La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG) est un traité de droit international approuvé à l'unanimité le 9 décembre 1948 par l'Assemblée général des Nations unies. Elle est entrée en vigueur le 12 janvier 1951. Son inspirateur et principal rédacteur est Raphael Lemkin, un juriste américain d'origine juive polonaise, qui a créé le néologisme « génocide » dans les dernières années de la Deuxième Guerre mondiale.
Défintion de Genocide selon Article II de la Convention : :
« Le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) meurtre de membres du groupe; b) atteinte à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. e) transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. »
Il existait déjà en français le néologisme populicide créé sous la Révolution française par Gracchus Babeuf pour désigner les massacres des populations civiles de Vendée perpétrés sur ordre de la Convention, terme qui était tombé dans l'oubli.
Le terme génocide est un néologisme forgé à partir de la racine greque γένοςgénos, « naissance », « genre », « espèce », et du suffixe -cide, qui vient du terme latin caedere, « tuer », « massacrer ».
Le terme génocide est apparu pour la première fois dans son étude Axis Rule in Occupied Europe publié en 1944 par la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale, il est introduit au chapitre IX intitulé « Génocide » pour tenter de définir les crimes perpétrés par le gouvernement des Jeunes-Turcs de l'Empire ottoman à l'encontre des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale ceux dont furent victimes les Assyiens en Irak en 1933, puis ceux commis par les nazis à l'encontre des peuples juif, slaves et tzigane durant la Seconde Guerre mondiale.
Appliquant ensuite cette qualification aux crimes contre l'humanite perpétrés par les nazis contre les peuples juif et tzigane durant la Seconde Guerre mondiale, Raphael Lemkin écrit : « De nouveaux concepts nécessitent de nouveaux mots. Par génocide, nous entendons la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique. » Il précisera ailleurs que par génocide, il entend autant les actions concertées pour détruire des groupes dans leur dimension physiques ou raciale, que dans leur existence religieuse, linguistique ou culturelle. Il sera repris dans cette conception par Claude Lévi-Strauss.
Selon le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey, le mot se fait jour en français en même temps qu'il apparaît en anglais. D'abord employé à propos des nazis et de leur « Solution finale » du « problème juif », il se dit de la destruction méthodique ou de la tentative de destruction d'un groupe ethnique, et par extension, vers 1970, de l'extermination d'un groupe en peu de temps.
Source : Wikipedia
Lecture supplémentaire :
Raphael Lemkin and the Concept of Genocide (Pennsylvania Studies in Human Rights) – November 4, 2016
Reflets des bouleversements politiques actuels et de l'importance de la culture populaire, fam, nothingburger et idiocracy sont parmi les derniers mots ajoutés à l'English Oxford Dictionary.
Le dictionnaire, mis à jour quatre fois par an, a publié une liste de près de 350 nouveaux mots de langue anglaise.
Apparu pour la première fois au 16ème siècle, fam, abréviation de famille, est plus communément utilisé de manière argotique à partir des années 1990, principalement dans le hip-hop américain. Rapidement, son sens s'est élargi pour englober les membres d'un groupe et amis proches. Il peut à la fois désigner un individu et des groupes de personnes. L'OED affirme que le mot est plus couramment utilisé en Grande-Bretagne, en particulier à Londres. Fam apparaît par exemple dans les paroles de chanteurs de rap et de grime londoniens tels que Shakka, Stormzy et Lethal Bizzle.
Nothingburger, utilisé pour la première fois par un chroniqueur people hollywoodien en 1953, est un terme souvent repris en politique ou dans la presse pour désigner quelque chose qui semble important à première vue mais n'a en réalité aucune substance.
L'OED note également un changement dans notre manière de parler de cinéma, notamment pour décrire des jeux d'acteurs et des choix de réalisation particuliers. Apparaissent ainsi les adjectifs bergmanesque et spielbergian, faisant référence au jeu d'actrice d'Ingrid Bergman et au style de réalisation de Steven Spielberg. Tarantinoesque, terme renvoyant au travail de Quentin Tarantino, a été utilisé pour la première fois en 1994 après la sortie de Pulp Fiction. Il décrit notamment l’utilisation par le réalisateur de violences graphiques et stylisées, de dialogues corrosifs et d’intrigues sinueuses.
Quentin Tarantino
Steven Spielberg
Ingmar Bergman
Entre autres ajouts notables, on peut citer alt-right, abréviation de alternative right (que l'on peut traduire par droite alternative, terme désignant la frange la plus virulente de l'extrême droite américaine). Idiocracy (idiocratie en français) décrit une société d'idiots gouvernée par des idiots, ou un gouvernement de personnes considérées comme stupides ou ignorantes.
Notre intervieweur, J.T. Mahany est traducteur de littérature française et enseigne la rhétorique et l'écriture. En 2015, il a traduit Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, d'Antoine Volodine (PostExoticism in Ten Lessons, Lesson Elven). Sa traduction de Bardo or not Bardo, de Volodine également, lui a valu le premier prix Albertine en 2017.
