le 26 septembre :
Journée européenne des langues
European Language Families (6:45 minutes)
Journée européenne des langues
European Language Families (6:45 minutes)
Perspectives littéraires
Nous avons débuté notre évocation littéraire de la Grande Guerre avec celui dont le nom vient le plus spontanément à l'esprit : Guillaume Apollinaire ("Le flâneur des deux rives"). Nous voulons la continuer par un poete britannique distingué, un des plus connus de la première guerre mondiale.
Entretien avec la biographe du poète Siegfried Sassoon :
Jean Moorcroft Wilson,
interrogée par Hannah Hunter, notre contributrice londonienne
|
|
|
|
Jean Moorcraft Wilson |
Hannah Hunter |
Siegfried Sassoon (1886 – 1967), né d'un père juif et d'une mère anglicane, a grandi en Angleterre. Ce fut un poète satirique et un prosateur qui s'illustra par ses poèmes sur la guerre de 1914-1918 – une guerre au cours de laquelle il accomplit des actes d'une grande bravoure et dont il réchappa. Il se convertit au catholicisme et recentra sa vie autour de cette conversion.
Jean Moorcraft Wilson enseigne la littérature anglaise au Birkbeck College de l'Université de Londres. Épouse du neveu de la grande écrivaine britannique Virginia Woolf (1882-1941), elle dirige avec son mari une maison d'édition. Madame Wilson passe pour le plus éminent spécialiste du grand poète anglais de la Guerre, Siegfried Sassoon. Fruit d'années d'efforts, son livre Siegfried Sassoon: Soldier, Poet, Lover, Friend (paru en mai 2014) couvre l'ensemble de la vie et de l'œuvre du poète.
Dans son tout dernier ouvrage, Wilson reconstitue le parcours du jeune patriote qui s'engage dans la guerre et qui en ressort pacifiste. À son retour du front, Sassoon a exprimé ses convictions pacifistes dans sa poésie et donné la parole aux millions de ses camarades anciens combattants qui avaient été physiquement et psychologiquement marqués par cet épouvantable conflit.
Jean Moorcraft Wilson a aimablement accepté de répondre aux questions de la représentante de ce blog, Hannah Hunter, dans le cadre du centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale à laquelle la vie et l'œuvre poétique de Sassoon sont intimement liées.
——————————————————-
H Hunter : Comment la poésie de Sassoon a-t-elle été reçue, et comment a-t-elle été influencée par la célébrité grandissante de l'auteur ?
JM Wilson : Au début, sa poésie s'est heurtée à une indifférence quasi générale. Seul Edmund Gosse l'a lue, et aussi sa mère : merci Maman! Ensuite, plus tard, au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans la guerre, que son message apparaît davantage comme un appel au peuple et qu'il acquiert davantage de sens à ses yeux, l'accueil qu'il reçoit des gens ne se fonde plus tant sur lui-même que sur sa poésie. Puis, une fois qu'ils l'ont vu, découvrant quel homme séduisant il est, et ô combien byronien, ils lui portent davantage d'attention ; le peintre Philpot lui dit : "Vous êtes assez byronien [1] , n'est-ce pas ?". Je pense qu'alors on l'a considéré comme un personnage très romantique et cela a contribué à faire connaître sa poésie.
La célébrité modifia profondément sa vie. Certes, ce fut d'abord sa poésie qui le fit connaître. Mais, naturellement, comme c'était quelqu'un de charmant à avoir près de soi, parce qu'il était bel homme, parce qu'il avait une personnalité attirante et parce qu'il était socialement correct, on pouvait faire de lui une figure de proue. Lorsque les pacifistes voulurent faire triompher leur cause, ne mirent-ils pas Sassoon de leur côté ? Parce c'était un soldat, parce qu'il était jeune et beau, il fut bien reçu.
J'ai fait une causerie sur Sassoon et les autres poètes de la guerre dans laquelle j'ai dit que c'est vraiment une icône parce qu'il en a toutes les caractéristiques, sauf une : il n'est pas mort jeune. Il appartient à la bonne bourgeoisie, ses hommes l'adorent, il est brave, il a la M.C. (croix de la valeur militaire) : tout cela il l'assume, c'est un personnage fantastique ! Et pourtant, au fond de lui-même, il est, à mon avis, vraiment très jeune et très naïf.
H Hunter : Selon vous, quand Sassoon a-t-il écrit ses meilleurs poèmes?
JM Wilson : Eh bien, je pense qu'il y eut deux périodes pendant lesquelles il a le plus souffert et produit aussi les meilleurs poèmes ; la guerre en est une. Edward Marsh [2] a parfaitement raison, il avait besoin d'un bon sujet pour ses poèmes – il lui fallait se concentrer sur un sujet particulier – je veux dire qu'on ne peut éternellement rimer sur le lever du soleil ! En prenant part à la guerre, il avait une cause à défendre. Puis, dans les années vingt, lorsqu'il quitta l'armée et qu'il n'y avait plus de motif de lutte, on sent que cette cause lui échappe. Certes, cela revient dans les années trente, quand il commence à écrire de la prose, et cela parce qu'il a de nouveau un sujet, sensiblement le même : la guerre. L'autre période, à mon avis, est celle pendant laquelle il se demande s'il doit ou non se convertir au catholicisme.
Dans les années vingt, lorsqu'il tente d'écrire ses satires politiques et sociales, je pense que ce n'est vraiment pas ce qu'il a fait de meilleur. Pendant cette période, ses meilleurs poèmes sont ceux qu'il écrit sur lui-même et l'un de mes préférés est When I'm Alone, un charmant poème écrit dans les années vingt. Je crois que lorsqu'il verse dans la politique, il n'est pas vraiment maître de sa plume : ce qu'il fait alors est un exercice.
'When I’m alone’ – the words tripped off his tongue
As though to be alone were nothing strange.
‘When I was young,’ he said; ‘when I was young . . .’
I thought of age, and loneliness, and change.
I thought how strange we grow when we’re alone,
And how unlike the selves that meet, and talk,
And blow the candles out, and say good-night.
Alone . . . The word is life endured and known.
It is the stillness where our spirits walk
And all but inmost faith is overthrown.
À partir du moment où il se convertit, au milieu des années cinquante, sa poésie me semble médiocre, parce que la tension a disparu – il a choisi – et la poésie, à mon sens, dépend beaucoup de la tension chez le poète. Je pense que les conflits qu'il connaît avant de choisir son église se traduisent par une poésie de tension et qu'il a véritablement là un sujet d'inspiration ; alors qu'avant cela il semble écrire sur ce qui lui passe par la tête parce qu'il est un peu à court d'idées. Cette poésie conflictuelle tardive mérite qu'on s'y arrête. Tout n'est pas un succès, mais cela me paraît intéressant et l'équivalent – non pas l'équivalent, mais un reflet, un pâle reflet, si vous voulez – de ce qu'il écrivait pendant la Grande Guerre. Mais, dans un cas comme dans l'autre, il avait un thème d'inspiration, quelque chose qui lui tenait à cœur. Je ne pense pas que le reste lui tint à cœur.
Je ne pense pas que Sassoon soit le plus grand de nos poètes. (Peut-être parce que je ne raffole pas de la satire.) Je préfère sa prose. Je crois que c'est un poète très important, un poète extrêmement marquant, mais il ne suscite pas dans l'esprit cette dimension lyrique. Peut-être est-ce parce que j'aime la poésie lyrique, je veux dire que je préfère Edward Thomas et Wilfred Owen. Je pense que la poésie de Sassoon fut esentielle et je crois qu'elle fut très puissante et qu'en fait de satire, on ne fait pas mieux.
