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le 15 juin 2015 : 800ème anniversaire de la Magna Carta Libertatum (1ière partie)


"The sealing of Magna Carta was an event that changed the constitutional landscape in this country and, over time, the world."

Lord Bingham, Lord Chief Justice of England and Wales

"The Magna Carta, the Petition of Rights, and the Bill of Rights are documents which are held in veneration by democrats throughout the world."

Nelson Mandela, accused's statement, Rivonia Trial, 20 April, 1964


En visite en France, Mme Margaret Thatcher, alors Premier Ministre du Royaume-Uni, avait bien ri lorsqu'on lui avait vanté la France « pays des droits de l'homme ». Elle avait raison, puisque la Déclaration anglaise des droits (le
Bill of rights) du 13 février 1689 précède d'exactement un siècle la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Mais, en Angleterre, l'origine des droits et des libertés du citoyen remonte bien plus loin encore, à la Magna Carta, arrachée au roi Jean sans Terre par son baronnage révolté.

Magna-carta-woodcut

Le roi Jean et les barons à Runnymeade, le 15 juin 1215

Yacine BenachenhouC'est la genèse de ce texte fondateur que va nous narrer notre nouveau collaborateur Yacine Benachenhou, écrivain et traducteur d'arabe, d'italien et d'anglais. La Magna Carta contenait les éléments de ce qui deviendra, en 1679, la loi d'habeas corpus, protection fondamentale de l'individu contre la détention arbitraire. Toutefois, le texte original, devenu la Grande Charte, sert surtout à affirmer les droits des nobles vis-à-vis de la Couronne. Ce n'est pas encore un document que tout manant peut mettre sous le nez des exempts qui veulent l'arrêter. D'ailleurs, ce texte n'existe qu'en latin et ne sera traduit en anglais que deux siècles plus tard. Mais, la Magna Carta est à l'origine de la monarchie constitutionnelle et des libertés fondamentales. C'est déjà assez pour que nous ne laissions pas passer son huit-centième anniversaire sans réagir ! 

 

MC - 4 surviving original copies

 

Réunis pour la première fois, les quatre manuscrits originaux de la Grande Charte encore existants sont exposés à la British Library de Londres.
(Photo UPPA/ZUMA PRESS)  

 

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Timbre_du_800e_anniversaire_de_la_mort_de_Richard_Coeur_de_LionAprès la conquête de l’Angleterre par les Normands (en 1066) et les acquisitions territoriales réalisées au 12ème siècle, le roi anglais, Richard Cœur de Lion apparaît en 1199, année de sa mort, comme le plus puissant souverain de la chrétienté. Cela était dû à de nombreuses causes dont une centralisation gouvernementale très forte, instituée selon les procédures des nouveaux maîtres normands combinées aux systèmes de gouvernement des autochtones anglo-saxons. Les Normands féodaux régnaient sur l’Angleterre. Mais après le couronnement du roi Jean, [1] au début du 13ème siècle, une série d’échecs retentissants conduisit les barons anglais à se révolter et à limiter le pouvoir du roi.

le 5 juin : Journée de la Musique à la BBC :

deux Gallois chantent en duo à plus de 10.000 km de distance !


Pour la Journée de la Musique à la BBC, la chanteuse galloise Shân Cothi, à Cardiff (Royaume-Uni), et son collègue Andrés Evans, à Gaiman (Patagonie, Argentine), ont interprété en duo l'hymne traditionnel gallois, le Calon Lân.

 

Ils ont ainsi établi le record mondial de distance entre deux duettistes puisqu'ils ont chanté à plus de 10.000 km de distance et que leur exploit figure désormais dans le Livre Guinness des Records.

Wales Patagonia 3

Shân Cothi qui présente en semaine les émissions matinales de Radio Cymru [1], s'est produite à l'Hoddinott Hall de Cardiff, accompagnée par l'orchestre national de la BBC au Pays de Galles et par de très nombreux choristes appartenant à différentes formations galloises d'un pays où le chant choral est un sport national ! À l'autre bout du monde, en Patagonie, Andrés Ewans était accompagné par le chœur de l'école de musique de Gaiman.

