Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.
Les contributions précédentes d'Elsa se trouvent àhttps://bit.ly/366u2tN
Les langues allemande et française n’ont pas toujours fait bon ménage et les emprunts de l’une à l’autre sont parfois teintés d’incompréhension ou d’antagonismes. Si proches et si étrangères à la fois! La langue allemande semble faire tout le contraire du français: ordre des mots en sens inverse, mots masculins au féminin dans l’autre langue…L’allemand dit « la soleil », « le lune », « der Tod » pour « la mort » et « la rat » (die Ratte).
Et quand le français emprunte le mot « hase » (allemand «der Hase», le lièvre), c’est pour en faire en français la hase, la femelle du lièvre.
Voici quelques autres exemples de mots français dérivés de l’allemand :
Schlague
Les guerres franco-allemandes ont laissé quelques emprunts. La schlague (de l’allemand derSchlag, le coup), désigne une punition par des coups de bâton.
Ersatz
Ce mot est beaucoup plus négatif en français qu’en allemand. Il signifie chez nous plutôt un succédané, une pâle copie, alors qu’en allemand il peut également avoir le sens d’un remplacement positif ou d’une compensation financière loyale.
Diktat (du latin dictatum avant l’allemand Diktat)
De ce terme allemand, qui signifie d’abord « dictée à l’école », le français n’a de nouveau conservé que le sens le plus dur, celui de conduite dictée sous l’exercice de pressions : on parle dans les deux langues des « diktats de la mode » (plutôt au singulier en allemand), et en français des « diktats du capitalisme ». Pour le second sens en allemand, notons aussi le mot Versailler Diktat, qui rappelle que le Traité de Versailles de juin 1919 fut considéré comme une injustice en Allemagne pendant la République de Weimar. Même dans son unique sens en français, « Diktat » n’est pas à confondre avec « dictature ». L’auteur allemand Karl Marx a parlé de Diktatur des Proletariats, et ses traducteurs, de même, ont employé « dictature du prolétariat » : un terme controversé pour ce qui ne devait être, à l’origine, qu’une sorte de gouvernement transitoire, en état d’urgence, par la classe ouvrière.
Certains mots désignant des produits psychotropes ont été repris de l’allemand :
Le mot d’argot « schnouff », drogue à priser, est aujourd’hui obsolète. Il venait de Schnupfen, qui veut dire sniffer, mais aussi rhume. Le LSD quant à lui (Lysergsäurediäthylamid) a été découvert dans la ville suisse de Bâle.
Le verbe « trinquer » nous vient aussi de Germanie, mais trinken signifie juste « boire », alors que trinquer, c’est entrechoquer les verres.
Espièglerie
De l'allemand Eulenspiegel, nom d'origine de Till l'Espiègle, saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire allemande et néerlandaise. Ses attributs sont la chouette (Eulen) pour la sagesse, et le miroir (Spiegel) pour la farce. Combattant l'envahisseur espagnol, ce héros de légende aurait constitué l'armée des Gueux sous Guillaume d’Orange et contre Philippe II d’Espagne. http://frvocabulary.blogspot.com/2010/05/espieglerie.html
Vasistas
(XVIIIe siècle) De l'allemand Was ist das (« qu'est-ce que c'est ? »), question exprimée via une sorte de guichet, par des Allemands à leurs visiteurs avant de leur ouvrir la porte. Ce petit vantail mobile dans une porte ou une fenêtre, témoin d’une certaine méfiance, se rencontre chez nous dans des prisons, par exemple.
La choucroute…
…(allemand Sauerkraut) pédale dans une choucroute étymologique. « Sauer » (acide) est devenu « chou », alors que « Kraut » (chou) est devenu une « croute » vide de sens. La choucroute est un aliment à la fois vitaminé et bon marché, constitué de chou conservé au sel. La fermentation lui donne une saveur acide qui ne plaît pas à tout le monde.
Les emprunts culinaires ont été nombreux, notamment en Suisse.
Mües a donné la « mouise » (bouillie, reprise en France au sens de panade, de pétrin où l’on s’embourbe). Le même mot a aussi donné « muesli ». Le « birchermuesli », ou plus simplement « bircher » en français de Suisse (prononcer birchère), est une préparation à base de céréales, de fruits crus (pommes et noix, par exemple) et de lait ou de yogourt. Son nom est issu d'une fusion entre le nom de son inventeur, le docteur Max Bircher (1867-1939), et le terme suisse-allemand Müesli, diminutif de Mues, qui désigne dans ce cas une compote ou une purée de fruits, de légumes ou de céréales : un aliment bouilli, et donc différent du muesli du docteur Bircher. Notons quand même que les flocons de céréales sont ramollis par un moment de trempage dans le produit laitier.
Le terme Müesli a été repris en Europe et dans d’autres pays pour désigner le simple mélange de céréales en flocons avec du lait ou du yogourt, sans les fruits frais du « bircher ».
