We bridge cultures
Pont Neuf Paris
Pont Neuf, Paris
Japanese Gardens
Japanese Gardens, Pasadena
Montserrat Barcelona
en route Montserrat - Barcelona
Tower Bridge London
Tower Bridge, London
script>
Skip to content

La méduse mythologique au secours de la police routière

La Ville de Paris va tester les radars antibruit Méduse
LeLynx.fr, 13.07.20

« La mairie de Paris s’est porté candidate pour expérimenter les radars Méduse, qui permettent de contrôler et verbaliser les deux-roues générant trop de nuisances sonores. Les capteurs sont dénommés « Méduse » en raison de leur forme. »

  La meduse Bruitparif  

 

Le terme méduse est un nom vernaculaire qui désigne les formes libres de nombreux groupes marins de cnidaires. Les cnidaires existent depuis des centaines de millions d'années. Ils se caractérisent par la présence de cellules urticantes, appelées cnidocytes, qui libèrent leur venin au moindre contact. Les méduses sont généralement des prédatrices qui paralysent leurs proies. Certaines peuvent être mortelles pour l'Homme.

En apparence, ces animaux gélatineux sont très frustes. Ils sont dépourvus de squelette, de cerveau et de poumon mais, en réalité, leur structure est complexe, pouvant posséder des structures sensorielles très élaborées comme des ocelles, rassemblées au sein de rhopalies. D'ou la capacité de la Méduse artificielle de capter les motocyclettes parisiennes.

Aperçu historique :

Medusa-marble-sculptureMéduse (en grec ancien : Μέδουσα, en anglais Medusa), appelée aussi la Gorgone (Gorgo), est dans la mythologie grecque l’une des trois Gorgones (avec ses sœurs Euryale et Sthéno).  Elle est la seule à être mortelle. Fille de Phorcys et Céto, et donc petite-fille de l'union de la Terre (Gaïa) avec l'Océan (Pontos),  elle appartient au groupe des divinités primordiales, tout comme ses cousines, la Chimère et l’Hydre de Lerne, qui, elles aussi, avaient des traits associés à l'image du serpent et ont été détruites par des héros. Même si elle figure au fronton de plusieurs temples, elle ne faisait l'objet d'aucun culte. (Wikipedia)

La Méduse est une frégate française qui fait naufrage le 2 juillet 1816 au large des côtes de l'actuelle Meduse Mauritanie, entraînant la mort de 160 personnes. Ce naufrage cause un scandale retentissant en France au début de la Restauration. Il est illustré par un tableau célèbre de Théodore Géricault expose en 1819 : Le Radeau de la Méduse

Aperçu linguistique :

Il faut distinguer la méduse (medusa en espagnol, portugais et italien, mais jellyfish, blue bottle en anglais dans le contexte marin) de la Galère portugaise (encore appelée Physalie ou « vessie de mer », Portuguese man-'f-war en anglais [1]), une espèce de siphonophore marin, (physalia physalis en latin).[2]

Jellyfish Galere portugais
Méduse Galère portugaise

Aperçu littéraire :

Le mythe de Méduse a été abondamment repris dans la littérature. « De Dante et Pétrarque à Shelley, en passant par Goethe, la figure de Méduse incarne pour les poètes de toutes les époques l’ambivalence du regard féminin, qui attire et ensorcelle, séduit et condamne. Pour Pétrarque, Méduse est sa muse Laura lorsqu’elle détourne le poète du sacré et l’incite à rendre hommage à la beauté charnelle. Pour Goethe, c’est le visage trompeur de l’amour, et l’illusion à laquelle ont recours les femmes pour piéger les hommes dans leurs filets.» [3] 

Les poètes romantiques ont été fascinés par le mythe de Méduse, notamment par le thème de la beauté qui se dégage de l'horreur.

La Méduse de Léonard de Vinci
Méduse est une œuvre de jeunesse de Léonard de Vinci. il en aurait existé deux versions, dont aucune ne nous est parvenue.

—-

[1] Portuguese Man-of-War
     National Geographic

[2] WHAT’S THE DIFFERENCE? JELLYFISH VS. MAN O’ WAR
     National Marine Sanctuary Foundation – April 8,2020

[3] Source : Laurence Roussillon-Constanty, Méduse au miroir : esthétique romantique de Dante Gabriel Rossetti, Grenoble, Ellug, 2008, p. 31.

