Édouard-Léon Scott de Martinville,

un Français qui enregistra « Au clair de la lune » bien avant les expériences de Thomas Edison et d'Alexander Bell.


Édouard-Léon Scott de Martinville
, né à Paris en 1817, mort en 1879, est un ouvrier typographe, libraire et écrivain français qui inventa le phonautographe, dix-sept ans avant le phonographe d'Edison.

En mars 2008, The New York Times l'a annoncé en ces termes :

« Pendant plus d'un siècle, depuis la saisie des paroles de Mary had a little lamb sur une feuille de papier d'aluminium, Thomas Edison a été considéré comme le père de l'enregistrement sonore. Mais, des chercheurs disent avoir découvert un enregistrement de voix humaine réalisé par un inventeur français méconnu qui précède d'au moins deux décennies le phonographe d'Edison.

L'enregistrement de dix secondes d'un chanteur fredonnant « Au clair de la lune » a été découvert un peu plus tôt ce mois-ci, dans des archives parisiennes, par un groupe d'historiens du son américains. [1]  Ceux-ci précisent que l'enregistrement a été réalisé le 9 avril 1860, sur un phonautographe, appareil conçu pour enregistrer visuellement les sons, mais sans pouvoir les restituer. Mais, l'enregistrement obtenu (ou phonautogramme) a pu être reproduit après que des scientifiques du Lawrence Berkeley National Laboratory de Berkeley (Californie) aient transformé les gribouillis en sons. Le laboratoire a réussi à produire des scans optiques à haute résolution qu'un ordinateur a transformés en fichier audio. »

 

Le phonautographe de Scott de Martinville. Gravure du XIXe siècle.


L'enregistrement d'Au clair de la lune, réalisé le 9 avril 1860, est le plus ancien enregistrement audible d'une voix humaine qui soit connu actuellement. Repartant des expériences faites par Thomas Young en 1807, Scott de Martinville procéda à des premiers essais d'enregistrement en 1853 et 1854, et déposa, le 15 mars 1857, le brevet du phonautographe, appareil qui enregistre le son sans toutefois pourvoir le restituer. Le dispositif se compose d'un pavillon relié à un diaphragme qui recueille les vibrations acoustiques, celles-ci étant transmises à un stylet qui les grave sur une feuille de papier enduite de noir de fumée et enroulée autour d'un cylindre rotatif.

En avril 2013, The New York Times a annoncé qu'on venait de découvrir un autre enregistrement historique, qui a été à son tour décrypté par le même laboratoire de Berkeley, après avoir été abandonné et oublié pendant 126 ans. Il s'agit d'un enregistrement de la voix d'Alexander Graham Bell, l'inventeur de la téléphonie (1885). [2]

Ce disque de carton ciré de 1885 contient un enregistrement
de la voie d'Alexander Bell.
(Richard Strauss / NMAH, SI)


Dans les deux cas, le laboratoire a réussi à créer des scans optiques à haute résolution qu'un ordinateur a transformés en fichier audio. 

Jusqu'à la découverte de l'enregistrement de Scott de Martinville, c'était un enregistrement de la chanson folklorique Mary Had a Little Lamb, réalisé en 1877 sur papier d'aluminium, qui était le plus ancien enregistrement audible connu. La découverte récente de l'enregistrement de la voix de Bell, réalisé en 1885, ne change rien à cet égard, mais sa nouveauté réside dans le fait qu'on peut désormais écouter la voix de cet illustre personnage.

En fait, il existait dans ce domaine une grande rivalité entre Nikola Tesla, Américain d'origine serbe, Thomas Edison, Américain, et Alexander Bell, Britannique d'origine écossaise, naturalisé canadien. Tous les trois, entreprirent leurs recherches avant l'âge de 30 ans.

   

Alexander Graham Bell

(1847-1922)

 

Thomas Alva Edison

(1847-1931)

 


     Edouard-Léon Scott
        de Martinville
           (1817-1879)

Nikola Tesla
(1856-1943)

Scott de Martinville n'a jamais participé à cette compétition et l'histoire des sciences et des techniques a oublié son nom parce que son phonautographe enregistrait le son, mais sans prétendre le restituer.