L’hébreu fait partie des multiples langues qui affrontent la domination de l’anglais. Or, c’est la seule langue au monde entièrement reconstruite après une pause de deux mille ans, quand elle a été adoptée comme langue nationale par les Juifs qui habitaient la Palestine à l’époque du Mandat britannique (1923-1948). En plus, l’hébreu moderne est unique en ce sens qu’il a été ressuscité comme langue vernaculaire sous l’impulsion d’un seul homme, Eliézer Ben Yehoudah (1858-1922), journaliste et philologue juif, originaire de Lituanie biélorusse, qui s’est installé à Jérusalem en 1881. [2] Eliézer refusait de parler à ses enfants une autre langue que l’hébreu, alors même que personne ne le parlait encore dans la vie courante. En 1948, après la création de l’État d’Israël, l’hébreu est devenu (avec l’arabe) une des langues officielles de l’État juif. Il est désormais la langue maternelle de millions d’Israéliens, et Ben Yehoudah est connu comme « le rénovateur de la langue hébraïque. »
Ni le dictionnaire de Ben Yehoudah, Dictionnaire de la langue hébraïque ancienne et moderne, ni les néologismes de Ben Yehoudah et de son Comité pour la langue hébraïque, fondée en 1889, ne suffisaient pour décrire les réalités de son époque. L’Académie de la langue hébraïque, qui a remplacé le Comité en 1953, a dû s’atteler à la tâche ardue de créer des néologismes pour des milliers de concepts qui n’existaient pas dans les temps bibliques – micro, chemin de fer, ordinateur, etc., afin de compléter la langue antique, celle des origines hébraïques. [3]
Mais l’influence de l’anglais n’a jamais cessé. Bon nombre de ces nouveaux mots proposés par l’Académie ont été adoptés par le public israélien, mais d’autres ne sont jamais entrés dans la langue courante puisque les Israéliens préféraient des mots anglais. Prenons, par exemple, le mot anglais « puzzle », [4] qui est apparu tel quel et transcrit en lettres hébraïques. (Il est apparu également dans le français, sauf au Canada francophone où on emploie « casse-tête », ainsi que dans l'espagnol, qui offre un choix entre rompecabezas et puzzle.) L’Académie a inventé un mot (תצרף) qui devrait très bien sonner aux oreilles des Israéliens, et donner un sens pittoresque à des pièces qui s’emboîtent les unes dans les autres. Mais le grand public a eu du mal à accueillir ce mot ingénieux et a généralement continué d’employer puzzle.
Il fallut l’intervention des Chinois pour tenter de sauvegarder la pureté de l’hébreu. Pour bien comprendre cette intervention insolite, il faut savoir qu’en 2014 une entreprise publique chinoise a racheté le plus grand producteur israélien de produits laitiers, la société coopérative Tnuva, fondée pendant le Mandat britannique, en 1928.
Quel rapport peut-il y avoir entre ce rachat d’une coopérative laitière et des mots comme puzzle ? Voici l’explication : afin d’inciter ses clients à utiliser des mots corrects au lieu d'anglicismes, le nouveau propriétaire a imprimé sur ses briques de lait des mots en hébreu – sur chacun l’anglicisme en petites lettres, et son équivalent proposé par l’Académie en lettres plus grandes. Dans le cas de puzzle : תצרף(grand), פָּזֶל (petit) .
en haut – le mot "puzzle" en hébreu correct – תצרף
ci-dessous (au-dessus de l'image) – l'anglicisme – פָּזֶל
L'auteur ignore si, en Chine, les producteurs utilisent des boîtes, des cartouches ou des briques pour améliorer la maîtrise linguistique du grand public, mais cette pédagogie nous paraît tout à fait louable. [5] Il reste à savoir si les Israéliens qui n'ont pas acquis une bonne maîtrise de leur langue maternelle en s’abreuvant du lait prodigue par le sein maternel pourront y parvenir grâce aux briques de lait « chinoises » à visée éducative.
Aux États-Unis, il existe des briques de lait qui portent des photos d'enfants disparus. Peut-on utiliser de tels récipients pour retrouver des langues perdues ?
Pour revenir à nos moutons, une dernière question se pose : peut-on envisager une collaboration entre l’Académie française et la Coop de France Métiers du Lait pour convaincre les Français que la langue française est assez riche pour offrir des mots autres que casting, timing et showering, (analysés dans l’article de René Meertens en introduction) ? [6]
À bas le coolitude de l’anglais, cité par Anthony Bulger.
[2] Selon Wikipedia : C'est dans un café du Quartier latin qu'Eliézer fait la connaissance d’un journaliste russe dénommé Tchashnikov correspondant à Paris du Rouski Mir. De famille noble et ami de la princesse Tchashnikov, le journaliste, dans la quarantaine, prend le jeune homme sous son aile et, grâce à cette rencontre, Éliézer s’initie à tous les secrets du journalisme et du monde politique parisien. Pour subvenir à ses besoins et payer les études de Éliézer, Tchashnikov lui procure des travaux de traduction du français au russe. Il commence des études à l'Université de Paris (la Sorbonne) et passera quatre ans en tout à Paris. Lorsque Éliézer confie à son ami journaliste le secret de sa venue à Paris, son idée de résurrection de l'hébreu. Tchashnikov l'appuie et l'incite à faire connaître son projet, par les biais des journaux.
[3] Quelques termes hébraïques de la Bible sont apparus en français, par exemple tohu-bohu, et Capharnaüm ou Capernaüm. Voir notre article : https://bit.ly/3aUeGt5 Voir aussi : (Alain Houziaux, Le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu, Presses de la Renaissance, 1997, p26)
L'organisme à laquelle est confiée la tâche d'accroître l’influence de la langue français dans la ville de Ben Yehoudah, s’appelle l’Institut français de Jérusalem – Romain Gary. Mais paradoxalement, ce berceau de la culture française fait une partie de sa publicité en anglais.
[4] Plus précisément, ce jeu s'appelle jigsaw puzzle, mais dans l'anglais parlé, il est souvent abrégé en puzzle, que le français, l'espagnol et l'hébreu ont emprunté. Puzzle tout seul s'emploie en anglais aussi dans le sens plus abstrait d'énigme. Brain teaser n’est pas la même chose que jigsaw puzzle. Crossword puzzle veut dire mots croisés.
Il convient de noter deux faits historiques : (i) Dans les années 1930-1940, un grand nombre de Juifs se fuyant de l'Europe se sont réfugiés à Shanghai où ils ont été sauvés. Un musée à Shanghai témoigne de cet événement. (2) En 2000, le Président de la république de Chine (1,3 milliard d'habitants à l'époque), et leader du Parti communiste, Jiang Zemin, dans le cadre d'une visite en Israël, s'est rendu au Kibboutz Ein Gedi (commune agricole, avec une population de 400-500 membres) pour apprendre sur place certains secrets du socialisme.
