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Nouvelle traduction du célèbre roman américain « Autant en emporte le vent »

 

Rene MeertensL'article qui suit a été rédigé par René Meertens, traducteur de  langue française, et notre « Linguiste du mois de janvier 2019 ».

Les observations qui suivent ont un caractère préliminaire et ne constituent pas une critique du livre.

Les contributions précédentes de René sont accessibles ici.

 

Gone with the Wind de Margaret Mitchell, publié en anglais le 30 juin 1936, vient d’être retraduit en français par Josette Chicheportiche pour les éditions Gallmeister. La première traduction avait été réalisée par Pierre-François Caillé. Le titre français du livre reste inchangé (Autant en emporte le vent [1]).

  Margaret-mitchell & Gone  
  Margaret Mitchell  

Selon le Sunday Times londonien du 9 juin,  la nouvelle traduction est plus fidèle. Nous ne pourrons pas en juger tant que l’éditeur ne nous aura pas envoyé un exemplaire.

Pour le Sunday Times, la traduction de la dernière phrase, notamment, illustre cette fidélité nouvelle.

Un peu de contexte : Scarlet est amoureuse de Rhett Butler, mais ce dernier a cessé de l’aimer. Voici le dernier paragraphe de l’original :

With the spirit of her people who would not know defeat, even when it stared them in the face, she raised her chin. She could get Rhett back. She knew she could. There had never been a man she couldn't get, once she set her mind upon him. "I'll think of it all tomorrow, at Tara. I can stand it then. Tomorrow, I'll think of some way to get him back. After all, tomorrow is another day."

Ancienne traduction de la dernière phrase : « En somme, à un jour près. »

Le Sunday Times estime que cette dernière phrase est pessimiste, alors que la phrase de l’original est résolument optimiste : elle va le récupérer, son Rhett. Le journal paraphrase la traduction de Pierre-François Caillé comme suit : « After all, another day won’t make much difference » (Après tout, un jour de plus n’a guère d’importance), ce qui est une interprétation. En fait, alors que l’anglais est clair, cette traduction ne l’est pas du tout.

Quel est le sens de tomorrow is another day ? C’est une  expression courante d’optimisme et de foi en l’avenir. Elle peut se rendre par « demain tout peut encore s’arranger ».

Le journal L’Orient – Le jour du 9 juin indique la nouvelle traduction des deux dernières phrases : « Demain, je réfléchirai à un moyen de le faire revenir. Après tout, demain est un autre jour. »

L’expression « le faire revenir » est faible. L’anglais dit « to get him back ». Elle veut le récupérer !

Quant à la traduction de la dernière phrase, elle est digne de Google Translate. En fait, c’est ce que ce logiciel de traduction propose. En français, cela ne veut rien dire.

On peut conclure que les deux traducteurs ne connaissaient pas le sens de l’expression en question.

Les imperfections de ce genre sont hélas trop fréquentes dans les traductions littéraires d’anglais en français.

Bien entendu, on ne peut juger la traduction d’un livre en se bornant à lire celle de deux phrases !

 

[1] Autant en emporte le ventLe titre du livre, tant en anglais qu’en français, reprend une expression connue dès avant 1936, mais popularisée par le roman, et par le film qui en a été tiré.

En anglais, « gone with the wind » désigne une réalité qui a disparu, en l’occurrence le Sud des Etats-Unis tel qu’il était avant la Guerre de Sécession.

L’expression « autant an emporte le vent » a un autre sens. Elle « se dit de promesses, de propos qui restent sans effet » (Grand Larousse de la langue française). Les promesses de Macron (ou de Le Pen ou d’Hidalgo) ? Autant en emporte le vent ! Cette expression a été remplacée de nos jours par « Les promesses n’engagent que ceux qui les croient ».

Le titre reste excellent, car la notion de vent est conservée, et l’on trouve certainement dans le livre des promesses non tenues, par exemple les vœux que Rhett Butler a prononcés lors de son mariage avec Scarlet.

