L'article qui suit a été rédigé par notre contributrice, Audrey Pouligny. Audrey est admise au Barreau de Paris et traduit de l’anglais vers le français en mettant au service de ses clients sa connaissance approfondie des systèmes juridiques en vigueur en France et aux États-Unis. Son site internet est : Quidlingualegal.com. Quand elle ne traduit pas, elle organise des groupes de discussion en anglais et en espagnol, à Angers, en France,dans les Pays de la Loire où elle réside.
Chaque année, l'American Dialect Society(société dédiée à l'étude de la langue anglaise en Amérique du Nord) choisit le « mot de l’annnee « (« Word of the Year »). « Mot » est interprété de manière ouverte comme un « élément de vocabulaire » qui englobe non seulement des mots mais également des phrases et expressions. Les mots, phrases ou expressions n'ont pas besoin d'être complétement nouveaux, mais leur notoriété et importance doivent avoir été remarquées et s'être faites ressentir de manière palpable au cours de l'année écoulée.A l'occasion de son 29ème vote annuel portant sur les mots de l'année, a voté et élu le terme « tender-age shelter facility/camp » (refuge pour enfants d'âge tendre », ou « camp pour enfants d'âge tendre » ou encore « centre pour enfants d'âge tendre »), mot de l'année 2018. Ce terme, utilisé à titre d’euphémisme pour désigner les centres de détention gérés par le gouvernement américain qui ont accueilli les enfants de demandeurs d'asile à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, a été choisi comme illustrant le mieux le discours public l’année dernière et les préoccupations s’y rapportant.
Ben Zimmer, président du comité New Words de l'American Dialect Society et chroniqueur linguistique du Wall Street Journal, a présidé la séance de vote qui s’est tenue le 4 janvier dernier.
L'expression « refuge/centre/camp pour enfants d’âge tendre » est apparue pour la première fois en juin 2018 lorsqu'il a été signalé que des nourrissons et de jeunes enfants étaient détenus dans des centres de détention spéciaux après avoir été séparés de leurs familles qui traversaient la frontière sud, pour certaines illégalement.
« L'utilisation d'euphémismes afin de décrire les conséquences humaines liées aux séparations familiales est significative de la façon dont les mots en 2018 ont pu être utilisés comme de véritables armes au gré des besoins politiques en présence », a raporté M. Zimmer. « Mais la formulation bureaucratique a conduit à un retour de bâton, dès lors que son utilisation a servi à galvaniser les fervents opposants à la politique frontalière de l'administration Trump ».
L’American Dialect Society, vieille de 130 ans, est composée de linguistes, lexicographes, étymologistes, grammairiens, historiens, chercheurs, écrivains, éditeurs, étudiants et chercheurs indépendants. En organisant le vote, ils agissent en s'amusant et ne prétendent pas introduire officiellement des mots dans la langue anglaise. Ils mettent plutôt l'accent sur le fait que les changements dans une langue sont tout à fait normaux, et qu'il s'agit avant tout d'un processus continu et divertissant.
I Will Wait for You(Je ne pourrai jamais vivre sans toi)
The clock will tick away the hours one by one Then the time will come when all the waiting's done The time when you return and find me here and run Straight to my waiting arms.
If it takes forever, I will wait for you For a thousand summers I will wait for you Till you're back beside me, till I'm holding you And forever I will wait for you.
Anywhere you wander, anywhere you go Every day remember how I love you so In your heart believe what in my heart I know That forevermore I'll wait for you.
Quand on s'aime
On peut marcher Sous la pluie Prendre le thé À minuit Passer l'été À Paris Quand on s'aime
On peut se croire à New-York Cinq heures du soir, five o'clock Ou dans un square de Bangkok Quand on s'aime
On peut marcher sur la mer Danser autour de la Terre Se balancer dans les airs On peut tout faire Quand on s'aime Quand on s'aime
Écoute, écoute le temps Moi, moi je le trouve hésitant Puisqu'il varie tout le temps Entre beau fixe et printemps On peut voler de soleil en soleil, nuit et jour Quand on s'aime Oui, quand on s'aime
On peut marcher sur la mer Prendre le thé à minuit Passer l'été à Paris Quand on s'aime
On peut se croire à New-York Cinq heures du soir, five o'clock Ou dans un square de Bangkok Quand on s'aime
When you're in love
You can walk in the rain
Have a tea at midnight
Spend the summer in Paris
When you're in love
You can think you're in New York
Five o'clock in the afternoon, cinq heures
Or in a square in Bangkok
When you're in love
You can walk on the sea
Dance around the Earth
Swing in thin air
You can do anything
When you're in love
When you're in love
Listen, listen to the weather
It seems to me it hesitates
Since he changes all the time
Between set fair and spring
You can fly from one sun to another night and day
When you're in love
Yes, when you're in love.
You can walk in the rain
Have a tea at midnight
Spend the summer in Paris
When you're in love
You can think you're in New York
Five o'clock in the afternoon, cinq heures
Or in a square in Bangkok
When you're in love
You can walk the Earth
Or dance around the sea
Mix up summer and winter
When you're in love
Personal note:
On hearing of the passing of Michel Legrand, I sent Nana Mousklouri the above clip (Quand on s'aime) and she replied:
Merci cher Jonathan, so sweet of you.
My story with Michel started In 64 with Les Parapluies de Cherbourg (I will Wait for You) I was not in the film, but recorded it in French, English, Italian, Spanish, German and Japanese.
Here is the German version.
Thank you for thinking. Quand on s’aime is one of the duo songs wrote and recorded with me in french with Eddy Marnay, a wonderful writer.
À la suite du vote du Parlement britannique du 15 janvier 2019, rejetant l'accord de sortie de l'UE négocié par Mme Theresa May, l'hebdomaire britannique, "The Economist", dans son dernier numéro, porte le titre "Mother of all Messes" – un calembour sur "Mother of All Parliaments". « La mère des parlements » est une expression que formula l'homme politique et réformateur britannique John Brighton en 1865. Elle désigne le Parlement du Royaume-Uni, du fait de l'adoption du modèle de démocratie parlementaire dit de Westminster [1] par bon nombre de pays de l'ex-Empire britannique. Selon le site Web de l'université de Cambridge, ce système a été exporté dans le monde entier. Souhaitons que le chaos parlementaire actuel ne devienne pas un produit d'exportation britannique !