Notre interviewé, Michael A. Orthofer est né en Autriche, il vit aujourd'hui dans l’État du Massachusetts. Il est sans aucun doute le lecteur et critique littéraire le plus prodigieux et prolifique que l'on pourrait espérer rencontrer. Depuis 1999, il a publié sur son site, Complete Review, plus de 4.200 critiques de livres d'une centaine de pays différents et de 76 langues différentes – une moyenne de 200 livres par an. Le New York Times Book Review a qualifié son site « d'une des meilleures destinations littéraires du Web ». En 2016, Orthofer a consigné les critiques alors disponibles sur son site dans un livre intitulé The Complete Review Guide to Contemporary World Fiction (Colombia University Press). Il a été juré pour le Best Translated Book Award et le Prix de Traduction des Forums Culturels Autrichiens, il est aujourd'hui membre du National Book Critics Circle.
Nous étions curieux de savoir comment il est possible de lire, d’absorber et d’analyser autant de romans dans autant de langues à un niveau aussi élevé. Nous espérons que l’entretien qui suit donnera une réponse au moins partielle à cette question.
L'entretien a été mené en anglais et traduit par la traductrice littéraire, Océane Bies, une de nos traductrices du mois d’avril 2017.
J.T.M : Combien de temps avez-vous vécu en Europe ? Et quand avez-vous déménagé aux États-Unis ?
M.A.O : Je suis arrivé aux États-Unis à l'âge de six ans ; j'ai fait quasiment toute ma scolarité là-bas, mais je retournais en Autriche tous les étés. Ces dernières décennies, j'étais principalement basé aux États-Unis mais j'ai aussi pas mal vécu en Europe et à l'étranger, par période d'un an à chaque fois.
J.T.M : Vous avez rédigé la critique d'un certain nombre de livres de langues étrangères non encore traduits en anglais. Y a-t-il une œuvre ou un auteur inconnu des anglophones que vous aimeriez particulièrement voir traduit en anglais
M.A.O : Trop pour les citer tous. Bien sûr, ce que j'aimerais vraiment voir traduit, ce sont tous ces livres que je n'ai pas encore lus (et ne peux bien souvent pas, car ils n'ont pas été traduits dans une langue que je peux lire…), ou ceux dont je n'ai même pas entendu parler… D'ordinaire, ceux qui m'apparaissent comme une évidence (parmi ceux que je connais) sont les gros ouvrages : les dix tomes de Kelidar, de Mahmoud Dowlatabadi (les deux premiers ont été traduits en allemand et je les ai lus, mais le reste…) ; les cinq tomes de Zastave de Miroslav Krleža ; davantage de livres de Hideo Furukawa (comme アラビアの夜の種族) et son adaptation du Dit du Genji ; les sept tomes de Het Bureau, de J.J. Voskuil ; Borges, les monumentales mémoires posthumes d'Adolfo Bioy Casares (mais la version originale de 2006, pas la version abrégée). Bien sûr, il existe autant de plus petits ouvrages tout aussi intéressants, sans parler de toute la littérature de langues, de cultures, de périodes trop peu traduite en anglais et de manière générale. Mais compte tenu de la faible proportion de traductions anglaises disponibles sur le marché, j'ai bien peur que ma liste soit sans fin.
J.T.M : En tant qu'aspirant polyglotte, je suis carrément bluffé par votre répertoire linguistique. Comment connaissez-vous autant de langues ?
M.A.O : J'ai bien peur qu'une grande partie de mes connaissances reste très (très) rudimentaire et approximative (je m'applique surtout à décoder l'écriture – c'est à dire à lire – plutôt que la communication), et je suis loin de faire le nécessaire pour progresser. Une base solide facilite grandement les choses : à l'école et pendant mes études – disons entre l'âge de quinze et vingt cinq ans –, j'ai suivi les cours d'introduction d'au moins six langues étrangères, et bien que je m'en sois tenu aux bases pour la plupart d'entre elles, il m'est resté suffisamment de notions pour les mettre à profit dans mon travail de recherche et d'écriture (à commencer par l'apprentissage des différents alphabets – cyrillique, devanagari, grec, kanji/hiragana/katakana). Rechercher des informations et des critiques sur Internet est un moyen très pratique d'acquérir un certain niveau d'assurance en se familiarisant avec des éléments de langage plus digestes que lorsqu'on s'attaque à un livre entier. (Google-translate étant également d'une grande aide pour les points plus épineux.)
J.T.M : Pour les livres écrits dans une langue que vous ne parlez pas et n'ayant pas de traduction anglaise, j'ai cru comprendre (d'après les sources de toutes vos critiques) que vous lisiez la version allemande. Cela affecte-t-il votre réception de l'ouvrage ?
M.A.O : Allemande et parfois française – tout dépend de ce que j'arrive à dénicher. Pour la lecture, je suis aussi à l'aise en allemand qu'en anglais, mais bien sûr le ressenti d'une traduction est souvent très différent de l'original – bien que dans la plupart des cas, pas tellement plus que de lire deux traductions anglaises différentes du même livre. En revanche je ne me sens pas aussi à l'aise en français, donc en fonction de l'auteur ou du livre, j'ai souvent le sentiment/la crainte de passer à côté de quelque chose (plus au niveau du style que du sens, mais quand même…)
J.T.M : Y a-t-il des traducteurs (vers l'anglais ou l'allemand) que vous admirez tout particulièrement ?
