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Adriana Hunter – Traductrice du mois d’août 2013

AH photoNous sommes heureux de  présenter Adriana Hunter, traductrice littéraire britannique aussi accomplie que prolifique.
Isabelle Pouliot
L'entretien qui suit a été mené par Jonathan Goldberg en anglais et traduit par notre contributrice, Isabelle Pouliot,  traductrice agréée de l'anglais vers le français, membre de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ).


Initials JJGOù êtes-vous née ?

Adriana : Dans une banlieue sans charme de Londres… mais j'ai été conçue à Paris!

Initials JJG Quel a été votre premier contact avec le français?

Adriana : Lorsque j'avais quatre ans, mon père a accepté un poste dans la diplomatie en Suisse et j'y ai passé quatre ans dans une école francophone; à mon retour en Angleterre, je parlais malgré moi avec un accent français.

Initials JJGDans la suite de vos études, avez-vous profité de ce bon départ pour continuer d'apprendre le français ?

Adriana : Vers l'âge de 10 ans environ, j'ai poursuivi mon apprentissage du français à l'école et peu à peu je me suis passionnée pour cette Goldsmithslangue, mais, pour mes dernières années d'études secondaires, j'ai cédé aux pressions de l'école et fait une spécialisation en sciences (appelé « niveau A » en Angleterre). Puisque j'ai dévié de la voie que je voulais suivre, je souhaitais étudier le français à l'université et j'ai travaillé dur pour combler mes lacunes en littérature. J'ai été très chanceuse d'être acceptée au Goldsmiths College de la London University, où j'ai étudié le français et le théâtre.

Initials JJG Quelle première expérience professionnelle vous a orientée vers la carrière de traductrice?

Adriana : Je travaillais en périphérie de l'industrie du cinéma, je faisais des tâches administratives pour un petit festival de cinéma dans le sud de la France. J'ai donc eu l'occasion d'être interprète entre les réalisateurs ou acteurs anglophones et la presse et le public local francophones.

Initials JJG Votre premier emploi à plein temps vous a-t-il donné l'occasion de travailler en français ?

Adriana : Oui, j'ai été relationniste de presse pour plusieurs films, ce qui voulait dire traduire les dossiers de presse et travailler en étroite collaboration avec les acteurs et réalisateurs français. Mon emploi suivant, auprès d'une entreprise spécialisée dans la mise en marché de manuscrits, a aussi été formateur. Cette entreprise repérait des idées prometteuses de livres non encore écrits et produisait des « trousses » destinées aux maisons d'édition (contenant un synopsis et des échantillons d'écriture). Plus tard, quand je voulais « vendre » un livre français ou mes compétences en traduction auprès d'une maison d'édition, je faisais aussi une trousse contenant un synopsis en anglais avec quelques échantillons de traductions en anglais.

Initials JJGQuel est le premier ouvrage que vous avez traduit ?

AH disparitionAdriana : Une autobiographie extrêmement émouvante appelée La Disparition (The Disappearance) de Geneviève Jurgensen. Ce livre m'a bouleversée et j'ai eu le sentiment très fort qu'il fallait que ce livre soit lu par plus de gens… et que si je le traduisais en anglais, ce serait le cas. J'ai approché environ 10 maisons d'édition britanniques avec cette technique de la « trousse » et, après quelques mois et de nombreux refus, Philip Gwyn Jones, qui travaillait alors pour la maison d'édition Flamingo, a commandé et publié l'intégralité de la traduction.

Initials JJGComment êtes-vous parvenue à surmonter les obstacles qui empêchent tant de candidats traducteurs de travailler à plein temps d'en faire leur gagne-pain ?  

Adriana : J'ai été très chanceuse puisque je recevais régulièrement du travail. Je voulais être une mère au foyer et grâce à mes enfants, ce fut mon cas. J'ai eu mes enfants sur une période de 7 ans, alors, durant plus de 10 ans, il n'était pas question pour moi de travailler à l'extérieur. J'adore traduire et je me suis réservé du temps pour le faire à même mon activité principale de mère au foyer.

Initials JJG Il semble qu'à partir du moment où vous avez commencé, vous n'avez plus jamais regardé derrière vous. Vous avez une bonne cinquantaine de traductions à votre actif. Plusieurs d'entre elles ont été retenues dans la sélection de prix prestigieux comme l'Independent Foreign Fiction Prize, le Kiriyama Prize, le French-American Foundation et le Florence Gould Foundation Translation Prize, le Marsh Award for Children's Literature in Translation, et le Scott-Moncrieff Prize, que vous avez remporté en 2011 (pour votre traduction de Bord de mer de Véronique Olmi, devenu Beside the Sea et paru chez Peirene Press, en 2010). Dans quelle mesure, les jurés de tels prix tiennent-ils compte de la part de l'auteur et de celle du traducteur dans le choix des œuvres qu'ils retiennent ?

Adriana : Dans la plupart des cas, le prix est remis à la traductrice, alors l'accent est mis sur la traduction, mais, cela va de soi, la qualité du texte de départ est très importante. La traduction peut ressembler à une partie de tennis : lorsque l'auteur du texte source est très bon, on rehausse notre jeu. Dans le cas du Independent Foreign Fiction Prize, le montant de la bourse était réparti également entre la traductrice et l'auteure.

Initials JJGRevenons à Beside the Sea. J'ai cru comprendre que vous aviez traduit ce livre dans des circonstances inhabituelles. Dites à nos lecteurs comment vous avez passé un mois à la Villa Gillet [1].

Adriana : Je n'avais pas réussi à trouver une maison d'édition anglophone pour publier Bord de Mer avec ma méthode de la « trousse », mais je ne pouvais abandonner ce livre si puissant. La Villa Gillet à Lyon offre chaque année plusieurs résidences de quatre semaines à des traducteurs, et j'ai eu la chance d'obtenir une de ces résidences en 2006. L'une des conditions d'admission à la résidence était d'avoir une traduction commandée sur laquelle travailler. À ce moment-là, j'avais deux gros contrats de traduction, alors je pouvais prouver que j'étais une traductrice en bonne et due forme, mais j'ai demandé à la Villa Gillet de me permettre de traduire Bord de Mer parce que je croyais à ce livre et que la résidence me fournissait une occasion en or de le traduire sans trop sacrifier mes sources de revenus. On m'a gracieusement accordé ce droit.

Malheureusement, leur bienveillance et mon engagement envers ce livre n'ont pas porté fruit immédiatement. Mais, deux ans plus tard, j'ai rencontré Meike Ziervogel, fondatrice de ce qui était la toute nouvelle maison d'édition Peirene Press, qui n'avait encore rien publié. Meike était aussi emballée par ce livre que je l'étais, et elle en a accéléré la publication pour qu'il devienne le tout premier livre publié par Peirene Press. Notre conviction a été justifiée lorsque la traduction Beside the Sea a été choisie comme « livre de poche de la semaine » par le quotidien britannique The Guardian, qu'elle a ensuite remporté le prix Scott-Moncrieff en 2011 et qu'elle a fait partie des candidats au Independent Foreign Fiction Prize de 2011.

Initials JJGÊtes-vous en contact avec les auteurs des livres que vous traduisez ?

Adriana: J'aime toujours communiquer par courriel avec un auteur. Quand j'achève un dernier brouillon, je peux aussi envoyer une liste de questions et je me fais un devoir d'envoyer ma traduction finale à l'auteur en même temps que je l'envoie à la maison d'édition, même si certains éditeurs s'y opposent.  Il y a un livre, très touchant et très personnel, soit Le Fils, de Michel Rostain : il n'a pas pu lire ma traduction avant la veille du lancement plus tôt cette année. J'étais à la fois heureuse et soulagée (notamment parce que son anglais est très bon) lorsqu'il m'a dit qu'il n'aurait rien changé.

Initials JJGCombien d'autres auteurs dont vous avez traduit les œuvres avez-vous rencontré ? À quel stade du processus cela se produit-il habituellement ?

Adriana :J'en ai rencontré seulement une demi-douzaine, la plupart du temps à l'occasion du lancement du livre. Mais il y a une exception notable : Agnès Desarthe.

AH Agnes

Agnès Desarthe

J'ai traduit quatre de ses livres et elle est non seulement une auteure de grand talent, mais elle est aussi une traductrice de l'anglais vers le français. Nous avons eu beaucoup de plaisir à parler des langues et de ma traduction de ses œuvres et nous sommes devenues amies.

 

Balzac Initials JJGSi nous prenons l'une de vos plus récentes traductions, Balzac's Omelette d'Anka Muhlstein, une livre que nous avons beaucoup aimé, il semble que cette œuvre ait exigé un savoir exceptionnel de l'auteur et de sa traductrice en matière d'art culinaire.  


Adriana :
Pour ma part, je peux seulement prétendre être une cheffe amateure enthousiaste, mais cela n'a pas constitué un handicap pour traduire le livre.

Cependant, j'ai dû surmonter un problème totalement différent : dans ce livre, il y a de nombreuses citations des œuvres de Balzac et à cause de contraintes de droits d'auteurs, je ne pouvais utiliser que des traductions anglaises qui sont dans le domaine public. Certaines étaient très mauvaises et parfois n'appuyaient même pas l'argument avancé par l'auteure. J'ai pu contourner cette difficulté en traduisant moi-même certains passages (et en publiant une note pour en aviser les lecteurs).

