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Actualité sportive

Parmi les actualités de la semaine – l'accident d’avion dans les Alpes, le Cricket ICCcoup de force au Yémen, les dernières négociations en vue d'un accord possible entre l'Iran et les pays occidentaux – nos lectrices et nos lecteurs n'ont peut-être pas prêté attention à un événement lui-même éminemment significatif : la victoire remportée par l’Australie sur le Nouvelle-Zélande, lors des finales de la coupe du monde de cricket.

Mais c'est quoi le Cricket ? Voici une explication offerte par www.CricketMontreal.com

 

 

Voir aussi :

Le cricket pour les nuls, avant la finale du Mondial
Le Monde, 28.03.2015

Note humoristique :

 

 

 

Note historique :

L'équipe de France a remporté la médaille d'argent dans les jeux olympiques de 1900.


Note féministe:

        


Note étymologique
:

Cricket equipment« Les origines du cricket sont obscures. Le prince Édouard, futur Édouard II d'Angleterre, pratique en 1300  le « creag et d'autres jeux », mais rien ne prouve que ce creag soit l'ancêtre du cricket. L'une des principales théories sur ses origines indique qu'il a évolué à partir d'un passe-temps d'enfants, dans le sud-est de l'Angleterre  Un poème attribué à  John Skelton et vraisemblablement écrit en  1533 suggère une origine flamande et une pratique originelle par des bergers. C'est en France que l'on trouve la plus ancienne trace liée au cricket (1478) dans une lettre de doléance adressée au Roi qui mentionne une dispute liée à ce jeu dans le village de Liettres, près de Saint-Omer. La première référence avérée au cricket en Angleterre date de 1597  : le médecin légiste John Derrick   témoigne au cours d'un procès que ses amis et lui ont joué au « creckett » alors qu'il étudiait à la Royal Grammar School  de Guildford, dans le Surrey aux environs de 1550.

De même, il existe plusieurs théories quant à l'origine du mot « cricket ». Étant donné qu'il existe au Moyen Age  de nombreux échanges entre le sud-est de l'Angleterre et le Comté de Flandres, il pourrait venir du  moyen néerlandais krick (bâton). Une autre possibilité est l'Anglo-Saxon cricc ou cryce (béquille, bâton). Samuel Johnson fait dériver cricket de cryce dans son Dictionary of the English Language (1755). En ancien francais , criquet semble avoir signifié bâton, massue. Le moyen néerlandais krickstoel désigne un tabouret utilisé dans les églises pour s'agenouiller, et dont la forme rappelle celle des premiers quichets. Le linguiste allemand Heiner Gillmeister soutient que l'origine du mot cricket est une expression de moyen néerlandais désignant le hockey, met de krik ketsen. » (Wikipedia)

Le mot « cricket » en anglais veut dire aussi grillon. Il devient du mot français criquet, ce qui remonte à criquer.

La locution anglaise (britannique) « It's not cricket » ou « That's not cricket » veut dire « Cela ne se fait pas » ou « Cette conduite n'est pas acceptable ».

Lexique du cricket

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_du_cricket

Jean L. & Jonathan G.

Sir William Jones – poète, juriste, juge, linguiste

Nous poursuivons notre série d'articles consacrés à quatre des plus prodigieux et des plus attachants linguistes de l'histoire :

 

Le cardinal Giuseppe Caspar Mezzofanti 
(1774 – 1849)

de la plume de Madeleine BOVA

 

C.K. Scott Moncrieff : Soldier, Spy and Translator
(1889 – 1930)

de la plume de Mike Mitchell

Dostert

 

 

 

 

Leon Dostert, un homme d'exception
(1904 – 1994)

de la plume d'Isabelle Pouliot

 

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Le droit mène à tout – dit-on – à condition d'en sortir. La vie et l'œuvre de Jones portraitSir William Jones (1746-1794) sont là pour vérifier cet adage. Après une jeunesse studieuse pendant laquelle il fait preuve d'une prodigieuse aptitude à l'apprentissage des langues tant mortes (grec, latin et hébreu) que vivantes (langues latines et arabe), William Jones fréquente l'université d'Oxford et commence par être précepteur dans de grandes familles anglaises. Mais, c'est sa nomination de juge à la cour suprême de Calcutta qui marque un tournant décisif dans sa vie. Comme bon nombre de hauts fonctionnaires britanniques en poste aux Indes, il s'éprend du pays au point de révéler aux Européens et jusqu'aux Indiens eux-mêmes, la richesse de leur culture et la beauté de leurs langues. Initiateur de l'orientalisme moderne, il fonde la Société asiatique du Bengale en 1784. C'est lui aussi qui révèle à l'Occident l'importance du sanskrit en tant que langue mère non seulement des langues de la plaine indo-gangétique, mais aussi de toutes les langues indo-européennes. Ses traductions de Cacountala et des Lois de Manou l'ont immortalisé.  

Nationalité bilingue, à la canadienne…

ChrystiaDans un libre propos (op-ed) [Bilingual Nationhood, Canadian Style, 25/12/2014] publié il y a quelques mois dans le New York Times, Chrystia Freeland, écrivaine, journaliste et membre du Parlement canadien fait part de la crainte qu'éprouvent certains Américains anglophones d'être culturellement et linguistiquement submergés par les nouveaux arrivants, pour beaucoup hispanophones. À ces frayeurs, elle oppose l'attitude canadienne apaisée face au bilinguisme et au multilinguisme.[1]

Freeland signs


À un incident qui s'est produit sur une chaîne de télévision américaine pendant une interview bilingue (anglais-espagnol) au cours de laquelle une invitée a reproché au présentateur José Díaz-Balart d'avoir prononcé un nom avec le bon accent espagnol, Mme Freeland oppose le bilinguisme qui règne au Parlement canadien où les élus francophones sont obligés d'écouter sans broncher l'épouvantable français de leurs collègues anglophones.

Elle écrit : « Ce massacre de la langue de Flaubert s'inscrit dans une démarche plus vaste que le Canada, et en particulier le Canada anglophone, a entreprise pour s'adapter à un monde dans lequel notre langue est peut-être dominante, mais n'est pas la seule. Nous sommes loin d'être parfaits – nos défauts ressortent particulièrement dans la façon dont nous traitons les peuples autochtones – mais, pour ce qui est de vivre dans un monde multilingue et multiculturel, nous ne sommes pas mal. »

MuseumL'auteure cite Henry Kim, le directeur du nouvel et éblouissant Musée Aga Khan de Toronto, l'une des plus belles collections d'art islamique au monde : « Le multiculturalisme, ce n'est pas une question de statistiques, c'est une attitude. C'est voir la diversité comme une force..  Les Canadiens croient que le métissage rend meilleur et plus fort. …. Le Canada a un ministre du multiculturalisme. Imagineriez-vous cela à Washington ? »

Pour Mme Freeland, un bon exemple de ce choix que le Canada a fait de la Freeland Cirillodiversité est cette « expérience sociétale » menée à Hamilton, une ville ouvrière au sud-ouest de Toronto, après la mort récente et tristement célèbre d'un de ses fils, Nathan Cirillo, ce réserviste abattu à Ottawa en octobre dernier par un tireur qui avait exprimé de la sympathie pour l'Islam radical.