Il y en a plein – bien que question traductions à proprement parler, il s'agit souvent d'une appréciation au cas par cas : beaucoup de traducteurs traduisent une grande variété de textes et ne sont pas nécessairement aussi confortables disons avec de la fiction classique qu'avec du polar moderne. Comme c'est le cas avec des éditeurs bien spécifiques et des publications bien menées, pas mal de traducteurs sont de précieux guides pour m'aider à choisir quel livre ou quel auteur pourrait m'intéresser : s'ils ont accepté de consacrer du temps et de l'effort à la traduction de untel, alors c'est qu'il en vaut la peine. (Bien sûr, il faut faire preuve de prudence avec cette méthode, surtout pour la littérature populaire contemporaine : par exemple, les auteurs/titres que traduit Margaret Jull Costa méritent largement que l'on s'y intéresse… mais c'est sans compter ces livres de Paulo Coelho…) J'hésite à choisir, mais s'il y a bien un traducteur que j'admire, c'est John E. Woods, capable de maîtriser avec une grande habileté aussi bien Thomas Mann et Arno Schmidt qu'Alfred Döblin et Christoph Ransmayr, pour ne citer qu'eux.
J.T.M : Vous dites qu'une de vos ambitions serait de venir à bout de Zettels Traum, d'Arno Schmidt. Je partage la même ambition ; une copie de la version anglaise repose lourdement sur ma table basse depuis deux ans maintenant. Avez-vous avancé dans votre lecture ?
M.A.O : Avec ce livre-là, toute avancée semble relative. Dans l'idéal, j'aimerais consacrer plusieurs semaines à ne rien faire d'autre – je veux dire rien du tout, aucune distraction de quelque sorte que ce soit –, seulement (?) le lire, de la première à la dernière page. J'ai survolé la version originale, mais je suis très loin d'en avoir ne serait-ce qu'effleurer la portée. Et j'ai aussi la traduction de Woods à lire en parallèle…
J.T.M : Comment choisissez-vous les livres dont vous rédigez les critiques ? Avez-vous certains critères de sélection ? Est-ce une question de préférences personnelles ?
M.A.O : C'est avant tout une question de préférences personnelles, absolument – mais bien sûr, tout dépend des livres auxquels j'ai accès. Je fais beaucoup de critiques de publications récentes car les éditeurs ont la générosité de m'envoyer des exemplaires. Je les ai à portée de main et s'ils me paraissent intéressants, alors j'essaie de m'y atteler. J'ai aussi tendance à suivre des auteurs sur lesquels j'ai déjà travaillé. Et puis certains types de livres sont plus susceptibles d'attirer mon attention, ou c'est moi qui vais essayer de les dénicher – y compris les plus insolites, au sens le plus large du terme : les romans en vers, les traductions de langues rares, tout ce qui vient de l'Oulipo… L'accès reste le plus gros problème – beaucoup de livres dont j'aimerais faire la critique sont tout simplement difficiles à trouver –, tandis que la surabondance de choix est un autre obstacle de taille – j'ai beaucoup trop de piles de beaucoup trop de livres que j'aimerais éplucher mais ne peux pas (encore…?), faute de temps. Même le format compte : le traditionnel livre de poche grand public (plus petit) est de loin mon préféré, et plus susceptible d'être pioché dans ma pile que l'horrible format broché trop grand et trop souple ou l'encombrant exemplaire relié ; les livres numériques sont plus faciles à trouver mais quasi insupportables à lire. Mais je ne peux pas faire le difficile, le plus souvent il faut prendre les livres comme (et si…) ils se présentent. Et en fin de compte, c'est surtout le texte qui importe, mais oui, j'adore le bon petit livre de poche de Monsieur Tout-Le-Monde, et j'aimerais que tout existe dans ce format.
J.T.M : Quand vous rédigez une critique, lisez-vous d'abord ce qui a déjà été écrit ou préférez-vous travailler libre de toute influence ?
M.A.O : Je suis toujours à l'affût d'informations sur des livres qui pourraient m’intéresser, par conséquent je lis des critiques (de confrères américains ou étrangers) de titres dont j'ai entendu parler et je passe au crible toutes les pages Internet de critiques littéraires à la recherche de ceux qui m'ont échappés, ce qui peut m'aider à me décider pour tel ou tel livre. Quand j'ai trouvé un livre à lire et (très certainement) analyser, alors j'ai tendance à garder mes distances avec les autres critiques, attendant d'avoir terminé mon propre travail d'écriture pour les rassembler.
J.T.M : Avez-vous de nouveaux projets de publications pour votre rubrique « Complete Review Fiction » ?
M.A.O : Hélas, cette rubrique était l'une des plus ambitieuses du site à ses débuts – et j'adore toujours l'idée de l'alimenter –, mais comme pour la négligée « Quarterly », c'était tout simplement trop à gérer pour un seul homme. (J'ai également réalisé que de manière générale j'avais peu ou pas d'intérêt à assurer un véritable travail éditorial.) J'ai donc décidé qu'il était préférable de limiter le contenu du site aux critiques (le cœur du site) et à l'actualité littéraire (le « Literary Saloon »). Ça me plairait de reprendre un jour, mais mes projets actuels d'écriture sont bien distincts du site.
L'article qui suit a été rédigé par notre fidéle collaboratrice, Joëlle Vuille. Diplômée en droit suisse et titulaire d'un doctorat en criminologie, Joëlle est actuellement chargée de recherche à l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne.
