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Actualités littéraires aux États Unis


 

Watchman cover"The release next week of 'Go Post a Watchman', the newfound sequel to Harper Lee’s 'To Kill a Mockingbird' will be the publishing event of the decade — equivalent, in cosmic terms, to the discovery of an important new planet in our solar system."

Celebrity spotlight kills the mockingbird
Ben Macintyre, The Times, 10 July, 2015

—–

"It's the biggest literary surprise of the 21st century….55 years after the publication of 'To Kill a Mockingbird', the reclusive 89-year old Harper Lee will publish her second book."

Anticipation is high for Harper Lee's 'Go Set a Watchman'.
Carolyn Kellogg, Los Angeles Times, 9 July, 2015

—-

La premier chapitre du second roman d'Harper Lee mis en ligne
Le Monde, 10.7.2015

 Aux États Unis, Harper Lee est presque plus populaire que la Bible.
L'OBS, 17.07.2015

« Du silence et des Ombres » (To Kill a Mockingbird), sorti en 1962, adaptation du roman « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur ».

  

 

  

Note du blog:
Il s'agit du « Go Post a Watchman » de l'écrivaine américaine Harper Lee, sa seule œuvre à paraitre depuis "To Kill a Mockingbird" (« Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur »), dont l'immense succès ne se dément pas depuis sa parution, il y a 55 ans. La suite sera publiée cette semaine (15/7/2015) en anglais, et la version française, Va et poste une sentinelle [1], traduite par Pierre Demarty, paraitra en octobre chez Grasset.
 
 

Note linguistique : Sequel et séquelle – deux faux amis
Le mot anglais  sequel et le mot français séquelle dérivent évidement de la même racine latine sequel(l)a, mais n’ont pas la même signification dans les deux langues. En anglais "sequel" veut dire « suite » quand il s’agit d'une autre œuvre intellectuelle, donc "Go Post a Watchman" est le sequel de "To Kill a Mockingbird". En français, « séquelle » signifie la suite, mais entendue dans le sens des conséquences plus ou moins tardives et généralement fâcheuses d'une maladie (séquelles de coqueluche), d'un accident (séquelles traumatiques), voire d'un événement (séquelles de la guerre d'Irak).


Voir aussi "prequel" : film ou roman ayant pour thème des évènements antérieurs à ceux d'un film ou d'un roman sorti, la jeunesse ou l'enfance d'un héros célèbre par exemple.

 (Collins Robert French Unabridged Dictionary).

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[1] titre inspiré d'un verset de la Bible : 

 

Car ainsi m'a parlé le Seigneur : 
" Va, place une sentinelle ; 
qu'elle annonce ce qu'elle verra.
(Isaïe, XXI.6) 
 
– en anglais : "Go set a watchman".

 

Quand la traduction s’invite post-mortem

PlaneCrashMap

Plus de trois mois après que l'A320-211 assurant le vol 9525 de la Germanwings se soit écrasé dans les Alpes françaises, le 24 mars 2015, certaines familles attendent toujours le retour des restes de leurs défunts en raison d'erreurs de traduction ou de transcription. Des proches de victimes résidant dans 17 pays ont reçu un courriel de la Lufthansa leur indiquant que l'opération de transfert des restes avait été « temporairement interrompue » pour une période indéterminée, par suite de « nouvelles instructions » qui n'ont pas été précisées.  Selon un responsable français, certains détails, notamment des dates de naissance [1], n'ont pas été correctement traduits en français à partir de la langue d'origine d'une bonne douzaine de documents. En tant qu'autorité habilitée à dresser les actes de décès, M. Bernard Bartolini, maire de la commune alpine de Prads- PradsHaute-Bléone, proche du lieu de l'accident, a reconnu que des certificats présentaient des erreurs de typographie et d'orthographe. Or, il est important que les actes de décès soient dressés avec la plus grande rigueur possible, vu les nombreuses incidences qu'ils peuvent avoir sur le plan juridique. De leur côté, Lufthansa et Germanwings ont promis de hâter les préparatifs pendant que les familles attendent de nouveaux documents. Mais, on ne sait toujours pas quand le nouveau calendrier de retour des restes pourra être établi. « Lorsqu'une date aura été fixée, nous la communiquerons aux familles » a déclaré Heinz Joachim Schöttes, le porte-parole de Germanwings.   « Tous nos efforts visent à donner cette information dans les meilleurs délais. »

 [1]  La traduction des actes de naissance peut être source d'erreurs. Ainsi, l'usage américain consistant à faire figurer le mois avant le jour (ex.: Nine elevenpour le 11 septembre) pourra abuser le traducteur qui ne sait pas (ou qui oublie) qu'il s'agit d'un acte délivré aux États-Unis. À cela s'ajoutent les différences tenant aux calendriers non grégoriens (julien, hébraïque, musulman, etc.) qui, même s'ils sont officiellement abandonnés, n'en continuent pas moins à être suivis par les autorités religieuses qui peuvent être appelées à délivrer certains documents.

