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Perfide Albion (seconde partie)

  Dussert  Le 14 de ce mois nous avons publié la première partie de  l'article "Perfide Albion". Voici la suite et fin.  L'article  est rédigé par notre collaboratrice fidèle, Françoise la Plume de Dussert (qui fut naguère une "traductrice du mois sur ce blog).

Françoise est traductrice professionnelle. Diplômée de littérature française, née en France, vivant en Angleterre depuis de longues années, elle est imprégnée de deux cultures et adepte au grand écart linguistique.

A la fin de la première partie, l'auteure  constate que Bède le vénérable emboîte le pas à Pline l'Ancien, puis Geoffroy de Monmouth (qui la repeuple de géants) et nombre de cartographes les suivent en toute innocence.

                "L'Isle d'Albion"

 

L'épithète infamante qui lui collera plus tard à la peau n'apparaît que plus tard et s'attache d'abord à l'Angleterre et à son peuple :

Leroux de Lincy fait remonter au XVIème siècle cet adage: « Loyauté d'Anglais, bonne terre, mauvaise gent. ». Et Bossuet déplorera au XVIIème siècle : « L'Angleterre, ah ! la perfide Angleterre, que le rempart de ses mers rendait inaccessible… ». à quoi Madame de Sévigné fait écho estimant que « Le roi et la reine d'Angleterre sont bien mieux à Saint-Germain que dans leur perfide royaume » d'où les a chassés la Glorieuse révolution.

Il faut admettre qu'il est peu de siècle de son histoire qui n'ait versé quelque élément au contentieux entretenu par la France avec l'Angleterre. Nous ne citerons ici que quelques épisodes dont la mémoire est savamment entretenue :

La Guerre de Cent ans : pour avoir étés « boutés hors de France » les 'godons' n'en avaient pas moins humiliés les français, notoirement à Crécy, Poitiers et Azincourt. Et avec un remarquable manque de fair-play, ils avaient fait brûler Jeanne d'Arc pour les avoir vaincus à Orléans. Que le roi de France se fut peu soucié de payer une rançon pour racheter – aux Bourguignons, non aux Anglais – celle à qui il devait sa couronne, ou que le tribunal qui la condamna fut d'église et peuplé de Français, n'entre pas en ligne de compte.

Le Camp du Drap d'Or : les pompes déployées à gagner l'amitié du roi d'Angleterre furent suivies d'un traité avec l'ennemi autrichien Charles- quint qui déclara sans tarder la guerre à la France

Le siège de la Rochelle : voilà à nouveau les Anglais cherchant noise à la France dans une affaire qui ne les concernait en rien. Défaits pour l'occasion, ils n'en fournissent pas moins, surtout servis par Alexandre Dumas, la preuve de leur constante sournoiserie.

Le démantèlement des possessions françaises en Inde et au Canada qui devaient bien davantage à l'incompétence et l'incompréhension de la métropole n'en restent pas moins imputées à la duplicité du rival anglais.

Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes : l'hostilité du Royaume désormais Uni (pourquoi ne pas nommer par Albion ce qui n'est plus l'Angleterre mais bien toujours l'ennemie ?) s'y montrera sans faille. Après avoir soutenu les révoltes vendéennes et bretonnes, il sera de toutes les coalitions infligeant à la France des défaites cuisantes.

C'est toujours à l' « Avare et perfide Angleterre » que s'en tient Marie-Joseph Chénier, qui se console par Le Chant des victoires en 1794, en lui jetant :

… La mer gémit sous tes vaisseaux ;

Tes voiles pèsent sur les eaux,

Tes forfaits pèsent sur la terre.

Tandis que nos vaillants efforts

Brisent ton trident despotique,

Vois l'abondance vers nos ports

Accourir des champs de l'Amérique .

 

Gloire au peuple français, il sait venger ses droits.

Vive a République et périssent les rois !

 

Lève-toi, sors des mers profondes,

Cadavre fumant du Vengeur :

Toi qui vis le Français vainqueur

Des Anglais, des feux et des ondes.

D'où partent ces cris déchirants ?

Quelles sont ces voix magnanimes ?

Les voix des braves expirants

Qui chantent du fond des abîmes.

 

Gloire au peuple français, etc.

 

Fleurus, champs dignes de mémoire.

Monument d'un triple succès ;

Fleurus, champs amis des Français,

Semés trois fois par la victoire ;

Fleurus, que ton nom soit chanté

Du Tage au Rhin, du Var au Tibre.

Sur ton rivage ensanglanté

Il est écrit : l'Europe est libre.

 

Ce n'est pas moins dans ce contexte qu'apparait la perfide Albion , peut-être d'abord sous la plume de Chateaubriand (Mémoires d'outre-tombe, Livre vingt-deuxième, chapitre 26 — couvrant la période 1791-1800).

Le terme sera repris tout au long du XIXème siècle par le Gotha des écrivains de l'époque qu'échauffent – tout comme le bon peuple – les rivalités coloniales qui culmineront à Fachoda (qui faillit déclencher une guerre entre la France et l'Angleterre en 1898.) Et il faudra les prétentions hégémoniques de l'Allemagne pour conclure une Entente Cordiale – qui ne concernera, jusqu'à la Première Guerre mondiale, que les gouvernants.

Il fallut donc une guerre pour effacer toutes les autres qui, pendant de longs siècles, avaient entretenu les préjugés et alimenté une méfiance si tenace que l'occupant allemand et le gouvernement collaborateur de Vichy pouvaient s'en prévaloir dans leur propagande. L'attaque de la force de raid française à Mers el-Kébir, en juillet 1940, était de bonne guerre pour éviter qu'elle ne tombât aux mains des Allemands, ce dont De Gaulle convint. Mais ajoutée à l'abandon, à Dunkerque, d'une bonne part des troupes françaises qui avaient couvert dans une lutte acharnée le rembarquement britannique, c'était de l'eau au moulin des vieilles rancœurs. (Voir au-dessous le billet historique du blog.) On fit circuler cette petite histoire :

Quatre hommes survolent dans un ballon la mer du nord, un Allemand, un Italien, un Anglais et un Français. Le ballon perd de l'altitude et de terreur, l'Italien se jette à la mer, non sans crier « viva il duce ! ». Comme le ballon descend toujours, craignant de sembler le moins brave « Heil Hitler ! » l'Allemand saute à sa suite. Mais rien n'y fait et c'est sans sourciller que « God save the King » l'Anglais pousse le Français par-dessus bord.

Ces épisodes historiques ont bercé les oreilles de trop de Français au cours des ans et continuent à empoisonner les relations entre les deux peuples, tant furent rares ceux qui savaient, comme Voltaire, priser les mérites de l'angleterre.

Cependant, la fraternité née dans les tranchées, la conduite des hommes sous le feu fera de part et d'autre reculer les partis-pris et André Maurois, détaché comme interprète et officier de liaison auprès du BEF (Corps Expéditionnaire Britannique) en France et en Flandres pendant la Première Guerre mondiale, sera fidèle à son rôle en s'appliquant à faire valoir aux yeux des Français les traits anglais les plus propres à gagner leur approbation.