Un acteur se tenait à un arrêt d'autobus, vêtu à la musulmane. Un autre clamait à haute voix que le musulman pouvait être un terroriste et essayait de l'empêcher de monter dans l'autobus. À plusieurs reprises, des passants prirent la défense du pseudo-musulman. En fin de compte, il fallut mettre fin à l'expérience après que l'acteur qui jouait le fanatique ait reçu un coup de poing d'un habitant outragé. « L'une des raisons du refus de la mosaïque culturelle au profit de l'assimilation est la crainte d'aboutir au résultat opposé, à savoir que les communautés immigrantes, trop attachées à leur langue et à leur culture d'origine, ne parviennent pas à s'intégrer dans la société dans son ensemble. »

Mme Freeland fait allusion à des recherches qui montrent que les enfants d'immigrants élevés dans un milieu qui valorise la langue de leurs parents, apprennent effectivement l'anglais plus rapidement et réussissent mieux en classe. « C'est en partie psychologique. Dans les sociétés multiculturelles, les enfants d'immigrants se sentent acceptés tels qu'ils sont. »

« Les avantages du bilinguisme semblent être également neurologiques. » affirme-t-elle. « Nous sommes programmés pour apprendre des langues et, plus nous en parlons, plus nos neurones se connectent entre eux. » L'apprentissage des langues, pour lequel nous sommes programmés, doit se concrétiser pour que nos neurones se connectent entre eux… De l'avis de Mme Freeland, il se peut que les anglophones craignent surtout, sans toutefois le dire, que nous ne soyons défavorisés dans une société où tous les autres seraient bilingues. Elle peut très bien comprendre cet effroi. C'est un sentiment qu'elle éprouve au cours hebdomadaire de français, lorsqu'elle-même butte sur les mots et qu'elle entend ensuite le français et l'anglais impeccables de ses collègues de langue maternelle française.

« Les pays riches du monde se divisent en deux camps » écrit encore Mme Freeland : « Ceux qui sont capables d'attirer et d'accueillir des immigrants, et ceux qui ne le sont pas. Les sociétés industrielles occidentales, comme le Japon et certaines parties d'Europe qui ne veulent pas accueillir les nouveaux arrivants et accepter de se laisser transformer par eux, sont vouées au déclin économique et démographique. »

À titre d'exemple de la difficulté de vivre le bilinguisme et le multiculturalisme au quotidien, l'auteure cite un événement récent. Un parlementaire du Québec a reproché au gouvernement canadien d'avoir utilisé le verbe captiver (to captivate) sur son compte Twitter, au lieu de capter (to capture) et a accusé le Twitter-feeder de traduire les blagues mécaniquement, mot pour mot, à partir de l'anglais. « Quelle horreur !» remarque-t-elle.

Mme Freeland achève son libre propos en exprimant l'avis que cette exigence de précision linguistique est révélatrice du véritable défi que constitue une société bilingue et multiculturelle dans laquelle une langue et une culture sont dominantes : éviter la disparition des cultures minoritaires. « Dans le continent que nous partageons » conclut-elle, « les anglophones ne doivent pas s'inquiéter à l'idée que nos enfants parlent un jour l'espagnol ou le français. C'est plutôt du contraire qu'ils devraient s'inquiéter ! » 

Pour analyser le thème traité par Mme. Freeland, nous n’avions personne de plus qualifié que William Gaudry, notre correspondant et collaborateur montréalais, qui achève sa thèse de doctorat en histoire à l’Université de Montréal. M. Gaudry a eu la gentillesse d’accéder à notre demande et nous publierons son analyse très prochainement.

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Les nouvelles traductions en anglais des œuvres de l’écrivain belge, Georges Simenon

Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de Meertens langue française. René a été employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-francais de la santé et du médical"

 

SIMENON

 

 

 

 

Georges Simenon (1903-1989) est né à Liège (Belgique), Il a exercé plusieurs métiers (notamment celui de journaliste à la Gazette de Liège) qui lui ont permis de voyager et d'observer la société. Fort de cette riche expérience, il produisit, à partir de 1924, de nombreux romans qui sont bien plus que des « policiers ».  À l'occasion de la publication (à raison d'un volume par mois) des nouvelles traductions en anglais de 75 de ses œuvres dont le personnage central est le commissaire Maigret, personnage aussi perspicace que sympathiqueLMJ a demandé à René Meertens, compatriote de Simenon, de bien vouloir commenter cette initiative et de mettre au point le lien de Simenon avec les États-Unis. Nous le remercions chaleureusement de nous avoir adressé le texte qui suit.


Simenon en Amérique

 

Depuis quelques années, Penguin Books  assure  l’établissement de traductions nouvelles des « Maigret » de Georges Simenon. Le Mot juste en anglais saisit cette occasion pour relater — en se fondant sur les mémoires de l’écrivain (1) — ses pérégrinations en Amérique du Nord, où son œuvre était déjà bien connue avant la Seconde guerre mondiale, puisqu’une bonne vingtaine de ses livres avaient été traduits en anglais.

 

C’est au lendemain du conflit mondial que le romancier, âgé alors de 42 ans, décida de s’expatrier de l’autre côté de l’Atlantique. Les visas n’étaient alors délivrés qu’au compte-gouttes, mais l’ambassadeur du Canada établit au nom de Simenon un « ordre de mission » des plus vagues qui donnait à l’auteur la qualité de « government official », et grâce auquel il obtint ce précieux tampon dans son passeport et put embarquer à Southampton, accompagné de sa femme et de son fils de cinq ans, sur un cargo suédois à destination de New York.

 

Simenon SainteSimenon séjourna dans un premier temps au Canada pour y apprendre l’anglais. Il s’installa à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, village situé à environ 40 kilomètres au nord de Montréal. Dès le début, il fit régulièrement la navette entre Sainte-Marguerite et New York, notamment pour négocier avec des éditeurs américains, mais aussi pour recruter une secrétaire. Il engagea une Canadienne francophone mais parfaitement bilingue et ne tarda pas à en faire sa maîtresse, sans que son épouse légitime y trouve à redire, habituée qu’elle était aux multiples infidélités de son mari.

C’est une constante dans le séjour de Simenon en Amérique du Nord qu’il ne tenait pas en place. Il sillonna ainsi le continent dans tous les sens, que ce soit pour rencontrer des réalisateurs à Hollywood ou pour voir du pays.

Simenon 3 chambresParallèlement, il poursuivait l’élaboration de son œuvre littéraire. Durant ses années américaines, il écrivit en moyenne cinq romans par an. Sans se forcer, puisque l’écriture de deux livres en un mois ne lui posait aucun problème. Bien souvent, la rédaction d’un « Maigret » ne lui prenait qu’une dizaine de jours. C’est à Sainte-Marguerite qu’il écrivit Trois chambres à Manhattan, dont le personnage principal était la ville de New York..

 

En 1946, ayant décidé de prendre racine aux États-Unis, il parcourut tout à loisir la côte Est vers le sud en voiture, accompagné de son fils Marc, afin de trouver un lieu de résidence qui lui plaise. Il finit par s’établir, en 1947, dans la petite ville d’Ana-Maria, en Floride. Sa femme et sa maîtresse le rejoignirent peu après.

Il y écrivit, notamment, Lettre à mon juge, qui est probablement l’un de ses meilleurs romans.

Simenon lettre-a-mon-juge-de-simenon

Cependant, un agent de l’immigration vit d’un mauvais œil son prétendu « ordre de mission » et lui conseilla de se rendre à Cuba pour y solliciter le statut de résident permanent aux États-Unis, qu’il finit par obtenir, non sans difficultés.

