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Un roi d’Angleterre en stationnement abusif ?‎

Richard III, dernier roi Plantagenet d'Angleterre (1452-1485) [1], est mort à l'âge de 32 ans, à la bataille de Bosworth Field, prés de la ville anglaise de Leicester. [2] Sa mort a mis fin à la guerre des Deux Roses entre la famille d'York, dont l'emblème était une rose blanche, et la famille de Lancastre, dont l'emblème était une rose rouge.

Richard III, roi d'Angleterre 

 

Il paraît que des archéologues britanniques viennent de découvrir le squelette présumé de Richard III, percé d'une flèche, sous un parking du conseil municipal, au centre de Leicester (prononcer Leister) À l'endroit où, de l'avis des chercheurs anglais, se trouvait la chapelle des Greyfriars, sépulture dusouverain félon [3].

Leicester (Angleterre)

R3 - 1

Sous le regard de deux figurants vêtus en chevaliers, un ouvrier marque le site des fouilles. Dans le fond, un archéologue sonde le sol avec un détecteur radar.

En Angleterre, les automobilistes handicapés
ont droit à un badge bleu les autorisant à garer
leur véhicule plus longtemps que prévu par la
législation locale en vigueur.
Richard blue badge

à la mort de Richard, Henry Tudor devient roi sous le nom d'Henry VII. Un de ses premiers gestes de monarque fut, le lendemain de la bataille, de porter le cadavre de Richard jusqu'à la ville voisine de Leicester où il fut exposé, nu, et pendu pour qu'il n'échappe à personne que le roi était bien mort.

Après deux jours d'ignominie publique, le cadavre fut enterré dans l'église des Franciscains (Church of the Greyfriars).

 

  R III  

 

La chapelle a été démolie au XVIe siècle et l'on ne savait plus exactement où elle se trouvait.

Le corps qu'on vient de trouver est bien conservé. Il présente une déformation de la colonne vertébrale, résultat d'une scoliose sévère. Mais cela ne veut pas dire que Richard ait été bossu, comme William Shakespeare l'a représenté dans son drame « Richard III ». Le squelette montre plutôt qu'une des épaules du souverain était plus élevée que l'autre.

Photo Alistair Muir

Richard III de William Shakespeare

Pour vérifier les conclusions préliminaires, les chercheurs ont commandé des analyses d'ADN, qui seront pratiquées sur des dents et sur un fémur, puis comparées à l'ADN de Michael  Ibsen , descendant direct de la sœur de Richard III, Anne d'York. Leurs résultats devraient être connus dans trois mois. 

 
091712_1624_UnroidAngle8

Michael Ibsen, fabricant de meubles londonien, descendant de la sœur de Richard III.
 

Entretemps, relisons le fameux monologue par lequel débute la première scène du drame shakespearien :

Now is the winter of our discontent [4]
Made glorious summer by this sun [5] of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried.

Traduction française de François-Victor Hugo:

Maintenant que l'hiver de notre mécontentement
s'est changé en été glorieux par ce soleil d'York ;
Et toute la nuée pesant sur ma maison
Engloutie dans le sein profond de l'océan.

Puis (toujours Acte premier, scène première) Richard parle de sa difformité :

But I, that am not shaped for sportive tricks,
Nor made to court an amorous looking-glass;
I, that am rudely stamp'd, and want love's majesty
To strut before a wanton ambling nymph;
I, that am curtail'd of this fair proportion,
Cheated of feature by dissembling nature,
Deformed, unfinish'd, sent before my time
Into this breathing world, scarce half made up,
And that so lamely and unfashionable
That dogs bark at me as I halt by them;

Traduction française de François-Victor Hugo:

Mais moi qui ne suis pas formé pour ces jeux folâtres, ni pour faire les yeux doux à un miroir amoureux, moi qui suis rudement taillé et qui n'ai pas la majesté de l'amour pour me pavaner devant une nymphe aux coquettes allures, moi en qui est tronquée toute noble proportion, moi que la nature décevante a frustré de ses attraits, moi qu'elle a envoyé avant le temps dans le monde des vivants, difforme, inachevé, tout au plus à moitié fini, tellement estropié et contrefait que les chiens aboient quand je m'arrête près d'eux !

