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A-t-on retrouvé l’épave du Griffon ?

 

 

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René Robert Cavelier de La Salle


 


Depuis 333 ans, on ne sait toujours pas ce qu'il est advenu du Griffon, ce brigantin de 45 tonneaux que le découvreur de la Louisiane, René Robert Cavelier de La Salle, avait fait construire dans le Lac Érié et avec lequel il comptait explorer le cours du Mississippi. Avait-il sombré au cours d'une des redoutables tempêtes que connaissent les Grands Lacs ou son équipage de six hommes l'avait-il sabordé après s'être emparé de sa précieuse cargaison de fourrures ?




Route de voyages de La Salle, 1670-1687

En 1667, lorsqu'il arrive en Nouvelle-France, Cavelier de La Salle a 24 ans et une immense envie d'entreprendre. Il comprend vite que l'aventure se passe à l'ouest et commence à prendre part à des reconnaissances vers la région des Grands Lacs. Six ans après, deux voyageurs, un missionnaire français, le Père Marquette, et un aventurier canadien, Louis Joliet, empruntent la rivière des Illinois et découvrent le Mississippi (1673).

 

Dollar en argent frappé en 1936 à l'effigie du pionnier
Louis Joliet (1645-1700)

 

 

 

 

 

 

 

 


Timbre américain de 1968 en l'honneur de l'explorateur
Jacques Marquette (1637-1675)

Les moyens leur manquent pour aller plus loin et ils s'arrêtent à la hauteur du 34ème parallèle. À l'époque, ces voyages s'accomplissent à bord de frêles canots. Ceux-ci ont une armature en bois recouverte d'écorce qui leur confère une légèreté appréciable lors des portages, ces passages parcourus à pied pour contourner les rapides. Mais, dès qu'il s'agit de naviguer sur ces mers intérieures que sont les Grands Lacs, il faut disposer de bateaux plus grands et plus robustes. Aussi, lorsqu'il entreprend de poursuivre, neuf ans plus tard, l'œuvre de Marquette et Joliet, La Salle décide de se doter d'un véritable navire qu'il fera construire dans le lac Érié. Deux ans plus tôt (en 1678), son lieutenant, La Motte, a découvert l'immense cataracte qui sépare l'Érié de l'Ontario, et qu'il a baptisée Sault-de-Conty (avant qu'on ne la connaisse sous le nom de Chutes du Niagara). C'est donc au-delà de cet obstacle infranchissable qu'il lui faut posséder ce qui sera le premier navire
Griffon 1à voguer sur les Grands Lacs. Ce brigantin, il le nomme Griffon en l'honneur du gouverneur du Canada de l'époque, Louis de Buade, comte de Frontenac, dont les armoiries familiales portent l'animal mythologique à tête d'aigle et corps de lion : « D'azur à trois pattes de griffon ».

Armoiries des Frontenac :
D'azur à trois pattes de griffon
 

La construction du navire, réalisée en six semaines, en pleine brousse et avec les moyens du bord, est une prouesse technique de celui qui l'a dirigée, Henri de Tonti. Malheureusement, le Griffon se perd en 1680 dans le lac Michigan, dans ce que l'on appelle alors la Baie des Puants et que l'on rebaptisera plus tard la Baie Verte, alias Green Bay.


la Baie Verte

La perte est un coup dur pour La Salle. Il se trouve privé de son navire-amiral et perd aussi la cargaison de fourrures qui devait contribuer au financement de l'expédition. Malgré cela, il descendra le Mississippi et découvrira la Louisiane. Il n'empêche qu'un an plus tard, Cavelier de La Salle ira interroger les indiens Potawatomi pour tenter d'élucider cette disparition.


La Salle ne devait pas être le dernier à rechercher l'épave du Griffon. Un retraité du gouvernement fédéral américain, Steve Libert, de Purcellville (Virginie), plonge depuis trente ans dans le lac Michigan pour tenter de la retrouver et semble sur le point d'aboutir.

Griffon 4
Steve Libert


Il y a douze ans, il a repéré un curieux morceau de bois d'un peu plus de trois mètres de long, fiché dans le fond du lac Michigan, à une quinzaine de mètres de profondeur. Pendant longtemps, les autorités locales ont rejeté sa demande de permis de dragage, au motif que ce morceau de bois n'était qu'un madrier, voire une solive emportée par les eaux, et qui s'était plantée dans la vase. Mais, après trois ans de procédure, Libert a obtenu la permission d'entreprendre des fouilles. Mieux, il est désormais assisté dans ses recherches par une petite équipe d'archéologues sous-marins français conduite par Michel L'Hour. Docteur en archéologie et directeur des recherches archéologiques sous-marines françaises, celui-ci est entouré d'Olivia Hulot et d'Eric Rieth.
L'Hour est lauréat du Prix Mémoires de la mer en 2006. Depuis cette année, il exerce les fonctions de Directeur du Département des recherches archéologiques sous-marines (DRASSM) au Ministère français de la Culture
et porte le titre de Conservateur général du
patrimoine.


Michel L'Hour


Car, s'il s'agit du Griffon, le bâtiment appartenait au roi de France et c'est une épave française !


 

Le morceau de bois découvert par Steve Libert
quand il a plongé dans le lac Michigan il y a douze
ans. Le mât de beaupré est placé obliquement sur
l'avant du bateau. Il n'est jamais compté dans le
nombre des mâts.
 

David J. Ruck/Great Lakes Exploration Group, via Associated Press

 

Les premiers sondages faits par les plongeurs professionnels montrent que le diamètre du mystérieux « morceau de bois » va croissant et que la pièce est solidement fixée à ce que l'on suppose être le reste de l'épave noyé dans le sable et la vase. Il semblerait s'agir du mât de beaupré d'un navire qui pourrait être le Griffon. Et cela, d'autant plus qu'une auscultation du fond, réalisée il y a deux ans par un spécialiste de renommée internationale, a révélé la présence d'un gisement d'objets situé à moins d'un mètre sous le sédiment du lac et dont les dimensions correspondent à celles du Griffon. Michel L'Hour avoue que, tout au long de sa carrière d'explorateur d'épaves, il n'a jamais vu une pièce de bois dans cette position et qu'il est logique de penser qu'elle est solidaire d'un bateau qui a dû se briser sur les rochers de Poverty Island et être ensuite englouti dans le sable et la vase. Si cet enlisement complique singulièrement le dégagement de l'épave, il est aussi un gage de bonne conservation de celle-ci.


Curieusement, les expéditions de Cavelier de La Salle débutèrent et s'achevèrent par des naufrages. Rentré en France et fort d'un nouveau soutien royal, La Salle quitta La Rochelle le 24 juillet 1684 avec une flottille de quatre navires : le Saint-François et trois barques : Le Joly, La Belle et L'Aimable. Il voulait rallier La Nouvelle-Orléans par la mer en découvrant l'estuaire du Mississippi. Malheureusement, une erreur de longitude – on ne possédait pas encore les chronomètres de marine qui seront si précieux au siècle suivant – le fit atterrir plus à l'ouest, sur la côte du Texas. Ses bateaux s'échouèrent les uns après les autres et ses compagnons se révoltèrent. L'un d'eux l'assassina le 19 mars 1685. Une des barques, La Belle, échouée dans la baie de Matagorda, a été retrouvée, relevée et installée dans un musée d'Austin.

En 2015, le Musée de la marine de Paris organisera une grande exposition consacrée à Cavelier de La Salle et aux vestiges trouvés dans l'épave de La Belle. Il serait piquant que cette manifestation, prévue de longue date, coïncidât justement avec le dégagement de l'épave du Griffon.


le Musée de la marine de Paris

James Bruseth, l'ex-directeur des services d'archéologie sous-marine du Texas, qui a dirigé les travaux de dégagement de l'épave de La Belle, pense que le naufrage du Griffon a peut-être influé notablement sur l'histoire de l'Amérique du Nord. L'uchronie [1] étant à la mode, il se dit que si Cavelier de La Salle avait pu vendre la cargaison de fourrures du Griffon, il aurait réuni davantage de moyens humains et matériels pour son expédition. Disposant d'un véritable navire, il aurait très probablement reconnu le delta du Mississippi et découvert l'estuaire du « Père des eaux » [2]. Ce que fera, quelques années plus tard, Lemoyne d'Iberville dont le neveu, Jean-Baptiste de Bienville, fondera la Nouvelle-Orléans en 1718. Le sort de la Louisiane eut peut-être été tout différent !