Joëlle est l'auteure de plusieurs articles que nous avons publiés au fil des années, entre autres : « Les mots anglais du mois : Manterrupting, mansplaining & manspreading », mots qui reflètaient des usages sexistes, souvent l'apanage des hommes. Cette fois-ci, honneur à ces mêmes hommes, avec une série de néologismes intéressant spécifiquement ces messieurs.
Bromance est un mot valise composé de « bro », une abréviation familière de « brother », et de « romance » (« bromance » est employé tel quel en français, au féminin : une bromance). Dans une recherche scientifique sur le sujet, la « bromance » a été définie comme une « highly close and intimate friendship, where both parties are emotionally invested in each other’s well-being » [1] . Une bromance s’exprime usuellement par des marques physiques d’affection, tel que le « hug ». Deux hommes étant dans une « bromance » peuvent d’ailleurs parfois se donner un « bro hug » [2], défini comme une accolade virile entre deux hommes hétérosexuels se saluant, se disant au revoir ou se congratulant de quelque chose. Barak Obama et son ancien vice-président Joe Biden, par exemple, ont une relation qui a souvent été qualifiée de « bromance » [3] , tout comme David Beckham et Gary Neville, Matt Damon et Ben Affleck[4], ou encore les anciens présidents américains John Adams et Thomas Jefferson [5] A noter que l’adjectif « bromantic » [6] est également régulièrement employé dans la presse anglophone [7].
Le concept de bromance semble dériver de la tolérance toujours plus grande de l’homosexualité masculine dans les sociétés occidentales modernes ; il est désormais acceptable pour deux hommes d’exprimer de l’affection l’un pour l’autre sans craindre d’être traité de « gay ». Impliquant des échanges émotionnels sur des sujets délicats, la bromance encourage les hommes à développer des relations au sein desquelles ils peuvent révéler leurs vulnérabilités ou leurs anxiétés. Battant en brèche les représentations traditionnelles toxiques sur la masculinité, le concept de bromance pourrait ainsi contribuer à diminuer le risque de violence et de suicide chez les jeunes hommes, et à améliorer leur santé mentale de façon générale. [8]
Selon comment évolue la bromance entre deux hommes, il se pourrait qu’un jour l’un considère l’autre comme son « frenemy ». Mot porte-manteau de « friend » et « enemy », frenemy désigne la personne (homme ou femme) avec laquelle on entretient des relations amicales tout en étant un rival ou un concurrent. Apparu pour la première fois par écrit en 1953, le mot frenemy peut désigner aussi bien une relation personnelle que professionnelle, entre des individus, des entreprises ou même des Etats [9]. Pour des couples de frenemies célèbres, on pensera notamment à Lindsey Graham et Donald Trump, Beyoncé et Kim Kardashian, ou encore à Colonel Hogan et Colonel Klink dans la série Hogan’s Heroes (connue dans le monde francophone sous le titre de « Papa Schultz »). En termes plus abstraits, on pourrait aussi dire que la presse et les politiciens de façon générale entretiennent des relations de frenemies [10] . Une variante (moins fréquente, semble-t-il) est le porte-manteau « brenemy», contraction des mots « brother » et « enemy ».
J’ai lu pour la première fois le mot « himpathy » dans une lettre à l’éditeur publiée dans la revue scientifique « Science » [11] . Dans leur missive, les auteurs dénonçaient le soutien apporté par de nombreuses personnalités du monde scientifique à un professeur de biologie de l’Université de Californie à Irvine, Francisco Ayala, poussé à la démission après avoir été mis en cause pour des comportements inappropriés envers le sexe dit faible [12] . La « paternité » du terme « himpathy » est attribuée à une professeure de philosophie de l’université Cornell, Kate Manne, pour désigner l’empathie disproportionnée et inappropriée dont semblent jouir les hommes puissants lorsqu’ils sont accusés, de façon crédible, d’agressions sexuelles, de violence domestique ou même de meurtre [13]. Fait preuve de « himpathy » celui (ou celle) qui met en avant la réussite professionnelle de l’accusé et les conséquences dramatiques que peut avoir la dénonciation sur sa vie privée et sa carrière, en passant sous silence les conséquences que le crime et la procédure judiciaire (ainsi que l’exposition médiatique) auront sur la victime des faits allégués. On pensera notamment aux déclarations de Donald Trump [14] et d’autres commentateurs [15] au sujet de Brett Kavanaugh, accusé d’agression sexuelle par plusieurs femmes durant sa procédure de confirmation comme juge à la Cour suprême américaine. A l’heure où le mouvement #MeToo prend toujours plus d’ampleur, nul doute que la démonstration de « himpathy » envers les accusés deviendra également plus fréquente.
[14] “I feel so badly for him. This is not a man who deserves this.” Voir https://www.nytimes.com/2018/09/26/opinion/brett-kavanaugh-hearing-himpathy.html
[15] Certains se sont par exemple demandé si une agression sexuelle commise adolescent devrait mettre en péril la carrière future de l’agresseur. (Ari Fleischer, Press secretary sous George W. Bush).Why Kavanaugh should make men question 'himpathy', CNN
L’article qui suit, traitant de deux hommes de lettres irlandais, Oscar Wilde et George Bernard Shaw, a été rédigé pour le blog par Colman O’Criodain et traduit par son épouse, Magdalena Chrusciel. Colman, natif d'Irlande, comme ces deux auteurs, travaille aux Fonds mondial pour la nature (WWF), depuis Nairobi, en tant que manager de la politique globale des espèces sauvages. Colman a vécu en Belgique, Suisse et France. Grand fan de Wilde aussi bien que de Shaw (et de ce dernier en particulier), il consacre son temps libre à la lecture. Passionné de théâtre en général, de cinéma, de musique classique, d’histoire et de gastronomie, il a écrit et publié un livre pour jeune public, The Master’s Book, sous le nom de plume Philip Coleman.