Simenon mit ensuite le cap vers l’ouest, pour s’établir en Arizona, à Tucson. Il y écrivit La Jument-Perdue, dont l’action se déroule dans cet État. La méthode d’écriture de l’écrivain n’était pas immuable. Lors de la rédaction de ce roman, il se promenait pendant une demi-heure après le dîner pour préparer un nouveau chapitre. Il jetait sur le papier les premières phrases de ce chapitre le lendemain, et en dactylographiait la suite plus tard. Les premières phrases de ce roman vous donneront peut-être l’envie de le lire :

« Il ne s’était pas réveillé de mauvaise humeur. Pas d’humeur enjouée, évidemment, ni particulièrement de bonne humeur. Il savait que c’était mardi, puisque c’était le jour d’aller à Tucson. Il y verrait Mrs Clum, qu’il appelait Peggy, et c’était déjà une satisfaction, dussent-ils passer leur temps à se chamailler tous les deux. » (2)

Simenon neigeA partir de La Neige était sale, soit trois romans plus tard, il changea de méthode : après sa promenade vespérale, il écrivait le chapitre presque entier à la main, avant de le dactylographier le lendemain matin en y apportant de nombreux changements. Il devait conserver cette méthode pendant des années. Pour ce qui est des Maigret, cependant, il les tapait toujours directement.

  Les premières lignes de La Neige était sale montrent qu’une circonstance inattendue peut être lourde de conséquences :

« Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n’aurait eu qu’une importance relative. Frank, évidemment n’avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or le fait que Holst était passé et l’avait reconnu changeait tout. » (3)

La famille de Simenon s’agrandit, grâce à la naissance d’un second fils, John, que lui donna sa concubine, et à l’apparition d’une deuxième concubine.

La présence d’un enfant en bas âge amena Simenon à changer temporairement de méthode, car il avait besoin de calme pour écrire. Par conséquent, pour rédiger ses trois romans suivants, il travailla de six heures à neuf heures du matin, soit en utilisant un appartement que le propriétaire de sa maison mettait à sa disposition pour ses activités littéraires, soit en cloîtrant le nourrisson et sa mère dans la chambre.

Après un passage à Carmel (Californie) en 1949, il s’établit plus durablement à Lakeville (Connecticut) en 1950 et crut même qu’il y resterait pour de bon. Voici comment il décrit le paysage qui s’offrait à lui :

« J’aime nos ruisseaux sous leur croûte de glace, nos bois si sauvages que je n’en découvrirai qu’une partie, la neige et le froid de l’hiver, comme je vais aimer la lourde chaleur de l’été et le feuillage or, rouge et roux de l’automne. » (1)

C’est pendant cette période que naquit sa fille, Marie-Jo, que lui donna la première concubine, qu’il avait entre-temps épousée, le lendemain de son divorce d’avec sa première épouse.

Un jour de 1955, alors que Simenon s’entretient avec son éditeur anglais, ce dernier lui demande quelles raisons l’incitent à rester en Amérique. L’auteur en trouve une vingtaine, qui ne convainquent pas son interlocuteur.

Quelques heures plus tard, sa décision est prise : il rentre en Europe.

Dans ses mémoires, Simenon se demande encore pourquoi il est revenu sur le Vieux Continent. Le motif qui lui paraît le plus vraisemblable est qu’il tenait à réaliser le rêve de sa secrétaire et épouse, qui était de vivre en France.

Simenon memoires1.Georges Simenon, Mémoires intimes, Presses de la cité
2.
Georges Simenon, Œuvres complètes, La Jument-Perdue, Editions Rencontre
3. Georges Simenon, Œuvres complètes, La Neige était sale, Editions Rencontre

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Penguin to publish 75 Maigret novels
September 9, 2013

The Case of Georges Simenon
The New York Times, February 20, 2015.

Be Convincing! Talk Like a Detective
Commonly Used Mystery Vocabulary

Petit lexique selon Le mot juste en anglais
(préparé avec les conseils précieux de René Meertens)

breakthrough

percée, avancée

caught in the act

pris en flagrant délit

cloak-and-dagger

digne d’un roman policier/d’espionnage

clue

indice

DNA

ADN

fingerprints

empreintes digitales

forensic evidence

preuve(s) résultant  d’examens de laboratoire

hunch

Intuition, pressentiment

inside job

coup monté de l’intérieur

monitoring, surveillance

surveillance

motive

mobile (jur.)

private eye, private investigator

détective privé

skiptracing

localisation de personnes

sleuth, detective

policier, policière, enquêteur de droit privé

stash (noun), hideout

cachette

to decipher

déchiffrer

whodunit

roman policier

 

 

Harpenden, la ville anglaise médiévale liée à l’affaire Dreyfus

L'affaire Dreyfus est bien connue des Français et des francophones, Dreyfus portraitnotamment des aînés. Cependant, peut-être rares sont ceux de nos lecteurs qui savent ce qu'est devenu l'auteur présumé du crime de trahison pour lequel Alfred Dreyfus a été condamné, puis disculpé. Le véritable suspect, Ferdinand Walsin Esterhazy, a fui la France et s'est réfugié en Grande-Bretagne où il a vécu dans la ville d'Harpenden jusqu'à sa mort en 1923.

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Dreyfus Walsin

       Ferdinand Esterhazy

    Dreyfus Harpenden 2

 

Nous avons demandé à notre correspondante à Londres, Françoise Pinteaux-Jones, de se rendre à Harpenden. Elle a eu la gentillesse d'accepter et a obtenu un rendez-vous avec la maire de la ville ainsi qu'avec  des membres de la société d'histoire locale.

Harpenden - group


Sur notre photo, on reconnaît, de gauche à droite : Jill Hill, représentant des Amis de Cosne (commune française jumelée à Harpenden), Rosemary Ross (de la Société d'histoire locale de la ville et du district d'Harpenden), Mary Maynard, Maire d'Harpenden, et notre intrépide correspondante, Françoise Pinteaux-Jones.

 

 

L'AFFAIRE DREYFUS :
QUELQUE CHOSE DE POURRI EN REPUBLIQUE FRANÇAISE

 

Les mots anglais du mois : freebie, Frisbee® et Phoebe

Comme nous l'avons déjà vu dans un article de ce blog qui rendait compte des résultats du championnat d'orthographe des États-Unis, des mots anglais obéissent à très peu de règles et leur orthographe paraît souvent arbitraire. Ainsi, les trois vocables ci-dessus s'écrivent différemment.

Frisbee shawLe dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot "fish" pourrait s'écrire "ghoti" si l'on utilise les lettres "gh" telles qu'elle sont prononcée dans le mot "enough", la lettre "o" telle qu'elle est prononcée dans le mot "women" et les lettres "ti" telles qu'elles sont prononcées dans le mot "action".

(Les choses se compliquent encore lorsque l'orthographe n'est pas la même de part et d'autre de l'Atlantique, comme c'est le cas pour le prétérit et le passé composé de to spell qui s'écrivent spelt au Royaume-Uni et spelled aux États-Unis).

Freebie est une version modernisée de freeby, terme apparu en 1928 et signifiant gratuit. Cette orthographe est maintenant désuète.

Frisbie OxfordLe dictionnaire numérique OxfordDictionaries.com définit freebie en ces termes : "(informal) A thing that is provided or given free of charge." Le site www.Freebies.com se présente ainsi : " Le meilleur endroit pour avoir quelque chose pour rien."

Mais il convient de distinguer ce mot de Freebie 1 ses deux synonymes, gift et present, non seulement parce qu'il se situe à un registre inférieur (d'où le qualificatif d'informel), mais aussi parce qu'on ne l'utilise pas pour désigner des dons ordinaires, mais habituellement pour une prime que l'on ne s'attend pas à recevoir.