H Hunter : Sassoon est étiqueté comme "poète de la guerre", mais son œuvre précède la Première guerre mondiale et survit à la Seconde. Pensez-vous que ce soit le dévaloriser que d'associer aussi exclusivement son œuvre à la Grande Guerre ?
JM Wilson : Cela le dessert bien évidemment, mais c'est peut-être compréhensible. À mon sens, ce qui le dévalorise encore plus, c'est le peu de cas fait de nos jours de sa prose. Je ne sais si vous avez lu Fox-Hunting Man, c'est un livre merveilleux, c'est humoristique, c'est bien documenté, cela vous révèle ses réactions d'enfant, c'est plein d'observations intéressantes. Ce me semble être une merveilleuse image du monde d'avant-guerre et du début de la guerre, et c'est un très, très bon livre. Je trouve aussi Memoirs of an Infantry Officer excellent sur ce qu'il dit de la guerre. Mais, je pense que c'est là, dans sa prose, que se situe la sous-estimation de Sassoon. Et pourtant, Fox-Hunting
Man est une œuvre connue puisqu'elle a été au programme du GCSE [3]. Si l'on a sous-évalué Sassoon, c'est en ne voyant en lui qu'un poète de la guerre, et c'est ce qui m'a donné l'idée de concevoir ma biographie en deux tomes, parce qu'à mon avis la seconde partie de sa vie est aussi réussie que la première et aussi fascinante.
HHunter : Dans la vie de Sassoon, chez qui voyez-vous la figure paternelle la plus authentique ?
JM Wilson : Oh, Rivers sans aucun doute, le Dr Rivers [4]. Je crois que leur relation a été compliquée par le fait que Rivers était probablement profondément attiré par Sassoon. Les lettres de Sassoon où il dit aimer Rivers et que Rivers le sortirait des ennuis et de la dèche, ou de je ne sais plus trop quoi encore… Je crois que Rivers le comprenait, et j'aime Rivers parce qu'il est véritablement influencé par le point de vue de Sassoon. Je crois aussi qu'il y a eu probablement plus qu'une attirance réciproque ; peut-être même plus qu'une relation normale père-fils. Le fait que Sassoon soit plus âgé lorsqu'il rencontre Rivers lui a fait prendre davantage conscience de lui-même et de ses tendances homosexuelles ; alors qu'avec le palefrenier de son enfance, Tom Richardson, par exemple, c'était vraiment une sorte de figure paternelle. Son père s'était séparé de sa mère avant que Sassoon ait cinq ans, une histoire affreusement triste. Privé de père, mais avec, face à lui, un jeune homme puissant, autoritaire et très beau en la personne de Richardson – vous savez, si jeune !
H Hunter : À votre avis, pour quelles raisons Sassoon s'est-t-il converti au catholicisme ?
Je crois que lorsqu'il se convertit, il le fait pour plusieurs raisons. L'une d'elles est le véritable sentiment d'être juste sans personne et sans rien. Il me semble que Sassoon ait choisi la religion catholique en partie parce qu'il y trouvait une société essentiellement masculine. Il voulait aussi qu'on lui donne des ordres ; il aimait le rituel de l'église catholique et c'est pour cela qu'il n'est pas allé vers l'Église d'Angleterre, comme sa mère. Et il aimait les moines, il aimait revenir dans ce monde masculin. D'ailleurs, il aimait le cricket et la chasse pour les mêmes raisons.
H Hunter L Qu'aimez-vous le plus en écrivant des biographies ?
J'aime le détail, j'aime les relations entre les êtres, j'aime ceux qui les vivent, j'aime découvrir ces relations qui, je crois, vous en apprennent beaucoup sur le personnage central ; avec qui ce personnage se lie-t-il, à quoi est-il sensible, quel rapport a-t-il avec le monde extérieur ?
Je trouve Sassoon extrêmement divertissant : je pense qu'il est très amusant, c'est quelqu'un de gentil. On me dit souvent : aimez-vous les gens dont vous faites la biographie ? Jusqu'ici, oui, ce fut toujours le cas. J'ai aimé Sassoon. Au début, je m'étais mis dans la tête qu'il était misogyne et je me demandais si je pourrais le supporter ? Mais, j'ai fini par l'aimer !
Traduit de l'anglais par Jean L.
Version anglaise
————————————————–
[1] Lord Byron [1788-1824], poete et dramaturge anglais,
[2] Sir Edward Howard Marsh, KCVO CB CMG (18 novembre 1872 – 13 janvier 1953) était un esprit universel britannique, à la fois traducteur, protecteur des arts et fonctionnaire.
[3] General Certificate of Secondary Education – diplôme obtenu généralement vers 16 ans dans certains pays anglo-saxons et sanctionnant la fin de l'enseignement général. Il peut s'obtenir dès 14 ans.
[4] W. H. R. Rivers (1864-1922) est un scientifique anglais spécialiste de divers domaines des sciences humaines (anthropologie, ethnologie, neurologie, psychiatrie, psychologie). Il est surtout connu pour ses travaux sur le stress post-traumatique chez les soldats de la guerre de 1914-1918.
Siegfried Sassoon and the poets of the First World War (4:39 minutes)
Lecture supplémentaire :
Siegfried Sassoon – His Life and Illustrated Bibliography
The First World War Poetry Digital Archive – The Collections
Oxford University
The War Poetry Website
redigé par notre très douée collaboratrice, Alexandra Manière, de Nantes. Nous la remercions infiniment pour l'analyse historique et linguistique qui suit.
Aujourd'hui, le 18 septembre , les Ecossais devront se prononcer par referendum sur leur souhait de voir l'Ecosse devenir indépendante.
Quand les bloggeurs de Le Mot juste m'ont proposé d'écrire ce billet, en écho à un article paru sur le site de la BBC relatif aux très anciennes relations franco-écossaises, l'idée m'a beaucoup plu.
L'Ecosse est le premier voyage que j'ai fait avec l'homme qui allait devenir mon mari. Pendant trois semaines, avec notre vieille voiture et peu de moyens, nous avons exploré cette région authentique et préservée.
Plus récemment, nous avons visité le château de La Verrerie à Oizon dans le Cher parce que c'est le château qui aurait inspiré Alain-Fournier pour Le grand Meaulnes. Lors de la visite, la guide nous avait raconté l'histoire des fresques retrouvées de la chapelle, parmi lesquelles on pouvait admirer des chardons écossais. A l'époque, je n'avais pas demandé pourquoi, mais le souvenir de cette singularité m'était resté.
Crédits : Alexandra Manière
Or, ce château est situé dans le Berry tout près du village d'Aubigny-sur-Nère où a lieu, chaque année à la mi-juillet, un festival franco-ecossais. Aubigny-sur-Nère est surnommée « la cité des Stuarts », car en 1424, le roi français Charles VII remit le comté
d'Aubigny à Jean Stuart, comte de Darnley en remerciement de son aide, quand celui-ci et six mille Écossais débarquèrent à La Rochelle pour prêter main forte aux Français contre les Anglais. Mais le château ne fut pas construit avant la fin du XVe siècle par Béraud Stuart, son petit-fils.
fêtes Franco-écossaises Aubigny-sur-Nère 2014 (7:13 minutes)
Cependant la vieille alliance « Auld alliance » en scots commença bien avant la guerre de Cent Ans, entre la France, l'Ecosse et la Norvège contre l'Angleterre. L'alliance fut appliquée à plusieurs reprises, dont dans un de ses volets qui stipulait que si l'un des États subissait une attaque de l'Angleterre, l'autre État envahirait l'Angleterre : ce qui fut le cas à une occasion.