Ce passage introductif est expliqué par l'acteur britannique célèbre, Sir Ian McKellen.

 

 

Par ailleurs, François Parmentier, metteur en scène de la pièce au théâtre Epidaure de Bouloire, donne une toute autre explication en français :

 

Richard III – The New Evidence
28.8.2014 – 466 minutes

 

Nous regrettons que notre blog n'existât point au douzième siècle, parce qu'il aurait pu aider Richard Ier, Cœur de Lion, roi d'Angleterre, à apprendre l'anglais, (voir note [1] ci-dessous], désormais connu comme la langue de Shakespeare. En revanche, nous sommes heureux de pouvoir partager la langue de Shakespeare avec nos lecteurs, à l'occasion de la découverte des restes de Richard 111.

————-

[1] Richard III était le descendant de Richard Ier, Cœur de Lion, roi d'Angleterre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d'Anjou (1157-1199). Pendant son règne, qui dure une dizaine d'années, il ne séjourne que quelques mois dans le royaume d'Angleterre. Il utilise tous ses moyens pour partir à la troisième croisade, puis pour défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste. Ces territoires, pour lesquels il a prêté allégeance au roi Philippe, constituent la plus grande partie de son héritage Plantagenêt. Richard Ier parlait uniquement la langue d'oil et la langue d'oc.

[2] Les noms de beaucoup de villes anglaises se terminent en «cester », « chester » ou « caster », par exemple Manchester, Colchester, Dorchester, Chichester, Winchester, Portchester, Rochester, Worcester, Doncaster,  Lancaster, Leicester. Le suffixe dérive du mot latin « castra », qui veut dire camp. Il s'agit des camps qui ont été construits pendant la période romaine (43 – 410 après J.C.)

[3] Le substantif anglais felon (sans accent) n'est employé qu'aux Etats-Unis. Il désigne le condamné pour un crime qualifié de felony (acte délictueux plus grave que les misdemeanours, mais moins grave que la treason). Il n'a pas du tout la même signification que le terme « félon » en français, bien que les deux mots dérivent des mêmes racines.

[4] « the winter of our discontent » est devenu une expression figée en anglais pour designer un temps de tristesse ou de mécontentement. Il s'applique spécialement à la période hivernale de 1978-1979 au Royaume-Uni, pendant laquelle le pays a connu de larges grèves et un important désordre. L'expression est aussi le titre d'un roman écrit par l'auteur américain, John Steinbeck.

[5] « Soleil d'York » est un jeu de mots qui fait allusion au soleil éclatant qu'Édouard IV a adopté comme emblème, et (par la consonance en anglais entre sun, soleil et son, fils) au fils d'York, autrement dit, au fils du duc d'York. Ce jeu de mots disparaît complètement dans la traduction de François-Victor Hugo qui, rappelons-le, était le fils du grand poète. Entre 1857 et 1864, il a publié une traduction des œuvres de Shakespeare, préfacée par son père, qui passe pour la meilleure qui soit en langue française.

Glossaire du Le mot juste :

cadavre 

corpse 

cercueil 

coffin 

chapelle 

chapel 

cimetière      

cemetery 

corbillard 

hearse 

deuil 

bereavement 

éloge  

eulogy 

enterrement

burial 

entrepreneur de pompes funèbres, croque-mort 

funeral director, undertaker 

fossoyeur 

gravedigger 

funérarium 

funeral parlour (UK)
/parlor (USA)

morgue 

mortuary (UK), morgue (USA) 

obsèques, funérailles 

funeral 

porteur de cercueil 

pallbearer

rites,
derniers sacrements 

rites, last rites 

tombe 

grave 

tombeau 

tomb 

Lecture supplémentaire :

Digging for Richard III: How Archeology Found the King
Mike Pitts

Thames and Hudson Limited, April 2014

BBC History Blog

The History Blog 

University of Leicester, Press Office announcement,
12 September 2012

Medieval and Ancient History News
September 12 & 15, 2012

Old Bones
The New Yorker, October 15, 2013 

The Humiliation of Richard III
The New Yorker, February 4, 2013 

Le squelette de Richard III a été authentifié
Le Figaro, 04/02/2013 

  

Jonathan G.