D'après "Burials From Germanwings Flight Are Delayed by Paperwork Errors" 
New York Times (NY) (04/06/2015) Clark, Nicola
 
Jean L.

Avis aux lecteurs

Nos fidèles lecteurs savent que le 4 juillet est le Jour de l'Indépendance des États-Unis d'Amérique; ils n'ignorent pas non plus que John Adams et Thomas Jefferson, respectivement deuxième et troisième présidents de l'Union, sont tous deux décédés le 4 juillet 1826, 50ème anniversaire de l'adoption de la Déclaration d'Indépendance de Jefferson.

Adams & Jefferson

                                             John Adams & Thomas Jefferson

 
Readers 3Nous sommes sûrs que que nos lecteurs - et tout particulièrement ceux qui lisent 
LMJ quotidiennement depuis ses débuts – c'est-à-dire depuis cinq ans – doivent avoir été choqués, bouleversés, voire anéantis, en constatant que chaque 4 juillet passait sans qu'il soit fait mention de ce grand événement historique dans le blog. Il nous a donc semblé que nous leur devions des explications. En fait, LMJ prévoit de traiter de cet événement dans son édition du 4 juillet 2026, 200ème anniversaire du décès de deux pères fondateurs. Vos bloggeurs ont le ferme espoir de rester suffisamment jeunes et fringants pour faire en sorte que le blog soit ce jour-là aussi intéressant et dynamique qu'il l'est aujourd'hui, et que les milliers de lecteurs actuels se compteront alors en millions.

Reading-children
Aussi, chers lecteurs, s'il vous plaît, prenez patience. Dans moins de onze  ans, nous promettons de récompenser largement votre patience et votre fidélité.

Jean L. & Jonathan G.

0 LE MOT JUSTE

 

The Fourth of July – The Hand of Providence. 3 minutes

 

Christopher Lee, alias Dracula, est mort

Madeleine
Nous sommes heureux de retrouver Madeleine BOVAnotre collaboratrice
et correspondante fidèle en Italie, 
que a redigé l'article suivant.

 

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LEE 1 L'acteur anglais Christopher Lee est récemment décédé à l'âge de 93 ans. Pendant sa  longue carrière, il a joué dans 280 films et interprété le rôle du parfait vampire à douze reprises au moins. De Dracula au Seigneur des anneaux, il a été tour à tour monstre, détective, cardinal et aventurier.

Par un singulier jeu de coïncidences, les liens du sang LEE 2 ont marqué le destin de Sir Chistopher Lee Carandini, mieux connu, par antonomase [1], sous le nom de comte Dracula, ce Seigneur des ténèbres qui apparaissait vêtu de sa célèbre cape noire et entouré d'un essaim de chauve-souris, selon un rituel immuable.

LEE - Marie CarandiniSon père était un officier de l'armée britannique et sa mère une grande beauté italienne : Estelle Marie Carandini des marquis de Sarzano. Le château de Sarzano a appartenu à Mathilde de Canossa depuis l'an 1000 environ, et faisait partie de l'énorme fortune de Mathilde, princesse lombarde , reine de Lotharingie, qui contraignit l'empereur Henri IV d'Allemagne à attendre trois jours et trois nuits avant d'être autorisé à pénétrer dans son château de Canossa pour y être absous de l'excommunication dont l'avait frappé le pape Grégoire LEE Castello-di-sarzano VII. Encore aujourd'hui, « aller à Canossa » signifie s'humilier solennellement. En 1872, Bismark employa l'expression à propos des relations de l'Allemagne et du Vatican : Nach Canossa gehen wir nicht (Nous n'irons pas à Canossa).

Par sa mère, Sir Christopher Lee Carandini appartenait à la « noblesse noire » de Modène et l'on pourrait ainsi croire que cette ascendance le portait à l'ésotérisme, à l'occultisme, voire à la magie noire. Mais, il n'en est rien. En effet, l'aristocratie « noire » de la riche ville de Modène était celle restée fidèle à la papauté après le 20 juin 1870 (prise de Rome après les combats de la Porte Pia et fin des États pontificaux) et qui avait conservé des charges importantes dans l'administration pontificale. Les titulaires de ces charges revêtaient le sévère uniforme rigoureusement noir, dit « à l'espagnole », qui datait du XVIe siècle et fut porté jusqu'à LEE - Vaticanl'abolition de la cour pontificale par le pape Paul VI, en 1968. Donc, la « noblesse noire » n'avait de noir que l'habit !