J'ai adoré traduire ce livre parce que l'écriture est si fluide et lucide. J'ai été très chanceuse de rencontrer Anka et son mari lorsqu'ils ont visité leur fils et leur belle-fille qui habitent relativement près de chez moi en Angleterre. Je leur ai apporté une offrande de macarons au gingembre et aux amandes que j'avais préparés, en guide de modeste hommage à l'auteure d'un livre si « délicieux ».

La maîtrise d'Anka de l'anglais est vraiment remarquable et j'ai peur qu'elle décide d'écrire de futurs livres en anglais, ce qui me priverait du grand plaisir de pouvoir la traduire de nouveau.

Initials JJGPour prendre un autre exemple sur la longue liste des écrivains à qui vous avez ouvert le monde anglophone, je note que l'auteur de "Scandalous" est une mystérieuse "Laura D."

Adriana : Ce livre est un récit autobiographique d'une étudiante qui paie ses études universitaires en se prostituant. Je n'ai jamais su son vrai nom, mais le nom de la maison d'édition, Virgin Books, est une coïncidence ironique.

Initials JJG Parlez-nous de votre plus récente activité, consistant non pas à traduire, mais à expliquer au public ce qu'est votre profession.

Adriana : Le 7 août, l'auteure Naomi Alderman a animé une émission de radio qui traitait de problèmes de la traduction littéraire du point de vue d'auteurs traduits et de traducteurs. J'étais l'un des trois traducteurs invités et j'ai participé à un « combat de traducteurs », où j'ai dû défendre ma traduction de quelques paragraphes du roman de Jules Verne Le Tour du monde en quatre-vingts jours, comparativement à celles d'autres traducteurs.  L'émission a été diffusée sur la chaîne de BBC Radio 4 sous le titre « The art and craft of translating fiction ».

Initials JJGDans le sillage d'une aussi brillante carrière, quels sont vos projets à très court terme ?

Demain, je pars au Edinburgh International Book Festival, afin de participer à un « traduel » devant public. Ces séances sont de plus en plus populaires, c'est très amusant et c'est fascinant de déconstruire un texte et d'explorer le raisonnement derrière les différentes versions produites par deux traducteurs.

Annonce du blog :

 

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Anka Mulhstein

En préparant cet entretien avec Adriana Hunter, nous lui avons réservé une petite surprise. Nous avons demandé à Anka Mulhstein, l'auteure de « Garçon, un cent d'huîtres ! : Balzac et la table » [2] qu'Adriana a traduit par Balzac's Omelette : A Delicious Tour of French Food and Culture with Honoré de Balzac de nous dire ce que fut sa collaboration avec Adriana. Voici ce qu'Anka nous a répondu :

Donner un livre à traduire, c’est un peu le jeter au fond d’un lac. Si on ne connaît pas la langue d’arrivée, impossible de juger de la traduction. On croise les doigts, on considère avec satisfaction son nom en chinois, en japonais ou en allemand, et on espère que le texte original aura survécu à la baignade. Le livre ne refait surface que si l’on comprend la traduction. Mais alors un autre problème surgit. Ce texte habillé de nouveaux mots, de tournures différentes est-ce bien le nôtre ? Grâce à Adriana, je n’ai jamais eu d’inquiétude. Adriana est une remarquable traductrice parce qu’elle est une lectrice si attentive et si exigeante. Elle saisit la moindre nuance mais elle remarque aussi la moindre inconsistance, la moindre obscurité et, qualité inappréciable, si elle a le moindre doute, elle pose la question à son auteur. Mon texte anglais est non seulement fidèle, mais plus précis. J’adore travailler avec elle ! 

A.M.

AH Balzac

[1] Notes du blog :

La Villa Gillet, située dans le parc de la Cerisaie, 25, rue Chazière à 69004 Lyon, se veut un laboratoire d'idées. Des artistes et des penseurs s'y retrouvent périodiquement afin de réfléchir ensemble aux problèmes Villa_Gilletdu monde contemporain. Le bâtiment fut construit en 1912 par l'architecte Joseph Folléa pour de riches industriels lyonnais, la famille Gillet. En mai de chaque année, s'y tiennent les Assises internationales du Roman. Notons que, depuis 2011, la Villa Gillet organise à New York, le festival "Walls & Bridges – Transatlantic Insights" qui entend instaurer un dialogue entre penseurs et artistes français et américains.

[2] ainsi que Victoria : Portrait de la reine… (1981); La Femme soleil : Les femmes et le pouvoir. Une relecture de Saint Simon (1976); Manhattan. La Fabuleuse Histoire de New-York, des Indiens à l'an 2000 (1986); Cavelier de La Salle, l'homme qui offrit l'Am érique à Louis XIV (1992) Astolphe de Custine (1790-1857) : Le dernier marquis (1996); Reines  éphémères, mères perpétuelles (2001); Elizabeth d'Angleterre et Marie Stuart : Ou les périls du mariage (2004); Napoléon  à Moscou (2007);  cile Muhlstein : 1936-2007 (2011) et, en anglais, Baron James: The Rise of the French Rothschilds (1984); Monsieur Proust's Library (2012); Venice for Lovers (2012); La Salle: Explorer of the North American Frontier (à paraitre en livre de poche 2013).

Le 28 août 1963 – aussi un jour meurtrier

C.g. 1Le 28 aout 1968 n’est pas seulement le cinquantième anniversaire du célèbre discours de Martin Luther King. C’est aussi le jour   deux jeunes filles blanches ont été brutalement tuées dans leur appartement  dans un quartier chic de New York.  Un jeune noir, George Whitmore Jr.,  a été faussement accusé et même incarcéré pendant plus de deux ans. Finalement il s’est avéré que l’accusé avait un alibi solide – à l’heure à laquelle l’assassinat a eu lieu, il regardait le discours de Martin Luther King à la télévision en compagnie d’autres personnes.

L’affaire, connue  sous le nom de « The Career

C.g.2

George Whitmore Jr.

Girl Murders », avait des implications au-delà d’un simple dossier policier ou même du cas d’un noir victime d’un coup monté par un policier raciste – justement un des thèmes du discours prononcé le jour de ce meurtre violent.  Selon Wikipedia :

 

 

« Je fais un rêve »

Le cinquantième anniversaire du discours de Martin Luther King

MLK TimeIl y a cinquante ans, le 28 août 1963, le pasteur baptiste noir Martin Luther King, fils, grand lutteur américain pour les droits civils et avocat de la désobéissance civile et la non-violence (et lauréat en 1964 du Prix Nobel de la Paix), prononça un discours sur les marches du Lincoln Memorial, Washington D.C. En faisant allusion à la phrase « I have a dream », le journal TIME, dans son édition spéciale datée le 26 aout 2013, a fait remarquer :

« With a single phrase, Martin Luther King, Jr. joined Jefferson and Lincoln in the ranks of men who've shaped modern America."

La foule de centaines de milliers de personnes qui assistèrent au discours célèbre, le 28 août 1963

 

 

MLK statue
photo: Washington Courrier

Barak Obama et sa famille rend visite au monument érigé à la mémoire de King, situé sur le National Mall a Washington D.C., le site d'ou il a donne ce discours en 1963, un discours axé sur trois thèmes : justice, démocratie et espoir qui sont soulignés par l'utilisation d'eau, de pierre et d'arbres.

Discours du Président Obama, le 28 août 2013 sur le même site Martin Luther King a donné son discours (14 premiéres minutes) :

Nous présentons au-dessous le texte intégral du discours historique de Martin Luther King, avec la traduction de la brochure de l'édition Points, publiée en 2009.

Texte bilingue du discours – anglais-français

Five score years ago, a great American, in whose symbolic shadow we stand today, signed the Emancipation Proclamation. This momentous decree came as a great beacon light of hope to millions of Negro slaves who had been seared in the flames of withering injustice. It came as a joyous daybreak to end the long night of their captivity.

Il y a cent ans, un grand Américain, dans l'ombre symbolique duquel nous nous tenons aujourd'hui, signait l'Acte d'émancipation. Ce décret capital est  arrivé comme la lumière d'espoir d'un grand phare pour des millions  d'esclaves noirs marqués au feu d'une cinglante injustice. Il est arrivé comme une aube joyeuse à  la fin de la longue  nuit de leur captivité.

  

But one hundred years later, the Negro still is not free. One hundred years later, the life of the Negro is still sadly crippled by the manacles of segregation and the chains of discrimination. One hundred years later, the Negro lives on a lonely island of poverty in the midst of a vast ocean of material prosperity. One hundred years later, the Negro is still languishing in the corners of American society and finds himself an exile in his own land. So we have come here today to dramatize a shameful condition.

Mais cent ans ont passé, et le Noir n'est toujours pas libre. Cent ans ont  passé, et l'existence du Noir est encore tristement entravée par les menottes  de la ségrégation et les chaines de la  discrimination. Cent ans ont passé, et le Noir vit toujours sur l'ile solitaire de  la pauvreté au milieu d'un vaste océan  de prospérité matérielle.  Cent ans ont  passé, et le Noir croupit encore dans  les marges de la société américaine comme un exil dans son propre pays.  Et c'est pourquoi nous sommes venus  ici aujourd'hui pour exposer cette honteuse situation.