En 1560, le traité d'Édimbourg aurait mis fin à l'alliance – quand l'Écosse fut devenue protestante et s'allia à l'Angleterre, protestante également -, bien qu'une historienne britannique, Siobhan Talbott de l'University of Manchester, a publié récemment une étude sur l'Auld Alliance qui, selon elle, n'aurait jamais été révoquée. D'ailleurs, quelques points du traité restaient en application : entre autres, les Écossais résidant en France et les Français résidant en Écosse disposaient de la double nationalité jusqu'à la révocation de ce volet en 1903 par le gouvernement français.
La garde personnelle du roi de France fut longtemps et uniquement une garde écossaise. Le traité influença donc ainsi la vie des Écossais dans différents domaines, dont la langue.
On a ainsi de jolis mots écossais empruntés et transformés du français, et je remercie ici Mike Mitchell, traducteur français-anglais, resident des Hébrides, qui a relevé le très imagé : « Gare à l'eau » français, qui a donné l'écossais « Gardy-loo » et qui a conservé le « loo » pour désigner les toilettes et the lavatory. C'était le cri que poussait les ménagères ou les servantes, à l'attention des passants, avant de vider les contenus nauséabonds des pots de chambre et autres eaux usagées par la fenêtre…
On trouve aussi des ressemblances amusantes : cordiner (cordonnier/cobbler), mutton, pork, kikshaw (quelque chose / something en anglais), bonnie (bon/fine en anglais), chaumer (chambre/room en anglais) ou encore fash (se fâcher, to be annoyed en anglais).
Et enfin, pour ne pas omettre le côté gastronomique de tous rapprochements linguistiques, dans son assiette (ashet/(plate en anglais), on peut trouver le cabbie-claw (cabillaud/cod en anglais), l'howtowdie (pour l'ancien poulet poitevin hutaudeau/chicken en anglais), et last but not least, le fameux haggis (la panse de brebis farcie est un peu notre boudin en beaucoup plus compact !) qui viendrait de notre hachis (minced or ground meat en anglais) !
Il est difficile de me prononcer pour ou contre l'indépendance de l'Ecosse. En tant que française, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (que les révolutions américaines et françaises ont été les premières à affirmer formellement) a toute ma sympathie, ainsi que cette résistance du petit village d'irréductibles gaulois à combattre un état plus « impérialiste » ou centralisateur. D'un autre côté, les enjeux politiques, économiques et géopolitiques ont évolué et sont complexes, et il y a beaucoup à soupeser avant de renoncer à une union de plus de trois cents ans !
Faisons confiance aux Ecossais pour décider de leur destin : il ne reste plus qu'à attendre les conclusions du referendum, avec curiosité car les derniers sondages annoncent des résultats très serrés.
Les enjeux du referendum – BBC (2:06 minutes)
Note du blog sur le "kilt" escossais :
Lecture supplementaire :
The Age of the Reformation – Scotland, England and France
The History Behind the Scottish Independence Vote
September 16, 2014
How the wording of the Scottish referendum could affect the outcome
Economist, June 17, 2014
Ce 11 septembre 2014, après six mois de débats, la juge Thokozile Masipa a commencé la lecture de son verdict à Pretoria (Afrique du Sud). Rappelons qu'Oscar Pistorius, champion paralympique de 27 ans, est accusé d'avoir tué Reeva Steenkamp, dans la nuit du 14 février 2013.
Voici un article redigé par Beila Goldberg, notre correspondante à Bruxelles, qui replace cette affaire, ainsi qu'un événement précédemment survenu en Afrique du Sud, dans le contexte des problèmes de l'interprétation vus sous les feux de l'actualité.
————————————————–
Lost in Interpretation en Afrique du Sud
(première partie)
Des articles antérieurs ont traité des difficultés de la traduction et des soucis que les traducteurs rencontrent.
Les feux de l'actualité nous amènent aujourd'hui à nous pencher sur les difficultés propres à l'interprétation et à toute l'importance de ses conséquences.
Le procès d'Oscar Pistorius [1] et la cérémonie d'hommage rendu à Nelson Mandela [2], (qui constitutera la second partie de cette série et sera publiée le mois prochain) en seront le fil conducteur.
L'un comme l'autre a scandalisé l'Afrique du Sud, confrontée aux carences de la formation et du manque d'encadrement de ses interprètes.
L'un comme l'autre a fait l'objet d'une couverture médiatique planétaire sans précédent et ces carences ont été largement relayées, commentées et critiquées.
L'Afrique du Sud compte onze langues officielles : le sotho du Nord, le sotho, le tswana, le swazi, le venda, le tsonga, l'afrikaans, l'anglais, le ndébélé, le xhosa et le zoulou.
L'anglais est celle des débats judiciaires, la langue de communication de l'État, prédomine dans le monde des affaires et sert de langue véhiculaire.
La Constitution sud-africaine garantit à chacun de ses citoyens la non-discrimination du fait de la langue, le droit et la liberté d'être éduqué ou de communiquer avec l'État dans la langue de son choix.
The State vs Oscar Pistorius
Oscar Pistorius, le sextuple champion paralympique sud-africain, a comparu devant la Haute Cour du Gauteng nord, basée à Pretoria, pour répondre du chef d'accusation du meurtre de sa petite amie, Reeva Steenkamp, dans la nuit de la Saint-Valentin en 2013.
Les faits se sont passés à Pretoria au domicile de l'accusé.
Le procès d'Oscar Pistorius, comme tout procès en Afrique du Sud, a été conduit en anglais.
L'afrikaans est majoritairement la langue maternelle des habitants de Pretoria et donc celle qui y est quotidiennement usitée.
La bonne conduite du procès nécessitait la présence d'interprètes qualifiés pour traduire aussi bien les questions que les réponses dans ces deux langues.
Ce qui n'a pas été le cas et les erreurs de traduction de l'afrikaans vers l'anglais ont été nombreuses.
La plus grossière des erreurs de traduction au cours de ce procès a été commise lors de la déposition de Michelle Burger, la voisine d'Oscar , et ce dès les premiers jours.
Après avoir entendu des cris et des coups de feu, elle a déclaré en afrikaans que la suite avait été « deurmekaar ». Ce que l'interprète a traduit par « confus » en anglais au lieu de « chaotique ». Michelle Burger a très bien compris l'erreur, a vainement tenté de la corriger et de guerre lasse a préféré poursuivre sa déposition en anglais.
Une erreur de traduction que l'avocat d'Oscar Pistorius, Barry Roux, véritable bouledogue selon certains, s'était empressé d'exploiter en voulant semer le doute sur le témoin qui était elle-même embrouillée ou dont le souvenir était confus, donc sur la crédibilité de sa déposition. Je rappelle que son client encourrait une peine incompressible de 25 ans de prison pour meurtre.
D'autres personnes appelées aussi à témoigner n'ont pas été logées à meilleure enseigne. Tant et si bien que certaines, qui auraient témoigné en afrikaans, ont également préféré déposer en anglais. Une langue dont elles n'avaient pas la même maîtrise, ce qui explique aussi que le choix des mots pour s'exprimer n'a pas pu être aussi subtil, mais a cependant été retenu.