——————

[1] Jeu intellectuel consistant à imaginer ce qui se serait passé si tel ou tel événement historique s'était déroulé autrement. En anglais le terme équivalant est « alternative history. »

[2] Pendant l'époque précolombienne, le Mississippi constituait déjà une voie de navigation et les Amérindiens l'appelaient Meschacebé
, qui signifie « le père de toutes les eaux ».

Note sur l'étymologie maritime du mot anglais posh :

Les Anglais fortunés qui allaient aux Indes en bateau avaient
l'habitude de louer une cabine à bâbord, pour la traversée aller, vers
l'est, et une cabine à tribord pour la traversée retour, vers l'ouest.
Et cela, afin de se protéger de
l'ardeur du soleil. D'où l'expression port outward,
starboard home (bâbord à l'aller, tribord au retour). Ainsi naquit la légende qui veut que l'adjectif posh (chic, cossu, huppé) ne soit rien d'autre que le sigle formé des initiales de l'expression port outward, starboard home. Explication démentie depuis longtemps, mais qui a la vie dure !

Sources :

Clues in the Search for a Sunken Ship, Lost in the 1600s
The New York Times, 18 juin 2013.


Brigouleix, Bernard & Gayral, Michèle. Mississippi. Le roman fleuve de l'Amérique. Paris, Éditions du Rocher, 2012.

Lecture supplémentaire :

De l'Archéonaute à l'André Malraux : Portraits intimes et histoires secrets de l'archéologie des mondes engloutis,
Michel L'Hour
Actes sud, 15 janvier 2012

   René-Robert Cavelier,
   Sieur de La  Salle :
   Explorer of the Mississipi River
   (World's Great Explorers)

  Jim Hargrove, juillet 1991

The Journeys of René Robert Cavelier, Sieur de La Salle : As related by his faithfully lieutenant, Henri de Tonty
Anonymous

1923 republié par Ulan Press,
August 2012

The Shipyards of the Griffon, a Brignatine built by Rene Roberet Cavelier, Sieur de La Salle in the year 1679, above the Falls of Niagara…
Remington Cyrus Kingsbury

Hardpress Ltd. January 2013

 

Petit lexique de la navigation

 

bâbord

beaupré

port side

bowsprit

cargaison

cargo

englouti

engulfed

épave

wreck

explorateur

explorer

fleuve, rivière

river

fond de la
mer

fond marin

seabed

raz-de-marée

tidal wave

naufrage

shipwreck

navire, bateau

ship, boat

pionnier

pioneer

plongeur

diver

poupe

stern

quille

keel

rocher

rock, boulder

sauvetage, récupération

rescue, salvage

sous-marin

underwater, undersea

tribord

starboard

vase

silt, sludge

voilier

sailing boat (UK),
sailboat (USA)

Jean Leclercq

Le Prix Goncourt – jeu de culture historique ‎

Quel liens historiques y-a-t-il entre l'actrice française Simone Signoret, l'espion français Phillipe de Vosjoli, l'acteur américain Clint Eastwood, l'actrice américaine Jean Seberg, l'écrivain et traducteur britannique, professeur de francais à Universite de Princeton,  David Bellos, la lauréat du Prix du Livre Mann 2009 & 2012,Hilary Mantel,la membre de l'Académie française, Dominique Bona et le Consulat Général de France à Los Angeles ?

 

             

Simone Signoret                

Hilary Mantel             Philippe de Vosjoli


Pour répondre à cette question, il nous faut d'abord évoquer la vie du Français Romain Gary. Polyglotte (russe, polonais, allemand, yiddish, lituanien, français et anglais), diplomate, romancier, cinéaste et aviateur de la 2ème guerre mondiale, qui fut le seul écrivain à remporter deux fois le Prix Goncourt, malgré la règle d'une seule attribution au même auteur, fixée par Jules et Edmond de Goncourt lors de la création du prix éponyme en 1902. Romain Gary, qui avait déjà reçu le prix en 1956 pour « Les racines du ciel », publia « La vie devant soi » sous le pseudonyme d'Émile Ajar en 1975.

 

L'Académie Goncourt  a attribué son prix à Émile Ajar sans connaître sa véritable identité. Gary a raconté cette mystification dans Vie et mort d'Émile Ajar.

 

 

L'exploit de Gary a été égalé par l'écrivaine et critique britannique Hilary Mantel qui remporta l'équivalent du Goncourt, le Man Booker Award, en 2009 et 2012. (À cette différence près que ce prix peut récompenser plusieurs fois le même auteur).

Pendant la deuxième guerre mondiale, Gary servit dans l'aviation française et, après la défaite de 1940, rejoignit le général de Gaulle à Londres où il s'enrôla dans les F.A.F.L. (Forces aériennes françaises libres). Ses brillants états de services lui valurent de nombreuses distinctions et décorations, notamment celles de Compagnon de la Liberation et de Commandeur de la Légion d'honneur.

La première épouse de Gary fut la rédactrice en chef de Vogue, l'Anglaise Lesley Blanch. Il épousa ensuite l'actrice américaine Jean Seberg. Gary, soupçonnant l'acteur et réalisateur hollywoodien Clint Eastwood d'entretenir une liaison avec Seberg (ils avaient tourné ensemble dans « La kermesse de l'Ouest »), le provoqua en duel.

           Gary & Seberg                                             Seberg & Eastwood


Gary était l'ami de Phillipe de Vosjoli, un agent des services secrets français qui, par la suite, s'essaya à la réalisation de films.

Le second Prix Goncourt de Romain Gary, « La vie devant soi », vendu à 1,2 million d'exemplaires depuis sa parution en 1975, a inspiré le film Madame Rosa, avec Simone Signoret. L'Oscar du meilleur film en langue étrangère lui fut décerné en 1977.

Tout cela est narré dans la biographie de Romain
Gary par David  Bellos, Romain Gary, A Tall Story, (Harvill Secker, novembre 2010) et celle
écrite par la romancière Dominique Bona, intitulée Romain Gary (Gallimard, mai 2001).

 

Romain Bona                          
Dominique Bona                                     Davis Bellos

     

 

Reste une question : Quel rapport y-a-t-il entre Romain Gary et le Consulat Général de France à Los Angeles ? Réponse : Gary y a été Consul Général de France de 1956 à 1961.

P.S. Gary et Seberg se sont tous deux suicidés à Paris – elle, en 1979, à l'âge de 40 ans et, lui, un an plus tard, à 66 ans. [1]

——————————

[1] Gary laissa une lettre pour dire que son suicide n'avait rien à voir avec celui de son ex-épouse. Deux autres auteurs du XXe siècle se suicidèrent avec leurs épouses : Stephan Zweig (Le Monde d'Hier) et Arthur Koestler (Le Zéro et l'Infini).(Tous trois étaient des réfugiés juifs).

Lectures supplémentaires :

Romain Gary : A Tall Story by David Bellos
The Independent,
19 novembre 2010

Romain Gary : A Short Biography

 Jean L. & Jonathan G.

La chanson Happy Birthday to You deviendra-t-elle un générique ?

MelodyEn version originale ou dans ses différentes adaptations, la chanson Happy Birthday to You est universellement fredonnée au moment où arrive le traditionnel gâteau d'anniversaire. Le Livre Guinness des records la désigne comme la plus connue de toutes les chansons en anglais. Peut-on pour autant l'entonner et l'utiliser à sa guise dans un film ou une émission de télévision

Une cinéaste new-yorkaise, Jennifer Nelson, qui se proposait de tourner un court métrage consacré à cette chanson a appris qu'il lui faudrait verser une redevance de 1.500$ à la branche édition du Groupe Warner Music, la société Warner/Chappell Music, détentrice des droits. « Avant de tourner des films, je n'avais jamais imaginé que cette chanson appartînt à quelqu'un», a déclaré Mme Nelson. « Je pensais qu'elle était la propriété de tous ».

