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Nous sommes les enfants du monde

 

Le 27 juin 2018, 500 enfants de toute la ville d'Oxford se sont retrouvés au Sheldon Theater pour la toute première interprétation de « Nous sommes les enfants du monde », de Lin Marsh. Cette chanson honore les nombreuses langues parlées dans les écoles et les communautés d'Oxford. C'est un pot-pourri de chants folkloriques en sept langues : arabe, mandarin, polonais, portugais, pendjabi, swahili et ourdou. Elle a été commandée par Creative Multilingualism, un programme de recherches mené par l'Université d'Oxford et financé par l'AHRC, dans le cadre de l'Open World Research Initiative. Davantage d'informations se trouvent sur le site Web de Creative Multilingualism. La manifestation est organisée en partenariat avec le Festival des Arts d'Oxford.

Du hameau à la mégalopole

L'article qui suit,  rédigé par M. Dominique Mataillet, a paru dans FRANCE-AMÉRIQUE (numéro d'octobre 2019), la plus grande publication de langue française aux États-Unis et la seule à être diffusée à travers tout le territoire américain. Nous le reproduisons avec la précieuse autorisation de l'auteur.

  Dominique Mataillet  

Los Angeles est-elle une ville ? La question paraît incongrue. Elle ne l’est pas tant que cela.

Car, aujourd’hui plus que jamais, il est difficile de s’entendre sur les définitions. Se situe-t-on sur le plan géographique ou dans le registre administratif ? À partir de combien d’habitants peut-ton parler de ville ? Est-ce un ensemble d’un seul tenant ?

Selon les points de vue, Los Angeles est soit une agglomération, soit une conurbation, soit une mégapole, soit une aire urbaine. Tout comme New York, qui, en fonction du contexte dans lequel on l’évoque, compte entre 8 et 25 millions d’habitants.

Mais il faut commencer par le commencement : les zones rurales. Le territoire d’un pays comme la France était il y a peu encore constitué pour l’essentiel d’un maillage serré de « villages ». À ceux-ci- s’ajoutaient des « hameaux », regroupant quelques habitations, et des « lieudits » (ou « lieux dits »). Quand le village atteignait un certain niveau de population, on parlait de « bourg ».  

On utilise parfois le joli mot de « bourgade » pour désigner un village dont les maisons sont disséminées sur un assez grand espace. Quelques synonymes familiers ont passé l’épreuve du temps, tels « patelin » (de l’ancien français pastiz, « pacage ») et « bled », mot importé du Maghreb où il signifie « terrain », « pays ».

Quand on parle de « ville », on songe d’abord à la taille de la population. Le nombre d’habitants agglomérés (dont les résidences sont distantes de moins de 200 mètres) est en effet un critère déterminant. Encore varie-t-il fortement selon les pays : 200 personnes en Suède, 2 000 en France, 50 000 au Japon ! Les Nations unies, de leur côté, retiennent le seuil de 20 000 habitants.

La ville se distingue aussi du village par sa morphologie, qui se caractérise par un habitat dense et, souvent, vertical. Alors que, traditionnellement, les zones rurales étaient vouées aux productions agricoles, la ville était l’espace privilégié des commerces et des services. Elle cumulait également les fonctions politiques et administratives. Jusqu’à ce que l’industrie, souvent à l’origine du fait urbain lui-même, devienne une activité dominante et redessine les paysages.

On emploie souvent indifféremment les mots « cité » et « ville ». Ils ont pourtant des histoires fort différentes.

Le premier est dérivé du latin civitas, circonscription politique de l’empire romain avant de servir de cadre à l’administration de l’Église chrétienne. C’est pour cela que cité prit le sens de ville épiscopale et resta longtemps marqué par cette fonction religieuse.

Plus trivialement, la ville – du latin villa, « maison de campagne » ou « village »  –  est, au départ, «  un « assemblage de plusieurs maisons disposées par rues et fermées d’une clôture commune, qui est ordinairement de murs et de fossés ».  C’est du moins comme cela qu’elle est définie dans le Dictionnaire de l’Académie française de 1694.

Dès lors que, désormais, plus de 55 % de la population mondiale vit en zone urbaine – le taux devrait approcher 70 % en 2050 -, les indicateurs classiques ont forcément volé en éclats. Et le vocabulaire afférent a nécessairement été remis à jour.

Les plus grandes villes sont qualifiées de « mégapoles ». On utilise aussi les termes de « macropoles ». Si l’on retient le seuil de dix millions d’habitants, une trentaine d’agglomérations géantes peuvent être considérées comme des mégapoles. Avec plus de 42 millions d’habitants en 2014, le Grand Tokyo est la plus peuplée de toutes.

Ces cités gigantesques sont des « métropoles », c’est-à-dire des lieux de commandement (économique, politique…) de vastes espaces. Elles sont souvent des « capitales » dans la mesure où elles abritent le siège du gouvernement. Mais cette règle souffre de nombreuses exceptions. Au Brésil, la capitale est non pas Sao Paulo (plus de 10 millions d’habitants) mais Brasilia (2,5 millions). Au Nigeria, c’est Abuja (environ 2,7 millions d’habitants) et non Lagos (plus de 20 millions). Idem aux États-Unis, avec Washington, ville moyenne de quelque 700 000 habitants. On relèvera que dans ce même pays les capitales des États fédérés sont souvent de petite taille. Harrisburg (Pennsylvanie), Jefferson City (Missouri), Dover (Delaware), Annapolis (Maryland) comptent chacune moins de 50 000 habitants. Dans le Kentucky, État de quelque 5 millions d’habitants, Frankfort, la capitale, ne dépasse pas les 25 000 âmes alors que Pierre, capitale du Dakota du Sud, n’atteint pas les 15 000 et Montpelier (Vermont) les 8 000.