Après la guerre de Troie, la guerre de l’Oie aura-t-elle lieu ? ‎

Le 30 juin, nous avons publié un article intitulé: « Les oies de
Californie fêtent le 1er juillet 2012
 »
à propos de la
décision du législateur californien d'interdire aux restaurateurs de Californie
de vendre du foie gras.


Sans vouloir gaver nos lecteurs
d'informations à ce sujet, nous faisons ci-après le point
Foie gras + 1des événements
importants qui ont fait suite à la décision du législateur californien, et qui
pèsent lourdement sur l'avenir des relations franco-américaines. Le 11 août, le
Los Angeles Times a publié un article intitulé: "French gag on
California foie gras ban.
" [ L'interdiction du foie gras étouffe les
Français ]. Le journal citait une déclaration de Guillaume Garot, le Ministre
français délégué à
l'agroalimentaire :

« Je veux convaincre nos amis californiens que le foie gras est un bon produit et qu'il est synonyme de convivialité, de partage et, d'une certaine manière, de bonheur. »

Garot a dit avoir pris rendez-vous avec l'ambassadeur des États-Unis en France, S.E. Charles Rivkin, afin de traiter du commerce des produits alimentaires entre les deux pays.


Lord Hay et Lord Ha-Ha – billet historique [1]

 

Après vous, Messieurs les Anglais

Cette expression familière sert de refus poli et courtois dans le sens de « Je ne le ferai qu'après vous, à vous l'honneur de commencer. »

Elle date de la bataille de Fontenoy (11 mai 1745), gagnée par le maréchal de Saxe sur les Anglais alliés aux Autrichiens.

 
Battle of Fontenoy

Le bataille de Fontenoy
Émile Jean-Horace Vernet, 1828

© Bridgeman Art Library / Château de Versailles, France / Giraudon


La bataille de Fontenoy se déroula en présence du Roi Louis XV et du Dauphin. L'issue du combat fut longtemps incertaine, les Anglais se révélant, comme à l'accoutumée (Azincourt, Malplaquet, Waterloo, etc.), des adversaires coriaces.
L'armée anglaise avait déjà beaucoup souffert quand le duc de Cumberland eut l'idée de masser en colonne son infanterie et de charger le centre de l'armée française. Lorsque la tête de cette colonne fut à cinquante pas des gardes-françaises, les officiers se saluèrent réciproquement et Lord Hay, sortant des rangs, dit en ôtant son chapeau, « Messieurs, les gardes-françaises, tirez !» Alors, le comte d'Auteroche, s'avançant à son tour, répondit d'une voix forte, « Après vous, Messieurs les Anglais, nous ne tirons jamais les premiers. »


Le cercle des irréductibles lexicophiles, ou comment les traducteurs créatifs s’obstinent…

par notre collaboratrice, Nadia Price, 
dont l'excellent blog anglais-français, Le mot du (bon)jour,  se trouve à lemotdubonjour.wordpress.com  

Nadia

 

Certains diraient qu'ils sont fous, ces traducteurs, d'autres qu'ils font preuve d'un professionnalisme exemplaire. Alors que le grand public perçoit souvent la traduction comme un métier en voie de disparition vu le développement de technologies en « équations interlinguales » (ou officiellement, Traduction automatique…), une centaine de traducteurs français-anglais dévoués se sont réunis du 18 au 22 août au Québec pour perfectionner leurs compétences langagières lors de la conférence « On traduit dans l'Estrie », organisée par Anglocom. Pour ces professionnels insatiables, quelle est la recette d'une conférence réussie ?


Les traducteurs s'amusent en croisière…


La France et les Français vus par The New Yorker

Le billet suivant a été rédigé par la  rédacteur en chef de FRANCE-AMERIQUE, Guénola Pellen, qui  nous a obligeamment  permis de le publier sur ce blog.


France_amerique_logo

Retracer 80 ans d'histoire franco-américaine par l’humour ! C’est le pari réussi de Jean-Loup Chiflet, qui a rassemblé, traduit et commenté 300 dessins publiés dans The New Yorker entre 1925 et 2006.