Dans son introduction à une nouvelle édition des « Silences du Colonel Bramble », il s'adresse à ses anciens camarades britanniques :

« Il faut vous dire qu'avant cette guerre, beaucoup de Français conservaient à l'égard de l'Angleterre une défiance assez tenace : depuis la perte à son profit de nos colonies, depuis Napoléon surtout, elle était pour nous la perfide Albion, puissante, par certains côtés admirable, mais d'un égoïsme invincible et redoutable.

Or, ce que j'observais, ces être généreux, assez enfants, parfaitement loyaux, était loin de la légende. J'en venais à penser comme le Prince Lichnowsky : 'il n'y a pas de machiavélisme dans le caractère anglais'

Je n'étais pas le premier à dire ces choses : Taine, Abel Hermant les avaient notées mieux que moi mais le hasard me faisait vivre, pendant les quatre années d'une crise nationale, de la vie même de ces jeunes Anglais me permettait de goûter avec passion la réelle noblesse du caractère que forment vos Public Schools. »

… comme l'avait fait en son temps Pierre de Coubertin et de poursuivre :

« J'ai été heureux de voir, par les nombreuses lettres que j'ai reçues que la plupart des Français en étaient venus, comme moi à vous comprendre et à vous faire confiance. »

Mission accomplie, pour moi personnellement, à n'en pas douter puisque venue en Angleterre pour un an, je n'ai pas su la quitter. Mais je suis loin d'être la seule à apprécier le flegme, l'humour et la tolérance britanniques : la communauté française est la quatrième communauté étrangère à Londres.

La messe est dite quand la bande dessinée, affaire sérieuse en France, enfonce le clou par la voix d'un de ses auteurs les plus lus, l'un de ses héros les plus populaires. René Gosciny emmène la France, derrière Astérix, à la rencontre d'un peuple, conforme à tous les stéréotypes certes, mais encore impavide devant la menace et lent à s'enflammer, bref un allié tout ce qu'il y a de convenable… Mutatis mutandi.

Françoise la Plume de Dussert

 

Billet historique du blog

 

Cet inventaire des griefs que les Français nourrissent à l'égard des Britanniques appelle quelques précisions. Si nous avons déjà évoqué la bataille de Fontenoy [1] et si Fachoda éveille encore quelques vagues souvenirs, nos lecteurs ne sont pas forcément au courant de ce qui s'est passé à Dunkerque et à Mers el-Kébir [2] en 1940.

 

    Donc, d'abord Dunkerque. En mai 1940, cédant à la poussée ennemie, deux armées françaises et le corps expéditionnaire britannique (B.E.F.) refluent vers Dunkerque. Pour les Britanniques, toujours réalistes et pragmatiques, la première manche est perdue et il est inutile d'insister. Il faut rentrer au pays, s'y réorganiser et s'y renforcer, pour gagner la seconde manche. Au contraire, les Français espèrent encore mener une contre-offensive et arrêter l'avance allemande. Pour eux, il n'est pas question de quitter Dunkerque. Cette divergence de vues va durer jusqu'à ce que le commandant en chef français, le général Weygand, vienne rencontrer les amiraux Abrial et Platon et, prenant conscience de la gravité de la situation, décide à son tour, le 28 mai, l'évacuation du camp retranché. C'est seulement alors qu'est sérieusement entrepris le rembarquement des militaires français qui se poursuivra jusqu'au 4 juin. Dès lors, comment reprocher aux Britanniques d'avoir rembarqué sous notre protection ? Comment les accuser d'avoir privilégié l'embarquement de leurs troupes à bord de leurs navires ? D'ailleurs, un certain nombre d'unités britanniques reçurent l'ordre de rester sur place et de tenir aussi longtemps que possible aux côtés des Français. Le commandant du BEF, Lord Gort, était lui-même déterminé à rester avec ces « sacrifiés » et Churchill dut envoyer un de ses collaborateurs pour le forcer à rentrer. À l'époque, la Grande-Bretagne n'avait qu'une armée de métier. Elle n'instituera la conscription que plus tard. Le BEF constituait l'essentiel de ses forces vives sur le théâtre européen. C'était l'élite qui serait l'ossature de sa future armée de conscription. On comprend qu'elle lui ait accordé la priorité, même si les navires anglais transportèrent plusieurs dizaines de milliers de militaires français.

 

    L'attaque de la Force de raid française en cours de désarmement à Mers el-Kébir se situe quelques semaines plus tard, précisément les 3 et 6 juillet 1940. Face à la défaite militaire de la France, le gouvernement britannique avait adopté une attitude tout aussi pragmatique : armistice oui, mais à condition que des garanties soient données quant au sort de la flotte. En effet, celle-ci, pratiquement intacte, était très convoitée par les Allemands et leurs alliés italiens. C'était même la hantise de Churchill et de l'état-major naval britannique. Or, l'article 8 de la convention d'armistice signée par le gouvernement français prévoyait que la flotte serait « démobilisée et désarmée, sous contrôle germano-italien, dans les ports d'attache des navires en temps de paix ». À l'époque, trois des quatre ports de guerre français étaient occupés par les forces de l'Axe. Le risque était donc considérable, même si l'on sait que, traditionnellement, les marins ne livrent jamais leurs vaisseaux. En accord avec le premier lord de la mer (Sir Dudley Pound), Churchill décida alors de neutraliser les forces navales françaises là où elles se trouvaient : dans les eaux anglaises, à Mers el-Kébir (Algérie) et à Alexandrie (Égypte). Ce fut l'opération Catapult qui, à Mers el-Kébir, tournera à la tragédie. Après avoir remis un ultimatum aux Français, l'amiral Somerville (comme à Fontenoy mais, cette fois, sans y avoir été invité) tirera le premier, provoquant la mort de 1.300 marins français. Le 6 juillet, des avions-torpilleurs de la Marine royale reviendront achever le travail et allonger encore la liste des victimes.

 

    Une chose est certaine, les marins anglais n'exécutèrent pas cette mission de gaîté de cœur. Il leur répugnait d'ouvrir le feu sur ceux qui, deux semaines plus tôt, étaient encore leurs frères d'armes. Les amiraux anglais pressentis pour mener l'opération s'étant récusés, on tira de sa retraite l'amiral Somerville qui reprit du service pour accomplir cette sale besogne. Par la suite, l'amiral Andrew Cunningham qualifia même d'abomination l'attaque de Mers el-Kébir. D'aucuns estiment que ce fut une des grandes erreurs de Churchill, dans la mesure où, exploitée par la presse de Vichy, cette opération navale contribua à retourner l'opinion publique française contre l'ancien allié et nuisit considérablement à l'essor de la France libre du général de Gaulle.

[1] Lord Hay et Lord Ha-Ha – billet historique du 09/09/2012

[2] De l'arabe Marsa al-Kabir (le Grand Port), grande baie du golfe d'Oran où fut de tout temps installé un port militaire et où la France possédait une base navale très importante.

Jean L.

 

Lecture suppleméntaire :

 

Chronique de la Guerre de Cents Ans

 - première partie

seconde partie

troisième partie

quatrième partie

cinquième partie

 France et Angleterre, une histoire d'amour

première acte

seconde acte

–  troisième acte

 

Le terme anglais du mois : « kangaroo court »

Khaled Cheikh Mohammed sera-t-il jugé en Australie?