De nos jours, les villes se développent surtout par « périurbanisation » et « rurbanisation » *, c’est-à-dire par l’extension de leurs banlieues et des espaces plus lointains, à urbanisme plus aéré. En s’étendant démesurément, certaines villes finissent par se rejoindre et former des « conurbations ». C’est le cas, par exemple, de l’ensemble San Francisco-Oakland-San José en Californie et de celui constitué par Lille, Roubaix et Tourcoing dans le nord de la France.

Ce n’est pas tout ! Une série de conurbations peut former une « région urbaine », comme, aux Pays Bas, la Randstad, qui englobe Utrecht, Amsterdam, La Haye et Rotterdam. Certaines régions urbaines, enfin, font partie d’ensembles urbains encore plus vastes, auxquels on a donné le nom de « mégalopoles ». Ainsi en est-il de la vaste aire du Nord-Est américain s’étendant de Boston à Washington ainsi que du « Tokaido » japonais, axe de circulation qui va de Tokyo à Fukuoka en passant notamment par Kyoto, Osaka et Kobe. 

Si elles n’atteignent pas de telles dimensions, certaines villes abritent la plus grande partie de la population de leur pays. Les géographes parlent de « cités-États ». À l’exemple du Koweït, dont la capitale éponyme regroupe, avec quelque 2,4 millions d’habitants, plus de 90 % des habitants de l’émirat. Sans oublier Monaco (39 000 habitants sur 202 hectares) ni le Vatican (44 hectares, 1 000 habitants), où ce taux atteint 100 %.

 

Dominique Mataillet

  • Toutes ces notions sont développées dans l’excellent Dictionnaire de géographie, de Pascal Baud, Serge Bourgeat et Catherine Bras, publié par Hatier.

Article precedent paru sur ce blogue : Langages Yankees : Gringos, Turcos et autres Godos

 

 

Brève escale au pays des glaciers disparus

 

OkjokullLe 18 août dernier, une bonne centaine d'amis de la nature islandais ont installé une plaque à l'emplacement de l'Okjökull, un glacier qui a entièrement fondu sous l'effet du réchauffement climatique. L'épitaphe, composée par Andri Snær Magnason, se lit ainsi : « Nous savons ce qui se passe et ce qu'il faut faire. Toi seul sait si nous l'avons fait ». [1] L'Okjökull n'est pas un cas unique. Selon un rapport du Bureau météorologique islandais de 2017, 56 des quelque 300 glaciers répertoriés dans le pays ont déjà fondu. Mais, là comme ailleurs, on prend de plus en plus conscience des effets du dérèglement climatique. Un article sur le sujet, paru dans le Tages Anzeiger du 20 août 2019, nous a convaincus de faire une courte escale en Islande sur le chemin du Canada. [2]

Il faudrait bien plus de temps pour prendre le pouls de l'Islande. Nous nous contenterons donc de quelques impressions.

  IcelandPhoto The Reykjavik Grapevine  


Un espace vierge qui attire les naturophiles

Thule

Thulé, sous le nom de Tile, d'après la Carta Marina de Olaus Magnus (1539). Thulé est sur cette carte une île (imaginaire ?) située entre les îles Féroé et l'Islande.

La mythique Thulé dont Pythéas, Strabon et Pline l'Ancien, entre autres, pressentaient l'existence sans y être jamais allés, n'a connu de présence humaine permanente qu'à partir du 9e siècle de notre ère. Des Vikings norvégiens s'y sont alors installés, amenant avec eux des serfs et des femmes celtes provenant d'Irlande et d'Écosse. Aujourd'hui, l'Islande (ĺsland) couvre une superficie de 102.775 km2 et compte 358.780 habitants, soit un peu plus de trois au km2, une des plus faibles densités au monde. Il y a donc de la place, d'autant plus que la grande majorité de la population se concentre dans la région littorale du sud de l'île, celle qui a le climat le plus clément, notamment grâce au passage du Gulf Stream. Le reste du pays est désert et inhospitalier. S'ajoute aussi la nudité des plaines. À l'arrivée des Vikings, 70% du pays était planté d'arbres (saules et bouleaux, essentiellement). Mais, la construction des habitations et des bateaux entraîna des coupes claires. Depuis 50 ans, les autorités s'emploient vigoureusement à reboiser. Mais les, paysages grandioses, le volcanisme, les glaciers et les chutes d'eau attirent de plus en plus de visiteurs. À tel point que le tourisme est devenu la deuxième activité du pays, après la pêche.

Map of iceland

Une indépendance acquise en douceur

Longtemps dépendance du Danemark, au même titre que le Groenland, les circonstances de la Seconde guerre mondiale ont facilité l'émancipation du pays, survenue en 1944. Naguère sous l'influence culturelle de l'Allemagne – l'université et l'aéroport de Reykjavik ont été construits par les Allemands – l'île avait cependant échappé à l'invasion. Mais, sa position dans l'Atlantique nord, conditionnait la sécurité des transports entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Dès 1942, des forces américaines se sont installées en Islande. Les premiers arrivés furent des aviateurs. À l'époque, les besoins de la Grande-Bretagne en avions de combat étaient tels que le commandement aérien américain décida d'y envoyer des intercepteurs P-38 par leurs propres moyens. Dans ses carnets, le pilote américain Jack Ilfrey raconte comment, partant de Goose Bay (au Labrador), les P-38 gagnaient le Groenland, puis Reykjavik, en volant quatre par quatre, sous les ailes d'un B-27, à travers les brumes hyperboréennes. [3] Un vaste aérodrome fut construit à Keyflavik, à une cinquantaine de km de Reykjavik. Les États-Unis y disposèrent d'une base jusqu'en.2006. Aujourd'hui, Keyflavik est l'aéroport international de l'Islande. Le pays s'émancipa du Danemark sans coup férir et les liens économiques et culturels avec l'ancienne mère-patrie demeurent très étroits. Le danois continue d'être enseigné à l'école. 

