par l'ouragan Irma.  Sans oublier à peu près tous les traducteurs et interprètes sur l'itinéraire de l'ouragan Harvey qui possèdent non seulement l'espagnol, mais aussi le créole haïtien et le portugais brésilien. « Le problème, c'est que les traducteurs et interprètes locaux sont tout aussi touchés que les autres habitants,» dit Bill Rivers, directeur exécutif du Comité national commun pour les langues. « Lors des grandes catastrophes, les organismes d'aide doivent trouver davantage de bras pour aider », ajoute Rivers. 

Avec moins de traducteurs et d'interprètes disponibles, ce qui avait été prévu avant une crise ne correspond pas toujours à la réalité lorsque la crise se produit – et cela, quelle que soit l'ardeur au travail des traducteurs, des interprètes et des autres secouristes.   

When Hurricane Warnings Are Lost in Translation
The Atlantic, 7 September, 2017
 
Jean Leclercq

Comments

2 responses to “Le mot anglais du mois : hurricane.”

  1. “Le vent redouble ses efforts
    et fait si bien qu’il déracine
    celui de qui la tête au ciel était voisine
    et dont les pieds touchaient à l’empires des morts”
    (aussi La Fontaine; Le Chêne et le Roseau)

  2. “Le vent redouble ses efforts
    et fait si bien qu’il déracine
    celui de qui la tête au ciel était voisine
    et dont les pieds touchaient à l’empires des morts”
    (aussi La Fontaine; Le Chêne et le Roseau)