Le 13 juin dernier, la cinéaste a saisi un tribunal de Manhattan à l'effet d'autoriser l'engagement d'une action collective tendant à contester la légitimité des droits d'auteur que Warner/Chappell prétend posséder sur la chanson. Actuellement, cette société perçoit des redevances chaque fois que la chanson est utilisée dans un film, une émission télévisée ou un spectacle musical, et cela devrait encore durer jusqu'en 2016 en Europe, et au moins 2030 aux États-Unis. Or, soutient la demanderesse, il est démontré preuves à l'appui – certaines remontant à 1893 – que si des droits ont jamais existé sur Happy Birthday to You, ceux-ci ont expiré au plus tard en 1921. Toujours selon Mme Nelson, si Warner/Chappell possède un quelconque droit sur Happy Birthday to You, celui-ci devrait être extrêmement mince et ne porter que sur certains arrangements pour le piano.        

Pour la petite histoire, on retiendra que l'œuvre a été composée par les sœurs Patricia et Mildred Hill, sous le titre : Good Morning to All. Mais nul ne sait à quelle date exacte furent greffées d'autres paroles. Toujours est-il que les droits des sœurs Hill sont passés de main en main jusqu'à aboutir dans le portefeuille musical de leurs détenteurs actuels en 1988. Mieux encore, aucune instance judiciaire ne s'est jamais prononcée sur le bien-fondé des prétentions de la défenderesse quant à ses droits sur Happy Birthday to You ousur la mélodie ou les paroles de la chanson qui sont des œuvres indépendantes. Outre la libre utilisation de la chanson, la cinéaste et ceux qui font cause commune avec elle, demandent à la justice d'ordonner à Warner/Chappell de rembourser les redevances à leur avis indûment perçues au cours des quatre dernières années, soit une somme d'environ huit millions de dollars.

La thèse défendue par les conseils des cinéastes rejoignent les conclusions d'un professeur de la faculté de droit de l'Université George Washington, Robert Bruneis, qui vient de consacrer une étude de 68 pages à cette chanson [Copyright and the World's Most Popular Song]. De l'avis de cet universitaire, « Il n'est pas certain qu'Happy Birthday to You, célèbre rejeton de Good Morning to All, soit vraiment encore protégé par un droit d'auteur. « Je crois que cette chanson est tombée dans le domaine public et qu'elle n'appartient plus à personne. » L'enjeu financier est considérable puisque, si la justice admet l'action collective, tous ceux qui ont acquitté des redevances depuis 2009 pourraient se les voir restituer.

Gageons que, de l'autre côté de l'Atlantique, le jugement qui sera rendu à New York retiendra l'attention des services juridiques de la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) à Paris, et de l'OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) à Genève. Mais, que cela ne nous empêche pas d'entonner la chanson et de souffler à pleins poumons les bougies d'anniversaire !

Le siège de l'organisation mondiale
de la propriété intellectuelle, Genève

  WIPO

   

 

Petit lexique de la propriété intellectuelle :

class-action suit

action collective
(ou :  recours collectif)

copyright

droit d'auteur

(to) copyright

déposer (une publication)

copyrighted         

protégé par le droit d'auteur

copyrighting

dépôt légal

copyright lawsuit

procès en contrefaçon d'une
oeuvre intellectuelle

defendant

défendeur/défenderesse

fee

redevance

licence holder

détenteur de droits

musical holdings 

portefeuille musical

patent

brevet

plaintiff

    

demandeur/
demanderesse

 World Intellectual Property  Organization 
(OMPI) 

Organisation mondiale de la
propriété    intellectuelle
(WIPO)

Source :

Birthday Song’s Copyright Leads to a Lawsuit for the Ages
New York Times, June 13, 2013

Lecture supplémentaire :

Happy Birthday’ Copyright Invalidated by Judge
The New York Times, September 22, 2015

Soulier rubis versus Richelieu grise
Le Mot Juste en anglais


 Jean Leclercq

 

 


                                          


 

Quatre vidéos inspirants dans le domaine de l’enseignement

(en anglais avec sous-titres en francais)

Une fille de caïd devient un super-prof

Pearl Arredondo a grandi dans Los Angeles Est. Elle était la fille d'un baron du milieu qui faisait de fréquents séjours en prison. De nombreux enseignants l'avaient jugée perdue car elle acceptait mal l'autorité.  À présent enseignante elle-même, elle crée une école différente et raconte son histoire aux élèves pour qu'ils sachent que parfois, c'est normal que leurs devoirs ne soient pas la première chose qui les préoccupe.

Voici sa presentation devant des membres de la préstigieuse organisation TED.

 

Un grand militant en faveur de l'innovation dans les écoles

Sir Kenneth Robinson est un auteur, orateur et expert en éducation internationalement reconnu pour ses interventions en faveur du développement de la créativité et de l’innovation. Il fut directeur du projet Art in Schools (de 1985 à 1989), Professeur d’Art  à l'Universite de Warwick  (1989-2001) avant d’être adoubé par la  d'Angleterre en 2003 pour ses services rendus à l’éducation.

Issu de la classe ouvrière de Liverpool, Robinson vit actuellement à Los Angeles  avec sa femme Marie-Thérèse et ses deux enfants James et Kate.

 

Tout enfant a besoin d'un champion

Un jour, Rita Pierson, enseignante depuis 40 ans, entend une collègue
dire, « Je ne suis pas payée pour aimer les élèves. » Sa réponse : « Les
enfants n'apprennent rien des personnes qu'ils n'aiment pas. » Elle
appelle avec passion les enseignants à avoir foi en leurs élèves et à
établir de vraies relations humaines avec eux, à un niveau personnel.

 

Il était une fois… une école

En acceptant son Prix TED 2008, l'auteur Dave Eggers demande à la
communauté TED de s'investir personnellement et créativement dans des
écoles publiques locales. Avec une ferveur fascinante, il raconte
comment le centre de soutien scolaire 826 Valencia a incité d'autres
personnes dans le monde entier à ouvrir leur propre laboratoire
d'écriture insolite géré par des bénévoles.

 

 

Petit lexique de l'enseignement :

Drop-out

élève/étudiant  qui abandonne ses études  [1]

curriculum

cursus

degree

diplôme, titre universitaire

grade (USA), mark (UK)

note

high school

lycée,
établissement d'enseignement secondaire

homeschooling

instruction à domicile

learning

apprentissage

lecture [2]

conférence

lecturer

maître de conférences

library

bibliothèque

nursery school

(école) maternelle

parent-teacher association

association de parents d'élèves
et de professeurs

physical training
practice, coaching

éducation physique
entraînement (d’éducation physique)

playground

cour (de recréation)

professor

professeur (d’université)

school (adjective)

scolaire

school (noun), schoolhouse

école

school head, school principal

directeur/directrice, principal

schooling

scolarisation

secondary education

enseignement secondaire

standardized testing

test de connaissances commun à tous les établissements
(niveau scolaire)

student (school) (USA); pupil (UK)

élève

Student (university) (USA & UK)

étudiant

teacher

professeur [3], enseignant

teaching

enseignement, instruction

teaching certificate

Certificat  d'aptitude au
professorat des écoles (école primaires)/
Certificat  d'aptitude d’enseignement
du second degré  (enseignement secondaire)

university studies

études supérieures


[1]  “décrochage scolaire” = fait de décrocher, de quitter l'école.

[2] Attention au faux amis : « lecture » en anglais n’est pas du tout synonyme du mot « lecture » en français

[3] Le mot anglais "professor" ne s'emploie que au niveau universaire. Dans le cadre de l'enseignement scolaire, les mots "professeur" et "professor" sont des faux amis.

Édouard-Léon Scott de Martinville,

un Français qui enregistra « Au clair de la lune » bien avant les expériences de Thomas Edison et d'Alexander Bell.