Une autre réaction à la situation chaotique régnant au Parlement de Londres vint d'une députée, Mme Layla Moran, qui a qualifié la situation de cluster shambles (chienlit tous azimuts [3]). Après notre publication récente d'un article intitulé « Shambles, mayhem, bedlam – Londres, Paris, même chienlit? », nous avions décidé de laisser de côté la situation chaotique de la politique britannique (et des rues françaises en fin de semaine), pour nous intéresser à l'état tout aussi chaotique des États-Unis, aux prises avec le shutdown (la paralysie partielle des services fédéraux gouvernementaux provoquée par le blocage budgétaire). Mais, nous ne saurions nous priver de l'occasion qui s'offre de relever ce cluster shambles qui a les allures d'un tout récent néologisme. Nous supposons qu'il est calqué sur l'expression cluster fuck-up, plus grossière encore. Pour les chastes oreilles qui peuvent ne pas connaître ses acceptions les plus récentes, fuck-up, substantif, se traduit par bordel, fiasco, chienlit, lorsqu'il s'applique à une situation, et « raté(e) », appliqué à une personne. Quant à cluster, il joue le rôle d'augmentatif et s'inspire de cluster bomb, la bombe à fragmentation qui fait tant de ravages dans les conflits contemporains. L'effet explosif d'une telle bombe est tel qu'il est plus meurtrier que celui d'une bombe ordinaire. Cluster shambles décrit donc particulièrement bien la chienlit que la gestion de la crise du Brexit propage dans tous les azimuts, provoquant des explosions dans toutes les directions.
Voici quelques termes voisins, non cités dans notre article « Shambles, mayhem, bedlam » :
SNAFU, contraction de Situation Normal : All FuckedUp (en français : Situation normale : c’est le bordel, un acronyme anglais qui signifie que la situation est mauvaise, mais qu’elle l’a toujours été et qu’il n’y a pas de quoi s’étonner.
FUBAR, Fucked Up Beyond All Recognition/Any Repair/All Reason (en français : C'est un bordel absolu, intégral et absurde),
SUSFU, acronyme de Situation Unchanged: Still Fucked Up. (en français : Rien de changé, c'est toujours le bordel),
FUBU,acronyme de Fucked up beyond all Understanding (en français : C'est un bordel absolument incompréhensible)
Ces termes sont issus du langage militaire américain de la Deuxième guerre mondiale. Seul SNAFU est devenu un substantif couramment employé en anglais.
BOHICA : acronyme de Bend Over, Here It Comes Againest une expression familièrement utilisée pour indiquer qu'une situation fâcheuse va se reproduire, et que le plus sage est de se laisser faire. On y voit généralement une allusion à la sodomisation.
Cet acronyme est devenu d'un usage courant dans les forces armées américaines pendant la guerre du Vietnam.
Chacune des expressions SNAFU, SISFU et FUBU a une forme atténuée, construite en remplaçant « fucked » par « fouled »
Nous allons maintenant laisser de côté la situation politique britannique pendant un moment et nous intéresser au mot qui fait actuellement florès en politique américaine, à savoir shutdown [4], ainsi qu'à l'expression « tender-age shelter », choisie par l'American Dialectical Societycomme le mot de l'année 2018.
Guettez les articles qui paraîtront prochainement sur ces deux sujets.
[1] Le système de Westminster est un système parlementaire de gouvernement basé sur celui existant au Royaume-Uni. Il tire son nom du palais de Westminster, le siège du Parlement britannique. Il est utilisé dans la plupart des nations membres ou anciennement membres du Commonwealth, notamment par les provinces canadiennes à partir du milieu du XIXe siècle puis par le Canada, l’Australie, l’Inde, l’Irlande, la Jamaïque, la Malaisie, le Nouvelle-Zélande, Malte ainsi que dans les États ou provinces fédérés de ces pays.
La Cité de Westminster (en anglais City of Westminster) est un district de la region anglaise du grand Londres et une « cité » à part entière de plus de 200 000 habitants. La Cité couvre la plus grosse partie du West End londonien et abrite les principales institutions politiques du pays, avec le palais de Westminster, le palais de Whitehall et la Cour royale de justice, ainsi que le palais de Buckingham, résidence officielle des souverains britanniques, et le 10 Downing Street, résidence officielle des premiers ministres britanniques. La section la plus ancienne du palais, Westminster Hall, remonte à l’an 1097. Le palais de Westminster servait à l’origine de résidence royale, mais aucun monarque anglais ou britannique n’y a plus vécu depuis le XVIe siècle, suite à un important incendie survenu en 1512.
Aussi à la place du Parlement au sud-ouest du palais de Westminster, on y trouve également l’abbaye de Westminster, centre cultuel de l’anglicanisme et endroit traditionnel de couronnement et d'enterrement pour les monarques britanniques. (Source : Wikipedia)
Le discours du President Barak Obama devant la "Mother of All Parliaments".
[2] Supercalifragilisticexpialidocious (suːpərˌkæli-ˌfrædʒi-ˌlɪstɪkˌɛkspiːˌæli-ˈdoʊʃəs) est le titre d'une chanson figurant dans le film Mary Poppins sorti en 1964. En français, il a été traduit par Supercalifragilisticexpidélilicieux. "Le Retour de Mary Poppins" est sorti en 2018.
[3] D'apparition récente, cette expression désigne un chaos total, une pagaille monstre, un bordel indescriptible. Votre serviteur, Jean Leclercq, a tenté de rendre la métaphore balistique en proposant chienlit tous azimuts qui lui a semblé traduire la propagation du désordre dans toutes les directions, à l'image des effets de la bombe à fragmentation. Il a même entrepris des démarches auprès de l'OMPI (Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle) pour faire breveter sa trouvaille !