Ce duplex, comme disent les gens de radio, s'inscrit dans un cycle d'émissions marquant le 150ème anniversaire de l'installation d'une colonie galloise Y Wladfa, en Patagonie, en 1865. Cette année-là, 153 Gallois venant de toutes les régions du Pays s'embarquèrent sur le Mimosa pour s'installer dans la province de Chubut, en Terre de Feu argentine.

A Tribute To Wales With Calon Lân & Lyrics (Welsh &  English):

Note linguistique

Au Pays de Galles, l'Eisteddfod est un concours de musique et de poésie, comme l'étaient naguère nos jeux floraux. Le plus célèbre est l'Eisteddfod national annuel. Le mot eisteddfod désignant un congrès de bardes ou de lettrés, vient d'eistedd (s'asseoir, de sedd = siège) + bod : être (vieil anglais beon). Au pluriel, on parle d'eisteddfodau.

[1] Radio CymruRadio Pays de Galles ») est la radio nationale du Pays de Galles émettant en gallois et basée à Cardiff. Elle est diffusée sur la FM depuis 1977.

Jean L.

Lecture supplementaire :

BBC Music Day: Long Distance Duet between Wales and Patagonia Breaks World Record

The History of the Welsh settlement of Patagonia, Argentina

Welsh is considered a model for language revitalisation, but its fate is still uncertain
The World in Words, 

La Patagonie : un petit coin du pays de Galles en Amérique du Sud

Termes anglais d’origine italienne

Madeleinecompilés par  Madeleine BOVA, notre collaboratrice et correspondante fidèle en Italie, que nous remercions infiniment de sa précieuse et érudite contribution.

 

 

Antics. Bouffonneries, facéties, plaisanteries.

  Italian 1

Comme Antiquity, ce mot vient du latin "antiquitas (féminin singulier) et signifie Antiquité. Aucun dictionnaire étymologique italien n'attribue à "antico" le sens que lui donne l'anglais antics. C'est au contraire un mot noble : "pareva un antico Romano" écrit Ungaretti, parlant d'Apollinaire. Il faut faire une petite excursion archéologique pour arriver au sens anglais d'antics : cabrioles, bouffonneries, excentricités. En effet, c'est lors de l'exploration des cryptes et des grottes des villas de la Rome antique, notamment de la "Domus Aurea" de Néron, qu'on découvrit des peintures murales sur des sujets bizarres, ridicules ou caricaturaux. Les grottes devinrent vite un incontournable. Michel-Ange s'y fit descendre et il fut longtemps à la mode de s'en inspirer. Les grotesques de Raphaël sont des tableaux à l'imitation des grotesques antiques. À Florence, le Musée des Offices a une salle de "grottesche". Ces œuvres inspirées des "grotte antiche" (grottes antiques), ont donné l'adjectif et le substantif  grottesco (grotesque) pour qualifier ce genre de peinture.  Mais, si de l'expression grotte antiche, l'italien a retenu  grottesco, l'anglais a retenu deux termes : grotesque et antics

 Dans son Dictionnaire illustré d'archéologie, Thomas Decker donne du mot grotesque la définition suivante : "Figures bizarres, monstrueuses, comiques ou hideuses et parfois obscènes que les artistes du Moyen Âge plaçaient sur les façades des églises." 

Thomas DeckerDictionnaire illustré d'archéologie. Paris, éditions de Lodi, 2000, p.172.   

Une chute qui tombe mal…


John Kerry bicycleAprès une négociation de six heures portant sur le programme nucléaire iranien qu'il avait menée à Genève avec Mohammed Javad Zarif, son homologue iranien, le Secrétaire d'État américain John Kerry avait décidé de s'accorder, en ce dernier dimanche de mai, quelques heures de détente avant d'entreprendre d'importantes consultations à Madrid et à Paris. Détente signifiant pour lui randonnée en vélo, il avait décidé de s'attaquer au col de la Colombière, à proximité de la frontière suisse. Mal lui en prit car, en traversant la localité de Scionzier (Haute-Savoie), il a heurté une bordure de trottoir et  fait une très mauvaise chute. Souffrant d'une fracture du fémur droit, Monsieur Kerry (71 ans) Femur a reçu les premiers soins au CHU de Genève, puis a été transféré à Boston où il sera soigné par le médecin qui l'a opéré de la hanche en 2009.  Cet accident va compliquer le déroulement des négociations qui doivent nécessairement aboutir avant le 30 juin prochain, sous peine de rendre caduc l'accord provisoirement conclu à Lausanne.