  

In a sense we have come to our nation's capital to cash a check. When the architects of our republic wrote the magnificent words of the Constitution and the Declaration of Independence, they were signing a promissory note to which every American was to fall heir. This note was a promise that all men, yes, black men as well as white men, would be guaranteed the unalienable rights of life, liberty, and the pursuit of happiness.

Nous sommes en quelque sorte venus  dans la capitale de notre pays pour encaisser un chèque. Lorsque les architectes de notre république ont écrit  les mots magnifiques de la  Constitution et de la Déclaration de l'Independence, ils ont signé un billet à ordre dont chaque Américain devrait  héritier.  Ce billet était une promesse que tous les hommes, oui, les Noirs comme les Blancs, se verraient garantir les « droits inaliénables à la vie,  à la liberté et à la recherche du bonheur. »

It is obvious today that America has defaulted on this promissory note insofar as her citizens of color are concerned. Instead of honoring this sacred obligation, America has given the Negro people a bad check, a check which has come back marked "insufficient funds." But we refuse to believe that the bank of justice is bankrupt. We refuse to believe that there are insufficient funds in the great vaults of opportunity of this nation. So we have come to cash this check — a check that will give us upon demand the riches of freedom and the security of justice.

We have also come to this hallowed spot to remind America of the fierce urgency of now. This is no time to engage in the luxury of cooling off or to take the tranquilizing drug of gradualism. Now is the time to make real the promises of democracy. Now is the time to rise from the dark and desolate valley of segregation to the sunlit path of racial justice. Now is the time to lift our nation from the quick sands of racial injustice to the solid rock of brotherhood. Now is the time to make justice a reality for all of God's children.

Il est aujourd'hui évident que l'Amérique a failli à cet engagement en ce qui concerne ses citoyens de couleur. Au lieu d'honorer cette obligation sacrée, l'Amérique a donné  au peuple noir un cheque en bois, en  cheque qui est revenu avec la mention  « provisions insuffisantes ». Mais nous  refusons de croire que la banque de la justice est en faillite. Nous refusons de croire qu'il y ait des fonds insuffisants dans les grands coffres-forts de l'opportunité de ce pays. Aussi sommes-nous venons encaisser ce cheque, un cheque qui nous accordera  sur demande les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce  lieu sanctifié pour rappeler à l'Amérique l'urgence brûlante du présent. Il n'est plus temps de se laisser aller au luxe de l'attente ni de prendre le tranquillisant du gradualisme. Le moment est venu de se lever de la vallée sombre et désolée de la  ségrégation pour parcourir le sentier ensoleillé de la justice raciale.  Le  moment est venu de tirer notre nation  des sables mouvants de l'injustice raciale pour prendre pied sur le rocher solide de la fraternité. Le moment est  venu de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu.

  

It would be fatal for the nation to overlook the urgency of the moment. This sweltering summer of the Negro's legitimate discontent will not pass until there is an invigorating autumn of freedom and equality. Nineteen sixty-three is not an end, but a beginning. Those who hope that the Negro needed to blow off steam and will now be content will have a rude awakening if the nation returns to business as usual. There will be neither rest nor tranquility in America until the Negro is granted his citizenship rights. The whirlwinds of revolt will continue to shake the foundations of our nation until the bright day of justice emerges.

Il serait fatal a la nation de négliger le caractère d'urgence de ce moment. Ce été étouffant du mécontentement légitime des Noirs ne passera pas avant qu'advienne un automne revigorant de liberté et d'égalité. 1963 n'est pas une fin, mais un commencement. Et ceux qui espèrent que le Noir avait besoin de relâcher la vapeur et s'estimera désormais satisfait se préparent à un rude réveil si le pays retourne comme d'habitude a ses affaires.  Il n'y aura ni repos ni tranquillité en Amérique tant que le Noir ne se verra pas accorder ses droits de citoyen. Les tourbillons de la  révolte continueront à ébranler les fondations de notre nation jusqu'à ce que se lève le jour éclatant de la justice.

  

But there is something that I must say to my people who stand on the warm threshold which leads into the palace of justice. In the process of gaining our rightful place we must not be guilty of wrongful deeds. Let us not seek to satisfy our thirst for freedom by drinking from the cup of bitterness and hatred.

Mais il est une chose que je dois dire à mon peuple, qui se tient sur le seuil brulant que conduit au palais de la justice : dans le processus qui vise à obtenir  notre juste place, nous ne devons pas nous rendre coupables d'actes répréhensibles. Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l'amertume et de la haine. 

We must forever conduct our struggle on the high plane of dignity and discipline. We must not allow our creative protest to degenerate into physical violence. Again and again we must rise to the majestic heights of meeting physical force with soul force. The marvelous new militancy which has engulfed the Negro community must not lead us to a distrust of all white people, for many of our white brothers, as evidenced by their presence here today, have come to realize that their destiny is tied up with our destiny. They have come to realize that their freedom is inextricably bound to our freedom. We cannot walk alone.

Nous devons toujours mener notre combat sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser notre protestation créative dégénérer en violence physique.  Encore et toujours, nous devons nous élever jusqu'aux cimes majestueuses ou se rencontrent la force physique et la force d'âme. Le merveilleux nouveau militantisme qui s'est emparé de la communauté noire ne doit pas nous conduire à nous méfier de tous les Blancs, car nombre de nos frères blancs, comme en atteste leur présence ici aujourd'hui, ont compris que leur destin est inextricablement  lié à notre destin. Nous ne pouvons pas marcher seuls.

As we walk, we must make the pledge that we shall always march ahead. We cannot turn back. There are those who are asking the devotees of civil rights, "When will you be satisfied?" We can never be satisfied as long as the Negro is the victim of the unspeakable horrors of police brutality. We can never be satisfied, as long as our bodies, heavy with the fatigue of travel, cannot gain lodging in the motels of the highways and the hotels of the cities. We cannot be satisfied as long as the Negro's basic mobility is from a smaller ghetto to a larger one. We can never be satisfied as long as our children are stripped of their selfhood and robbed of their dignity by signs stating "For Whites Only". We cannot be satisfied as long as a Negro in Mississippi cannot vote and a Negro in New York believes he has nothing for which to vote. No, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until justice rolls down like waters and righteousness like a mighty stream.

Et tandis que nous marchons, nous devons prendre l'engagement  de toujours aller de l'avant. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il en est qui demandent aux partisans des droits civiques : « Quand serez-vous satisfaits ? » Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que le Noir sera victime des horreurs indicibles de la brutalité policière. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos corps, lourds de la fatigue du voyage, ne pourront trouver à se loger dans les motels le long des routes et les hôtels des villes. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que la mobilité fondamentale du Noir se réduira à passer d'un petit ghetto à un plus grand.  Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos enfants seront dépouillés de leur identité et privés de leur dignité par des pancartes qui déclarent : « Réservé aux Blancs ». Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant qu'un Noir de New York croira qu'il n'a aucune raison de la faire. Non, non nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne le serrons pas jusqu'à ce que « le droit s'écoule comme les eaux et la justice comme un torrent impétueux. »

  

I am not unmindful that some of you have come here out of great trials and tribulations. Some of you have come fresh from narrow jail cells. Some of you have come from areas where your quest for freedom left you battered by the storms of persecution and staggered by the winds of police brutality. You have been the veterans of creative suffering. Continue to work with the faith that unearned suffering is redemptive.

Je n'ignore pas que certains d'entre vous sont venus ici à la suite de grandes épreuves et tribulations. Certains d'entre vous sortent tout juste d'étroites cellules de prison. Certains d'entre vous viennent de régions ou leur quête de liberté les a laisses meurtris par les tempêtes de la persécution et secoués par les vents de la brutalité policière. Vous êtes les vétérans de la souffrance créatrice. Continuez à travailler  dans la foi que la souffrance imméritée est rédemptrice.

Go back to Mississippi, go back to Alabama, go back to South Carolina, go back to Georgia, go back to Louisiana, go back to the slums and ghettos of our northern cities, knowing that somehow this situation can and will be changed. Let us not wallow in the valley of despair.

Retournez a Mississipi, retournez en Alabama ; retournez en Caroline du Sud, retournez en Géorgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos de nos cités du Nord, en sachant que d'une manière ou d'une autre cette situation peut changer et qu'elle changera. Nous ne vautrons pas dans la vallée du désespoir.

I say to you today, my friends, so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.

Je vous le dis aujourd'hui, mes amis, quand bien même nous devrons affronter les difficultés d'aujourd'hui et de demain, je fais pourtant un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: "We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal."

Je fais le rêve qu'un jour cette nation se lèvera et vivra pleinement les véritable sens de son credo : « Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes ont été crées égaux. »

  

I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.

Je fais le rêve qu'un jour sur les collines rouges de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

  

I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.

Je fais le rêve qu'un jour même l'Etat du Mississipi, un Etat qui étouffe dans la fournaise de l'injustice, qui étouffe dans la fournaise de l'oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

  

I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.

Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation ou ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau mais sur la nature de leur caractère.

  

I have a dream today.

I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right there in Alabama, little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.

Je fais aujourd'hui un rêve ! Je fais le rêve qu'un jour au fond de l'Alabama, ou les racistes sont des brutes, ou le gouverneur a la bouche qui dégouline des  mots « interposition » et « nullification », qu'un jour, là en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront se prendre par la main avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches comme frères et sœurs.

  

I have a dream today.