<  Des dignitaires vaticans en grand uniforme. 
Le pourpoint noir et la fraise sont à l'honneur !

 

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Modena LEE Modena.2

 La ville de Modène

[1] Trope qui consiste à désigner un individu par le nom du personnage qu'il nous rappelle : un harpagon pour un avare, la Dame de fer, pour Madame Thatcher.  

Les actualités de la Chine


Les Chinois veulent apprendre l'anglais et serrer les liens avec les
États-Unis dans le domaine des livres

 

Rencontre avec 5 millions d’élèves qui s’affrontent pour être la star anglophone de Chine

Le concours d’épellation Scripps National Spelling Bee a eu lieu la semaine du 25 mai aux États-Unis. Même si bien des gens surveillent avec passion l’issue de ce concours qui se déroule au Maryland, à l’autre bout du monde en Chine, des élèves de Beijing s’affrontent pour obtenir un autre titre, celui du meilleur locuteur anglais de Chine.

Des centaines d’élèves du premier cycle du primaire et du secondaire (équivalant à collège et lycée en France) se sont rassemblés dans un établissement situé à une heure de Beijing dans l’espoir de se qualifier pour les championnats nationaux qui auront lieu cet été. Ils rivalisent avec 5 millions d’autres élèves chinois.

Se qualifier pour les épreuves finales nationales, lesquelles se déroulent devant un large public et sont diffusées à la télévision, est une tâche presque herculéenne, qui exige de participer à de nombreuses rondes épuisantes qui durent plusieurs journées. Mais la victoire apporte la célébrité, l’admission à un établissement d’enseignement de qualité et un avenir radieux selon une ancienne finaliste, Michelle Cui.

Jack est un enfant typique parmi les enfants de Beijing présents à ce concours. Ils ont vécu à l’étranger, ont beaucoup voyagé; ils font partie d’une classe moyenne supérieure grandissante. Jack a vécu à Washington D.C. alors qu’il était jeune enfant. Sa mère travaillait à l’ambassade chinoise.

Il a étudié l’anglais à un très jeune âge, m’explique sa mère. L’âge idéal est de deux ou trois ans, me dit-elle, au même âge que les locuteurs de langue maternelle apprennent leur langue.

« Je veux qu’il devienne un ambassadeur entre les deux pays et dans le monde entier. »

 Les concurrents avaient droit à une minute pour impressionner les juges.  En plus de la partie du concours dans laquelle les enfants prononcent des discours, il existe une autre partie où les enfants démontrent d'autres talents: il y a des chansons, des numéros de magie, des chansons jouées à la flûte, de la danse salsa, des experts du cube Rubik et même un hockeyeur en patin. Le samedi, à l’heure du repas du soir, l’une des juges, Hester Veldman, avait l’air épuisée.

« J’ai vu 450 concurrents aujourd’hui. J’ai écouté la chanson de Frozen [1] environ 300 fois », dit-elle.

Il y a des enfants comme Xing Wang, qui préfèrent se faire appeler Harry.

China HarryHarry est petit et porte des lunettes. Il a l’air d’avoir 11 ans, mais en réalité il a 13 ans. Il compense sa petite taille par une grande confiance en lui. Harry n’a jamais vécu à l’étranger. Ses parents ne parlent pas anglais; ils ont quitté la Mongolie intérieure pour s’établir à Beijing il y a cinq ans. Harry a commencé à apprendre l’anglais en troisième année du primaire, ce qui est relativement tard, puisque les élèves de Beijing apprennent l’anglais dès la première année du primaire. Même si l’anglais d’Harry n’est pas parfait, Harry bouillonne d’idées. Il me tire par la manche tellement il a hâte de me dire ce qu’il a préparé pour la partie « talent », ce qu’il finit par faire.

« Aujourd’hui, je vais étudier une partie du discours d’Obama. Son discours qu’il a dit à Chicago. Peut-être que c’était la première fois qu’il était président », m’explique-t-il.

Harry prononce le discours d’Obama et reçoit des applaudissements nourris. Un juge lui lance, « tu devrais te présenter comme président ». Harry s’incline et quitte la scène en courant. Il est radieux. Je lui chuchote une question :

Harry a appris qu’il avait réussi les demi-finales et la finale de Beijing. Il participera aux demi-finales nationales, la dernière étape avant le grand concours télévisé.