Depuis la fascination des Américains pour la haute couture jusqu'au différend diplomatique de la guerre en Irak, l’auteur du guide humoristique d’anglais courant "Sky my husband !"explore ces relations d’amour et de désamour en trois parties chronologiques aux titres évocateurs : « French Kiss » (1925-1939), « La Fayette nous revoilà ! » (1940-1966) et « Je t’aime moi non plus » (1967-2006). Spirituels, envolés, cruels mais jamais neutres, ces cartoons désopilants livrent une version de l’histoire très subjective, renvoyant dos à dos les ego et les travers nationaux, pour le plus grand plaisir du lecteur. Un ouvrage à (re)découvrir d’urgence.

Chiflet

Jean-Loup Chiflet, La France et les Français, The New Yorker, 300 dessins, Arènes 2006) et en collection poche (200 dessins) chez Points, 2010.

 


 

 

 

"I'm moving to France to not get fat"

 

 


Uhum! So that's the best they can do.


Lecture supplémentaire :

Sky My Husband!  Ciel Mon Mari!
 Jean-Loup Chiflet

Stephen Clarke, l'humour pour décrypter l'esprit français
(I)

Stephen Clarke, l'humour pour décrypter l'esprit français
(II)

Les Francais peints par eux-memes
Tomes 1 – 4. Leon Curmer
Édition Omnibus

Vitis vinifera : du Zinfandel à la Syrah

 

Bienvenue a notre nouveau contributeur, Alexis Nédélec.  
Wines AlexAprès un doctorat en Sciences Physiques dans le domaine de l’Holographie, Alexis a intégré un laboratoire de recherche sur la Réalité Virtuelle, en Bretagne, dans le Finistère. Ses travaux reposent sur l’Interaction Humain-Système Informatique. lI travaille actuellement sur les problèmes de communication entre humain et acteur virtuel autonome.

Le vin et la musique sont deux activités extra-professionnelles qui le passionnent. Il a quatre enfants entre 8 et 13 ans, autre activité passionnante. Il a suivi durant huit ans des cours d’œnologie 
 auprès des Passagers du Vin (cave : La vie de châteaux). Il prend actuellement des cours de violon et pratique la guitare en autodidacte depuis de longues années.

 —————————————————————————————————————-

 
Wine addition  1        Wine addiution 2              

                                                                    

 

 

 

 

    vin d'ici                                                   only one glass per day

Jonathan m'a demandé d'écrire un article comparatif entre les vins de France et de Californie. Je vais donc m'atteler à cette délicate mission (« Mission » était d'ailleurs le nom du premier cépage implanté aux États-Unis). Ma modeste expérience en ce domaine est surtout théorique, lié à mes lectures, mais aussi à quelques « travaux pratiques », essentiellement sur les vins du vieux continent, et plus particulièrement, sans être chauvin [1], sur les vins français.


In vino veritas

Cet article se veut sans prétention. J'espère simplement que nous partagerons ensemble un bon moment autour du vin qui agrémente les repas et les soirées, mais pas seulement ! À son contact, nos cinq sens s'éveillent et nous voulons décrire nos sensations avec des mots choisis, exprimant les saveurs, couleurs, arômes, textures… à l'aide de métaphores empruntées aux éléments de la vie quotidienne : robes, parfums, formes…


Wines rogerson

publié avec l'aimable autorisation de l'artiste,
dont le blog se trouve
à http://timrogerson.blogspot.com

 

Le vin nous permet aussi d'en apprendre énormément sur l'histoire et la géographie de notre planète. Sachez de toute façon qu'au final… in vino veritas, et que cette vérité se trouve au fond de nous-mêmes avec l'expérimentation qui nous est propre sur le monde qui nous entoure. Rappelons cette citation de Jean-Jacques Rousseau : « Quiconque fait dans le vin (dans l'ivresse) de mauvaises actions, couve à jeun de mauvais projets ». En d'autres termes, si nous avons l'ivresse heureuse, la vie nous est douce lorsque nous sommes à jeun.

