100ᵉ Jour du Souvenir – à la 11e heure du 11e jour du 11e mois

Le 11 novembre 1918, à 11 heures, un armistice mit fin à la Première Guerre mondiale, surnommée en anglais The Great War ou The War to End all Wars [1] Le 11 novembre prochain, à 11 heures, les cloches de toutes les églises de France sonneront pendant 11 minutes, comme ce fut le cas le 11 novembre 1918 lors de l'Armistice de la Première Guerre Mondiale. Cet anniversaire, célébré chaque année dans les pays alliés, s'appelle Veterans Day, Remembrance Day ou Poppy Day dans les pays anglo-saxons.

Pourquoi ce jour de souvenir s'appelle-t-il, entre autres noms anglais, Poppy Day (le Jour du Coquelicot)? Parce que les champs de bataille de la Belgique, de la France et de Gallipoli (les Dardanelles) étaient couverts de sang et cette fleur rouge est devenue le symbole de cette saignée.

Poppy fieldLe coquelicot est une plante annuelle qui fleurit chaque année dans les champs de mai à août. Dispersées par le vent, ses graines peuvent subsister longtemps dans le sol. Lorsque la terre est remuée au début du printemps, les graines germent et les fleurs ne tardent pas à s'épanouir. C'est ce qui s'est produit dans des secteurs du front, en Belgique et en France. Le sol étant labouré par les obus, les graines de coquelicot qui y étaient enterrées se sont mises à germer et à pousser pendant les mois de printemps et d'été de 1915, 1916, 1917 et 1918. La vue de ces délicates fleurs rouge vif, jaillissant des sols ravagés, attira l'attention d'un militaire canadien du nom de John McCrae.

 

  

John McCrae – Canadien

 McCrae avait remarqué que des coquelicots avaient fleuri dans la terre où ses camarades étaient enterrés près du canal de Ypres-Yser. Il a composé un poème, intitulé au début « We Shall Not Sleep », à la mémoire d'un ami tombé au champ d'honneur. Les premières lignes du poème  comptent parmi les poésies de guerre les plus célèbres en anglais.

In Flanders Fields [2]

Au champ d'honneur*

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.
 

We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved, and now we lie
In Flanders fields.
 

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Au champ d'honneur, les coquelicots

Sont parsemés de lot en lot

Auprès des croix ; et dans l'espace

Les alouettes devenues lasses

Mêlent leurs chants au sifflement

Des obusiers.

Nous sommes morts,

Nous qui songions la veille encor

A nos parents, a nos amis,

C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.

A vous jeunes désabuses,

A vous de porter l'oriflamme

Et de garder au fond de l'âme

Le gout de vivre en liberté.

Acceptez le défi, sinon

Les coquelicots se faneront

Au champ d'honneur

 

* Cette traduction officielle canadienne, rédigée par Jean Pariseau, historien militaire, ne fait aucune allusion au lieu de la bataille, les Flandres.

 

 

Une Américaine, Moina Belle Michael, a donné une réponse à ces dernières lignes dans un poème qu'elle a écrit, intitulé "We Shall Keep the Faith" :

Oh! you who sleep in Flanders Fields,
Sleep sweet – to rise anew!
We caught the torch you threw
And holding high, we keep the Faith
With All who died.

      

Moina Michael – Américaine

Cette même femme s'est escrimée pour que le coquelicot devienne le symbole de la guerre et se vende au bénéfice des anciens combattants de toutes les guerres étrangères. Cette idée a été adoptée par une Française, Anna Guérin, qui a organisé la vente aux Etats-Unis des coquelicots français artificiels. Les revenus ont été employés pour réhabiliter les régions de la France dévastées par la Première Guerre mondiale.

         Crosses and poppies

« Decoration Day 1921 –
Poppy Lady from France
 »

 

Moina Michael a rédigé son autobiographie :
The Miracle Flower, The Story of Flanders Fields Memorial Poppy.

Note :

[1] La guerre s'est terminée officiellement avec la signature du Traité de Versailles, le 28 juin 1919.

[2] La plaine des Flandres a été le théâtre d'affrontements féroces entre les deux alliances : d'une part, la France, le Royaume-Uni,       l'empire britannique, l'empire russe, la Belgique, le Japon, l'Italie, le Portugal et les Etats-Unis (à partir du 6 avril 1917) et, d'autre part,    les empires allemand, austro-hongrois et ottoman, auxquels s'était joint le royaume de Bulgarie.

—-

Notons que le premier vidéoclip ci-dessus ajoute au poème de McCrae un fragment d'un autre texte (« For the Fallen ») sur le même thème dû à Laurence Binyon (1869-1943) :

 They went with songs to the battle, they were young.

 Straight of limb, true of eyes, steady and aglow.

 They were staunch to the end against odds uncounted,

 They fell with their faces to the foe.

 They shall grow not old, as we that are left grow old

 Age shall not weary them, nor the years condemn
 

 At the going down of the sun and in the morning,

 We will remember them.

Laurence Binyon, Anglais

 

Les quatre dernières lignes, elles aussi, sont devenues très célèbres comme symbole de l'hommage que nous rendons aux soldats tombés sur les champs de guerre. Elles figurent sur beaucoup de  cénotaphes dans les pays anglo-saxons.

     For the fallen

Le poème "In Flanders Fields", écrit à la main par McCrae :

 

Flanders handwritten

Mise a jour :

Florence_GreenVoici les derniers combattants, survivants de la Grande Guerre. Le dernier survivant de la 1ère Guerre mondiale (28 juillet 1914 – 11 novembre 1918) fut une Britannique, Florence  Green, (photo de gauche) qui avait servi dans les forces alliées et qui mourut le 4/02/2012, âgé de 110 ans. Le dernier ancien combattant Harry-Patch-001 engagé dans des opérations militaires fut Claude Choules, qui avait servi dans la Marine royale britannique (et, par la suite, dans la Marine royale australienne) et qui mourut le 5/05/2011, à l'âge de 110 ans. Le dernier combattant des tranchées fut Harry Patch  (photo de droit) qui mourut le 25/06/2009, à l'âge de 111 ans. Le dernier ancien combattant des Empires centraux fut Franz Künstler (Autriche-Hongrie) qui mourut le 27/05/2008, à l'âge de 107 ans. 

Lectures supplémentaires :

Le coquelicot, Ypres et l'Yser

Jean Leclercq, novembre 2012

The Great War, 1914-1918

The War to End All Wars, BBC News

Armistice Day – Remembrance Sunday

Campaign to plant poppies for First World War Centenary  goes global 
Centenary News, 5 September 2013

The Penguin Book of First World War Poetry (paperback)
George Walter, Penguin Classics, May 2007
Penguin

Jonathan G.


Comments

2 responses to “100ᵉ Jour du Souvenir – à la 11e heure du 11e jour du 11e mois”

  1. Elsa Wack Avatar
    Elsa Wack

    J’aime aussi beaucoup la traduction de Pariseau.

  2. Elsa Wack Avatar
    Elsa Wack

    J’aime aussi beaucoup la traduction de Pariseau.