Ces erreurs de traductions tout comme le déroulement des audiences ont fait l'objet de nombreuses critiques dans tous les médias ; ce procès a été diffusé en direct par les chaînes sud-africaines et nombreux sont ceux qui le regardaient et y ont réagi.
Ces deux articles parus me semblent très explicites de la colère ressentie en Afrique du Sud, encore sous le choc du scandale survenu lors de la cérémonie d'hommage rendu à Nelson Mandela.
Anger over Pistorius trial interpreters
Sowetan Live, 14/03/2014
Le procès Pistorius perturbé par des couacs de traduction
Jeune Afrique, 14/03/2014
Aujourd'hui, nous connaissons tous le verdict rendu le 12 septembre par la juge Thokozile Masipa : accusé pour meurtre, Oscar Pistorius a été reconnu coupable d'homicide involontaire.
Ce qui agite à nouveau l'Afrique du Sud et est déjà considéré par beaucoup comme un autre scandale.
Le pays tweete à tout va et les médias s'emballent.
Dans les attendus : le témoignage de Michelle Burger « doit être rejeté dans sa totalité », selon la juge, au vu de la distance importante, plus d'une centaine de mètres, à laquelle se trouvait ce témoin.
Donc, much ado about nothing, toutes les erreurs d'interprétations ont été balayées avec d'autres témoignages jugés aussi peu fiables.
Cependant, Oscar Pistorius est trouvé coupable de culpable homicide.
En droit pénal sud-africain, la charge de la preuve incombe exclusivement à l'accusation et laisse le bénéfice du doute à l'accusé faute de preuves irréfutables retenues contre lui.
La peine est laissée à la seule appréciation de la même magistrate.
L'homicide involontaire ouvre toutes les portes en Afrique du Sud : du maximum de 15 ans de réclusion jusqu'à l'acquittement pur et simple.
Le Parquet fera sans doute appel de cette décision et l'affaire Pistorius est encore loin d'être close.
Le droit sud-africain est un système juridique mixte où une décision de justice rendue par une Cour supérieure fait office de jurisprudence, sauf à avoir été démontrée comme fausse.
C'est dire toute l'importance que revêt ce jugement et ses éventuelles répercussions, tant dans des décisions rendues ultérieurement que dans une refonte d'un système juridique plus que critiqué par de nombreux juristes sud-africains.
L'afrikaans est la plus jeune des langues germaniques, issue du néerlandais, née en dehors de l'Europe et parlée principalement en Afrique du Sud et en Namibie.
Sans entrer dans les controverses qui persistent entre linguistes qui considèrent l'afrikaans (africain en néerlandais) comme un dialecte du néerlandais ou un créole, je ne peux que remarquer combien cette langue se différencie du néerlandais. Une langue différente par la grammaire et l'orthographe simplifiées, par la phonétique, par la consonantique, une langue dont la genèse est aussi liée à l'Histoire de l'Europe qu'à celle de cette partie du continent africain.
La seule langue au monde à laquelle un monument a été édifié : l'Afrikaans Taalmonument (le Monument de la langue afrikaans).
[1] procès d'OSCAR PISTORIUS et ses dates clés : Jeune Afrique
[2] cérémonie d'hommage à Nelson Mandela : TV5Monde
Beila Goldberg
Note du blog :
Le mot trek (sustantif = randonnée pénible; verbe = traverser péniblement (desert, jungle)), venait de l'afrikaans trek, lui-même dérivé du néerlandais trekken « marcher, se déplacer », initialement « tirer », du moyen néerlandais trecken. Il est entré dans la langue anglaise au milieu du XIXe siècle. Le verbe intransitif to trek a d'abord voulu dire « se déplacer ou migrer en chariot à bœufs ».
Lorsqu'un grand nombre d'entre les descendants des colons néerlandais d'Afrique du Sud, les « Afrikaners » quittèrent la colonie du Cap pour échapper à la mainmise britannique et fonder leur propre territoire, dans les années 1830-1840, on qualifia cet exode de « Grand Trek ».
Cette épopée engendra un autre mot désormais accepté en anglais : laager. Il désigne un campement défensif entouré de chariots ou de véhicules blindés.
Plus tard, en 1880-1881, et encore en 1898-1902, les Afrikaners ont combattu les Britanniques au cours de ce que l'on a appelé la guerre des Boers. Les Britanniques parquaient leurs prisonniers et les familles de ceux-ci dans de grands camps appelés « camps de concentration ». Bien plus tard, cette expression en vint à désigner, par euphémisme, les camps de la mort dans lesquels des juifs, d'autres minoritaires et des résistants à l'oppression nazie furent déportés pendant la deuxième guerre mondiale.
Lecture supplémentaire :
Le sport, la politique, les testostérones et la technologie
redigé par notre correspondante à Genève,
Magdalena Chrusciel
Le 5e Salon des auteurs vient de se terminer à Morges (Suisse). Cette rencontre est devenue pour moi un grand moment incontournable de la rentrée. Sous la généreuse présidence de Daniel Pennac, ce festival du livre en plein air a réuni 362 invités et quelques dizaines de milliers de lecteurs (ils étaient plus de 40’000 l’année passée). Ses organisateurs rappellent dans leur introductions les dix droits imprescriptibles du lecteur, tels que listés par Daniel Pennac, et notamment le droit de ne pas lire, de sauter des pages, le droit au bovarysme, de grappiller – mon préféré, etc.
|
Daniel Pennac
|
|
|
|
|
Le salon appelé « Le livre sur les quais » propose des rencontres avant tout, des débats et, profitant de la proximité du lac, les stands sont disposés sur les quais morgiens – des croisières en compagnie d’auteurs.
Grâce à son travail effectué en direction des écoles et de son ouverture sur le monde, il s’est déroulé cette année sous le haut patronage de l’Unesco. On peut y rencontrer, échanger des propos, se faire dédicacer leurs livres aussi bien des auteurs reconnus, à succès tels que Axel Kahn, Emmanuel Carrère, Claro – infatigable passeur et auteur de traductions aussi, Patrick Deville et Nadine Monfils, Foenkinos et Luc Ferry, mais aussi découvrir de nombreux auteurs anglophones, beaucoup moins connus des Romands – et de moi – notamment Andy McNab, Philip Meyer, Louise Doughty et Martin Sixsmith.
|
|
|
|
|
Philip Meyer |
Louise Doughty |
Martin Sixsmith |
|
|
|
|
Grande affluence au |
Vue du Salon du livre sur les quais depuis |
Parmi les rencontres qui m’ont marquées – j’ai pu converser avec André Markowicz, qui a consacré 10 ans de sa vie à (re)traduire Dostoïevski et m’a parlé du grand plaisir qu’il eut à le faire. J’ai rencontré Fanny Vaucher, l’auteure-graphiste suisse dont j’avais, durant une année, suivi le blog rédigé depuis Varsovie, avant de voir paraître son « Pilules polonaises » – un livre désopilant et bellement illustré sur la Pologne qu’elle a découvert et dont elle a beaucoup aimé notamment les bars à Varsovie (livre trilingue).
C’est en participant à la croisière appelée « Polar-Grandes dames indignes » que j’ai fait la découverte de la pétillante Québécoise Marie Laberge, en me demandant comment ce grand talent avait-il pu m’échapper jusque-là. L’autre grande dame de la partie étant Nadine Monfils.