 

Patricia Barthélémy –
traductrice du mois d’août 2012

 

 

 

Patricia est
Montréalaise. Après des études en espagnol et de traduction (anglais-français)
à l’Université de Montréal, elle traduit à son compte pour de petits clients
avant de travailler dans une société de doublage. Elle s’embarque ensuite dans
l’aventure du travail indépendant, avec une escale à temps partiel en cabinet
de traduction, parce qu’il n’est pas toujours facile de voyager en solo.
L’escale se transforme en séjour à temps plein. Plus tard, Patricia s’envole
pour Paris rejoindre son amoureux, et retrouve le rythme du travail indépendant.
Elle s’inscrit sur Twitter. De
fil en aiguille, elle rencontre d’autres traducteurs twitteurs, participe à des
rencontres de traduction, publie un blogue,
et confirme son orientation professionnelle : traductrice et adaptatrice pour
le doublage en surimpression vocale de l’anglais vers le français pour le marché
nord-américain. Patricia aime l’automne au Québec et le printemps en France,
les plats simples et savoureux, le vin, les accents du monde, les minuscules, se
déplacer à pied, à vélo, en bus ou en train et partager des images et des mots.

Q. Vous avez entrepris des études de traduction de l'anglais vers le français à l'Université de Montréal, mais en milieu de parcours, vous avez douté de votre choix.

Patricia : J'avais déjà trois années d'études universitaires dans le corps, sans idée précise de métier. J'aurais pu me diriger vers l'enseignement après mon baccalauréat ès arts en études hispaniques (l'équivalent d'une licence en France), mais ce n'était pas dans mes cordes. Alors, à l'image de mon père qui avait caressé l'idée de réorienter sa carrière vers la traduction, j'ai opté pour cette branche. Avec le recul, j'aurais dû prendre une pause pour réfléchir à ce que je voulais vraiment faire. Trouver un emploi, goûter au milieu du travail, découvrir mes forces et mes faiblesses. J'aurais peut-être suivi un parcours très différent!

Au sortir de l'université, j'ai occupé des emplois qui gravitaient autour des mots : correctrice dans une agence de graphisme, préposée aux génériques et correctrice dans une société de doublage. Parallèlement, un client pour qui je travaille toujours m'envoyait des contrats de traduction. Par la suite, j'ai tenté l'aventure du travail indépendant, puis en cabinet de traduction.


Le numérique, puissant solvant

 

Le 7 août dernier, nous avons publié un article intitulé "Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es…". S'inspirant d'un article de Ben Macintyre, paru dans le Times du 6 juillet précédent, un de nos collaborateurs y réfléchissait au phénomène de la cyber-lecture et aux risques qu'elle fait courir à la création littéraire  par la multitude de données qu'elle fournit aux éditeurs sur ce que les gens lisent et comment ils le lisent.
Nous avons  reçu un commentaire de Mme Denise Morel-Ferla qui est psychanalyste et l'auteur d'essais et de romans. Elle anime des ateliers d'écriture à Versailles. Nous attachons tant d'importance aux opinions de Mme Morel-Ferla et nous avons trouvé tant d'érudition et de bon sens dans son message que nous avons voulu le publier in extenso, non dans l'espace dévolu aux commentaires, mais plutôt dans nos colonnes.

Nous nageons dans le numérique ; cela nous dilate, agrandissant notre savoir, notre documentation, nos fichiers internes à l’infini. Jouissance, plaisir, jeux de mail, Facetime, FaceBook, FaceBourse,  Faitout. L’imagination dépasse la fiction, l’homme est comblé.

Le centenaire de la première histoire de Tarzan

Johnny Weissmuller, (1904-1984), un Américain d'origine hongroise, fut le Mike Phelps de son temps. Le premier de ses nombreux exploits de natation eut lieu en 1922, lorsqu'il battit le record mondial du 100 mètres nage libre en 58,6 secondes. Il poursuivit en gagnant le titre olympique sur cette distance aux Olympiades de 1924. En tout, Weissmuller gagna cinq médailles d'or et une de bronze, tout en établissant 67 records mondiaux. Il ne perdit jamais une épreuve et se retira avec un record amateur resté invaincu. [1] En 1950, l'Associated Press lui décerna le titre de plus grand nageur de la première moitié du 20e siècle.