Magdalena, notre contributrice fidèle, a été notre « traductrice du mois » de mars 2013. Elle a grandi à Genève et y a fait des études qu'elle a ensuite poursuivies à l'université de Varsovie. Revenue en Suisse et diplômée de l'E.T.I. de Genève, elle possède une palette linguistique aussi large qu'originale avec la maîtrise de quatre langues : polonais, russe, français et anglais. Elle est traductrice-jurée et mène également des activités d'enseignement et de formation professionnelle.
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Amuse-bouche du blogue :
Oscar Wilde a écrit une lettre à Edmond de Goncourt en français en décembre 1891 :
« On peut adorer une langue sans bien la parler, comme on peut aimer une femme sans la connaître. Français de sympathie, je suis Irlandais de race, et les Anglais m’ont condamné à parler le langage de Shakespeare. »
Oscar Wilde, selon son amie Ada Leverson : « Oscar est aussi bien connu que la Banque d'Angleterre, mais un tantinet moins solvable. »
Quand George Bernard Shaw envoie à Winston Churchill des billets pour la première de sa pièce de théâtre Pygmalion, le dramaturge écrit : « Venez avec un ami. Si vous en avez encore. »
Churchill répondit « Impossible d'assister à la première, mais je serai là pour la seconde représentation – s'il y en a une. » [1]
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Il est facile de comprendre pourquoi de nombreux amoureux de la littérature et du théâtre ont tendance à comparer Oscar Wilde[2] et George Bernard Shaw[3]. Un grand nombre de similarités sont évidentes. Tous les deux sont nés à Dublin (Shaw moins de deux ans après Wilde) et ont grandi à une vingtaine de minutes de marche l’un de l’autre. [4] Tous deux sont des géants de la littérature qui ont contribué à définir notre conception de la dramaturgie anglaise de la fin du dix-neuvième siècle et pour ce qui concerne Shaw, des premières années du vingtième. Et tous les deux sont surtout très réputés pour leur esprit incisif.
Le 11 novembre 1918, à11 heures, un armistice mit fin à la Première Guerre mondiale, surnommée en anglais The Great War ou The War to End all Wars [1] Le 11 novembre prochain, à 11 heures, les cloches de toutes les églises de France sonneront pendant 11 minutes, comme ce fut le cas le 11 novembre 1918 lors de l'Armistice de la Première Guerre Mondiale. Cet anniversaire, célébré chaque année dans les pays alliés, s'appelle Veterans Day, Remembrance Day ou Poppy Day dans les pays anglo-saxons.
Pourquoi ce jour de souvenir s'appelle-t-il, entre autres noms anglais, Poppy Day (le Jour du Coquelicot)? Parce que les champs de bataille de la Belgique, de la France et de Gallipoli (les Dardanelles) étaient couverts de sang et cette fleur rouge est devenue le symbole de cette saignée.
Nous accueillons chaleureusement notre nouvelle contributrice, Françoise Le Meur, parisienne et ancienne responsable financière reconvertie il y a trois ans dans la traduction.
Ses hobbies sont, entre autres, la lecture (littérature surtout), les voyages dans le monde entier et les langues…
Originaire de Cornouaille, elle réapprend depuis trois ans la langue de ses parents afin de renouer avec ses racines celtiques.
On vous raconte la fin d’un film que vous avez prévu de voir ce soir ? On vous donne les résultats d’un match de foot que vous n’avez pas pu regarder en direct ? Décidement, on tient à gâcher votre soirée. Dites donc à cet indélicat : « Thanks for spoiling my evening !! »
Le verbe anglais « to spoil » [gâcher] [1] donne le substantif « spoiler » qui se retrouve mis à toutes les sauces, métaphore culinaire s’il en est car nos lecteurs avisés auront reconnu en filigrane le diction anglais « Too many cooks spoil the broth. » [Trop de marmitons gâtent la sauce.].
1 « Spoiler alert »
Définition : Information divulguant prématurément un élément clé de l'intrigue ou le dénouement d'une œuvre de fiction, gâchant ainsi l'effet de surprise ou le plaisir de la découverte.
Le terme « spoiler » a été introduit dans les premiers temps d'Internet et a pris de l'importance dans les groupes de discussion sur les réseaux sociaux. Les règles initiales de la nétiquette insistaient sur le fait que les « spoilers » devaient normalement être évités, mais si la divulgation d'une information était inévitable, elle devait être précédée d'un avertissement tel que « SPOILER ALERT », ou bien le « spoiler » lui-même devait être masqué afin que seuls puissent le voir ceux qui voulaient connaître à l’avance la fin du film ou de l’histoire.
Exemple : Dans ses articles, Wikipédia divulgue des « spoilers » sans prévenir, notamment avant 2006. Matthew Prichard, le petit-fils d'Agatha Christie, a critiqué Wikipédia pour avoir donné des « spoilers » de la pièce « The Mousetrap » (La Souricière). Andrew Jarecki, le producteur du documentaire Catfish, a soutenu que Wikipédia devrait avoir au moins des « alertes de spoiler », du genre : « Spoiler Alert: This review assumes that the reader is familiar with the story of King Kong including the ending.»