[4] "Donald Trump, le show et le chaos". LA CROIX, le 18/01/2019.
Jean Leclercq, Jonathan Goldberg
Mise a jour, 6 septembre 2019
The New Yorker, BORIS JOHNSON'S BREXIT CARNAGE
"The symbolism of the physical state of the Palace of Westminster, where Parliament meets, was almost too crude this week. Big Ben was sheathed in layers of scaffolding and black construction netting. Great sections of the old complex were barely visible under plastic sheets. Inside, corridors were cluttered with plywood and temporary construction barriers. It looked like the scene of a disaster, which it was."
Le 30 juin 2012, nous avions publié en article intitulé « À la une – les oies de Californie fêtent le 1er juillet 2012 ». Pendant plus de six ans, cette loi a fait l’objet de recours devant les tribunaux californiens, jusqu'à ce que l’affaire vienne devant la Cour suprême de Californie, qui a tranché en 2017 en faveur des oies, et maintenant devant la Cour suprême des Etats Unis, qui n'a pas contredit les premiers juges . [1]
Après l'article que nous venons de publier, intitulé « Arrêtons d’avoir d'autres chats à fouetter », nous ne voulons pas impliquer à nouveau notre lectorat dans le débat sur le délicat équilibre qu’Il convient de rechercher entre la liberté d’expression et de comportement des êtres humains et le respect que ceux-ci doivent aux animaux. Donc, nous nous permettons seulement de profiter que ce thème soit à nouveau à l'ordre du jour pour reproduire la note linguistique qui avait accompagné notre article sur la prohibition du foie gras. La voici :
Si l'oie n'a plus son foie à offrir aux gourmets, il ne lui restera plus grand chose pour plaire. En effet, en anglais comme en français, son image est plutôt négative. Citons quelques locutions courantes.
– All his geese are swans : textuellement, toutes ses oies sont des cygnes ; Il prend des vessies pour des lanternes.
– Don't be such a goose! Ne soit pas si bébête, si idiote ! Là, on se rapproche de l'expression française « bête comme une oie ».
– To kill the goose that lays the golden eggs. L'oie joue ici le rôle que le français impartit à la poule dans la locution « Tuer la poule aux œufs d'or ». À noter que cette substitution se produit dans au moins une autre expression : to come out in goose pimples : avoir la chair de poule.
– What's sauce for the goose is sauce for the gander,ou plus simplement: What's good for the goose is good for the gander, textuellement: ce qui est bon pour l'oie est bon pour le jars. Si un comportement est jugé bon pour un individu, il doit l'être pour l'autre, ce qui est bon pour l'un est bon pour l'autre.
– Enfin, anglais et français se retrouvent dans l'expression to goose step along : avancer au pas de l'oie, c'est-à-dire défiler au pas de parade de l'armée prussienne, également adopté dans d'autres pays et notamment en Russie. [2]
Gageons que l'interdiction du foie gras n'a pas fini de faire du bruit de part et d'autre de l'Atlantique, et d'inciter aux jeux de mots. Ainsi, Reuters titrait : French cry foul as California foie gras ban nears. Le calembour un peu facile sur foul et fowl (oiseau de basse-cour) permet un titre accrocheur. Alors que la Californie va interdire le foie gras, les Français crient au coup bas ! En France même, et pour ne pas être en reste, d'aucuns demandent – toujours au nom du respect des animaux – que les canards ne puissent plus être enchaînés et que notre confrère satirique modifie au plus vite son titre !
On est contre le gavage
Les producteurs de foie gras, notamment gersois (France), avaient la chair de poule à l'annonce de cette décision, parce que, ce faisant, le Cour Suprême a tué la poule aux œufs d’or. Il leur reste à espérer que d’autres États de l'Union ne décident pas, eux aussi, d’avancer au pas de l'oie. [3]
Quant aux intéressées, celles que nous avons pu interroger se réjouissent, mais avec un petit regret, celui de ne pas pouvoir voler à tire d'aile jusqu'à Washington pour manifester devant la Cour Suprême !
Jonathan Goldberg, Jean Leclercq
[1] Nous voulons profiter de l’occasion pour clarifier les procédures juridiques dont la loi faisait l’objet. Le texte en question a été promulgué en 2004 et est entré en vigueur le 1er juillet 2012. En 2015, un juge de district a décidé que les articles de la loi californienne interdisant la vente de foie gras dans l'État de Californie (article 25982 du Code californien de la Santé et de la Sécurité) étaient rendus caducs par la Loi fédérale sur l'inspection des produits volaillers, enjoignant au Procureur général de Californie de ne pas les faire appliquer. Cette décision fut à son tour censurée en appel, en 2017. Mais il fut sursis à ce jugement d'appel, le 17 décembre de la même année, afin de permettre aux parties demanderesses de solliciter une ordonnance de certiorari (petition of certiorari) à la Cour Suprême des États-Unis, – c'est-à-dire l'acte par lequel elle ordonne à la juridiction inférieure de lui adresser le dossier d'une affaire à des fins de révision. Le terme latin certiorari ne désigne pas un appel au sens classique du terme, mais plutôt une ordonnance rendue par un tribunal supérieur aux fins d'évoquer une affaire dont un tribunal inférieur a été dessaisi. Il s’agit d’un processus de demande de révision judiciaire. La Cour suprême américaine n'est nullement tenue de se saisir de ces affaires et, habituellement, elle ne le fait que si l'affaire peut avoir un retentissement national, si elle est susceptible d'harmoniser des décisions conflictuelles rendues par des tribunaux itinérants fédéraux, et/ou si elle pourrait avoir valeur de précédent. En fait, la Cour accepte d'évoquer de 100 à 150 des plus de 7.000 affaires dont elle est saisie chaque année. Dans le dossier en question, la Cour Suprême des États-Unis n’a pas rendu une ordonnance writ ofcertiorari ni même une ordonnance de non-lieu, mais a simplement considéré que l’affaire ne méritait pas de retenir son attention. En pratique, le résultat est le même que si la Cour Suprême avait rendu une ordonnance de non-lieu.