Légende : « Weissmuller, recordman du monde, lors de son séjour a Paris »

Weissmuller,
Jeux Olympiques,
Paris, 1924

Aujourd'hui, le temps de Weissmuller ne lui permettrait pas de se qualifier pour le 100 mètres dames. L'actuelle détentrice du record mondial sur cette distance, Brita Steffens (Allemagne), l'a porté à 52,07 secondes, soit 6 secondes de moins que le record mondial établi par Weissmuller en 1922.

Mais, Weissmuller fit sa réputation et sa fortune dans un autre domaine – en devenant Tarzan, le Roi des Singes. Le personnage était né sous la plume d'Edgar Rice Burroughs qui racontait l'histoire d'un jeune garçon élevé parmi les singes de la jungle africaine. Tarzan parut d'abord dans une revue, en 1912, puis, en 1914, dans un livre dont on publia 25 suites.

 

Tarzan, le roi des singes
1912

Ces histoires inspirèrent la jeune britannique, Jane Goodall qui, par la suite, devint une sommité mondiale en ce qui concerne les chimpanzés en Afrique.

 Dame [2] Jane Goodall, primatologue, ethnologue et anthropologue

auteur de "In the Shadow of Man", Manner Books


L'image de Tarzan, le « bon sauvage » acquit une grande popularité. À une époque où le cinéma hollywoodien en était à ses débuts, les films de Tarzan devinrent vite des superproductions. Les premiers étaient des adaptations muettes des romans de Tarzan.

 

 

 

Depuis 1918, 89 films de Tarzan ont été tournés et l'on en prévoit davantage encore. Tarzan est apparu dans de nombreux albums de bandes dessinées, à la télévision ainsi que dans des jeux vidéo et sur d'autres supports. Bon nombre des titres existent désormais sous la forme d'audiolivres et de cyberlivres.

des DVDs de Tarzan

Dans les douze films réalisés de 1932 à 1948, le rôle titre a été tenu par Johnny Weissmuller qui avait fait sa première apparition à l'écran dans le rôle d'Adonis, seulement vêtu d'une feuille de vigne. De nombreux films ont mis en scène son compagnon, le chimpanzé Cheetah [2], sa partenaire Jane et son fils adoptif, dénommé « Boy ».

Cheetah, Boy, Tarzan, Jane

On se souvient aussi de Tarzan pour le fameux cri qu'il poussait pour appeler à l'aide les animaux de la forêt.

Tarzan yell 

Selon The Complete Book of the Olympics, alors qu'il disputait un tournoi de golf de célébrités à Cuba, en 1958, la voiturette avec laquelle Weissmuller se déplaçait fut soudainement capturée par des soldats rebelles. Le nageur-acteur sortit du véhicule et poussa le légendaire cri de Tarzan. Les rebelles sautèrent de joie en s'écriant : « Tarzan! Bienvenue à Cuba! ». Au lieu de s'emparer de lui, ils escortèrent Weissmuller jusqu'au club de golf.

Burroughs gagna tant d'argent avec ses droits d'auteur qu'il créa une banlieue de Los Angeles baptisée Tarzana, et qui existe encore aujourd'hui. [3]

La semaine passée, l'enveloppe premier jour d'un timbre émis par le Service postal des Etats-Unis a été mis en vente au bureau de poste de Tarzana le 17 août 2012.* Elle commémore la première parution d'une histoire de Tarzan écrite par Edgar Rice Burroughs. 

 

Tarzan stamp

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un autre secteur de Los Angeles, le luxueux quartier de Bel Aire, où vécurent beaucoup de célébrités, recèle un vestige de Johnny Weissmuller, à savoir la maison qu'il y fit construire, entourée d'une piscine de près de 100 mètres de long.

Weissmuller, qui se maria cinq fois, mourut en 1984, à près de 80 ans. Cheetah, le chimpanzé le plus célèbre du monde, mourut aussi à 80 ans, en 2011.

L'histoire du champion olympique de 1924 qui entreprit une seconde carrière et se fit connaître davantage encore en incarnant à l'écran le personnage de Tarzan se reproduit maintenant, 88 ans après la première apparition de Weissmuller aux Jeux Olympiques. Selon le Sunday Times britannique, Michael Phelps, le roi de la natation aux Jeux de 2012, qui a annoncé son retrait de la compétition après les Jeux de Londres, envisage de se reconvertir en interprétant le rôle de Tarzan dans un nouveau film de David Yates.