Plus tard on voit Harry endormi au fond de la salle.

Harry sleeping

Source: The World in Words, PRI

Traduit par Isabelle Pouliot
http://traduction.desim.ca

 

La Chine est en vedette à la BookExpo America (BEA) 2015 NEW YORK

  BEA 2015

Cet évènement majeur du monde de l’édition s’est amorcé récemment au Javits Center de New York. La Chine y expose près de 10 000 titres publiés par quelque 150 maisons d’édition.

BEA Chinese Pavilion

Des bannières et des affiches faisant la promotion de livres dont le thème est la Chine ou écrits par des auteurs chinois, une cérémonie d’ouverture archibondée où des discours simples ont tout de même suscité une grande couverture médiatique, des jeunes filles vêtues de costumes traditionnels démontrant l’art de servir le thé ou la calligraphie… Tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du Pavillon de la Chine, tout suggère une présence forte et fière d’une puissance émergente du monde de l’édition, laquelle est l’invitée d’honneur du BEA Global Market Forum pour la toute première fois.

Occupant une superficie de quelque 2 300 mètres carrés, le pavillon de la Chine expose un large éventail de publications chinoises sur la politique, l'économie, l'histoire, l'art et la culture, de même que sur le patrimoine des minorités ethniques.

Après Francfort en 2009 et 2012 à Londres, il s’agit de la troisième fois seulement que la Chine est l’invitée d’honneur d’un prestigieux salon du livre d’un pays occidental, a déclaré le ministre adjoint de l’administration générale de la presse, de l’édition, de la radiodiffusion du cinéma et de la télévision, Wu Shangzhi, durant une allocution prononcée au cours de la cérémonie d’ouverture.

Ce salon constitue également le plus grand échange entre les professionnels de l’édition de la Chine et des États-Unis depuis que les deux pays ont rétabli des relations diplomatiques en 1979, a-t-il ajouté.

« Nous espérons que cet événement de trois jours pourra renforcer la coopération bilatérale dans le domaine de l'édition et de la traduction, et donner un nouvel élan aux relations bilatérales et aux échanges et à l'amitié entre les peuples", a indiqué M. Wu, qui est à la tête d'une délégation chinoise composée de près de 500 membres.

Le programme de la Chine « est certainement un point fort du salon cette année », a indiqué le président et directeur général de l'Association des éditeurs américains Tom Allen, les éditeurs américains étant impatients de tenir des conversations professionnelles avec leurs homologues chinois.  « Il y a de grandes possibilités de coopération entre nos deux pays. Nous attendons avec impatience cet échange fructueux d'idées ».

Mo YanDes romans du lauréat du prix Nobel de littérature Mo Yan et du maître de la science-fiction Liu Cixin sont offerts au salon. Cependant, il n’y a environ que 2000 titres traduits en anglais dans tout le salon.

Le manque de traduction empêche l’importation de livres chinois sur le marché américain, ont expliqué des représentants d’éditeurs américains. Les livres traduits du chinois qui traitent des enjeux de ce pays sont populaires sur le marché américain, mais le segment de marché de la littérature chinoise est le parent pauvre de l’édition.

Traduire des œuvres littéraires chinoises dans un anglais correct constitue English-Chinese-translation une mission extrêmement difficile, explique le directeur du marketing de CN Times Books, Paul Mytovich. Sa maison d’édition se spécialise dans la publication d’ouvrages d’histoire, de philosophie, de culture et d’actualité chinoise et publie également des traductions de livres d’abord publiés par la société mère de CN Times Books, Beijing Mediatime Books, et par d’autres éditeurs chinois.

Isabelle_Pouliot (1)Source: China in spotlight as BookExpo America 2015 begins
CCTV.com

Traduit en partie par Isabelle Pouliot – http://traduction.desim.ca

 

 

[1]

 

 

 

Sherry Simon – linguiste du mois de juin 2015


E N T R E T I E N   E X C L U S I F

L'interview suivante a été menée en anglais par Skype entre Los Angeles et Montréal

Sherry Simon Computer
S. S. – l'interviewée   J. G. – l'intervieweur

                     

traduction :Jean Leclercq (original interview in English)

 

Jonathan : Vos parents sont nés à Toronto. Vous avez grandi à Montréal et vous parliez l'anglais à la maison. Vous avez appris le français à l'école, mais ce n'est qu'à l'adolescence que vous vous êtes vraiment familiarisée avec cette langue. Comment cela s'est-il produit ?