Ainsi l’intrigue de Catfish avait été affichée sur Wikipédia avant sa sortie en salle parce que le film avait été projeté au Sundance Film Festival en 2010. 1
Le site Internet MovieIMDB s'efforce d’empêcher son public de tomber sur des fins inattendues à l'aide d'un bouton protégeant la vue des passages révélateurs à moins de déplacer un curseur sur le texte. [2]
Traduction : En France, l’avertissement couramment utilisé est : « Attention, spoiler ! » Un essai de traduction de « spoiler » pourrait être « révélations sur l’intrigue » ou « révélations sur le dénouement ».
Le spoiler « vend la mèche » au grand dam de celles et ceux qui adorent être tenus en haleine par un suspense insoutenable !
En mai 2014, l'Office québécois de la langue française a proposé le terme « divulgâcheur » pour traduire « spoiler ». Créé à partir de « divulgateur » et « gâcheur », ce mot-valise ne semble guère avoir eu de succès, du moins en France.
2 « Spoilsport»
Le premier usage de ce terme remonte à 1785, le « spoilsport » étant celui qui gâche l’amusement (un des sens de « sport ») ou le plaisir d'autrui par ses actes, ses attitudes ou sa conduite dans un jeu, lors d’un évènement social ou toute autre occasion. Traduction : rabat-joie (très proche de l’anglais « killjoy »).
Une autre acception assez proche serait : trouble-fête ou empêcheur de tourner en rond dans le sens de « personne gênante ».
3 « Spoiler party »
Un « spoiler party » est un troisième parti politique formé pour détourner les suffrages de l'un des deux principaux partis, gâchant ainsi ses chances de remporter une élection.
Corrélativement sur le même thème, le « spoiler effect» dans les élections américaines représente l'effet présumé créé par le système actuel de vote à la pluralité des voix existant aux États-Unis. Cet avantage repose sur la théorie selon laquelle ne pas voter pour les autres partis et pour les indépendants signifie éviter « de gaspiller des voix » ou de diviser le vote, ce qui entraînerait un résultat électoral non désiré. C’est la notion de « vote utile » que rabâchent les politiciens soucieux de convaincre les électeurs indécis de leur accorder leurs voix.
Exemple : L'élection présidentielle américaine de 2000 est souvent citée comme exemple de ce « spoiler effect ». Lors de cette élection, le candidat démocrate Al Gore a obtenu plus de voix que George W. Bush, le candidat républicain, mais a perdu au collège électoral. Dans l'État de Floride, le décompte final des voix a indiqué que G Bush avait seulement 537 voix d’avance sur Al Gore. L’ayant emporté sur ce dernier en Floride, G Bush a gagné l’investiture dans cet État et obtenu plus de voix au collège électoral devenant de ce fait président des États-Unis.
Les partisans d’Al Gore ont alors affirmé que si le candidat libéral Ralph Nader ne s’était pas présenté, la majorité des 97421 voix qu'il avait obtenues en Floride se serait reportée sur Al Gore. Ils soutiennent donc que la candidature de Nader a « gâché » l'élection d’Al Gore en le privant d’assez de voix en Floride pour assurer la victoire de G Bush. [3]
Le système est parfois résumé, sous une forme extrême, comme suit : « Tous les votes pour toute personne autre que celle ayant la deuxième place sont des votes pour le vainqueur ».
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Cet article a été redigé avec l'aide de Jean-Paul DESHAYES
[1] Le verbe anglais « to spoil » a une autre connotation bien connue, à savoir gâter, par exemple « The parent spoils his child » [Le parent gâte son enfant]. Voir aussi l'expression anglaise « spare the rod, spoil the child » [qui aime bien châtie bien].
Ce mois-ci, nous recevons Nana Mouskouri qui a démontré de remarquables talents linguistiques dans le domaine de la chanson. Tout au long d'une extraordinaire carrière, « la chanteuse aux 350 millions d'albums » a su saisir les sonorités et les rythmes de nombreuses langues : le français, l'anglais, l'allemand, le néerlandais, l'italien, le portugais, l'espagnol, l'hébreu, le gallois, le mandarin, le corse, sans oublier son grec natal. Elle a rempli des salles de concert dans le monde entier, de la Nouvelle-Zélande au Japon, et a chanté en duo avec d'autres interprètes de renommée universelle, dont Michel Legrand, Joan Baez, Julio Iglesias et Harry Belafonte. Selon certaines estimations, elle aurait vendu plus de disques qu'aucune autre musicienne de l'histoire.
L'un de ses succès les plus connus, « Je chante avec toi Liberté », enregistré en 1981, est sorti en quatre autres versions - anglaise, « Song for Liberty » ; allemande, « Lied der Freiheit », espagnole : « Libertad » et portugaise : « Liberdade ».
L'autobiographie, Nana Mouskouri, La fille de la Chauve-souris, mémoires (Éditions XO, 2007) a été traduite en anglais. (Memoirs, Orion Publishing, 2007).