 

La transformation des laveries en bibliothèques

…et d'autres bibliothèques inhabituelles 

L’idée paraît saugrenue et pourtant la ville de Baltimore aux États-Unis a tenté l’expérience. Et à Paris, c’est pour quand ?

Libraries-without-borders-logo-colorPour déconfiner les esprits, rien de tel que la culture. Encore faut-il permettre à ceux qui en sont le plus éloignés d’y accéder. Telle est la mission de Bibliothèques sans frontières. Fondée en 2007, cette association basée à 8-10 rue de Valmy 93100 Montreuil, Ile-de-France, (93) part à la rencontre des publics les plus vulnérables en créant des bibliothèques dans des lieux de vie. Elle intervient dans cinquante États, comme les États-Unis où avait été lancé le programme Wash & Learn (Laver et Apprendre). À Baltimore, par exemple, quatre laveries automatiques abritent des bibliothèques constituées de livres, tablettes numériques et ordinateurs. Les usagers peuvent également bénéficier des conseils d’un bibliothécaire.

Étant donné que seulement 18 % des Français sont inscrits dans les médiathèques municipales, pourquoi ne pas transformer des lavomatiques en des espaces d’éducation et d’information comme dans cette ville du Maryland ? Réponse de Jérémy Lachal, directeur général de Bibliothèques sans frontières : « L’idée est inspirante, mais elle n’est pas nécessairement adaptée à toutes les laveries automatiques en France. Là-bas, ce sont de véritables lieux communautaires et, contrairement à nous, les Américains ont l’habitude de laver leur linge en dehors de leur domicile. Ici, il faut réfléchir à d’autres espaces de sociabilité. Dans le Grand Paris, ce pourrait être les supermarchés ou les cages d’escalier des HLM. Et, en zone rurale francilienne, les bistrots. » En ces temps obscurs, il est plus que jamais essentiel « d’éclairer les esprits », comme le clamait Victor Hugo.

Bibliothèque de l'exil 

une installation d'Edmund de Waal, British Museum, ouverte jusqu'au 12 septembre 2020 (mais uniquement en ligne durant le confinement en Grande-Bretagne.)

  British Museum 1  
  British Museum  

Le texte suivant a été traduit par notre contributrice fidèle, Nadine Gassie, traductrice litteraire, à partir d'un texte sur le site du British Museum : https://bit.ly/37cHU5Y

Library of ExileConçue comme un « espace où s'asseoir, pour lire et être », la bibliothèque de l'exil est une installation de l'artiste et écrivain britannique Edmund de Waal, contenant plus de 2 000 livres écrits par des auteurs en exil.

Ce pavillon recouvert de porcelaine, dont l'inauguration lors de la Biennale de Venise 2019 a rencontré un vif succès, se veut un lieu de contemplation et de dialogue. « Il s'agit d'évoquer l'exil, explique de Waal, ce que cela signifie d'avoir à changer de pays, parler une autre langue. »

D'Ovide à Dante en passant par Marina Tsvetaeva et Judith Kerr, la bibliothèque est un panorama de la répression mondiale autant qu'un hymne à la réponse des déplacés. Presque tous les livres sont proposés en traduction, reflétant ainsi l'idée que la langue est une forme de migration. Chaque ouvrage dispose d'une vignette « ex libris » afin de permettre aux visiteurs d'inscrire leur nom dans les livres qui comptent pour eux. La collection est également consultable grâce à un catalogue en ligne où l'on peut aussi suggérer de nouveaux titres.

En regard des rayonnages de livres, de Waal expose un quatuor de vitrines personnelles, intitulé psaume, I-IV (2019), contenant des pièces en porcelaine, marbre et acier. Leur disposition fait écho à la composition de la première édition du Talmud − l’un des textes fondamentaux du judaïsme −, imprimée à Venise par Daniel Bomberg au XVIe siècle, remarquable pour sa  présentation sur une même page du texte hébreu, de sa traduction en Araméen et des commentaires.

Les murs extérieurs de la bibliothèque de l'exil ont été revêtus de porcelaine liquide et de Waal y a inscrit les noms des grandes bibliothèques disparues du monde − de celle de Ninive en Assyrie au VIe siècle avant J.C. à celles récemment détruites de Tripoli et de Mossoul (ancienne Ninive).