Jonathan Goldberg

Chansons en espagnol, anglais & français

Ojos españoles – Spanish eyes – Vivre au soleil

 

Son como el sol
Como el azul del cielo
Como el mar
Son algo más
Que las estrellas al amanezer.
Son como el sol
De una mañana fria al despertar
¡Oleeee y oleeeee!
Los ojos de la española que yo amé

Yo fui feliz
Mirando aquellos ojos de mi amor
Yo nunca vi
Ni en el arco iris su color.
Son como el sol

De una mañana fria al despertar
¡Oleeee y oleeeee!
Los ojos de la española que yo amé
Ojos de amor que nunca olvidaré

Blue Spanish eyes, teardrops are falling from your Spanish eyes
Please, oh please, don't cry, this is just adios and not good-bye
Soon I will return,
Bringing you all the love your heart can hold
Please say: "Si si", say you and your Spanish eyes will wait for me.

Blue Spanish eyes, prettiest eyes in all of Mexico
Blue Spanish eyes, please smile for me once more before I go
Soon I'll return, bringing you all the love your heart can hold
Please say: "Si si", say you and your Spanish eyes will wait for me
Say you and your Spanish eyes will wait for me

Note du blogue : Il existe de légères variations entre les paroles de cette chanson selon de different versions espagnoles.  Les paroles en français sont tout à fait différentes, mais elles se basent sur la même mélodie.

 

——–

Save the Last Dance for Me – Garde bien la dernière danse pour moi

 

 

You can dance-every dance with the guy
Who gives you the eye, let him hold you tight
You can smile-every smile for the man
Who held your hand neath the pale moonlight

But don't forget who's takin' you home
And in whose arms you're gonna be
So darlin' save the last dance for me

Oh I know that the musics fine
Like sparklin' wine, go and have your fun
Laugh and sing, but while we're apart
Don't give your heart to anyone

Can't you feel it when we touch

I will never never let you go

And don't forget who's takin' you home

And in whose arms you're gonna be

You can dance, go and carry on

So darlin' save the last dance for me

Baby don't you know I love you so

Baby won't you save the last dance for me

You make the promise that you save the last dance for me

I love you oh so much

Till the night is gone

And it's time to go

If he asks if you're all alone

Can he walk you home, you must tell him no

'Cause don't forget who's taking you home

And in whose arms you're gonna be

Save the last dance for me

Oh I know that the music's fine

Like sparklin' wine, go and have your fun

And don't forget who's takin' you home

Laugh and sing, but while we're apart

Don't give your heart to anyone

So darlin' save the last dance for me

And in whose arms you're gonna be

So don't forget who's taking you home

Save the last dance

The very last dance

For me!

Garde bien la dernière danse pour moi

Va danser
Toutes les danses que tu veux
Dans les bras de ceux
Qui t'entraînent au loin.

Va sourire
Des sourires merveilleux
Pour les danseurs
Qui te tiennent la main.

Mais n'oublie pas que je serai là
Pour te conduire enfin chez toi
Garde bien, la dernière danse pour moi

Va danser
Tu peux t'amuser
J'attendrai le tour de notre retour
Si quelqu'un
Veut t'accompagner
Jusqu'à la maison
Dis-lui bien que non
Car n'oublie pas que je serai serai là
Pour te conduire enfin chez toi
Garde bien, la dernière danse pour moi

Comprends-moi chérie, je t'aime trop
Et je n'ai qu'un seul désir
C'est t'empêcher un jour de partir
Notre amour est trop beau

Va danser (va danser)
Toutes les danses que tu veux
Dans les bras de ceux
Qui t'entraînent au loin
Va sourire (va sourire)
Des sourires merveilleux
Pour les danseurs
Qui te tiennnet la main

Mais n'oublie pas que je serai là
Pour te conduire enfin chez toi
Garde bien, la dernière danse pour moi

Il y a (il y a)
Quelquefois des refrains
Plus forts qu'un vin
Ils vous tournent la tête

Chante et ris (chante et ris)
Mais je t'en supplie
Qu'aucun danseur ne prenne ton cœur
Car n'oublie pas, que ce sera dans mes bras
Que ce soir, tu t'endormiras

Garde bien, la dernière danse pour moi
Garde bien, la dernière danse pour moi

Mais garde bien, la dernière danse pour moi
(La dernière danse pour moi, la dernière danse pour moi)
La dernière danse pour moi.