Voici donc un petit compte-rendu de ladite croisière, dont Marie a dit qu’elle pouvait y revenir « anytime », tellement elle en a adoré le cadre – loin de sous-sols poussiéreux de certains festivals au Canada – ainsi que l’ouverture et la grande curiosité et chaleur des lecteurs et lectrices venus en visite.
Ce qui rapproche les deux écrivaines, c’est la bataille et la liberté. Elles sont aussi polyvalente – scénaristes, dramaturges et réalisatrices à l’occasion.
Marie Laberge, passionnée à l’instar de sa blouse fuchsia, évoque l’importance pour l’écriture des tripes et du cœur. Elle parsème ses propos d’expressions canadiennes, et adore le coloris des accents locaux. Un polar, c’est très planifié et en même temps c’est une transgression. L’intéressant c’est de comprendre pourquoi le criminel est devenu méchant, le mécanisme. Mais elle ne s’occupe pas de psychopathies, qui sont « apeurants ». Elle, qui peut être de mauvaise foi avec son homme (« Mauvaise foi » c’est aussi le titre de son dernier polar).
Nadine Monfils avoue être de mauvaise foi avec son homme, et elle aime les personnages avec un grain de folie. Elle qui fait « péter » ses personnages de rire, a toujours été une boulimique de l’écriture. Belge vivant à Montmartre, elle concède que ces dingos, c’est sa belgerie. Habitant une ancienne loge de concierge, elle nous raconte sa rencontre truculente avec Jean-Pierre Jeunet, devenu depuis un grand ami. Ses personnages – telles que la détective Mémé Cornemuse, sont haut en couleurs. En écrivant on ne peut se demander si c’est bien ou pas, mais un personnage est un révélateur, car il sort de notre inconscient. Elle aime les caractères avec leurs fêlures.
Quant à Marie, il arrive que ses personnages la choquent et qu’elle les mette en pénitence. Son duo de détectives, composé d’une Québécoise et d’un Parisien, lui permet d’opposer des mentalités, leur rapport différent à la hiérarchie, etc. Pour elle, la bonne littérature est celle qui nous enrichit, tout en amusant. Elle évoque aussi le combat continu pour le français au Québec, et celui pour l’indépendance québécoise auquel elle prit part.
Nadine inclut des belgicismes dans ses textes. Sa grand-mère, aubergiste décédée à 105 ans lui fut un modèle croustillant.
J’arrête là, car je dois me précipiter pour rattraper mon retard pour le plaisir de lire ces deux grandes dames, combien amusantes.
Magdalena Chrusciel
Aujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir une nouvelle collaboratrice, Alexandra Manière, qui, avec son mari et ses deux fils, habite Nantes où elle dirige le service de documentation d'une juridiction financière.
Auparavant, après une licence d'histoire à Tours, avec une préférence pour l'histoire contemporaine, Alexandra a vécu huit ans à Paris en travaillant dans un centre de documentation où elle analysait des ouvrages de politiques intérieure, extérieure, économique, sociale et de géopolitique.
Alexandra nous dit qu'elle a toujours aimé la poésie des mots et leur intelligence. Elle adore les dictionnaires de synonymes et le Littré ! « Et sans doute, pour allier le goût de l'histoire et celui de la littérature, j'aime aussi les "vieux" mots : félicité, vestibule, chandail. » dit-elle.
Alexandra son propre blog : http://lavieetriendautre.wordpress.com/
————————————————–
Qui aurait cru que passion, patience, patient (chacun d'eux ayant la même orthographe en anglais et en français) et passif (passive en anglais) avaient la même origine ?
Cette histoire débute avec le même verbe latin pati qui est utilisé au 1er siècle avant JC chez Cicéron, comme « endurer » et « supporter », et au 1er siècle après JC par Suétone, pour indiquer « être victime de » et « supporter involontairement ». Il est intéressant de constater que pati acquiert une acceptation plus passive avec l'ère chrétienne, ce qui pourrait amener à s'interroger sur l'influence de la religion dans l'évolution des mots.
A la lumière de cette étymologie, ce sont patience et patient qui viennent en premier à l'esprit.
La patience vient du terme latin patientia qui est l'action de supporter et d'endurer, et patient vient directement du latin patiens, participe présent du verbe évoqué plus haut, pati.
La patience, cette qualité, qui est à la fois une disposition morale qui fait supporter l'adversité et les maux, cette même qualité qui est aussi la constance dans l'action, la persévérance à poursuivre une entreprise en dépit des obstacles et enfin, la patience qui est encore l'attitude à attendre tranquillement, sans irritation, quelqu'un ou quelque chose qui tarde à venir.
Et de chaque côté de la Manche ou de l'Atlantique, on fait des jeux de patience, en s'exerçant à une réussite, que les Américains appellent "solitaire".
Le patient possède donc toutes les vertus ci-dessus, résistant, persévérant et calme.
Et il est aussi, des deux côtés de la Manche et de l'Atlantique celui qui consulte un médecin, donc qui s'apprête à souffrir ! Tout comme il était, dans un sens d'ancien français, le supplicié du bourreau…
Pourtant le malade, ausculté par son docteur, est donc forcé d'être passif, de subir une action, mais bien malgré lui ; car il y a aussi le passif mou, celui qui se contente de subir les événements, de suivre les impulsions extérieures, qui ne prend aucune initiative, qui n'accomplit aucune action personnelle, voire qui manque d'énergie.
C'est pourquoi transformer une phrase à la voix passive, c'est faire que le sujet grammatical n'accomplisse plus l'action mais la subisse.
Mais que vient faire ici la passion ?
Si on en croit les philosophes, la passion s'oppose à l'action, dans ce qu'elle a d'involontaire, car la passion est ce mouvement violent de l'âme, en bien ou en mal, qu'on ne peut que subir.
Les Anglais utilisent d'ailleurs le mot passion pour exprimer la colère ou l'emportement : to be or not to be in a passion… ? Et au début de la psychiatrie, l'hystérie était aussi appelée la « passion hystérique » [1] : c'est dire dans quel état, elle est censée nous mettre…
A tel point même, qu'on peut souffrir mort ET passion, ce qui vous exposera à de grandes douleurs morales et à de grandes souffrances physiques qu'on appelait, aussi jadis, du nom de tourments.
Enfin, la passion est aussi le fait de souffrir.
Ce qui par analogie, englobera dans son acception religieuse, les souffrances et les supplices qui précédèrent et accompagnèrent la mort de Jésus-Christ et qui donnera lieu à l'expression connue de la Passion du Christ.[2]
Il me reste à souhaiter que cet article aura assouvi votre passion des mots, sans vous faire perdre patience, et puissiez-vous ne jamais renoncer à vos vertus de patient lecteur en devenant un liseur passif.
————————————————
[1] L'hystérie décrit des débordements d’émotions incontrôlables. On doit à Hippocrate le terme hystérie qui, jusqu'à la fin du XIXème siècle, était considérée comme une pathologie spécifiquement féminine, provoquée par des troubles de l’utérus (du grec ὑστέρα hystera «utérus»), par exemple des traumatismes liés à l’accouchement.
[2] The Passion est une ode inachevée du poète anglais John Milton. Probablement écrite en 1630, elle a été publiée en 1645 ou 1646. Le poème relie la Crucifixion du Christ avec son Incarnation.
Il conviendrait de rappeler aussi l'Appassionata de L.Van Beethoven et les Passions de J.S.Bach.