Sherry : Ma mère était résolument tournée vers l'avenir… Elle admettait que le français était important à Montréal ! Cela peut paraître banal aujourd'hui, mais j'ai grandi dans une ville qui, en fait, était encore une ville coloniale - avec une minorité anglophone puissante et très autarcique. Ce que certains, à partir des années 1960, ont ressenti comme une évolution intolérable (ceux qui se sont sentis menacés, voire exclus, par une ville francophone) était vécu par d'autres comme une époque d'intense fièvre politique, économique et sociale. Le fait de suivre un cours de français de niveau universitaire alors que j'étais encore au lycée, m'a fait envisager les choses très différemment. J'étais de plus en plus attirée par la culture francophone.

Jonathan : À certains égards, Montréal vous semble comparable à Calcutta. (Plus tard, vous écrirez Villes en traduction : Calcutta, Trieste, Barcelone et Montréal, paru aux Presses de l'Université de Montréal en 2014). Pouvez-vous nous expliquer ?

Sherry : Calcutta et Montréal ont été fondées à la même époque de l'histoire coloniale – 1609 pour Calcutta, 1642 pour Montréal. À l'origine, Montréal est une ville française, puis survient la Conquête de 1759 et Ville-Marie devient Montréal. Les deux villes résultèrent d'une division de l'espace – une zone plus moderne et spacieuse, tranchant sur le reste du tissu urbain. Bien sûr, en Inde, les lignes de partage colonial sont très différentes de ce qu'elles sont au Québec où ce sont deux puissances européennes qui sont en situation de concurrence et où la présence autochtone a été largement occultée. Mais, la configuration linguistique et spatiale de Calcutta et de Montréal obéit aux mêmes principes colonialistes et l'interaction entre les différentes parties de la ville a connu des dynamiques analogues. Ce que j'ai appris, c'est qu'il y avait beaucoup à découvrir dès lors qu'on considérait Calcutta et Montréal comme des villes en traduction. L'histoire de la Renaissance bengalie, telle qu'elle s'est déroulée dans tout Calcutta est à la fois riche et fascinante – c'est l'histoire d'innovations scientifiques et artistiques qui ont été le fruit de l'interaction entre les communautés. Il en est de même, mutatis mutandis, de Montréal. Une histoire culturelle de la ville depuis les années 1940, par exemple, témoigne de l'ouverture de nombreuses nouvelles passerelles entre les communautés de la ville. Des personnalités littéraires comme Mavis Gallant, F.R. Scott ou A.M. Klein ont tissé des liens culturels entre francophones et anglophones — dans le journalisme et la poésieMais il convient de noter que la traduction n'est pas toujours une réussite et qu'il n'est pas inutile d'étudier le cas des traductions loupées.

Jonathan : Vous allez ensuite étudier la littérature comparée à l'université Brandeis, aux États-Unis, puis vous faites votre maîtrise à Paris et vous obtenez un diplôme de l'École Pratique des Hautes Études (EPHE), le tout couronné par un doctorat de littérature comparée de l'Université de Montréal. Votre parcours professionnel est assez inhabituel : d'abord traductrice littéraire, vous passez ensuite à la traductologie. Parmi les fonctions que vous avez occupées figurent celles de professeure au Département d'études françaises de l'Université Concordia et de membre de l'Académie des Lettres du Québec. Dans la longue liste de vos publications figure le livre Translating Montreal: Episodes in the Life of a Divided City qui vous valu de figurer parmi les finalistes du Grand Prix du Livre de la Ville de Montréal. Certains pourront y voir une activité solitaire, mais vos écrits sont cependant largement reconnus, ainsi qu'en témoignent les nombreux prix que vous avez reçus, notamment le Prix André-Laurendeau 2012 qui récompense des travaux en sciences humaines. [1]

Pendant votre brillante carrière, quels progrès avez-vous constatés quant au rôle du traducteur littéraire?

Sherry : L'essor de la traductologie en tant que discipline universitaire est un des succès spectaculaires des trois dernières décennies. La progression a été exponentielle – livres, revues, programmes universitaires, cours d'été, et j'en passe. C'est une matière particulièrement importante en Europe, et la traduction littéraire est de plus en plus considérée comme une activité créatrice. Il me semble que les traducteurs sont, d'une manière générale, mieux reconnus, et cela grâce au magnifique travail accompli par les associations de traducteurs, les grands traducteurs et les milieux universitaires qui accordent davantage d'attention à leurs travaux et les étudient sérieusement. Au Canada, la traduction littéraire jouit d'un soutien de l'État et d'un certain degré de reconnaissance par le grand public. Mais, on reproduit souvent les mêmes platitudes. Il nous faut œuvrer davantage à la reconnaissance de la valeur créatrice de la traduction – non seulement sur la scène canadienne, mais à l'échelon international.