[2] Au XVIIIe siècle, lorsque les souverains russes ont voulu moderniser leurs armées, ils ont fait appel à des instructeurs prussiens. La Prusse de Frédéric II apparaissait alors comme le modèle d'organisation militaire. L'armée russe adopta donc l'ordre serré prussien : le pas de l'oie et le maniement d'armes à l'allemande. Après la Révolution, l'Armée rouge conserva cet usage, tout comme les armées des pays satellites. Actuellement, la Corée du Nord, entre autres pays, perpétue la tradition.
[3]Le 23 novembre 2018 le site https://stop-foie-gras.com a soutenu que "4 Français sur 10 refusent d'acheter du foie gras pour des raisons éthiques".
Ces trois termes anglais sont tous des synonymes de chaos (chaos), de disorder (désordres) et deturmoil (troubles). Tous pourraient aussi servir à qualifier l'état de la politique britannique consécutive à la crise du Brexit. [1] La situation n'est guère plus brillante de l'autre côté de la Manche. Toutefois, le chaos ne s'y produit pas au Parlement, mais dans la rue où les « gilets jaunes» tentent de rééditer ce qu'en 1968 le général de Gaulle avait appelé la chienlit !
Mais ces termes anglais ont des étymologies différentes. Dans un article intitulé : « Bedlam: retour à l'asile », paru en avril 2017, nous avions expliqué comment Bedlam dérivait d'un toponyme [2] – le surnom d'un hôpital psychiatrique de Londres qui eut une histoire longue et, à certains moments, tristement célèbre.
Shamblesest un mot à la fois ancien et nouveau. Il est ancien parce que la plupart de ses sens sont apparus à la fin du XVIème siècle ; il est nouveau parce que les acceptions dans lesquelles on l'emploie couramment (et presque exclusivement) ne remontent qu'aux années 1920.
Si shambles signifie communément « une scène ou un état de grand désordre et de confusion », le terme désignait historiquement un abattoir. À l'origine, le mot (au singulier) signifiait tabouret et aussi table de changeur. Par la suite, il en vint à désigner également l'étal du boucher, ce qui conduisit, au début du 15ème siècle, à lui donner le sens, au pluriel, de « marché à la viande ».[3] Au 16ème siècle, une nouvelle extension de sens conduisit à lui attribuer la signification d'abattoir, laquelle mena à la forme figurative de shambles pour désigner un lieu d'horrible carnage ou de tuerie.
Quelques siècles passent et le terme est surtout utilisé au sens littéral d'abattoir et au sens figuré de lieu de carnage ou de tuerie que l'on relève dans les grandes œuvres de la littérature classique européenne. [4] Mais, au début du 20ème siècle, par une nouvelle extension de sens, le mot shambles a désigné « une scène ou un état de grande destruction », « une scène ou un état de grand désordre et de confusion » et « une grande confusion ; une chienlit .» Certains critiques protestèrent, mais en vain. Les nouveaux sens sont de loin les plus couramment usités. Le mot est souvent employé dans l'expression in shambles. C'est ainsi qu'est actuellement qualifiée la situation politique calamiteuse que connaît le Royaume-Uni.
(Source: Merriam-Webster)
Mayhem
L'anglais moyen mayme, mahaime, de l'anglo-français mahaim mutilation, mayhem, maheimer, mahaigner mutiler, probablement d'origine germanique ; apparenté au moyen haut-allemand meiden : castration, au vieux norrois meitha : blesser.
Juridiquement parlant, mayhem désigne l'affreux crime de mutilation volontaire défigurant autrui à jamais. Le verbe anglais to maim a la même origine. Le sens de défiguration est apparu en anglais au 15ème siècle. Par la suite, au 19ème siècle, le mot en est venu à désigner tout comportement violent. De nos jours, on peut utiliser le terme mayhem pour toute situation de chaos ou de désordres, comme dans « there was mayhem in the streets during the citywide blackout. »
Enfin, mous présentons un lexique des autres termes apparentés. Nos lecteurs pourront avoir l'impression que nous l'avons composé sous le coup de l'émotion suscitée par les récents événements survenus en France. Qu'ils se rassurent, nous l'avions établi en août 2011, sous le titre « À la une – des émeutes au Royaume Uni. » [5] La grande différence entre ce qui s'est passé à Londres en 2011 et ce que l'on a vu à Paris en 2018, c'est qu'à Londres, ce sont les policiers qui portent le gilet jaune !
Une question se pose : le chaos, les désordres et les troubles politiques qui se produisent actuellement en Grande-Bretagne sont-ils plus graves ou moins graves que ceux qui se sont produits dans les rues du pays en 2011 ?
————
[1] Pour une passionnante analyse de ce qui a produit cet état de choses, voir : The Economist, 18 décembre 2018 (The Elite that Failed). https://econ.st/2QXdzUc
[2] Bedlam est aussi un exemple de métonymie, une figure de rhétorique par laquelle on exprime une chose ou un concept au moyen d'un terme qui lui est étroitement associé. Les mots métonyme et métonymie proviennent du grec μετωνῠμία, metōnymía, (changement de nom), de μετά, metá, (après, au-delà) et de -ωνυμία, -ōnymía, suffixe désignant une figure de rhétorique, de ὄνῠμα, ónyma ou ὄνομα, ónoma, (nom). Exemple de métonymie : boire un verre ; on ne boit pas le verre, mais son contenu.
[3] Wikipedia signale que The Shambles est une rue médièvale de la ville d'York (Angleterre), célèbre pour ses salaisons. Le jambon d'York est mondialement connu. La rue est mentionnée dès 1086 dans le Domesday Book (Livre du Jugement Dernier). Une partie des bâtiments présents aujourd'hui remonte au xive siècle. C'était à l'origine la rue des bouchers d'York. Cette ruelle a inspiré la Warner Bros pour créer les décors du chemin de traverse pour les films Harry Potter.
