Interpreters with Lewis and Clark.
The Story of Sacagawea and Toussaint Charbonneau
, by W. Dale Nelson.

 
Lewis & C 1
Lewis & Clark  

 

 

 

 

 

 

 

Sacagawea Toussaint  

 

Sacagawea Toussaint Charbonneau  

 

Recension de livreCarte_Lewis-Clark_Expedition-fr.svg

Une fois acquise l'immense Louisiane par le traité de Paris (1803), le président Thomas Jefferson voulut reconnaître ce territoire qui doublait la superficie des États-Unis d'alors. Il chargea donc deux Virginiens, Merriwether Lewis et William Clark, de « trouver la voie d'eau la plus directe et la plus commode à travers le continent ». C'est la fameuse expédition de Lewis & Clark (1804-1806) qui, accompagnés de 43 militaires et de guides-interprètes, traversèrent tout l'Ouest américain jusqu'au Pacifique. Le problème des interprètes se posa d'entrée de jeu : comment faire pour communiquer et négocier avec les tribus indiennes ? Dans ces immenses étendues d'au-delà du Missouri, les seuls Blancs qui connussent les langues et les cultures locales étaient des Canadiens français. En effet, depuis les premiers temps de la Nouvelle-France, des colons français avaient noué des liens avec les Indiens en pratiquant ce qu'on appelait alors la « course des bois ». Extrêmement hardis, les « coureurs de bois » s'aventuraient très loin vers l'ouest pour commercer avec les Indiens et notamment troquer des fourrures. Lorsqu'il visitera l'Amérique du Nord, en 1831, Alexis de Tocqueville rencontrera certains de ces coureurs de bois. Ces personnages hauts en couleurs le surprendront et il remarquera que le Français naturellement casanier, « s'est senti tout à coup possédé d'un besoin insatiable d'émotions violentes, de vicissitudes et de dangers. L'Européen le plus civilisé est devenu l'adorateur de la vie sauvage. » [1] C'est un homme de cette trempe que la mission Lewis & Clark va rencontrer le 4 novembre 1804, alors qu'elle hiverne sur la rive orientale du Missouri. Il s'appelle Toussaint Charbonneau et vit depuis des années chez les Indiens Hidatsa dont il a appris la langue, très différente de celles des autres tribus de la région. Qui plus est, Charbonneau a parcouru une partie des territoires que l'expédition a pour mission de reconnaître. Enfin, le Canadien offre d'emmener avec lui l'une de ses deux compagnes indiennes, Sacagawea, qui parle la langue des Shoshone, tribu amérindienne également appelée Snakes ou Gens du Serpent. Lors d'un affrontement avec les Hidatsa, la jeune shoshone a été enlevée et emmenée en esclavage chez les Hidatsa. Elle présente l'avantage de parler le shoshone, sa langue maternelle, et l'hidatsa, sa langue d'adoption. Un peu comme la Malinche au Mexique, elle va rendre de grands services aux explorateurs. Tous les membres de l'expédition s'accordent à louer son courage et sa bienveillance. Elle donnera naissance à un fils, Jean-Baptiste, le 11 février 1805, dont Clark sera plus tard le tuteur, après la mort de Sacagawea, emportée par le typhus à Fort Manuel, en 1812. D'autres Canadiens français feront un bout de chemin avec l'expédition (R.Jusseaume, G.Drouillard, J.-B.Lepage, etc.), toujours en qualité de guides ou d'interprètes. Comme souvent en pareil cas, ces interprètes éveillent la méfiance des membres de l'expédition parce qu'ils s'entretiennent avec les Indiens dans une langue que les explorateurs ne comprennent pas et qu'ils les soupçonnent de comploter contre eux. Il n'empêche qu'ils seront bien utiles lorsqu'il faudra trouver de quoi manger et acheter des chevaux aux Indiens Shoshone. Le livre de W. Dale Nelson raconte fort bien l'expédition de Lewis et Clark en se fondant sur les journaux de marche des membres de l'expédition, mais ne dit rien des problèmes d'interprétation qui se posèrent au contact des diverses tribus indiennes rencontrées dans l'Ouest. En revanche, il relate le destin de Jean-Baptiste Charbonneau qui suivra l'exemple de son père en servant de guide aux voyageurs, d'éclaireur pendant la guerre entre les États-Unis et le Mexique, puis exercera des fonctions de maire et de juge à la mission de San Luis Rey. Dans l'épilogue, W. Dale Nelson qui travailla pendant quarante ans pour l'Associated Press, expose la thèse de Mme Grace Raymond Hebard, bibliothécaire et professeur à l'Université du Wyoming, voulant que Sacagawea ait encore vécu très longtemps et soit morte dans la réserve de la Wind River, en 1884. Car, la brave Sacagawea, la « femme-oiseau », est devenue une héroïne, à l'égale de Pocahonta ou de la Malinche (au Mexique), revendiquée par les féministes, et plusieurs localités se targuent de l'avoir vue naître ou d'abriter son tombeau.

Jean Leclercq

[1] Tocqueville, Alexis de. Œuvres complètes. Édition J.P. Mayer, tome 5, p.378.

  

    

W. Dale Nelson Jean Leclercq

Comments

2 responses to “Les interprètes de Lewis et Clark”

  1. jean-paul Avatar
    jean-paul

    Article très intéressant. On connaît mal ou pas du tout l’histoire des colons français installés au Canada, leurs rapports avec les Indiens et leurs démêlés avec les colons anglais.
    Il est dommage que l’ouvrage ne donne pas d’indication sur les problèmes d’interprétation.

  2. jean-paul Avatar
    jean-paul

    Article très intéressant. On connaît mal ou pas du tout l’histoire des colons français installés au Canada, leurs rapports avec les Indiens et leurs démêlés avec les colons anglais.
    Il est dommage que l’ouvrage ne donne pas d’indication sur les problèmes d’interprétation.