[6] En revanche, l'anglais n'a pas (encore) un mot équivalent à « déconfinement ».
Jonathan Goldberg
Votre blogueur fidèle est traducteur et interprète assermenté auprès du Judicial Council of California (hébreu/anglais, français/anglais). Il a vécu sur quatre continents et a passé un an à Paris, où il a obtenu un diplôme en Civilisation française de la Sorbonne – un cas de opsimathie, vu le fait qu'il n'a jamais appris le français à l'école ni pendant ces années d'études précédentes en droit. Il a été membre du Barreau d'Afrique du Sud et du Barreau d'Israël. Il a traduit en anglais RÉVOLUTION d'Emmanuel Macron. Il ne faut pas le confondre avec un autre Jonathan encore plus ancien – la tortue (âgée de 188 ans) en confinement sur l'île de Sainte Hélène (comme Napoléon autrefois). [*] Les deux (Jonathan & Jonathan, non Jonathan & Napoléon) se sont rencontrés lors d'une visite de l'île effectuée par votre blogueur. Voir le reportage : https://bit.ly/2KS6Wxe
Jonathan le traducteur
Jonathan la tortue
[*]
Soldat anglais à Napoléon: "Quel est, au juste, le "motif valable" de votre sortie ?"
Des entretiens supplémentaires avec des traducteurs/trices hébreu-français :
Essays on Conference Interpreting par James Nolan Ed. Multiligual Matters, 2020
Les Essays on Conference Interpreting de James Nolan sont la quintessence de l’expérience d’une vie au service de l’interprétation, dont la lecture s’avère passionnante aussi bien pour l’interprète expérimenté – par les anecdotes rapportées, l’interprète en devenir – que pour une audience simplement curieuse des ficelles et coulisses du métier, très admiré des profanes. En outre, le texte a été enrichi de liens à des illustrations sonores, pouvant servir d’exercices pratiques pour l’interprète en herbe.
La traduction – aujourd’hui et par le passé
Selon Nolan, la mission de l’interprète n’est pas de l’ordre de la traduction en raison des aspects émotifs du message parlé, de sa subtilité, de sa nature éphémère ; interpréter est un ensemble de processus complexes et convergents, nécessitant attention, sensibilité et concentration mentale, rappelant par certains égards la formation à la musicalité et à la comédie. Avec la digitalisation actuelle, la communication est marquée tant par le support de communication que par le contenu. Si la traduction automatique peut être convaincante, on oublie qu’elle n’est que verbalisation synthétisée plutôt que pensée articulée, alors que le recours à l’outil « traducteur » constitue un frein à l’apprentissage de langues étrangères, (les avantages du multilinguisme bien connus – compétences cognitives non liées à la langue, cf. linguiste suisse François Grosjean). L’automatisation croissante a pour effet de limiter des activités humaines ainsi que les caractéristiques culturelles, alors que le cerveau est dépositaire de 300 000 ans d’expérience évolutive, d’idées et de sentiments échappant au robot. La langue est une chose que nous faisons, et sa composante qui est un jeu de données basé sur la mémoire à partir de l’expérience ne saurait être parfaitement reproduite par un ordinateur. Ainsi, suite à une erreur embarrassante dans la traduction d’un document officiel, le gouvernement indien a interdit à ses fonctionnaires de recourir à l’outil de traduction Google.
Premiers auteurs à s’être penchés sur le rôle de la traduction, Cicéron et Horace avaient déjà cherché à rendre le sens des textes grecs, plutôt que de traduire mot à mot. Selon Horace, dans son Ars poetica, la qualité esthétique devait primer sur la fidélité à l’original. De tout temps, les emprunts culturels, rendus possibles par la traduction, ont contribué à la croissance culturelle. Ainsi, au 13e s., le roi Alphonse le Sage de Castille, faisant traduire moult textes grecs, latins, hébreux et arabes, avait enrichi le savoir de son pays, rayonnant dans toute l’Europe. Là où la communication orale était la règle, les indigènes devenaient interprètes. Ainsi, Enrique, l’interprète au service de Magellan, négociait pour ce dernier, représentant ainsi le roi d’Espagne. En Chine, la fonction d’interprète était devenue héréditaire, bien que le statut fût peu considéré car les interprètes étaient en contact avec les « barbares » tant détestés. Par la christianisation (en 597), l’Angleterre s’enrichit de la civilisation latine, s’ensuivit l’apport scandinave et normand – l’anglais aura emprunté à 350 langues.
Métier d’interprète
Ce sont les procès de Nuremberg de 1945-46 qui ont donné un essor à l’interprétation simultanée ou de conférence, le volume du travail ayant rendu indispensable la traduction en temps réel.
La vitesse considérée normale de la parole est de 140-180 mots par minute, toutefois elle atteint facilement 300 mots, et reste compréhensible avec 500 mots. A de tels rythmes, l’interprète doit réduire le verbiage en éliminant mots et syllabes, abrégeant tout ce qui est redondant, superflu et évident, recourant pour ce faire aux techniques de la compression et de la reformulation, le résultat étant une langue plus courte et naturelle.
L’interprétation simultanée est indispensable pour la communication et les négociations internationales. La nature fondamentale différente entre traduction et interprétation simultanée peut-être entrevue sur l’exemple de l’opéra : un livret peut être traduit mais l’opéra n’est que rarement chanté en traduction ; le livret ne saurait rendre la portée émotionnelle. Pour être performant, l’interprète doit notamment : 1) distinguer le sens des mots (sans suivre aveuglément le message d’origine), important pour le discours diplomatique, lorsqu’il s’agit de rendre l’ironie, l’allusion ou l’humour ;
2) trouver rapidement les termes (seul Martin Luther, en traduisant la Bible, pouvait mettre jusqu’à 4 semaines pour rechercher un seul mot ; 3) posséder des connaissances étendues.