L'expression "break a leg"

LMJ souhaite un prompt rétablissement à M. John Kerry dont tout le monde Break a Legse plaît à louer la grande maîtrise de la langue française. Il saisit aussi cette occasion qui lui est offerte de commenter  l'expression anglaise « break a leg » qui, par antiphrase, est une manière familière de dire « bonne chance ».  À l'origine, c'est une expression idiomatique dont usaient les gens de théâtre pour se souhaiter bonne chance. Elle s'explique par une vieille croyance superstitieuse qui veut qu'en souhaitant « bonne chance ! », on attire la poisse. Dans le monde de la danse, on dit tout bonnement « merde », comme en France.

Notons aussi que, si l'on est bien élevé, on préférera l'expression « Je ne te dis rien ! » au célèbre mot de Cambronne dont on fêtera dans quelques Hals und Beinbruchjours le 200e anniversaire. Ce contre-souhait semble avoir un équivalent  dans beaucoup de langues. Pendant la Grande Guerre, les aviateurs allemands se souhaitaient « Hals-und-Beinbruch !» (cou et jambe cassés) avant de partir en mission. En italien, on dit : in bocca al lupo, et on répond  : crepi il lupo (dans la gueule du loup – que le loup en crève).

 

Lectures supplémentaires :

Une chute à vélo qui pose problème La Tribune de Genève, lundi 1er juin 2015, N° 124-23, p.7

50 Idioms about Arms, Hands and Fingers

Break a Leg
World Wide Words

John Kerry: Not Your Average Cyclist
The Wall Street Journal, 31 May, 2015

 

Jean L.

À la une : Scandale à la FIFA

Un point de vue étymologique : l'origine du mot soccer

Peace, Love & Soccer

Tandis que le tonnerre gronde dans le ciel de la FIFA [1] à Zurich, et que certains de ses hauts dirigeants sont cueillis au saut du lit et arrêtés dès potron-minet, le moment semble venu de s'interroger sur l'origine et le sens du mot soccer. Réflexion d'autant plus nécessaire que le terme soccer est préféré à celui de football dans un pays où la « balle au pied » est pourtant maniée à la main !

Japanese soccerDepuis des temps immémoriaux, les hommes ont joué à pousser une balle avec le pied et l'on trouve des traces de ce jeu au Japon en 1004 av. J.C. Des équipes chinoise et japonaise s'affrontèrent même en 50 av. J.C. Mais, c'est au 19e siècle que les règles de ce jeu commencèrent à être définies de façon précise. Et cela, 18 ans Chinese football
avant qu'on ne parle de football. Sport initialement aristocratique, le jeu dont les règles avaient été édictées par une association d'équipes en 1863, reçut d'abord le nom d'Association football, pour le distinguer du Rugby football. [2]

Mais, les écoliers britanniques aimaient déjà donner des surnoms à tout, et l'Association football ne fit pas exception. De même que le Rugby devenait, dans leur jargon, le Rugger, l'Association football devint l'assoccer et, très vite, le soccer, tout court. 

Wreford-BrownL'inventeur de ce surnom serait un certain Charles Wredford Brown, étudiant d'Oxford à l'époque où furent fixées les règles de l'Association football. Invité par des amis à une partie de Rugger, il leur aurait répondu qu'il préférait le soccer. Se non è vero è ben trovato ! Toujours est-il que plus le jeu se démocratisa et plus il se répandit dans les couches populaires et plus on employa l'expression Association football et football, tout court. Mais, dans les autres pays de langue anglaise – notamment aux États-Unis – on continua de dire soccer, le mot football désignant ce que nous appelons le « football américain ».

Le vocable football a été adopté tel quel en français, calqué en allemand (Fussball), copié phonétiquement en espagnol (fútbol), ou encore en turc (futbol). Seul l'italien semble faire exception avec son calcio. Mais, il y a là une raison historique. Le mot calcio veut dire coup de pied [3] et le calcio fiorentino existait déjà au temps des Médicis. Il s'agissait pour les joueurs des deux camps de taper du pied dans un ballon pour l'envoyer dans le but de l'adversaire. C'est la raison pour laquelle la langue italienne n'a pas eu besoin d'importer un mot anglais. Les règles, pour peu qu'il en existât, étaient très brutales. Aujourd'hui encore, une fois par an, une partie de calcio fiorentino est organisée à Florence, en costume d'époque.