 

Frisbee courtEn Californie, c'est un terme de métier dans l'interprétation dans le domaine juridique. L'intervention d'un interprète est habituellement tarifée à la journée ou à la demi-journée. Dans les tribunaux de l'État de Californie, l'État fournit des interprètes à tout plaideur d'un procès pénal qui sollicite leur concours. (Dans les affaires pénales quand les audiences sont de longue durée, deux interprètes se relayent toutes les vingt minutes, reconnaissant ainsi la pénibilité du travail d'interprète). Au civil, les avocats doivent requérir et rétribuer les services d'un interprète chaque fois que cela est nécessaire et quelle que soit la langue étrangère. Si les clients entendent se passer des services d'un interprète, ils doivent en faire part au moins 24 heures à l'avance. Si ce préavis n'est pas respecté ou si l'intervenant non anglophone pour lequel les services d'un interprète ont été retenus ne se présente pas à l'audience ou lors d'une déposition, l'interprète doit être payé en totalité. Lorsqu'un interprète reçoit un préavis de moins de 24 heures ou se fait "poser un lapin" [1] et qu'il est finalement payé pour des services qu'il n'a pas rendus, ce paiement est ce qu'on appelle une freebie. [2] Pour employer une expression idiomatique anglaise, l'émolument versé en pareil cas est dit money for jam (de l'argent gagné sans peine).

Le mot frisbee (comme frigidaire, kleenex, scotch ou rustine) est une marque déposée, propriété d'une entreprise (Wham-O Inc., en l'occurrence) qui est utilisée dans un sens générique pour désigner n'importe quel disque de plastique que l'on peut lancer à un partenaire (ou à un chien) pour jouer.

La Frisbie Baking Company(1871-1958) de Bridgeport (Connecticut), fabriquait des tartes qui étaient vendues dans de nombreux collèges d'enseignement supérieur de Nouvelle-Angleterre. Les étudiants qui les consommaient ne furent pas longs à découvrir que les moules de fer blanc vides pouvaient être lancés et rattrapés, procurant des heures de distraction. En 1948, un inspecteur des bâtiments de Los Angeles dénommé  Walter Frederick Morrisson et son associé Warren Franscioni inventèrent une version en plastique du Frisbie qui pouvait voler plus loin et de façon plus précise qu'un moule en fer blanc. Par la suite, la société Wham-O modifia l'orthographe et commercialisa le jeu. Dans les années 1960, le Frisbee, de même que le Hula Hoop, tous deux fabriqués par la même société, ont suscité un grand engouement qui dure encore de nos jours. Plus de cent millions de ces objets ont été vendus.

En 1967, des élèves du secondaire du New Jersey ont inventé l'Ultimate Frisbee qui est un sport reconnu combinant le football américain, le football Association et le basketball. Dix ans plus tard, une sorte de Frisbee golf a été lancée, avec des cours de pratique professionnelle et des associations.  (Source: The First Flight of the Frisbee®)

 

Frisbie Hula-Hoop

 

 

Le mot anglais Phoebe (epelé aussi Phoibe), dont la prononciation rime avec Frisbee et freebie, est utilisé dans toutes sortes de contextes.

Dans la mythologie grecque, le "brillant, rayonnant et prophétique" Phébus était l'un des premiers titans qui étaient fils et filles d'Ouranos et de Gaia. Les noms de Phébé (ou Phoibé), la titanide, et de Phébus, le titan, en vinrent à désigner respectivement Artémis et Apollon (ou encore Séléné et Hélios).

Elle fut la troisième déesse à détenir l'oracle de Delphes qu'elle offrit à son petit-fils Apollon en cadeau d'anniversaire. [3]

Frisbie Asteria

 

En anglais et dans un autre sens, phoebe (en français Sayornis), désigne un petit groupe d'oiseaux insectivores de taille moyenne, appartenant à la famille des tyrans.

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[1] En anglais – "to stand [somebody] up"

[2] Les interprètes savent bien mieux se défendre que leurs collègues traducteurs. En effet, le traducteur indépendant à qui on annonce l'arrivée imminente d'un document prétendument urgent, et que l'on fait ensuite lanterner pendant plusieurs jours, ne pourra prétendre à aucune indemnité !

Freebie Mathurin[3]  …un des noms d'Apollon, dieu du soleil et des arts, phébus, s'est dit au XVIIe siècle d'une langue recherchée et précieuse, d'un style obscur et ampoulé. L'expression parler phébus se trouve déjà chez Mathurin Régnier, au début du XVIIe siècle et, à la fin du XVIIe siècle, La Bruyère se moque des « diseurs de phébus ».

 

 Jean L. & Jonathan G.

Anjana Iyer, linguiste du mois de février

 

ANJANA MAXINE CROPPED

Anjana portrait

 

 

 

 

 

 

 

L'entretien qui suit s'est déroulé à Auckland (Nouvelle-Zélande) entre Anjana Iyer  [<] et notre collaboratrice Maxine Marron [>].  Anjana habite et étudie à Auckland et Maxine partage son temps entre l'État de New York et Nouvelle-Zélande.

Traduction de l'anglais : Jean Leclercq

 —————————-

MaxineVous êtes née à Mumbai (ex-Bombay) et vous n'êtes à Auckland que depuis quelques années. Pourquoi avez-vous choisi la Nouvelle-Zélande?

Anjana : Le rythme de la vie et la diversité des cultures que j'ai trouvés à Auckland m'ont décidée à m'y installer.

Auckland

Maxine : À Mumbai, vous étiez ingénieure. En arrivant en Nouvelle-Zélande, vous avez décidé de faire autre chose.

Anjana : J'ai étudié le graphisme et aussi le graphisme en ligne. Ensuite, j'ai eu la chance de décrocher un emploi dans la publicité où je fais de l'illustration et du graphisme d'animation.

Maxine : Je ne suis pas certaine d'avoir bien compris.

Anjana : Ce sont essentiellement des séquences vidéo qui utilisent la technique du dessin animé pour mieux faire connaître un produit.

MaxineVous parlez huit langues, ce qui est étonnant. Moi-même, je ne parle qu'anglais – avec l'accent sud-africain – anglo-américain, et afrikaans avec l'accent anglo-sud-africain. Je suppose que bon nombre de ces langues que vous connaissez ne sont guère parlées hors de l'Inde ?

Anjana : C'est exact. 

Maxine : Vous ne donnez pas l'impression d'une personne originaire de l'Inde qui parlerait comme une Néo-zélandaise, mais plutôt de quelqu'un qui serait né et aurait été élevé en Nouvelle-Zélande. Votre excellent accent néo-zélandais est surprenant. Je suppose que la maîtrise de huit langues vous a aidée à réaliser cet intéressant projet de livre, « Untranslatable Words » que vous êtes en train d'écrire et d'illustrer.

Anjana : Oui, cela m'a aidée. Dans les langues étrangères, il y a beaucoup de mots qu'on ne peut angliciser littéralement. J'en ai choisi un certain nombre que j'explique en accompagnant mon propos d'un dessin.

Maxine : Cela paraît fascinant. Donnez-nous donc quelques exemples.

Anjana : Prenons le mot backpfeifengesicht. C'est de l'allemand et, littéralement, ça veut dire "visage à gifles". En français, vous diriez "tête à claques". Ensuite, il y a le mot bakkushan. C'est du japonais et ça désigne, par exemple, la vendeuse qui fait une très forte impression de dos, mais beaucoup moins lorsqu'elle se retourne. Ça c'est une bakkushan.

Anjana backpfeifengesicht. Anajana bakku-shan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BACKPFEIFENGESICHT

A face badly in need of a fist


Un visage qui donne envie de taper dessus

BAKKU-SHAN

A beautiful woman…….as long
as she’s being viewed from behind

Une belle femme… tant qu'on la voit de dos

        
MaxineMaxine
Maxine: C'est très amusant, mais beaucoup moins quand on en est une !

 

Anjana : Bien sûr. Ensuite, il y a potchémouchka, un mot russe pour celui qui pose trop de questions. Il est apparu dans un livre pour enfants où un petit garçon curieux ne cesse de poser des questions. En russe, pourquoi se dit potchémou (почему) .