Ce qui est traduisible
On estime que les interprètes parlementaires sont à même de transmettre 60% environ du sens de la langue source à la langue cible. L’interprète doit par conséquent trancher entre ce qui est impératif et ce qui peut être omis, en veillant à transmettre les idées principales, en raccourci et sans trop de détails si besoin.
Différentes stratégies permettent de traiter ce qui reste intraduisible :
Exprimer l’émotion : ex. plutôt de que traduire saudade par « envie, désir ardent, nostalgie », exprimer l’émotion dans la voix
Termes abstraits traduits rendus par des termes concrets
Utiliser un terme générique si le délai est trop court
Adapter si nécessaire, p.ex. Ombudsman devient « médiateur communautaire »
De nouveaux termes apparaissent d’abord dans la langue parlée avant la langue écrite
Connaître le sens des métaphores
Les compétences de l’interprète
L’écoute active : analyser et résumer mentalement ce qu’on entend, utilité de prendre note des points clés
Cartographier ce qu’on entend, car cela facilite une traduction plus naturelle, plus claire et concise
Importance de l’apprentissage de prise de parole en public voire d’une expérience de théâtre, afin de pouvoir refléter les compétences des conférenciers qui, lors de débats internationaux, se produisent en quelque sorte en scène.
En réunion, on parle d’erreur s’il est dit quelque chose de substantiellement différent voire contraire, qu’un point significatif est omis, ou qu’on n’est pas dans le bon registre ou ton. Dans le cas d’une erreur essentielle, il convient de la corriger le plus vite possible. Il ne faut pas omettre un passage, en cas de panne de terme utiliser des termes généraux.
Protocole, étiquette et éthique de l’interprétation
L’interprétation consécutive est pratiquée notamment dans les tribunaux, lors de négociations diplomatiques car elle donne un peu de répit aux protagonistes.
Il est important pour l’interprète de savoir s’affirmer car il faut parfois interrompre le conférencier si un point important doit être répété. On utilise les pauses du conférencier pour interpréter, et il convient d’en prévenir le conférencier. Tout comme de rassurer le client sur le secret professionnel, de vérifier les outils techniques et l’emplacement de l’interprète, tout cela afin d’éviter une situation de désaccord sur le fond de l’interprétation.
Dans les sociétés multilingues, la valeur donnée à l’interprétation est plus grande, ainsi, en Afrique du sud, seuls les fonctionnaires du magistère étaient plus importants que l’interprète. La barrière linguistique peut également être utilisée en tant que frein à des négociations, afin de gagner du temps de consultation voire de changer de cap. Dans le cadre de négociations diplomatiques, l’interprète doit veiller à garder sa neutralité. Le recours à l’interprétation donne aux négociations une meilleure chance de succès, aucune partie ne se sentant désavantagée par le fait de forcer l’autre à utiliser un langage peu connu. Il est arrivé cependant que la « barrière linguistique » ait été utilisée comme arme (ex. au moment du démantèlement de la fédération yougoslave et autres conflits).
Enfin, un professionnel doit refuser une mission qui exigerait de lui d’endoctriner les auditeurs ou de censurer les conversations. L’interprète doit-il toujours entièrement s’effacer en adoptant un ton monotone ? Pas forcément en interprétation consécutive, où il peut être judicieux de reproduire le style de l’orateur.
L’absence d’interprète a pu avoir de graves conséquences, exemple en soit l’attaque surprise de Pearl Harbor en l’absence de transcriptions à l’ambassade américaine de Tokyo.
Enfin, n’oublions pas que des interprètes ont pu payer leur fonction de leurs vies, notamment lors de la guerre en Bosnie, ou celle d’Irak. L’interprétation peut être un métier dangereux – telle fut la tristement célèbre position de Paul Schmidt, linguiste maîtrisant 20 langues et admiré de Hitler, qui fut de 1933 à 1945 l’interprète attitré du leader nazi. Ayant témoigné contre Ribbentrop à Nuremberg, Schmidt fut acquitté – la question reste ouverte à savoir s’il a ainsi pu se racheter une conduite.
Considéré comme la première représentation connue d'un interprète au travail
Photo courtesy of Leiden National Museum of Antiquities – Believed to be the earliest known depiction of an interpreter at work, this Egyptian bas-relief showing a detail of a very large frieze from the tomb of Haremhab (or Horemhab) at Saqqara, ancient Memphis, just outside Cairo, dates from about 1330 BCE. Today the frieze is in the National Antiquities Museum at Leiden, Netherlands.
Il existe plusieurs mots en anglais, chacun écrit avec un trait-d'union, dont la deuxième partie est “shaming”. Voici quelques exemples :
Slut-shaming
Selon Wikipedia : “Le slut-shaming est…traduisible en français par « intimidation (ou humiliation) des salopes » ou « couvrir de honte les salopes ». Il regroupe un ensemble d'attitudes individuelles ou collectives, agressives envers les femmes dont le comportement sexuel serait jugé « hors-norme .Le slut-shaming consiste donc à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l'attitude ou l'aspect physique serait jugé provocant ou trop ouvertement sexuel ou qui cherche à se faire avorter. »
Eco-shaming
Selon Madame Figaro (29.11.2019) (« Shaming, quand le tribunal du Net s’emballe ») : « L’éco-shaming – qui pointe toutes les entorses au développement durable – est en effet le dernier avatar à la mode de la famille plus large du shaming. »
Maintenant le New York Times (24.4.2020) vient d’employer une nouvelle variante de ces mots – coronashaming. Dans son article, intitulé « Corona-Shamed: George Stephanopoulos, J. Lo — Maybe You », il explique qu’Ivanka Trump, l'épouse du President, Chris Cuomo, le frère du Gouverneur de l’Etat de New York, et des citoyens privés sont critiqués sur les réseaux sociaux pour ne pas respecter les règles d'hygiène publique.