Note du blogue : Il existent de légères variations entre les paroles de cette chanson selon de different versions anglaises.

 

 

Styles littéraires insolites

Le lipogramme (substantif masculin), du grec leipogrammatikos, de leipein (« enlever, laisser ») et gramma (« lettre ») : « à qui il manque une lettre », est une figure de style qui consiste à produire un texte d'où sont délibérément exclues certaines lettres de l'alphabet.

La Disparition est un roman en lipogramme écrit par Georges Perec (1936-1982) et publié en 1968. Son originalité est que, sur ses 300 pages (variable selon les éditions), il ne comporte pas une seule fois la lettre e, pourtant la plus utilisée d'une manière générale dans la langue française.

Rue Georges Perec

George Perec
rue Georges Perec Georges Perec

 

Le monovocalisme est une variante du lipogramme remis à l'honneur par l'Oulipo.  Il consiste pour un texte à ne s'autoriser qu'une seule voyelle.

L'Ouvroir de littérature potentielle, généralement désigné par son acronyme OuLiPo (ou Oulipo), est un groupe de littérature surréaliste, inventive et innovante qui naît au XXème siècle.

Les Revenentes est un récit de George Perec publié en 1972. Ce texte est un monovocalisme en e, c'est-à-dire qu'il est écrit en n'utilisant que la lettre e comme voyelleLes Revenentes fut publié trois ans après son antithèse La Disparition, roman lipogrammatique qui proscrivait l'usage de la lettre e.

George Perec timbre Les Revenentes

 

Michel Dansel (1935- ) est Directeur Littéraire et Professeur de la Syntaxe à l'Académie Balzac. « Auteur aussi d'études sur divers poètes, de guides pratiques. Spécialiste des rats, champion d’échec [sic], fantôme de la plume suractif (soit nègre), ..» (Babelio.com),  il a écrit Le Train de Nulle Part, un roman français, publié en 2004 chez Pascal Petiot Editions sous le pseudonyme de Michel Thaler. Sa caractéristique est de ne contenir aucun verbe. 

Le Train de Nulle Part Michel Dansel

« Quelle aubaine ! Une place de libre, ou presque, dans ce compartiment. Une escale provisoire, pourquoi pas ! Donc, ma nouvelle adresse dans ce train de nulle part : voiture 12, 3e compartiment dans le sens de la marche. Encore une fois, pourquoi pas ? – Bonjour Messieurs Dames. Un segment du voyage avec vous ! Ou peut-être pas ! Tout comme la totalité de l'itinéraire, du moins le mien ! »

– Incipit du Train de Nulle Part.

   
   

 

 

UlyssesUlysse est un roman moderniste et le chef-d'oeuvre de l'écrivain irlandais James Joyce (1882-1941). Ulysse (en anglais, Ulysses, en latin UlyssēsUlixēs, en grec Odysseus) fut le héros du poème épique d'Homère, l'Odyssée. Le roman de Joyce établit une série de parallèles entre le poème et le roman. Il a d'abord été publié en plusieurs parties dans la revue américaine The Little Review, puis publié dans son intégralité à Paris par Sylvia Beach [1] le 2 février 1922, 40e anniversaire de Joyce.

 

Depuis sa publication, le livre a suscité la controverse et l'examen minutieux, allant d'un procès d'obscénité aux États-Unis en 1921 à un long texte textuel "Joyce Wars". La technique du courant de conscience [2] du roman, sa structuration soigneuse et sa prose expérimentale – remplie de jeux de mots, de parodies et d'allusions – ainsi que sa riche caractérisation et son humour large, l'ont conduit à être considéré comme l'une des plus grandes œuvres de l'histoire littéraire. Les fans de Joyce dans le monde entier le célèbrent désormais le 16 juin.

 

 


[1] Beach était la propriétaire de la librairie Shakespeare and Company située dans le 5e arrondissement de Paris.  

  Beach & Joyce  


[2] En littérature, le courant de conscience ou flux de conscience est un mode narratif ou une méthode qui tente de « décrire les pensées et les sentiments qui, innombrables, passent par l'esprit » d'un narrateur. Il est associé à la littérature moderniste (Virginia Woolf, James Joyce, William Faulkner et Claude Simon). 