I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together.

Je fais aujourd'hui un rêve !

Je fais le rêve qu'un jour « toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée, alors la gloire du Seigneur sera révélée, et tout ce qui est chair la verra. »

  

This is our hope. This is the faith that I go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.

Telle est notre espérance. Telle est la foi avec laquelle je repartirai dans le Sud. Forts de cette foi, nous pourrons tailler dans la montagne du désespoir une pierre d'espoir. Forts de cette fois, nous pourrons transformer les stridentes discordes de notre nation en une merveilleuse symphonie de fraternité. Forts de cette fois, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, aller en prison ensemble, défendre la liberté ensemble, en sachant qu'un jour nous serons libres. 

This will be the day when all of God's children will be able to sing with a new meaning, "My country, 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my fathers died, land of the pilgrim's pride, from every mountainside, let freedom ring."

Ce sera le jour ou tous les enfants de Dieu pourront chanter en lui donnant un sens nouveau : « Mon pays, c'est toi, douce terre de liberté, toi que je chante. Terre ou sont morts mes pères, terre de la fierté de pèlerins, du flanc de chaque montagne, que retentisse la liberté ! ».

  

And if America is to be a great nation this must become true.

So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire.

Let freedom ring from the mighty mountains of New York.

Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania!

Et si l'Amérique doit être une grande nation, cela doit venir vrai.

Que la liberté retentisse depuis les sommets prodigieux du New Hampshire !

Que la liberté retentisse depuis les puissantes montagnes de l'Etat de New York !

Que la liberté retentisse depuis le massif de l'Alleghney en Pennsylvanie !

Let freedom ring from the snowcapped Rockies of Colorado!

Let freedom ring from the curvaceous slopes of California!

But not only that; let freedom ring from Stone Mountain of Georgia!

Que la liberté retentisse depuis les rocheuses enneigées du Colorado !

Que la liberté retentisse depuis les pentes ondoyantes de Californie !

Mais pas  seulement : Que la liberté retentisse depuis la Stone Mountain de Géorgie !

  

Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee!

Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi. From every mountainside, let freedom ring.

Que la liberté retentisse depuis la Lookout Mountain du Tennessee !

Que la liberté retentisse depuis chaque monticule du Mississipi !

Du flanc de chaque montagne, que la liberté retentisse !

  

And when this happens, when we allow freedom to ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual,

"Free at last! free at last! thank God Almighty, we are free at last!"

Et quand cela arrivera, quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous ferons retentir dans chaque village et chaque hameau, dans chaque Etat et chaque ville, nous pourrons hâter la venue du jours ou tous les enfants de Dieu, noirs et blancs, juifs et gentils, protestants et catholiques, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux negro spiritual :

Libres enfin ! Libres enfin ! Béni soit le Tout-Puissant, nous sommes libres enfin !


L'assassinat de Martin Luther King
(le 4 avril, 1968):

 

 

Notes du blog :

 

1. On a souvent comparé Martin Luther King à Nelson Mandela, le champion des droits civiques à qui l'on reconnaît le mérite d'avoir fait tomber le régime de ségrégation raciale, connu en Afrique du Sud sous le nom d'apartheid. Ce qui les distingue surtout, c'est que MLK a été assassiné à 39 ans, tandis que Mandela vit toujours à 95 ans. Tous deux étaient des visionnaires mais, dans les deux cas, leurs proches se sont ensuite sordidement disputé leur héritage. Chez les King, l'un des fils a fait un procès aux autres membres de la fratrie à propos de sa part successorale. Chez les Mandela, lorsqu'on crut à la fin prochaine de l'ancêtre, son petit-fils, sachant que son grand-père voulait être inhumé près des sépultures de trois de ses enfants décédés avant lui, aurait fait transporter leurs restes là où il était chef de tribu. L'idée était de pouvoir ainsi édifier un complexe touristique autour d'un sanctuaire dédié à Mandela. À la demande de 16 membres de la famille, un juge ordonna le retour des tombes à leur emplacement initial.

2. L'option non-violente de MLK était à l'opposé des thèses de l'extrémiste Malcolm X (qui se faisait aussi appeler El-Hajj Malik El-Shabazz), chef d'un mouvement qui préconisait le recours à la violence aux États-Unis. King et Malcolm X furent tous deux assassinés à l'âge de 39 ans.

Lecture supplementaire :

Martin L. King, Jr.   Jan. 15, 1929 to April 4, 1968
The New York Times, 24th August, 2013

 

Civil Rights Glossary:

Affirmative Action

Action positive,
discrimination positive

The general designation for a wide range of programs designed to overcome the effects of past discrimination and to provide equal opportunity for historically subjugated groups, especially African Americans and women. The U.S. Commission on Civil Rights defined affirmative action in 1977 as "…any measure, beyond simple termination of a discriminatory practice, adopted to correct or compensate for past or present discrimination or to prevent discrimination from recurring in the future."

Desegregation

Déségrégation 

The breaking down of imposed racial separation. Desegregation has always been a fundamental aim of the civil rights movement in this country and was given special impetus by the Supreme Court's 1954 decision in Brown v. Board of Education that ruled segregated schools unconstitutional.

Disparate Impact

Incidence sélective

Refers to employment or other practices that have an adverse impact on minorities, women, or other protected groups, regardless of whether such practices were motivated by discriminatory intent. Such practices might include tests that do not measure the applicant's ability successfully to perform the job or height-and-weight requirements that unfairly exclude women or of color from certain job opportunities.

Fifteenth Amendment to the United States Constitution

Quinzième amendement à la

Constitution des États-Unis *

Ratified in the wake of the Civil War, this amendment guaranteed the right to vote regardless of race or color.

Fourteenth Amendment
to the United States Constitution

Quatorzième amendement à la

Constitution des États-Unis *

Ratified in 1868, this amendment made all born in the United States citizens of both the nation and the state in which they reside, reversing the Supreme Court decision Dred Scott v. Sandford.  It also prohibited states from denying any citizen due process or equal protection of the laws.

Gerrymandering

Charcutage de la carte électorale 

The distorted drawing of electoral lines to give an unfair advantage to one group. The word comes from a combination of salamander and Elbridge Gerry (I 744-1814), a Revolutionary era governor of Massachusetts and signer of the Declaration of Independence. According to one story, the word has its roots in an electoral district drawn by Gerry's party for the 1812 election that looked like a salamander.

Hate Crime

Crime de haine, crime inspiré par la haine d'un groupe particulier 

A crime committed because of the victim's membership in a protected class, such as race, national origin, religion, sex, disability, or sexual orientation.

Quotas

Quotas

For affirmative action purposes, an absolute requirement that an employer hire a certain number of or percentage of employees from a specified group, without regard to the availability of qualified candidates or the presence of more qualified members of other groups.

Reverse Discrimination

Discrimination à rebours

A charge made by critics of affirmative action to argue such programs discriminate against white males by favoring less qualified women or minorities.

Thirteenth Amendment

Treizième amendement à la 

Constitution des États-Unis *

Ratified in 1865, this amendment abolished slavery.

* Liste des amendements de la constitution des États-Unis

Source : http://civilrights.org/resources/civilrights101/glossary.html
Traduction de la note : Jean Leclercq

Lecture supplémentaire :

Economist MLKChasing the dream – race relations in America
The Economist, 24 August, 2013

Josephine Baker et Burt Lancaster,  émissaires de France à la Marche de Washington de 1963
FRANCE-AMERIQUE, 22 aout 2013

 

 
THE MARTIN LUTHER KING, JR.
RESEARCH AND EDUCATION INSTITUTE

Stanford University

 Discours de MLK devant le  comité Nobel norvégien,  11 décembre 1964 :
The Quest for Peace and Justice

livre en français

In English

Martin's Dream: My Journey and
the Legacy of Martin Luther King, Jr.
by Claybourne Carson

Edition : Folio (18 octobre 2012)

Palgrave Macmillan (January 8, 2013)

 

L’influence française sur la cuisine anglaise



BryanNous
souhaitons la bienvenue à notre nouveau contributeur, Bryan Newman, d'origine britannique, qui habite à Jerusalem (Israël). Bryan anime son propre blog, Behind the French Menu, dont le but est de partager son amour pour la cuisine français avec ses lecteurs et lectrices anglo-saxons. Nous l'avons
 invité  à prendre la direction contraire en exposant aux francophones et francophiles des faits historiques et linguistiques, peut-être inédits, sur la cuisine anglaise. Pour nos lecteurs et lectrices qui sont prêts à relever le défi que pose un menu britannique, la lecture de l'article suivant en anglais ne doit poser aucun problème.

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My own blog, called Behind the French Menu, is aimed at visitors to France who want to know more about French cuisine; however, the majority of the readers of Le Mot Juste en Anglais will be French or French speakers. Those French readers of  Le Mot Juste are, I am sure, well acquainted with, and justifiably proud of, modern French cuisine. With that in mind for this guest post, I must change course and the new direction will point to the French connection and its influence on the British kitchen. Just as 30% of the English language traces its roots to French, so a sizeable number of British dishes have French input, and for this post I will look at traditional British dishes. Hopefully, by the end of the post, the reader will recognize, and be proud of, the French contribution to the British menu.