Il existait une concurrence supplémentaire entre Tesla et Edison dans le domaine des courants électriques. Tesla était partisan du courant alternatif et Edison du courant continu. Alexander G. Bell mena certaines recherches sur le son et la lumière qui préfigurent l'emploi de la fibre optique dans les télécommunications. Edison s'est montre l'inventeur le plus prolifique dans l'invention et la diffusion des technologies d'avant-garde. Il n'avait aucune formation universitaire et a commencé sa carrière comme télégraphiste. D'après Thomas P. Hughes, l'auteur d'American Genesis : « Edison… est l'inventeur le mieux connu de l'histoire. Seul Léonard de Vinci est aussi intensément associé à l'esprit inventif. Mais, à la différence d'Edison, Léonard de Vinci ne réalisa que quelques-unes de ses brillantes conceptions. Edison déposa plus d'un millier de brevets et mit en pratique d'innombrables inventions, processus que l'on qualifie couramment d'innovation pour le distinguer du stade conceptuel de l'invention qui la précède. »

En plus de son phonographe a cylindre, Edison inventa la lampe électrique, le kinétographe et les « Kinetoscope Parlors  (premières salles de cinéma), et il produisit le « premier film court parlant » au monde. [3]

 

 

Edison et son phonographe à cylindre, en 1878.

Alexander Graham Bell lors de la mise en service de la liaison téléphonique entre New York et Chicago,1892.
Prints and Photographs Division, Library of Congress. Reproduction Number LC-G9-Z2-28608-B.

Par la suite, Edison livra une bataille juridique au Français, Georges Méliès.

En 1896, Méliès, comme d'autres cinéastes, avait contrefait les perforations rectangulaires du film de 35 mm mises au point par Edison et couvertes par divers brevets internationaux. En 1902, lorsque Méliès décida de développer son activité aux États-Unis en y ouvrant un bureau tenu par son frère, Thomas Edison obtint la saisie de la moitié des copies du film Le Voyage dans la Lune, adapté du célèbre roman de Jules Verne, De la terre à la Lune. Edison se remboursa ainsi du manque à gagner des contrefaçons internationales du Kinétoscope et des perforations Edison, sur le dos du seul Georges Méliès dont la tentative d'installation aux États-Unis échoua. [4]

 

Nous espérons que cet aperçu des travaux de quatre grands inventeurs contribuera modestement à mettre en valeur la place de Scott de Martinville dans l'histoire des techniques qui ont façonné le monde dans lequel nous vivons. D'ailleurs, une invention est toujours le fruit d'un effort collectif. L'idée est souvent dans l'air bien avant qu'elle se concrétise. Dans son principe, la machine à vapeur existait dès l'Antiquité et, au Siècle des Lumières, on faisait voler des hélicoptères-jouets dans les salons. Pour construire son phonautographe Scott de Martinville s'est inspiré des travaux menés cinquante ans plus tôt par Thomas Young. Edison a encore perfectionné l'appareil qui est devenu le phonographe. La découverte scientifique est un enchaînement, une conjugaison d'efforts, d'où l'intérêt de la communication et du dialogue scientifiques.  

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[1] dont le ethnomusicolgue Dr. Patrick Feaster, qui a bien voulu repondre aux questions que nous lui avons posées pour mieux comprendre la chronologie des inventions décrites dans cet article.

[2] Bell enseignait l'élocution à l'Université de Boston où il mena ses travaux sur le téléphone. Ses connaissances théoriques de la voix et de la parole, jointes à la préoccupation que lui inspirait la surdité de son épouse, ont probablement nourri son intérêt pour la transmission de la voix, thème de recherche jugé excentrique à l'époque.

[3] En France, Charles Bourseul, agent de l'administration des télégraphes, posa le principe du téléphone. Il publia un article dans L'illustration du 26 août 1854, sous le titre : Transmission électrique de la parole.

Un grand nombre d'inventeurs ont participé de près ou de loin à l'invention et à l'amélioration du téléphone. En conséquence, sa paternité fut et est encore l'objet de nombreuses controverses. Le téléphone a été exploité commercialement aux États-Unis dès 1877 et, en France dès 1879.

[4] Georges Méliès ne fera pas faillite pour autant puisque sa déconfiture ne surviendra que 21 ans plus tard, en 1923.


Lectures supplémentaires
 :

We Had No Idea What Alexander Graham Bell Sounded Like, Until Now.
Smithsonian.com May 2013

Invention of the telephone. 

Scott de Martinville (francais)

Scott de Martinville (anglais)

Nikola Tesla

World of Discovery – Inventors: Out of their Minds, DVD (208)

Reluctant Genius: Alexander Graham Bell and the Passion for Invention
Charlotte Gray,  Arcade Publishing, 2011

30,000 Years of Inventions
Thomas J. Craughwell (2012)

       

Dans l'ombre d'Edison T1 : Le sorcier de Menlo Park (Format Kindle)
Dominike Audet, Editions Hurtubise, avril 2013

 

 
 
 
Product Details

Nikola Tesla:
Imagination and the Man that Invented the 20th Century
Sean Patrick, April 2013

The Phonautographic Manuscripts of
ÉDOUARD-LÉON SCOTT DE MARTINVILLE
(French-English)
 
Édouard-Léon Scott de Martinville: An Annotated Discography
ARSC Journal XLI / i 2010. ©
Association for Recorded Sound Collections 2010

Jonathan J. & Jean L.