Tout au long de l'exposition (annulée pour cause de confinement) était prévu un programme d'événements riche et diversifié, comprenant débats et tables  rondes sur les thèmes soulevés par la bibliothèque de l'exil, présentés en collaboration avec English PEN, la branche anglaise du PEN club international (association d'écrivains internationale), ainsi qu'une journée gratuite de performances musicales, films, conférences, installations et ateliers divers dans le cadre de la Semaine des réfugiés 2020.

 

Lectures supplementaires :

Le Biblioburro: l'étonnante bibliothèque mobile de Colombie.

Mes bibliothèques: rendez-vous du livre et des beaux-arts…

Les plus belles bibliothèques des États-Unis (1re partie)

Entretien imaginaire et intemporel entre deux bibliophiles oxfordiens


Lieux de lecture en dehors de bibliotèques

 

Rome, Italy, 1984 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

McCurry 1

 Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry)

Chiang Mai, Thailand, 2010 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Mccurry2

 Kabul,  (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)


Mumbai, India, 1996 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Kashmir, 1998 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Sri Lanka, 1995 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Suri Tribe, Tulget, Omo Valley, Ethiopia, 2013 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Rio de Janeiro, 2014 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)


Humor 

 

La revue FRANCE-AMÉRIQUE offre un masque à ses abonnés

Nous transmettons l'annonce suivante de notre collaboratrice, FRANCE-AMÉRIQUE, la prestigieuse revue des francophiles aux États-Unis (et probablement la plus connue des publications bilingues français-anglais dans le monde). Nous recommandons à nos lecteurs et lectrices d'en profiter.

Cher lecteurs, Dear Readers,


Dix jours séparent Independence Day (le 4 juillet) de Bastille Day (le 14), ce qui fait du mois de juillet le mois de l'amitié franco-américaine. A cette occasion, France-Amérique offrira à ses abonnés un masque de protection sanitaire dans son numéro de juillet – une première aux Etats-Unis !

Les masques filtrants à trois épaisseurs, qui peuvent être lavés et réutilisés 10 fois, sont conçus en France par Chargeurs, le groupe père de France-Amérique et le premier producteur mondial de tissu technologique.

Nous sommes ravis de mettre notre magazine au service de cette initiative et ainsi de vous protéger, vous et vos proches.

Pensez à vous abonner avant le 15 juin pour recevoir notre numéro de juillet et un masque !

Prenez soin de vous,

France-amerique-logo

 
 

La traduction et l’Histoire :

controverses de traductions incomprises

Thiibaut newNous accueillons chaleureusement notre nouveau contributeur, Thibaut Bouexière, étudiant en master de traduction et interprétation a l'université de Rennes 2. Thibaut s’est rapidement ouvert aux mots en suivant un bac littéraire, qui, de par son intérêt pour les langues et les mots, l'a naturellement conduit vers un diplôme en Langues Étrangères Appliquées. Il a ensuite découvert un fort intérêt pour le monde de la traduction, à laquelle il s’est formé grâce au master Traduction et Interprétation de l'Université de Rennes 2. Il a là saisi toute la complexité des métiers de la traduction. Attiré par l’audiovisuel, et par extension, par la culture et le divertissement, il s’est spécialisé dans la traduction audiovisuelle, qui sera d’ailleurs l’objet de son mémoire. Thibaut a pu intégrer un grand nom du doublage en France, et espère trouver de belles opportunités dans ce domaine qui le passionne.

L'article qui suit a été publié sur le blog du Centre de Formation des Traducteurs Localisateurs, Terminologues et Rédacteurs techniques au sein de l’université de Rennes 2 (Veille CFTTR).

