Un roi d’Angleterre en stationnement abusif ?‎

Richard III, dernier roi Plantagenet d'Angleterre (1452-1485) [1], est mort à l'âge de 32 ans, à la bataille de Bosworth Field, prés de la ville anglaise de Leicester. [2] Sa mort a mis fin à la guerre des Deux Roses entre la famille d'York, dont l'emblème était une rose blanche, et la famille de Lancastre, dont l'emblème était une rose rouge.

Richard III, roi d'Angleterre 

 

Il paraît que des archéologues britanniques viennent de découvrir le squelette présumé de Richard III, percé d'une flèche, sous un parking du conseil municipal, au centre de Leicester (prononcer Leister) À l'endroit où, de l'avis des chercheurs anglais, se trouvait la chapelle des Greyfriars, sépulture dusouverain félon [3].

Leicester (Angleterre)

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Sous le regard de deux figurants vêtus en chevaliers, un ouvrier marque le site des fouilles. Dans le fond, un archéologue sonde le sol avec un détecteur radar.

En Angleterre, les automobilistes handicapés
ont droit à un badge bleu les autorisant à garer
leur véhicule plus longtemps que prévu par la
législation locale en vigueur.
Richard blue badge

à la mort de Richard, Henry Tudor devient roi sous le nom d'Henry VII. Un de ses premiers gestes de monarque fut, le lendemain de la bataille, de porter le cadavre de Richard jusqu'à la ville voisine de Leicester où il fut exposé, nu, et pendu pour qu'il n'échappe à personne que le roi était bien mort.

Après deux jours d'ignominie publique, le cadavre fut enterré dans l'église des Franciscains (Church of the Greyfriars).

 

  R III  

 

La chapelle a été démolie au XVIe siècle et l'on ne savait plus exactement où elle se trouvait.

Le corps qu'on vient de trouver est bien conservé. Il présente une déformation de la colonne vertébrale, résultat d'une scoliose sévère. Mais cela ne veut pas dire que Richard ait été bossu, comme William Shakespeare l'a représenté dans son drame « Richard III ». Le squelette montre plutôt qu'une des épaules du souverain était plus élevée que l'autre.

Photo Alistair Muir

Richard III de William Shakespeare

Pour vérifier les conclusions préliminaires, les chercheurs ont commandé des analyses d'ADN, qui seront pratiquées sur des dents et sur un fémur, puis comparées à l'ADN de Michael  Ibsen , descendant direct de la sœur de Richard III, Anne d'York. Leurs résultats devraient être connus dans trois mois. 

 
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Michael Ibsen, fabricant de meubles londonien, descendant de la sœur de Richard III.
 

Entretemps, relisons le fameux monologue par lequel débute la première scène du drame shakespearien :

Now is the winter of our discontent [4]
Made glorious summer by this sun [5] of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried.

Traduction française de François-Victor Hugo:

Maintenant que l'hiver de notre mécontentement
s'est changé en été glorieux par ce soleil d'York ;
Et toute la nuée pesant sur ma maison
Engloutie dans le sein profond de l'océan.

Puis (toujours Acte premier, scène première) Richard parle de sa difformité :

But I, that am not shaped for sportive tricks,
Nor made to court an amorous looking-glass;
I, that am rudely stamp'd, and want love's majesty
To strut before a wanton ambling nymph;
I, that am curtail'd of this fair proportion,
Cheated of feature by dissembling nature,
Deformed, unfinish'd, sent before my time
Into this breathing world, scarce half made up,
And that so lamely and unfashionable
That dogs bark at me as I halt by them;

Traduction française de François-Victor Hugo:

Mais moi qui ne suis pas formé pour ces jeux folâtres, ni pour faire les yeux doux à un miroir amoureux, moi qui suis rudement taillé et qui n'ai pas la majesté de l'amour pour me pavaner devant une nymphe aux coquettes allures, moi en qui est tronquée toute noble proportion, moi que la nature décevante a frustré de ses attraits, moi qu'elle a envoyé avant le temps dans le monde des vivants, difforme, inachevé, tout au plus à moitié fini, tellement estropié et contrefait que les chiens aboient quand je m'arrête près d'eux !