Khaled-cheikh-mohammed-

Khaled Cheikh Mohammed avec son avocat à Guatanamo
Le Huffington Post

 

Selon un article paru le 14 janvier dans l'édition française du Huffington Post, Khaled Cheikh Mohammed, cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001 et détenu depuis 2006 dans la base militaire américaine de Guantanamo, aurait rédigé un manifeste invitant les musulmans à islamiser par des méthodes non-violentes. Ce changement d'attitude ne manque pas d'étonner, à un an et demi d'un procès au cours duquel il risquera la peine de mort.

Au sujet de ce procès, l'édition française donne des précisions encore plus surprenantes :

Quant à son procès, KSM a constamment cherché à faire penser qu'il était en-dehors des démarches: il a renvoyé son avocat, il compare souvent la commission militaire à "un tribunal pour kangourous"et rejette l'autorité de lois créées par l'homme.

Visiblement, le traducteur (ou la traductrice) de l'original anglais ne connaissait pas l'expression kangaroo court qui figure pourtant dans tous les bons dictionnaires.

Kangaroo

Commençons par le classique Grand dictionnaire d'américanismes des consorts Deak dont la quatrième édition (1966) donne, à la page 409, la définition suivante :

« Tribunal organisé par les détenus, dans certaines prisons, pour juger leurs codétenus; tout tribunal illégal. »

Le Robert & Collins Senior, dans son édition de 1998, indique (à la page 1469) plus laconiquement : tribunal irrégulier.

Enfin, celui qu'il faut toujours consulter: le Guide français-anglais de la traduction de René Meertens (2008) qui (page 259) propose : a) tribunal irrégulier ; et b) tribunal rendant une parodie de justice.

Si l'on est bien d'accord sur le sens de cette expression argotique américaine, reste à comprendre la métaphore marsupiale. Il semble qu'elle remonte au début du XIXe siècle. Les lexicologues en situent l'origine dans l'institution des juges itinérants qui se déplaçaient dans les vastes territoires de l'Ouest américain et étaient rémunérés en fonction du nombre de procès, voire même au pro rata des amendes infligées. D'où l'image de magistrats sautant littéralement de place en place, tels des kangourous, mus davantage par le désir de boucler autant de procès que possible que par le souci de rendre une bonne justice. L'expression qualifie donc une procédure judiciaire inéquitable, partisane ou expéditive, aboutissant le plus souvent à une peine sévère. Elle est le fait de juges improvisés qui s'autorisent à juger et à punir leurs semblables sans y être habilités par les pouvoirs publics.

L'expression est toujours couramment utilisée par les accusés, les journalistes et les chroniqueurs judiciaires qui contestent une juridiction ou un procès. Aux États-Unis, elle ne peut plus être considérée comme argotique depuis que la plus haute instance du pays, la Cour suprême, l'a employée. En effet, dans une affaire Gault [387 U.S. 1, 87 S. Ct. 1428, 18 L. Ed. 2d 527 (1967)], la Cour a estimé que : "Under our Constitution, the condition of being a boy does not justify a kangaroo court." Dans une autre espèce, le juge suppléant William O. Douglas a dit : « It is the right of the accused to be tried by a legally constituted court, not by a kangaroo court" [Williams v. United States, 341 U.S. 97, 71 S. Ct. 576, 95 L. Ed. 774 (1951)].

Donc, tribunal illégal, tribunal irrégulier, pseudo-tribunal, tel celui de la fable des Animaux malades de la peste. Espérons qu'une prochaine fois, les traducteurs du Huffington Post consulteront leurs dictionnaires. C'est là un souhait pertinent en ce début d'année !

Jean L.

Perfide Albion (première partie)

DussertL'article suivant est rédigé, à notre demande, par notre collaboratrice fidèle, Françoise la Plume de Dussert (qui fut naguère une "traductrice du mois" sur ce blog ).

Françoise est traductrice professionnelle. Diplômée de littérature française, née en France, vivant en Angleterre depuis de longues années, elle est imprégnée des deux cultures et adepte du grand écart linguistique.

Nous sommes heureux de pouvoir profiter de son érudition.

 

« Messieurs des gardes françaises, tirez ! » déclamait ma grand-mère. « Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers» ajoutait-elle triomphalement «  tirez vous-mêmes. » Et longtemps avant de comprendre à quelle (rare) victoire française préludait cette réponse du comte d'Anteroche au capitaine Charles Ilay, toute la méfiance qu'il convenait d'adopter face aux Anglais m'avait été inculquée.

Savais-je alors que, contrairement aux apparences, cet échange ne devait rien à la courtoisie ou à la politesse ? Qu'en combat d'infanterie tirer le premier vous laissait désarmé ensuite devant le feu de l'ennemi pendant le rechargement des armes ? Certes non. Foin de tactique – sans même parler du contexte géopolitique – les Français ne s'en étaient pas laissé compter par l'ennemie de toujours et avaient fait plier à Fontenoy la Perfide Albion, ça suffisait bien.

Perfide fontenoy

Le bataille de Fontenoy
Émile Jean-Horace Vernet, 1828
© Bridgeman Art Library / Château de Versailles, France / Giraudon

Ces antiques préventions, ces vieilles querelles, The Economist venait, il y a un an, les rallumer avec une couverture pour le moins incendiaire : un faisceau de traditionnelles baguettes retenu (pour parer à toute équivoque) par un ruban tricolore d'où émergeait une mèche allumée y complétait le Perfide Economisttitre « The Time-Bomb at the Heart of Europe ». Le journal libéral s'y répandait sur les conséquences de ce qu'il avait décrit plusieurs mois plus tôt comme « the West's most frivolous election ». Il ne fallait rien attendre d'autre de ces incorrigibles Français… à bon chat, bon rat : Agora vox (http://tinyurl.com/pbo45he) répliquait avec une volée de stéréotypes franco-français. Sous le titre « La 'perfide Albion', fidèle à elle-même, attaque sa meilleure ennemie : la France ! », les clichés allaient bon train :Perfide denial

Avec son système politique,
son art de vivre, son attachement
aux acquis sociaux, sa laïcité militante, son
exception culturelle, la France [….] Fait-elle des envieux ?

Ah « France, mère des arts, des armes et des lois »… d'où tiens-tu donc ta vieille riposte si prompte aux lèvres et à la plume ?

 

La perfide Albion

C'est une longue histoire, plus longue peut-être que l'animosité si bien partagée entre les deux pays. Notons d'abord que la notion de perfidie que la France attache à sa voisine est d'abord divorcée du nom d'Albion, longtemps terme courant pour désigner la Grande-Bretagne. Son origine se perd dans un brouillis d'étymologie et de mythologie : les blanches falaises qui protègent sa côte sud – ou les brumes laiteuses qui l'enveloppent (l'une et l'autre, notons-le propres à la dissimulation) auraient tiré le nom d'Albion de la racine latine albus pour blanc. Albion fut aussi un géant, fils de Poséidon, barrant à Hercule l'accès du nord. En gallois ancien, ce géant pourrait même être issu d'Albion plutôt que lui donner son nom.