Translation EffectsJonathan : Votre plus récent ouvrage, Translation Effects: The Shaping of Modern Canadian Culture (produit en collaboration avec Kathy Mezei et Luise von Flotow, McGill-Queen's University Press, pp. 496) traite, entre autres choses, du bilinguisme. Pour ceux de nos lecteurs qui ne l'ont pas lu ou qui n'auront pas l'occasion de le lire, pourriez-vous nous dire quelques mots du bilinguisme à la canadienne ?

Sherry : Dans le livre, nous soutenons qu'à bien des égards, le bilinguisme officiel a masqué les réalités multiformes de la traduction au sein de la société canadienne. Et le livre – qui réunit une trentaine d'essais – montre comment la traduction intervient dans de nombreux aspects de la vie littéraire et culturelle – qu'il s'agisse des langues des Premières Nations, des langues des immigrants ou des transactions inégales entre l'anglais et le français. Si le bilinguisme est un élément important de notre identité, et qui permet au pays de fonctionner, il ne s'applique qu'aux réalités juridiques du pays. Les réalités culturelles sont moins lisses, plus inégales, mais aussi à l'origine de nouveaux mélanges.

Jonathan : Alors, pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il consenti de si grands efforts pour promouvoir et protéger le bilinguisme ?

Sherry : Sous sa forme actuelle, le bilinguisme a résulté de l'agitation politique des années soixante. Au Québec, il existe un fort mouvement séparatiste, toujours prêt à resurgir et, dans ces années-là, il était très fort. En promettant une présence française d'un bout à l'autre du pays, le bilinguisme officiel était une réponse à cette crise. Mais, le Canada a aussi une politique multiculturelle qui confère des droits culturels aux différents groupes dits "ethniques". Ces droits sont parfois en opposition les uns avec les autres, ou perçus comme tels. Il est vrai que le bilinguisme officiel est resté en place depuis déjà plusieurs décennies, et qu'il semble avoir bien rempli sa mission. Mais, si le gouvernement a d'abord fait toutes ses traductions dans ses propres services, il les externalise désormais presque toutes et n'assure plus de formation.

Jonathan : Il semble que dans son livre intitulé "Bilinguisme", le Dr Paul Christophersen du Collège universitaire d'Ibadan (Nigeria), ait écrit qu'il est presque impossible à un locuteur soi-disant bilingue d'être à 100% efficace dans les deux langues. 

Sherry : Certes, le parfait bilinguisme n'existe pas. Le bilinguisme est presque toujours asymétrique. Toutefois, il existe beaucoup de Québécois qui "fonctionnent" aussi bien dans une langue que dans l'autre. Généralement, c'est une aptitude orale. L'écrit est une autre histoire. Il y a très peu de gens qui rédigent aussi bien dans une langue que dans l'autre et, par exemple, si beaucoup peuvent tout aussi bien lire dans les deux langues, au Québec, les institutions littéraires demeurent assez séparées. Mais, pour ce qui est du bilinguisme vécu au quotidien, il y a un nombre étonnant de gens qui peuvent s'en prévaloir, notamment à Montréal. Et si les franco-Canadiens ont été jadis "forcés" d'être bilingues, ce sont maintenant les Montréalais anglophones qui sont de plus en plus bilingues. Mais, quant à être à 100% efficace, je dirais que ce n'est pas vraiment un indicateur utile. Qu'est-ce qu'être à 100% efficace quand il s'agit d'une langue ?

Jonathan : M. John Woodsworth, traducteur russe-anglais et auteur d'un rapport remis au gouvernement canadien il y a de nombreuses années, a proposé que Radio-Canada remplace sa formule actuelle de réseaux de télévision distincts en anglais et en français par un réseau unique bilingue, avec un programme quotidien composé d'émissions intégralement ou essentiellement produites au Canada, tantôt en anglais et tantôt en français, avec sous-titrage dans l'autre langue.

Sherry : C'est une idée intéressante, mais qui risque peu de se concrétiser. C'est le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui réglemente ces questions. Or, il y a vingt ans, il a fermé un réseau radiophonique bilingue qui alternait l'anglais et le français. Vu la position du gouvernement actuel à l'égard de la radiodiffusion publique, nous serons déjà heureux de pouvoir conserver un réseau public de radiodiffusion, à plus forte raison, de le révolutionner.

Jonathan : Au cours de ce bref entretien, nous n'avons fait qu'effleurer les intérêts très divers que vous portez aux questions historiques et culturelles qui influent sur les traductions. Toutefois, nous espérons que cela donnera à nos lecteurs une idée de ce qu'ils trouveront dans n'importe lequel des nombreux livres que vous avez écrits. Merci beaucoup.