Au Moyen-Âge (et encore actuellement en Orient), les artisans, souvent organisés en corporations, se regroupent dans les mêmes rues. Les bouchers, les boulangers, les dinandiers, les tanneurs, les menuisiers et ébénistes, s'installent et travaillent dans la même rue. La collaboration l'emporte sur la concurrence et chacun y trouve son compte !
[4] Par exemple, dans l'Othello de Shakespeare (Acte IV, scène 2), la pauvre Desdémone dit à son époux : « J'espère que mon noble maître m'estime vertueuse. » Othello réplique rudement : « Oh ! oui, autant qu'à la boucherie (in the shambles), ces mouches d'été qui engendrent dans un bourdonnement. » Et, au chapitre 27 de Jane Eyre, le célèbre roman de Charlotte Brontë, Monsieur Rochester dit : « …si l'homme possédant une seule petite brebis qui lui est chère comme sa fille, qui mange son pain, boit dans sa coupe et dort sur son sein, la conduit par mégarde à la boucherie (at the shambles) et la tue, il ne se repentira pas plus devant la blessure sanglante que moi devant ce que j'ai fait. Me pardonnerez-vous jamais ? »
Notre linguiste du mois de septembre 2016, le professeur Jean-Marc Dewaele (revêtu ici des attributs de son magistère), a quitté son poste de Rédacteur de l'International Journal of Bilingual Education and Bilingualism à la fin de décembre 2018, pour succéder à John Edwards à la rédaction du Journal of Multilingual and Multicultural Development. Nous lui souhaitons le plus grand succès dans ses nouvelles fonctions.
L’article suivant a paru dans le quotidien britannique « The Times » le 3 décembre 2018 et a été traduit par Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). http://traduction.desim.ca
Man shall not live by bread alone (Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra). Mais il serait sage que l'homme n'y ajoute ni beurre, jambon ou fromage afin d'éviter d'offenser ses semblables.
Les expressions renfermant des références à la viande, aux produits laitiers et à la cruauté envers les animaux seront sacrifiées, ou plutôt soustraites de la langue anglaise, puisque le végétalisme fait en sorte que des gens s'abstiennent d'utiliser des expressions comme « bringing home the bacon » (traduction littérale : ramener du bacon à la maison); mettre du beurre dans les épinards, selon une universitaire.
bringing home the bacon
mettre du beurre dans les épinards
De telles références affligeantes sont abondamment employées depuis des siècles en anglais, dans la langue écrite et la langue parlée. Elles vont de taking a bull by the horns (prendre le taureau par les cornes) à letting the cat out of the bag (traduction littérale : laisser le chat sortir du sac; vendre la mèche) ou encore putting all one’s eggs in one basket(mettre tous ses œufs dans le même panier). Le grand lexicographe Samuel Johnson ne faisait pas que recenser ces expressions, mais a aussi déjà dit « Any of us would kill a cow, rather than not have beef » (N'importe lequel d'entre nous tuerait une vache plutôt que de se priver de bœuf).
« Feeding two birds with one scone » (nourrir deux oiseaux avec un scone) est une image plus forte que « killing two birds with one stone » (traduction littérale : tuer deux oiseaux avec une même pierre; l'expression consacrée est « faire d'une pierre deux coups »), selon une universitaire.
Cette chercheuse de l'université Swansea, Shareena Hamzah, prédit cependant que le lexique va se modifier à mesure que la sensibilisation augmentera envers les enjeux du végétalisme et qu'on discutera davantage de la cruauté envers les animaux, d'une saine alimentation et des répercussions sur les changements climatiques qu'engendre la demande pour la viande. Une avenue pourrait être l'emploi d'expressions dénuées de cruauté envers les animaux, comme le suggère l'organisme de défense des droits des animaux, PETA, lequel milite pour l'adoption de ces expressions en milieu scolaire. Par exemple, « flogging a dead horse » (traduction littérale : cravacher un cheval mort; s'acharner inutilement) devient « nourrir un cheval repu ».
« Si le végétalisme nous force à affronter la réalité des origines de notre nourriture, cette sensibilisation accrue se reflètera forcément dans notre langue et notre littérature », expliquait Mme Hamzah sur le site The Conversation, où écrivent des universitaires. « La sensibilisation accrue envers les enjeux du végétalisme va s'ancrer dans les consciences et produira de nouvelles expressions. »
La phraséologie* plus attentionnée de l'avenir ne diluera pas la puissance d'évocation de la langue, argumente Mme Hamzah, parce qu'éviter d'employer des expressions violentes inutilement renforcera leur puissance lorsqu'elles seront utilisées avec soin dans la fiction.
Comme elle l'explique, « L'image de tuer deux oiseaux avec une même pierre frappe encore plus les esprits par le contraste avec l'expression plus soucieuse du bien-être animal nourrir deux oiseaux avec un scone. »
Mme Hamzah cite une suggestion de PETA : en plus de remplacer stone par scone, les enseignants devraient éliminer l'expression « taking the bull by the horns » et la remplacer par « taking the flower by the thorns » (prendre la fleur par les épines).
De même l'expression « more than one way to skin a cat » (traduction littérale : plus d'une manière d'écorcher un chat) devrait être « plus d'une façon d'éplucher une pomme de terre ».
Voici l'explication tirée du site Web de l'organisme : « Même si ces expressions peuvent sembler inoffensives, elles sont porteuses de sens et peuvent envoyer des messages contradictoires aux élèves à propos de la relation entre l'humain et l'animal et normaliser les mauvais traitements [envers les animaux]. Le fait d'enseigner aux élèves un vocabulaire respectueux du bien-être animal peut cultiver des relations positives entre tous les êtres vivants. »
Dans son article, Mme Hamzah plaide également que la viande représente une source d'emprise et de « pouvoir social ».
Son explication : « Historiquement, les ressources nécessaires à l'obtention de la viande faisaient en sorte qu'elle était réservée aux classes dominantes, tandis que les paysans avaient principalement une alimentation végétarienne. C'est ce qui explique que la consommation de viande était associée à des structures de pouvoir dominantes de la société, puisque l'absence de viande dans l'alimentation constituait un indicateur d'appartenance à des groupes défavorisés, tels les femmes et les enfants. Maîtriser l'approvisionnement en viande signifiait maîtriser le peuple ».