Votre fidèle serviteur avait écrit à Mme Mouskouri avant sa venue à Los Angeles en avril dernier, mais il n'avait pu la rencontrer à ce moment-là. Après sa tournée aux États-Unis et au Canada, Nana a pris la peine de lui téléphoner et même de lui chanter une chanson, dans son style inimitable, afin qu'il n'y ait aucun doute quant à son identité Elle a tout aussi gentiment accepté de se prêter à l'interview qui suit.
Jonathan G.
J.G. : À Athènes, dans votre jeunesse, votre père était projectionniste dans un cinéma. Dès votre enfance, vous avez donc visionné des comédies musicales telles que The Wizard of Oz (Le Magicien d'Oz, 1939) ainsi que d'autres films cultes comme East of Eden (À l'est d'Eden, 1952) etRebel without a Cause (La Fureur de vivre, 1956). Il semble que ce contact précoce avec des productions américaines vous ait conduite à accorder plus d'importance à l'anglais qu'au français, pourtant la seule langue étrangère que vous ayez apprise à l'école. La preuve en est qu'en février 1961, lorsqu'à 27 ans vous avez rencontré Charles Aznavour, vous avez conversé plus aisément avec lui en anglais. Pouvez-vous dire à nos lecteurs comment vous avez d'emblée acquis la maîtrise de l'anglais ?
Avant toute chose, j'aimerais vous confier que je ne maîtrise aucune langue, mais je continue ẚ apprendre pour enrichir ma manière de parler, et c'est un grand honneur de pouvoir communiquer dans la langue du pays que je visite et respecter en même temps les textes des chansons que je chante. Ainsi mes compagnons de toute une vie de voyages ont été et restent les dictionnaires, en plusieurs langues !
Le cinéma et les films m'ont beaucoup aidée à écouter différentes langues, des accents qui me fascinaient, dans le son des voix et les expressions des artistes que j'admirais. La musique me remplissait d'émotions diverses et surtout me faisait rêver et plonger plus profondément pour comprendre. Je respectais leur diversité qui les rendait uniques.
Plus tard j'ai pris des leçons d'anglais avec un monsieur qui avait perdu la vue en servant comme Officier dans la Marine anglaise. Il était grec d'origine et il avait pris sa retraite en Grèce avec sa sœur, et pour passer le temps il donnait des leçons d'anglais.
L'apprentissage était très acoustique avec lui, nous lisions de tout, il connaissait la grammaire par cœur, il fait partie de mes grandes rencontres. Et puis la musique m'a aidée en écoutant les chansons pour les apprendre. Avec humilité et en accordant un profond respect au chant et à la musique dans chaque style, avec son expression et sa culture. Gospel, classique, pop, ballades, rock, jazz tradition, « Laïkó » comme chez nous en Grèce.
J.G. :Cette rencontre fortuite avec Aznavour s'est produite lorsque vous vous êtes rendue pour la première fois à Paris afin de rencontrer Louis Hazan, le P.-D.G. de Fontana Records. Celui-ci vous a incitée à améliorer votre français en vous envoyant un gros magnétophone et des exercices de prononciation. Combien de temps vous a-t-il fallu pour chanter des chansons françaises en en saisissant tout le sens et en ayant suffisamment confiance en vous ?
Charles Aznavour reste un grand maître pour moi et un ami sincère [1]. J'ai toujours eu beaucoup à apprendre de Charles, qui fait ce métier depuis l'âge de 13 ans, et jusqu'à aujourd'hui. J'ai une grande admiration pour lui.
Louis Hazan m'avait invitée à Paris après être venu m'écouter au festival d'Athènes suite au succès du film Jamais le dimanche en 1959 avec la grande artiste Mélina Mercouri réalisé par Jules Dassin, qui a reçu la Palme d'Or au Festival de Cannes avec la musique du compositeur Manos Hadjidakis, qui a aimé ma voix et m'a fait chanter dans un film allemand, « Grèce pays de rêves ». Et c'est Louis Hazan qui m'a poussée à apprendre le français.
Mélina Mercouri
Manos Hadjidakis
Nana &Louis Hazan
J.G. : Je crois comprendre que vous avez acquis une excellente maîtrise chantée non seulement de l'anglais et du français (sans parler bien évidemment du grec), mais aussi de l'espagnol et de l'allemand. Vous avez aussi chanté dans d'autres langues que vous ne prétendez pas maîtriser. Voudriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet.
J'ai toujours eu envie de chanter dans d'autres langues et déjà à mon arrivée à Paris, j'ai pu dire que je chantais en espagnol et italien, langues latines à la mode dans les années cinquante-soixante en Grèce et en Europe. Mais ce sont les pays qui m'ont demandé de chanter dans leur langue. J'ai accepté, et petit à petit, je me suis retrouvée dans beaucoup de villes et de pays, en commençant par New York, avec Quincy Jones, mon grand maître et ami. J'ai tout appris de lui et surtout comment garder ma sincérité. Irving Green, le Président de Mercury Records, dont Quincy était l'adjoint, m'a beaucoup soutenue à mes débuts aux États-Unis.