Les deux articles qui suivent ont été traduits et adaptés à notre intention par Isabelle Pouliot, le premier à partir d'un reportage sur le site de la B.B.C., redigé par Jessica Bown, journaliste, Affaires et technologies, 21 février 2020 et le deuxième à partir d'un reportage de CNN Business, rédigé par Claire Duffy, le 11 mars 2010.
Isabelle est membre de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) et également de la Northern California Translators Association (NCTA).
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La traduction automatique surpassera-t-elle la maîtrise d'une langue étrangère ?
Inscrivez « crottin de chèvre » dans Google Translate et vous aurez le résultat « goat dung » en anglais.
Un Anglais qui voit « crottin de chèvre » dans un menu en France et consulte Google Translate, pourrait passer outre et commander autre chose. Mais il perdrait la chance de goûter à un délicieux fromage de chèvre, souvent servi en entrée en France.
Ce genre d'erreurs explique pourquoi Google admet que son application gratuite, utilisée par près de 500 millions de personnes, n'est pas conçue pour remplacer les véritables traducteurs.
Les touristes peuvent s'accommoder de quelques erreurs parce que cette technologie est pratique et peu coûteuse. Mais lorsque les enjeux sont plus importants, comme dans le milieu des affaires, du droit ou de la médecine, ces services ne donnent pas souvent les résultats escomptés.
« Utiliser Google Translate peut entraîner de graves erreurs, surtout lorsque des mots ont plusieurs sens, ce qui est souvent le cas dans des domaines comme ceux du droit et de l'ingénierie », explique Samantha Langley, une ancienne avocate qui est désormais une traductrice juridique de l'anglais vers le français, assermentée par la cour et établie à Meribel en France.
Ce qui ne veut pas dire que les traducteurs professionnels n'utilisent pas d'outils de traduction assistée par ordinateur (TAO). Des outils plus perfectionnés permettent de faciliter la traduction de passages répétitifs.
Ces outils sont même intégrés aux programmes d'études des langues vivantes. Que valent-ils alors?
L'un des nouveaux outils les plus populaires est l'oreillette de traduction. L'oreillette est jumelée à une application de téléphone intelligent; elles reconnaissent les langues étrangères et les traduisent pour l'utilisateur.
Selon Andrew Ochoa, chef de la direction de la jeune entreprise américaine Waverly Labs, laquelle produit des écouteurs de traduction, « il a fallu des décennies de recherche pour créer des cadres algorithmiques qui reconnaissent des formes d'expression de la même manière qu'un cerveau humain, c'est-à-dire par un réseau neuronal.
Jumeler cela à la technologie de reconnaissance vocale nous a permis de faire un immense bon en avant en matière de précision. »
Les outils de TAO ont incontestablement allégé la caractère fastidieux de la traduction de textes tels les manuels d'instructions et les questionnaires, précise Paola Grassi, traductrice professionnelle à Milan et employée de Wordbank, une agence de traduction et de marketing multinationale.
« Les sondages sont parmi les textes les plus répétitifs et un bon outil de TAO accélère grandement le processus. »
Pour des conférences et des réunions, la popularité d'appareils de traduction portables comme ceux de Waverly Labs ne fait pas de doute. Mais même cette technologie de nouvelle génération, laquelle combine des réseaux neuronaux de reconnaissance vocale et des outils de traduction en ligne, a ses limites.
Les utilisateurs doivent attendre quelques secondes pour obtenir la traduction d'une phrase, et plus encore si la connexion internet est mauvaise.
Et les ordinateurs ne peuvent pas rendre les subtilités de la communication humaine.
« La technologie est sans aucun doute un outil utile pour traduire certains types de contenu, comme des manuels », explique Zoey Cooper, directrice, Marques et contenu, Wordbank.
« Mais si vous voulez créer une relation avec le lecteur, vous avez besoin d'un traducteur humain pour produire un texte qui semble naturel et pour rendre les nuances émotionnelles, ce qui signifie souvent de restructurer complètement une phrase. »
Antonio Navarro Gosálvez est un traducteur de l'anglais vers l'espagnol qui vit à Alicante en Espagne. « Je crois que les outils de TAO freinent la créativité.Si l'outil vous donne une traduction partielle, je trouve qu'il est plus difficile d'éliminer une partie de la phrase et la reconstruire que créer une phrase à partir de rien. »
Selon M. Ochoa, ce problème pourrait être résolu au cours des 10 prochaines années.
« Lorsqu'il faut exprimer de l'émotion et une intonation, nous avons besoin de l'analyse des sentiments, qui n'est pas encore au point, mais qui pourrait bien l'être d'ici 10 ans. »
Les langues étrangères constituent toujours un atoutsur le marché du travail.
Au Royaume-Uni, environ 15 % des offres publiées sur le site de recherche d'emploi Reed exigent la connaissance d'une langue étrangère.
Selon une nouvelle recherche effectuée par l'American Council on the Teaching of Foreign Languages, 75 % des entreprises manufacturières ont besoin d'employés ayant diverses compétences langagières.
Et pourtant, l'apprentissage des langues perd de sa popularité dans les écoles du Royaume-Uni.
Le ministère de l'Éducation du Royaume-Uni prend des mesures pour freiner ce déclin.
« Nous sommes déterminés à faire en sorte que plus d'élèves apprennent des langues, et désormais, il s'agit d'une matière obligatoire du programme national d'éducation pour tous les élèves, de la troisième à la neuvième année » a-t-il indiqué.
Selon Mme Cooper, parler une langue étrangère est une compétence recherchée.
« Il y a encore de nombreuses possibilités pour les diplômés, à la fois dans la traduction spécialisée et dans le marketing mondial. »
Et même si vous n'utilisez pas une langue dans un contexte professionnel, parler une autre langue offre d'autres avantages.
« Comment pouvez-vous connaître un pays et adopter une culture si vous ne parlez pas la langue? », demande Mme Cooper.