Commentaire général envoyé par "un lecteur passionné" :
Bravo à Alexandra Manière pour cette intéressante analyse des mots passion, patience, patient, passif et dérivés, entre lesquels on n'établit pas toujours un lien. Cela m'a rappelé qu'à l'époque où je débutais dans la traduction médicale, on nous conseillait de ne pas employer le mot patient et de lui préférer celui de malade. Mais, celui qui subit un examen radiographique ou qui s'assoit sur le siège d'un dentiste est-il pour autant un malade ? En revanche, on ne dira jamais assez que la passion est un état subi et qu'on tend à en abuser aujourd'hui pour désigner des situations où l'on est, au contraire, actif. En effet, peut-on dire qu'on est « passionné » de bricolage. dès lors qu'on se plaît simplement à travailler de ses mains ? Actuellement, le mot passion est vraiment galvaudé, sinon détourné complètement de son sens premier. Ceci dit, il est, dans cette analyse, un petit oublié, et c'est le verbe pâtir (du latin pati). Il s'apparente à patient dans le sens de souffrir à cause de, de subir les conséquences fâcheuses de. Par exemple, on dira que l'activité industrielle pâtit de la crise internationale.Ajoutons donc pâtir, et félicitons Alexandra !
Lecture supplémentaire :
La passion : toutes les meilleures citations dans cette video
_________________________________________________________
Un petit lexique des expressions et proverbes anglais contenant le mot patience
(to run out of) out of patience
annoyed and impatient after being patient for a while.
I finally ran out of patience and lost my temper.
The boss is finally out of patience with me.
être agacé et impatient après avoir été patient pendant un moment
have the patience of a saint / have the patience of Job
Fig. to have a great deal of patience.
Dear Martha has the patience of a saint;
she raised six children by herself.
Fig. avoir une patience d'ange.
the patience of Job
Usage notes:
Job was a character in the bible who still trusted
God even though a lot of bad things happened to him.
You need the patience of Job to be a teacher.
N. B. : Job était un personnage de la Bible qui gardait
confiance en Dieu malgré tous les malheurs qui l'accablaient.
lose patience (with someone or something)
to stop being patient with someone or something;
to become impatient with someone or something.
Please try to be more cooperative. I'm losing patience with you.
perdre patience
Patience is a virtue.
Prov. It is good to be patient.
Jill: I wish Mary would hurry up and call me back!
Jane: Patience is a virtue. Fred:
Prov. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
(La Fontaine).
try someone's patience
to strain someone's patience; to bother someone as if testing the person's patience. (Try means test here.) My loud neighbors are trying my patience today. You really try my patience with all your questions!
éprouver la patience de quelqu'un.
Billet redigé par René Meertens
René est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-francais de la traduction." En outre, il a son propre blog, « Traduction anglais-français », http://vieduguide.blogspot.com
René a rédigé ce billet à la demande de «Le Mot juste en anglais».
———————————————————–
Un dictionnaire bilingue vient d'être achevé après pas moins de 101 ans de patient travail. Il sera publié dans quelques semaines, mais il ne faut pas s'attendre à le trouver en tête des ventes de dictionnaires car, si la langue d'arrivée est l'anglais, celle de départ n'est autre que le latin médiéval.
Le Dictionary of Medieval Latin from British Sources présente un grand intérêt pour les historiens, étant donné que divers documents étaient rédigés en latin au Moyen Âge, notamment des textes juridiques, religieux, scientifiques et philosophiques.
L'établissement de cet ouvrage a reposé dès le départ sur ce que l'on pourrait appeler la lexicographie participative (une forme de « crowdsourcing » avant la lettre), puisque le premier rédacteur en chef du dictionnaire a eu recours non seulement à des universitaires, mais aussi à des volontaires, recrutés grâce à une lettre publiée en 1913 dans le Times londonien.
Les lexicographes ont répertorié plus de 100 000 sens et retenu pas moins de 400 000 citations. Pour mener à bien ce travail énorme, ils ont d'abord utilisé un système de fiches, qui a ultérieurement été informatisé.
Le dictionnaire papier comptera près de 4 000 pages et sera vendu au prix de 660 livres. Il est également prévu d'en établir une version électronique.
Lecture supplémentaire :
Dictionary Reaches Final Definition After Century
BBC News, 30 August 2014
Dictionaries: A Very Short Introduction,
Lynda Mugglestone (Oxford University Press, 2011)
L'interviewer :
Notre correspondante à Genève, Joëlle Vuille, Ph.D., une juriste-criminologue, est maitre-assistante à l'Université de Neuchâtel et chargée de cours à la faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique de l'Université de Lausanne.
L'interviewé :
Le Professeur Olsson,
de l'Université de Bangor, Pays de Galles, éminent spécialiste mondial de la linguistique légale, auteur notamment de "Word Crime. Solving Crime Through Forensic Linguistics".
Le Professeur Olsson a bien voulu répondre aux questions que Madame Vuille lui a posées en anglais et qu'elle a traduites en français. Nous en remercions tous les deux pour jeter la lumière sur un domaine linguistique peu connu.
JO: J'ai commencé à m'intéresser à l'attribution de la paternité d'un écrit lors de mes études de littérature, à l'âge de 22 ans, mais c'est demeuré un intérêt plutôt passif pendant longtemps. Après cela, j'ai étudié la psychologie et je me suis intéressé au comportement, en étudiant Watson et Skinner, mais le behaviorisme ne me semblait pas apporter de réponses aux questions que je me posais. Les théories behavioristes du langage me paraissaient peu convaincantes et j'ai aimé lire Noam Chomsky et sa réfutation des théories de Skinner sur le langage. Au début des années 1990, j'ai décidé d'étudier la linguistique, et j'ai fait un master à l'Université de Bangor. Après avoir entendu parler des travaux menés par le professeur Malcolm
Coulthard sur les aveux fabriqués à l'Université de Birmingham, j'ai décidé de faire mon mémoire de master sur ce sujet, puis une thèse de doctorat sur l'attribution de paternité des écrits à l'Université de Glamorgan, où ils développaient une nouvelle section en sciences forensiques.
JO: La linguistique forensique est un terme général recouvrant plusieurs disciplines en lien avec le langage et l'application de la loi. Certains chercheurs s'intéressent au langage juridique et à la compréhension qu'en ont les profanes. Je viens d'évaluer une thèse de doctorat écrite par un étudiant des Caraïbes sur le décalage existant entre le langage employé par les avocats et leurs clients. C'est fascinant de voir que le problème ne vient pas tellement du langage employé par les avocats, mais plutôt du fait que ces derniers ne savent pas communiquer. Si le client ne comprend pas ce que son avocat lui dit, c'est la faute de l'avocat, on ne peut rien reprocher au client ; malheureusement, la mauvaise compréhension d'un mot peut avoir des conséquences fâcheuses pour le citoyen lambda. Prenez l'affaire suivante, par exemple : tout tourne autour du sens à donner au mot « deed », un acte de propriété. Une dame âgée, très religieuse, avait compris le mot « deed » dans son sens biblique, soit une action, un acte religieux. L'avocat, quant à lui, ne s'est pas rendu compte du fait que sa cliente avait compris ce mot dans ce sens précis – car on n'enseigne plus la littérature ni le latin aux avocats. La cliente était en conflit avec son mari au sujet d'une propriété, et elle pensait que le mot « deed » faisait référence au fait de se séparer de son mari, et que cette séparation assurerait qu'elle pourrait garder la propriété en question. Pendant vingt minutes, l'avocat et la cliente se sont parlé sans se comprendre. Le problème ici n'est pas uniquement une question de terminologie juridique ; le problème, c'est l'arrogance de l'avocat qui prend le client de haut. Les avocats talentueux savent comment parler à leurs clients ; ils comprennent qu'ils ont un point de vue différent de celui de leur client, et que le décalage ne provient pas uniquement du langage utilisé par les uns et les autres, de la culture des protagonistes, mais de leur compréhension des mécanismes légaux. Les avocats ne se rendent souvent pas compte que la majorité de leurs clients ne comprennent pas les concepts légaux si on ne les leur explique pas.