Ce passage introductif est expliqué par l'acteur britannique célèbre, Sir Ian McKellen.

 

 

Par ailleurs, François Parmentier, metteur en scène de la pièce au théâtre Epidaure de Bouloire, donne une toute autre explication en français :

 

Richard III – The New Evidence
28.8.2014 – 466 minutes

 

Nous regrettons que notre blog n'existât point au douzième siècle, parce qu'il aurait pu aider Richard Ier, Cœur de Lion, roi d'Angleterre, à apprendre l'anglais, (voir note [1] ci-dessous], désormais connu comme la langue de Shakespeare. En revanche, nous sommes heureux de pouvoir partager la langue de Shakespeare avec nos lecteurs, à l'occasion de la découverte des restes de Richard 111.

————-

[1] Richard III était le descendant de Richard Ier, Cœur de Lion, roi d'Angleterre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d'Anjou (1157-1199). Pendant son règne, qui dure une dizaine d'années, il ne séjourne que quelques mois dans le royaume d'Angleterre. Il utilise tous ses moyens pour partir à la troisième croisade, puis pour défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste. Ces territoires, pour lesquels il a prêté allégeance au roi Philippe, constituent la plus grande partie de son héritage Plantagenêt. Richard Ier parlait uniquement la langue d'oil et la langue d'oc.

[2] Les noms de beaucoup de villes anglaises se terminent en «cester », « chester » ou « caster », par exemple Manchester, Colchester, Dorchester, Chichester, Winchester, Portchester, Rochester, Worcester, Doncaster,  Lancaster, Leicester. Le suffixe dérive du mot latin « castra », qui veut dire camp. Il s'agit des camps qui ont été construits pendant la période romaine (43 – 410 après J.C.)

[3] Le substantif anglais felon (sans accent) n'est employé qu'aux Etats-Unis. Il désigne le condamné pour un crime qualifié de felony (acte délictueux plus grave que les misdemeanours, mais moins grave que la treason). Il n'a pas du tout la même signification que le terme « félon » en français, bien que les deux mots dérivent des mêmes racines.

[4] « the winter of our discontent » est devenu une expression figée en anglais pour designer un temps de tristesse ou de mécontentement. Il s'applique spécialement à la période hivernale de 1978-1979 au Royaume-Uni, pendant laquelle le pays a connu de larges grèves et un important désordre. L'expression est aussi le titre d'un roman écrit par l'auteur américain, John Steinbeck.

[5] « Soleil d'York » est un jeu de mots qui fait allusion au soleil éclatant qu'Édouard IV a adopté comme emblème, et (par la consonance en anglais entre sun, soleil et son, fils) au fils d'York, autrement dit, au fils du duc d'York. Ce jeu de mots disparaît complètement dans la traduction de François-Victor Hugo qui, rappelons-le, était le fils du grand poète. Entre 1857 et 1864, il a publié une traduction des œuvres de Shakespeare, préfacée par son père, qui passe pour la meilleure qui soit en langue française.

Glossaire du Le mot juste :

cadavre 

corpse 

cercueil 

coffin 

chapelle 

chapel 

cimetière      

cemetery 

corbillard 

hearse 

deuil 

bereavement 

éloge  

eulogy 

enterrement

burial 

entrepreneur de pompes funèbres, croque-mort 

funeral director, undertaker 

fossoyeur 

gravedigger 

funérarium 

funeral parlour (UK)
/parlor (USA)

morgue 

mortuary (UK), morgue (USA) 

obsèques, funérailles 

funeral 

porteur de cercueil 

pallbearer

rites,
derniers sacrements 

rites, last rites 

tombe 

grave 

tombeau 

tomb 

Lecture supplémentaire :

Digging for Richard III: How Archeology Found the King
Mike Pitts

Thames and Hudson Limited, April 2014

BBC History Blog

The History Blog 

University of Leicester, Press Office announcement,
12 September 2012

Medieval and Ancient History News
September 12 & 15, 2012

Old Bones
The New Yorker, October 15, 2013 

The Humiliation of Richard III
The New Yorker, February 4, 2013 

Le squelette de Richard III a été authentifié
Le Figaro, 04/02/2013 

  

Jonathan G.