« Même avec les applications activées par la voix, il va vous manquer quelque chose. »
IBM veut que les ordinateurs comprennent le langage naturel
IBM commercialise une nouvelle technologie qui facilite la compréhension du langage humain par les ordinateurs.
Les systèmes d'intelligence artificielle ont pris plus d'importance dans le domaine des affaires en raison de leurs capacités améliorées de traitement de grandes quantités de données et d'apprentissage fait à partir de ces mêmes données. Mais ces systèmes avaient du mal à comprendre les nuances de la communication entre humains qui se fait au jour le jour.
IBM bonifie son système d'IA, Watson, avec de nouveaux outils pour traiter ce problème et mieux comprendre le langage humain. La technologie de traitement automatique du langage naturel a été mise au point dans le cadre du projet de recherche d'IBM intitulé Project Debater [1] lequel a été le premier système d'IA à débattre contre un expert humain l'an dernier.
Pour débattre de façon autonome, Project Debater devait être capable d'écouter son adversaire, de comprendre ses arguments et de formuler rapidement une réponse, tout cela sans accéder à internet.L'ordinateur devait donc être capable de déterminer et de comprendre des expressions familières ou idiomatiques, tout comme certaines expressions ou certains termes employés dans un secteur précis, par exemple, « c'est dans la poche » ou « pas d'un grand secours » (auparavant, un système d'IA aurait pu penser que quelqu'un cachait quelque chose dans sa poche).
Les entreprises pourront désormais utiliser les outils de traitement du langage naturel d'IBM pour améliorer le dépouillement de documents et la recherche, pour mieux filtrer la communication entrante et améliorer leur service à la clientèle.
« En affaires, tout est lié à la communication, la communication entre les employés, avec les partenaires d'affaires, avec les clients, et elle prend la forme de courriels, de clavardages, de messages texte, de documents », comme l'a expliqué à CNN Business le directeur général des données et de l'IA d'IBM, Rob Thomas. « Certaines des données les plus intéressantes d'une entreprise sont encodées dans tous ces supports, tout ce langage. »
Environ 48 % des directeurs du placement du monde entier examinent la possibilité de déployer des systèmes d'IA dans leurs entreprises cette année, selon un sondage de 2019 réalisé par la firme Gartner. Selon les données d'un sondage d'IBM effectué en janvier auprès de 4500 décideurs en matière de technologie au sein d'entreprises du monde entier, 45 % des entreprises ayant plus de 1000 employés ont adopté l'IA.
Une amélioration considérable par rapport aux systèmes d'IA existants est la capacité du système d'analyser les sentiments, d'examiner ce qu'une personne dit ou écrit et comprendre ce qu'elle tente réellement de communiquer et quel est le contexte. Par exemple, le système peut désormais comprendre la véritable signification lorsqu'une personne dit qu'elle a « la tête dans les nuages », c'est-à-dire qu'elle est distraite, au lieu de prendre cette expression au pied de la lettre.
Selon Rob Thomas, « souvent, quand on parle ou interagit, surtout dans le service à la clientèle, on utilise beaucoup d'expressions et de termes propres à un secteur ».
L'intégration de cette capacité d'analyse à Watson Discovery [2], un système d'IBM, facilite la recherche, et la cueillette de données précieuses, dans une multitude de documents et d'autres sources de communication écrite d’entreprises.
Le système peut mieux comprendre les thèmes et points principaux de documents et les classer ensuite dans des catégories plus précises, ce qui les rend plus utiles. Il peut aussi générer de brefs résumés à partir d'une multitude de données. Le système peut aussi distinguer si deux documents font une analyse similaire d'un même sujet, mais avec un vocabulaire différent.
« Si Watson analyse un million de documents, il peut déterminer l'information la plus pertinente en raison du problème qu'on tente de résoudre », illustre M. Thomas.
Ce genre de tâches pourrait être pratique dans le cas d'une entreprise qui doit filtrer les demandes de service à la clientèle et les diriger où elles pourront être traitées adéquatement. Un cabinet d'avocat pourrait aussi s'en servir pour analyser des documents et en tirer des conclusions et faire une découverte dans le cas d'une cause; ce qui exigerait d'un avocat des jours ou des semaines de travail serait effectué en quelques minutes par un système d'IA.
L'un des aspects les plus préoccupants dans le domaine de l'intelligence artificielle : il a été démontré que dans certains cas, des systèmes reproduisaient des préjugés humains envers certains groupes, dont les personnes de couleur.
Thomas insiste sur le fait que la confiance est essentielle pour les entreprises qui utilisent l'IA, tout comme pour leurs clients. Il explique qu'IBM a une plateforme appelée Watson OpenScale[3] et parmi ses fonctions, elle peut détecter les préjugés et dérives de systèmes d'IA d'entreprises.
« La confiance est essentielle, d'être capable d'utiliser une IA dont vous pouvez expliquer le fonctionnement, qui est libre de préjugés, digne de confiance », dit Rob Thomas.
Et même si l'intelligence artificielle peut changer la manière dont les humains travaillent, il est très peu probable qu'elle élimine la nécessité de recourir au travail des humains. Selon Rob Thomas, ce serait le contraire, que ces systèmes pourraient plutôt rendre les gens plus efficaces.
« Peut-être qu'un problème peut être trop difficile à résoudre par l'IA, mais si on jumelle cette technologie à un humain, sa capacité et sa rapidité à trouver une solution augmentent rapidement. »
[1] IBM Project Debater 57:52 minutes
[2] Why you should use Watson Discovery – 1:45 minutes
[3] Operationalize Trusted AI with IBM Watson OpenScale
Lectures supplémentaires :
Quel est le meilleur service de traduction en ligne ? Une société européenne vient de lancer un service de traduction automatique qu’elle estime être « trois fois plus performant que celui de Google ». Nous avons vérifié.