La linguistique peut enseigner aux avocats comment mieux communiquer avec leurs clients. C'est autant un problème de communication qu'un problème de vocabulaire. Malheureusement, la plupart des linguistes forensiques ne connaissent pas grand-chose au droit. En Europe et aux États-Unis, il n'y a qu'une demi-douzaine de linguistes qui possèdent des qualifications juridiques.
Cela dit, j'ai rencontré des avocats qui communiquent admirablement bien, aussi bien au tribunal qu'au dehors. Ce sont les avocats les plus talentueux, qui traitent des affaires de meurtre et des grosses affaires d'escroquerie.
L'étude du langage et du droit inclut aussi le fait d'étudier le langage juridique lui-même, notamment comment les termes légaux sont interprétés par les profanes, et le fait d'étudier le langage des lois.
Une part importante du travail du linguiste forensique consiste dans l'attribution d'écrits à leurs auteurs. Il peut s'agir de textes complets, comme savoir qui a écrit la Bible, ou évaluer si Shakespeare a effectivement écrits toutes les pièces qui lui sont attribuées. Les linguistes forensiques, quant à eux, doivent travaillent avec des textes beaucoup plus courts, parfois quelques phrases seulement. Il est, par exemple, très intéressant d'essayer d'attribuer des textos à un auteur. Il n'est pas rare, notamment, que les proches d'une personne disparue reçoivent des messages sur leur téléphone portable, supposément de la personne disparue et expliquant son absence. Dans un certain nombre de cas, toutefois, la victime était déjà décédée lorsque les textos ont été envoyés, et ceux-ci avaient en fait été écrits par le tueur. Parfois, il s'agit pour le linguiste forensique de repérer un testament falsifié, ou d'identifier les auteurs d'une menace terroriste ou d'autres types de menace ou de tentatives d'extorsion.
JO: Je suis spécialisé dans l'attribution d'écrit à un auteur, même si on me demande parfois d'interpréter le langage de gangs ou de déchiffrer des codes. Il y a quelques années, un jeune homme était emprisonné à Manchester pour tentative de meurtre. Il a écrit une lettre à sa petite amie, en lui indiquant qu'il y avait des chiffres sur le dos de la page, mais qu'elle devait les ignorer. Au Royaume-Uni, comme dans d'autres pays d'ailleurs, l'administration de la prison censure le courrier sortant, et ce courrier a été transmis à la police. Lorsque je l'ai reçu, je n'en ai tout d'abord pas compris le sens. C'était court, environ 80 mots. Il n'y avait même pas 26 symboles différents, et certains de ces symboles se sont révélés être des signes de ponctuation, et certains signes de ponctuation se sont révélés être des symboles. C'était bizarre. Après avoir essayé plusieurs choses, je me suis souvenu que l'un des gardiens m'avait dit que l'auteur était très poli, très courtois, à tel point que cela en était louche. Je me suis donc demandé si le mot « please » apparaissait dans son texte, et j'ai cherché des groupes de six lettres ou symboles. J'ai déchiffré le code à partir de cela : le jeune homme demandait à sa copine d'amener une grosse somme d'argent à la victime et d'essayer de la convaincre de ne pas témoigner. C'était une offre très généreuse ; heureusement, elle n'est jamais parvenue à destination. De toute façon, la victime se serait sentie plus en sécurité avec le tireur en prison. Celui-ci a d'ailleurs été condamné très sévèrement, car, en plus de la tentative de meurtre, il avait essayé de faire obstacle à la procédure.
La plupart du temps, j'attribue toutefois des écrits à des auteurs potentiels. Et ce ne sont pas toujours les affaires de meurtre qui sont les plus importantes. Parfois, cela fait plaisir de savoir que, grâce à mon travail, j'ai aidé quelqu'un à remonter la pente. J'ai récemment travaillé sur un cas de harcèlement, et je suis persuadé que, si l'auteur des lettres n'avait pas été identifié dans ce cas, il aurait continué à tourmenter sa victime.
JO: Au Royaume-Uni, la linguistique forensique a fait ses preuves dans les tribunaux. Mes collègues et moi-même avons témoigné dans plus d'une centaine d'affaires. Personnellement, j'ai témoigné dans 70 ou 80 cas, dans toutes sortes de tribunaux, depuis les magistrates' courts jusqu'à la Court of Appeal. J'ai aussi témoigné auprès de juridictions étrangères, en personne ou par vidéoconférence.
Lorsqu'on témoigne au Royaume-Uni, le juge nous pose souvent des questions. Les juges mettent la main à la pâte, ils souhaitent comprendre la force probante de la preuve apportée. C'est totalement différent de ce qu'il se passe aux Etats-Unis. Honnêtement, je préfère le système britannique, car le juge contrôle la procédure. Il connaît le cas aussi bien que les avocats, si ce n'est mieux qu'eux, et c'est le juge qui est capable d'évaluer les preuves. Si le juge trouve que les preuves apportées par l'expert sont faibles, il influencera les jurés dans ce sens. Je ne suis pas adepte d'un ensemble compliqué de règles dictant ce que le juge peut ou ne peut pas faire. Les juges incompétents sont quand même rares.
JO: Tout va plus vite. Avant, les officiers de police vous amenaient les textes en personne. On vous contactait par téléphone et on commençait par vous demander si la tâche qu'on allait vous confier relevait vraiment de votre compétence. Aujourd'hui, les policiers sont très bien informés ; ils savent exactement qui contacter, et ils comprennent très bien les nuances entre les différentes disciplines. Donc, au lieu de devoir attendre une semaine avant de recevoir les documents liés à un certain cas, aujourd'hui vous commencez à travailler sur une certaine affaire quelques heures seulement après avoir été contacté, car tout est envoyé par courriel sécurisé. On peut accéder à des corpus de texte sur internet afin de connaître la fréquence relative de certains mots, de certaines phrases ou de certaines orthographes particulières. Si vous faites vos recherches soigneusement, vous pouvez localiser géographiquement l'origine d'un auteur, ce que j'ai fait dans plusieurs affaires. Et finalement, les gens publient des bêtises sur eux-mêmes sur internet, se rendant ainsi vulnérables. Tant pis. La stupidité n'est pas un crime, et même si elle l'était, je ne suis sûr qu'on saurait comment la combattre.
JO: Je suis convaincu que certains aspects du langage sont universels – peut-être pas dans le sens que Chomsky donne à ce mot, cela dit. J'ai travaillé en anglais et en français, et j'ai constaté beaucoup de similarités entre ces deux langues. Il est cependant intéressant de noter que les francophones utilisent la ponctuation de façon différente que les anglophones, et tous les francophones n'utilisent pas la ponctuation de la même façon. Dans un cas récent, j'ai pu montrer que, si l'auteur était certainement de langue maternelle française, il n'utilisait pas la ponctuation d'une façon typique pour un Français. Je pensais, aussi sur la base de son orthographe, qu'il provenait d'Alsace, et il se trouve que j'avais raison. Finalement, tout est dans le détail, même s'il y a des similitudes entre différentes langues.