Reykjavik Harpa Reykjavik - chute de Gullfoss
La salle de concerts et de congrès Harpa, aux 10.000 facettes de verre, domine le port de Reykjavik. Inaugurée en août 2011, elle tire son nom du vieux calendrier nordique. Harpa désignant le premier mois de l'été. Rien à voir avec la harpe ! Les chutes de Gullfoss, site classé, déclaré réserve naturelle en 1979. Deux niveaux successifs de  respectivement 11 et 20 mètres, suivis d'une gorge de 25 kilomètres de long. 
(Photos Lucette Fournier)


Une langue, trésor national

Ceci nous amène à parler de linguistique. La langue islandaise (íslenska), comme toutes les langues scandinaves, est issue du norois (old Norse, en anglais). Mais, à la différence de ses sœurs continentales, elle en est demeurée très proche par suite de l'isolement de son aire géographique. C'est un peu comme si, dans une île écartée de la mer Égée, on avait continué à parler le grec de Platon. Cette persistance permet aux Islandais de lire les sagas dans le texte original. Ils en sont très fiers et entendent préserver cet idiôme fossile. Comme pour l'hébreu moderne ou le mandarin, il faut sans cesse inventer de nouveaux vocables pour désigner les réalités nouvelles. C'est ce à quoi s'emploie le Comité islandais de terminologie. Constitué de spécialistes, il est chargé d'islandiser les nouveaux concepts. L'avion est devenu la « machine volante » (flugvélin), le téléphone, le « fil qui parle » (talsimi), l'ordinateur l'« oracle qui parle » (tölva). Mais, en matière de néologie, il faut tendre à la simplicité et à la concision. Ainsi, pour le mot banane, les gardiens de la langue ont proposé le « fruit courbe » (bjugaldin), mais le greffon n'a pas pris et les gens disent banani. L'islandais a enrichi toutes les langues du monde d'un mot nouveau : geyser, dérivé du verbe ajosa (jaillir). Mais, l'anglais est devenu la deuxième langue du pays. Presque tous les Islandais le comprennent et bon nombre d'entre eux le parlent couramment. C'est aussi la langue préférée des immigrants qui, comme en Suède, hésitent à investir dans le parler local. Enfin, l'anglais a la faveur des jeunes, bien plus tentés qu'auparavant d'émigrer. La langue des sagas au riche patrimoine culturel survivra-t-elle à la déferlante mondialiste ? L'avenir nous le dira.

Signe encourageant : sept Islandais sur dix reçoivent un livre comme cadeau de Noël, et un sur dix écrit un livre pendant sa vie.

 

Reykjavik Geyser
   Puffin

Selon la définition du Larousse,un geyser est une source d'où jaillit de façon intermittente de l'eau chaude ou de la vapeur d'eau, avec dégagement sulfureux. (Les geysers résultent du réchauffement jusqu'à ébullition de l'eau phréatique par des gaz volcaniques.)
Celui-ci est le Strokkur, à Geysir, localité qui a donné le mot geyser.
(Photos Lucette Fournier)
    Le macareu (puffin, en anglais) est l'oiseau fétiche de l'Islande. Ce      fraterculinae appartient à la famille des alcidés. Il est omniprésent dans les zones littorales. Mais, la surpêche menace sa démographie.

 

[1] https://grapevine.is/issue/issue-15-2019/

[2] La compagnie aérienne Icelandair permet aux passagers de ses vols transatlantiques de faire, dans chaque sens, une escale d'un maximum de quatre nuits à Reykjavik, sans majoration de prix.

[3] BuggyJack Ilfrey with Mark S. Copeland. Happy Jack's Go Buggy. A Fighter Pilot's Story. Aiglen, Schiller Military/Aviation History, 1998.

 

 

 

Quelques termes d'origine scandinave

réunis avec le soutien terminologique de J.-P. Brusselaars, spécialiste des langues nordiques.

Blue Tooth

Blue Tooth

Nom inspiré du roi danois Harald Blaatand (Harald à la dent bleue) dont le logo reprend, en les combinant, les deux runes correspondant au h de Harald et au b de Blaatand.

drakkar (masc.)

(Viking) long ship

Longue barque, mue à la voile et à la rame, qu'utilisaient les Vikings pour leurs expéditions.

édredon (masc.)

duvet cover, eiderdown

Enveloppe de tissu garnie de duvet ou de plumes d'eider, grand canard des pays nordiques. .

fjord (masc.)

fjord

Profonde échancrure dans le rivage résultant de l'inondation par la mer d'une auge glaciaire.

geyser (masc.)

geyser

Source d'eau chaude jaillissant par intermittence,

notamment en Islande et en Amérique du Nord.

rune (fém.)

rune

Du norois rûnar, écriture secrète. Caractère de l'ancien alphabet des langues germaniques orientales et septentrionales. Caractère runique.

saga (fém.)

saga

Ensemble de récits en prose composés en Islande au XIIe siècle. Synonyme de geste, d'épopée.

ski (masc.)

ski

Long patin permettant de glisser sur la neige ou sur l'eau (ski nautique)

troll (masc.)

troll

Dans la mythologie nordique, esprit malveillant des montagnes ou des forêts. De nos jours, troll désigne aussi une personne malfaisante qui perturbe les forums de discussion sur Internet..

walkyrie (fém.)

 

valkyrie

Du norois valkyria, chacune des trois divinités scandinaves envoyées par Odin pour choisir les héros promis au paradis des guerriers.


Jean Leclercq

Dans de précédentes éditions du blog, le même auteur a déjà livré ses impressions de voyages à Cuba, en Ouzbékistan et au Québec.

J 1 (3) Cuba :  
Hemingway fut-il, comme l'isthme de Panama, un pont entre ambos mundos ?
J 2 Ouzbékistan : Isteza, tout un défi !
J 3 QuébecLa Madeleine, battue des vents…

 

Rugby, cinéma, politique, poésie et zoologie

L'Afrique du Sud remporte la Coupe du monde de rugby
par sa victoire sur l'Angleterre (32-12)

  SPRINGBOKS  

« Le rugby ne se joue pas en deux, mais en trois temps : avant, la ferveur ; pendant, la bravoure ; après, la fraternité. »  

René Crabos (1899-1964), célèbre rugbyman français

 

Quelques mots de réconfort pour l'équipe d'Angleterre :
 

For when that One Great Scorer comes to mark against your name

He writes not that you won or lost but how you played the game.

