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Le sacrilège d’un Anglo-Québécois

rédigé pour Le Mot juste en anglais par Grant Hamilton, traducteur agréé, et propriétaire d'Anglocom, cabinet de traduction de Québec.

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  Grant Hamilton updatedPar une soirée orageuse de début d'été, nous sommes attablés dans un bistro du Vieux-Québec : Jonathan Goldberg, le créateur de ce site, qui visite Québec pour la toute première fois, et moi, Québécois d'adoption depuis maintenant plus de 26 ans. Dans un déluge de mots, nous parlons à bâtons rompus de nos parcours respectifs.

Et comme il faut bien s'y attendre, nous en venons à parler de l'actualité politique et de l'éternelle question de l'indépendance du Québec. C'est alors que sans préavis, sans trop y réfléchir, je lâche le morceau : « J'ai toujours voté souverainiste ».

M. Goldberg, sidéré, veut en savoir davantage : « Mais vous êtes anglophone. Vous n'êtes pas né au Québec. Vous êtes un homme d'affaires. Ça ne se peut pas. Racontez ! »

Ouf ! Quel contrat ! Je vais donc tenter, cher lecteur, de raconter.

 

I. La prise de conscience

Toute mon enfance se déroule en Ontario, sans le moindre mot de français. Mes parents sont les premiers de la famille à être nés au Canada, mon père de parents irlandais, ma mère de parents anglais. Je garde encore aujourd’hui un souvenir de l’émoi causé par la venue à Toronto de la reine d’Angleterre l’année de mes cinq ans.  Mon père nous emmène, ma mère, ma sœur, mon frère et moi, à l'aéroport dans l'espoir de voir se poser son appareil. Nous scrutons le ciel, à la recherche du blason royal. Le bonheur.

Tout jeune aussi, je vois se marier avec un Montréalais la sœur de ma mère, qui part habiter chez les Québécois, chez l'autre. Quel événement intriguant ! On m'explique alors que les Québécois ne parlent pas anglais, mais une autre langue, une langue que j'apprendrai un jour à l'école. Je veux en savoir plus.

Nous finissons par rendre visite à ma tante et son mari, qui habitent la banlieue ouest de Montréal, dans les quartiers anglophones. J'ai hâte d'y aller et d'entendre parler français. Or il n'en est rien. Point de français, ni chez les voisins, ni dans le quartier, ni dans les magasins. Tout le monde parle anglais et tout l'affichage public est en anglais. Comme diraient les Québécois, je me suis fait passer un sapin. Mais voilà, à sept ans, on se fait une raison.

Viennent ensuite le centenaire du Canada et l'Exposition universelle de Montréal, que nous visitons à l'aube de mes neuf ans. Ce coup-là est le bon : j'ai la preuve qu'on parle français au Québec, car il nous faut nous aventurer jusqu'au centre-ville de Montréal. Et puis, après avoir arpenté tous les pavillons de l'Expo 67 et essayé tous les manèges, notre famille continue son chemin jusqu'à Québec, d'où je garde un souvenir impérissable : celui de passer en voiture dans la rue Sous-le-Cap, la plus étroite en Amérique, le long d'une enfilade de maisons délabrées blotties contre la falaise et au milieu d'enfants qui quémandent quelques pièces aux passants. Mon père les oblige à chanter Alouette, après quoi il leur remet leur modeste cachet. Cela me marque.

À l'époque, les cours de français commencent à la septième année d'école, à raison de vingt minutes par jour. Mon enseignante, Mme Taylor, est un petit bout de femme terrifiant, aux cheveux noir jais, une Franco-Ontarienne de Timmins mariée avec un anglophone de Toronto. Les enfants tremblent dans leurs culottes.

Un jour, elle nous apprend à dire le mot « rue ». Pas facile pour nous, petits anglophones aux muscles faciaux raidis. Elle passe de pupitre en pupitre, en disant à chaque élève :

« Répète après moi, 'rue'.

— Roo, répond à tour de rôle chaque élève.

— Non, 'rue'.

— Roo. »

Je suis mortifié, figé sur mon banc, le dernier dans la dernière rangée de la classe. Elle arrive enfin à ma hauteur :

« Répète après moi, 'rue'.

— Rue. »

Elle me fixe du regard en disant : « Toi, tu vas avoir un bel accent ». Et je n'ai plus peur d'elle. Tout comme elle, je vais parler français.

 

II. L'éveil à la politique

Pendant ces années d'enfance, ça brasse au Québec… La Révolution tranquille bat son plein et la province entre dans la modernité. Les Québécois désertent l'Église catholique par milliers. Les felquistes du Front de libération du Québec font exploser des bombes. Et Charles de Gaulle, en visite officielle au Canada, lance un « Vive le Québec libre ! » depuis le balcon de la mairie de Montréal devant ses hôtes stupéfaits. Dans la bonne société anglophone, celle des patrons et de l'argent et des privilèges, on se scandalise. Des fous à lier, ces « séparatistes ».

De mon côté, je suis trop jeune pour saisir toutes les raisons de ces perturbations. Je m'applique plutôt à apprendre le français, ma matière préférée. Et grâce à un bon professeur, des échanges étudiants au Québec et une facilité pour les langues, je me retrouve boursier d'études en langue française à 18 ans, installé en résidence étudiante à l'Université d'Ottawa en vue d'une année préparatoire au baccalauréat en traduction.

Deux mois et demi plus tard, le 15 novembre 1976, c'est l'onde de choc partout au Canada : le Parti québécois, indépendantiste, prend le pouvoir au Québec.

Dans ma résidence largement francophone, c'est l'euphorie. Plusieurs de mes voisins d'étage partent festoyer tard dans la nuit, de l'autre côté de la rivière des Outaouais, en terre québécoise. Et je suis, moi, abasourdi. Les Québécois ont-ils vraiment voté pour des gens qui posent des bombes ?

J'ai besoin d'y apporter une attention plus nuancée.