.La paronomase italienne « Tradutore, traditore » prône que « traduire, c’est trahir ». Ce postulat capable de faire s’insurger tout professionnel de la traduction remet en cause toutes les problématiques de la traductologie. Les hommes sont sensibles aux mots, et face à l’Histoire, la traduction s’est quelques fois révélée être au cœur d’escarmouches parfois meurtrières. Faisons un bond spatio-temporel vers l’Angleterre du XVIe siècle, alors que plus de la moitié de la population britannique est chrétienne. Aussi absurde que cela puisse paraître, la Bible n’est traduite que très partiellement dans la langue de Shakespeare, et disposer des Saintes Écritures en anglais était passible de peine de mort.TB - 4 translators Dans ce contexte, le jeune érudit William Tyndale, qui, après s’être forgé une volonté de réforme auprès de Martin Luther et d’Érasme, vient près de l’évêque de Londres pour porter son projet de traduction de la Bible, en vain. Essuyant des critiques pernicieuses, il décida de continuer ses traductions et contribua par ses écrits à l’évolution de l’ancien anglais vers l’anglais moderne. Il fut condamné d’hérésie par l’Église, étranglé et brûlé en 1536. Ironiquement, ses traductions furent présentées deux ans plus tard au roi Henri VIII qui décida de son propre chef que ces versions dussent être prêchées dans toute l’Angleterre.

La traduction, ou plutôt l’interprétation que l’on a des mots fut également un casus belli dans l’histoire nipponne. Tandis que la Seconde Guerre mondiale approche à sa fin et que l’Allemagne a capitulé depuis maintenant plus de deux mois, les tensions entre les Alliés et l’Empire nippon sont vives. Le 26 juillet 1945, la déclaration de Potsdam par les puissances alliées donne l’ultimatum au gouvernement japonais. La reddition doit se faire sans conditions. Rassemblé sous la pression médiatique et militaire, le Conseil de guerre Suprême nippon doit formuler un communiqué de TB _ Susukiréponse en urgence. Le premier ministre japonais Kantaro Suzuki répond que cet ultimatum n’apporte rien de nouveau à la situation et utilise le mot « Mokusatsu » pour définir leur position. Ce mot, composé de deux unités, « moku » et « satsu », pour littéralement « silence » et « tuer », est polysémique. Il peut signifier à la fois « garder le silence » et « fin de non-recevoir ». Kantaro Suzuki l’a sans doute employé à la fois pour calmer les Alliés et les forces armées japonaises, mais il s’est révélé que l’interprétation qu’il en a été faite a porté à la lumière ce deuxième sens. Truman, alors président des États-Unis, décida de mettre un terme à l’entêtement du Japon, condamnant Hiroshima et Nagasaki au destin qu’on leur connaît. Il faut toutefois savoir raison garder face à l’éventuelle corrélation entre ces deux faits, car elle n’a pas été communément établie.

Ces deux récits expriment à la fois la force des mots et l’importance de la traduction dans l’histoire de l’Humanité. Il ne s’agit donc en rien d’ôter de son lustre tout le travail de traduction admirablement mené chaque jour dans le monde et qui permet d’interconnecter les Hommes.

L’éducation Franco-Américaine réinventée de la 6eme à la Terminale

 

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OFALYCEE Webinars

 

La vision d'OFALycée est de faire passer l'éducation française internationale dans le XXème siècle, en prenant la mesure des transformations récentes et sans précédent qui ont lieu dans notre société en général et le monde éducatif en particulier.  OFALycée s'appuie sur les acquis des élèves dans le système américain et apporte en français les savoirs et savoir-faire des programmes français qui complément une éducation bilingue et biculturelle d'excellence.

 

https://ofalycee.org/en/home/

À la une, un néologisme anglais – virtual walkout

Rene Meertens (CROPPED)Nous avons demandé à notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française, et notre « Linguiste du mois de janvier 2019 »,  de commenter le néologisme virtual walkout (grève virtuelle en francais), qui a paru dans la presse américaine le 1 juin 2020. René a bien voulu rédiger l'article suivant à notre intention. 

René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, notamment, du « Guide anglais-français de la traduction », dont une édition numérique et une nouvelle édition papier sont parues récemment.  

Les contributions précédentes de René sont accessibles à https://bit.ly/2XlSaWq

Le New York Times a publié hier un article intitulé « Facebook Employees Stage Virtual Walkout to Protest Trump Posts ». Ce titre peut se traduire comme suit : Des salariés de Facebook se mettent en grève virtuelle pour protester contre les publications de Trump.