Dans son édition du 26 mars 2020, le journal annonce : « Coronavirus : le Congrès américain valide le plan de relance à 2 000 milliards de dollars. » Il est vrai que le mot « trillion » n’est pas d’usage habituel, ni en anglais ni en français, mais le moment est venu pour ce journal prestigieux de le connaître. Le terme exact pour 2 000 milliards est 2 billions en français et 2 trillions en anglais. Il s’avère que ces deux mots apparentés et à l'orthographe identique, « trillion » et trillion, sont des faux-amis.
Le site anglais-pratique.fr liste les paires de mots équivalents suivantes :
quintillion (1,000,000,000,000,000,000) (one billion billion) (10 to the power of 18) (10 to the power 18)
Pour comprendre comment sont nés ces faux-amis, il faut connaître les deux échelles de nombres – « échelle courte » (en anglais « short scale ») et « échelle longue » (en anglais « long scale »). Cette différence est expliquée sur le site de anglais-pratique.fr ainsi que sur d’autres sites.
Pour ceux parmi nos lecteurs et lectrices qui ont envie d’apprendre les nombres anglais encore plus rares, voici une autre liste qu’ils pourront employer pour s’amuser.
Le Monde, 23.4.2020 : « L’OMS met en garde contre les « passeports immunitaires », faute de données suffisantes sur les risques de réinfection. »
Le journal explique « Certains gouvernements ont émis l’idée de délivrer des documents attestant l’immunité des personnes sur la base de tests sérologiques révélant la présence d’anticorps dans le sang, de façon à deconfiner et à permettre peu à peu leur retour au travail et la reprise de l’activité économique. »
(Il convient de noter que l'anglais n'emploie pas le verbe to confine dans ce contexte (même si l'expression confined to home est usitée), et l'anglais n'offre pas non plus de terme équivalantàdéconfiner ou à déconfinement, dans le sens d'un antonyme de confiner ou de confinement, dans le contexte de la pandémie actuelle.)
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télé-travail
Le journal Le Monde, dans son édition du 23 avril, 2020, fait allusion au “télé-travail”. Ce terme est à la mode suite au confinement, mais il n'est pas nouveau. Selon Wikipedia : « Promu dès les années 1970 (via le téléphone et surtout le fax), dont en France par les pouvoirs publics français qui y voyaient un mode d'aménagement du territoire, c'est en 1972 que le terme « telework » apparaît pour la première fois dans un article du Washington Post signé par le journaliste Jack Schiff et, à la même époque, Jack Nilles, considéré comme le père du télétravail lance ses premiers travaux sur ce qu’il baptisa, en 1975, le « telecommuting ».»
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debtphobia
New York Times – le 5 mai 2020 :
« Pour la première fois en 169 ans d’existence, le mot "debtphobia" a été publié dans notre édition d’hier ».
On nous a proposé « phobie de l’endettement » pour "debtphobia". »
La pandémie favorise les « coups d’État du coronavirus » ["Coronavirus coups"]
Los Angeles Times, 1er avril 2020 Traduction : Jean-Paul Deshayes
Invoquant la nécessité d’enrayer la pandémie, certains gouvernants autoritaires sont en train d’accroître leur pouvoir sans rencontrer de véritable résistance.
Pour lutter contre la propagation du coronavirus, les démocraties ont recours à des mesures comme l’état d’urgence, l’instauration soudaine du confinement et une surveillance accrue des citoyens. Or, les autocrates actuels tirent profit de ces mesures : selon les analystes, la crise sanitaire qui sévit à l’échelle mondiale sert de prétexte à certaines prises de pouvoir audacieuses.
Des observateurs inquiets ont désigné ce phénomène par l’appellation caustique de « coups d’État du coronavirus. »
Des campagnes de désinformation sur la pandémie de Covid-19 font suite au déclenchement de l’épidémie de coronavirus en 2019 (Covid-19).
De nombreuses théories du complot, infox et cas de désinformation ont éclos sur internet à propos de l'origine de cette maladie, son étendue, sa prévention, son traitement, ainsi que divers autres aspects.
Les fake news et la désinformation ont été diffusées par les réseaux sociaux, les messageries, et par des médias officiels russes et chinois. Certaines fausses informations et désinformations qui ont été diffusées ont affirmé que le virus était une arme biologique pour laquelle il y aurait un vaccin breveté, ou encore un programme de contrôle de la population ou le résultat d'une opération d’espionnage.
D'autres désinformations concernant l'utilisation de médicaments et de traitements. C'est le cas pour la chloroquine, médicament présenté comme une solution possible, mais qui n'a pas fait l'objet de tests aboutis suivant la méthode scientifique. De nombreuses fausses informations sont diffusées concernant l'efficacité, la diffusion et les effets de ce médicament, tant par des personnalités politiques (dont Donald Trump) que médiatiques.
La désinformation médicale sur les moyens de prévention, de traitement et d’autodiagnostic de la maladie du coronavirus a aussi circulé massivement sur les réseaux sociaux. L’organisation mondiale de la santé a parlé d'une infodémie d'informations erronées concernant ce virus, présentant des risques pour la santé mondiale.
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Regain d'intérêt pour les dictionnaires en ligne ?
The Economist, 25 mars 2020. Traduction : Jean Leclercq
EN TEMPS DE GRANDE FRAYEUR, les gens cherchent désespérément des sources sérieuses d’information : les scientifiques et les pouvoirs publics. La pandémie de covid-19 en est un exemple.La pandémie de covid-19 en est un exemple. Mais, ils se fient aussi à une source autorisée moins évidente. Traditionnellement, un bloc de papier d’une robustesse rassurante, le dictionnaire, a été un sérieux instrument d’arbitrage des paris. De nos jours, les dictionnaires sont de plus en plus en ligne. Les meilleurs d’entre eux, non seulement valent mieux que le meilleur des anciennes versions papier, mais ils permettent aux lexicographes de sonder l’esprit des gens.