C'est un nom en tout cas dont se satisfaisait Pline l'Ancien:

XXX. (XVI.) [1] En face est l'île de Bretagne, célèbre dans les monuments de la Grèce et de Rome. Située entre le nord et le couchant, elle regarde dans une grande étendue la Germanie, la Gaule et l'Espagne, qui sont de beaucoup les parties les plus considérables de l'Europe. Elle portait le nom d'Albion lorsque celui de Bretagne était donné à toutes les îles dont nous parlerons bientôt.

Bède le vénérable lui emboîte le pas, puis Geoffroy de Monmouth (qui la repeuple de géants) et nombre de cartographes les suivent en toute innocence.

Suite et fin dans une semaine

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Billet historique du blog

Cet inventaire des griefs que les Français nourrissent à l'égard des Britanniques appelle quelques précisions. Si nous avons déjà évoqué la bataille de Fontenoy [1] et si Fachoda éveille encore quelques vagues souvenirs, nos lecteurs ne sont pas forcément au courant de ce qui s'est passé à Dunkerque et à Mers el-Kébir [2] en 1940.

    Donc, d'abord Dunkerque. En mai 1940, cédant à la poussée ennemie, deux armées françaises et le corps expéditionnaire britannique (B.E.F.) refluent vers Dunkerque. Pour les Britanniques, toujours réalistes et pragmatiques, la première manche est perdue et il est inutile d'insister. Il faut rentrer au pays, s'y réorganiser et s'y renforcer, pour gagner la seconde manche. Au contraire, les Français espèrent encore mener une contre-offensive et arrêter l'avance allemande. Pour eux, il n'est pas question de quitter Dunkerque. Cette divergence de vues va durer jusqu'à ce que le commandant en chef français, le général Weygand, vienne rencontrer les amiraux Abrial et Platon et, prenant conscience de la gravité de la situation, décide à son tour, le 28 mai, l'évacuation du camp retranché. C'est seulement alors qu'est sérieusement entrepris le rembarquement des militaires français qui se poursuivra jusqu'au 4 juin. Dès lors, comment reprocher aux Britanniques d'avoir rembarqué sous notre protection ? Comment les accuser d'avoir privilégié l'embarquement de leurs troupes à bord de leurs navires ? D'ailleurs, un certain nombre d'unités britanniques reçurent l'ordre de rester sur place et de tenir aussi longtemps que possible aux côtés des Français. Le commandant du BEF, Lord Gort, était lui-même déterminé à rester avec ces « sacrifiés » et Churchill dut envoyer un de ses collaborateurs pour le forcer à rentrer. À l'époque, la Grande-Bretagne n'avait qu'une armée de métier. Elle n'instituera la conscription que plus tard. Le BEF constituait l'essentiel de ses forces vives sur le théâtre européen. C'était l'élite qui serait l'ossature de sa future armée de conscription. On comprend qu'elle lui ait accordé la priorité, même si les navires anglais transportèrent plusieurs dizaines de milliers de militaires français.

    L'attaque de la Force de raid française en cours de désarmement à Mers el-Kébir se situe quelques semaines plus tard, précisément les 3 et 6 juillet 1940. Face à la défaite militaire de la France, le gouvernement britannique avait adopté une attitude tout aussi pragmatique : armistice oui, mais à condition que des garanties soient données quant au sort de la flotte. En effet, celle-ci, pratiquement intacte, était très convoitée par les Allemands et leurs alliés italiens. C'était même la hantise de Churchill et de l'état-major naval britannique. Or, l'article 8 de la convention d'armistice signée par le gouvernement français prévoyait que la flotte serait « démobilisée et désarmée, sous contrôle germano-italien, dans les ports d'attache des navires en temps de paix ». À l'époque, trois des quatre ports de guerre français étaient occupés par les forces de l'Axe. Le risque était donc considérable, même si l'on sait que, traditionnellement, les marins ne livrent jamais leurs vaisseaux. En accord avec le premier lord de la mer (Sir Dudley Pound), Churchill décida alors de neutraliser les forces navales françaises là où elles se trouvaient : dans les eaux anglaises, à Mers el-Kébir (Algérie) et à Alexandrie (Égypte). Ce fut l'opération Catapult qui, à Mers el-Kébir, tournera à la tragédie. Après avoir remis un ultimatum aux Français, l'amiral Somerville (comme à Fontenoy mais, cette fois, sans y avoir été invité) tirera le premier, provoquant la mort de 1.300 marins français. Le 6 juillet, des avions-torpilleurs de la Marine royale reviendront achever le travail et allonger encore la liste des victimes.

    Une chose est certaine, les marins anglais n'exécutèrent pas cette mission de gaîté de cœur. Il leur répugnait d'ouvrir le feu sur ceux qui, deux semaines plus tôt, étaient encore leurs frères d'armes. Les amiraux anglais pressentis pour mener l'opération s'étant récusés, on tira de sa retraite l'amiral Somerville qui reprit du service pour accomplir cette sale besogne. Par la suite, l'amiral Andrew Cunningham qualifia même d'abomination l'attaque de Mers el-Kébir. D'aucuns estiment que ce fut une des grandes erreurs de Churchill, dans la mesure où, exploitée par la presse de Vichy, cette opération navale contribua à retourner l'opinion publique française contre l'ancien allié et nuisit considérablement à l'essor de la France libre du général de Gaulle.

[1] Lord Hay et Lord Ha-Ha – billet historique du 09/09/2012

[2] De l'arabe Marsa al-Kabir (le Grand Port), grande baie du golfe d'Oran où fut de tout temps installé un port militaire et où la France possédait une base navale très importante.

Perfide Kebir

 

 

 

 

 

Jean L.

L’ultime raillerie de Van Gogh est-elle intraduisible ?

Dans les pages culturelles d'un récent numéro [1] du quotidien milanais Il Giornale, l'écrivain et critique d'art Giordano Bruno Guerri analyse l'ouvrage que Cynthia Saltzman [2] vient de consacrer à la correspondance entre Vincent Van Gogh et son frère cadet Théo. 

Vincent    Théo


                                                        

Le livre s'achève avec la dernière lettre que Vincent lui écrivit le 12 février 1890, mais qu'il n'envoya jamais. Cette missive se termine par une sorte de bilan de sa vie et l'explication de son suicide : « Eh bien, mon travail à moi, j'y risque ma vie et ma raison y a fondré (sic) à moitié » [3]. Évoquant le drame du 27 juillet 1890, Guerri termine en ces termes :

Nell'agonia, a chi gli chiede « perché ?», spiega gentilmente: « Miscocciavo, e allora mi sono ucciso ». Miscocciavo. Ma nessuna lingua può tradurre bene il verbo che usò in francese : « Je m'emmerdais ». Per questo si sparò in una buca del letame.

[Mourant, à quelqu'un qui l'interroge sur les raisons de son geste, il répond doucement : « Je m'emmerdais, alors je me suis tué ». Mais aucune langue ne peut bien traduire le verbe qu'il employa en français : « Je m'emmerdais ». Sur ce, il se tira une balle, près d'un tas de fumier.]

Des différents synonymes : emmerder, emmouscailler, embêter, Vincent choisit sans doute le plus percutant. Est-il pour autant intraduisible ? Les lecteurs traducteurs des différentes langues (anglais, espagnol, polonais, gaélique, etc.) démentiront-ils G.B. Guerri ?