[*Phraséologie : Ensemble des expressions, locutions, collocations et phrases codées conventionnellement dans la langue générale.]
RÉÉDUCATION DU LANGAGE
Connotation négativebring home the bacon (Ramener du bacon à la maison) Connotation positive bring home the bagels (Ramener des bagels à la maison)
Connotation négativeput all your eggs in one basket (Mettre tous ses œufs dans le même panier) Connotation positiveput all your berries in one bowl (Mettre tous ses baies dans le même panier)
Connotation négative open a can of worms (Ouvrir une boîte de vers) Connotation positive open Pandora’s box (Ouvrir une boîte de pandore)
Connotation négative flog a dead horse (Cravacher un cheval mort) Connotation positivefeed a fed horse (Nourrir un cheval repu)
Connotation négativebe the guinea pig (Servir de cobaye) Connotation positive bethetest tube (Servir d'éprouvette de laboratoire)
Connotation négative hold your horses (Retenir vos chevaux) Connotation positive hold the phone (Tenir votre téléphone)
L'entretien qui suit a été mené par Skype entre Los Angeles et Papetee, Tahiti.
Maimiti Elkain – l'interviewée
Jonathan G. – l'intervieweur
JG : Vous avez passé votre vie entre Nice, où vous êtes née, Papeete, une commune sur l'ile de Tahiti en Polynésie française, où vous avez grandi et où vous êtes retournée, et San Diego en Californie où où vous vous êtes mariée. [1]
Avant que l'on aborde votre vie et votre carrière, on devrait souligner que vous avez toujours vécu près de la mer, ce qui rend votre prénom d'autant plus approprié.
ME : C’est exact, Jonathan, mon prénom est d’origine tahitienne, il représente « ce qui vient de la mer » et signifie “l’appel de la mer”.
Selon la signification profonde, Maimiti développe une personnalité en étroite affinité avec le milieu marin, elle est inspirée par la mer et possède les mêmes attributs que la mer au niveau de son caractère (calme, houleuse, forte, nourricière, dangereuse, mystérieuse, inquiétante, purificatrice…, etc.) (tahititourisme.pf)
Mon père en est tombé amoureux et a insisté auprès de ma mère pour que cela soit mon premier prénom. Il a perdu… Mon premier prénom est Elodie, mais je porte celui de Maimiti depuis ma naissance. Maimiti était le nom de la Tahitienne dont était amoureux le lieutenant Christian, incarné par Marlon Brando, dans « Les Révoltés du Bounty ». [2]Aujourd’hui, je suis bien contente que mon père se soit imposé, je suis fière de porter un prénom tahitien qui me permet de transporter cette culture partout où je vais. Ce n’est que récemment que je me suis aperçue que ma vie s’était imprégnée de mon prénom au point que je n’ai jamais vraiment quitté la mer. La mer m’apporte énormément, comme un équilibre émotionnel, une perspective d’avenir positive et rassurante. C’est aussi le respect des forces naturelles et de la création de D… nous rappelant que notre place sur cette terre est sa volonté… je pense que l’humilité est la valeur dont je m'imprègne lorsque je regarde la mer.
JG : Après votre naissance à Nice, vous êtes partie à Tahiti avec vos parents. Qu'est-ce qui a poussé vos parents à s'installer là-bas?
ME: Ma mère est née en Algérie et mon père en Espagne. Leur destin les a menés tous les deux à Tahiti. Mon père y était depuis plusieurs années lorsque le bonheur frappa à sa porte, littéralement. Un jour, un de ses amis tape à la porte de son appartement accompagné de cette jeune vacancière d’origine juive. Mon père étant juif, il a pensé qu’ils s’entendraient. Donc mes parents se sont mariés à Tahiti. Pour son accouchement, ma mère est rentrée en métropole près de sa mère jusqu'à mes trois mois. J’ai vécu à Tahiti jusqu’à mon baccalauréat.
JG : Où avez vous poursuivi vos études?
ME : J’ai passé mon bac en 2000, à 18 ans. A cette époque, l’Université de la Polynésie Française venait à peine d’ouvrir et n’offrait pas un large choix. Il était courant de partir pour étudier. Nice fut ma destination et le Droit mon sujet. J’ai obtenu un DEUG de Droit à la Faculté de Droit de l'université Nice Sophia Antipolis. Puis je suis revenue à Tahiti pour obtenir ma Licence de Droit. Mes études se sont clôturées à Nice par l’obtention d'un deuxième Master, en Droit économique ainsi qu’un second Master en Droit privé et sciences criminelles en 2006.
JG : Qu'est-ce qui vous a amenée en Californie et que faisiez-vous la-bas?
ME : Àmon retour de France, j’ai obtenu un poste de fonctionnaire (catégorie A) en remplacement, à la Direction des Affaires Foncières en Polynésie. À chaque congé, je partais à Los Angeles afin d’assouvir mon attirance obsessionnelle pour les États Unis. J’y ai rencontré l’homme qui est devenu mon mari en 2010. Nous nous sommes installés à San Diego où j’ai obtenu un LL.M. qui m’apporte une équivalence en Droit américain.
Je dirai que l’amour m’a menée en Californie. Lors de mon Master de Droit américain, je me suis passionnée pour le Droit de l’immigration, sujet brûlant aux États-Unis faisant partie de ma propre expérience, étant moi-même passée par les étapes requises pour devenir résidente en Californie. Par la suite, j’ai travaillé pour un excellent cabinet d’avocats spécialisés en droit de l’immigration à San Diego. J’ai énormément appris en travaillant avec cette équipe d’avocates et de juristes exceptionnellement talentueux et passionnés. Mon centre d’intérêt s’est avéré être le droit de l’immigration appliqué aux entreprises multinationales, aux investisseurs étrangers et professionnels qualifiés, leur permettant ainsi d’étendre leur activité en territoire américain.
Je n’ai pas passé le Barreau en Californie, donc je ne suis pas avocate mais j’ai acquis une connaissance solide du droit international et des affaires d'un point de vue français et américain.