Si le terme « walkout » est souvent utilisé pour désigner une grève, il semble que l’expression « virtual walkout » soit nouvelle. Ce néologisme nous intéresse donc dans une optique linguistique.


Facebook 2Si cette grève est dite « virtuelle, c’est parce que la plupart des employés de Facebook travaillent à domicile, ce qui donne un caractère original à leur mouvement. Habituellement, les grèves évoquent d’autres images que celles de salariés se croisant les bras dans leur salon.

De quoi s’agit-il ? Donald Trump a publié sur Twitter et Facebook des messages qui peuvent être interprétés comme des appels à des actes de violence.

L’un d’entre eux, publié sur Facebook, s’achève ainsi : « A la moindre difficulté, nous prendrons les choses en main mais quand le pillage commence, les coups de feu commencent. Merci ! »

Trump tweet

En fait, le titre du New York Times est un peu trompeur car c’est surtout contre la politique d’inaction du directeur général de Facebook que ces salariés veulent protester. Alors que Twitter s’est démarqué de publications agressives de Trump en invitant les internautes à consulter des sources d’information fiables, Mark Zukerberg refuse de faire quoi que ce soit, en se retranchant derrière la liberté d’expression du président.

Chacun jugera.

Facebook a récemment informé ses salariés que désormais ils travailleront en permanence à domicile. Comme nous l’avons signalé dans un article précédemment publié sur ce blog (voir la citation ci-dessous), le mot « télé-travail » n’est pas nouveau mais il est maintenant d’usage courant en raison de la pandémie de coronavirus. Celle-ci a aussi donné naissance à une expression entièrement nouvelle : virtual walkout.

Facebook

Post scriptum :

Le policier blanc qui a tué le Noir Floyd George au Minnesota, acte qui a provoqué des émeutes à travers les États-Unis et ailleurs, émeutes qui faisaient l'objet du tweet du président Trump mentionné ci-dessus, s’appelle Derek Chauvin. Nous avons écrit sur ce blogue « Le chauvinisme désigne une manifestation excessive de patriotisme ou de nationalisme, résultant d'une admiration exagérée ou exclusive de son pays. Ce terme est issu d’une légende militaire qui remonte au Premier Empire et qui met en scène le soldat français Nicolas Chauvin. …Le terme « chauvinism » existe en anglais mais s'utilise davantage dans le cadre des rapports entre les sexes, à savoir « male chauvinism » (en français  « machisme »). Mais le dictionnaire Merriam-Webster offre une signification supplémentaire : « undue partiality or attachment to a group or place to which one belongs or has belonged. » À la suite de cet homicide raciste commis par l'agent Chauvin, sera-t-il permis d’élargir la définition du « chauvinism » pour qu’elle inclue le racisme ? Notons, à ce propos, que depuis cet homicide, la femme de Derek Chauvin a déposé une demande de divorce et de changement de nom de famille.
 

D. Chauvin

Chauvin
Derek Chauvin Nicolas Chauvin

———————–

télé-travail –
en anglais
t
elecommuting, telework, teleworking, working from home (WFH), mobile work, remote work, flexible workplace

WFHLe journal Le Monde, 23.4.2020, fait allusion au « télé-travail ». Ce terme est à la mode suite au confinement, mais il n'est pas nouveau. Selon Wikipedia :  « Promu dès les années 1970 (via le téléphone et surtout le fax), dont en France par les pouvoirs publics français qui y voyaient un mode d'aménagement du territoire, c'est en 1972 que le terme " telework " apparaît pour la première fois dans un article du Washington Post signé par le journaliste Jack Schiff et, à la même époque, Jack Nilles, considéré comme le père du télétravail lance ses premiers travaux sur ce qu’il baptisa, en 1975, le "telecommuting". »

 

On ne prête qu’aux riches !

Cette phrase que Voltaire n’a jamais dite…

À l'occasion de l'anniversaire de la mort de Voltaire, le 30 mai 1778, nous revenons sur une citation apocryphe [1] qui a la vie dure !