——————————————

[1] Giordano Bruno Guerri. I segreti della notte stellata che resero folle Van Gogh. Il Giornale, 26 novembre 2013, page 32.

Madeleine saltzman [2] Cynthia Saltzman. Lettere, Torino, Einaudi Giulio Editore, 2013, LXXXI, 761 p.

 

 

[3] Néerlandophones tous les deux, les frères Van Gogh correspondaient cependant en français.

 

[4] N'ayant jamais pratiqué la traduction, je suis néanmoins une lectrice trilingue et j'aimerais y être de mon commentaire. Si le français puise volontiers dans le lexique scatologique pour manifester certaines expressions "libératrices" (qu'on se souvienne de la bataille de Waterloo et de la réponse du général Cambronne à l'injonction venant des rangs anglais : "Français, rendez- vous !"…"Merde"), l'italien qui est ma langue quotidienne depuis cinquante ans, fait appel aux attributs de Priape, Dieu gréco-romain de la virilité physique.
Traduire " je m'emmerdais" par "mi scocciavo", comme le fait Giordano Bruno Guerri, est très juste, familier et conforme aux convenances, en quelque sorte : " je m'embêtais", mais il n'y a rien de percutant car, au niveau moins décent, nous aurions " mi ero rotto le palle" ( pour ne pas dire i cogli…). Toutefois, le rapport de continuité logique du premier terme "je m'emmerdais" avec le lieu où se déroula la tragédie (la proximité d'un tas de fumier) est complètement anéanti.
Je ne vois pas de traduction possible qui rende pleinement l'image et je suis d'accord avec G.B. Guerri en ce qui concerne la langue italienne.

 

Madeleine Bova

Commentaire d'un lecteur passionné :

Cette émouvante évocation de la mort de Vincent Van Gogh pose une question que se posait déjà Michel de Montaigne dans l’Apologie de Raimond Sebond : « N’y a il point de la hardiesse à la philosophie d’estimer des hommes qu’ils produisent leurs plus grands effets et plus approchans de la divinité, quand ils sont hors d’eux et furieux et insensés ? »
(Essais, Livre II, Chapitre 12).

 

Il faut toujours revenir à Montaigne !

 

Lecture supplémentaire :

Portrait of Dr Gachet 

New Theory on Van Gogh's Ear: Blame Brother Theo
Newser, 26 December 2009

Portrait of Dr. Gachet: The Story of a van Gogh Masterpiece,
Cynthia  Saltzman
New York Times, 28 April 1998

Vincent van Gogh- his letters to Theo

 

   
 

  Starry night  


Understanding the lyrics of "Starry, Starry Night"

Van Gogh Gallery                          

La lexicologie – une histoire amusante du dictionnaire anglais le plus célèbre

Joelle VuilleNous souhaitons la bienvenue à notre nouvelle collaboratrice, Joëlle Vuilleune juriste-criminologue qui habite à Genève. Après avoir terminé ses études à l'Université de Lausanne, Joëlle a profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society).  Nous la remercions vivement pour l'analyse qui suit.

The Professor and the Madman,
A Tale of Murder, Insanity, and the Making of the Oxford English Dictionary

Simon Winchister, New York : Harper Perennial, 199.

The Professor and the Madman relate la genèse de l'Oxford English Dictionary (usuellement abrégé OED), ainsi que la vie des hommes qui l'ont imaginé, puis réalisé. Le concept de dictionnaire, s'il paraît évident aujourd'hui, n'a en effet pas toujours existé, et a mis plusieurs siècles à évoluer jusqu'à sa forme actuelle.

Tout semble avoir commencé au XIIIe siècle, avec la publication du premier recueil de mots latins, intitulé Dictionarius. Il fallut ensuite attendre près de trois siècles pour voir publiée une liste de correspondances entre mots latins et anglais, pour la première fois arrangée en ordre alphabétique (plutôt que par sujets). En 1604, un maître d'école dénommé Robert Cawdrey publia un petit livre de 120 pages répertoriant environ 2500 mots anglais difficiles et peu courants (à titre de comparaison, l'OED actuel contient près d'un demi-million d'entrées), le premier dictionnaire de la langue anglaise sensu stricto. À noter que Cawdrey destinait son ouvrage aux « Ladies, gentlewomen or any other unskilful persons, Whereby they may more easilie and better vunderstand [sic] many hard English wordes, which they shall hear or read in the Scriptures (…) » (p. 84). S'ensuivit, au cours du XVIIe siècle, une longue série de dictionnaires, dont la plupart étaient toutefois limités aux mots considérés comme difficiles (tels que archgrammacian, parentate ou encore deruncinate). Les définitions offertes par ces ouvrages étaient souvent très brèves, se limitant à proposer un synonyme, ou alors si compliquées qu'elles en devenaient incompréhensibles…

Avec le temps, la nécessité de se doter d'un dictionnaire comprenant tous les mots de la langue anglaise devint de plus en plus évidente. Cela était d'autant plus souhaitable que l'Angleterre devenait une puissance mondiale et que la langue anglaise s'apprêtait à supplanter l'italien, le français et l'espagnol dans le commerce international et la diplomatie. (Du reste, des initiatives similaires avaient d'ailleurs déjà été lancées pour répertorier d'autres langues, comme celles de l'Accademia della Crusca à Florence ou de l'Académie française à Paris). Des voix s'élevaient qui réclamaient que la langue anglaise soit fixée une bonne fois pour toute : que l'on sache comment les mots s'écrivent, ce qu'ils signifient exactement, et que cela ne change plus puisque la langue était alors considérée comme ayant atteint la perfection (par exemple, certains s'offusquaient de l'usage toujours plus fréquent de la contraction couldn't, un véritable sacrilège…). Le Johnsonchef d'œuvre de Samuel Johnson, A Dictionary of the English Language, paru en 1755, est l'un des premiers dictionnaires universels de la langue anglaise et fut rédigé pour répondre à ce besoin. Nous ne résistons pas à la tentation de reproduire ici la définition que Johnson donne du mot « elephant », un petit bijou de poésie (à défaut d'être une merveille de zoologie): « The largest of all quadrupeds, of whose sagacity, faithfulness, prudence, and even understanding, many surprising relations are given. This animal is not carnivorous, but feeds on hay, herbs, and all sorts of pulse; and it is said to be extremely long lifed. It is naturally very gentle; but when enraged, no creature is more terrible. He is supplied with a trunk, or long hollow cartilage, like a large trumpet, which hangs between his teeth, and serves him for hands: by one blow with his trunk he will kill a camel or a horse, and will raise a prodigious weight with it. His teeth are the ivory so well known in Europe, some of which have been seen as large as a man's thigh, and a fathom in length. Wild elephants are taken with the help of a female ready for the male: she is confined to a narrow place, round which pits are dug; and these being covered with a little earth scattered over hurdles, the male elephants easily fall into the snare. In copulation the female receives the male lying upon her back; and such is his pudicity, that he never covers the female so long as any one appears in sight. » (p. 90). Le dictionnaire de Johnson demeura la référence durant près d'un siècle, acclamé par tous et devenant un succès commercial sans précédent. Il avait toutefois un défaut : il ne représentait qu'une sélection – certes immense, mais une sélection tout de même – de mots (43.500 au total).

