A la une – le dossier d’Oscar Pistorius

Ce 11 septembre 2014, après six mois de débats, la juge Thokozile Masipa B Pist & Reevaa commencé la lecture de son verdict à Pretoria (Afrique du Sud). Rappelons qu'Oscar Pistorius, champion paralympique de 27 ans, est accusé d'avoir tué Reeva Steenkamp, dans la nuit du 14 février 2013. IMG_763_2_2_2_6Voici un article redigé par  Beila Goldberg, notre correspondante à Bruxelles, qui replace cette affaire, ainsi qu'un événement précédemment survenu en Afrique du Sud, dans le contexte des problèmes de l'interprétation vus sous les feux de l'actualité.

————————————————–

Lost in Interpretation en Afrique du Sud
(première partie)

Des articles antérieurs ont traité des difficultés de la traduction et des soucis que les traducteurs rencontrent.

Les feux de l'actualité nous amènent aujourd'hui à nous pencher sur les difficultés propres à l'interprétation et à toute l'importance de ses conséquences.

Le procès d'Oscar Pistorius [1]  et la cérémonie d'hommage rendu à Nelson Mandela [2], (qui constitutera la second partie de cette série et sera publiée le mois prochain) en seront le fil conducteur.

  
B trial FINAL

 B soweto Obama

 

 L'un comme l'autre a scandalisé l'Afrique du Sud, confrontée aux carences de la formation et du manque d'encadrement de ses interprètes.

L'un comme l'autre a fait l'objet d'une couverture médiatique planétaire sans précédent et ces carences ont été largement relayées, commentées et critiquées.

B PhrasebookL'Afrique du Sud compte onze langues officielles : le sotho du Nord, le sotho, le tswana, le swazi, le venda, le tsonga, l'afrikaans, l'anglais, le ndébélé, le xhosa et le zoulou.

L'anglais est celle des débats judiciaires, la langue de communication de l'État, prédomine dans le monde des affaires et sert de langue véhiculaire.

La Constitution sud-africaine garantit à chacun de ses citoyens la non-discrimination du fait de la langue, le droit et la liberté d'être éduqué ou de communiquer avec l'État dans la langue de son choix.

 

The State vs Oscar Pistorius

Oscar Pistorius, le sextuple champion paralympique sud-africain, a comparu devant la Haute Cour du Gauteng nord, basée à Pretoria, pour répondre du chef d'accusation du meurtre de sa petite amie, Reeva Steenkamp, dans la nuit de la Saint-Valentin en 2013.

B HOUSE


Les faits se sont passés à Pretoria au domicile de l'accusé.

Le procès d'Oscar Pistorius, comme tout procès en Afrique du Sud, a été conduit en anglais.

L'afrikaans est majoritairement la langue maternelle des habitants de Pretoria et donc celle qui y est quotidiennement usitée.

La bonne conduite du procès nécessitait la présence d'interprètes qualifiés pour traduire aussi bien les questions que les réponses dans ces deux langues.

Ce qui n'a pas été le cas et les erreurs de traduction de l'afrikaans vers l'anglais ont été nombreuses.

La plus grossière des erreurs de traduction au cours de ce procès a été commise lors de la déposition de Michelle Burger, la voisine d'Oscar , et ce dès les premiers jours.

Après avoir entendu des cris et des coups de feu, elle a déclaré en afrikaans que la suite avait été « deurmekaar ». Ce que l'interprète a traduit par « confus » en anglais au lieu de « chaotique ». Michelle Burger a très bien compris l'erreur, a vainement tenté de la corriger et de guerre lasse a préféré poursuivre sa déposition en anglais.

B RouxUne erreur de traduction que l'avocat d'Oscar Pistorius, Barry Roux, véritable bouledogue selon certains, s'était empressé d'exploiter en voulant semer le doute sur le témoin qui était elle-même embrouillée ou dont le souvenir était confus, donc sur la crédibilité de sa déposition. Je rappelle que son client encourrait une peine incompressible de 25 ans de prison pour meurtre.

D'autres personnes appelées aussi à témoigner n'ont pas été logées à meilleure enseigne. Tant et si bien que certaines, qui auraient témoigné en afrikaans, ont également préféré déposer en anglais. Une langue dont elles n'avaient pas la même maîtrise, ce qui explique aussi que le choix des mots pour s'exprimer n'a pas pu être aussi subtil, mais a cependant été retenu.

Ces erreurs de traductions tout comme le déroulement des audiences ont fait l'objet de nombreuses critiques dans tous les médias ; ce procès a été diffusé en direct par les chaînes sud-africaines et nombreux sont ceux qui le regardaient et y ont réagi.

Ces deux articles parus me semblent très explicites de la colère ressentie en Afrique du Sud, encore sous le choc du scandale survenu lors de la cérémonie d'hommage rendu à Nelson Mandela.