 

Calcio fiorentino 1           Calcio fiorentino 2

         deux images du Calcio fiorentino qui se joue devant Santa Croce.
                                       

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1) La Fédération internationale de football association (FIFA) qui regroupe 209 fédérations nationales, a été fondée en 1904 dans le but de gérer et de développer le football dans le monde.

2) Le rugby s'est d'abord appelé football. Il tire son nom du célèbre collège anglais éponyme. Si l'on en croit la légende, c'est au cours d'une partie de football qui se jouait dans cette école, qu'un certain William Webb Ellis s'empara du ballon avec les mains et courut le placer sur la ligne de but. Bien sûr, le but fut refusé, mais l'arbitre déclara que c'était a jolly good try, d'où le nom d'essai donné à cette action. La Rugby Union fut officiellement constituée en 1871. D'abord pratiqué dans les pays anglo-saxons, le rugby s'est ensuite répandu en Europe, s'implantant solidement en France, notamment dans le sud-ouest, ex-pays des Plantagenets ! La France  est le cinquième membre du Tournoi des Cinq Nations, la grande rencontre du rugby.     

Rugby School

 W W Ellis

< Rugby School, Warwickshire                     

 Statue de W.W. Ellis >

 


 

Kick
3)« Un calcio al culo », ce dont on aurait sans doute le plus grand besoin à Zurich, ces jours-ci !

 


 

 

La matière de ce qui précède est inspirée d'un article de David Hiskey, intitulé The origin of the word soccer, paru dans Today I Found Out, le 23 juin 2010 The Origin of the Word “Soccer”.

Notre fidèle collaboratrice italienne, Madeleine Bova, a fourni des précisions sur le terme calcio et choisi deux des illustrations.

Il faut rendre à César ce qui est à César.


Jean Leclercq

Citation du mois

 

"I'm not perfect. No-one's perfect." [*]

Sepp Blatter, Président de la FIFA, le 29 mai 2015.

 

  T-shirt

 Le T-shirt de Sepp Blatter

 

[*] perfect (adj.) early 15c. alteration of Middle English parfit (c. 1300), from Old French parfit "finished, completed, ready" (11c.), from Latin perfectus "completed, excellent, accomplished, exquisite," past participle of perficere "accomplish, finish, complete," from per- "completely"  + facere "to make, do, perform". Often used in English as an intensive (perfect stranger, etc.).

ONLINE ETYMOLOGY DICTIONARY

Notes historiques :

[1] Le premier cas de match de football truqué de l'ère moderne s’est passé il y a 100 ans. Donc, plus ça change, plus c’est pareil.

Source :

« The Tragic Tale of Manchester United, Liverpool and the 1915 Match Fixing Scandal » 
World Soccer Talk, 26 juin 2013

[2] "Verser un pot de vin" :

Au XVIe siècle, "verser un pot de vin" signifiait simplement "donner un pourboire", une somme permettant de se payer à boire. En effet, dans notre culture, le fait d'offrir un verre à une personne a toujours signifié qu'on lui accordait une place privilégiée. Désormais, le "pot de vin" désigne la somme d'argent versée à une personne – de façon illégale – et qui apporte à celui qui la donne un avantage quelconque.
Source : linternaute.com

 

Lecture supplementaire:

Johnson, The Economist
Sepp Blatter's "disloyalty"

 

Petit glossaire de truquage et fourberie

 

kickback, graft, bribery

pot-de-vin, dessous-de-table

match rigging

truquage/trucage de matches

money laundering

blanchiment d'argent

racketeering

racket

shell company

société écran

skullduggery, shenanigans

magouilles

subterfuge, chicanery

ruse, fourberie, arguties, artifice

 

 

Lecture supplémentaire :

Football & argent
Football & Corruption :

Polishing up a tarnished trophy
The Economist, 30 May 2015

Werewere Liking – linguiste du mois de mai 2015

Marjolijn photoDans Le cadre d'une interview de notre  « linguiste du mois d'octobre 2014, Marjolijn de Jager »,  nous lui avions demandé de citer un auteur africain dont elle admire les œuvres et qu'elle a traduit et peut-être connu personnellement.
 