Édouard-Léon Scott de Martinville
, né à Paris en 1817, mort en 1879, est un ouvrier typographe, libraire et écrivain français qui inventa le phonautographe, dix-sept ans avant le phonographe d'Edison.

En mars 2008, The New York Times l'a annoncé en ces termes :

« Pendant plus d'un siècle, depuis la saisie des paroles de Mary had a little lamb sur une feuille de papier d'aluminium, Thomas Edison a été considéré comme le père de l'enregistrement sonore. Mais, des chercheurs disent avoir découvert un enregistrement de voix humaine réalisé par un inventeur français méconnu qui précède d'au moins deux décennies le phonographe d'Edison.

L'enregistrement de dix secondes d'un chanteur fredonnant « Au clair de la lune » a été découvert un peu plus tôt ce mois-ci, dans des archives parisiennes, par un groupe d'historiens du son américains. [1]  Ceux-ci précisent que l'enregistrement a été réalisé le 9 avril 1860, sur un phonautographe, appareil conçu pour enregistrer visuellement les sons, mais sans pouvoir les restituer. Mais, l'enregistrement obtenu (ou phonautogramme) a pu être reproduit après que des scientifiques du Lawrence Berkeley National Laboratory de Berkeley (Californie) aient transformé les gribouillis en sons. Le laboratoire a réussi à produire des scans optiques à haute résolution qu'un ordinateur a transformés en fichier audio. »

 

Le phonautographe de Scott de Martinville. Gravure du XIXe siècle.


L'enregistrement d'Au clair de la lune, réalisé le 9 avril 1860, est le plus ancien enregistrement audible d'une voix humaine qui soit connu actuellement. Repartant des expériences faites par Thomas Young en 1807, Scott de Martinville procéda à des premiers essais d'enregistrement en 1853 et 1854, et déposa, le 15 mars 1857, le brevet du phonautographe, appareil qui enregistre le son sans toutefois pourvoir le restituer. Le dispositif se compose d'un pavillon relié à un diaphragme qui recueille les vibrations acoustiques, celles-ci étant transmises à un stylet qui les grave sur une feuille de papier enduite de noir de fumée et enroulée autour d'un cylindre rotatif.

En avril 2013, The New York Times a annoncé qu'on venait de découvrir un autre enregistrement historique, qui a été à son tour décrypté par le même laboratoire de Berkeley, après avoir été abandonné et oublié pendant 126 ans. Il s'agit d'un enregistrement de la voix d'Alexander Graham Bell, l'inventeur de la téléphonie (1885). [2]

Ce disque de carton ciré de 1885 contient un enregistrement
de la voie d'Alexander Bell.
(Richard Strauss / NMAH, SI)


Dans les deux cas, le laboratoire a réussi à créer des scans optiques à haute résolution qu'un ordinateur a transformés en fichier audio. 

Jusqu'à la découverte de l'enregistrement de Scott de Martinville, c'était un enregistrement de la chanson folklorique Mary Had a Little Lamb, réalisé en 1877 sur papier d'aluminium, qui était le plus ancien enregistrement audible connu. La découverte récente de l'enregistrement de la voix de Bell, réalisé en 1885, ne change rien à cet égard, mais sa nouveauté réside dans le fait qu'on peut désormais écouter la voix de cet illustre personnage.

En fait, il existait dans ce domaine une grande rivalité entre Nikola Tesla, Américain d'origine serbe, Thomas Edison, Américain, et Alexander Bell, Britannique d'origine écossaise, naturalisé canadien. Tous les trois, entreprirent leurs recherches avant l'âge de 30 ans.

   

Alexander Graham Bell

(1847-1922)

 

Thomas Alva Edison

(1847-1931)

 


     Edouard-Léon Scott
        de Martinville
           (1817-1879)

Nikola Tesla
(1856-1943)

Scott de Martinville n'a jamais participé à cette compétition et l'histoire des sciences et des techniques a oublié son nom parce que son phonautographe enregistrait le son, mais sans prétendre le restituer.

Il existait une concurrence supplémentaire entre Tesla et Edison dans le domaine des courants électriques. Tesla était partisan du courant alternatif et Edison du courant continu. Alexander G. Bell mena certaines recherches sur le son et la lumière qui préfigurent l'emploi de la fibre optique dans les télécommunications. Edison s'est montre l'inventeur le plus prolifique dans l'invention et la diffusion des technologies d'avant-garde. Il n'avait aucune formation universitaire et a commencé sa carrière comme télégraphiste. D'après Thomas P. Hughes, l'auteur d'American Genesis : « Edison… est l'inventeur le mieux connu de l'histoire. Seul Léonard de Vinci est aussi intensément associé à l'esprit inventif. Mais, à la différence d'Edison, Léonard de Vinci ne réalisa que quelques-unes de ses brillantes conceptions. Edison déposa plus d'un millier de brevets et mit en pratique d'innombrables inventions, processus que l'on qualifie couramment d'innovation pour le distinguer du stade conceptuel de l'invention qui la précède. »

En plus de son phonographe a cylindre, Edison inventa la lampe électrique, le kinétographe et les « Kinetoscope Parlors  (premières salles de cinéma), et il produisit le « premier film court parlant » au monde. [3]

 

 

Edison et son phonographe à cylindre, en 1878.

Alexander Graham Bell lors de la mise en service de la liaison téléphonique entre New York et Chicago,1892.
Prints and Photographs Division, Library of Congress. Reproduction Number LC-G9-Z2-28608-B.

Par la suite, Edison livra une bataille juridique au Français, Georges Méliès.

En 1896, Méliès, comme d'autres cinéastes, avait contrefait les perforations rectangulaires du film de 35 mm mises au point par Edison et couvertes par divers brevets internationaux. En 1902, lorsque Méliès décida de développer son activité aux États-Unis en y ouvrant un bureau tenu par son frère, Thomas Edison obtint la saisie de la moitié des copies du film Le Voyage dans la Lune, adapté du célèbre roman de Jules Verne, De la terre à la Lune. Edison se remboursa ainsi du manque à gagner des contrefaçons internationales du Kinétoscope et des perforations Edison, sur le dos du seul Georges Méliès dont la tentative d'installation aux États-Unis échoua. [4]

 

Nous espérons que cet aperçu des travaux de quatre grands inventeurs contribuera modestement à mettre en valeur la place de Scott de Martinville dans l'histoire des techniques qui ont façonné le monde dans lequel nous vivons. D'ailleurs, une invention est toujours le fruit d'un effort collectif. L'idée est souvent dans l'air bien avant qu'elle se concrétise. Dans son principe, la machine à vapeur existait dès l'Antiquité et, au Siècle des Lumières, on faisait voler des hélicoptères-jouets dans les salons. Pour construire son phonautographe Scott de Martinville s'est inspiré des travaux menés cinquante ans plus tôt par Thomas Young. Edison a encore perfectionné l'appareil qui est devenu le phonographe. La découverte scientifique est un enchaînement, une conjugaison d'efforts, d'où l'intérêt de la communication et du dialogue scientifiques.  

—————

[1] dont le ethnomusicolgue Dr. Patrick Feaster, qui a bien voulu repondre aux questions que nous lui avons posées pour mieux comprendre la chronologie des inventions décrites dans cet article.

[2] Bell enseignait l'élocution à l'Université de Boston où il mena ses travaux sur le téléphone. Ses connaissances théoriques de la voix et de la parole, jointes à la préoccupation que lui inspirait la surdité de son épouse, ont probablement nourri son intérêt pour la transmission de la voix, thème de recherche jugé excentrique à l'époque.

[3] En France, Charles Bourseul, agent de l'administration des télégraphes, posa le principe du téléphone. Il publia un article dans L'illustration du 26 août 1854, sous le titre : Transmission électrique de la parole.

Un grand nombre d'inventeurs ont participé de près ou de loin à l'invention et à l'amélioration du téléphone. En conséquence, sa paternité fut et est encore l'objet de nombreuses controverses. Le téléphone a été exploité commercialement aux États-Unis dès 1877 et, en France dès 1879.