Anger over Pistorius trial interpreters
Sowetan Live, 14/03/2014

Le procès Pistorius perturbé par des couacs de traduction
Jeune Afrique, 14/03/2014

B judgeAujourd'hui, nous connaissons tous le verdict rendu le 12 septembre par la juge Thokozile Masipa : accusé pour meurtre, Oscar Pistorius a été reconnu coupable d'homicide involontaire. 

Ce qui agite à nouveau l'Afrique du Sud et est déjà considéré par beaucoup comme un autre scandale.

Le pays tweete à tout va et les médias s'emballent.

Dans les attendus : le témoignage de Michelle Burger « doit être rejeté dans sa totalité », selon la juge, au vu de la distance importante, plus d'une centaine de mètres, à laquelle se trouvait ce témoin.

Donc, much ado about nothing, toutes les erreurs d'interprétations ont été balayées avec d'autres témoignages jugés aussi peu fiables.

Cependant, Oscar Pistorius est trouvé coupable de culpable homicide.

En droit pénal sud-africain, la charge de la preuve incombe exclusivement à l'accusation et laisse le bénéfice du doute à l'accusé faute de preuves irréfutables retenues contre lui.

La peine est laissée à la seule appréciation de la même magistrate.

L'homicide involontaire ouvre toutes les portes en Afrique du Sud : du maximum de 15 ans de réclusion jusqu'à l'acquittement pur et simple.

Le Parquet fera sans doute appel de cette décision et l'affaire Pistorius est encore loin d'être close.

Le droit sud-africain est un système juridique mixte où une décision de justice rendue par une Cour supérieure fait office de jurisprudence, sauf à avoir été démontrée comme fausse.

C'est dire toute l'importance que revêt ce jugement et ses éventuelles répercussions, tant dans des décisions rendues ultérieurement que dans une refonte d'un système juridique plus que critiqué par de nombreux juristes sud-africains.

B afrikaansL'afrikaans est la plus jeune des langues germaniques, issue du néerlandais, née en dehors de l'Europe et parlée principalement en Afrique du Sud et en Namibie. 

 

Sans entrer dans les controverses qui persistent entre linguistes qui considèrent l'afrikaans (africain en néerlandais) comme un dialecte du néerlandais ou un créole, je ne peux que remarquer combien cette langue se différencie du néerlandais. Une langue différente par la grammaire et l'orthographe simplifiées, par la phonétique, par la consonantique, une langue dont la genèse est aussi liée à l'Histoire de l'Europe qu'à celle de cette partie du continent africain.

La seule langue au monde à laquelle un monument a été édifié : l'Afrikaans Taalmonument (le Monument de la langue afrikaans).

B Taal

 

 [1] procès d'OSCAR PISTORIUS et ses dates clés : Jeune Afrique

 [2] cérémonie d'hommage à Nelson Mandela : TV5Monde

Beila Goldberg

 

Note du blog :

 

L'anglais parlé en Afrique du Sud utilise parfois des mots ou des expressions dans un sens différent de ce qu'ils signifient ailleurs. En voici deux exemples :

 

  1. En Afrique du Sud, les feux de circulation s'appellent des "robots". Le mot « robot » vient du tchèque robota (travail forcé), terme utilisé par l'auteur Karel Čapek dans une de ses pièces, pour désigner des « ouvriers artificiels ». Le mot est entré dans la langue anglaise dans les années trente avec le sens d'automate.
  2. Il y est fréquent de dire : « just now ». Si un Sud-africain vous dit qu'il fera quelque chose « just now », vous pourrez être tenté de croire que ce sera immédiatement. En fait, là-bas, « just now » signifie « dans un petit moment ».

 

Le mot trek (sustantif =  randonnée pénible; verbe = traverser péniblement (desert, jungle)), venait de l'afrikaans trek, lui-même dérivé du néerlandais trekken « marcher, se déplacer », initialement « tirer », du moyen néerlandais trecken. Il est entré dans la langue anglaise au milieu du XIXe siècle. Le verbe intransitif to trek a d'abord voulu dire « se déplacer ou migrer en chariot à bœufs ». 

 

Lorsqu'un grand nombre d'entre les descendants des colons néerlandais d'Afrique du Sud, les « Afrikaners » quittèrent la colonie du Cap pour échapper à la mainmise britannique et fonder leur propre territoire, dans les années 1830-1840, on qualifia cet exode de « Grand Trek ».

 

Cette épopée engendra un autre mot désormais accepté en anglais : laager. Il désigne un campement défensif entouré de chariots ou de véhicules blindés.

 

Plus tard, en 1880-1881, et encore en 1898-1902, les Afrikaners ont combattu les Britanniques au cours de ce que l'on a appelé la guerre des Boers. Les Britanniques parquaient leurs prisonniers et les familles de ceux-ci dans de grands camps appelés « camps de concentration ». Bien plus tard, cette expression en vint à désigner, par euphémisme, les camps de la mort dans lesquels des juifs, d'autres minoritaires et des résistants à l'oppression nazie furent déportés pendant la deuxième guerre mondiale.

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Le sport, la politique, les testostérones et la technologie