V- Friends book coverThe Friends of Voltaire, d’Evelyn Beatrice Hall, [2] a été publié en Grande-Bretagne, en 1906, sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre. En 1907, le livre a paru sous le nom de l’auteure, chez G. P. Putnam's Sons.  Ce classique sur Voltaire était toujours réimprimé près de cent ans plus tard, en 2003.

Se présentant sous la forme d’une biographie anecdotique, le livre raconte les vies de dix personnages sensiblement de la même génération qui, outre leurs liens d’amitié avec Voltaire, étaient plus ou moins liés les uns aux autres. Chacun d’entre eux se distinguait par l’attribution d’une étiquette : d’Alembert, le Penseur, Diderot, le Causeur, Gallant, l’Esprit, Vauvenargues, l’Aphoriste, d’Holbach, l’Hôte, Grimm, le Journaliste, Helvétius, la Contradiction, Turgot, l’Homme d’État, Beaumarchais, l’Auteur dramatique, et Condorcet, l’Aristocrate.   

  Maurice_Quentin_de_La_Tour _portrait_de_Voltaire_(1735)  
 

Voltaire (1773)

portrait de
Maurice Quenton de la Tour

 

Le chapitre consacré à Helvétius [3] contient une célèbre phrase qui fut par la suite attribuée à tort à Voltaire. Dans ce qu’elle dit de la persécution dont Helvétius eut à pâtir pour son livre De l’esprit (qui fut brûlé publiquement), Mme Hall écrit ceci :    

V- de l'esprit« Ce que le livre n’aurait jamais pu faire pour lui-même ou pour son auteur, la persécution le fit pour eux deux. De l’esprit est devenu, non pas le succès d’une saison, mais l’un des livres les plus célèbres du siècle. Les gens qui l’avaient détesté et n’avaient jamais particulièrement aimé Helvétius, s’attroupaient maintenant autour de lui. Voltaire lui pardonna toutes les divergences de vues. ‘Quel chichi pour une omelette’, s’était-il exclamé quand il apprit qu’on avait brûlé le livre. ‘Qu’il est abominablement injuste de persécuter un homme pour une telle bagatelle ! Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire’,  telle était désormais l’attitude de Voltaire. [4]

L’aphorisme « Je désapprouve ce que vous dites, etc. », initialement censé (selon Hall) résumer l’attitude de Voltaire, a été largement pris à tort pour une citation littérale de l’auteur. Certes, elle résume parfaitement la pensée de Voltaire en ce qui concerne la liberté d’expression, mais le dépouillement des œuvres de cet auteur n’a jamais permis de trouver trace d’une telle formule. Dans un article sur ce sujet [5], Mme Sandrine Campese cite un autre exemple de phrase apocryphe, sur le même thème. Dans une lettre à l’abbé Leriche, en date du 6 février 1770, certains ont voulu lire : « Je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. » Or, s’il existe une telle lettre, on n’y retrouve ni la phrase en question, ni l’idée de celle-ci. 

Tous les philosophes des Lumières, tous les amis de Voltaire, ont eu maille à partir avec la Librairie royale (euphémisme pour la censure). Diderot fut même emprisonné à 1st A Vincennes, et l’on comprend que tous aient accordé une importance primordiale à la liberté d’expression. Voltaire, ennemi juré de l’absolutisme et de l’intolérance, chérissait tout particulièrement la libre parole. Après lui, Caron de Beaumarchais (autre de ses amis) fit dire à Figaro que « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloges flatteurs, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits ». La liberté d’expression a imprégné les constituants américains et a fait
l’objet du 1er amendement à la Constitution des États-Unis. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 atteste également :  « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (Article 11), 

  Voltaire bust  


Mais alors, comment expliquer qu’on ait prêté à Voltaire de tels propos ? Une lecture attentive de l’ouvrage de Mme Hall permet d’en situer V- evelyn-hall 2nd English quotationl’origine à la page 199, dans le chapitre consacré à Claude-Adrien Helvétius. La fameuse phrase :
I disapprove of what you say but I will defend to the death your right to say it, y figure entre des demi-guillemets, ce qui, normalement, désigne une citation. Ces demi-guillemets sont-ils de l’auteure ou ont-ils été ajoutés par un préparateur de copie un peu trop zélé ? On ne le saura sans doute jamais. En revanche, ce qu’on sait, c’est que la formule, traduite très fidèlement en français, a ensuite fait florès. Il faut dire que si elle n’a jamais été prononcée par Voltaire, elle exprime tout-à-fait son attitude face à la liberté d’expression. Comme on dit en italien :  Se non é vero, é bene trovato !