Where and when the French Connection began


Le festival d’été de Satchmo

Un hommage au musicien et chanteur     
Louis
«Satchmo »
[1] Armstrong (1901 – 1971)

 

Kimble portraitNotre collaboratrice, Renée Elizabeth Kimble, 24 ans, est née à Lafayette (dans l'État de Louisiane), ce qui a peut-être présagé de son grand intérêt pour la langue française. Elle a obtenu une licence de l'Université de Tulane (avec le français comme matière principale).  Actuellement elle commence sa troisieme année  d'études de doctorat ès littérature française. Renée projette de choisir pour sa thèse un sujet francophone qui portera sur le Québec ou les Caraïbes. Sa maîtrise de la langue française et ses racines dans l'Etat de Louisiane se conjuguent pour donner l'analyse trèsinteressante qui suit. Le billet anterieur que Renée a écrit sur ce blog était intitulé«La volière d’Audubon : Première partie de la volée».

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 La Nouvelle-Orléans [2], le 2 août – La chaleur étouffante, la rue Esplanade apparemment sans fin … puis on aperçoit les toits blancs des tentes et on entend les premières notes de musique qui proviennent de la cour de l’Old U.S. Mint.  On y est arrivé, au premier jour du Satchmo Summerfest annuel, institué il y a treize années. 

 

1913, l’art moderne s’invite en Amérique du Nord

L'exposition d'art moderne connue sous le nom d'Armory Show s'ouvrit à New York, le 17 février 1913. Elle présentait au public 1.250 peintures, sculptures et œuvres d'art d'environ 300 artistes d'avant-garde  européens et américains.   Des tableaux impressionnistes, fauvistes et cubistes y étaient également exposés. Après New York, l'exposition parcourut plusieurs villes du pays dont Chicago et Boston. Partout, elle suscita à la fois enthousiasme et indignation. Elle permit à Marcel Duchamp et à d'autres artistes européens d'exercer une influence durable sur leurs homologues américains.   

 

Affiche de l'exposition

 

 


Marcel Duchamp
(1887-1968), cadet d'une fratrie d'artistes, est un peintre, sculpteur et écrivain franco-américain dont l'œuvre est indissociable du dadaïsme et de l'art conceptuel. Duchamp est souvent considéré, au même titre que Pablo Picasso et Henri Matisse, comme l'un des trois artisans de la mutation révolutionnaire des arts plastiques qui a profondément transformé la peinture et la sculpture, dans les premières décennies du XXème siècle.  

Marcel Duchamp était célèbre aux États-Unis, avant même d'y avoir mis les pieds. Son Nu descendant un escalier, N°2  fut l'œuvre qui fit la plus forte  impression à l'Armory Show de 1913, en ce sens qu'elle révéla l'art moderne à beaucoup d'Américains. Traditionnellement, les nus étaient représentés au bain ou en position allongée, mais non comme des sujets abstraits descendant un escalier. Par la suite, Duchamp devint, avec Napoléon 1 et l'actrice Sarah Bernhardt, l'un des Français les plus connus outre-Atlantique.   

 

Aujourd'hui, ce tableau fait partie d'une planche de 12 timbres intitulée  « L'Art moderne en Amérique »  que vient d'émettre le Service postal des États-Unis, avec une citation de Marcel Duchamp:  « L'Amérique est le pays de l'art de l'avenir » .   

   

Man Ray est un autre des artistes honorés dans cette planche de 12 timbres.

Man ray portraitMan-Ray-Art-in-America-Stamp-USPS1

De son vrai nom Emmanuel Radnitzky (1890-1976), Ray est un moderniste américain dont la carrière se déroula essentiellement à Paris. Bien qu'il se considérât essentiellement peintre, ses talents prirent toutes sortes de formes. Personnage mythique du Montparnasse de l'entre-deux-guerres, c'est son avant-gardisme photographique qui lui a valu de passer à la postérité comme l'une des figures marquantes du dadaïsme et du surréalisme. Il fut un photographe de mode et de portraits très réputé [1] et l'inventeur de clichés photographiques qu'il travaillait en laboratoire et qu'il baptisa “rayographes”.  

[1] On lui doit plusieurs portraits de Kiki de Montparnasse (de son vrai nom Alice Ernestine Prin (1901-1953), chanteuse, modèle et égérie du Montparnasse des "années folles".

Interview en anglais avec Marcel Duchamp :

 

 

JG2
Jonathan G.

Joseph Conrad :
Genève-les-Bains ou Spy-City ?

Mag

« Homme libre, toujours tu chériras la mer » a écrit Charles Baudelaire. Maxime qui sied particulièrement bien au destin hors-pair de Joseph Conrad, ce terrien qu'une « impulsion inexplicable » attire soudainement vers la mer et qui, entré en contact avec la langue anglaise à 21 ans, n'en devient pas moins l'un des plus grands auteurs de la littérature anglo-saxonne. Magdalena Chrusciel, qui fut en mars dernier notre « traductrice du mois », a accepté de nous présenter son illustre compatriote, en privilégiant les attaches genevoises de l'auteur.

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 Conrad portraitDepuis toujours, Genève, ma ville d’adoption, se trouve au centre d’activités d’espionnage – et la dernière affaire en date n’est pas des moindres, puisqu’elle est dorénavant liée aux agissements d’un certain Edward Snowden. Il en était  déjà ainsi du temps de l'auteur qui allait devenir célèbre, Joseph Conrad, lorsqu’il venait à Champel-les-Bains pour des cures thermales – une plaque apposée sur une façade de l'avenue de la Roseraie commémore ses quatre séjours. En août 1907, Conrad y travailla à  son roman "Under Western Eyes" (Sous les yeux de l'Occident), publié en 1911.

  Conrad nid  
  Manchette de la Tribune de Genève, 
juillet 13 (photo M.Chrusciel).
 

  Plaque Conrad building  

Maison de la Roseraie, 25  avenue de la  Roseraie, Genève
appartenant aujourd’hui à l’État (photo C.O.Criodain).

L’action de ce roman se déroule dans la communauté des émigrés russes de Genève où des comptes se  réglaient alors  entre révolutionnaires et partisans du tsar. .. Dans la Pologne communiste de mon enfance, les romans de Conrad de cette teneur étaient totalement occultés et c'est à Charlie, un ami américain russophone et russophile de Genève,  que je dois de les avoir découverts, il n’y a pas si longtemps. J’appris en même temps que Conrad comptait  parmi les grands écrivains  classiques de la littérature anglo-saxonne, alors qu’il reste relativement peu connu dans les pays francophones. Pour en savoir plus de sa vie mouvementée, je vous renvoie à la lecture passionnante de "The Several Lives of Joseph Conrad" de John Stape  (Arrow Books, 2008)

Conrade book cover

 

Ses origines.

 Joseph Conrad naît en 1857 à Berdichev, (Ukraine, à l’époque en Russie), au sein d'une famille de la noblesse polonaise. Agonisante, divisée par les partages, la Pologne était francophone et francophile [1]. Tout naturellement, le jeune Teodor Jozef Konrad Korzeniowski – qui adoptera le pseudonyme de  Joseph Conrad – grandit dans le culte des valeurs de la noblesse, de la loyauté et d'une certaine idée du romantisme. Son père Apollo, très religieux et fervent patriote, fondera une maison d’éditions et traduira Shakespeare et Dickens. Opposant au tsar,  il sera exilé avec sa famille, à Vologda, puis près de Moscou. Le jeune Conrad connut donc une enfance bien mouvementée ; et c’est en Pologne, à l'âge de six ans, qu'une gouvernante lui enseigne les premiers rudiments de français. Ses parents, à la santé affaiblie par les rigueurs de l’exil russe, mourront jeunes, et c’est avec sa tante que Conrad découvrira l’Europe occidentale, se rendant déjà en Suisse, sur le conseil de son médecin.

L'appel de la mer.

C’est autant sa condition d’orphelin qu’un esprit de rébellion qui pousseront le jeune Conrad, âgé d'à peine 16 ans, à s’enrôler dans la marine. Les relations familiales vont l’amener tout d’abord à Marseille dont il adorera la vie culturelle et l’opéra. Dépensier, le jeune homme peut encore compter sur la compréhension de son oncle, Tadeusz Bobrowski, qui accourra de Pologne lorsqu’il faudra le tirer d’embarras. Mais, à l’époque déjà, il fut difficile à un étranger de travailler en France, et c’est pour échapper aux difficultés bureaucratiques, de même qu’à des soucis d’argent que Conrad s’enrôle dans la marine britannique, la plus puissante de son temps. C’est lors de ses traversées qu’il perfectionnera son anglais – sur le Skimmer of the Sea, le Duke of Sutherland, le Narcissus et l'Highland Forest, mais aussi dans les ports d’Australie, à Java et , enfin, à Londres où il affectionne de se promener la nuit.

  Conrad new bridge Conrad london plaque  
  Conrad sur le pont d'un bateau    plaque à Londres  

 En crise : à la recherche d’une maison.

À 27 ans, devenu premier matelot, c’est en anglais qu’il commence à écrire, sur le Tilkhurst. Bien que passionné de Flaubert, de Maupassant  et de Bizet, il écrira en anglais, la langue de son quotidien. En effet,  ses modèles littéraires sont français et anglais, et il vivait trop éloigné de sa culture d’origine. Les difficultés professionnelles qu’il rencontre dans la marine – travaillant Heart of Darknessau-dessous de ses compétences, les grèves – le feront définitivement se tourner vers l’écriture. Une dernière mission de capitaine, le mènera sur le fleuve Congo, pour les besoins d’une société belge, où il se heurtera  à un milieu naturel extrêmement hostile – Conrad y souffrira de dysenterie et de dépression nerveuse, expérience qui dont il rendra compte dans son excellent "Heart of Darkness" (Au cœur des ténèbres).