En 1857, l'idée fut donc lancée de rédiger un dictionnaire complet, contenant chaque nuance de chaque mot, chaque variation orthographique, chaque prononciation possible et chaque citation littéraire y relative : le projet de l'Oxford English Dictionary était lancé. Il fallut à ses auteurs 70 ans pour le mener à terme. Contrairement à son prédécesseur, l'OED se voulait descriptif et non normatif : décrire la langue comme elle est parlée, et non déterminer quel usage est correct ou incorrect. L'ampleur de la tâche rendait toutefois impossible que ce dictionnaire soit rédigé par un seul homme ou un groupe d'hommes, et d'ailleurs, la nature nouvellement démocratique du dictionnaire requérait une participation plus large à son élaboration : il fut alors décidé de faire appel à des centaines d'amateurs bénévoles qui fourniraient chacun quelques entrées à l'ouvrage. John Murray rejoignit l'aventure dans les années 1870 (après le décès et le découragement, respectivement, des deux éditeurs précédents), et c'est lui qui la mena à son terme.

Murray décida, au début des années 1880, de lancer un appel à contribution afin de recruter des volontaires. L'annonce fut si largement diffusée qu'elle parvint jusqu'à la prison de Crawthorne, où résidait un passionné de lecture, le docteur William Minor. Minor y avait été emprisonné une vingtaine d'années auparavant à la suite d'un meurtre commis dans un accès de démence. Il allait devenir le contributeur le plus prolifique de l'OED, dont il rédigera des milliers d'entrées.

Parallèlement à la naissance de l'ouvrage lui-même, Simon Winchester nous conte les vies des hommes qui l'ont créé. Il nous fait plonger dans les existences souvent tumultueuses des principaux protagonistes de l'aventure : John Murray, William Minor, mais également George Merret, la victime de Minor, sans la mort duquel l'OED n'aurait probablement pas été ce qu'il fut. Tous les ingrédients du roman d'aventure sont présents : pays exotiques, histoires d'amour, mariages arrangés, guerre, actes de bravoure, meurtres, folie et rédemption.

The Professor and the Madman ravira tous les amoureux de la langue anglaise. C'est un récit riche, au style direct et clair, non dénué d'humour. Simon Winchester est de toute évidence passionné par son sujet, et parvient à transmettre son enthousiasme à ses lecteurs. En outre, le texte est parsemé de définitions tirées directement de l'OED, qui piqueront la curiosité du lecteur et/ou le feront sourire.

À l'heure actuelle, l'OED fait toujours autorité ; c'est LE dictionnaire de la langue anglaise par excellence. Certains en déplorent le sexisme, le racisme, l'élitisme, ou encore l'attitude impérialiste, mais son importance pour la langue anglaise ne peut être contestée. Enfin, une chose est certaine : vous ne le consulterez plus jamais de la même manière après avoir lu The Professor and the Madman.

OED

Joëlle Vuille

Note du blog :
Noah Webster (1758-1843) écrivit le premier dictionnaire américain d'orthographe en 1783.

 

Noah webster

                 Noah Webster

 

Le titre initial en était The First Part of the Grammatical Institute of the English Language. Du vivant de Webster, pas moins de 385 éditions furent publiées et le titre de l'ouvrage devint, en 1786, The American Spelling Book et, en 1829, The Elementary Spelling Book. C'est le livre américain qui a eu le plus de succès à son époque ; en 1837, 15 millions d'exemplaires avaient été vendus et ce chiffre a atteint environ 60 millions en 1890, si bien que la majorité des élèves et des étudiants consultèrent ce livre pendant le premier siècle d'existence de la nation américaine. Pour mieux connaître le rôle de Webster dans l'évolution de l'anglais aux États-Unis, vous pouvez vous reporter à l'article de Merriam-Webster consacré à Noah Webster

 

Lecture supplémentaire:

OEDReading the OED: One Man, One Year, 21,730 Pages
Ammon Shea, Perigee, reprint edition 2008

 

 

 

Former OED editor covertly deleted thousands of words
The Guardian, 26.11.2012

Words WorldWORDS of THE WORLD,
A Global History of the Oxford English Dictionary
Sarah Ogilvie

 

 

 

MugglestoneLexicology and the OED:
Pioneers in the Untrodden Forest

Oxford Studies in Lexicography and Lexicology
Edited by Lynda Mugglestone


 

Comment faire s’envoler les ventes des dictionnaires ? En en cessant la publication !

Concours – Maltalingua offre au gagnant deux semaines de cours d’anglais à Malte (hébergement compris).

On nous prie d'insérer l'annonce suivante :

Maltalingua offre deux semaines de cours  d’anglais à Malte (hébergement compris).
Pour participer au concours, il faut d’abord dire pourquoi Malte peut être une destination sympathique pour apprendre l’anglais ou raconter une expérience drôle ou étrange que l'on ait faite en apprenant l’anglais.

Ensuite et c'est la question subsidiaire il faut deviner le nombre de Smarties dans le bocal (cf lien ci-dessous) et articuler un chiffre.

 

Smarties
Le concours sera clos lorsque le nombre exact de Smarties aura été découvert.
Bonne chance et rendez-vous à La Valette !
Lecture supplémentaire :

Isteza, tout un défi !

En Ouzbékie, au cœur de l'Asie centrale, des gens s'emploient à rapprocher les cultures. Il s'agit pour eux de ranimer la légendaire Route de la Soie qui fut longtemps un fil conducteur économique et culturel. Leur démarche rejoint donc celle du Mot juste, et celui-ci leur ouvre volontiers ses colonnes.

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L'itinéraire de la Route de la soie s'affiche sur un mur de la ville de Khiva. (Photo L. Fournier).

Isteza [1] est un foyer de culture, installé dans une ancienne médersa (école coranique) de la vieille ville de Boukhara. Il fonctionne sous l'égide des Caravansérails sur la Route de la soie [2], une association qui entend revitaliser la Route de la soie en mettant en place un réseau de coopération technique, économique et culturelle axé sur le patrimoine. Et cela, grâce à l'établissement de liens culturels et amicaux entre l'Europe et les pays jadis traversés par l'ancien itinéraire des caravanes. Pour ce faire, l'association réunit des architectes, des enseignants, des ethnologues, des urbanistes, des musiciens et des linguistes.

Sa première réalisation a été la restauration d'une médersa (la plus petite d'Asie centrale, avec 20 cellules). Le bâtiment, laissé à l'abandon depuis 1925, a été remis en état grâce à deux architectes et fondateurs de l'association, MM. Philippe Barbier (à Paris où il coordonne les activités de l'association) et Zoircho Klitchev (à Boukhara), avec le concours d'artisans locaux. Dans un deuxième temps (2000- ), ce tandem de talent entreprend la restauration de quatre autres caravansérails.

 

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Kakhramon chante en ouzbek et en tadjik. En costume folklorique, Malika danse pour les visiteurs. (Photos G. & D. Loubet).