 

Anjana : Bien sûr. Ensuite, il y a potchémouchka, un mot russe pour celui qui pose trop de questions. Il est apparu dans un livre pour enfants où un petit garçon curieux ne cesse de poser des questions. En russe, pourquoi se dit potchémou (почему) .

Anjana pochemuchka

Maxine : Je connais beaucoup d'enfants qui sont des potchémouchkas et je crois qu'en vous posant autant de questions, j'en suis une aussi !

Anjana : Vous allez aimer celui-là aussi. C'est prozvonit et c'est du tchèque. Vous appelez le numéro de portable d'un correspondant et vous ne laissez sonner qu'une fois. Votre correspondant vous rappelle alors sans que cela vous coûte un sou.

Ajana Proznovit

to call a mobile phone only to have it ring once so that the other person
would call back allowing the caller not to spend money on minutes

 

Maxine : Ça c'est un mot utile ! Quand mon fils était à l'université et qu'il m'appelait en P.C.V. [1], je refusais et l'appelais ensuite à un bien meilleur tarif que si j'avais accepté le P.C.V.

Anjana : Un autre très joli, c'est komorebi. C'est un mot japonais qui signifie que les rayons du soleil filtrent à travers les arbres.

Anjana Komorebi

 

Maxine : Que c'est joli de dire tout cela en un seul mot. J'aime celui-là.

Anjana : Je pourrais aussi vous parler de wabi-sabi, schadenfreude, llunga et Iktsuarpok.  Ce dernier est un terme inuit et c'est même un mot que nous utilisons très souvent. Je vous laisse le soin de vérifier.

Anjana schadenfreude    Anjana wabi-sabi

SCHADENFREUDE

enjoyment obtained from the misery of  others

le bonheur que procure le malheur des autres

WABI-SABI

accepting the natural cycle of growth and delay

accepter le cycle naturel de la croissance et du déclin

 

MaxineJe n'y manquerai pas, mais je voudrais aussi que nous parlions du nouveau livre auquel vous travaillez.

Anjana : Il y a de magnifiques contes populaires norvégiens que, malheureusement, personne ne lit. En anglais, la plupart des histoires pour enfants se terminent bien. En norvégien, les contes populaires sont plus réalistes.

MaxinePouvez-vous me donner un exemple ?

Anjana : Oui, prenons "Pierre et le Loup". Les chasseurs tuent le méchant loup et le dépècent. Du ventre du loup, sort un canard caquetant fort et en bonne santé. Si c'était un conte norvégien, le loup se serait régalé du canard et les chasseurs n'auraient probablement trouvé que quelques plumes dans son estomac. Je voudrais reprendre quelques-uns de ces contes oubliés, en leur conservant leur forme norvégienne, mais en leur donnant un tour moderne et en les illustrant de façon appropriée.

Maxine : Cela paraît merveilleux. J'ai eu tellement de joie à vous rencontrer. Je vous souhaite le plus grand succès dans vos fascinants projets.

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[1] Abrév. de à percevoir. Communication payée par le destinataire, après l'accord de celui-ci.  

Lecture supplémentaire :

The Meaning of Tingo: and Other Extraordinary Words from Around the World
Adam Jacot de Boinod, Sandra Howgate

Global Wording – If you can't say it in English, just borrow le mot juste
Adam Jacot de Boinod
Smithsonian Magazine, March 2006

I'm Not Hanging Noodles on Your Ears and Other Intriguing Idioms from around the World
Jag Bhalla, National Geographic

Eleven Untranslatable Words
BBC Culture
3rd July 2014

8 mots intraduisibles dans 8 languages différentes

 

 

 

 

 

Pedestrianism :

when watching people walk, was America’s favorite spectator sport  

de Matthew Algoe

 

 

 

 

 

analyse de livre par Carole Josserand

CaroleNée à Lyon, Carole a grandi dans un milieu bilingue anglais/français. Après avoir réussi l'option internationale du baccalauréat scientifique, elle est partie faire ses études en Angleterre où elle a fait une licence de langues (avec la combinaison italien, allemand, russe) à l'Université de Birmingham. Quatre ans plus tard, Carole s'est installée à Londres pour suivre un Master en Traduction et Interprétation à l'Université de Westminster. Dans le cadre de sa licence, elle a eu la chance de pouvoir passer cinq mois à Moscou (Russie), cinq autres à Berlin (Allemagne) et, enfin, un mois à Florence (Italie). Cette expérience l'a extrêmement enrichie, tant sur le plan personnel que du point de vue linguistique et culturel. En effet, elle a pu mieux maîtriser ses différentes langues et approfondir sa compréhension des cultures et des peuples au sein desquels elle a vécu. Carole travaille actuellement à l'Union Internationale des Télécommunications, à Genève, en qualité d'assistante du Chef interprète. Elle continue également à traduire. Comme on s'en apercevra dans ce qui suit, ses talents vont bien au-delà de son domaine professionnel.

 

Pedestrianism, when watching people walk was America's favorite spectator sport [1] de Matthew Algeo est un ouvrage dynamique, contemporain et coloré retraçant l'histoire du sport de la marche à la fin du XIXe siècle aux États-Unis et en Angleterre, au rythme des performances des héros de cette nouvelle discipline : des athlètes aspirant sans cesse à faire reculer les bornes du possible. Bref, un livre qui vous tient en haleine, tout en vous laissant à bout de souffle quand vient la fin.

États-Unis. 1860. Veille des élections présidentielles et de la guerre de Sécession. Deux amis (George Eddy et Edward Payson Weston) [2] conjecturent sur l'identité du prochain président. L'un d'eux prédit qu'Abraham Lincoln sera élu, tandis que l'autre mise sur John Breckinridge. Un pari est lancé : le perdant devra marcher de l'ancien Capitole de Boston jusqu'au Capitole de Washington, et arriver à temps pour l'investiture, soit 769 kilomètres en 10 jours consécutifs. Ce périple souleva une fièvre sans précédent qui s'empara des États-Unis avant de se propager en Angleterre : des marches de ville en ville se multiplièrent, puis se transformèrent rapidement en performances et furent confinées à des pistes dans des arènes, telles les pistes d'athlétisme qui existent de nos jours, donnant ainsi naissance au premier sport de spectacle.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il me semble indispensable de faire un aparté pour s'interroger sur l'origine du mot pédestrianisme. Notons tout d'abord que ce terme ne figure pas dans tous les dictionnaires. Pédestrianisme vient, bien entendu, du latin « pedester » (« qui est à pied », « qui est à terre », « infanterie ») [3] , mais remarquons également que le mot anglais « pedestrian » vient du français « pédestre » et a gagné un sens par rapport à la définition française : en prose, cela peut signifier 'insipide' ou 'prosaïque'. Mais le plus intéressant dans tout cela, c'est que le français a ensuite emprunté le substantif anglais décrivant cette « mode, répandue en Angleterre, de se targuer de faire de longues marches à pied » [4]. Ces échanges linguistiques symbolisent la relation historique entre l'Angleterre et la France.