Voici sa réponse: « Werewere Liking, originaire du Cameroun, a vécu en WerewereCôte d'Ivoire pendant la plus grande partie de sa vie adulte. En 1985, elle a fondé le village de KI-YI M'Bock (ce qui signifie « le savoir suprême » en bassa, sa langue maternelle) aux environs d'Abidjan. Il s'agit de protéger et d'entretenir la culture panafricaine traditionnelle sous toutes ses formes, allant du théâtre, à la danse, à la musique (tant vocale qu'instrumentale), aux arts plastiques, au costume jusqu'aux spectacles et aux classes pour adolescents. Liking est un authentique personnage de la Renaissance en ce sens qu'elle est elle-même tout aussi douée dans presque toutes ces disciplines artistiques. En outre, c'est un bon peintre, un bon auteur dramatique et une romancière exceptionnelle. J'ai traduit trois de ses romans : The Amputated Memory (The Feminist Press, 2007), It Shall Be of Jasper and Coral (Journal of a Misovire), et Love-Across-a-Hundred-Lives (University of Virginia Press, CARAF, 2000). Je les aime et les admire tous, mais Love-Across-a-Hundred-Lives est mon préféré pour mille et une raisons……»

Ce mois-ci, WereWere Liking est notre Linguiste du mois (bien que la portée de ses talents aille bien au-delà de la linguistique) et, cette fois-ci, c'est la tour de Marjolijn de Jager de s'entretenir avec Madame Liking.

Cette interview s'est déroulée dans un espace insolite, l'aéroport JFK de David VitaNew York, où les deux femmes (dont les origines et les destins sont si
différents) ont dû se réfugier à l'arrière de la voiture de leur cinéaste, David Vita, afin d'échapper au vacarme ambiant. L'exiguïté du lieu n'a aucunement nui à la qualité et à l'intensité du message.   
 
 
Voici l'entretien avec Mme Werewere Liking :
 
 
 
 

Le mot juste, ce dont nous n’avons pas l’exclusivité !

analyse de livre

Le mot justePierre Jaskarzec. Le mot juste. Pièges et difficultés du vocabulaire : mots déformés, impropriétés, confusions… Nouvelle édition revue et augmentée. Paris, Librio, 2011, 107 p., 3 €.

C'est toujours dans les petits livres qu'on trouve les meilleures choses car leurs auteurs ont dû y condenser leurs idées et s'en tenir à l'essentiel. Tel semble être encore une fois le cas pour Pierre Jaskarzec qui nous donne une Jaskarzec version revue et augmentée de son édition de 2006. Petit ouvrage donc, et d'un prix plus que modique, il est destiné à tous ceux qui souhaitent améliorer leur maîtrise du vocabulaire français ainsi que leur expression écrite et orale. Présenté sous forme d'articles, il permet, comme cela est dit dans l'introduction, « de s'assurer du sens d'un mot à travers une définition claire, illustrée par des exemples. Les emplois fautifs ou critiqués sont toujours signalés, mais sans purisme dépassé ».

Quelle que soit la façon dont nous jouons avec les mots, que nous soyons traducteurs, interprètes, terminologues ou enseignants de langues, c'est un petit ouvrage à garder sur le coin du bureau afin de le consulter quand surgit un doute ou une hésitation. Les mots traités y sont présentés dans l'ordre alphabétique, en distinguant souvent deux termes voisins, mais ayant des significations différentes : à l'attention de/ à l'intention de, acronyme/sigle (un acronyme se prononce comme un mot ordinaire [OVNI, SIDA] alors que, pour un sigle, on détache les lettres qui sont prononcées une à une [SNCF, RTBF, TSR]), agonir/agoniser, ou de paronymes tels que collision et collusion ou encore vacuité et viduité. On y trouve aussi l'explication de délicieuses expressions comme dès potron-minet que l'on avait regretté de ne pas trouver dans les 100 expressions à sauver de Bernard Pivot. [1] En ancien français, potron voulait dire « postérieur » et, comme le chat est un animal très matinal, dès potron-minet signifie : « dès que le chat met son postérieur à l'air », autrement dit « dès l'aube ».