Depuis 1998, le centre culturel Isteza est devenu un espace de conseil, d'assistance et d'enseignement qui joue aussi le rôle d'initiateur de projets culturels. Il se veut « un lieu où la langue n'est plus une barrière mais une porte ouverte ».

Sous la houlette de deux coordonnatrices ouzbèkes (Mesdames I. Mavlanova et R. Gulyamova), le Centre Isteza :

– dispense des cours de français de différents niveaux reconnus par l'Alliance française, des cours spécialisés et des cours de perfectionnement;

– met à la disposition de ses adhérents une bibliothèque, une vidéothèque, une télévision satellitaire et des ordinateurs branchés sur Internet;

– organise des expositions de photographies et autres, des concerts, la fête de la musique (depuis cinq ans) et des cours de cuisine française.

– enfin, il accueille des étudiants et des chercheurs étrangers dans les chambres du premier étage et leur fournit divers services de traduction et d'interprétation.

Jean touristsun groupe de touristes français devant le centre culturel

Isteza veut être un espace de création et d'innovation au service de la population. Son action se fonde sur l'échange culturel, et l'apprentissage du français s'y accomplit souvent sous la forme d'activités artistiques (chant, danse, théâtre) qui attirent beaucoup les jeunes élèves.

D'ailleurs, Boukhara baigne dans le plurilinguisme puisque trois langues s'y côtoient : l'ouzbek, le tadjik et le russe. L'essor du tourisme et le nombre grandissant de francophones qui visitent les villes d'art de Samarcande, Boukhara et Khiva, incitent des jeunes à apprendre le français pour se préparer aux professions d'interprète, de guide ou de réceptionniste. La plupart des élèves d'Isteza travaillent déjà dans le secteur touristique et cherchent à se perfectionner. Mais, l'enseignement n'est qu'un aspect de l'action culturelle menée par le Centre. Celle-ci vise avant tout à jeter des passerelles entre les cultures. La musique et la danse folkloriques y occupent une large place. Les visiteurs sont toujours les bienvenus et chaleureusement accueillis, Qu'on se le dise !

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 Boukhara, (Photo L. Fournier)

[1] Mot d'origine persane désignant une chose qu'on ne peut accomplir qu'au prix de très grands efforts : un défi, un tour de force. En russe, истязание (istyazanie) a sensiblement le même sens.

Centre culturel Isteza, filiale de l'association Caravansérails sur la Route de la soie, rue Khodja Porso, 200118 Boukhara (Ouzbékistan). Tél. : +998 65 224 20 99. Adresse courriel : uzb_isteza@yahoo.fr

[2] Selon Wikipedia, un caravansérail (en persan: كاروانسرا kārvānsarā) encore appelé kan ou funduq (foundouk), est, en Orient et au Maghreb, un lieu où les caravanes de marchands font étape.

Association Caravansérails sur la Route de la soie, 3, passage de la bonne graine 75011 Paris (France).
Tél. : +33 626 95 50 51
Courriel : caravanserails@caravanserails.org
Site ; www.caravanserails.org

Jean Leclercq

bonnes fêtes


À tous nos lecteurs et toutes nos lectrices 
nous souhaitons

bonnes fêtes de fin d'année

Jean LECLERCQ             Jonathan GOLDBERG

Divonne-les-Bains                            Los Angeles

 

Happy

 

  

 

Isabelle BARTH –
linguiste du mois de décembre 2013


Tout au long de l'année écoulée, cette rubrique a permis de vous présenter chaque mois des gens aux talents si divers qu'il nous a paru logique de l'intituler désormais « Linguiste du mois ». D'ailleurs, l'évolution du marché est telle qu'elle oblige de plus en plus de traductrices et de traducteurs à élargir la gamme de leurs activités (préparation de copie, rédaction, formation, etc.). De nos jours, quiconque veut vivre de sa connaissance de langues étrangères doit avoir plusieurs cordes à son arc. Notre invitée de décembre, Isabelle Barth O'Neill, est un bon exemple de cette polyvalence, aujourd'hui indispensable.

 

Isabelle Barth

            Isabelle BARTH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LMJ : Vous portez un nom lorrain, accolé à un patronyme typiquement irlandais. Vous habitez près de Cork, dans le sud de l'Île Verte. Comment est-ce possible ?

Isabelle : Je suis née en France, dans une petite localité où il pleut tellement qu'on l'appelle « Le pot de chambre de la Lorraine ». À Vézelise pour être exacte. La vie m'a donné la possibilité de voyager et de rencontrer mon mari qui est irlandais avec un nom typiquement de son pays - O'Neill [1].

  Patrimoine de Lor Blog 2

LMJ :
Vous avez fait des études supérieures très poussées. Quel a été votre cursus universitaire ? A-t-il toujours été axé sur les langues vivantes ?

Isabelle : Je ne sais pas si elles ont été très poussées, mais elles m'ont passionnée, c'est certain. Après un détour par une école de secrétariat de direction, je me suis lancée dans des études d'anglais littéraire à l'université Charles de Gaulle de Lille.

Lille

De fil en aiguille, je suis passée de la licence, à la maîtrise pour aller jusqu'au doctorat d'université, en passant par le DEA. J'ai également commencé des études de langue néerlandaise, toujours dans la même université, tout en suivant des cours d'allemand au Goethe Institut. Oui, toujours les langues vivantes, elles sont absolument passionnantes et d'une grande richesse, car ce ne sont pas seulement des mots mais toute une culture qu'elles transportent.

 

LMJ : Pour votre maîtrise d'anglais, vous traduisez une pièce du dramaturge britannique David Edgar. Puis, pour votre DEA, vous choisissez un sujet peu banal : la narratologie, en vous attachant à une trilogie du romancier canadien Robertson Davies. Et enfin, pour votre doctorat, vous vous tournez vers la langue canadienne anglaise et la façon dont les Canadiens anglophones racontent leur histoire. Expliquez-nous ces choix.

Isabelle : J'ai toujours été passionnée par le théâtre, et je me souviens Ortf1 très bien des soirées « Au théâtre ce soir » au temps de l'ORTF, quand nous étions enfants. En choisissant de travailler sur une pièce de théâtre pour ma maîtrise d'anglais, je pouvais ainsi relier trois grandes passions : la langue anglaise, le théâtre et la traduction que je découvrais par mes études. Pour le DEA, je voulais changer de cap, très peu d'études ont été faites sur la langue anglaise utilisée au Canada. C'était un autre défi pour moi. Quant à la narratologie, j'ai toujours été intéressée par l'écriture. Il était assez intéressant de voir comment un auteur peut raconter une histoire et la décomposer. J'ai ainsi beaucoup appris sur la manière de lire pour comprendre. La narratologie m'a beaucoup aidé par la suite dans mon travail. Puis, je me suis tournée vers le théâtre canadien écrit en langue anglaise. C'était pour moi une suite logique après la maîtrise où je m'étais penchée sur la langue théâtrale, et le DEA où je m'étais intéressée à la manière dont on peut se raconter. L'analyse de l'histoire du Canada et de sa culture par le biais de ses auteurs dramatiques était pour moi une suite logique.