(Grantland Rice: 1880 – 1954)

Invictus

I am the master of my fate

I am the captain of my soul

William Ernest Henley : 1849 – 1903)

 

InvictusInvictus est un poème de l'écrivain William Ernest Henley qui fut cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire et qui contribua à le rendre célèbre. Il est notamment repris dans le film Invictus qui retrace le rôle que Nelson Mandela, en tant que premier président noir de l’Afrique du Sud, a eu dans la Coupe du monde de rugby en 1995. Le poème avait  inspiré Mandela à tel point qu’il l’avait aidé à surmonter ses longues années en prison et a aidé  l’équipe sud-africaine à rester  invaincue en remportant la Coupe du monde de rugby cette année-là. Tel est le thème du film Invictus. William_Ernest_Henley

Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible » et se fonde sur la propre expérience de l'auteur puisque ce poème fut écrit en 1875 sur son lit d'hôpital, suite à son amputation du pied. À l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, mais celui-ci fut ajouté plus tard par le critique littéraire anglais, Sir Arthur Quiller-Couch.

William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de la résistance à la douleur dont il a fait preuve à la suite de son amputation.

 

anglais]

traduction libre

Out of the night that covers me,
    Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
    For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
    I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
    My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
    Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
    Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
    How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
    I am the captain of my soul.

Depuis l'obscurité qui m'envahit,
Noire comme le royaume de l'enfer,
Je remercie les dieux quels qu'ils soient
Pour mon âme indomptable.

Dans l'étreinte féroce des circonstances,
Je n'ai ni bronché ni pleuré
Sous les coups de l'adversité.
Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.

Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne se profile que l'horreur de la nuit.
Et pourtant face à la grande menace
Je me trouve et je reste sans peur.

Peu importe combien le voyage sera dur,
Et combien la liste des châtiments sera lourde,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

 

Ces deux dernières lignes retentissantes sont fortement entrées dans le langage littéraire anglais.

Voici un vidéo clip réalisé à l’occasion du Tournoi des Six Nations en 2010 mettant en scène Morgan Freeman (qui a incarné Nelson Mandela dans le film Invictus) en train de lire le fameux poème d’Henley.

 

 

Note linguistique et zoologique

Springbok Springbok shirt
Les équipes sportives de l'Afrique du Sud s'appellent les « Springboks ». De l’afrikaans springbok, du néerlandais springen (« sauter ») + bok (« bouc, antilope ») (Wikidictionary)
 
 
 
Jonathan Goldberg

 

De la Ville Lumière à la Cité des Anges

Paris LA
Un régal pour les francophones et les francophiles

En 2007, le film français La Vie en Rose enthousiasma le public américain. C'est à Los Angeles [1] que Marion Cotillard, dans le rôle d'Edith Piaf, reçut l'Oscar de la meilleure actrice – la première fois qu'une interprétation en langue française était ainsi primée. (L'actrice française obtint également le BAFTA Award britannique de la meilleure actrice dans un rôle principal).

La-Vie-en-Rose Julia Migenes Douze ans plus tard, Edith Piaf est de retour à Los Angeles, ce mois-ci en la personne de Julia Migenes, soprano américaine issue d'une famille d'origine gréco-irlando-portoricaine. Elle tiendra le rôle d'Edith dans des représentations de La Vie en Rose à l'Odyssey Theater (qui fête son 50ème anniversaire). Accompagnée au piano par Victoria Kirch et sous la direction du chef Peter Medak, proposé pour l'Academy Award, La Vie en Rose s'inscrit dans la tournée d'adieux de Julia Migenes.      

En février 2017, nous avions fait état de la prestation de Julia Migenes à l'Odyssey Theater dans « Debussyses lettres et sa musique »

Aujourd'hui âgée de 70 ans, Julia Migenes n'a rien perdu de sa vivacité et de son charme.

Le spectacle tiendra l'affiche du 2 novembre au 14 décembre. Les francophones et les francophiles de Los Angeles, ainsi que tous les nostalgiques du Paris d'Edith Piaf, de Pablo Picasso et d'Ernest Hemingway aimeront cette soirée de chansons françaises de Charles Aznavour, Léo Ferré, Jacques Brel et Michel Legrand.


Odyssey Theatre
2055 S. Sepulveda Blvd.
Los Angeles CA 90025

• (310) 477-2055 ext. 2 or www.OdysseyTheatre.com
• Visit us on Facebook: www.facebook.com/OdysseyTheatre
• Follow us on Twitter: @OdysseyTheatre_

[1] Note historique

Selon l’une des explications, l’inventeur de l’éclairage au gaz, Philipse Lebon, promeut et développe son invention à Paris dans les années 1820. Dans les années 1830, le magnifique éclairage de Paris, en particulier de ses passages commerçants, fascine les Européens. Les Londoniens  baptisent Paris City of Lights, périphrase traduite en français par Ville Lumière.

Néanmoins, cette hypothèse est contestée.

Seconde hypothèse : Au XVIIIe siècle, à cause de la montée de la criminalité dans les rues et les coins sombres de Paris, le Préfet demande à tous les habitants de mettre des bougies ou des lampes à huile sur le rebord de leurs fenêtres, ceci afin d’éclairer entièrement la ville. Ce serait à ce moment là que Paris obtint le surnom de Ville Lumière. (Wictionary)

Les comptines anglaises et la Realpolitik américaine

Dans notre dernier article intitulé : « C'est bonnet blanc et blanc bonnet », nous avons fait allusion à deux chefs d'État enfantins (dont nous ne répéterons pas les noms ici).

