À la une – le référendum en Ecosse

 

Alexandra Maniere (passport photo)redigé par notre très douée collaboratrice, Alexandra Manière, de Nantes. Nous la remercions infiniment pour l'analyse historique et linguistique qui suit.

 

A flag Aujourd'hui, le 18 septembre , les Ecossais devront se prononcer par referendum sur leur souhait de voir l'Ecosse devenir indépendante.

 

Quand les bloggeurs de Le Mot juste m'ont proposé d'écrire ce billet, en écho à un article paru sur le site de la BBC relatif aux très anciennes relations franco-écossaises, l'idée m'a beaucoup plu.

L'Ecosse est le premier voyage que j'ai fait avec l'homme qui allait devenir mon mari. Pendant trois semaines, avec notre vieille voiture et peu de moyens, nous avons exploré cette région authentique et préservée.

A alainPlus récemment, nous avons visité le château de La Verrerie à Oizon dans le Cher parce que c'est le château qui aurait inspiré Alain-Fournier pour Le grand Meaulnes. Lors de la visite, la guide nous avait raconté l'histoire des fresques retrouvées de la chapelle, parmi lesquelles on pouvait admirer des chardons écossais. A l'époque, je n'avais pas demandé pourquoi, mais le souvenir de cette singularité m'était resté.

Crédits : Alexandra Manière


Or, ce château est situé dans le Berry tout près du village d'Aubigny-sur-Nère où a lieu, chaque année à la mi-juillet, un festival franco-ecossais. Aubigny-sur-Nère est surnommée « la cité des Stuarts », car en 1424, le roi français Charles VII remit le comté

A chateau des Stuyarts et hotel de ville, Aubigny-sure-Nere (Cher)

Château des Stuarts et hôtel de ville. Aubigny-sur-Nère

d'Aubigny à Jean Stuart, comte de Darnley en remerciement de son aide, quand celui-ci et six mille Écossais débarquèrent à La Rochelle pour prêter main forte aux Français contre les Anglais. Mais le château ne fut pas construit avant la fin du XVe siècle par Béraud Stuart, son petit-fils.

 

fêtes Franco-écossaises Aubigny-sur-Nère 2014 (7:13 minutes)

 
A auld allianceCependant la vieille alliance « Auld alliance » en scots commença bien avant la guerre de Cent Ans, entre la France, l'Ecosse et la Norvège contre l'Angleterre. L'alliance fut appliquée à plusieurs reprises, dont dans un de ses volets qui stipulait que si l'un des États subissait une attaque de l'Angleterre, l'autre État envahirait l'Angleterre : ce qui fut le cas à une occasion.

 

 

A de gaulle

 

 

En 1560, le traité d'Édimbourg aurait mis fin à l'alliance – quand l'Écosse fut devenue protestante et s'allia à l'Angleterre, protestante également -, bien qu'une historienne britannique, Siobhan Talbott de l'University of Manchester, a publié récemment une étude sur l'Auld Alliance qui, selon elle, n'aurait jamais été révoquée. D'ailleurs, quelques points du traité restaient en application : entre autres, les Écossais résidant en France et les Français résidant en Écosse disposaient de la double nationalité jusqu'à la révocation de ce volet en 1903 par le gouvernement français.

La garde personnelle du roi de France fut longtemps et uniquement une garde écossaise. Le traité influença donc ainsi la vie des Écossais dans différents domaines, dont la langue.

On a ainsi de jolis mots écossais empruntés et transformés du français, et je remercie ici Mike Mitchell, traducteur français-anglais, resident des Hébrides, qui a relevé le très imagé : « Gare à l'eau » français, qui a donné l'écossais « Gardy-loo » et qui a conservé le « loo » pour désigner les toilettes et the lavatory. C'était le cri que poussait les ménagères ou les servantes, à l'attention des passants, avant de vider les contenus nauséabonds des pots de chambre et autres eaux usagées par la fenêtre…

On trouve aussi des ressemblances amusantes : cordiner (cordonnier/cobbler), mutton, pork, kikshaw (quelque chose / something en anglais), bonnie (bon/fine en anglais), chaumer (chambre/room en anglais) ou encore fash (se fâcher, to be annoyed en anglais).

Et enfin, pour ne pas omettre le côté gastronomique de tous rapprochements linguistiques, dans son assiette (ashet/(plate en anglais), on peut trouver le cabbie-claw (cabillaud/cod en anglais), l'howtowdie (pour l'ancien poulet poitevin hutaudeau/chicken en anglais), et last but not least, le fameux haggis (la panse de brebis farcie est un peu notre boudin en beaucoup plus compact !) qui viendrait de notre hachis (minced or ground meat en anglais) !

Il est difficile de me prononcer pour ou contre l'indépendance de l'Ecosse. En tant que française, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (que les révolutions américaines et françaises ont été les premières à affirmer formellement) a toute ma sympathie, ainsi que cette résistance du petit village d'irréductibles gaulois à combattre un état plus « impérialiste » ou centralisateur. D'un autre côté, les enjeux politiques, économiques et géopolitiques ont évolué et sont complexes, et il y a beaucoup à soupeser avant de renoncer à une union de plus de trois cents ans !

A c artoon

Faisons confiance aux Ecossais pour décider de leur destin : il ne reste plus qu'à attendre les conclusions du referendum, avec curiosité car les derniers sondages annoncent des résultats très serrés.

     

Les enjeux du referendum – BBC (2:06 minutes)


Note du blog sur le "kilt" escossais :

A kiltsL'histoire du kilt remonte au moins à la fin du XVIe siècle. Ce vêtement commence par envelopper tout le corps, la partie supérieure pouvant être portée comme une grande cape entourant les épaules, ou même par dessus la tête comme une pèlerine. Le petit kilt ou kilt de marche (semblable au kilt « moderne »), ce « jupon court des montagnards écossais » comme le définit le dictionnaire Larousse, n'apparaît qu'à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle, et n'est que la moitié inférieure du grand kilt.
Le terme kilt vient du mot écossais kilt qui signifie retrousser ses vêtements autour du corps, bien que la 11e édition de l'Encyclopædia Britannica (vol. 15, p. 798) lui donne une origine scandinave. Le mot écossais dériverait du vieux norrois et aurait été introduit par des colons scandinaves qui portaient un vêtement plissé analogue.  
 
A queen
 
 
HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE

 

Lecture supplementaire :

The Age of the Reformation – Scotland, England and France

The History Behind the Scottish Independence Vote
September 16, 2014

How the wording of the Scottish referendum could affect the outcome  
Economist, June 17, 2014