 

III. L'emballement

Ottawa, capitale prétendument nationale du Canada, est une ville anglophone. Y apprendre le français relève de l'exploit. Je mets donc une croix sur mes projets d'études à Ottawa et je pars dans l'autre capitale nationale, celle du Québec.

Malgré ses allures de petit bourg provincial, Québec transpire l'effervescence politique. L'élite intellectuelle francophone, si longuement exclue du pouvoir, occupe tous les postes du conseil des ministres et les innovations législatives se succèdent à un rythme effarant. Parmi celles-ci, la Charte de la langue française, qui fait du français la seule langue officielle du Québec.

Les anglophones, estomaqués, décrient cette marginalisation forcée de leur langue. Moi, non. J'ai constaté de visu à Ottawa ce qui se produit quand deux langues s'affrontent sur un même territoire : celle du pouvoir et de l'argent l'emporte.

Ma nouvelle identité de jeune adulte se construit donc autour du Québec et de mon futur métier de traducteur. Le blason royal de l'appareil de la reine m'importe peu. Je suis fier de mon nouveau chez moi. Et lorsque les Québécois sont convoqués aux urnes en 1980 pour statuer sur leur indépendance politique, dans un élan de jeunesse et d'audace je vote oui.

Comme moi, les étudiants appuient majoritairement la souveraineté. Dans ma circonscription électorale, le « oui » l'emporte de justesse. Mais à l'échelle nationale, les Québécois rejettent cette rupture dans une proportion de 58 % à 42 %. Et démocrate que je suis, je me rallie au jugement populaire. De toute façon, quelques mois plus tard, la vie me joue un tour et je dois quitter le Québec pour me rétablir à Toronto.

 

IV. L'intermède

J'ai désormais moins de raisons de réfléchir à l'avenir politique du Québec. D'ailleurs, le Parti québécois nouvellement réélu a promis de mettre son projet de société de côté et d'oser le « beau risque » du renouvellement de la fédération canadienne. Mais deux événements convergent pour rappeler à mon attention la question de la place du Québec au sein du Canada : un nouvel emploi comme chef de cabinet à l'Assemblée législative de l'Ontario et la conclusion de l'accord du Lac Meech.

Cet accord vise à faire entrer officiellement le Québec dans le giron canadien, « dans l'honneur et l'enthousiasme », comme le disait le premier ministre canadien de l'époque, Brian Mulroney. En effet, si le Québec a rejeté l'indépendance, il n'a jamais non plus donné explicitement son accord à faire partie du Canada, ni lors de la création du pays en 1867, où tout s'est fait en coulisses avec l'appui du clergé, ni en 1981 au moment où le Canada a rapatrié sa constitution d'Angleterre.

L'accord du Lac Meech prévoit, entre autres, que le Québec soit reconnu comme une « société distincte ». Pour qu'il entre en vigueur, chaque province canadienne doit le ratifier. Le gouvernement de l'Ontario appuie l'accord et, comme chef de cabinet d'une députée libérale, je dois défendre cette prise de position.

Il y a levée de boucliers. Arrivent chaque jour des dizaines de lettres et de pétitions signées par des citoyens outragés à l'idée qu'on déclare le Québec société distincte. Ce qui me semble une évidence est pour eux un affront à la dignité nationale.

Parallèlement, le gouvernement de l'Ontario va de l'avant avec un projet de loi sur les services en langue française, qui a pour objectif de déclarer bilingue tout territoire administratif où habitent au moins cinq pourcent de francophones ou cinq mille francophones.

C'est la consternation. Quel gaspillage de fonds publics, traduire en français pour des gens qui savent tous parler anglais ! Cette réaction touche directement à deux de mes passions : le français et la traduction.

Ce qui devait arriver arriva. L'accord du Lac Meech est ratifié par le gouvernement fédéral et huit des dix provinces, mais un député du Manitoba, Elijah Harper, fait échouer le vote dans sa province, brisant de ce fait l'unanimité requise et permettant à une Terre-Neuve encore récalcitrante de s'abstenir. Il n'y aura pas de renouvellement de la fédération canadienne.

Cette journée-là, le jour de la mort de l'accord du Lac Meech, je me promets de ne plus jamais expliquer le Québec aux Canadiens anglais ; j'expliquerai plutôt la souveraineté aux Québécois. Je mets aussi en branle un projet que je caresse depuis un certain temps : retourner au Québec.

 

V. L'espoir d'un pays

Fin 1990, je retrouve une province blessée et fâchée qui vient de se faire dire par le Canada d'oublier toute forme de reconnaissance de sa spécificité. S'il y avait eu référendum sur la souveraineté au lendemain de l'échec de l'accord du Lac Meech, les Québécois auraient, sans le moindre doute, claqué la porte.

Quant à moi, je ne raisonne plus comme un anglophone. Quand on bafoue le Québec, on me bafoue. Je le sens dans les tripes. Fort de la certitude de ma jeune trentaine, et croyant peut-être aussi à tort que j'ai encore toute la vie devant moi, j'épouse sans hésitation la cause de la souveraineté.

À aucun moment je ne perçois cet appui comme un geste négatif. Il est question de bâtir un pays, pas d'en détruire un. Je n'en veux pas à qui que ce soit. Je suis tout simplement las d'expliquer au Canada anglais pourquoi il faut se préoccuper du français, pourquoi il faut le respecter, le promouvoir, l'utiliser. Je suis las d'entendre parler de la « police de la langue » en référence aux inspecteurs linguistiques, fâché de penser qu'on a besoin de tels inspecteurs. Et plus encore, je me demande quel peuple peut se contenter d'être la province d'un autre peuple…

En 1995, un autre référendum. La colère, toujours palpable, est un peu moins vive. Je me souviens encore de mes mains moites lors du dépouillement du vote, car le camp du « oui » mène longtemps en début de soirée. Il finit toutefois par encaisser un revers très serré.

J'ai 37 ans, et le Québec vient de voter non une deuxième fois. Cela suffira pour un temps.