Laurendeau[1] André Laurendeau (1912-1968), romancier, dramaturge, journaliste et homme politique canadien, il fut l'un des artisans de la Révolution tranquille, ce vaste mouvement intellectuel de transition socio-politique vers un Québec autonome, sécularisé et démocratique. Collaborateur, puis rédacteur en chef du Devoir, le grand quotidien d'opinion montréalais, André Laurendeau a coprésidé (de 1963 jusqu'à sa mort le 1er juin 1968) avec Davidson Dunton, la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, connue également sous le nom de Commission Laurendeau-Dunton. C'est un autre écrivain et journaliste, Jean-Louis Gagnon, qui lui succéda en 1968. La Commission a rendu un volumineux rapport qui a constitué le socle de la politique de bilingusime et de biculturalisme appliquée depuis par le gouvernement fédéral canadien. L'action d'André Laurendeau en faveur de l'éducation des jeunes et de l'émancipation des femmes a si profondément marqué le Québec que plusieurs établissements d'enseignement et distinctions diverses portent son nom.

 

Discours de Mme. Simon en français – 1 heure 25 minutes

 

 

le 15 juin 2015 : 800ème anniversaire de la Magna Carta Libertatum (deuxième partie)

 

Magna carta-Runnymede Memorial  

 

 

"In the United States, Magna Carta … is treated with a reverence bordering on worship by many legislators, scholars and judges. It is considered the basis for many of the principles that form the Constitution and Bill of Rights."

Magna Carta, Still Posing a Challenge at 800
New York Times, June 14, 2015

"A second myth is that it was the first document of its type. Writing in 1908, Woodrow Wilson called it the beginning of constitutional government. But in fact, it was only one of many documents from the period, in England and elsewhere, codifying limitations on government power."

Stop Revering Magna Carta
Tom Ginsburg, New York Times, June 14, 2015

 

Yacine BenachenhouDans la première partie de cet article, notre nouveau collaborateur, Yacine
Benachenhou
, écrivain et traducteur d'arabe, d'italien et d'anglais, a replacé dans son contexte historique la signature par le roi Jean sans Terre des
« Articles des barons », le 15 juin 1215 à Runnymede (Angleterre), tout en faisant allusion à la bataille de Bouvines [1] , qui s'était déroulée l'année précédente, et qui avait permis au roi de France, Philippe Auguste, de conserver tous les territoires de Jean dans le Nord de la France, y compris la Normandie. 


Magna-carta-woodcut

Le roi Jean et les barons à Runnymeade, le 15 juin 1215


Ce fut l'original de la Magna Carta, la Grande Charte  un document dont l'incidence sur la protection des libertés publiques était encore limitée à l'
époque.  Mais, la Magna Carta, écrite en latin et traduite en anglais seulement deux siècles plus tard, est à l'origine de la monarchie constitutionnelle et des libertés fondamentales.

Dans beaucoup de régimes politiques fondés sur l'État de droit, la Magna Carta revêt une grande importance symbolique, et en Grande-Bretagne et aux États-Unis surtout, elle est une référence primordiale en tant qu'acte garantissant l’égalité de tous devant la Loi. 
 
Dans cette seconde et dernière partie, notre distingué collaborateur achève son analyse avec un œil d’historien.

 

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Les attaches françaises de James Joyce

L'art d'être grand-père : un auteur, des chats et des petits-enfants

 

Cindy's cat

L'article qui suit a été rédigé par notre fidèle contributrice, la Professeure Cynthia Hazelton (posant ici avec son chat Ike). Madame Hazelton est née et a grandi aux États-Unis. Elle est diplômée de la faculté de droit de l'Université d'Akron et membre du barreau de l'État de l'Ohio. Cynthia a un mastère en français du Middlebury College ainsi qu'un mastère en traduction de l'« Institute of Applied Linguistics » de Kent State University. Elle y enseigne la traduction juridique, commerciale et diplomatique. 

  Juliette & chat

 

L'article a été rédigé en anglais et traduit en français par Jean Leclercq, dont la petite-fille Juliette pose ici avec son chat Rebus.

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James Augustine Aloysius Joyce
, l'un des romanciers les plus influents du 20e siècle, est né à Dublin en 1882. Vingt ans plus tard, en 1902, il obtient son diplôme d'University College Dublin où il a étudié l'anglais, le français et l'italien. Il s'intalle à Paris pour faire sa médecine, mais rentre peu après au pays lorsque sa mère tombe malade et meurt. La vie est alors dure pour Joyce qui tente de gagner sa vie tout en écrivant sa première nouvelle, A Portrait of the Artist (Portrait de l'Artiste), inspiré de son enfance et de sa jeunesse à Dublin, et qui ne sera publiée qu'en 1916 sous le titre : A Portrait of the Artist as a Young Man (Portrait de l'Artiste Jeune).