Mais, c'est au chapitre des anglicismes que nous attendions M. Jaskarzec. Dans le petit lexique annexé à l'ouvrage, l'auteur en distingue trois sortes : l'anglicisme lexical, c'est-à-dire le passage d'un mot anglais en français avec d'éventuelles modifications dans la prononciation ou la graphie (exemples : crash ou nominer) ; l'anglicisme sémantique, lorsque le mot anglais donne l'un de ses sens à un mot français de forme voisine, ce qui fait qu'il passe inaperçu de la plupart des locuteurs (exemple : opportunité, dans le sens d'« occasion favorable ») ; enfin, l'anglicisme syntaxique, traduction littérale de l'expression anglaise, calque de l'anglais (exemples : demander une question pour « poser une question » ou faire du sens pour « avoir du sens »). Cependant, l'auteur relève que certains anglicismes sémantiques ne le sont pas toujours. Il prend pour exemple l'adjectif domestique, dans le sens d'« à l'intérieur d'un pays », comme dans vols domestiques par opposition aux vols internationaux. Il rappelle qu'en français, domestique a eu jadis le sens de « national », par opposition à « étranger ». Le Dictionnaire de l'Académie française (4e édition, 1762) nomme guerres domestiques celles qui se situent à l'intérieur des frontières nationales, celles que nous appellerions aujourd'hui « civiles ».

Bref, comme on peut le lire en quatrième de couverture, « cet ouvrage est aussi destiné aux amoureux de la langue française, aux curieux de l'étymologie, de l'histoire des mots ou des usages linguistiques. Il séduira tous ceux qui ne se résignent pas aux mots creux, aux approximations et aux tics de langage ». Son auteur est éditeur d'ouvrages de référence et de livres pour la jeunesse. Il est l'auteur du Français est un jeu (Librio, n° 672) et des Mots sont un jeu (Librio, n° 976). Avec lui, la linguistique devient un gai savoir !

1. Bernard Pivot. 100 expressions à sauver. Paris, Éditions Albin Michel, 2008, 145 p., 12 €.

Jean Leclercq

Parler une seconde langue pourrait influencer votre vision du monde

 

MAGVoici une adaptation de l'article "Speaking a second language may change how you see the world", (Nicholas Weiler,  SCIENCE, 17 mars 2015) rédigée par notre contributrice fidèle à Genève,
Magdalena Chrusciel, traductrice-jurée,
qui maîtrise quatre langues : polonais, russe, français et anglais.

Mais, il y a mieux encore, Magdalena nous a annoncé son intention d'épouser Monsieur Colman Colman O'Criodain, docteur en biologie et écrivain, le 4 juin prochain à Chêne-Bougeries, dans les environs de Genève. Un mois après, le 4 juillet,  une grande fête sera organisée pour les nouveaux époux dans un domaine de la forêt de Kampinos, près de Varsovie (Pologne). Nous souhaitons le plus grand bonheur aux futurs conjoints car, comme l'a écrit le sage Tomasz à Kempis [1] : "Nie ma nic słodszego ponad miłość, nic silniejszego, wspanialszego, większego, nic piękniejszego, bogatszego, nic lepszego ani w niebiosach, ani na ziemi". (« Il n'y a rien de plus doux que l'amour, rien de plus fort, de plus grand, de plus beau, rien de plus profond, rien de mieux, ni dans les cieux, ni sur la terre ».)  

 ——————-

La question que se poserait un germanophone serait plutôt de savoir vers quel lieu se dirige la femme, alors qu'un anglophone se demandera quel chemin elle va emprunter; les bilingues, eux, sont peut-être capables d'entrevoir les deux possibilités.

De quel côté le voleur a-t-il filé? Il y a des chances que obteniez une réponse plus précise à cette question si vous l'avez posée en allemand. Comment s'en est-elle tirée? Une telle question pourrait vous inciter à passer à l'anglais. Selon une étude récente, l'action et ses conséquences sont vues différemment en fonction de la langue de l'interlocuteur, car celle-ci influence la manière dont il conçoit le monde. Les chercheurs pensent également que les bilingues pourraient obtenir le meilleur des deux mondes, leur pensée étant plus flexible.

Depuis les années 40, les spécialistes en sciences cognitives débattent pour savoir si la langue maternelle façonne la manière de penser. Ces dernières décennies, la question connaît un renouveau, parce que de nombreuses études semblent suggérer que la langue que nous parlons nous rend attentifs à différentes facettes de la réalité. Ainsi, les russophones sont meilleurs à distinguer les différentes teintes du bleu que les anglophones. Les interlocuteurs japonais, eux, auraient tendance à regrouper les objets en fonction de leur matière plutôt que de leur forme, tandis que les Coréens seraient attentifs à la manière dont les objets s'emboîtent. Il y a toutefois des voix sceptiques, pour qui ces résultats ne seraient que des artéfacts de laboratoire, ou qui reflèteraient tout au plus les différences culturelles entre différents interlocuteurs, sans être en lien avec le langage.