 

VI. Aujourd'hui

Voilà la partie la plus difficile de mon récit. Suis-je toujours souverainiste ?

D'aucuns prétendent que la souveraineté est impossible pour des raisons économiques. Quant à moi, j'ai toujours balayé du revers de la main ces arguments. Prétendre que la richesse du Québec dépend entièrement de sa présence au sein du Canada me paraît le comble de la condescendance. D'ailleurs, je me suis toujours dit que même les enfants des familles les plus riches finissent par quitter la maison et fonder leur propre foyer, quitte à souffrir économiquement au départ… Ce prix, j'ai toujours accepté de le payer.

Alors pourquoi est-ce que j'ai été si surpris par le vote au Royaume-Uni contre l'appartenance à l'Union européenne, et si profondément en désaccord ? Deux poids, deux mesures ?

Je crois en effet beaucoup à l'ouverture. Comme propriétaire d'entreprise, je me dois de recruter les meilleurs traducteurs du monde et j'ai donc six salariés qui habitent et travaillent à l'étranger. On en vient à relativiser les frontières nationales et à se voir comme citoyen du monde. Est-ce possible tout en restant souverainiste ?

Ce qui motive depuis les débuts mes allégeances souverainistes, c'est ma conviction profonde que la langue française a besoin d'un espace lui appartenant à part entière. Mon appui est linguistique. Je veux un espace où il est normal de parler français, où les commerçants affichent spontanément en français sans qu'une loi les y oblige.

La question est donc la suivante : le français est-il suffisamment en péril au Québec pour justifier la création d'un tout nouveau pays ? Plus encore, peut-on justifier la création d'un pays en invoquant le fait qu'une langue soit en péril ?

À trente ans, j'en étais sûr. À cinquante-huit, moins.

Je ne répondrai pas avec précision à ces questions car je n'ai pas encore trouvé les réponses. Mais je dirai sans hésitation que nous avons besoin du mouvement souverainiste au Québec, car la vigilance est de mise. Un gouvernement fédéraliste ne s'inquiète guère de la langue française.

J'irai jusqu'à dire, d'ailleurs, qu'aucun Québécois ne renonce jamais tout à fait à la souveraineté. Nous avons tous dans notre poche une police d'assurance qui porte ce nom. Menacés, nous la sortirons. La mienne est là, je la sens.

Je n'ai pas besoin d'ambassades québécoises dans toutes les grandes capitales. Je ne rêve pas de voir la république du Québec sur les mappemondes. J'ai toutefois besoin qu'on respecte la spécificité du Québec et qu'on laisse à ce dernier tous les pouvoirs qu'il est raisonnable d'exercer au niveau provincial. Les provinces anglaises peuvent multiplier à loisir les partages de compétences et les politiques communes, mais le Québec doit pouvoir faire bande à part. Car dès lors qu'une compétence s'exerce au niveau fédéral, quiconque désire faire carrière dans ce secteur doit se résigner à le faire en anglais dans un pays anglais, et accepter que le français soit simple langue de traduction, jamais langue de pouvoir.

J'ai aussi besoin que le Québec puisse appliquer ses lois linguistiques en toute quiétude, selon ses propres prérogatives, sans les ingérences d'une cour suprême qui nie l'existence des droits collectifs.

Enfin, ce dont j'ai besoin, c'est la société distincte que les autres provinces n'ont pas eu la sagesse d'entériner.

Voilà, confessé pour vous cher lecteur, tout le sacrilège d'un Anglo-Québécois.

Lecture supplémentaire:

La langue comme outil de construction et de revendication identitaire

 

 

L’aérophilatélie et l’astrophilatélie – de nouveaux timbres américains et suisse

L'aérophilatélie est la partie de la philatélie qui concerne la poste aérienne. L'astrophilatélie est la partie de la philatélie qui concerne l'astronautique. Depuis l'origine, les philatélistes ont suivi l'évolution du transport du courrier dans les airs et des spécialistes ont abondamment étudié et documenté tous les aspects de la poste aérienne.

En France il existe une Association Astrophilatélique de France.

Premier satellite francais le 26 novembre 1965


Aux États-Unis plusieurs timbres ont été émis à l' occasion de voyages sur la Lune.

Stamps 3

 

Dans un article publié ici le 14 janvier 2015, (« Glacé et solitaire, Pluton va peut-être nous livrer ses secrets »), nous avons employé le mot astrophilatélie. L'article traitait d'un voyage de presque 5 milliards de kilomètres parcourus par la sonde « New Horizons ». La presse a couvert de récents développements de ce projet dans l'étude de la planète naine Pluton et de ses satellites, et nous préférons rester dans la « philatélisère ».

Le 31 mai cette année, le service philatélique de la Poste américaine a émis un set de deux timbres – Pluto & New Horizons. [1]

  Stamps 1

 

Plus tôt encore, le 14 décembre 2013, nous avons publié en article intitule «Jenny à l'envers… », l'histoire d'une planche de 100 timbres représentant le biplan Curtiss JN-4H, alias "Jenny", imprimé abusivement à l'envers ! Le défaut d'impression avait fait du « Jenny à l'envers » l'un des timbres les plus rares et les plus précieux de l'histoire de la philatélie. Aujourd'hui, le Musée national de la Poste de Washington s'enorgueillit d'en posséder deux exemplaires.

 

 

 

Auparavant, le 12 et 13 octobre 2013, la Fête du Timbre, célébrée dans toute la France les 12 et 13 octobre derniers, a été dédiée à l'histoire des montgolfières et ballons de 1783 à nos jours. À cette occasion, La Poste a émis une série de dix timbres sur « L'envol des montgolfières et ballons », articulée autour de trois thèmes : l'envol des montgolfières, les ballons utilitaires et le renouveau des montgolfières.