  Trump & Johnson  

 

L'article narrait l'histoire de la comptine anglaise Tweedledum et Tweedledee qui remonte à Lewis Carroll, en 1872 et, avant cela, au poète anglais John Byrom, au 18e siècle.

Toujours sur le thème des comptines anglaises, nous traiterons aujourd'hui de Little Miss Muffet, œuvre d'un auteur inconnu, qui a été publiée pour la première fois en 1805 bien qu'elle remonte au seizième siècle. Cette comptine fait partie d'une collection dite de Mother Goose (Ma Mère l'Oie), l'auteur imaginaire d'une collection de contes de fée français et, plus tard, de comptines anglaises.

Mother-goose-melodiesLe nom de Mother Goose est apparu dans la langue anglaise au début du 18e siècle lorsque parut la collection de contes de fée de Charles Perrault (membre de l'Académie française qui s'est occupé de  la collecte et la retranscription de  contes issus de la tradition orale française) intitulée « Les Contes de ma Mère l'Oie ». Elle fut d'abord traduite en anglais sous le titre de Tales of Mother Goose. Par la suite, une compilation de comptines anglaises intitulée : Mother Goose's Melodies, ou Sonnets for the Cradle, contribua à perpétuer le nom, tant en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis. Ces comptines sont passées de génération en génération et de famille en famille à de jeunes enfants des deux côtés de l'Atlantique.

Mother goose Timbre Charles Perrault

Dans la comptine, Little Miss Muffet, (La petite demoiselle Muffet) assise sur un tabouret, mange son caillé et son petit lait :

 
Little Miss Muffet,
Sat on a tuffet,
Eating her curds and whey;
Along came a spider,
Who sat down beside her,
And frightened, Miss Muffet, away.
La petite demoiselle Muffet
Assise sur un tabouret*
Mangeait son caillé et son petit-lait**.
Vint une araignée
Qui s'assit à côté
Mademoiselle Muffet partit tout effrayée.
 

Le terme curds, en français le caillé, est au cœur du présent article. Avec le petit-lait (whey), le caillé (curds) est un produit de la fabrication du fromage. Lorsqu'on ajoute de la présure (une enzyme provenant des ruminants ou des nombreuses autres sources d'enzymes qui peuvent se substituer à la présure animale, allant des plantes et des champignons aux sources microbiennes) au lait, celui-ci caille. Ces morceaux de caillé (encore appelé caillebote) sont ce que l'on appelle curds en anglais. Le petit-lait (whey) est alors le sous-produit de ce processus.

De nos jours, le fromage frais s'apparente au caillé et petit lait que l'on consommait couramment il y a quatre cents ans, à l'époque de la composition des comptines.

Il faut bien faire la différence entre le mot curds et son homophone Kurds (les Kurdes, en français), ces populations de langue indo-européenne et majoritairement de confession musulmane sunnite, essentiellement établies dans quatre pays : Turquie, Iran, Irak et Syrie.

Ces présentations étant faites, examinons le dessin ci-dessous, paru dans le quotidien britannique The Times du 10 octobre 2019.

 

Les mots :

Little Miss Muffet
Sat on a tuffet
Giving the Kurds away…"

sont une allusion a la réorientation de la politique étrangère des Etats-Unis décidée par le Président Trump (Twitterdum) lorsqu'il fit part de son intention de laisser les forces turques pénétrer dans les territoires du nord de la Syrie habités par les Kurdes, en ordonnant le retrait des troupes américaines qui s'y trouvaient jusque-là. Les mots «giving the Kurds away » font allusion a l'abandon des Kurdes par leurs allies, les Etats-Unis. Le Président turc apparait sous les traits de l'araignee de la comptine.

L'identité du personnage vêtu de jaune ne laisse aucune place à l'imagination. 

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq

 

Note linguistique :

Realpolitik : (avec une majuscule) Stratégie politique qui s'appuie sur le possible, négligeant les programmes abstraits et les jugements de valeur, et dont le seul objectif est l'efficacité.(Dictionnaire Larousse)

 


Jonathan Goldberg

Note historique :

À l'époque ottomane, le problème des nationalités ne se posait pas dans les mêmes termes qu'aujourd'hui. Les populations non-turques (Grecs, Arméniens, Kurdes, Assyro-chaldéens, Circassiens, Juifs, etc.) devaient allégeance et tribut au sultan, mais elles pouvaient conserver leur langue, leur religion et leurs institutions traditionnelles. En outre, le sultan étant également khalife, il s'attachait les minorités de confession musulmane. Avec l'avènement du kémalisme, il n'en fut plus de même, l'État devenait laïc et tout le monde devait être turc. Les Alliés de 14-18 avaient fait des promesses d'indépendance aux Kurdes, mais ils ne les tinrent pas. Les Kurdes furent éconduits et sans doute auraient-ils dû s'en souvenir à notre époque !

Jean Leclercq

Lectures supplementaires : 

Chansons et comptines

 

C’est bonnet blanc et blanc bonnet !

Pascale Pardieu-BakerNous sommes heureux de retrouver notre contributrice fidèle, Pascale Tardieu-Baker, traductrice et interprète indépendante qui travaille à Paris de l’anglais vers le français (et vice-versa à l’oral). La traduction aide à étancher sa curiosité naturelle et sert d’alibi à sa boulimie de films, livres et magazines.

Pascale a bien voulu rédiger l'article ci-dessous à notre intention.