Depuis des années, Merriam-Webster, l’un des noms les plus connus parmi les éditeurs américains de dictionnaires, nous a renseignés sur les pointes de recherches de mots coïncidant avec les périodes de grands événements sociaux. La présente pandémie n’y échappe pas. Les pointes les plus évidentes concernent des termes comme le coronavirus lui-même – en augmentation de 1.100.000% (voir graphique). Mais, d’autres termes permettent à l’observateur de constater une aggravation de la crise : les gens ont commencé à chercher de plus en plus les mots epidemic, à la mi-janvier, et pandemic, au début de février. Les termes liés à la prévention ont également bondi : quarantine et self-isolation, à la mi-mars, par exemple. (Note à l’adresse des puristes : si vous êtes du genre à vouloir que « décimer » ("to decimate" en anglais) signifie uniquement détruire d’environ un dixième, votre quarantaine doit durer 40 jours. [1] ) Lorsque les pouvoirs publics ont commencé à agir, les gens ont cherché à comprendre ce qui allait se passer : draconian, lockdownet triage ont alors pointé le nez, en février. Martial law, aussi, mais pour une raison bien précise : le 16 mars, un sénateur américain, Marco Rubio, a tweeté une allusion soléciste à la loi martiale, ce qui a provoqué une pointe de recherches.
Les gens ont poussé les recherches au-delà des seuls termes relativement raréfiés. Ces derniers temps, ils ont aussi recherché des termes comme to cancel , se demandant peut-être si des dérivés comme cancelling ont un ou deux l. (Réponse : un seul aux États-Unis, et deux en Grande-Bretagne, au Canada et dans beaucoup d’autres pays.) Peut-être plus étonnant encore, on a enregistré des hausses – difficile de les appeler autrement que des sursauts, mais néanmoins visibles dans les données – pour des mots comme trustet stress. Peter Sokolowski, de chez Merriam-Webster, estime qu’il est difficile de savoir pourquoi. Mais, il reconnaît que lorsque les gens s’inquiètent, il peut leur paraître plus urgent de donner un sens plus spécifique et plus concret à un terme abstrait. Comme de faire des provisions de denrées alimentaires et de papier hygiénique, c’est comme si l’on tentait de stocker autant d’informations compréhensibles que possible.
À temps d’urgence, moyens exceptionnels.
Note du blogue :
[1] Le terme anglais quarantine est associé au français « quarantaine », mais son origine remonte plus loin. En latin, le chiffre quarante se disait quadraginta, origine du vieil anglais quarentyne désignant "le désert où le Christ jeûna pendant quarante jours ». Dans les années 1520, le mot prit sa forme actuelle, mais pour désigner cette fois la période de quarante jours pendant laquelle la veuve avait le droit de demeurer dans la maison de son époux défunt. Cette règle fut édictée dans la Grande Charte (Magna Carta) de 1215 et consacrée par le droit coutumier afin de donner à la veuve la possibilité de faire le deuil de son mari en toute sérénité et d'écarter d'éventuels héritiers un peu trop pressés de la chasser de son domicile.
La racine latine quadraginta a donné quaranta en italien mais, si quarantina signifie « quarantaine » (environ quarante), le mot quarantena désigne la période de 40 jours pendant laquelle un navire soupçonné de transporter une maladie était tenu en isolement. Les navires arrivant à Venise en provenance de ports infectés étaient obligés de rester au mouillage pendant 40 jours avant d'accoster. En effet, Venise risquait d'être une proie facile pour la peste car c'était un port d'escale et de transit pour toutes les voies maritimes reliant l'Europe à l'Orient, un vrai carrefour qui accueillait des navires et des gens de partout. La Sérénissime république se dota donc de moyens de prévention modernes, créant des zones de quarantaine sur quelques îles éloignées de la ville, les lazzaretti , imitée en cela par d'autres ports italiens et européens. En France, la plupart des ports méditerranéens (dont Sète et Toulon) disposaient d'un lazaret.
Le délai de quarante jours n'avait pas été fixé au hasard. Il correspondait à la durée maximale d'incubation des maladies infectieuses contagieuses, d'après l'état des connaissances à l'époque. Il a été ramené à 14 jours et même moins, selon les maladies. Les mesures et les délais de surveillance des maladies soumises à surveillance sont désormais définis par le Règlement sanitaire international.
Les paroles de la chanson “Feker Libi” seront interprétées en amharique, arabe, anglais et hébreu, par Eden Alene, le candidat israélien à l’Eurovision 2020.
(photo credit: RONEN AKERMAN)
Pour la première fois, une Israélienne d’origine éthiopienne représentera Israël au Concours Eurovision de la chanson.
Eden Alene, 19, est devenue le choix pour le concours de mai qui se tiendra aux Pays-Bas après avoir remporté le concours de réalité de la chaîne 12 “HaKochav HaBa” ou “La prochaine Étoile”, mardi soir.
Elle était le choix du jury et des téléspectateurs israéliens qui ont envoyé leurs votes.
« C’est un honneur incroyable de représenter mon pays, a-t-elle dit après l’annonce de sa victoire. C’est incroyable qu’un Éthiopien le fasse pour la première fois ».
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a félicitée sur Twitter, en écrivant : « Eden, tu es une championne ! Nous te faisons confiance pour rapporter l’Eurovision à la maison. Bonne chance ! ».
Eden est née et a grandi à Jérusalem. Ses parents ont divorcé quand elle avait quatre ans, et elle n’a eu aucun contact avec son père depuis. Elle a étudié la danse classique pendant dix ans avant de quitter une école religieuse pour aller vers un établissement laïc afin de suivre des cours de théâtre et de chant.
La chanteuse israélienne Netta Barzilai a remporté l’Eurovision en 2018, ce qui a fait d’Israël le pays hôte du concours l’année suivante.