  Stamps 4

 

 

À la une – La poste suisse émet un timbre qui consacre l'exploit de Solar Impulse 2

  Timbre Helevtia

Dans un communiqué du 27.07.2016, la Poste suisse annonce vouloir honorer l'exploit des deux pilotes Bertrand Piccard et André Borschberg ainsi que les « ambitions visionnaires » du projet Solar Impulse qui tendait à démontrer les immenses possibilités de l'énergie solaire.

Andre & Bertrand

Le 26 juillet dernier, à 4 heures du matin, l'avion électrique Solar Impulse 2, piloté par Bertrand Piccard, a atterri sur la piste de l'aéroport d'Abu Dhabi. À l'endroit même où, piloté par André Borschberg, il avait décollé le 9 mars 2015, pour un tour du monde en 17 escales.

Au total, l'avion a parcouru 42.000 km, en traversant quatre continents, deux océans et trois mers, sans utiliser une goutte de kérosène et en ne recourant qu'à l'énergie solaire.

Pour la dernière étape, l'avion avait décollé du Caire samedi 24 juillet de très bonne heure. À son arrivée à Abou Dhabi, deux jours plus tard, Solar Impulse 2 a été accueilli par les médias du monde entier, ainsi que par la ministre suisse des transports, la sémillante conseillère fédérale, Doris Leuthard qui a dit voir dans cet exploit le signe du « sens de l'innovation » de la Suisse.

Le nouveau timbre spécial, exceptionnellement grand (80mm x 30mm), d'une valeur d'un franc (affranchissement d'une lettre prioritaire) est en vente, sous la forme de feuillets de huit vignettes, dans tous les bureaux de poste du pays depuis le mercredi 27/07.

Il reste à voir si la Russie émettra un timbre en honneur du record du tour du monde en montgolfière, battu par le Russe Fedor Konyoukhiv le 30.7.2016.

Jean L. & Jonathan G.

Pour plus de précisions sur le projet, nous renvoyons nos lecteurs aux deux liens suivants :

http://www.thelocal.ch/20160727/swiss-post-gives-stamp-of-approval-to-solar-impulse

 

[1] Voici l'explication qui parait sur le revers de ces timbres :

 

Pluto-SS-back

 

Lecture supplémentaire :

Pushing the Envelope
Nasa


A.AstrophilatelyAmerican Astrophilately:
 The First 50 Years Paperback – February 15, 2010

by David S. Ball  

 

 

 

 

 Astrophilately

 

 

Les interprètes de Lewis et Clark

Interpreters with Lewis and Clark.
The Story of Sacagawea and Toussaint Charbonneau
, by W. Dale Nelson.

 
Lewis & C 1
Lewis & Clark  

 

 

 

 

 

 

 

Sacagawea Toussaint  

 

Sacagawea Toussaint Charbonneau  

 

Recension de livreCarte_Lewis-Clark_Expedition-fr.svg

Une fois acquise l'immense Louisiane par le traité de Paris (1803), le président Thomas Jefferson voulut reconnaître ce territoire qui doublait la superficie des États-Unis d'alors. Il chargea donc deux Virginiens, Merriwether Lewis et William Clark, de « trouver la voie d'eau la plus directe et la plus commode à travers le continent ». C'est la fameuse expédition de Lewis & Clark (1804-1806) qui, accompagnés de 43 militaires et de guides-interprètes, traversèrent tout l'Ouest américain jusqu'au Pacifique. Le problème des interprètes se posa d'entrée de jeu : comment faire pour communiquer et négocier avec les tribus indiennes ? Dans ces immenses étendues d'au-delà du Missouri, les seuls Blancs qui connussent les langues et les cultures locales étaient des Canadiens français. En effet, depuis les premiers temps de la Nouvelle-France, des colons français avaient noué des liens avec les Indiens en pratiquant ce qu'on appelait alors la « course des bois ». Extrêmement hardis, les « coureurs de bois » s'aventuraient très loin vers l'ouest pour commercer avec les Indiens et notamment troquer des fourrures. Lorsqu'il visitera l'Amérique du Nord, en 1831, Alexis de Tocqueville rencontrera certains de ces coureurs de bois. Ces personnages hauts en couleurs le surprendront et il remarquera que le Français naturellement casanier, « s'est senti tout à coup possédé d'un besoin insatiable d'émotions violentes, de vicissitudes et de dangers. L'Européen le plus civilisé est devenu l'adorateur de la vie sauvage. » [1] C'est un homme de cette trempe que la mission Lewis & Clark va rencontrer le 4 novembre 1804, alors qu'elle hiverne sur la rive orientale du Missouri. Il s'appelle Toussaint Charbonneau et vit depuis des années chez les Indiens Hidatsa dont il a appris la langue, très différente de celles des autres tribus de la région. Qui plus est, Charbonneau a parcouru une partie des territoires que l'expédition a pour mission de reconnaître. Enfin, le Canadien offre d'emmener avec lui l'une de ses deux compagnes indiennes, Sacagawea, qui parle la langue des Shoshone, tribu amérindienne également appelée Snakes ou Gens du Serpent. Lors d'un affrontement avec les Hidatsa, la jeune shoshone a été enlevée et emmenée en esclavage chez les Hidatsa. Elle présente l'avantage de parler le shoshone, sa langue maternelle, et l'hidatsa, sa langue d'adoption. Un peu comme la Malinche au Mexique, elle va rendre de grands services aux explorateurs. Tous les membres de l'expédition s'accordent à louer son courage et sa bienveillance. Elle donnera naissance à un fils, Jean-Baptiste, le 11 février 1805, dont Clark sera plus tard le tuteur, après la mort de Sacagawea, emportée par le typhus à Fort Manuel, en 1812. D'autres Canadiens français feront un bout de chemin avec l'expédition (R.Jusseaume, G.Drouillard, J.-B.Lepage, etc.), toujours en qualité de guides ou d'interprètes. Comme souvent en pareil cas, ces interprètes éveillent la méfiance des membres de l'expédition parce qu'ils s'entretiennent avec les Indiens dans une langue que les explorateurs ne comprennent pas et qu'ils les soupçonnent de comploter contre eux. Il n'empêche qu'ils seront bien utiles lorsqu'il faudra trouver de quoi manger et acheter des chevaux aux Indiens Shoshone. Le livre de W. Dale Nelson raconte fort bien l'expédition de Lewis et Clark en se fondant sur les journaux de marche des membres de l'expédition, mais ne dit rien des problèmes d'interprétation qui se posèrent au contact des diverses tribus indiennes rencontrées dans l'Ouest. En revanche, il relate le destin de Jean-Baptiste Charbonneau qui suivra l'exemple de son père en servant de guide aux voyageurs, d'éclaireur pendant la guerre entre les États-Unis et le Mexique, puis exercera des fonctions de maire et de juge à la mission de San Luis Rey. Dans l'épilogue, W. Dale Nelson qui travailla pendant quarante ans pour l'Associated Press, expose la thèse de Mme Grace Raymond Hebard, bibliothécaire et professeur à l'Université du Wyoming, voulant que Sacagawea ait encore vécu très longtemps et soit morte dans la réserve de la Wind River, en 1884. Car, la brave Sacagawea, la « femme-oiseau », est devenue une héroïne, à l'égale de Pocahonta ou de la Malinche (au Mexique), revendiquée par les féministes, et plusieurs localités se targuent de l'avoir vue naître ou d'abriter son tombeau.

