Du bonheur pour les lecteurs … et pour les auteurs

 

Mag 1


redigé par notre correspondante
à Genève,
Magdalena Chrusciel

 

   Le 5e Salon des auteurs vient de se terminer à Morges (Suisse). Mag 3Cette rencontre est devenue pour moi un grand moment incontournable de la rentrée. Sous la généreuse présidence de Daniel Pennac, ce festival du livre en plein air a réuni 362 invités et quelques dizaines de milliers de lecteurs (ils étaient plus de 40’000 l’année passée). Ses organisateurs rappellent dans leur introductions les dix droits imprescriptibles du lecteur, tels que listés par Daniel Pennac, et notamment le droit de ne pas lire, de sauter des pages, le droit au bovarysme, de grappiller – mon préféré, etc.

 

 

Daniel Pennac

 

 


 

  Le salon appelé « Le livre sur les quais » propose des rencontres avant tout, des débats et, profitant de la proximité du lac, les stands sont disposés sur les quais morgiens – des croisières en compagnie d’auteurs.

  Grâce à son travail effectué en direction des écoles et de son ouverture sur le monde, il s’est déroulé cette année sous le haut patronage de l’Unesco. On peut y rencontrer, échanger des propos, se faire dédicacer leurs livres aussi bien des auteurs reconnus, à succès tels que Axel Kahn, Emmanuel Carrère, Claro – infatigable passeur et auteur de traductions aussi, Patrick Deville et Nadine Monfils, Foenkinos et Luc Ferry, mais aussi découvrir de nombreux auteurs anglophones, beaucoup moins connus des Romands – et de moi – notamment Andy McNab, Philip Meyer, Louise Doughty et Martin Sixsmith.      

 

    Philip Meyer

    Louise Doughty

    Martin Sixsmith

 

 

Grande affluence au
Salon le dimanche.

Vue du Salon du livre sur les quais depuis
le bateau – en croisière avec les auteurs.

 

Mag Vaucher

L’auteur (à gauche)
avec Fanny Vaucher

(photo C. O Criodain)

  Parmi les rencontres qui m’ont marquées – j’ai pu converser avec André Markowicz, qui a consacré 10 ans de sa vie à (re)traduire Dostoïevski et m’a parlé du grand plaisir qu’il eut à le faire. J’ai rencontré Fanny Vaucher, l’auteure-graphiste suisse dont j’avais, durant une année, suivi le blog rédigé depuis Varsovie, avant de voir paraître son « Pilules polonaises » – un livre désopilant et bellement illustré sur la Pologne qu’elle a découvert et dont elle a beaucoup aimé notamment les bars à Varsovie (livre trilingue).

  C’est en participant à la croisière appelée « Polar-Grandes dames indignes » que j’ai fait la découverte de la pétillante Québécoise Marie Laberge, en me demandant comment ce grand talent avait-il pu m’échapper jusque-là. L’autre grande dame de la partie étant Nadine Monfils.

  Voici donc un petit compte-rendu de ladite croisière, dont Marie a dit qu’elle pouvait y revenir « anytime », tellement elle en a adoré le cadre – loin de sous-sols poussiéreux de certains festivals au Canada – ainsi que l’ouverture et la grande curiosité et chaleur des lecteurs et lectrices venus en visite.

   Ce qui rapproche les deux écrivaines, c’est la bataille et la liberté. Elles sont aussi polyvalente – scénaristes, dramaturges et réalisatrices à l’occasion.

Marie

Grande Dame indigne, Marie Laberge,
        très cordiale avec ses lectrices

Marie Laberge, passionnée à l’instar de sa blouse fuchsia, évoque l’importance pour l’écriture des tripes et du cœur. Elle parsème ses propos d’expressions canadiennes, et adore le coloris des accents locaux. Un polar, c’est très planifié et en même temps c’est une transgression. L’intéressant c’est de comprendre pourquoi le criminel est devenu méchant, le mécanisme. Mais elle ne s’occupe pas de psychopathies, qui sont « apeurants ». Elle, qui peut être de mauvaise foi avec son homme (« Mauvaise foi » c’est aussi le titre de son dernier polar).

   Nadine Monfils avoue être de mauvaise foi avec son homme, et elle aime Nadine les personnages avec un grain de folie. Elle qui fait « péter » ses personnages de rire, a toujours été une boulimique de l’écriture. Belge vivant à Montmartre, elle concède que ces dingos, c’est sa belgerie. Habitant une ancienne loge de concierge, elle nous raconte sa rencontre truculente avec Jean-Pierre Jeunet, devenu depuis un grand ami. Ses personnages – telles que la détective Mémé Cornemuse, sont haut en couleurs. En écrivant on ne peut se demander si c’est bien ou pas, mais un personnage est un révélateur, car il sort de notre inconscient. Elle aime les caractères avec leurs fêlures.

  Quant à Marie, il arrive que ses personnages la choquent et qu’elle les mette en pénitence. Son duo de détectives, composé d’une Québécoise et d’un Parisien, lui permet d’opposer des mentalités, leur rapport différent à la hiérarchie, etc. Pour elle, la bonne littérature est celle qui nous enrichit, tout en amusant. Elle évoque aussi le combat continu pour le français au Québec, et celui pour l’indépendance québécoise auquel elle prit part.

  Nadine inclut des belgicismes dans ses textes. Sa grand-mère, aubergiste décédée à 105 ans lui fut un modèle croustillant.

  J’arrête là, car je dois me précipiter pour rattraper mon retard pour le plaisir de lire ces deux grandes dames, combien amusantes.

Mag with books

 Magdalena Chrusciel