Lorsqu’il retrouvera la mer, il s‘y liera d’amitié notamment avec John Galsworthy [2], qui sera parmi ses premiers lecteurs, alors qu’il rédige, en bateau,  La Folie Almayer. Cependant, l’avènement de la vapeur mettra un terme définitif à ses aventures en mer. Par ailleurs, l’instauration du droit d’auteur va assurer une meilleure protection aux écrivains. Lorsqu’il soumet son premier roman à l’éditeur Unwin, épuisé par la rédaction de son ouvrage et l’attente d’une publication, il partira soigner en Suisse son état dépressif – précisément près de Genève, à Champel-les-Bains [3].

Partenaires et illusions.

Passionné de Dickens, Trollope et Disraeli, il trouve ses premiers défenseurs chez son éditeur, Garnet, qui lui servira aussi de père de substitution. Lorsqu’en 1895 paraîtra La Folie Almayer,  le roman sera salué par la critique, mais la reconnaissance du public tardant, Conrad retournera une fois de plus soigner  sa déprime aux bains de Champel.

Son second roman, "An Outcast of the Islands" (Un paria des îles),   lui apportera une nouvelle reconnaissance. Puis c’est avec "The Nigger of the Narcissus" (Le Nègre du Narcisse) que Conrad abordera véritablement le thème qu’il connaît si bien et qui lui est cher, celui de la mer. Il fera ainsi de sa passion un thème littéraire, avec un roman plus expérimental, une narration complexe et des effets impressionnistes. À cette époque, il épouse Jessie George, emménage à Ivy Walls Farm, près de Stanford, et rejoint une nouvelle maison d’édition renommée, Blackwood.

C’est aussi l’époque d’amitiés importantes avec d’autres écrivains, tels que l’Américain Stephen Crane [4] – dont l’amitié permet à  Conrad de s’ouvrir à ses émotions – H.G. Wells et Henry James.

Conrad henry james Conrad hg wells Conrad Crane
     Henry James    H.G. Wells                Stephen Crane

   
Lors de la parution du Nègre du Narcisse, en 1897, son génie est largement reconnu par la critique. Avec l’écrivain Hueffer, il engagera une collaboration littéraire plus ou moins fructueuse. Alors que Conrad est enfin entouré d’amis qui sont ses égaux, il va perdre son ami Crane, terrassé par la tuberculose et le paludisme, à peine âgé de 25 ans.

Paru en 1900, Lord Jim ne se vendra qu’à une élite, mais deviendra par la suite l'un des romans préférés du public. Cependant, Conrad dramatise toujours les choses, même lorsqu’il connaît le succès. De l'avis d'Henry James, son roman Le Nègre du Narcisse est « the very finest and strongest picture of the sea and sea-life that our language possesses ». La cadence des récits et les tournures de phrases lui sont inspirées de Maupassant. Mais, Conrad a de la peine  à apprécier le temps qui lui est nécessaire pour écrire, ce qui lui vaudra bien des difficultés financières et des conflits avec ses agents. Souffrant également d'ennuis de santé, il sera souvent soutenu par John Galsworthy.

"Nostromo" (1904) avec ses thèmes politiques, touchant à la moralité et à l’histoire de l’humanité, ne rencontre guère une bonne critique, alors qu’il est aujourd'hui reconnu comme son chef d’œuvre. De nouveaux intérêts politiques se matérialiseront avec deux nouvelles, L’anarchiste, et L’informateur, ainsi que le roman Gaspar Ruiz, dont l’action se déroule en Amérique latine.

Paraissant en 1911, Sous les yeux de l’Occident, le roman se déroulant entre Saint-Pétersbourg et Genève, est une réponse de Conrad aux thèmes dostoïevskiens. C’est aussi un écho à son passé familial, avec son père révolutionnaire et exilé. Il y traite du cynisme et des conflits nés de la faillite des idéaux révolutionnaires, personnifiés par le personnage Razumov.

L’écrivain a toujours payé sa création d’une grande souffrance, et les périodes de travail intense étaient suivies d'épisodes dépressifs qu’il soignait à coups de voyages et cures. Ne jouissant pas d'une bonne santé, vivant quasiment dans une grande pauvreté, Conrad connut toujours une existence difficile. Souffrant aussi de goutte, lui et les siens se rendront alors une fois de plus en Suisse, à Genève (séjournant à l’Hôtel de la Poste) où il travaillera à la révision de son roman, L’agent secret. De retour en Angleterre, les Conrad auront deux fils, Boris et John. Ils s'installeront à Luton où l’écrivain rédigera notamment Fortune, son roman qu’il voulut populaire. Il reviendra à ses origines polonaises dans Souvenirs personnels (1912) et Retour en Pologne (1915). Conrad effectuera aussi une tournée aux États-Unis, et mourra en 1924, terrassé par une crise cardiaque.

Les adaptations cinématographiques sont nombreuses,  notamment L’agent secret (Alfred Hitchcock, 1936, et C. Hampton, 1996, ainsi qu’une série de la BBC), La ligne d’ombre (Wajda, 1976), Le retour (P. Chéreau, 2005) etc. Quant à Ridley Scott, il  appellera le vaisseau d’Alien du nom de Nostromo…

La vision conradienne de la vie est profondément pessimiste, et l’homme a de la peine à se défendre du mal – c’est une situation récurrente dans laquelle se retrouvent ses héros. De nos jours, la critique reconnaît largement la modernité de Conrad et la richesse de sa peinture de la nature humaine.

 

Pourquoi l’anglais ?

Passionné de littérature anglaise et française, il choisit d’écrire dans la langue de son quotidien. Il convient de relever que l'anglais n'était pas sa langue maternelle, et que la maîtrise qu'il en acquît et la littérature qu'il créât sont tout à fait uniques dans l'histoire littéraire et artistique [5]. 

 

 Son choix de ne pas écrire en polonais s’avéra judicieux, non seulement il avait quitté la Pologne à 16 ans, mais ses écrits étaient bien trop cosmopolites et exotiques pour une Pologne restée provinciale et coupée du monde occidental.

À cet égard, il est  intéressant de noter que le premier de ses romans à être traduit, Un paria des îles, le fut en polonais, en 1897. Hélas, la traduction fut bâclée afin de la rendre plus compréhensible pour les autochtones… Les Hollandais y devenaient des Allemands, les termes nautiques tout comme les termes malaisiens furent purement et simplement éliminés. De plus, il fera l'objet d'attaques d'une écrivaine très populaire et féministe, Eliza Orzeszkowa, qui ne comprenait ni les thèmes, ni les intérêts conradiens.

 

Parlant couramment français – avec l’accent marseillais – il traduisit lui-même Typhon en français. Gide fut son intercesseur dans le milieu littéraire français.

Malgré son accent étranger, ses manières de grand seigneur, ses tournures de phrases parfois bizarres, l’anglais et l’Angleterre étaient devenus sa maison. Lui-même attribuera cette facilité d’adaptation au caractère occidental de la culture polonaise :

« … the Polish temperament… self-government, its chivalrous view of moral restraints and an exaggerated respect for individual rights… (Poland) had received its training from Italy and France… »       


[1] Ainsi le grand-oncle du romancier, Mikolaj Bobrowski, qui servit Napoléon Bonaparte jusque dans son exil, sera décoré de la Légion d’honneur

[2] Auteur notamment de la Saga des Forsyth.

 

[3]  Coïncidence, un écrivain que Joseph Conrad admirait beaucoup, Guy de Maupassant, avait fait, en août 1889, un bref séjour à Champel dont il gardait un souvenir cuisant. Dans une lettre à son médecin, le Dr Henry Cazalis, il écrivait : « Je reste à Divonne après un essai d'un jour à Champel où j'ai trouvé comme médecin le charlatan le plus prétentieux et exploiteur que j'aie jamais vu de ma vie, le Dr X. » Il faut dire que les eaux de Champel, comme celles de Divonne, ne pouvaient rien contre la syphilis tertiaire dont il mourra deux ans plus tard.

[4] L'auteur de "Red Badge of Courage".

 

[5] Comme on peut le lire dans le Dictionnaire des littératures, publié sous la direction de Philippe Van Tieghem, la langue extraordinaire de Joseph Conrad tient à « l'ampleur et la variété d'un vocabulaire qui joue avec la même dextérité de la densité concrète du saxon et de la majesté du latin, l'exceptionnelle richesse de l'image, la sonorité puissante et la cadence marquée de la phrase ».

Lecture suppmentaire :

Weber_conrad

Olivier Weber.
Conrad. Le voyageur de l'inquiétude.

Paris, Arthaud, 2011

The Time Machine and Heart of Darkness:
H.G.
Wells, Joseph Conrad, and the fin de siecle
Haili Ann Vinson

©Magdalena Chrusciel
magdalena.chrusciel@gmail.com  

Note du blog :

L'article ci-dessus a suscité des réactions très positives.