MatthewPour en revenir à notre thème, Matthew Algeo, journaliste-reporter primé s'intéressant aux événements insolites qui ont marqué les États-Unis et auteur de « Harry Truman's Excellent Adventure », « Last team Standing » et « The President is a Sick Man », dresse un portrait inquiétant de l'art et du sport du pédestrianisme à cette époque. En quête de performances extraordinaires, les athlètes tombent rapidement sous l'emprise de toute sorte de stimulants dans le but d'en faire toujours plus et de surpasser leurs records. À l'instar du champagne :

« Champagne was considered a stimulant. And a lot of trainers — these guys had trainers — advised their pedestrians to drink a lot of champagne during the race. […] The problem was a lot of these guys would drink it by the bottle. That definitely was not a stimulant to say the least. »

– Matthew Algeo [5]

Une pratique que l'on retrouve de nos jours dans le sport, comme en témoignent les nombreux scandales liés au dopage (Lance Armstrong et le cyclisme par exemple). Comme le montre très bien l'auteur, les athlètes sont prêts à tout pour se dépasser et battre constamment leurs records. La marche, sport autrefois de détente, quasi synonyme de 'lenteur' (d'où peut-être la signification anglaise de 'insipide' ou 'prosaïque'), devient en quelques mois seulement, le sport tel que nous le connaissons aujourd'hui : une course au spectaculaire, une course à l'argent, une course au dopage, une course à la performance, où le plaisir est remplacé par l'asservissement à la quantité, à la surenchère, à l'excès.

« [Gale] [6] walked four thousand quarter miles in four thousand consecutive periods of ten minutes (nearly 28 days), a performance that allowed him to rest no more than six minutes at a time. "The amount of perseverance and abnegation requisite naturally excites admiration, The Times of London noted of the latter event." It seems incredible that a man should be able to forego the demands of nature for so long a time ».

De simples 'piétons énergiques' [7], animés du goût de la marche, ces athlètes étaient en voie de devenir des esclaves de la performance, toujours dans l'excès : des forçats, excitant les foules et devenant peu à peu des héros nationaux, « promised £500 bonus if he 'saved the championship to his country'. It had become more than a footrace. It was a matter of national pride. » À tel point, qu'ils en deviennent des mascottes, immortalisées sur des cartes à jouer. À l'image du sport d'aujourd'hui, ces athlètes suscitent le patriotisme de leurs supporters. Mais à quel prix ? Celui de l'excès.

Comme le dénonce finalement l'auteur, cette surenchère pousse aux abus en tous genres (paris truqués, drogue, alcool, etc.) avec des conséquences sur la santé. Bien qu'O'Leary [8]  soit mort officiellement d'un 'durcissement des artères', certains disaient que c'était le grog qu'il consommait pendant ses marches qui était en fait à l'origine de sa mort. Mais étant décédé à 87 ans avec pas moins de 483 000 kilomètres au compteur, les effets négatifs de sa consommation d'alcool ne peuvent-ils pas être relativisés ? En 1933, selon des données publiées par Berkeley [9], l'espérance de vie moyenne des hommes était de 61,7 ans, soit 25 ans de moins que la vie d'O'Leary, ce qui donne à penser que ces performances quasi surhumaines, y compris les abus qui les ont accompagnées, auraient pu avoir un effet bénéfique pour le corps et la longévité. Est-ce que ces performances, via l'épuisement qu'elles provoquent, n'auraient pas un effet facilitateur sur le mouvement ? Prenons l'exemple des arts martiaux (entraînement au Kung-fu par exemple), où, pour que le mouvement 'passe', il faut avoir atteint un niveau d'épuisement maximal, résultant de la répétition infinie des mêmes mouvements. Une technique sans égale dans de nombreux domaines, mais qui semble tout de même laborieuse, voire dangereuse (augmentation notoire des pathologies du sport). N'y aurait-il pas un autre moyen d'arriver à cette fin, en évitant ce fastidieux travail quantitatif ?

La solution qui m'apparaît provient du travail de recherche, mené conjointement par le Docteur Serge Alain Josserand et Dominique Buttaud, professeur de danse, en quête d'une qualité dans l'usage du corps, permettant d'atteindre des performances si ce n'est supérieures, au moins égales à celles des stakhanovistes. Il s'agit, entre autres, de la mobilité interne du corps, « par laquelle se distribue à la globalité du "mobile-squelette" la force du "sol porteur", opposée à la pesanteur terrestre ».[10]  Comme ils l'expliquent, l'OSDYRE (Ostéodynamique de représentation par le verbe) [11] permet, à partir de la verbalisation des logiques du corps et de ses représentations, de lever les résistances à son fonctionnement, crées par les actions du 'diablotin' [12] qui nous habite, et ainsi de restituer au corps son efficience. Ce mouvement de pensée, cette recherche, permet de mettre des mots, des verbes sur la gestion automatique de nos gestes et de donner un mot à des concepts, au squelette et à sa dynamique. L'OSDYREVE (également Ostéodynamique de représentation par le verbe) renvoie, pour sa part, au rêve d'avoir un corps qui fonctionne harmonieusement, sans entrave, sans douleur. Ces 'néologismes' ou 'innovations linguistiques', qui ne sont autres que des acronymes, condensent les processus qui animent ce travail en vue d'une rénovation permanente du fonctionnement du corps. Il facilite la performance, par la qualité, plutôt que par la quantité et l'épuisement, recherchés habituellement par l'entraînement, toujours susceptibles de provoquer des blessures et des accidents.

Enfin, quoi qu'il en soit, la marche « bien tempérée » (à la fois qualitative et sans excès) est bénéfique, non seulement pour notre corps, mais aussi pour notre créativité. Une étude publiée dans le Journal of Experimental Psychology [13] montre que la créativité de l'être humain se développe lorsque l'on marche. À en croire de nombreux philosophes et écrivains, et Grosnotamment Frédéric Gros, la marche serait « un authentique exercice spirituel » [14]  : « Ce n'est pas tant que marcher nous rend intelligents, mais que cela nous rend, et c'est bien plus fécond, disponibles. ». Tout est là. Mais comme il le précise également, toutes les marches ne se ressemblent pas… Ainsi, les marches promenades de Robert Walser [15]  nous invitent à la littérature et à la poésie…

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[1] Algeo M. 2014 Pedestrianism when watching people walk, was America’s favorite spectator sport. Chicago Review Press.

[2] Edward Payson Weston est le premier adepte du pédestrianisme. Il fut à l’origine de ce mouvement et remporta de nombreuses courses. Pour de plus amples informations à son sujet, consulter le site : http://www.runningpast.com/pedestrian.htm

[3]  Le Robert. 1992 Dictionnaire historique de la langue française. Alain Rey (dir.). Dictionnaires le Robert. Paris.

[4]  Emile Littre, 1987. Dictionnaire de la langue française. Tome 5, Encyclopaedia Britannica Inc., Chigago.

[5] NPR Staff. 2014. In The 1870s And '80s, Being A Pedestrian Was Anything But.

[6] Gale : grand pedestrian gallois qui fut le coach d’Ada Anderson, première ‘pedestriène.’

[7] Le Trésor de la Langue Française informatisé.

[8] Redoutable adversaire de Weston, d’origine Irlandaise, qui remporta de nombreuses courses face à Weston.

[9] Disponible sur: http://demog.berkeley.edu/~andrew/1918/figure2.html

[10 & 11] Buttaud D. et Josserand A. 2011. De la Danse à la mobilité interne du corps. L’ostéodynamique de représentation par le verbe. Osdyre, osdyrev ou osdyreve. Vers la fin des douleurs du dos et de l’appareil locomoteur. Friches et Bordures.

[12] « Le diablotin est régi par des règles fantaisistes, et non par l’exigeante réalité créée par la rencontre de l’anatomie physiologie avec la gravité terrestre. Les actions en entrave du diablotin sur le mobile squelette créent des écarts avec le fonctionnement naturel, responsables de sensations du corps, de signaux de malaise, de souffrances, de distorsions et de dysfonctionnements ». In : Buttaud D. et Josserand A. 2011.

[13] Oppezzo M. et Schwartz D.L. Give your ideas some legs: The Positive effect of walking on creative thinking.  Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory and Cognition, 2014, Vol. 40, No. 4, 1142-1152.