Quincy Jones & Irving Green
J.G. : Nous avons conversé en anglais et j'ai eu l'impression que vous choisissiez de conserver un léger accent grec. Or, dans les langues que je connais (anglais, français, espagnol et hébreu), votre voix me semble exempte de tout accent dans la quasi-totalité des cas (à la différence de Charles Aznavour ou de Michel Legrand et d'autres encore qui conservent l'empreinte de leur langue maternelle lorsqu'ils chantent en anglais ou dans d'autres langues). Comme au fil de votre carrière, vous avez élargi votre répertoire, en chantant en allemand, en espagnol, etc., comment avez-vous acquis un phrasé aussi parfait ? Avez-vous eu un(e) orthophoniste dans chaque langue ?
Mon accent est là quand je parle car c'est naturel, mais après Quincy, j'ai eu un autre maître pour toutes les langues, en commençant par la langue française, avec André Chapelle, mon producteur depuis 1964 jusqu'à aujourd'hui. Il a su me guider en français, et quand nous devions enregistrer dans d'autres langues, nous nous rendions spécialement dans le pays, où il trouvait un spécialiste pour me guider en « orthophonie » comme on dit en Grèce, et dans le studio d'enregistrement il me suivait jusqu'à la perfection. André, mon mari aujourd'hui, et mon producteur de toujours, a le goût de la perfection en langues et de la justesse musicale pour être crédible.
Parmi les premières chansons compliquées à chanter, je me souviens de « Retour à Napoli » (« jambes nues, elle a couru dans les rues » avec la difficulté de la prononciation du « r ») que j'ai chantée pendant six heures d'affilée, mais c'était important, et j'avais déjà compris l'importance de la prononciation !
J.G. : Vous est-il jamais arrivé de discuter avec d'autres chanteuses ou chanteurs plurilingues du processus d'acquisition d'une maîtrise des langues dans lesquelles vous chantez et d'un phrasé dépourvu de tout accent ?
Non, entre nous nous ne parlons jamais de langues, si ce n'est pour évoquer l'essentiel des paroles quand elles sont traduites, car parfois c'est important que l'esprit du texte reste original pour le faire passer au public. Et il n'y a pas que Charles Aznavour qui chante ses propres chansons en anglais ! Je pense aussi à Petula Clark [2], merveilleuse artiste aussi bien en français qu'en anglais. Personnellement, les langues sont devenues les complices de mes émotions pour trouver l'amour et la paix sur mon chemin dans la chanson, l'honnêteté, l'humilité, la fidélité à travers mes notes et les mots, et m'exprimer. Mais le chemin de vie de chaque être humain est unique, il est motivé pas ses propres émotions.
J.G. : Au cours de votre carrière, vous avez côtoyé des personnes de tous les milieux dans de très nombreux pays. Quelle est la voix qui vous a le plus impressionnée ?
Mon très cher ami, le grand poète philosophe grec, Nikos Gatsos, mais aussi Georges Séféris, Odysséas Elytis, et d'autres poètes comme Khalil Gibran, Dylan Thomas, Leonard Cohen… et les voix de Maria Callas, Barbra Streisand, Mahalia Jackson, Edith Piaf, Julio Iglesias, Quincy Jones, Michel Legrand, Manos Hadjidakis.
J.G. : Vous êtes mariée à un Français,André Chapelle. Parlez-vous français avec lui et avec vos enfants d'un premier mariage, Nicolas et Hélène (Lénou) ?En a-t-il toujours été ainsi ?
Oui, nous parlons français ! André parle anglais aussi. Lénou a été à l'école en Suisse en trois langues (français, allemand et italien) et elle a étudié l'anglais à Londres, mais elle parle aussi grec et espagnol. Nicolas parle français, anglais et allemand.
J.G. : Dans quelle langue rêvez-vous ?
Les rêves ont leur propre langue. Ils expriment nos peurs, nos joies et nos espérances. C'est une langue de notre conscience et parfois nous avons du mal à comprendre.
J.G. :Et pour conclure…….?
Pour conclure, je voudrais vous dire que Le Magicien d'Oz a été un film éducatif pour moi. Judy Garland en Dorothy reste pour moi l'artiste la plus émouvante. La « route de brique jaune » qu'elle avait prise était la bonne, mais elle ne pouvait pas trouver toute seule les réponses pour savoir si l'amour et la paix existent : elle avait besoin d'être accompagnée par la fidélité du chien, et de rencontrer le lion qui avait besoin de courage, l'épouvantail qui avait besoin de cerveau, et le bûcheron en fer blanc qui avait besoin de cœur.
Jonathan G.
avec la précieuse aide de Jean Leclercq et Nadine Gassie
[1]L'entretien avec Nana est antérieur au décès de Charles Aznavour.
D’abord, parce qu’il vient de l’intérieur – un membre de haut rang de l’administration du président. Ensuite, parce qu’il est porté anonymement …».
Le quotidien [américain] souligne d’emblée le caractère exceptionnel de ce texte, soulignant la « rareté » d’une publication anonyme dans ses pages. Mais justifie ce choix radical par « la mise en perspective importante qu’il peut apporter à [ses] lecteurs».
Sans entrer dans l’aspect politique de cette affaire, notons que cette tribune anonyme a suscité une vague de spéculations sur l'identité de son auteur. Plusieurs commentateurs ont pointé du doigt le vice-président Pence, à cause de l’utilisation du mot "lodestar" [1] dans la tribune, un mot rarement employé dans le langage courant mais qui revient souvent dans la bouche de Pence.
La recherche de l'auteur d'un texte anonyme ou signé sous un pseudonyme nous plonge dans le domaine de la linguistique forensique [2] et la paternité textuelle.