Johnny Weissmuller
Tarzan du 20e siècle

Michael Phelps
Tarzan du 21e siècle ?

Il reste à voir si, dans 88 ans, aux Jeux Olympiques de 2100, les meilleures nageuses atteindront des vitesses auxquelles Michael Phelps ne pouvait que rêver. Nous tiendrons nos lecteurs au courant..

Glossaire de Le Mot Juste des termes du jungle :

biome, aire biotique 

biome 

canopée, voûte 

canopy 

chant d'oiseau 

birdsong 

coucher du soleil 

sunset 

crépuscule

twilight 

désolé(e) 

desolate 

étendue sauvage
et désolée

wilderness *
wasteland

forêt humide 

rainforest 

fourré 

thicket 

jungle 

jungle 

lever de soleil 

sunrise 

lit d'une rivière,
d'un fleuve
 

riverbed 

plante grimpante 

vine 

sauvage 

wild (adj.) 

singes, grands singes, chimpanzés

monkeys, apes,

chimpanzees 

troupeau 

herd 

verdure 

greenery 

vie sauvage 

wild life     

* Wilderness, peut aussi se traduire par désert. Dans son acception moderne, le mot désert désigne une région aride et sèche. On oublie un peu vite qu'il veut d'abord dire inhabité, vierge,dans le sens d'un lieu déserté. Lorsqu'ils visitent les États-Unis en 1831, Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont se rendent, accompagnés de guides indiens, de Detroit à Saginaw Bay. Le récit de ce périple, dans ces terres encore vierges, paraîtra sous le titre : « Quinze jours au désert » . (1) Pourtant, cela ne se passe pas dans les solitudes du Nevada, mais dans les forêts du Michigan!

(1) Tocqueville (Alexis de). Quinze jours au désert, in Gallimard, « la Pléiade », I, pp. 219-220.

* Nous offrirons à chaque lectrice ou lecteur qui nous aura envoyé un commentaire pertinent sur cet article, une enveloppe premier jour du timbre émis par le Service postal des Etats-Unis le 17 août 2012 (voir image ci-dessus), et ce jusqu'à épuisement de notre stock limité.

 [1] Traditionnellement, une nette distinction était faite entre les sportifs amateurs qui ne jouaient que pour la gloire, et les professionnels qui jouaient pour de l'argent. Jusqu'en 1972, quiconque était convaincu de tirer de l'argent d'un sport était interdit des Jeux Olympiques (ainsi que des tournois internationaux). Aujourd'hui, amateurs et professionnels peuvent participer aux Olympiades mais, dans d'autres rencontres internationales, la distinction est maintenue dans le cas de la boxe et du golf.

[2] Dame est l'abréviation de Dame of the British Empire. C'est l'équivalent féminin de Sir, titre que porte un homme pour indiquer qu'il est Chevalier de l'Empire britannique. En continuant de décerner de tels titres, la Reine Elisabeth feint  d'oublier que l'Empire britannique n'existe plus.

3] En 1955, Cheetah a été honoré d'une Golden Palm Star sur le Trottoir des Stars de Californie, dans la ville de Palm Springs. À plusieurs reprises, on a vainement tenté de lui faire une place sur la Hollywood Walk of Fame, parmi tous les acteurs et les actrices du monde du cinéma. 

[4] Un autre auteur contemporain de Burroughs qui acquit gloire et fortune à partir du même thème, fut le Britannique Rudyard Kipling (prix Nobel de littérature en 1907), dont « Le livre de la jungle »  fait encore recette actuellement, surtout sous la forme de films produits par les studios Walt Disney. Kipling, dont le petit sauvageon s'appelait Mowgli, (élevé par des loups après avoir perdu ses parents) se faisait une bien piètre opinion du talent littéraire d'Edgar Rice Burroughs.Voir J. Rudyard Kipling,  première partie et deuxième partie.

     Mowgli

Lecture complémentaire :

Rebel Yell – The Life & Times of Johnny Weissmuller

Tarzan of the Apes

 

Jean L. & Jonathan G.