  Stream of conciousness

 

Lectures supplémentaires :

James Joyce: sa vie, cinéma et musique
Colman O’Criodain & Magdalena Chrusciel 

Les attaches françaises de James Joyce
Cynthia Hazelton

Débat homérique autour d’« Ulysse », de James Joyce
Le Monde, 30 juillet 2020

14 Underused Words Coined by James Joyce
Mental Floss, August 2, 2015

Dictionary Joyce : a lexicographical study of James Joyce and the Oxford English Dictionary
UBC Library Open Collections

Jonathan Goldberg
Source: Wikipedia

Sharlee Bradley – linguiste du mois de juillet


Sharleen Bradley

À l’occasion de la retraite récente, à l’âge de 90 ans, de la traductrice Sharlee Bradley, après une longue et fructueuse carrière, nous reproduisons ici un entretien, dont la une version anglaise a été publiée dans TRANSLORIAL, la revue de la Northern California Translators Association (NCTA).  Nous présentons cette version abrégée avec l'aimable autorisation de Sharlee Isabelle Pouliot et de la revue. L’entretien a été traduit à notre intention par notre fidèle collaboratrice, IP (Isabelle) monogramIsabelle Pouliot. Isabelle est elle aussi membre de la NCTA et ancienne résidente de la région de San Francisco. Elle est traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). http://traduction.desim.ca

 

Question : Où êtes-vous née, où avez-vous grandi?

Reponse : Je suis née à Toronto, mais j'avais 10 ans quand ma famille est déménagée dans la région de la baie de San Francisco en Californie, la première d'une longue série de traversées de l'Amérique du Nord en train.

 

Q.  Comment avez-vous appris des langues étrangères?    

R : Mes parents ont encouragé leurs enfants à apprendre le français parce que c'était la langue universelle, ce qui semble démodé aujourd'hui. Le français n'était enseigné qu'à partir de la deuxième année du secondaire en Californie. Le Latin n'était enseigné qu'à partir de la troisième année du secondaire. J'ai donc fait cinq ans de français et quatre ans de Latin avant l'université.

Durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque la Charte des Nations Unies a été signée à San Francisco, ma mère m'a dit que ce serait formidable d'être interprète pour les Nations Unies. Mais, ce n'était pas du tout mon objectif. Je suis plutôt tombée amoureuse de la langue écrite et très jeune, je me suis amusée à traduire n'importe quelle œuvre littéraire que j'étudiais à l'école, et d'autres.

  United_Nation_Plaza  
  Place des Nations Unies
San Francisco
 

À l'université, j'ai fait une autre année de Latin et toujours continué le français. J'ai suivi chaque année des cours de français jusqu'à ce que j'obtienne mon doctorat à l'âge de 34 ans. Durant mes études, j'ai dû apprendre l'allemand et une autre langue romane : j'ai choisi l'italien. Ma première expérience de traduction rémunérée, offerte par mon professeur, était de traduire en italien (!) un sondage sur l'assurance. Pour me récompenser, je suis allée acheter un bracelet en or tout de suite après avoir été payée.

J'ai enseigné le français à l'école secondaire quelques années, puis j'ai décroché une bourse Fulbright pour étudier en France, à la Sorbonne.  Cet été-là, puis une résidence de deux ans à Lausanne, ont été mes seules expériences dans des pays francophones. Mais, un jour à Lausanne, j'ai reçu un appel des Nations Unies de Genève, disant qu'on avait eu mon nom du bureau des Nations Unies de New York (mon directeur de thèse m'y avait envoyé passer l'examen de français de l'ONU). C'était l'époque des négociations de l'administration Kennedy sur le commerce, ce qui s'est appelé General Agreement on Tariffs and Trade, GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) et Genève avait besoin de plus de traducteurs. Le « fascinant » sujet qu'on m'a attribué était la standardisation des palettes d'expédition et de manutention de marchandise.

L'espagnol est devenu ma langue parlée étrangère dominante. Je ne l'ai jamais étudiée de manière stricte et organisée, mais quand je me suis installée aux îles Canaries, je faisais des exercices par moi-même avec une grammaire espagnole. J'avais l'arrogance de croire que j'étais une experte des langues romanes, notamment parce que j'avais enseigné le français cinq ans à l'école secondaire et deux ans à l'université. Étant mère d'un jeune enfant, je passais des heures à mémoriser des verbes irréguliers et à me répéter des conversations que j'avais entendues durant mes sorties.