[4] Georges Méliès ne fera pas faillite pour autant puisque sa déconfiture ne surviendra que 21 ans plus tard, en 1923.


Lectures supplémentaires
 :

We Had No Idea What Alexander Graham Bell Sounded Like, Until Now.
Smithsonian.com May 2013

Invention of the telephone. 

Scott de Martinville (francais)

Scott de Martinville (anglais)

Nikola Tesla

World of Discovery – Inventors: Out of their Minds, DVD (208)

Reluctant Genius: Alexander Graham Bell and the Passion for Invention
Charlotte Gray,  Arcade Publishing, 2011

30,000 Years of Inventions
Thomas J. Craughwell (2012)

       

Dans l'ombre d'Edison T1 : Le sorcier de Menlo Park (Format Kindle)
Dominike Audet, Editions Hurtubise, avril 2013

 

 
 
 
Product Details

Nikola Tesla:
Imagination and the Man that Invented the 20th Century
Sean Patrick, April 2013

 
Édouard-Léon Scott de Martinville: An Annotated Discography
ARSC Journal XLI / i 2010. ©
Association for Recorded Sound Collections 2010

Jonathan J. & Jean L.

La découverte d’un livre inconnu de l’auteure prodigieuse et prolifique, Pearl Buck


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Pearl Buck



Le mois dernier, la Radio publique national des
États-Unis (NPR) a diffusé une emission intitulée 
« A Lost And Found 'Wonder': Pearl S. Buck's
Final Novel ». Nous avons demandé à M. Laurent Bury, Professeur
de littérature anglaise du XIXème siècle  à l'université Lumière – Lyon 2, auteur de « Civilisation britannique au XIXe siècle » (2001), spécialiste de la littérature britannique et traducteur de biographies de Lewis Carroll et de Virginia Woolf et de plusieurs autres livres, de bien vouloir traduire le
bref contenu de cette émission. M. Laurent a eu la gentillesse d'accéder à notre demande.
Voici son texte.

 
Le programme original en anglais se trouve à ce lien en format sonore et écrit. 

Pearl S. Buck devint
en 1931 une star de la littérature lorsqu’elle fit paraître un livre intitulé La Terre chinoise. Ce récit de la vie
familiale dans un village chinois valut à la romancière une renommée
internationale, le prix Pulitzer, et finalement le prix Nobel. Fille de
missionnaires américains, elle avait grandi en Chine, ce qui lui inspira ce
roman et bien d’autres ; à sa mort en 1973, Buck avait écrit plus de cent
livres, dont quarante-trois romans.

En décembre
dernier, son fils Edgar Walsh, qui gère son fonds littéraire, reçut un courriel
annonçant une nouvelle inattendue : un 44e roman de sa mère avait été
découvert au Texas.

« Quelqu’un,
et j’ignore qui, avait pris le manuscrit dans la maison où ma mère est morte,
dans le Vermont, et avait disparu avec le roman, déclare Walsh. La personne en
question est arrivée au Texas, a loué une unité de stockage et y a déposé le
manuscrit. Et c’est là qu’on l’a retrouvé ».

La famille a connu
des moments difficiles, avoue-t-il à Jacki Lyden, de NPR, mais tout s’est
arrangé ces derniers temps. L’œuvre de sa mère a connu un regain d’intérêt en
2004, quand Oprah Winfrey a choisi La Terre chinoise pour son club de lecture.

Walsh ignorait que
Pearl Buck avait consacré ses dernières années à écrire ce roman, intitulé Le
Miracle éternel.

« Et je ne
savais absolument pas que quelqu’un avait dérobé le manuscrit de la maison du
Vermont où elle avait vécu ses dernière années, pour nous le cacher pendant
quarante ans, à la famille et à moi ».

Deux manuscrits du
roman ont été retrouvés, l’un tapé à la machine, l’autre écrit à la main par
l’auteur. Par chance, dit Walsh, le fonds littéraire a pu acquérir les deux
sans trop de difficultés.

« J’ai
contacté un avocat à Philadelphie, Peter Hearn [Hearn avait aidé Walsh à
régler d’autres litiges concernant les œuvres de Pearl Buck]. Je lui ai
dit : ‘Nous lui donnerons pas à cette femme ce qu’elle demande, mais nous
lui verserons une somme raisonnable et nous exigerons que le texte nous soit
immédiatement restitué’. Ça a marché ».

Peu après l’avoir
reçu, Walsh a lu le manuscrit, qui a provoqué en lui une « réaction
complexe ».

« C’était
fascinant, sincèrement, de lire son dernier roman tout en prenant conscience
qu’il s’agissait, en un sens, d’un événement historique. Je pensais à cette
femme qui avait 78 ou 79 ans alors qu’elle écrivait ce texte. Elle savait
qu’elle allait bientôt mourir, mais elle a tout simplement pris sa plume pour
écrire plus de 300 pages. Un incroyable tour de force ».

Le roman retrace le
parcours de Randolph Colfax, un « génie », selon Walsh, « depuis
sa naissance, en passant par sa carrière dans l’armée, jusqu’à sa liaison avec
une femme plus âgée, à Londres, puis à Paris où il fait la connaissance d’une
jeune Chinoise. C’est une exploration très personnelle, en fiction, des thèmes
de la tolérance et de l’humanité qui ont toujours irrigué le travail de Pearl
Buck ».

Walsh déclare
n’avoir eu aucun mal à décider de publier ce roman. Le
Miracle éternel
paraîtra en octobre prochain.


Buck statue

Lecture
supplémentaire :

What the Remarkable Legacy of Pearl Buck Still Means for China
The Atlantic, August 9, 2012

Deux maitres du langage conjuguent leurs habilités linguistiques pour éclairer
un âge obscur


Le Mot Juste, 21 octobre 2010


 

 

James Nolan : traducteur/Interprète du mois de mai 2013

 

Nolan portrait Jonathan
James Nolan – l'interviewee Jonathan Goldberg -the intervieweur

Le 23 mai dernier nous avons publié un entretien en anglais avec M. James Nolan, notre « traducteur/interprète du mois ». Nous présentons maintenant la version française de cet entretien :

 

LMJ : Vous êtes issu d'une famille cosmopolite et vous avez grandi dans plusieurs pays, avant de vous installer aux États-Unis. Racontez-nous cela.

James N :Mon père, officier de la marine des États-Unis, venait de Nouvelle-Écosse et ma mère, artiste, des Asturies. Je suis né aux États-Unis à la fin de la deuxième guerre mondiale et, peu après, nous sommes partis à Mexico où mon père a fait sa maîtrise en espagnol. Mes parents étaient tous deux bilingues et j'ai été élevé dans les deux langues. Par la suite, nous avons vécu au Venezuela et au Chili, avant de nous installer en Californie où l'espagnol est très présent. Étudiant à l'Université de Californie, j'ai également passé plusieurs étés à Guadalajara où mes parents ont vécu pendant la majeure partie de leur retraite.

LMJ: Vous êtes avocat et, pendant une courte période, vous avez exercé la profession à New York. Mais, votre carrière s'est poursuivie dans l'interprétation, en s'axant même sur l'interprétation juridique. De toute évidence, vos compétences linguistiques vous le permettaient, mais quelles raisons avez-vous eues de choisir l'interprétation juridique ?

Noloan lawJames N : À New York, j'ai fait de la traduction pour plusieurs cabinets juridiques et j'ai travaillé en qualité d'avocat pour l'un d'eux. Mais, comme avocat, je n'étais qu'un parmi des milliers d'autres qui encombraient déjà un milieu professionnel extrêmement concurrentiel. Alors qu'en tant qu'interprète j'étais parmi les meilleurs. C'est ce que j'ai décidé de faire. Aux Nations Unies, je me suis axé sur les questions de droit international et de droit humanitaire, en me portant chaque année volontaire pour le Comité juridique de l'Assemblée générale. Je fus nommé à la tête de l'unité linguistique d'un tribunal international et devins ensuite directeur adjoint de ma division où je m'acquittais également de tâches administratives et juridiques.