 

Tweedledum (Economist)

Dernièrement, la revue britannique The Economist a fait sa couverture d'une caricature de Twitterdum (Donald Trump) et Twaddledee (Boris Johnson). Ces pseudonymes sont un jeu de mots sur, respectivement, Tweedledum et Tweedledee dont le sens et l'étymologie sont exposés ci-après. Twitterdum se compose de Twitter, allusion à la méthode que Trump utilise pour communiquer ses orientations, et dum, mot qui se prononce comme dumb dont le b final est muet [1] . Les deux composants de Twitterdum sont aisément attribués à Trump. Quant à Twaddle, cela signifie bêtises, âneries, alors que dee n'a pas de signification particulière. Johnson est souvent accusé de parler Twaddle, c'est-à-dire de débiter des âneries (ou pire encore), qui sont souvent déguisées dans un langage grandiloquent. [2]

Autrement dit, The Economist a transposé et actualisé le traditionnel duo de patronymes popularisé par l’écrivain anglais-irlandais, Lewis Carroll (1832-1898), ainsi qu'on le verra plus loin, pour le restituer dans le contexte de l'actualité  politique insensée et déjantée que connaissent simultanément les États-Unis et le Royaume-Uni, du fait des bouffonneries de leurs dirigeants flamboyants et blondinets.

Tweedledum et Tweedledee [3] sont des personnages jumeaux, surtout connus des Image1 lecteurs francophones pour leur apparition dans les pages du roman de Lewis Carroll [4] « De l'autre côté du miroir » (1872), la suite des « Aventures d’Alice au pays des merveilles », ou bien dans le film de Tim Burton, « Alice au pays des merveilles » (2010) Ces deux noms sont à l’origine sortis d’un épigramme moqueur du poète John Byrom (1692 – 1763) [5] (ou y ont peut-être été ajoutés par Jonathan Swift ou Alexander Pope) avant d’être utilisés dans une comptine britannique. Quel que soit le contexte, il ne s’agit pas d’un sobriquet flatteur, puisqu’il évoque des personnages qui se querellent sans raison. Suivant les traductions ils portent différents noms, Tralalère et Tralala, ou bien Bonnet blanc et Blanc bonnet.

 

  T & t  

Ces traductions, en utilisant des paires de mots très proches, reprennent ce qui constitue la caractéristique principale des deux personnages qui sont toujours dépeints comme se ressemblant énormément et agissant de façon identique. Notre paire de bonnets, en particulier, est une expression moqueuse connue depuis le XVIIème siècle, et utilisée pour décrire deux choses ou personnages qui – bien
que présentés comme différents – sont en fait identiques. Un peu plus près de nous, en 1969, l’expression bonnet -blanc et blanc -bonnet est remise à l’honneur quand elle est utilisée par Jacques Duclos, homme politique communiste, à propos de Georges Pompidou et Alain Blancbonnet 1Poher, tous deux candidats à l’élection présidentielle, qu’il a décrit durant l’un de ses discours comme « des jumeaux ou des siamois ». Il serait à l’origine de l’utilisation de l’expression « bonnet blanc et blanc bonnet » sur les affiches électorales en référence aux deux rivaux.

Quant à Tralalère, il s’agit d’une version de tralala, onomatopée utilisée pour fredonner ou remplacer des paroles de chanson oubliées, et dont Tralali semble être une variante.

Pour en revenir à la couverture de The Economist, le mot reckoning mérite également une brève analyse linguistique. Normalement,  reckoning se traduirait en français par compte, calcul, estimation,  (voire liquidation dans le cas du calcul des droits à pension). Mais, en pareil cas, et dans le contexte des événements qui tombent sur les têtes de Trump et de Johnson, il évoque la pesée des âmes, le Jour de vérité de la Bible et du Coran, et renvoie au Jugement de Dieu des chrétiens et des musulmans, c'est-à-dire au moment où chacun est appelé, après sa mort, à rendre compte des actions qu'il a commises pendant sa vie. L’expression anglaise “time  of reckoning “ fait allusion au moment où l'on rend des comptes de ce que l'on a fait, où l'on paie ses dettes, où l'on exécute ses promesses et où l'on remplit ses obligations et – pour certains politiciens – au jour de leur destitution.

  T+T  

 

[1] La signification littérale du mot dumb est muet/te mais pendant des années le mot s’est employé également de façon péjorative pour signifier idiote ou stupide. Cet usage est aujourd’hui considéré comme politiquement incorrect ou, plus précisément, socialement inacceptable car blessant pour la communauté des muets. Pour l'étymologie du mot, voir https://www.etymonline.com/search?q=dumb

[2]  Alexander Boris de Pfeffel Johnson a la langue bien pendue
        Le mot juste en anglais, 24.07.2019

[3] Dans d'autres langues :

EspagnolPatachunta y Patachún

EspérantoFingrumad kaj Fingrumid

ItalienPincopanco e Pancopinco  / Dindino e Dindello

RusseТраляля и Труляля (Tralyalya i Troulyalya)

[4] Il convient de rappeler qu'il était Lewis Carroll qui celui, en 1882, a inventé le terme anglais “portmanteau word” (en français « mot-valise » ), choisissant paradoxalement le mot français « portmanteau « . Selon Etymonline.com le mot français est entré en anglais dans les années 1540 pour désigner une personne chargée de porter le manteau d’un prince, mais sa signification est devenue « grande valise » quelque 40 ans plus tard. Carroll l’a apposé avant le mot « word » pour créer ce nouveau terme.

[5] John Byrom inventa une méthode révolutionnaire de sténographie.

 

Lecture supplementaire :

The Curious Origins of Tweedledum and Tweedledee

Alice au pays des traductions
Le mot juste en anglais – 29.10.2015

Les professions langagières

Journée internationale de la traduction 2019

Translation 30 sept 2019

 

 

 

 

 

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UNE SEMAINE POUR RENCONTRER LES EXPERTS 

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À l’occasion de la Journée internationale de la traduction et dans le cadre du centenaire de l’interprétation de conférence, la FTI organise une semaine consacrée aux professions langagières. Divers événements retraceront notamment leur évolution dans le milieu institutionnel ainsi que le rôle joué respectivement par les organisations internationales et par la FTI pour encourager la reconnaissance et l’innovation dans les domaines de la traduction et de l’interprétation. Un programme riche qui comprend une exposition, un colloque, des activités de découverte, une journée des organisations internationales, et bien plus encore.