 

LMJ : Vous destiniez-vous initialement à la traduction ou y êtes venue fortuitement ? Il semble que les instances dirigeantes du scoutisme international – notamment les conférences annuelles du CICS – aient joué un grand rôle dans l'orientation de votre carrière et même de votre vie. Racontez-nous.

Isabelle : Non, je ne me destinais pas à la traduction. Elle s'est quelque peu imposée à moi. Traduire une pièce de théâtre contemporain pour ma maîtrise fut le premier déclic. Pas facile, mais absolument passionnant. En 1990, alors que j'étais lectrice à Trinity College, Dublin (Irlande), la Scoutproposition de traduire pour le Mouvement Scout à un niveau international s'est présentée à moi. Une occasion à ne pas manquer. J'ai donc commencé à traduire pour la CICS-EM (Conférence Internationale Catholique du Scoutisme – région Europe-Méditerranée) en juin de cette même année. Cela s'est étendu à la CICS-Monde avec des actions ponctuelles pour l'OMMS (Organisation Mondiale du Mouvement Scout) et l'UPMS (Union Parlementaire du Mouvement Scout). Une expérience extraordinaire qui m'a permis de voir du pays et de rencontrer nombre de personnes et même des personnalités comme le Pape Jean-Paul II.

Pope

De fil en aiguille, j'ai continué à traduire pour divers groupes et organisations. J'ai travaillé pour Traducteurs sans Frontière, la Fondation Rosetta, entre autres, et donc beaucoup traduit dans le domaine des ONG et du médical.

Traducteurs


LMJ
: Certes, le niveau de culture générale est une assurance de qualité, mais traduire conduit parfois à traiter de sujets très prosaïques, voire incongrus. Cet énorme bagage intellectuel que vous avez acquis ne vous embarrasse-t-il pas ?

Isabelle : Oui, j'ai parfois traduit des documents inattendus. Je pense par exemple aux documents de la Journée Mondiale des Toilettes célébrée en novembre. Je pense que mon bagage intellectuel me permet de mieux saisir le ou les sens du texte original quand je traduis afin de mieux le rendre dans l'autre langue. C'est vrai que ce bagage fait parfois peur aux gens autour de moi, mais il m'a permis d'entrer dans des sphères absolument passionnantes et de pouvoir partager ce que j'ai avec d'autres.

 

LMJ : Quelles sont vos langues de travail ? Dans quels domaines vous spécialisez-vous et à qui offrez-vous vos services ?

Je suis française de naissance et j'ai fait mes études en français. Il est donc pour moi logique et naturel de traduire vers le français. J'ai passé plus de 20 ans dans des pays de langue anglaise, je maîtrise donc la langue anglaise comme ma langue maternelle. Je traduis de l'anglais vers le français et du français vers l'anglais. J'ai aussi étudié le néerlandais et traduit du néerlandais vers le français et l'anglais. Je parle également d'autres langues comme l'allemand et l'afrikaans pour lequel j'ai créé un site d'apprentissage (http://mynaamisalbie-afrikaans.jimdo.com). À qui j'offre mes services ? Je traduis beaucoup pour des ONG comme Médecins Medecinsdu Monde, Médecins sans Frontières, Action contre la Faim,… la liste est longue. Avec le temps, mes traductions sont devenues plus spécialisées dans le domaine médical. Je vous donne le lien vers mon site pour que vous puissiez le consulter :

http://studio-langues.jimdo.com

 

LMJ : Vous enseignez et vous vous disposez à ouvrir prochainement une école FLAM (Français Langue Maternelle.) De quoi s'agit-il ?

Isabelle : Oui, j'enseigne les langues que je maîtrise, ce qui est une autre activité que j'apprécie beaucoup. Il y a quelques années, j'ai repris des études de didactique des langues et me suis spécialisée en politique linguistique, diffusion des langues et éducation plurilingue. J'ai décidé de me lancer dans l'ouverture d'une école FLAM dans la ville où je réside actuellement. Le FLAM s'adresse aux enfants francophones qui ne peuvent suivre les cours d'une école française alors qu'ils habitent à l'étranger. Cela leur permet d'avoir le même niveau de langue française écrit et oral que celui qu'ils auraient s'ils étaient scolarisés en France, et de pouvoir réintégrer le système français sans problème.

 

LMJ : Mère de famille, vous avez connu les problèmes de l'éducation bilingue des enfants. Riche de cette expérience, vous avez lancé le Multilingual Café pour aider les familles à gérer ce qui, à votre avis, doit être un jeu plutôt qu'une obligation. Parlez-nous de cette initiative.

Isabelle : Exactement. L'éducation bilingue est un défi qu'il faut relever tous les jours sans jamais baisser les bras et sans que ce soit une contrainte pour les enfants et la famille. En reprenant les études dont j'ai Logo Multilingual Cafeparlé plus haut, j'ai décidé de créer l'association Multilingual Café (http://cafemultilingue.blogspot.ie et http://langues-sans-frontieres.jimdo.com ) afin d'aider les familles à éduquer leurs enfants de manière plurilingue et pluriculturelle, l'un n'allant pas sans l'autre. Avec Multilingual Café (qui va devenir Multilingual Education Café), j'offre des conseils aux familles et aux professionnels de l'enfance. Je propose également des conférences, séminaires, ateliers, groupes de parole, etc. afin d'aider et de soutenir les parents dans leur choix d'éduquer leurs enfants de manière bilingue.

 

LMJ :Souvent, la traductrice ou le traducteur n'entend parler de son travail que s'il y a un problème. Vous arrive-t-il de trouver ce métier gratifiant ?

Isabelle : C'est tellement vrai. En tant que traducteurs, nous travaillons dans l'ombre et sommes rarement remerciés pour le travail que nous fournissons. Il est vrai que l'on vient souvent nous critiquer pour un mot ou une phrase. Et pourtant, je trouve ce métier gratifiant, surtout quand vous traduisez pour des ONG qui vous disent ensuite que, grâce à vos traductions ils ont pu aider autant de personnes ou autant d'enfants, que grâce à vos traductions, elles ont pu récolter de l'argent pour construire des maisons dans des zones dévastées. Je pense par exemple aux traductions que j'ai pu faire pour Zafen ou Green School Haiti ou encore Enfants du Mékong ou Medical Film Aid… la liste en serait longue. De savoir que votre travail de traductrice aide tant de gens à travers le monde, oui, je trouve cela gratifiant !

 

LMJ : Pour finir, une question un peu traditionnelle : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui veulent s'orienter vers les carrières linguistiques ?

Isabelle : Que conseiller aux jeunes qui font des études de langues ? C'est une bonne question. Surtout, ne jamais se décourager. Il faut continuer, et continuer encore. La traduction est pleine de pièges qu'il faut apprendre à contourner. Il ne faut surtout jamais baisser les bras et ici j'ai envie de citer le vers fameux d'Alfred Tennyson dont il a été question dans un précédent article : « chercher, trouver et ne rien céder ».[2] Et puis, il faut aussi se remettre en question et continuer à apprendre. Une langue est vivante, il se crée de nouveaux mots, de nouvelles expressions. Il faut avancer !

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[1] L'auteur irlandais, Eugene O'Neill, remporta le prix Nobel de littérature en 1936

[2]   "to strive, to seek, to find, and not to yield."