Dans la nouvelle étude, les chercheurs se sont penchés sur des multilingues. Lorsqu'on étudie les bilingues, « nous avons repris un débat classique mais en le Panos 1renversant », déclare le psycholinguiste Panos Athanasopoulos de l'université de Lancaster, au Royaume-Uni. Plutôt que de se demander si c'est leur esprit qui différenciait les interlocuteurs de différentes, dit-il, « nous nous sommes demandé si « deux esprits différents peuvent coexister dans une seule personne ».

Athanasopoulos et ses collègues se sont intéressés en particulier à la différence de vision des événements entre anglophones et germanophones.

En effet, l'anglais dispose d'outils grammaticaux permettant de situer l'action dans le temps : « I was sailing to Bermuda and I saw Elvis », qui diffère de « I sailed to Bermuda and I saw Elvis», que l'allemand ne peut pas exprimer. Par conséquent, les germanophones tendent à mentionner le début, le milieu et la fin d'un événement, alors que les anglophones ne mentionnent en général pas les points finaux, se concentrant sur l'action. Témoin de la même scène, un germanophone serait tenté de dire « A man leaves the house and walks to the store », alors qu'un anglophone se contenterait de dire, « A man is walking ».

Selon cette nouvelle étude, la différence linguistique influerait sur la différence de perception des événements entre les deux langues. Athanasopoulos et ses collègues ont montré à 15 interlocuteurs de chacune des langues une série de clips vidéo, où l'on voyait des personnes marchant, faisant du vélo, courant ou conduisant. Par groupes de trois vidéos, les chercheurs demandèrent aux sujets de décider si la scène dont le sens était ambigu (une femme descendant une rue en direction d'une voiture garée) avait plus de similitudes avec une scène davantage orientée vers l'objectif (une femme entre dans un bâtiment) ou bien avec une scène sans but apparent (une femme marchant sur un sentier de campagne). Dans une moyenne de 40% de cas, les germanophones ont interprété les scènes paraissant ambiguës comme orientées vers l'objectif, contre 25% des cas pour les anglophones. On peut en déduire que les germanophones se concentrent davantage sur les résultats possibles de l'action, alors que les anglophones s'attachent davantage à l'action elle-même.

Les bilingues, en revanche, semblent changer de perspectives en fonction de leur langue la plus active à un moment donné. Les chercheurs ont constaté que 15 germanophones qui parlaient couramment anglais, restaient tout autant attentifs à l'objectif que tout autre interlocuteur qui était testé en allemand dans son pays. Cependant, un groupe similaire de bilingues allemand-anglais testés en anglais au Royaume-Uni étaient attentifs à l'objectif, à l'instar des interlocuteurs anglophones. Ce changement pourrait aussi être tributaire de la culture, cependant une expérience postérieure a démontré que les bilingues changent aussi rapidement de perspective qu'ils changent de langue.

Une vidéo avec une langue a été montrée à un autre groupe de 30 bilingues allemand-anglais, alors que les participants devaient répéter des chaînes de chiffres à haute voix en anglais, voire en allemand. En supprimant l'une des langues, l'autre langue devenait automatiquement dominante. Lorsque les chercheurs « bloquèrent » l'anglais, les sujets se comportaient en Allemands typiques, et percevaient les vidéos ambiguës comme plutôt orientées vers les objectifs. Lorsqu'en revanche, on bloquait l'allemand, les sujets bilingues se comportaient comme des interlocuteurs anglais et associaient les scènes ambiguës à celles ouvertes. Lorsque les chercheurs surprenaient les sujets, en leur faisant changer de langue de comptage au milieu de l'expérience, les sujets se concentraient sur l'objectif  conformément au changement.