30 septembre – Journée internationale de la traduction: Inauguration de l’exposition « Un procès – quatre langues », qui se tient à Uni Mail jusqu’au 5 octobre. Les interprètes qui ont assuré la communication en quatre langues (anglais, français, russe et allemand) pendant le procès du siècle à Nuremberg sont au cœur de cette manifestation qui réunira les représentants des quatre puissances victorieuses (États Unis, Royaume Uni, France et Russie) ainsi que de l’Allemagne. La FTI profitera de cette occasion pour fêter ses collaborateurs en organisant, en ouverture de la semaine, sa soirée du personnel.

1- 4 octobre – La Faculté propose à Uni Mail diverses activités pour faire découvrir aux jeunes en formation les professions langagières. Nos collaborateurs présentent les divers cursus académiques et les axes de recherche de la Faculté, ainsi que les nombreux débouchés des formations de la FTI, en accord avec l’évolution de ces professions.

2 October – The FTI will open a Simultaneous Interpreting Master Class to the public, allowing you to take a look behind the scenes and see first-hand how top-flight interpreters are trained.

3-4 octobre : Conférence « 100 ans d’interprétation de conférence ». Organisé conjointement par la FTI et l’OIT, cet événement vise à faire le point sur un siècle de pratique, de recherche et de formation en interprétation de conférence. Les participants vont traiter des grandes étapes qu’a connues la profession, en analyser les derniers développements et réfléchir aux défis actuels et futurs.

5 octobre – « Linguists in International Organisations ». L’UCG (Universities Contact Group du réseau des services linguistiques institutionnels IAMLADP) organise, en collaboration avec la FTI, une journée pour promouvoir les professions langagières au sein des organisations internationales. Des stands d’information et des séances de débat avec des représentants des organisations internationales permettront au public intéressé d’en apprendre bien plus sur ces métiers passionnants.

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Mandela language quote

Décès de Sidney Rittenberg, à l’âge de 98 ans


Nécrologie

 

Rittenberg 1Sidney Rittenberg (chinois : 李敦白; pinyinLǐ Dūnbái),  premier citoyen américain à adhérer au Parti communiste chinois (PCC),  est mort le 24 août 2019. À la fois journaliste, universitaire et linguiste sinisant, il vécut en Chine de 1944 à 1980 où il collabora étroitement avec Mao Tsé-toung, Chu Teh, Chou en-lai et d'autres dirigeants du PCC.

 

 

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Chou en lai

Mao Tsé-toung et Chu Teh

   Chou en-la

Pendant la Révolution chinoise, il a été aux côtés de ces hauts dirigeants communistes à Yan'an. Il fut un témoin direct d'une bonne part de ce qui s'est passé au sommet du PCC, et a connu personnellement bon nombre de ses dirigeants. Par la suite, il fut incarcéré en isolement à deux reprises, pendant un total de 16 ans, dont six (1949-1955) parce que Staline le considérait comme un espion américain, et dix autres (1968-1977) pour s'être attiré les foudres de la femme de Mao, Jiang Qing, pendant le chaos de la Révolution culturelle. [1]

Ayant perdu ses illusions quant à l'idéologie communiste, il s'en retourna aux États-Unis où ses relations et son expérience chinoises lui permirent de diriger un cabinet de conseil qui lui rapporta des millions de dollars.

Rittenberg book coverDans son autobiographie, The Man who Stayed Behind  (Celui qui est resté en arrière), Rittenberg raconte comment il acquit une connaissance du chinois qui lui permit d'interpréter des dirigeants de la Révolution communiste chinoise.

En 1942, Rittenberg fut mobilisé et affecté à l'armée américaine en Chine. On lui fit apprendre le japonais. Mais, certain que le Japon allait perdre la guerre, il n'entendait pas passer son temps dans ce pays, au service des autorités américaines d'occupation. « Je parvins à bifurquer vers un cours de chinois » explique-t-il, et après avoir étudié le chinois à Stanford pendant un an, il fut affecté en qualité de spéciste de la langue chinoise à Kunming, en Chine méridionale.

Expliquant comment il s'est épris du mandarin, Rittenberg écrit : « en tant qu'élève d'une école préparatoire [aux États-Unis], j'étais premier de classe en français et en latin. À l'université, j'étais très bon en allemand. Mais, rien ne m'avait jamais autant passionné que le chinois. Pour moi, étudier le chinois, c'était comme franchir la petite porte d'Alice pour entrer au Pays des merveilles. [2] En chinois, avec son écriture à base d'images, un mot non seulement signifie ce qu'il signifie, mais est ce qu'il signifie. Le mot « beauté » signifiait beauté, bien sûr. Mais, pas seulement beauté. Il signifiait être beau, embellir, penser à la beauté. Le mot lui-même était beauté. En chinois, un mot pouvait sauter dans tous les sens, comme une reine sur un échiquier, comme aucun système alphabétique ne permettra jamais de le faire. Il n'y avait pas de déclinaisons, ni d'absolus ablatifs pour l'en empêcher. Les sons eux aussi ne ressemblaient à aucun de ceux que j'avais entendus jusque-là. Un même mot peut avoir des sens différents selon la façon dont il est accentué, comme les notes d'un carillon [3]. Nuit après nuit, je me tenais assis près de mon instructeur, dans le sous-sol d'un immeuble du quartier chinois de San Francisco, lui criant des syllabes, en tentant d'apprendre à accorder les notes de ce carillon. »

  Rittenberg Chinese alphabet  


La ville de Yan'an était le terminus de la Longue Marche de Mao [4]. Dans les grottes des environs de Yan'an, là où Rittenberg rencontra Mao Zedong, et où se trouvait le quartier général du Parti communiste, de 1936 à 1948, Rittenberg travailla avec une équipe d'anglophones comme conseiller de la section de radiodiffusion en langue anglaise où il était le seul de langue maternelle anglaise.