Jean Leclercq

[1] Tocqueville, Alexis de. Œuvres complètes. Édition J.P. Mayer, tome 5, p.378.

  

    

W. Dale Nelson Jean Leclercq

Il y a cent ans…

En accord avec son homologue français, un aristocrate britannique décide du sort du monde arabe et meurt trois ans plus tard de la grippe espagnole.


Sykes-Picot portraits 2Il y a cent ans cette semaine, (le 16 mai 1916) un colonel anglais de 37 ans,
Sir Tatton Benvenuto Mark Sykes, et un Français de 46-ans, François Georges-Picot, traçaient une ligne sur une carte. Il s'agissait de définir les sphères d'influence et de pouvoir que l'on se proposait d'instituer au Proche-Orient, en prévision de la défaite prochaine de l'Empire ottoman face à la Triple Entente [1]. La ligne tracée par Sykes et Picot définissait les frontières de l'Irak et de la Syrie, ces territoires tombant, le premier, dans la sphère d'influence britannique et, le second, dans la sphère d'influence française. Cette division est considérée comme un tournant dans les relations entre l'Occident et le monde arabe et, depuis lors, a façonné le Proche-Orient.

 

 

Les animaux, victimes de guerre oubliées !

Le 27 octobre 2015, la Poste australienne a émis une série de cinq timbres de 70 cents sur le thème : Les animaux dans la guerre – Un siècle de service. Cette émission rend hommage à la valeur et au sacrifice d'innombrables animaux au cours des conflits armés auxquels l'Australie a pris part depuis un siècle. Les mules en montagne et les ânes dans les tranchées ont été d'indispensables animaux de bât sur de nombreux théâtres d'opérations. Les chiens ont rendu de précieux services en portant des messages, des munitions et du matériel médical, mais aussi en retrouvant des blessés, des explosifs et des soldats ennemis. Des millions de chevaux (dont certains envoyés d'Australie) sont morts sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale. Entre 1939 et 1945, un service colombophile a été créé au sein des Transmissions australiennes pour acheminer des messages parfois d'importance vitale. Enfin, des milliers de dromadaires ont équipé les méharistes de l'Imperial Camel Corps engagés au Moyen-Orient, en 1914-1918.

                   Australian stamps 2

Sous son nom littéraire de colombe, symbole de paix, le pigeon a été depuis longtemps utilisé pour porter des messages en raison de son excellent sens de l'orientation et de la capacité qu'il a de revenir à son pigeonnier, parfois de très loin. Les postes allemandes s'en servaient (la Taubenpost) et, au cours de la Première Guerre mondiale, on l'utilisa très largement pour transmettre des messages. Jusqu'en 2014, l'armée française a été la dernière du monde à posséder une unité colombophile de 150 oiseaux, au sein du 8e régiment de transmissions, stationné au Mont-Valérien. On a même érigé des monuments à la mémoire des valeureux volatiles. À Bruxelles, dans le square des Blindés, se dresse le monument « Au pigeon soldat » qui fut inauguré le 8 mars 1931. Œuvre du sculpteur Victor Voets (1882-1950), il porte, sur son soubassement l'inscription :« Aux colombophiles belges morts pour la patrie », ce qui fait qu'on honore à la fois les oiseaux et leurs amis tués à l'ennemi. Les colombophiles étaient jadis nombreux en Belgique, notamment dans les régions minières. En France voisine, la ville de Lille possède un monument aux pigeons voyageurs situé près de la citadelle, cet archétype des forteresses de Vauban. Doit-on y voir un autre symbole, ce monument a été longtemps un lieu de rendez-vous des amoureux ! De nos jours, les malfaiteurs et les terroristes risquant toujours de se faire « pigeonner » par leur téléphone cellulaire, on peut craindre que les pigeons voyageurs reprennent prochainement du service !

 

               Australia statue

 

Du point de vue terminologique, le mot pigeon est un vocable générique qui recouvre différentes espèces : colombin, palombe, ramier, tourterelle, etc. La femelle est la pigeonne et les petits sont les pigeonneaux.