LMJ : Pour préparer le concours de recrutement des Nations Unies, vous êtes allé étudier à l'Université de Genève qui, à l'époque, était le principal établissement d'enseignement conduisant à un diplôme de traduction et d'interprétation de niveau international. Dans quelles langues l'enseignement était-il dispensé ? Comment s'est passé le concours des Nations Unies ?

James N : À l'Université de Genève, les cours de traduction et d'interprétation étaient dispensés dans les langues de départ et Nolan Geneva Universityd'arrivée des élèves – dans mon cas, l'anglais, le français et l'espagnol . L'économie internationale était enseignée en anglais et les relations internationales en français. La terminologie internationale était quadrilingue (anglais, français, espagnol et Andonikovallemand). Les cours de stylistique et de procès-verbal étaient donnés en anglais et en français. Bon nombre des professeurs étaient des linguistes de l'ONU et nous avions de très brillants conférenciers invités, tel Constantin Andronikov, ex-interprète du général de Gaulle. Une fois diplômé, je réussissais le concours de l'ONU et prenais mes fonctions en 1977. J'eus ensuite la chance d'être choisi pour suivre un programme interne de formation à l'interprétation, assuré par Guido Gómez da Silva et Bruce Boeglin, deux des meilleurs interprètes diplomatiques.

 

LMJ: Parlez-nous de votre carrière d'interprète à l'ONU, de vos langues de travail ?

James N : Les interprètes appartenant au personnel de l'ONU sont en cabine tous les jours et assurent sept à huit séances par semaine. Dans un souci d'exactitude et de fidélité, nous travaillons dans la langue que nous connaissons le mieux (langue maternelle ou langue des études supérieures) et à partir de deux autres langues officielles de l'ONU (anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe).

Nolan booth

Je travaillais de l'espagnol et du français vers l'anglais. Les réunions auxquelles j'ai collaboré portaient sur toutes sortes de sujets et de points de vue, allant des crises régionales et des problèmes de décolonisation à l'environnement et aux sources d'énergie renouvelable. C'était parfois stressant, mais toujours intéressant. L'interprétation contribue beaucoup au succès des relations multilatérales. Pendant les vingt ans de ma carrière, de 1982 à 2002, j'ai été associé, entre autres, à six événements planétaires qui n'auraient pas pu se produire Nolan unsans l'interprétation simultanée, vu que la couverture linguistique des 190 et quelques pays du monde oblige à utiliser les six langues officielles de l'Organisation : en 1982, la Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer a adopté le plus grand traité de l'histoire régissant les océans du monde; en 1992, la première réunion au sommet du Conseil de Sécurité de l'ONU a marqué la fin de la guerre froide; en 1992 encore, la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (le « Sommet planète Terre ») a ouvert la voie à la révolution écologique; en 1995, la Réunion extraordinaire commémorative marquant le 50ème anniversaire de l'ONU; en 1998, la Conférence des plénipotentiaires sur l'instauration d'une cour pénale internationale a codifié le précédent de Nuremberg sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, de telle sorte que de tels crimes puissent maintenant être poursuivis sur le plan international; et en 2002, la Conférence internationale sur le financement du développement a jeté les bases du système de développement économique actuel. Les questions à l'ordre du jour de ces conférences obligeaient à trouver des solutions planétaires de nature consensuelle, car tous les pays du monde y étaient parties prenantes. Chacune de ces conférences est parvenue à un résultat qui a constitué un pas en avant vers la résolution des problèmes dont elle était saisie, progrès qui n'aurait pu être atteint sans la possibilité de débattre de ces questions de façon exhaustive et approfondie, en utilisant des langues que tous les participants soient à même de comprendre. En qualité d'interprète, il est fascinant d' assister, en direct et au premier rang, à des événements au cours desquels l'histoire s'élabore et l'avenir se dessine. De voir aussi comment la communication multilingue joue son rôle dans ce processus.

LMJ : Vous souvenez-vous d'anecdotes particulières relatives à des hommes d'État que vous avez interprétés (et avec qui vous avez peut-être fait connaissance) et d'autres temps forts (ou moments pénibles) de votre carrière d'interprète aux Nations Unies ?

James N : J'ai beaucoup de souvenirs… À chaque assemblée générale, un interprète chevronné de l'ONU interprète plusieurs discours de chefs d'État ou de ministres des affaires étrangères. On m'a souvent demandé d'interpréter les présidents de la Bolivie, du Pérou et de Pizanol'Argentine, et parfois de traduire leur allocution. L'un des hommes d'État les plus aimables et les plus courtois que j'aie rencontrés a été le Président Ernesto Samper Pizano que j'ai interprété à l'occasion d'entretiens bilatéraux, en 1996. Il m'a invité à déjeuner avec lui et ses collaborateurs, m'a félicité de ma prestation et m'a très aimablement remis un cadeau souvenir : un livre de photos aériennes de la Colombie. Toutefois, d'un point de vue technique, les missions les plus intéressantes et les plus exigeantes qu'il m'ait été donné de remplir furent des conférences de presse et des interviews du Président Jacques Chirac à Paris, interprétées en direct à New York au Reuters Financial News Studio, en 1995. Quand on s'adresse en direct à des téléspectateurs du monde entier, le niveau de concentration exigé de vous est considérable. Mais je dois dire que les liaisons satellitaires et les moyens techniques mis en place par Reuters étaient impeccables : c'était comme si l'orateur et moi étions dans la même pièce. De plus, M. Chirac est un excellent orateur et c'est un vrai plaisir d'interpréter quelqu'un qui manie aussi bien la langue française.

 

LMJ : En application du règlement du personnel, votre engagement à l'ONU s'est achevé lors de vos 60 ans. Depuis, votre carrière s'est poursuivie dans d'autres directions et vous recevez de différentes parties du monde des invitations à enseigner et à diriger des cours et des séminaires, s'adressant principalement à des interprètes de conférence. Vous êtes aussi consultant. Où avez-vous été invité ? Les cours sont-ils des événements ponctuels ? Quel est le niveau des élèves à qui vous vous adressez ? Sont-ce des cours qui se limitent à des anglo-hispano-francophones ? Pour quels organismes acceptez-vous des missions de consultant ?

James N : J'ai été invité à donner des cours ou des conférences au Canada, en Allemagne, au Kosovo, en Argentine et en Afrique du Sud. Aux États-Unis, j'ai enseigné ou donné des conférences à New York et à Washington ainsi qu'en Californie, en Floride, au Colorado, au Wisconsin, en Caroline du Nord et en Idaho. Mes séminaires en Afrique du Sud et au Canada ont été régulièrement réédités par la suite, et je me suis rendu à trois reprises au Kosovo en qualité de consultant afin de préparer des cours de formation et de former des linguistes pour le compte de la mission de l'OSCE au Kosovo et d'EULEX, la mission juridique de l'Union européenne.

Nolan Capetown    
   Capetown, Afrique du sud    

            

La plupart de mes séminaires s'adressent à des étudiants avancés dans leurs études ou à des interprètes qui exercent déjà mais qui désirent améliorer leurs compétences ou perfectionner une combinaison linguistique particulière. Les séminaires professionnels français-anglais que j'organise pour l'ATIO ont lieu chaque été en Ontario; cette fois-ci, il se déroulera à l'hôtel Château Laurier d'Ottawa, pendant la première semaine de juillet. Je mets l'accent sur le français, l'anglais et l'espagnol pour l'interprétation de conférence, mais j'adopte aussi une approche « neutre » qui permet d'inclure d'autres combinaisons linguistiques dans certains de mes séminaires (le portugais en Afrique du Sud et au Canada, le serbe et l'albanais au Kosovo, le dari et le pachto dans les cours de formation que je donne aux interprètes d'escorte des militaires canadiens). Aux États-Unis, en tant que consultant du Centre National pour les Tribunaux Étatiques, j'évalue les épreuves orales français↔anglais des interprètes judiciaires. Je fais partie de la délégation de l'AIIC (Association internationale des interprètes de conférence) au comité de l'ASTM qui œuvre à la définition de normes nationales applicables à l'interprétation.