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Rittenberg avec Mao Tsé-toung

En 1960, Rittenberg rejoignit une équipe d'élite composée d'universitaires, d'économistes et d'anglophones de Chine, chargée de retraduire en anglais le premier des trois tomes des mémoires de Mao ainsi que d'en traduire un quatrième tome. Dans son autobiographie, Rittenberg revient longuement sur les discussions et les débats qui eurent lieu au sein de l'équipe de traduction et d'édition à propos de certaines nuances du chinois et de l'anglais. 


Vers la fin de sa vie, Rittenberg écrit :

« Je ne regrette nullement mes années passées en Chine, même en  prison. J'étais animé alors, comme je le suis aujourd'hui, d'un désir insatiable de soutenir le peuple chinois dans sa volonté de goûter aux responsabilités et aux bienfaits de la liberté. »

 

[1] Après la mort de Mao, sa veuve, Jiang Qing, fit partie de la "Bande des Quatre". Elle fut arrêtée et jetée dans la prison où Rittenberg avait été détenu pendant dix ans après que Jiang l'eût dénoncé.

[2] Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles,1865.

[3] Cette variation du sens d'un mot selon son accentuation est une source de pataquès pour celui qui apprend le chinois ! Une confusion entre les quatre tons et c'est la catastrophe. Mais, de même que, dans nos langues, nous nous amusons des jeux de mots, les Chinois pratiquent les jeux de tons, avec des effets tout aussi désopilants.

[4] Nom donné à une retraite effectuée par l'Armée Rouge du Parti communiste de Chine, préfiguration de l'Armée de Libération populaire, pour échapper à l'armée du Kuomintang  (KMT ou Parti nationaliste chinois).

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq


Petit lexique de la Chine communiste
:

 

The Long March

La Longue Marche

Chairman of the Communist Party

Président du Parti communiste

Great Leap Forward

Grand Bond en avant

Counter Revolution

Contre-révolution

Class conflict/struggle

Lutte des classes

Paramount leader

Dirigeant (ou chef) suprême

Cult of Personality

Culte de la personnalité

Gang of Four

Bande des quatre

Founding father

Père de la Nation

Tinamin Square

La place Tian'anmen

The Great Proletarian Cultural Revolution

La grande révolution culturelle prolétarienne 

 

 

Lecture supplémentaire :

001217476Valentin Mikhaïlovitch Beriejkov. J'étais interprète de Staline. Histoire diplomatique (1939-1945)
Traduit du russe par Max Heilbronn.
Paris, Éditions du Sorbier (1983).

 

 

Note historique/littéraire :

Pearl buck_chinaAvant l’instauration du communisme en Chine, la personne la plus communément associée à ce pays dans l'esprit du grand public américain était la femme de lettres, Pearl Sydenstricker (épouse Buck) (1892-1973), lauréate du Prix Nobel de littérature, en 1938.

À l’âge de trois mois, elle part, avec ses parents missionnaires presbytériens, en Chine où elle apprend le mandarin avant l'anglais. Elle retourne aux États-Unis pour y faire ses études supérieures. Sa vie sera ensuite partagée entre les deux pays.

La production littéraire de Pearl Buck est aussi riche que variée. Elle a tâté de tous les genres : romans, nouvelles, Pearl The Good Earth essais, pièces de théâtre, recueils de poèmes et même un livre de cuisine ! Son ouvrage The Good Earth (1931), publié en français sous le titre La Terre chinoise (traduit par Théo Vartel [5], Paris, Payot, 1932) lui a valu le Prix Pulitzer du roman en 1932.

En 1938, Pearl Buck reçoit le Prix Nobel de littérature pour « ses descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d'œuvre biographiques ».

Elle a créé une fondation humanitaire pour l'adoption des enfants abandonnés et y a consacré du temps et de l'argent. Elle a aussi défendu les droits des femmes et des minorités.  

[5] Théo Varlet, alias Déodat Serval (1978-1938) est un poète, écrivain de fantastique et de science-fiction, et traducteur français du XXe siècle.

 

 

Barack Obama rend hommage à Toni Morrison


Voici une traduction du texte de l'hommage rendu par Barack Obama à Toni Morrison, à l'occasion de son récent décès. Toni Morrison a été la première femme noire lauréate du Prix Nobel de littérature, distinction précédemment attribuée à des écrivains aussi divers que Winston Churchill et Bob Dylan. Le premier Prix Nobel de littérature a été décerné à un Français, Sully Prudhomme, en 1901.

Traduction : Jean Leclercq

Nobel 3 Nobel 1 Nobel Dylan
Sully Prudhomme
Prix Nobel 1901

Toni Morrison
Prix Nobel 1999

Bob Dylan
Prix Nobel 2017

« Le temps n'a pas de prise sur Toni Morrison. Dans son œuvre, il lui arrivait de jouer avec lui, de le déformer, de le froisser, de le tordre au gré de sa volonté magistrale. Dans son parcours de vie, elle traita le temps de façon peu orthodoxe. Enfant de la Grande Migration, elle avait, en tant qu'éditrice, fait émerger de nouvelles voix, plus diverses, de la littérature américaine, Toni n'a publié son premier roman qu'à l'âge de 39 ans. C'était là le début d'une carrière fulgurante – un Pulitzer, un Nobel, et tant d'autres encore – et avec cela, une fusion de la saga afro-américaine au sein de la saga américaine. Toni Morrison était un joyau national. Son écriture n'était pas seulement magnifique, elle avait aussi du sens – elle interrogeait notre conscience et appelait à une plus grande empathie. Elle était une bonne narratrice, aussi captivante en tant qu'individu qu'elle l'était sur le papier. Même si Michelle et moi pleurons sa perte et présentons nos plus chaleureuses condoléances à sa famille et à ses amis, nous savons que ses récits – nos récits – resteront dans nos cœurs et dans ceux de nos descendants, et ainsi de suite, pour toujours.»  Barack Obama

 

 

Le discours de Toni Morrisson en recevant le Prix Nobel (texte & audio)