[14] Le Monde. 2011. « La Marche est un authentique exercice spirituel ».
'A Philosophy of Walking', by Frederic Gros, New York Times, December 19, 2014

[15] Walser R. 1917. La promenade. Gallimard.

Images tirées de Pedestrianism, when watching people walk was America's favorite spectator sport de Matthew Algeo.

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Petit lexique de la marche selon Le mot juste en anglais

To walk, walking

 Marcher, la marche à pied

To hike, hiking,

 Randonner, la randonnée

To jog, jogging

 Jogger, le jogging

To scramble, scrambling

 Grimper, la grimpe

Nordic walking

 Marche nordique

Race walking

 Marche athlétique

To ramble, rambling

 Se balader, balade pédestre

To stroll, strolling

 Se promener, flâner, la flânerie

To trek, trekking

1) Cheminer 2) faire du trekking, randonner 

Backpack

 Sac à dos

Excursion

 Excursion

To amble

 Aller d'un pas tranquille, de sénateur

 

Timbuctu, perle du désert et de Los Angeles?

Dans un article intitulé French Kiss, paru dans la revue France-Amérique de décembre 2014, le linguiste Dominique Mataillet, énumère des toponymes qui inspirent de nombreuses locutions ou expressions françaises.  « Bâtir des châteaux en Espagne », c'est rêver de choses irréalisables, « travailler pour le roi de Prusse », c'est faire quelque chose en pure perte.

« Certains lieux », continue Mataillet, « évoquent la richesse (le Pérou), la surabondance (Byzance) ou, à l'inverse, utilisés de façon négative, leur absence (trois francs six, c'est pas le Pérou). Quelques-uns peuvent, comme l'île grecque de Cythère, symboliser le paradis, d'autres une contrée inhospitalière. On disait autrefois « Partir à Tataouine », allusion à une localité du sud-tunisien, aux portes du désert, où se trouvait un bagne militaire, pour signifier qu'on allait passer un mauvais moment au bout du monde. »

L'anglais a sa propre expression pour désigner le bout du monde : from here to Timbuktu. En français, on va au diable Vauvert ou à Pétaouchnoc, autant de lieux lointains et inconnus.

Tim 1

Sur le toit de la mosquée Djingareyber
Musée des Beaux-Arts de Bruxelles

Dans l'imaginaire collectif, Tombouctou, ce chef-lieu de région du Mali, a été longtemps l'endroit le plus lointain où le pied de l'homme se soit jamais posé. Après des siècles de fermeture à l'Occident, la ville reçoit, en 1826, la visite du major Alexander Laing, premier Européen à y pénétrer. Mais, pris Tim 2pour un marchand d'esclaves concurrent, il y est assassiné. En 1828, c'est au tour du Français René Caillié d'entrer dans la cité, déguisé en lettré musulman, et d'en sortir vivant. Son célèbre récit de voyage fait ensuite grand bruit dans toute l'Europe.

 Tombouctou, la mystérieuse, comme l'appelle Félix Dubois, [1] sorte d'Atlantide des sables, « la ville aux pavés d'or danse dans le rêve européen ». Mais, pas seulement en Europe. La perle du désert, la ville aux 333 saints, est présente dans l'univers de Donald Duck pour exprimer le désir d'aller le plus loin possible. On dénombre au moins deux allusions à la ville mythique : dans Le magicien Duck (1947) et Le génie du stand (1962).

  TIM Donald 2

Donald à Tombouctou dans                                              
Le magicien Donald  

Ces derniers temps, il a fallu des événements dramatiques pour attirer l'attention du monde sur Tombouctou. En, 2012 le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) a déclenché une insurrection dans tout le nord du Mali, aboutissant à la défaite de l'armée malienne et à la perte de la ville au profit de divers mouvements rebelles touaregs, rapidement supplantés par des salafistes radicaux. Du 30 juin à la fin de décembre, les islamistes des mouvements AQMI et Ansar Dine (ar. : Ansār ad-Din  : défenseurs de la foi) entreprennent la destruction systématique des tombeaux des saints musulmans et des mausolées de la ville. Ils brûlent bon nombre de vieux documents d'une très grande valeur historique. [2] L'intervention de l'armée française aux côtés de l'armée malienne, dans le cadre de l'opération Serval, permet de reprendre une partie de la ville, puis de la libérer entièrement par la suite.  

Timbuktu Abderrahmmane SissakoL'invasion djihadiste a inspiré le scénario du film, Timbuktu, réalisé par le Mauritanien Abderrahmane Sissako. En français, arabe et tamasheq, le film a été chaleureusement accueilli par la critique et a reçu de nombreux prix. En 2015, il est sélectionné pour un Oscar dans la catégorie des films étrangers. Rappelons que la cérémonie des Oscars aura lieu à Los Angeles, le 22 février.

 

 

De l'autre côté de l'Atlantique, une exposition intitulée « Timbuktu Renaissance » a ouvert ses portes, le 16 décembre 2014, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) et restera ouverte au grand public jusqu'au 5 mars 2015 (entrée gratuite).

 

Cette exposition sert à nous rappeler la grande mission de sauvetage de plus de 350.000 manuscrits anciens qui risquaient d'être brulés par les intégristes musulmans. Datant de plusieurs siècles, ils couvrent de nombreuses sources de savoir. En effet, l'exposition regroupe des textes touchant tant aux sciences qu'à la politique ou au droit. Elle est porteuse d'une étonnante modernité. En effet, ces précieux manuscrits nous délivrent un message : « les tragédies sont dues aux divergences et au manque de tolérance. Gloire à Celui qui crée la grandeur à partir de la différence et fait régner la paix et la réconciliation ». Ces témoignages historiques seront accompagnés de sons et d'images de la Tombouctou contemporaine, ne serait-ce que pour souligner la pérennité de son patrimoine.

Pour connaitre les détails du projet de sauvetage et de son vrai héros, il convient de lire :

« The Brave Sage of Timbuktu : Abdel Kader Haidara ».

 

 Abdel Kader Haidara

Pour terminer sur une note linguistique, on s'interroge toujours sur l'étymologie du nom Tombouctou. Plusieurs hypothèses ont été avancées, expliquant le toponyme par le recours aux langues locales telles que le Rene bassettamasheq ou le songaï. Mais, la plus plausible nous paraît être celle du linguiste René Basset (1855-1924), qui fut le premier directeur de l'École des lettres d'Alger et l'auteur de l'anthologie « Mille et un contes, récits et légendes arabes ». Basset suggère que Timbuktu dérive des mots berbères « tin » (lieu) et « buqt » (lointain). Cette explication renforce précisément l'usage de l'expression anglaise « From here to Timbuktu » (ou de sa variante From here to Timbuktu and back again). Mais, grâce au film d'Abderahmane Sissako et à l'exposition du Bozar de Bruxelles, cette ville à la fois mythique et lointaine va nous sembler plus proche.  L'expression from here to Timbuktu tombera-t-elle pour autant en désuétude ? Dans leur livre, The Hidden Treasures of Timbuktu [3], Hunwick & Boye ne sont pas loin de le penser: "…our notion of Timbuktu is shifting from it being the 'end of the world' to an important historic centre of Islamic scholarship and culture." 

 

TIM map

 

[1] Félix Dubois. Tombouctou la mystérieuse. Paris, Grandvaux Eds., 2010.

[2] Rebels Torch Mali Library of Historic Manuscripts
Voice of America, 29 January 2013

[3] Hunwick, John O.; Boye, Alida Jay; Hunwick, Jopspeh (2008), The Hidden Treasures of Timbuktu: Historic city of Islamic Africa, London: Thames and Hudson, ISBN 978-0-500-51421-4.