 —————-

[1] Ecrits apocryphes (du grec apo, hors, et kruptô, je cache) signifiait, chez les Anciens, tout écrit gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public. Dans le sens moderne, apocryphe se dit d'une histoire, d'une nouvelle, d'un fait dont la vérité est douteuse, d'un livre dont l'auteur est inconnu ou supposé, et dont l'autorité est suspecte. Dans la Bible, les livres apocryphes sont ceux auxquels on n'attribue pas une origine divine ou révélée, et qui, sans être entièrement faux, ne peuvent être invoqués comme règle en matière de religion et de morale. Source : Imago Mundi

[2] Evelyn Beatrice Hall (1868 – 1956), qui publia sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, fut une écrivaine anglaise surtout connue pour sa biographie de Voltaire,The Life of Voltaire, initialement publiée en 1903.  E. Hall - portrait

[3] V- Claude-Adrien_HelvetiusClaude-Adrien Helvétius (1715-1771), écrivain et philosophe français du Siècle des Lumières. Issu d’une famille de médecins, il commence par occuper des fonctions de fermier général et s’enrichit considérablement. Cette aisance lui permit ensuite de philosopher et de taquiner la Muse tout à loisir. Très influencé par Locke, il se lie d’amitié avec Voltaire qui, impressionné par le jeune homme, correspond avec lui de 1738 à 1740. Il lui dédie même quelques écrits. Mais, Helvétius se rapproche du baron d’Holbach et rejoint la mouvance matérialiste. Lors de la publication de son essai De l’esprit, en 1758, Voltaire s’indigne qu’Helvétius n’ait jamais discuté avec lui de son projet i. Il n’en appuie pas moins la candidature d’Helvétius à l’Académie. Si les deux hommes s’éloignent sur le plan des idées, leur amitié demeure. Voltaire dira : « Je n’aimais point du tout son livre, mais j’aimais sa personne ». 

[4] traduction litterale.

[5] https://bit.ly/2X1V1nk

Sources :
Wikipedia;
A very short introduction to Voltaire, Nicholas Cronk,
Oxford University Press, 2017
Friends of Voltaire, S. G. Tallentyre (Evelyn Beatrice Hall),
G. P. Putnam's Sons, 1906
 

Jean Leclercq  & Jonathan Goldberg

 

POST SCRIPTUM :

Voltaire - letters on EnglandD’aucuns ont comparé les Lettres philosophiques (aussi appelées Lettres anglaises) de Voltaire à La Démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. À cent ans d’intervalle, les deux penseurs effectuent la même démarche. Voltaire entend observer le régime politique le plus satisfaisant qui soit en Europe. Son choix se porte sur l’Angleterre qui, depuis la Glorieuse Révolution de 1688, évolue progressivement vers une monarchie parlementaire, c’est-à-dire une « monarchie tempérée par les lois », selon la définition de Montesquieu.

Tocqueville_by_Daumier

Tocqueville par Daumier

Cent ans plus tard, en 1831, de Tocqueville se rend aux États-Unis où, sous prétexte d’en étudier le nouveau système pénitentiaire, il veut observer le fonctionnement du régime qui lui semble être le plus démocratique qui soit. Mais, entre les deux démarches, il y a eu la Révolution française, l’Empire et la Restauration. Les choses ne sont plus du tout les mêmes. Si Voltaire rêve de liberté, Tocqueville possède cette liberté et, ce qui l’inquiète, c’est l’irrésistible évolution vers l’égalité. Aristocrate libéral, Tocqueville se demande comment faire pour préserver la liberté dans des régimes qui seront de plus en plus égalitaires. Voltaire est un moraliste, Tocqueville est un politologue avant la lettre. Si leur démarches exploratoires s’apparentent, elles n’en diffèrent pas moins dans leurs finalités.