 

Nolan manualLMJ : Quels manuels utilisez-vous pour vos cours et séminaires ?

James N : J'utilise mon manuel, Interpretation Techniques and Exercises, dont la deuxième édition vient de sortir. Toutefois, je prépare des livres de cours et des plans d'études spécialement adaptés aux besoins et aux combinaisons linguistiques des institutions ou groupes d'étudiants avec lesquels je travaille.

 

LMJ : Avez-vous appris le français au cours des années que vous avez passées à Genève ou avez-vous vécu dans d'autres régions francophones ?

James N :Pendant 30 ans, toute mon activité professionnelle s'est partiellement déroulée en français qui est l'une des deux langues de travail de l'ONU. J'ai toujours été attiré par la langue et la culture françaises. Il semble d'ailleurs que j'aie eu un ancêtre français. Avant l'apparition d'Internet, j'ai entretenu mon français en m'abonnant à la revue Les Temps modernes et en écoutant les ondes courtes; je me rappelle l'émotion que suscitèrent en moi les hommages funèbres rendus à Charles de Gaulle en 1970. J'ai étudié le français à l'Université de Californie et à la Sorbonne, mais mes contacts avec le français ont débuté à l'école secondaire et se sont ensuite étendus des deux côtés de l'Atlantique. J'ai vécu à Paris lorsque j'étudiais à la Sorbonne et j'y ai travaillé pendant un an, après avoir obtenu mon diplôme de l'Université de Genève, en attendant d'être engagé à l'ONU. J'ai habité à Genève et dans ses environs (Annemasse, en Haute-Savoie et Ferney-Voltaire, dans l'Ain) pendant deux ans comme étudiant et ensuite, pendant cinq ans, comme fonctionnaire onusien. 

Nolan Pont_de_Grilly

Divonne-les-Bains. Le pont de Grilly, à la frontière franco-suisse

(À cette époque, je me suis d'ailleurs rendu plusieurs fois à Divonne-les-Bains où habite Jean Leclercq. C'est une petite ville très agréable.)
J'ai également passé des vacances en Bretagne et au Québec où j'ai fait connaissance avec le français de la Belle Province. Je suis fier de dire que ma fille aînée, Catherine, est parfaitement bilingue.

 

LMJ : Faites-vous également de la traduction ?

James N : Oui, essentiellement des traités et des rapports nationaux sur les droits de l'homme pour l'ONU-Genève, mais j'ai également traduit des textes juridiques pour le Département d'État et pour un tribunal international.

LMJ : Vous avez dit que les habitants du Québec « connaissent deux langues pour le prix d'une. » Que pensez-vous du français parlé par les Québécois ?

James N : Des interprètes prétendent parfois que les Canadiens français leur donnent du fil à retordre, mais je pense qu'ils exagèrent. Au début, l'accent québécois est un peu difficile à saisir mais, une fois que l'oreille s'y est faite, on s'aperçoit que le français des Canadiens instruits est au fond une variété régionale du français standard, avec certains traits dialectaux supplémentaires – situation qui n'est pas loin de celle des interprètes espagnol-anglais en contact avec les différentes variantes régionales de l'espagnol d'Amérique du Sud. En outre, les Canadiens prennent le bilinguisme officiel au sérieux et veillent très soigneusement à la qualité et à l'élégance de leurs publications officielles et de leurs communications diplomatiques dans les deux langues. Aux Nations Unies, la plupart des interventions des délégués canadiens sont partiellement faites en français et ce que vous entendez alors est du français bien écrit et parlé avec un léger accent anglais. Je crois que la langue de Molière est bien vivante au Canada, et cela même si elle peut différer du français parlé à Paris, à Marseille, à Genève ou à Dakar.

 

Nolan Ontario

              l'Assemblé législative de l'Ontario

Lorsqu'un brillant orateur comme Nicolas Sarkozy a été reçu à l'Assemblée nationale du Québec, il était difficile de dire qui, de l'invité ou de ses hôtes, était le plus éloquent. J'ai de temps en temps l'avantage de diriger des ateliers de remise à niveau pour des interprètes français-anglais de l'Assemblé législative de l'Ontario (qui interprètent essentiellement vers le français) et je suis toujours favorablement impressionné par la clarté et la qualité du français des parlementaires canadiens et de leurs interprètes.

 

LMJ : Interpréter, dites-vous, c'est « jouer les détectives ». Pourriez-vous développer cette idée en général et en vous attachant plus particulièrement aux accents ?

James N : Je faisais allusion à un élément de mon modèle d'interprétation qui constitue la base de mes séminaires; j'essaie de définir les différents processus qui interviennent dans l'esprit de l'interprète lorsqu'il est en cabine. L'un de ces processus est la trio : déduction / extrapolation / conclusion. Ce que je veux dire, c'est qu'il existe de nombreux aspects du discours qui peuvent compliquer son interprétation : emploi de termes méconnus, mauvaise qualité sonore, bruit de fond, lapsus linguae ou omission de l'orateur, accent bizarre, etc. Pour venir à bout de ce genre de problème, l'interprète est souvent appelé à aller au-delà des mots, à boucher les trous et à lire entre les lignes afin de saisir ou de reconstituer ce que l'orateur a voulu dire. Ce genre d'analyse s'apparente à la démarche du détective qui déduit la pièce manquante de tous les autres indices dont il dispose. C'est pourquoi il est si important pour l'interprète de suivre le fil de la pensée de celui dont il restitue les propos, de s'attacher au contexte et de garder à l'esprit une vue d'ensemble de l'intervention, plutôt que de coller uniquement aux mots qu'il entend dans le casque.

 

LMJ : Quelle orientation prend actuellement la profession d'interprète ?

James N : Comme toute chose, l'interprétation évolue au gré de la technologie. Ce que permet la technique s'instaure tôt ou tard, et je crois que nous sommes sur le point d'assister à des réunions multilingues virtuelles se déroulant dans le cyberespace en temps réel et avec interprétation simultanée entre des intervenants et des interprètes situés en différents lieux. J'en voudrais pour exemple le dialogue qui suit, au cours duquel le Premier ministre du Japon, s'exprimant à Tokyo en japonais, soit à dix mille kilomètres de distance, intervient dans un débat qui se déroule en anglais à Davos (Suisse) (Tough choices in time of crisis) Notez au passage que, par suite de la taille du moniteur, le participant « lointain » est virtuellement celui qui est le plus visible dans l'assistance. De même que l'interprétation simultanée s'est révélée plus efficace que la consécutive, il me semble que l'interprétation en vidéo-conférence se révélera, dans certains cas, plus efficace que l'interprétation en salle de conférence. Permettez-moi d'évoquer une situation de crise dont j'ai été témoin comme interprète, et de risquer une prédiction. Je pense que, dans les années à venir, les préoccupations accrues de sécurité nées du 11 septembre resteront au moins au niveau d'alerte orange, pour reprendre la terminologie désormais adoptée dans les aéroports. J'ai ce sentiment depuis le 12 septembre 2001, jour où j'ai été l'un des deux interprètes d'anglais appelés à New York pour la réunion d'urgence du Conseil de Sécurité, convoquée ce jour-là en réponse à l'attaque de la veille. Me frayant un chemin dans un Manhattan désert où volait encore la poussière des tours jumelles, je ne pouvais m'empêcher de me demander si les attaques étaient finies, mais je savais que malgré les risques ambiants, le Conseil devait siéger. Je sentais bien que, pour les interprètes, comme pour tout le monde, les choses ne seraient jamais plus les mêmes et que la sécurité deviendrait un souci constant. La télé-interprétation offre la possibilité de surmonter l'obstacle de l'éloignement géographique, mais aussi celui de certaines situations dans lesquelles des réunions de haut-niveau pourraient devenir des cibles pour le terrorisme. En outre, lorsqu'une réunion doit être organisée à bref délai ou lorsque se pose un problème de combinaisons linguistiques « rares », la télé-interprétation peut favoriser l'engagement des interprètes les plus qualifiés, même s'ils se trouvent loin et ne peuvent arriver à temps pour la réunion. Tout en persistant à penser que la présence des interprètes sur les lieux de la réunion est toujours préférable car elle leur permet d'échanger avec des participants et d'être mieux informés, je crois que les possibilités offertes par la télé-interprétation doivent également être explorées.