JG : Quelles langues avez vous étudiées à l'école? Il est évident que vous maîtrisez parfaitement le francais, votre langue maternelle ainsi que l'anglais. Qu'en est-il de l'espagnol?
Français, anglais et espagnol et un peu d'hébreu. Mon espagnol parlé n'est pas très fort, car je n'ai jamais eu l'occasion de le pratiquer. Dans mon travail à San Diego, j'ai traduit des documents et manipulé des documents dans différentes langues, dont l'espagnol. J'adore les langues et j'ai pris beaucoup de plaisir à comparer des versions d'un document donné dans différentes langues.
Ma mère est décédée et je suis maintenant divorcée. Mon père, qui a 84 ans (mais en pleine forme) vit ici sur l'île. Tant qu'il aura besoin de moi, je resterai ici. Après cela, je voyagerai et choisirai où je veux m'installer.
JG : Finissons cet entretien là où nous avons commencé, sur le sujet de la mer. Le fait d'avoir vécu à San Diego, Nice et Tahiti indique clairement un attachement fort à la mer. [3] Tahiti et ses îles offrent des kilomètres de littoral, avez-vous l'occasion d'en profiter?
Papetee
Nice
Vivre près de l'océan est extrêmement important pour mon bien-être et ma stabilité. J'apprécie le coucher de soleil sur la mer pour son intensité autant que voir le lever de soleil pour sa douceur et la sérénité que cela procure. C’est une source d’énergie incommensurable et surtout inépuisable.
—————-
[1] Note linguistique (Jean Leclercq) :
Les mots anglais “island” et “isle” ont la même signification. Selon l'Online Etymology Dictionary, “isle” est entré dans la langue anglaise au 13e siècle, par l'intermédiaire du vieux français isle, lui-même dérivé du latin insula, signifiant “île”, peut-être la forme féminine de l'adjectif en-salos, signifiant “dans la mer”, de salum, “mer”. C'est un terme plus littéraire, utilisé dans la toponymie: Isle of Man, Isle of Wight. Remarquons qu'en français la vieille graphie isle a survécu dans des patronymes (Rouget de Lisle, Leconte de Lisle) et des toponymes (L'Isle-Adam, L'Isle-Jourdain, L'Isle-en-Dodon).
Le mot anglais « island » est entré dans la langue anglaise par un cheminement plus complexe.
Le mot anglais « islet », désigne un îlot. Il est entré dans la langue anglaise vers 1530, en provenance du français « islette ».
L'adjectif « insular » (insulaire, en français, dans son sens littéral, géographique), est couramment employé en anglais dans un sens métaphorique que l'on pourrait, dans ce cas, rendre en français par étriqué(e).
Enfin, en anglais, “insular” n'est pas employé comme substantif, de la façon dont les Français emploient insulaire, dans le sens d'îlien, d'habitant d'une île. L'équivalent anglais serait le mot “islander”.
[2] Tarita, l'actrice interprétant Maimiti dans le film, deviendra sa troisième épouse et donnera naissance à la lignée tahitienne des Brando .
[3] Note personnelle du blogeur (J.G.):
J'ai vécu, moi aussi, dans trois villes côtières – Durban (Afrique du Sud), Haifa (Israël) et Los Angeles.
Mon bureau est décoré de la tapisserie ci-dessous, tissée dans les années 1970 par un groupe de femmes originaires de Rorke's Drift, un village du Zoulouland (haut-lieu de la guerre anglo-zouloue de 1879). Elles avaient été invitées à Durban (la ville riveraine de l'Océan Indien où je suis né et où j'ai grandi) pour exposer leur artisanat. Jusque-là, ces femmes n'avaient jamais vu la mer. Elles tissaient leurs motifs représentant la ville côtière de Durban et son front de mer d'après l'idée qu'elles s'en faisaient avant même d'être venues jusqu'aux rivages de l'océan.
"When the Weavers Came to the Beach"
Note littéraire du blog :
Le poème "Sea Fever" a été composé par le romancier et poète lauréat britannique, John Edward Masefield (1878-1962).
I must go down to the sea again, to the lonely sea and the sky,
And all I ask is a tall ship and a star to steer her by;
And the wheel’s kick and the wind’s song and the white sail’s shaking,
And a grey mist on the sea’s face, and a grey dawn breaking.
I must go down to the seas again, for the call of the running tide
Is a wild call and a clear call that may not be denied;
And all I ask is a windy day with the white clouds flying,
And the flung spray and the blown spume, and the sea-gulls crying.
I must go down to the seas again, to the vagrant gypsy life,
To the gull’s way and the whale’s way where the wind’s like a whetted knife;
And all I ask is a merry yarn from a laughing fellow-rover,
And quiet sleep and a sweet dream when the long trick’s over.
Note musicale du blog :
La chanson « La mer » a été composée par Charles Trenet (1913-2001), auteur-compositeur-interprète français.
La version anglaise : Beyond the Sea
Le texte de cet entretien a bénéficié de l'aide de Jean-Paul DESHAYES qui a bien voulu le peaufiner.
Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.
D'autres contributions d'Elsa sur des thèmes musicaux:
John Denver (31 décembre 1943, – 12 octobre 1997) était un auteur-compositeur-interprète américain, également producteur de disques, acteur, militant et actif dans le domaine humanitaire.
Denver a enregistré environ 200 chansons de sa composition et 109 chansons composées par d’autres. Ses disques se sont vendus à plus de 33 millions d’exemplaires dans le monde. Il se produisait et enregistrait surtout en s’accompagnant à la guitare acoustique et chantait les joies que lui procuraient la nature, son mépris de la vie urbaine, son enthousiasme pour la musique et ses amours parfois difficiles.
En 1974, Denver a été nommé poète lauréat de l’État de Denver.
Parmi les belles chansons qu’il a écrites, il y a Perhaps Love, qu’il a chantée en duos avec Placido Domingo et Sissel Kyrkjebø, soprano norvégienne.