Lectures supplémentaires :

Timbuktu nearly lost its heritage. Now it's on exhibit in a Brussels Museum.
(avec diffusion radio)

Mali's Culture War: The Fate of the Timbuktu Manuscripts
The New York Times, January 30, 2013

Tim  crayon et fusilDessin d'Effo, aimablement communiqué par Denise More

 Jean L. & Jonathan G.

“Naming Jack the Ripper”,
de Russell Edwards,

 London: Sidgwick & Jackson, 2014.

 

Ripper book cover
 Analyse de livre par Joëlle Vuille   

 

Joelle VuilleNous sommes heureux de retrouver notre collaboratrice, Joëlle Vuille, Ph.D. une juriste-criminologue qui habite à Genève. Après avoir terminé ses études à l'Université de Lausanne, Joëlle a profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society). Joëlle est maitre-assistante à l'Université de Neuchâtel et chargée de cours à la  faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique de  l'Université de Lausanne. Nous la remercions vivement pour l'analyse qui suit.
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Lever le voile sur l'identité de Jack l'Éventreur, voilà une entreprise à  laquelle plus d'un détective en herbe s'est essayé ! Le dernier en date se nomme Russell Edwards, il prétend avoir réussi là où tant d'autres ont échoué, et il vient de publier un livre retraçant sa découverte.

  Ripper 1

Après avoir récapitulé les faits sanglants qui ont donné naissance à la légende, soit les cinq meurtres commis dans le quartier londonien de Whitechapel par de froides nuits d'automne 1888, Edwards nous rappelle les indices découverts, les lettres anonymes reçues par les forces de l'ordre et les journaux, bref, tout ce qui fait le mythe de Jack l'Éventreur. Il nous présente les policiers qui ont enquêté à l'époque sur l'affaire, ainsi que les suspects qui, au fil des ans, ont été envisagés. L'auteur nous conte ensuite son parcours personnel, exposant comment son intérêt pour l'affaire est né, et comment il a réussi à mettre la main sur la pièce à conviction qui lui a permis de percer le mystère : un foulard trouvé près du corps de la quatrième victime de l'Éventreur, Catherine Eddowes. Le tissu avait été ramassé par un policier londonien intervenu sur la scène de crime, afin de l'offrir, tout ensanglanté, à son épouse. (Celle-ci avait refusé le délicat présent, mais le foulard était tout de même demeuré dans la famille).

 

L'idée de Edwards était simple : faire analyser les traces de sang et de sperme trouvées sur le foulard, puis trouver de l'ADN de la victime et du suspect, et finalement comparer ces profils ADN pour essayer d'établir un lien entre les unes et les autres.

 

Ripper aaron_kosminski_artist_renditionVenons-en au scoop : le plus célèbre tueur en série de tous les temps serait un immigré polonais de 23 ans dénommé Aaron Kosminski. Kosminksi figure depuis longtemps au sommet de la liste des suspects, mais on ne sait pas grand' chose de lui. Edwards nous conte le peu que l'on sait de son enfance en Pologne, de sa famille et de leur arrivée en Angleterre au début des années 1880, alors qu'Aaron était âgé d'environ 15 ans. Quelques années plus tard, il semblerait que Kosminski ait vécu tout près des scènes de crime (ce qu'Edwards interprète comme un indice de plus de sa culpabilité). Durant ses années-là, Kosminski n'a jamais fait parler de lui, sauf lorsque, en décembre 1889, il a été condamné pour avoir eu en sa possession un chien non muselé (une loi avait alors rendu obligatoires les muselières pour tenter de lutter contre une épidémie de rage). On sait ensuite que Kosminksi a vécu de longues années dans des hospices pour les pauvres et les personnes souffrant de troubles mentaux, probablement atteint de schizophrénie, avant de mourir à l'âge de 53 ans, en 1919.

 

Depuis la publication du livre d'Edwards, certains scientifiques ont exprimé leur scepticisme vis-à-vis de la validité des résultats scientifiques sur lesquels l'auteur a basé sa thèse : une erreur aurait été commise lors de l'évaluation de la force probante des résultats.[1] (L'un de ces sceptiques est Ripper Alec JeffreysSir Alec Jeffreys en personne, l'inventeur de l'analyse ADN utilisée à des fins judiciaires). En effet, puisque la victime et le suspect ne sont plus vivants et qu'il a été impossible d'obtenir un échantillon d'ADN de leurs dépouilles respectives, le travail de Edwards a consisté à localiser des descendants de ces deux personnes et à les convaincre d'avoir leur ADN analysé. Notre ADN se transmettant de façon prévisible entre parents et enfants, chacun d'entre nous partage un certain nombre de caractéristiques génétiques avec ses ancêtres, même à plusieurs générations d'écart. Il est ainsi possible de reconstruire des lignées familiales.

 

Afin d'estimer la proximité du lien de parenté entre deux individus donnés, il est toutefois fondamental de pouvoir évaluer la rareté des caractéristiques génétiques qu'ils partagent par rapport au reste de la population. (De la même façon que, si vous rencontrez pour la première fois une personne qui porte le même nom de famille que votre coiffeur, vous estimerez plus probable que cette personne soit de la famille de votre coiffeur si ces deux individus s'appellent Rolthmeir – l'un des patronymes les moins courants de France – que s'ils s'appellent Dupont). Or, il semblerait que c'est lors de cette étape cruciale que le généticien engagé par Edwards se soit trompé : il aurait déclaré certains profils beaucoup plus rares que ce qu'ils sont en réalité, et aurait ainsi attribué le sang trouvé sur le foulard à la victime alors que le lien entre ces deux éléments serait plus que ténu.

 

L'auteur n'a pas encore pris position dans le débat qui vient d'éclater autour de ses révélations et le lecteur terminera certainement cet ouvrage en ayant encore des doutes quant à l'identité de Jack l'Éventreur. Peu importe, car il aura tout de même était diverti. En effet, même celui qui ne se passionne pas fondamentalement pour la question de l'identité de Jack l'Éventreur pourra trouver intéressant de voir comment Edwards a procédé dans ses recherches, et comment il a surmonté tous les obstacles qui se sont dressés sur son chemin. Le lecteur est invité à plonger dans la Londres du XIXème siècle, y découvre la misère de ces quartiers les plus pauvres, y rencontre ses habitants les plus démunis, et voit les aspects les moins reluisants de la société d'alors. Un voyage beaucoup plus prenant et touchant que toutes les enquêtes policières.

 [1]  Jack the Ripper: Scientist who claims to have identified notorious killer has 'made serious DNA error'
The Independent, October 19, 2014

De plus amples lectures sur Jack l'Eventreur :

  • Patricia Cornwell, The Portrait of a Killer : Jack the Ripper, Case closed, Mass Market Paperback, 2002.
  • Lyndsay Faye, Dust and Shadow: An Account of the Ripper Killings by Dr. John H. Watson, Simon & Schuster 2009.
  • Martin Fido, The Crimes, Detection and Death of Jack the Ripper, Weidenfeld and Nicolson, 1987.
  • Trevor Marriott, Jack the Ripper: The 21st Century Investigation, John Blake Publi. 2005.
  • Terence Sharkey, Jack the Ripper, 100 Years of Investigation, Ward Lock, 1987
  • Williams, Tony; Price, Humphrey, Uncle Jack, Orion, 2005.
  • Paul Begg, Jack the Ripper: The Facts, Anova Books, 2006.
  • Stewart Evan & Donald Rumbelow, Jack the Ripper: Scotland Yard Investigates. Stroud, Sutton Publishing, 2006.
  • Donald Rumbelow, The Complete Jack the Ripper, Fully Revised and Updated, Penguin Books, 2004.