M. John Stape, l'auteur du livre «The Several Lives of Joseph Conrad », nous a écrit du Canada :

« How kind of you to characterize my biography as  ‘une lecture passionante’. I’m very grateful, indeed. Working on Conrad, so complex linguistically and culturally, has provided me with immense pleasure over the course of my scholarly life, and I am happy that my work has found an outlet in the more popular source of a biography. He seems to me, more than ever, 'one of us' – polyglot, trans-cultural, conflicted, sceptical and enquiring in a modern way, a man much more of our times than of his own. Again, with thanks, John Stape, Vancouver

I found your colleague's observations interesting and I am as ever pleased that Conrad has a wide and diverse readership.

With kind regards and best wishes,

John »

D'autre part, Madame Magdalena Chrusciel, auteure de l'article, a reçu, de Varsovie, un message ainsi conçu :

Félicitations. Ce que j'ai aimé dans les articles du blog c'est la façon de les présenter, je veux dire un humour spécifique, preuves en soient les notes que j'ai publiées sur Facebook se basant sur les matériaux du blog. Meilleures salutations et bonne journée! 

Slawek Socko

Et finalement, un commentaire reçu de Sienne (Italie) :

 Il est vraiment curieux que Joseph Conrad ait eu ce don de pouvoir écrire dans une langue qui non seulement n'était pas la sienne, mais qu'il avait, de surcroît, apprise au contact de matelots. En licence d'anglais, il était la bête noire des étudiants qui redoutaient par dessus tout sa terminologie des gréements et de la marine à voile…Le fait d'écrire dans une langue qui n'est pas la sienne n'est pas nouveau : Tolstoï écrivait des pages entières

Antonio 2

Antonio Tabucchi

en français. Mais je pense que le cas plus représentatif  du XXe siècle est Antonio Tabucchi. Professeur de portugais à l'Université de Sienne, il a écrit « Requiem »(Uma alucinaçao) en portugais et n'a jamais accepté de le traduire lui-même en italien, car cela eut été, disait-il, récrire son livre… Clause de conscience du traducteur ? Il prétendait qu'une histoire comme celle-ci n'avait pu être écrite qu'en portugais (Una storia come questa avrebbe potuto essere scritta soltanto in Portoghese). Autre bizarrerie, Tabucchi s'était mis à l'étude du portugais afin de lire et traduire Pessoa, l'écrivain portugais qui, sous de nombreux pseudonymes, avait écrit des poésies érotiques et des récits mystérieux en langue anglaise. D'ailleurs, dans sa postface, le traducteur de Requiem en italien (Sergio Vecchio) donne peut-être l'explication lorsqu'il écrit : « Tabucchi avait besoin d'une langue différente, une langue qui fût un lieu d'affection et de réflexion ».


Ne manquez pas, s'il vous plaît,
d'admirer les azulejos du XVIIe
siècle du Antonio 3 palais Fronteira de Lisbonne, sur la couverture du livre publié chez Feltrinelli.

Une lectrice assidue du
Mot juste, Madeleine Bova

 

 

Votre façon d’écrire, votre empreinte linguistique, vous trahit…

Dans son édition du 14 juillet dernier, le Sunday Times de Londres a déchaîné une véritable tempête dans le monde de l'édition en révélant que Robert Galbraith, l'auteur d'un premier roman policier intitulé The Cuckoo's Calling (L'appel du coucou), n'était autre que J.K.Rowling, l'auteure à grand succès de la série Harry Potter. Peu après, le New York Times lui a emboîté le pas en racontant comment le chef de la rubrique artistique du Sunday Times, Richard Brooks, avait découvert le pot aux roses.

                              J.K.Rowling

Un des collègues de Brooks avait reçu un message anonyme sur Twitter prétendant que Galbraith était Rowling. Puis, le compte Twitter de l'informateur anonyme avait été fermé. Avant de poser la question à l'éditeur, l'équipe de Brooks se livra à une petite enquête sur la Toile. Ils s'aperçurent que les deux auteurs avaient le même éditeur et le même agent. Ensuite, ils découvrirent que The Cuckoo's Calling et d'autres livres de Rowling présentaient d'étonnantes similarités linguistiques. Convaincus que l'informateur avait dit vrai, Brooks tenta de joindre Rowling. Finalement, le samedi suivant, comme le rapporte le New York Times : « Il obtint une réponse d'une porte-parole de Mme Rowling qui lui dit que celle-ci avait décidé d'avouer ».


Tandis que le monde littéraire était en ébullition, se demandant si l'informateur anonyme était ou non Little, Brown & Cie, l'éditeur de Rowling (ce qui n'était pas le cas), il est apparu plus intéressant de s'interroger sur la façon dont les experts informaticiens procédaient à leurs mystérieuses analyses linguistiques. Occasion d'apprendre non seulement comment s'accomplit l'enquête sur Rowling, mais aussi de pénétrer le monde fascinant de la linguistique légale.

Certes, l'idée de décortiquer les textes n'est pas nouvelle. Depuis longtemps, les étudiants en sciences politiques se livraient à des analyses de contenu manuelles. Prenant au hasard une vingtaine de lignes de Benjamin Constant, d'Alexis de Tocqueville ou de Max Weber, ils comptaient la fréquence des adjectifs positifs ou négatifs, des verbes actifs ou passifs, la longueur des phrases, etc. et tentaient d'établir des corrélations entre la forme et le fond. Fastidieux, l'exercice n'était pas forcément concluant. Avec l'informatique et les progrès de l'analyse statistique, la recherche s'est beaucoup affinée. Une des premières approches est celle dite de la comparaison des mots rares dont l'exemple classique est celui des Federalist Papers, une série d'écrits politiques rédigés par Alexander Hamilton, John Jay et James Madison, à l'époque où s'élaborait la Constitution des États-Unis [1] En 1963, des chercheurs parvinrent à attribuer à Madison ou à Hamilton 12 de ces textes par comptage des mots. Ils s'aperçurent notamment que Madison avait tendance à utiliser whilst et jamais while et on plutôt que upon. En revanche, Hamilton avait tendance à se servir de while et non de whilst et utilisait tantôt on, tantôt upon. Dans 12 écrits anonymes, on ne rencontrait jamais while et rarement upon, ce qui désignait nettement Madison.

Journaliste indépendante, Virginia Hughes est spécialiste des sciences neurologiques, de la génétique, de la médecine et des problèmes de comportement. Outre son blog et son info-lettre, elle collabore à Nature, Popular Science et Slate. Elle a décidé de mener une enquête sur l'enquête [2] et voici ce qu'elle a découvert.

En fait, c'est un journaliste du Sunday Times, Cal Flyn, qui a pris l'initiative de consulter deux spécialistes de la linguistique légale : Patrick Juola, de l'Université Duquesne à Pittsburgh, et Peter Millican, chercheur à l'Université d'Oxford. Après leur avoir exposé son hypothèse de travail, à savoir que Galbraith était Rowling, Flyn leur donna cinq livres à tester. Il s'agissait bien sûr du Cuckoo ainsi que d'un roman de Rowling intitulé The Casual Vacancy (Une place à prendre) plus trois autres romans policiers britanniques : The St.Zita Society, de Ruth Rendell, The Private Patient, de P.D. James et de The Wire in the Blood (La fureur dans le sang) de Val McDermid.

À l'aide du logiciel qu'il a mis au point avec ses étudiants, Juola a soumis le texte des cinq livres à quatre épreuves successives. La première consiste à comparer les duos lexicaux ou associations de mots, dans chaque livre. Cela vaut mieux que d'étudier les mots individuellement. Cette épreuve met en lumière, par exemple, ce qu'un auteur (à la différence d'un autre) qualifie de cher. C'est un premier repère.

Juola s'est également livré à une recherche des suites de caractères adjacents (character n-grams), en choisissant des séries de quatre lettres (4-grams). Par exemple, il a recherché la suite jump, laquelle recensera non seulement jump, mais aussi jumps, jumped et jumping. On s'attache ici aux concepts sans se préoccuper des accords grammaticaux et de la conjugaison. Ces deux épreuves révèlent des mots relativement rares. Juola a conçu une troisième épreuve consistant à recenser les 100 mots les plus courants et à noter les différences de fréquence. Même des mots très courants comme a, and, of, the, laissent une signature. C'est ainsi qu'il peut exister de faibles différences de fréquence, un livre ayant utilisé the dans une proportion de 6% du temps, alors qu'un autre ne l'aura employé que dans une proportion de 4%.

La dernière épreuve sépare complètement un mot de son sens, en triant les mots selon leur taille. Quelle proportion occupent, dans un livre, les mots de trois ou de huit lettres ? Cette répartition est sensiblement la même d'un livre à l'autre, mais des analyses statistiques plus pointues font apparaître des différences subtiles. En l'espèce, le test désignait Rowling. « La longueur des mots était l'un des éléments de preuve les plus solides pour désigner Rowling comme l'auteure du Cuckoo. »

Il fallut environ 90 minutes à Juola pour passer les cinq livres à la moulinette, et les quatre épreuves ont montré de façon concordante que Cuckoo ressemblait davantage à Casual Vacancy qu'à aucun des autres livres. Mais, pouvait-il s'agir d'un auteur écrivant « à la manière de » Rowling ?