En août 2010, nous avons publié un article intitulé « John Gillespie Magee, Jr. 1922 – 1941, Antoine de Saint-Exupéry 1900 – 1944 », dans lequel nous rendions hommage à un Français et à un Américain, tous deux grands hommes de lettres et tous deux morts dans des accidents d’avion pendant la Seconde Guerre mondiale. Avant d’être tué, Magee écrivit un magnifique poème sur la sensation du vol, High Flight. John Denver, qui était pilote amateur, le mit en musique et le chante dans ce clip.
Denver reçut la Médaille du service public de la NASA en 1985 pour « avoir fait mieux connaître aux peuples du monde l’exploration spatiale » ; cette médaille est d’ordinaire réservée aux ingénieurs et concepteurs en aéronautique. La même année, Denver passa l’examen physique très rigoureux de la NASA et se trouva sur les rangs des finalistes pour le premier voyage d’un civil avec la Navette Spatiale en 1986, mais il ne fut pas choisi. Après l’explosion de cette navette spatiale Challenger, Denver dédia sa chanson Flying for Me à tous les astronautes.
Denver collectionnait les biplans d’époque. Malheureusement, il périt un jour aux commandes d’un nouvel avion qu’il venait d’acheter. Il volait vers la Californie et semble avoir manqué de carburant.
Dans le parc « Rio Grande » à Aspen, Colorado, une localité où Denver avait vécu, une stèle lui a été consacrée et porte les paroles de Rocky Mountain High.
Voici ces paroles, avec ma traduction en français :
ROCKY MOUNTAIN HIGH
He was born in the summer of his 27th year Coming home to a place he'd never been before He left yesterday behind him, you might say he was born again You might say he found a key for every door
When he first came to the mountains his life was far away On the road and hanging by a song But the string's already broken and he doesn't really care It keeps changing fast and it don't last for long
But the Colorado rocky mountain high I've seen it rainin' fire in the sky The shadow from the starlight is softer than a lullabye Rocky mountain high (Colorado)
Il est né l’été de ses 27 ans, Revenant, revenu, dans un foyer qu’il n’avait jamais connu Laissant derrière le passé, on pourrait dire qu’il est rené, Qu’il a trouvé pour toutes les portes une clé
Quand il est venu aux montagnes Sa vie avait pris la route, accrochée à une chanson, Mais la corde est déjà cassée, et peu lui importe, Tout est si éphémère et changeant
Mais les crêtes du Colorado sont là haut, Et moi j’ai vu leur ciel flamboyer L’ombre d’une branche d’étoile est plus douce qu’une berceuse À la hauteur des Rocheuses (Colorado)
He climbed cathedral mountains, he saw silver clouds below He saw everything as far as you can see And they say that he got crazy once and he tried to touch the sun And he lost a friend but kept his memory
Now he walks in quiet solitude the forest and the streams Seeking grace in every step he takes His sight has turned inside himself to try and understand The serenity of a clear blue mountain lake
And the Colorado rocky mountain high I've seen it raining fire in the sky You can talk to God and listen to the casual reply Rocky mountain high
Il a gravi ces cathédrales et vu la mer de brouillard à ses pieds Il a tout vu, si loin qu’on puisse voir On dit qu’il est devenu fou, qu’il s’est brûlé les ailes Il a perdu un ami mais préservé sa mémoire
Maintenant, il marche seul ; calme, forêts, ruisseaux, Cherchant la grâce partout où il passe Son regard tourné vers l’intérieur, pour tenter de comprendre La sérénité d’un lac limpide et bleu
Et les crêtes du Colorado, là-haut, Moi j’ai vu leur ciel flamboyer On peut parler à Dieu, qui vous répond, à l’occasion, À la hauteur des Rocheuses
Dans le dernier numéro de The Economist (6-14 décembre 2018), l'érudit chroniqueur linguistique de cette revue (qui signe : Johnson) écrit :
« Le Cambridge Dictionary vient d'élire nomophobia mot de l'année… Avant cela, votre serviteur n'avait jamais entendu parler de ce terme.»
Il apparaît que ce chroniqueur linguistique n'est pas un lecteur régulier du Mot juste en anglais. En effet, le 21/07/2014, nous avions publié un article intitulé : « Les termes anglais du mois : nomophobia, digital detox [1] » :
Comme nous l'écrivions alors : « Ceux qui arrivent par chance ou au prix d'efforts surhumains à se détacher de leur portable risquent de souffrir de nomophobia, une contraction des mots no mobile phobia (en français, nomophobie), terme qui désigne l'angoisse née de l'absence de téléphone portable. Selon le site linguistique, World Wide Words : « C'est épouvantablement pseudo-grec, mais il n'existe pas de terme classique désignant le fait d'être sans téléphone. »
Nous voulons espérer que l'article soit tout aussi pertinent et d'actualité qu'il l'était lors de sa publication, il y a quatre ans. Nous invitons nos lecteurs à survoler les quelque 1.270 articles parus au cours des huit dernières années, parmi lesquels ils trouveront peut-être de quoi titiller leur dada linguistique. (À titre de comparaison, notre jeune consœur CLIO-Histoire.com n'a jusqu'ici publié que 32 articles).
Pour conclure, nous voudrions ajouter qu'à l'occasion du concours du mot 2018 du Cambridge Dictionary, «nomophobia» l'a emporté face à « gender gap » (une différence dans la manière dont les hommes et les femmes sont traités dans la société, ou entre ce que les hommes et les femmes font et réalisent), « ecocide» (destruction du milieu naturel d'une région ou très grande atteinte portée à celui-ci) et «no-platforming» (pratique consistant à refuser à quelqu'un la possibilité d'exprimer publiquement ses idées ou ses croyances, parce qu'on les juge dangereuses ou inacceptables. Un synonyme politiquement correct du mot censure !).
[1] digital detox = la désintoxication numerique. L'Oxford Dictionnaries: "A period of time during which a person refrains from using electronic devices such as smartphones or computers, regarded as an opportunity to reduce stress or to focus on social interaction in the physical world. Example: Break free of your devices and go on a digital detox."