James Joyce Pub

  71, bd. Gouvion St. Cyr, Paris 16e

Waterloo, 18 juin 1815

Ce jour il y a 200 ans – 18 juin, 1815

la chute de Napoléon à la bataille de Waterloo (Belgique)

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 « Waterloo, Waterloo, morne plaine »

 

« Au soir du 18 juin 1815, la carrière de Napoléon et le déroulement de la plus grande épopée individuelle depuis celle de Jules César touchaient à une fin certaine. Dans un récit délié de 48 heures qui comptent parmi les plus critiques de tous les temps, Andrew Roberts allie une récente recherche éclairante à une plume extraordinairement alerte pour développer les cinq phases clés de la bataille.

 

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                  Telegraph.co.uk

 « Un nouveau chef d’état-major ; une occasion offensive manquée ; une charge de cavalerie inopinée et inopportune ; un déluge apocalyptique qui, amollissant désastreusement les sols, anéantit les effets du canon colossal de l’empereur ; une myriade de décisions précipitées basées sur des informations insuffisantes : tout cela permit aux armées de Wellington d’arracher la victoire au commandement français. Au-delà des explications purement humaines de la bévue qui coûta son trône à Napoléon, Roberts développe ses enjeux politiques, stratégiques et historiques et montre ainsi pourquoi Waterloo marque un tournant de notre histoire.

 

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« La génération qui suivit Waterloo vit la naissance de la guerre moderne : les batailles à venir se disputeraient avec des moyens infiniment plus effroyables entre des blocs de pouvoir mouvants. Venu le temps de la grande guerre la chevalerie était morte. L’honneur d’uniformes chatoyants, le sens palpable d’élan, d’audace et d’éclat et la qualité esthétique – initiale du moins – de la bataille firent leur dernier tour de danse à Waterloo. »

Amanda Foreman du livre Waterloo
de la plume d’Andrew Roberts
 
http://www.amanda-foreman.com/waterloo.shtml

 

Voir aussi :

Video clip:

 The Battle of Waterloo – Charge of the British Heavy Cavalry

  

 

Note linguistique :

The English expression “to meet your Waterloo” means to arrive at a final decisive contest.

The origin of this phrase is the 1815 battle outside the Belgian town of Waterloo in which Napoleon Bonaparte was finally defeated by forces commanded by the Duke of Wellington. The term Waterloo quickly became synonymous with anything difficult to master.

Arthur Conan Doyle was the first to refer to someone meeting their Waterloo, in Return of Sherlock Holmes, 1905: "We have not yet met our Waterloo, Watson, but this is our Marengo." (This refers to the Battle of Marengo in Italy, in which Napoleon’s forces were surprised by an Austrian attack and came close to defeat.)

That expression was used with a sexual connotation by Jacque Brel (appropriately, a Belgian) in his song, Au Suivant :

   

 

Post Scriptum: France’s revenge – the Fall of the Duke of Wellington 2010

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Napoléon avait prévu que vaincre les Anglais ne prendrait pas plus de temps que de manger son petit déjeuner (Photo: REUTERS)

Houp-là ! Le Duc de Wellington glisse sur les marches de la Chapelle Saint-Georges au château de Windsor à 94 ans.

 

Jonathan Goldberg

 

Note: vous pouvez continuer à lire la suite de cette serie en cliquant sur les liens suivants: partie 2, partie 3.

 

 

 

Rivalités européennes – sur et hors le champ de bataille

"Napoleon has humbugged me, by God".  
The Duke of Wellington, 18 June 1815

 (« Bon sang, Napoléon m'a berné ».
Le duc de Wellington, 18 juin 1815)

  

Cette année marque l'anniversaire de deux batailles importantes : celle de Marignan, en 1515, où les troupes du roi de France François 1er défirent les forces de la Confédération suisse (les fameux Colins-Tampons) [1] et celle de la bataille de Waterloo, en 1815 (époque à laquelle la Belgique actuelle faisait partie du Royaume-Uni des Pays-Bas), où l'action conjuguée des forces du duc Arthur Wellesley de Wellington et du général prussien Gebhard Blücher von Wahlstatt battent Napoléon près de la commune de Waterloo.[2]

Lord Nelson Blucher von Wahlstatt
              Wellington                                                              Blücher