La validation vint de l'autre côté de l'océan et fut apportée par Peter Millican et son logiciel, fort opportunément baptisé Signature. Ce logiciel utilise une méthode statistique appelée « analyse du composant principal » pour comparer tous les livres de l'échantillon retenu sur la base de leurs caractéristiques : longueur des mots, longueur des phrases, longueur des paragraphes, fréquence des lettres, fréquence de la ponctuation et usage des mots. Dans sa recherche sur Rowling, Millican découvrit quelques mots susceptibles d'être distinctifs. C'est ainsi que les autres auteurs employaient un peu plus souvent que Rowling les mots course (comme dans of course), someone et realized. Toutefois, cela n'était pas statistiquement significatif. Il soumit alors les livres à d'autres épreuves et, dans tous les cas, Cuckoo était celui qui ressemblait le plus à un livre de Rowling. Son opinion était faite et, cinq heures plus tard, il câblait au Sunday Times : « Je suis à peu près certain que, si c'est un de ces quatre auteurs, c'est Rowling. » Millican est lui-même émerveillé de sa découverte :

« Il y a quelque chose de fascinant à se dire qu'un logiciel peut permettre de découvrir la face cachée d'un texte. Des caractéristiques d'écriture que le lecteur ne peut déceler et dont l'auteur ne peut non plus se défaire, une sorte de signature, d'ADN ou d'empreinte digitale de la façon dont il écrit »

Maintenant que l'ADN a permis de confondre certains mystificateurs célèbres, la linguistique légale est-elle en train de devenir une science exacte ? On peut s'en réjouir du point de vue de la vérité historique. Mais, il est permis de craindre qu'elle porte un coup fatal à la mystification littéraire, genre très prisé au XIXe siècle et auquel s'adonnèrent, entre autres, Prosper Mérimée et, plus tard, Fernando Pessoa, Romain Gary (alias Émile Ajar), Doris Lessing ou, aujourd'hui, J.K. Rowling !

Jean Leclercq, d'après un article de Virginia Hughes, paru sur le site du National Geographic.



           Virginia Hughes

[1] Hamilton, Jay, Madison.
Le Fédéraliste. Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, 2° édition, 1957.

[2] Virginia Hughes.
How Forensic Linguistics Outed J.K. Rowling (Not to Mention James Madison, Barack Obama, and the Rest of Us). July 19, 2013.

Lecture supplémentaire :

Forensic Linguistics :
An Introduction to Language,
Crime and the Law

John Olsson

2nd edition, May 2008

Bloomsbury Academic

    

   Langage
& société : Linguistique
légale
   et demande sociale: les linguistes au
   tribunal

   Dominique Lagorgette

   Langage et société,

   No. 132, juin 2010

Vocabulary Changes in Agatha Christie's Mysteries as an Indication of Dementia: A Case Study
Ian Lancashire* and Graeme Hirst†
University of Toronto, *Department of English and †Department of Computer Science

Jeopardy
ou la connaissance humaine en « danger » ?

Nathalie Chaudun

Nous souhaitons la bienvenue à notre nouvelle collaboratrice, Nathalie Chaudun. Originaire de Touraine, Nathalie vit depuis trois ans aux États-Unis, en Caroline du Sud. Curieuse, passionnée par la découverte de différentes cultures et l'apprentissage de langues étrangères, vivre et travailler dans un contexte international a toujours été crucial pour elle. En effet, après un D.E.U.G. de Langues Étrangères Appliquées (anglais-espagnol), suivi d'une Maîtrise de Sciences et Techniques (option Conception et Gestion de Produits Touristiques), elle a travaillé durant 18 ans pour plusieurs entreprises, occupant différentes fonctions dans divers secteurs d’activité (Télécommunications, Tourisme, Agriculture, Ressources Humaines, Industrie de l’Automobile) et cela dans trois pays différents (France, Chine et désormais États-Unis). Forte de plusieurs années d'expérience dans la traduction que ce soit comme traductrice maison pour les entreprises dans lesquelles elle a travaillé ou comme traductrice libérale pour des agences de traduction, Nathalie a décidé de consacrer dorénavant l'essentiel de son activité professionnelle à la traduction. Dans ce but, elle suit des cours à distance dispensés par l'Université de New York afin d'obtenir le certificat professionnel de traducteur en 2014. Son adresse numérique est nlctraductions@gmail.com

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Depuis plusieurs dizaine d'années, devant l'avancée technologique, nous sommes fascinés et en même temps en proie à cette anxiété; l'homme est-il menacé ? Des centaines d'œuvres de science-fiction posent les mêmes interrogations : la machine prendra-t-elle à terme la place de l'homme ? L'intelligence artificielle est-elle en train de dépasser l'intelligence humaine ?

JjeaporadyCe qui pourrait s'apparenter à un scénario de film de science-fiction se déroula réellement en février 2011 aux États-Unis, lorsque les producteurs du jeu télévisé Jeopardy, décidèrent d'organiser, avec le concours d'IBM, une rencontre au sommet entre l'homme et la machine. 

 

C'est ainsi que l'ordinateur, Watson, affronta, en trois manches, les deux meilleurs joueurs de l'histoire de ce jeu (qui remonte à l’année 1964) : Ken Jennings et Brad Rutter. Celui-la était alors le joueur ayant gagné le plus d'argent de toute l'histoire des jeux télévisés américains (3,455,102$) et celui-ci le joueur ayant remporté le plus de victoires au jeu Jeopardy (74).

 

Émile et Nicole Martel –
Traducteur et traductrice du mois de juillet 2013

Tout est parti d'une mention sur la page de titre de L'Histoire de Pi, dans l'édition Gallimard Jeunesse : Traduit de l'anglais (Canada) par Nicole et Émile Martel. Que l'auteur et les traducteurs portent le même nom a de quoi vous interpeller… D'où l'idée de tenter d'interroger ces homonymes qui, renseignement pris, n'étaient autres que les parents de Yann Martel. Pour rédiger le texte qui suit, plusieurs échanges de vues avec nos invités canadiens ont eu lieu par Skype, par téléphone et par courriel, à partir de la France et des États-Unis.

 

 

  Martel photo
                    Émile Martel et Nicole Perron Martel

LMJ : Honneur aux dames, Nicole Perron Martel, dites-nous comment vous vous êtes orientée vers la traduction ?

Nicole: Née dans la Beauce, au Québec, j'ai passé mon enfance et mon adolescence dans la ville de Québec. Mon parcours professionnel a été varié, à l'image de ma formation universitaire. Je  suis entrée  au Ministère des Affaires étrangères, à titre de diplomate de la filière des affaires sociales en 1983 jusqu'en 2000.

Entre autres affectations, j'ai été porte-parole au Bureau de la presse pour l'Amérique latine et les Antilles. À l'étranger, j'ai eu des affectations au Mexique, à Cuba, et à Paris. Auparavant, j'avais travaillé pour le même Ministère à la Centrale ou à titre d'agent recruté sur place, dans les ambassades du Canada au Costa Rica et en Espagne, soit aux services culturels (cinémathèque de l'Office national du film du Canada), ou aux services consulaires aux Canadiens (touristes, résidents, étudiants, prisonniers). À la Centrale, inspirée par la méthodologie que j'avais étudiée lors d'un stage en didactique des langues à l'Université de Poitiers, j'ai élaboré du matériel d'enseignement du français, au niveau avancé, basé sur l'exploitation pédagogique d'extraits médiatiques (presse, films de l'ONF, émissions télévisuelles) à l'intention des diplomates canadiens d'expression anglaise et aux épouses des diplomates, dont de nombreuses étaient d'origines linguistiques variées.

Quant à ma formation universitaire, elle s'est faite aux universités Laval (Québec), de Salamanque et de Madrid (Espagne), d'Alaska (États-Unis) et d'Ottawa (Ontario), en littérature française,  linguistique générale et structurale, études hispaniques (civilisation, langue, stylistique, etc.) En Alaska, la philosophie et la linguistique appliquée, fondée sur Martels Univ Alaska l'approche structurale, m'ont amenée à travailler dans un séminaire dirigé par un professeur de linguistique venant de l'Université de Harvard, qui s'appliquait, entre autres, à la compréhension et à la transcription phonétique d'une langue inuite, le 'yak' (dont il restait deux locuteurs d'origine et un missionnaire américain), ainsi qu'à l'étude de la syntaxe et de la grammaire, s'y appliquant. 

Puis, en Colombie-Britannique, j'ai enseigné le français langue seconde aux élèves d'une école secondaire et développé une approche pédagogique que le Conseil scolaire a adoptée. Enfin, à l'Université d'Ottawa, j'ai terminé une Maîtrise en philosophie (avec un mémoire sur le ratiovitalisme chez Ortega y Gasset).

En 2,000, après être intervenue informellement, et à sa demande, dans le travail de traduction d'Émile de deux recueils de poètes de langue espagnole, il m'a proposé que nous fassions équipe pour la suite des choses. De la poésie, du roman, des discours, des Mémoires, nous aimons travailler ensemble car nos formations académiques et nos apports individuels dialoguent bien entre eux. Je ne pourrais terminer sans souligner le plaisir, voire la joie, qu'il y a à traduire notre fils Yann. Nous apprécions sa rigueur linguistique, sa quête du mot juste, sa grande sensibilité face à l'autre et au vaste monde. Par ailleurs, la traduction de ses lettres au Premier ministre a été l'occasion de poser un geste tant citoyen que littéraire.