JO: La linguistique forensique a beaucoup à offrir dans la résolution des affaires criminelles et dans la prévention du crime. Malheureusement, les gouvernements ne se rendent pas compte de son potentiel. En fait, c'est presque entièrement grâce aux avocats que nous avons fait les progrès que nous avons faits jusqu'à présent. Récemment, le gouvernement britannique a fermé le Forensic Science Service pour économiser quelques millions de livres sterling par année, au lieu de diminuer le nombre de banquets officiels et de réduire la flotte des voitures de fonction. Je ne suis donc pas persuadé que notre discipline se développe beaucoup ses prochaines années – malgré l'enthousiasme d'une poignée de linguistes, la persévérance de certains avocats épris de justice et la perspicacité d'un ou deux juges. Je suis assez pessimiste ; le budget des forces de l'ordre est entièrement affecté à l'achat d'armes, à la construction de nouveaux bâtiments et à l'installation de systèmes de surveillance. Aucune ressource n'est attribuée à l'étude des interactions humaines et des différences interpersonnelles.
JO: Je recommande cette expérience à tout le monde. En fait, je suis d'avis que tous les professeurs devraient retourner sur les bancs de l'université tous les 10 ou 15 ans. Il ne faut pas les envoyer en année sabbatique ; ils doivent fréquenter les étudiants et se rendre compte de ce que sont les conditions d'étude actuelles. De nombreux étudiants travaillent à côté de leurs études, certains ne vivent pas dans des conditions optimales, les bibliothèques ne sont pas toujours idéales, etc. C'est aussi une période de la vie qui est difficile : il y a le choc d'être loin de la maison et toutes ces décisions importantes qu'il faut prendre. Les professeurs qui retournent sur les bancs de l'université ne devraient d'ailleurs pas toucher leur salaire, mais devraient être forcés de vivre comme les étudiants.
Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié cette période. Tout d'abord, Bangor est mon université préférée – j'apprécie l'atmosphère qui y règne et les gens y sont très abordables. J'ai eu de très bons enseignants, des collègues étudiants très sympathiques, et j'avais toujours eu envie d'étudier ce sujet. Depuis que j'ai obtenu mon diplôme, j'ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux à observer ce qu'il s'y passait, et j'étudie actuellement pour passer l'examen du barreau l'an prochain. Les études peuvent être addictives, et je pense que tous les professeurs devraient s'y remettre régulièrement.
Note du blog:
« La science forensique, ou la forensique, applique une démarche scientifique et des méthodes techniques dans l’étude des traces qui prennent leur origine dans une activité criminelle, ou litigieuse en matière civile, réglementaire ou administrative. Elle aide la justice à se déterminer sur les causes et les circonstances de cette activité.
Forensique veut dire qui appartient, qui est lié ou qui est utilisé dans les cours de justice, vient du latin forum, la place publique, lieu du jugement chez les anciens (forensis : du forum). Science forensique est un néologisme, traduction de l’anglais forensic science, rendu nécessaire par la confusion des termes et de leurs traductions qui désignent la contribution des sciences, en particulier des sciences de la nature, à la justice (Margot 1999). »
Lecture supplémentaire :
Jane Austen est un écrivain admiré par de nombreux adeptes de littérature anglaise grâce à des œuvres tels "Orgueil et préjugés", "Raison et sentiment", "Emma", "Mansfield Park" mais également grâce à son importante correspondance.
Des images des livres de Jane Austen sur les timbres britannniques
Cependant il est difficile de mettre un visage sur son nom. En effet le seul portrait "officiel" de Jane Austen est exposé à la National Portrait Gallery de Londres et il s'agit d'une aquarelle dont sa sœur aînée Cassandra est à l'origine. Elles étaient toutes deux très proches et c'est à elle que la plupart de ses lettres sont adressées.
Malheureusement, le cercle d'intimes de l'écrivain s'accorde pour dire que ce portrait est peu ressemblant.
Un autre portrait "plus flatteur" dessiné par Mr Andrews of Maidenhead a été utilisé pour illustrer les différentes éditions de ses livres mais également les articles de souvenir vendus à son effigie. Cependant, ce dessin est lui-même inspiré de celui de Cassandra et ne peut donc être fiable quant à la ressemblance.
C'est dans ce contexte que le directeur du Jane Austen Center de Bath, David Baldock, a missionné Mellissa Dring afin de réaliser un portrait de Jane Austen du temps où elle vivait à Bath (1801-1806)
4:49 minutes
Melissa Dring a eu une double formation de portraitiste à la Royal Academy Schools de Londres ainsi que d'artiste au sein du service de police de médecine légale du FBI à Washington et a également réalisé, suivant les mêmes procédés, un portrait de Vivaldi. Donc sa profession est celle de "forensic portraitist" (portraitiste légale).

Melissa Dring avec son portrait de Jane Austen
Il lui a fallu trois années avant que le nouveau visage de l'écrivain puisse être dévoilé. Afin de le réaliser Melissa Dring a pris plusieurs points en considération : tout d'abord, le portrait réalisé par Cassandra qu'il a fallu rajeunir, celui-ci datant de 1810.
Ensuite, les témoignages de ses proches notamment celui de son neveu James Edward Austen-Leight qui écrivit dans ses mémoires que "son visage était plutôt long et mince, sa démarche légère et affirmée, et son apparence respirait la santé et la vivacité. Elle était châtain clair, avec des joues rondes, une bouche et un nez joliment dessinés, des yeux marrons brillants, et ses cheveux formaient des boucles naturelles autour de son visage"
De même Caroline Austen, sa nièce, la décrivait comme jolie, avec un visage rond, un teint clair, des yeux noisettes et des boucles brunes encadrant son visage.
De plus, elle s'est basée sur les autres représentations picturales des membres de la famille de Jane Austen (ses parents, ses frères et sœurs) afin de définir les caractéristiques physiques communes : long nez, grands yeux marrons, cheveux bruns bouclés.
Enfin, elle a souhaité que le portrait révèle le tempérament vif et enjoué de la femme qui se devine à travers ses écrits.
C'est ainsi que grâce à sa formation très spécifique et à des techniques scientifiques, Melissa Dring a pu reproduire le visage de Jane Austen dont le personnage en cire vient d'être présenté à Bath et qui selon la BBC est "le plus proche de la vraie Jane Austen depuis 200 ans".
Étude supplémentaire :
200e anniversaire de "Orgueil et Préjugés"
Celebrate Jane Austen’s Birthday with a 360-Degree, Interactive Tour Of Her House
Smithsonian.com – December 14, 2020
4:14 minutes
56 minutes
(bande annonce)
(bande annonce)
George Orwell fut-il un « lanceur d'alerte » ?
analyse de livre par
« Nous nous rencontrerons là où il n'y a pas de ténèbres, lui avait dit O'Brien. » (1984)
En 1949, George Orwell a écrit "1984", un roman qui met en scène un personnage fictif, Big Brother, mais aussi le concept d'un régime dont les citoyens sont constamment espionnés. Sans vouloir comparer l'État d'Océanie décrit dans l'œuvre orwellienne au gouvernement des États-Unis, il convient de noter que le scandale des surveillances exercées par la NSA qui éclata cette année s'est produit 30 ans exactement après 1984. C'est pourquoi le moment nous a semblé venu de nous pencher sur la vie et l'œuvre de l'auteur de "1984", dont les prémonitions peuvent maintenant nous sembler troublantes.