À bien des égards, il existe un certain parallélisme entre le français et l'anglais quant aux sens que peut prendre le mot pigeon. Ainsi, a clay pigeon (un pigeon d'argile) va désigner une personne crédule qu'on attire dans une affaire louche [We need a clay pigeon to divert attention from the snatch]. En français, pigeon (tout court) est synonyme de dupe, de gogo, de dindon. Le tir au pigeon d'argile est un synonyme de ball-trap ou clay-pigeon shooting. En anglais, a pigeon peut désigner une jolie femme [Who was the dreamy little pigeon I saw you with last night?]. En revanche, pigeon-eyed est un synonyme de pie-eyed : éméché, ivre, saoul  [Who is that pigeon
eyed guy over there who is having such a hard time standing up?
]. Enfin, dans des tonalités plus négatives, signalons
to pigeonhole dans le sens de classer, d'étiqueter quelque chose ou quelqu'un [I was pigeonholed as a youth writer]  et pigeonholing : technique consistant à mettre un projet de loi en veilleuse en le confiant à une commission parlementaire pour retarder son examen par les Chambres, et stool pigeon : mouchard, indicateur de police. 

Mise à jour le 1 août 2019

La poste américaine vient d'émettre une série de timbres "MILITARY WORKING DOGS" :  

Military dogs

Lecture supplémentaire :

Expressions anglaises de la semaine : Navy Seals et Dogs of War

Jean Leclercq
 

Le troubadour de la chanson américaine aurait eu 100 ans [1]

un hommage à l'Aznavour américain

Francis Albert (dit Frank) Sinatra, chanteur, danseur [2] et acteur, figure emblématique de la scène américaine, est né à Hoboken (New Jersey) il y a exactement cent ans, le 12 décembre 1915. Son parcours de vie et sa carrière sont aisément accessibles sur la Toile et dans la grande presse. Bon nombre de ses chansons se trouvent sur YouTube.

SINATRA DUETSAussi avons-nous choisi de ne mentionner que deux d'entre elles qui présentent la particularité d'avoir été chantées avec AZNAVOUR DUOS Charles Aznavour – "You make me feel so young" et "Young at Heart". La première figure dans des albums Capitol enregistrés en 1993 sous le nom de Duets et dans lesquels il chante avec de grands noms de la chanson mondiale comme Barbara Streisand, Julio Iglesias et Charles Aznavour. La seconde, dans un CD de chansons d'Aznavour intitulé Duos.

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The Language of Food – recension

Jc-trimmed and gold (1)Notre nouvel invité, Jim Chevallier, qui habite North Hollywood (Californie), est historien culinaire, spécialiste de la gastronomie française du haut Moyen Âge et de l'histoire du pain français. Il a rédigé deux livres sur l’histoire du pain : About the Baguette: Exploring the Origin of a French National Icon et August Zang and the French Croissant: How Viennoiserie Came to France. Traducteur du français vers l’anglais, spécialisé en gastronomie, il s’est attelé à la traduction de l’ouvrage Histoire de la vie privée des Français depuis l'origine de la nation jusqu'à nos jours de Pierre Jean-Baptiste Le Grand d’Aussy, lequel constitue le premier livre d’histoire exhaustif de la cuisine française, publié en trois volumes. M. Chevallier a publié plusieurs traductions d’extraits de cet ouvrage, dont le plus populaire est A History of Wine in France from the Gauls to the Eighteenth Century. Il a également traduit plusieurs livres de recettes de cuisine médiévale, dont Le Viandier de Taillevent (How To Cook A Peacock: Le Viandier: Medieval Recipes From The French Court)Notre invité a aussi contribué à la rédaction d’importants ouvrages de référence, notamment le Dictionnaire Universel du Pain (Laffont, 2010), Oxford Encyclopedia of Food and Drink in America (seconde édition, 2012) et Consuming Culture in the Long Nineteenth Century (2010).

 

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Voici par la suite son analyse de l'important livre,
The Language of Food, redigé par Dan Jurafsky, professeur de linguistqiue et d'informatique à l'université de Stanford, dans la Californie.

Language of Food
L'analyse de Jim Chevallier a été traduite de l'anglais par notre contributrice dou
ée et fidèle, Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ).  http://traduction.desim.ca

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                                                                   Isabelle Pouliot                                                                     

Lorsqu'on voit un livre sur la nourriture écrit par un linguiste, on peut croire qu'il s'agit d'un autre livre populaire qui « révèle » l'origine des mots liés à la nourriture d'une manière divertissante, mais superficielle; on peut également s'attendre à ce que le livre soit une réflexion aussi sérieuse et complexe que la pensée structuraliste sur la Dan Jurafskymode de Roland Barthes. Dan Jurafsky (à gauche) est tout à fait qualifié pour écrire sur cette question : il enseigne la linguistique à l'Université Stanford en Californie et est un lauréat d'un prix MacArthur ("Genius Grant") . Cependant, il ne s'emprisonne pas dans le carcan de sa prodigieuse érudition et il semble allergique, ou, à tout le moins, indifférent au jargon. Quant aux origines des mots liés à la nourriture, il en explique évidemment quelques-unes, mais d'une manière qui est tout sauf superficielle. De plus, il ne se limite pas à étudier la nourriture avec pour seules lorgnettes celles de la linguistique, de l'étymologie et d'autres domaines connexes : plusieurs chapitres traitent des messages implicites des menus, des critiques de restaurants et des listes d'ingrédients. Dans d'autres chapitres, il examine la grammaire de la cuisine, c'est-à-dire comment, dans différentes cultures, la séquence des services de nourriture provoque des attentes en matière de plats de la même manière que la grammaire d'un locuteur anglophone le prépare à attendre le verbe peu de temps après un nom, tandis qu'un locuteur germanophone attend patiemment le verbe à la fin d'une phrase.