Ces résultats permettent à leurs auteurs de penser qu'une seconde langue puisse jouer un rôle inconscient important dans le cadrage de la perception, comme ils l'exposent dans 'édition en-ligne du mois du Psychological Science. Selon Athanasopoulos, « en maîtrisant une autre langue, vous gagnez une vision alternative du monde. Vous pouvez écouter de la musique avec un seul haut-parleur, ou bien l'écouter en stéréo. Ceci prévaut pour les langues. »

Pour Philip Wolff, chercheur en sciences cognitives d'Emory University à Atlanta, qui n'avait pas participé à l'étude, « Il s'agit là d'une avancée importante ». Selon lui, « Si vous êtes bilingue, vous êtes capables d'utiliser des perspectives différentes, et de passer de l'une à l'autre. Cela n'avait jamais été prouvé auparavant ».

Il n'en reste pas moins que les chercheurs qui doutent que le langage joue un rôle central dans la pensée risquent de demeurer sceptiques. Il est possible que dans les conditions artificielles de laboratoire, les gens s'appuient plus sur la langue que ce ne serait le cas dans des conditions normales, commente Barbara Malt, psychologue cognitive Barbara Malt de l'Université Lehigh à Bethlehem, en Pennsylvanie. « Dans une situation réelle, il pourrait y avoir des raisons qui feraient que mon attention se dirige sur l'aspect continuité de l'action, ou pour que je m'attache à la finalité », ajoute-t-elle. « Rien ne prouve qu'il faut être bilingue pour agir de la sorte… cela ne prouve pas que le langage serve de loupe permettant de regarder le monde ».

 

Note de la contributrice :

Dans des termes non techniques, l'auteur de l'article « Speaking a second language may change how you see the world",  fait allusion à la "modulation". Par modulation, on entend une phrase qui est différente dans la langue source et celle d'arrivée tout en exprimant la même idée. Ainsi, "Te le dejo" signifie littéralement "je te le laisse", mais il est préférable de le traduire par "You can have it". Cela entraîne un changement sémantique et un glissement du point de vue de la langue source. Par le procédé de modulation, le traducteur crée un changement de point de vue du message, sans pour autant en modifier le sens, ni entraîner un sentiment d'étrangeté chez le lecteur du texte d'arrivée. On y recourt souvent dans la même langue. L'expression telle que "es fácil de entender" (il est facile de comprendre) et "no es complicado de entender" (il  n'est pas compliqué a comprendre) sont des exemples de modulation. C'est précisément un tel changement de point de vue d'un message qui permet au lecteur de se dire que, oui, c'est exactement ce que l'on dit dans ma langue.

Pour plus d'explications, se référer au classique de Vinay (J.-P.) et Darbelnet (J.), Stylistique comparée du français et de l'anglais. 

[1] religieux allemand qui vécut de 1380 à 1471 et à qui l'on attribue L'Imitation de Jésus-Christ.

Le bilinguisme au Canada et aux États-Unis : une trajectoire commune ?

par William Gaudry, étudiant de doctorat à l'Université du Québec à Montréal 

Voici un commentaire sur le libre propos (op-ed) (Bilingual Nationhood, Canadian-Style) publié il y a quelques mois dans le New York Times, et redigé par Chrystia Freeland, écrivaine, journaliste et membre du Parlement canadien. 

Gaudry portraitDepuis son tout jeune âge, notre invité a  toujours été passionné par l'histoire des francophones d'Amérique du Nord. Il cherchait à comprendre la survivance d’un peuple minoritaire francophone sur un continent à majorité anglophone. Selon lui, l'étude du passé permet d'ouvrir l'horizon sur l'avenir. L'apprentissage de l'histoire est essentiel à l'enrichissement de la mémoire individuelle et au maintien des balises identitaires d'une société, en particulier lorsqu'il s'agit  d'une société comme le Québec qui doit constamment affronter les forces anglicisantes qui mettent en péril son existence unique. Donc, l'enseignement est le gardien de la mémoire collective.

 

C'est dans cet esprit que M. Gaudry a obtenu un baccalauréat et une maitrise en histoire à l'Université de Montréal, où il poursuit actuellement son doctorat . 

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L'article de Chrystia Freeland paru dans le New York Times le 24 décembre dernier soulève des problèmes linguistiques et philosophiques chauds au Canada et aux États-Unis. Historien spécialisé en histoire canadienne, je me concentrerai davantage sur le bilinguisme au Canada et émettrai quelques hypothèses sur la problématique linguistique aux États-Unis à la lumière de mon analyse du cas canadien.