Jean L.

 

 

Lecture supplémentaire :

Des lettres de Voltaire découvertes aux États-Unis
paru sur ce blog le 11/01/2013

 

V- Alembert V-_Diderot_111
Jean Le Rond d’Alembert Denis Diderot
V-marquis-de-vauvenargues V-Holbach
Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Paul Thiry, baron d’Holbach
V- Beaumarchais_03

V- condorcet-0

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais Nicolas de Condorcet


Petit lexique :

francais English 
aphorisme aphorism
axiome axiom
devise motto
dicton dictum, saying
discours speech 
épigramme epigram
épithète epithet
locution phrase, expression
maxime maxim
précepte precept
proverbe proverb

Lecture supplémentaire

Ils ne l’ont pas dit
le 13 mai 2016, FRANCE-AMÉRIQUE, Dominique Mataillet

Rousseau et Voltaire – une comparaison

 

 

 

 

Note culinaire, présidentielle et linguistique

Macaron, Macron et la langue macaronique

À première vue, il nous semblerait que le français utilise le mot « macaron » pour désigner à la fois les pâtisseries qu'on appelle macaron et macaroon, en anglais. Nous avons demandé à notre contributeur Jim Chevallier, qui habite North Hollywood (Californie), et qui est historien culinaire, spécialiste de la gastronomie française du haut Moyen-Âge et de l'histoire du pain français, d'élucider le point.

 

Voici sa réponse :

« Le mot français macaron désigne une pâtisserie à base d'amandes. En Amérique, on a commencé à la fabriquer avec de la noix de coco et on l'a baptisée macaroon. Entretemps, les Français ont élaboré (ou adopté) leur gâteau à base de noix de coco qu'ils ont appelé congolais. Sans être sûr qu'il soit identique au nôtre, étant à base de noix de coco, il est certainement plus proche d'un macaroon que d'un macaron.

Si ce sujet vous passionne, peut-être voudrez-vous jeter un œil à des recettes américaines du XIXe siècle pour des macarons et des macaroons ainsi qu'à des recettes françaises de congolais.»

…ce qui évidement n'a rien à voir avec le

  Big Mac

Dans un article sur Wikipedia, "Congolais (patisserie)", se trouve une autre explication historique sur le macaron connu comme "congolais". Les chercheurs affirment que ces macarons peuvent être attribués à un monastère italien du IXe siècle. [1]  Les moines de cette communauté se sont installés en France en 1533, en suivant Catherine de Médicis, qui épousait Henri II. Les pâtissiers florentins de la nouvelle reine adoptèrent la recette des bénédictins. Plus tard, pendant la Révolution française, deux religieuses bénédictines, Sœur Marguerite et Sœur Marie-Elisabeth, quittèrent Paris pour Nancy  pour trouver asile. Les deux nonnes payèrent leur logement en faisant de la pâtisserie et en vendant leurs macarons. Ceux-ci furent d'abord connus sous le nom de macarons des sœurs.

On sait aussi qu'en 1952, la Ville de Nancy a honoré les soeurs macarons en donnant leur nom à la partie de la rue de la Hache où prit naissance la fabrication du "Macaron de Nancy".

Maison-des-soeurs-macarons-nancy


Pour achever cette note sur un thème présidentiel humoristique, voici deux images que nous avons trouvées sur la toile :

 

Macron  macaron  macaroon

 

 

[1] Dans le domaine linguistique plutôt que culinaire, il convenient de noter qu'une langue macaronique (de l’italien maccaronico,  macaronico, ou, plus fréquemment, maccheronico), est une langue inventée au xve siècle en Italie pour écrire des poésies. Cette langue est composée de mots de la langue maternelle de l’auteur auxquels on ajoute une syntaxe et des terminaisons latines

The Language of Food – recension

The Edible Monument : The Art of Food for Festivals