Alice au pays des traductions

 

ALICE HEADING

Alors qu'on fête le 150ème anniversaire d'Alice au pays des merveilles, le Lewis-Carroll-719x1030 chef d'œuvre de Lewis Carroll [1], le livre est maintenant traduit dans une grande diversité de langues. C'est ainsi qu'il en existe des éditions en espéranto, en népalais, en slovaque ainsi qu'en xhosa  (l'une des langues de l'Afrique du Sud), sans parler du Braille, de la sténographie et de la langue des signes brésilienne.  Il existe aussi une version en emoji et deux professeurs de Yale travaillent même à une Alice  en hiéroglyphes égyptiens tardifs. Le livre se situe probablement en deuxième position derrière The Pilgrim’s Progress, l'allégorie du 17e siècle, au palmarès du roman anglais le plus traduit, selon Jon A. Lindseth, éditeur général d'Alice in a World of Wonderlands: The Translations of Lewis Carroll’s Masterpiece, qui recense plus de 170 traductions allant de l'afrikaans au zoulou. Nous presentons ci-dessous une analyse de ces trois volumes et des événements qui entournent leur publication. Toutefois, Lindseth précise qu'il faut s'armer de courage pour restituer dans une autre langue l'esprit et les jeux de mots de Carroll, notamment ses calembours et ses homophones. Mais, l'enthousiasme pour les écrits de Carroll ne se dément pas. L'attrait que ne cesse d'exercer le livre, dans toutes les langues, tient aux efforts que fait Alice pour « donner un sens à l'absurdité », déclare Carolyn Vega, conservatrice adjointe des manuscrits historiques et littéraires au Musée et Bibliothèque Morgan où le manuscrit original, prêté par la British Library, fait partie d'une exposition sur Alice qui s'est ouverte le 26 juin dernier. Depuis 1865, le conte de Lewis Carroll s'est non seulement montré d'une élasticité infinie, s'accordant avec bonheur à l'évolution culturelle – du mouvement des suffragettes à l'explosion de la consommation de drogue – mais il a aussi grandi avec nous en tant qu'individus, Cela nous rappelle que la question de la Chenille : « Qui es-tu ? » est de celles qu'il y a peu de chances qu'on puisse mieux y répondre qu'Alice elle-même.      

StephanieÀ l'occasion de cet evénément litteraire, nous accueillons notre invitée Stephanie Lovett, qui a été et est actuellement présidente de la Lewis Carroll Society of North America. Elle est l'auteure de Lewis Carroll and Alice, publié chez Thames and Hudson (en version française : Lewis Carroll au pays des merveilles, chez Gallimard) et de The Art of Alice, chez Smithmark. Ancienne professeur de Latin, Stephanie est doctorante à l'UNC-Greensboro où elle travaille à un nouveau paradigme applicable à l'enseignement des religions du monde. Voici sa contribution.

 

Alice in a World of Wonderlands est à la fois un ALICE IN A WORLD livre, une exposition et une série de conférences qui sont autant d'aspects d'un même phénomène. À l'approche du 150e anniversaire de la première édition d'Alice au pays des merveilles, en 1865, le collectionneur et président honoraire de la LCSNA, Joel Birenbaum, a engagé une réflexion sur une célébration mondiale de l'événement qui prendrait la forme d'expositions organisées à New York sur toutes sortes de sujets. En 2008, il a commencé à discuter avec Jon Lindseth, collectionneur et membre du Club Grolier, du genre d'exposition qui conviendrait au Club Grolier. Enthousiasmé, Lindseth lança l'idée d'une exposition sur le thème d'Alice en traduction et, comme le Club attend toujours d'une exposition qu'elle produise un volumineux catalogue, il se mit aussi à réfléchir aux différents paramètres de la meilleure manière d'écrire sur le thème des traductions. Alice in a WorldTelle est la genèse de ce qui devint Alice in a World of Wonderlands :un opus en trois volumes de 2.638 pages, contenant des essais, des traductions inverses et des listes de références bibliographiques ; une spectaculaire exposition du Club Grolier, ouverte du 16 septembre au 21 novembre 2015 ; et deux jours de conférences, les 7 et 8 octobre, réunissant des traducteurs, des spécialistes et des passionnés originaires de 24 pays.  

Pour tirer le meilleur parti de cette occasion offerte de rassembler un savoir inédit sur Alice en traduction, Lindseth estima qu'il faudrait trois volumes. Le troisième volume bat un record, avec des listes de contrôle bibliographiques de plus de 7.000 éditions d'Alice in Wonderland, auquel s'ajoutent près de 2.000 éditions de Through the Looking-Glass (À travers le miroir), en 174 langues, pour un total de 8.484 ouvrages. Des langues du monde entier sont non seulement représentées (azerbaïdjanais, tonguien, xhosa, islandais, monténégrin, oriya, jersiais), mais encore des langues mortes (vieil anglais), des dialectes (écossais des Orcades), des langues neutres (Blissymbols, Lingwa de Planeta) et des orthographes de substitution (Shavian, IPA). S'y ajoute le premier index jamais établi d'illustrateurs d'éditions traduites, contenant 1.200 noms.   

Autre particularité du livre, le volume consacré aux traductions inverses vise à recueillir des données à l'intention des lecteurs de langue anglaise. Il s'agit de révéler au grand public le genre de décisions relatives aux mots absurdes, aux parodies de poèmes victoriens, aux calembours et autres jeux de mots, à l'enchevêtrement culturel, et à bien d'autres choix encore, auxquels la traduction d'Alice a donné lieu. On y trouve le même passage du chapitre VII, The Mad Tea-Party (Un thé chez les fous), en 207 traductions inverses, y compris des versions anciennes ou récentes dans de nombreuses langues, étayées par d'abondantes notes de bas de page faisant la lumière sur une myriade de décisions linguistiques et culturelles.

Enfin, le premier volume fait du projet de collecte de données, une vaste étude érudite, avec des articles sur l'histoire de la présence d'Alice dans chacune des 174 langues, de nombreux essais généraux, environ 250 fac-similés de couvertures, et des appendices réunissant des données diversement assemblées. Il est difficile d'exagérer l'intérêt des fascinantes histoires narrées au fil de ces essais : langues politiquement réprimées (comme le galicien) et revendiquant un statut, différences culturelles dans l'acceptation des livres d'enfants, interactions de la politique, de la langue, de l'identité et de la littérature. 