 

LMJ : Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui se lance dans la carrière d'interprète ?

James N : Je lui dirais ceci : prenez le temps de maîtriser totalement vos langues de travail, y compris votre langue « A » , et d'acquérir les connaissances, la formation et l'expérience pratique de base. Ne vous limitez pas uniquement au cadre universitaire. Certes, un bon diplôme (tel qu'une maîtrise en interprétation de conférence) délivré par école réputée facilitera votre accès à la profession, mais l'interprétation est avant tout un art qui s'apprend sur le tas. Construisez-vous une réputation de qualité et de fiabilité. Si vous n'avez jamais parlé en public et si vous avez le trac, trouvez un moyen d'acquérir davantage confiance en vous-même, par exemple en vous inscrivant à un cercle de débat ou d'éloquence (comme les Toastmasters) ou en faisant du théâtre amateur. Restez en forme et apprenez à vous détendre.
Nolan YearbookExplorez les possibilités de carrière sur Internet et avec des outils comme l'Annuaire des organisations internationales qui énumère toutes les organisations internationales du monde, indexées par sujets, par implantation géographique et par langues de travail. Peaufinez votre curriculum vitae. Préparez-vous aux concours en vous servant des sites Web des organisations. Dans les débuts, acceptez même de brefs engagements à titre bénévole, comme interprète communautaire, pour acquérir de l'expérience. Entrez dans une association d'interprètes comme adhérent étudiant. Étudiez l'AIIC Code of Professional Ethics et les Tips for Beginners. Lisez beaucoup, dans toutes vos langues, et approfondissez votre culture générale en assistant à des réunions et à des causeries sur des problèmes d'actualité. Fixez-vous attentivement des objectifs, utilisez judicieusement votre temps, et tirez parti des occasions qui peuvent se présenter. Exercez-vous quotidiennement à l'interprétation en vous servant des nombreux discours désormais disponibles sur la Toile. Enregistrez-vous, écoutez-vous d'une oreille critique. Travaillez ensuite méthodiquement à vous améliorer là où vous avez eu des difficultés, que ce soit une question de débit, de terminologie financière, de métaphores, de chiffres ou de reformulation. Résistez à la tentation de devenir « polyglouton »; mieux vaut maîtriser deux ou trois langues que d'en savoir beaucoup mais superficiellement. Enfin, ne consacrez pas trop de temps aux théories linguistiques abstraites. Rappelez-vous du conseil que donnait l'interprète du général de Gaulle, Constantin Andronikov : « L'interprète est comme un mille-pattes; s'il pensait à ce que font ses pattes, il serait incapable d'avancer. »

 

Poetry in Translation

Dernièrement, nous sommes tombés par hasard sur un site Internet intitulé Poetry in Translation  qui donne gratuitement accès à des œuvres poétiques traduites en anglais à
partir d'une douzaine de langues dont le français. Le site héberge un
énorme choix d'œuvres en  anglais, avec par exemple une anthologie de
1.400 citations de Shakespeare, classées par thèmes. La section
française propose des traductions anglaises des œuvres de Guillaume
Apollinaire, de Charles Baudelaire, de François de Chateaubriand, de
Pierre Corneille et de bien d'autres.

Voici la suite de cette explication, rédigée par M. Anthony Kline, mathématicien, poète et traducteur, qui anime ce site, riche en contenu littéraire :

The ‘Poetry In Translation’ Website –
Background
and Intentions


A la une : L’édition 2013 du championnat d’orthographe des Etats-Unis a été remportée par un Américain d’origine indienne pour la sixième année consécutive


Bee logo   Des jeunes américains d'origine
   indienne dominent le championnat
   d'orthographe

   Washington D.C., le 30 mai 2013

Certaines langues, comme l'espagnol, s'écrivent comme elles se prononcent. Ce n'est pas le cas d'autres, telles que l'anglais ou le français. Si l'on présentait à une personne qui connaît très mal l'espagnol un texte rédigé dans cette langue, qu'elle ne comprendrait évidemment pas, et si elle le lisait à haute voix, les sons qu'elle produirait seraient dans l'ensemble compréhensibles pour un locuteur espagnol (si ce n'est que l'accent risquerait d'être mal placé dans le cas d'un grand nombre de mots). Il n'en serait pas de même pour le français notamment parce que dans un grand nombre de mots la dernière lettre ne se prononce pas (toit, aux, quand, janvier, etc.) ou que, dans certains cas, la dernière syllabe est muette (assurent, veille, fesses, etc.). En anglais, l'écart entre la prononciation des mots et leur orthographe est encore beaucoup plus important.

Le dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot "fish" pourrait s'écrire "ghoti" si l'on utilise les lettres "gh" telles qu'elle sont prononcée dans le mot "enough", la lettre "o" telle qu'elle est prononcée dans le mot "women" et les lettres "ti" telles qu'elles sont prononcées dans le mot "action". En fait, ce raisonnement facétieux ne serait pas dû à Shaw et aurait en outre été réfuté. [1] 

Le grand nombre d'orthographes irrégulières en anglais et la grande étendue du vocabulaire de cette langue (même si un très grand nombre de mots sont rarement utilisés) est à l'origine d'une tradition américaine : le championnat d'orthographe (spelling bee, en anglais). Le Collins English Dictionary, Complete and Unabridged, définit spelling bee comme suit : a contest in which players are required to spell words according to orthographic conventions (une compétition au cours de laquelle les joueurs doivent épeler des mots conformément aux conventions typographiques). Pour connaître l'origine de cette expression, cliquez ici Noah Webster (1758-1843) écrivit le premier dictionnaire anglais d'orthographe en 1783.[2]
 

 

Une découverte littéraire


Dernièrement, nous sommes tombés par hasard sur un site Internet intitulé Poetry in Translation  qui donne gratuitement accès à des œuvres poétiques traduites en anglais à partir d'une douzaine de langues dont le français. Le site héberge un énorme choix d'œuvres en  anglais, avec par exemple une anthologie de 1.400 citations de Shakespeare, classées par thèmes. La section française propose des traductions anglaises des œuvres de Guillaume Apollinaire, de Charles Baudelaire, de François de Chateaubriand, de Pierre Corneille et de bien d'autres.

Le site annonce d'emblée : « Bienvenue aux archives poétique gratuites d'A.S. Kline ». Toutes les traductions du chinois classique, du grec ancien, du géorgien (kartvel), de l'allemand, de l'italien, du latin, du russe et de l'espagnol sont l'œuvre d'A.S. Kline, agissant seul ou en collaboration. Nous avons tenté d'en savoir plus de ce poète et traducteur. Une notice biographique affichée sur le site nous apprend que M. Kline est britannique, qu'il détient un diplôme de mathématiques de l'Université de Manchester, et qu'après avoir réussi dans les affaires, il se consacre à des travaux littéraires très divers sans que faiblisse pour autant son vif intérêt pour la science et les mathématiques. Il traduit de la poésie, des ouvrages critiques, des biographies en rapport avec la poésie et écrit lui-même des poèmes, tout en traduisant à partir des différentes langues précitées.

Anthony Kline continue à écrire, essentiellement pour l'Internet, en format téléchargeable, tout en accordant une attention particulière au domaine des livres électroniques, actuellement en plein essor. Ses œuvres majeures sont des traductions complètes des Métamorphoses d'Ovide et de la Divine Comédie de Dante, toutes deux publiées en version électronique, accompagnées d'un index très détaillé en hyperlien avec le texte. Ces traductions ont également été publiées en édition papier chez Borders Classics.

Nous avons écrit à M. Kline pour solliciter sa collaboration. Non seulement il nous a immédiatement répondu de façon positive mais, en l'espace de quelques jours, il nous a envoyé un texte rédigé à notre intention. Nous publierons cet intéressant article au début du mois prochain.