L'exposition au Club Grolier [2] est un remarquable panorama. C'est essentiellement le projet devenu réalité et racontant l'histoire au moyen d'objets et de pièces de collection. Il y a des vitrines consacrées à Lewis Carroll lui-même, et notamment le premier livre utilisant son pseudonyme, et à propos de la traduction d'Alice, avec des traductions provenant de la collection de la véritable Alice. Carroll s'est impliqué dans le processus de traduction d'Alice dans d'autres langues, et une vitrine est réservée aux traductions parues de son vivant, en commençant par l'allemand et le français, en 1869. Sept vitrines exposent des traductions par région géographique, créant un très intéressant dialogue entre les textes. 

Les deux jours de conférences au Club Grolier ont réuni environ 120 écrivains collaborant au projet et d'autres invités autour de huit débats et occasions d'interaction. Emer O'Sullivan, spécialiste de littérature enfantine, a ouvert le cycle de conférences en traitant de questions plus générales posées par les traductions et du développement des études de traduction. Il a conclu en citant un extrait de l'avant-propos de David Crystal au sujet de la communauté de traductions qui s'est constituée à l'occasion de ce projet. Ce qui fut hautement démontré pendant ces deux jours, puisque des gens venant d'horizons linguistiques différents, ayant des intérêts intellectuels divers et n'ayant pas les mêmes conceptions du monde, ont établi des liens entre eux et avec les idées qui s'exprimaient si librement. Au total, 39 langues étaient représentées dans la salle !

Sept autres orateurs ont pris la parole. Gabriel López, de Barcelone, a surpris son auditoire en disant que bon nombre de lecteurs hispanophones croyaient qu'un chapitre où il est question d'un cheval, imaginé par un traducteur en 1952, figurait dans l'original. Derrick McClure, d'Aberdeen, nous a fait faire le tour des versions en dialecte écossais, dans lesquelles la Chouette et la Panthère se nourrissent de haggis (panse de brebis farcie), de tatties (patates) et de neeps (rutabagas), et où les questions identitaires liées à la langue occupent une grande place. Le professeur Keao NeSmith, de l'Université d'Hawai, nous a dit que les Hawaïens, très alphabétisés depuis les années 1820, préfèrent les traductions “dépaysées” qui permettent de comprendre une autre culture.  De Zongxin Feng, nous avons appris que, de tous les classiques occidentaux publiés en Chine,  Alice est celui qui compte le plus d'éditions, malgré l'hiatus des trois décennies de Révolution culturelle. Russell Kaschula, de l'Université Rhodes (Afrique du Sud), est très soucieux des questions d'alphabétisation dans les langues minoritaires et de la création d'un plus grand nombre d'ouvrages pour les enfants. À cet égard, le projet lui semble être un tremplin.  Sumanyu Satpathy, de Delhi (Inde), a décrit l'enchevêtrement des questions politiques et culturelles que la traduction pose dans un pays possédant 22 langues officielles auxquelles s'en ajoutent 1.600 autres. Il a parlé du rôle d'Alice dans la lutte contre le fascisme, comme en Chine et en Espagne. L'éditeur Michael Everson a clos la deuxième journée en traitant de quelques-unes des Alices les moins banales figurant sur sa liste, notamment celles en Deseret [3] et en ladino. Enfin, le mot de la fin revint à Michael Suarez, de l'Université de Virginie, qui s'exprima après-dîner.              

Même pour ceux d'entre nous qui avaient étroitement collaboré au livre, tout fut une révélation. Les dimensions politiques et sociales de la traduction se mêlaient aux facteurs linguistiques, et  l'un des thèmes qui s'est rapidement imposé a été l'interdépendance étroite de tous ces choix Alice Japanesepour le traducteur. À titre d'exemples, citons Kimie Kusumoto faisant observer l'absolue nécessité culturelle de modifier Un thé chez les fous lorsque, dans le contexte japonais, l'interaction d'une  fillette et d'un homme mûr [4] est porteuse d'un contenu sémiotique particulier ; et Lopez qui nous a révélé la première utilisation d'Alice en espagnol, comme figure révolutionnaire dans un journal mexicain de 1921. La nature complexe et interdisciplinaire de la traduction et l'éventail des éléments à prendre en considération, allant du technique au philosophique, ont dominé ces deux jours d'échanges de vues. La conférence s'est achevée par d'intenses débats portant sur les thèmes suivants : l'avenir des langues indigènes et les bons et les mauvais côtés de la mondialisation ; l'impression que l'anglais est passé du statut de langue colonisatrice (l'anglais ou rien du tout) à celui de langue de culture (sa langue + l'anglais) favorisant une ouverture au monde ; l'espoir affirmé d'un projet analogue pour les illustrations d'Alice et pour les nombreuses langues, allant du tibétain au lakota, qui n'ont pas encore leur Alice.

Des renseignements sur Alice in a World of Wonderlands, notamment sur la façon de commander le livre, peuvent être obtenus sur :  http://aliceinaworldofwonderlands.com/.

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[1] De son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson (1832 – 1898), professeur de mathématiques à l'université d'Oxford et auteur d'ouvrages scientifiques. Sous le pseudonyme de Lewis Carroll, il a composé une série d'ouvrages pour les enfants dont le plus célèbre fut Alice's Adventures in Wonderland, illustré par sir John Tenniel, paru en 1865.

[2] Club de bibliophiles new-yorkais fondé il y a 130 ans et ainsi nommé en l'honneur de Jean Grolier de Servières (1490-1565), Trésorier de France, connu pour avoir possédé une riche bibliothèque estimée à 3000 volumes.
Lire aussi : http://bit.ly/1XBgMSV

Grolier club

 

 

 

 


Grolier Club, New York


[3] L'alphabet Deseret a été conçu par des Mormons, vers 1850, comme substitut de l'alphabet latin pour écrire et prononcer la langue anglaise.

[4] Le personnage du Chapelier, en l'occurrence.

 

Lecture suggérée :

Lewis CarrollAlice au pays des merveilles. Adapté et illustré par Tony Ross. Traduction de Philippe Rouard. Paris, Hachette Jeunesse, 1993, 116 p.