 
Canary Islands
 
  Les îles Canaries  

Comment nous avons abouti aux îles Canaries est une longue histoire. En bref, mon mari (qui est par la suite décédé quand nous vivions là-bas), souhaitait prendre une retraite anticipée. Puisque nous n'étions pas riches, nous sommes allés à la bibliothèque municipale pour chercher un endroit dans le monde où il y avait un climat agréable, une langue facile à apprendre et un faible coût de la vie. Croyez-le ou non, nous avons trouvé un livre intitulé You Can Live Cheaply in the Canaries de l'auteure Peggy True. Le livre nous a convaincus et nous sommes partis avec notre fille, qui était encore bébé, notre voiture, tous nos livres et meubles, sans même nous y rendre auparavant pour faire un essai, pour y passer le reste de notre vie; du moins, c'était notre plan.

Les treize années que j'ai passées en Espagne ont semblé un temps avoir des répercussions sur le français que j'avais étudié pendant 21 ans et même sur mon anglais; mais, à mon retour aux États-Unis, j'ai commencé à recevoir des demandes de traduction à partir du français. Maintenant, bien des années ont passé et je traduis aussi bien à partir de l'espagnol que du français.

Q.  Quel a été votre parcours universitaire?

Uc-berkeley-logo-sealR : J'ai obtenu une bourse d'études de premier cycle à l'université Vassar. J'ai suivi des cours du soir à l'Université de la Californie à Berkeley en vue d'obtenir une maîtrise, tout en enseignant l'anglais et le français dans une école secondaire le jour; je travaillais aussi comme bibliothécaire. J'ai été admise dans plusieurs sociétés universitaires, dont Pi Delta Phi, une société honorifique faisant la promotion du français et de la culture francophone.

Je suis déménagée à Philadelphie avec mon mari et j'ai obtenu un doctorat en langues romanes de l'Université de la DictionaryPennsylvanie. Étant donné que mon directeur de thèse rédigeait un dictionnaire à cette époque (le dictionnaire Espagnol-Anglais de l'Université de Chicago, lequel était très réputé à l'époque), j'ai rédigé ma thèse sur des problèmes lexicographiques de dictionnaires unilingues français et fait une analyse détaillée du Littré, du Larousse et du Dauzat.

La politique de l'université était que tous les cours de premier cycle devaient être enseignés en anglais. Lorsque nous avons eu la visite d'un professeur français dont l'accent rendait incompréhensible le contenu de ses cours de linguistique, nous avons soumis une pétition au département pour qu'il soit autorisé à enseigner en français, ce qui a été refusé!

Q. Avez-vous voyagé à l'étranger?

R: Oui, surtout en Europe. Mais aussi en Russie (croisière à partir de Saint-Pétersbourg, puis sur le lac Ladoga, la rivière Svir et le lac Onega; en Chine (séjour de 5 semaines) et dans le Pacifique Sud (séjour de 2 mois à Rarotonga, la plus grande des îles Cook). J'ai navigué une fois sur le fleuve Amazone et je me suis rendue souvent au Mexique pour jouer au tennis.

Une année, j'ai appris quelques mots de turc en visitant Istanbul, la Cappadoce, et en faisant de la voile et de la randonnée sur les côtes du sud de la Turquie. Durant un autre voyage, j'ai fait du tourisme littéraire dans le sud et le sud-est de l'Angleterre et j'ai fait un séjour chez une amie près de Toulon, en France. 

Q. Quels ont été vos premiers pas dans la traduction? Depuis combien de temps êtes-vous traductrice?

R: J'ai obtenu mon premier contrat par l'entremise de mon professeur d'italien. Plus tard, alors que j'étais professeure à l'Université de La Universidad Laguna à Tenerife, je faisais beaucoup de traductions pour le département de chimie physique, non parce que je demandais du travail, mais simplement parce que j'étais là et que je parlais anglais. Les professeurs avaient une base d'anglais suffisante dans leur domaine pour comprendre des articles techniques, mais quand ils allaient à des symposiums et des conférences, ils étaient incapables de converser en anglais. Alors, j'animais des ateliers de conversation en anglais durant l'heure du lunch. Par la suite, ils m'ont donné des monographies à traduire en anglais pour des présentations ou des articles qui étaient ensuite publiés dans des revues étrangères.

Q. Êtes-vous aussi interprète? Si oui, pour qui interprétez-vous?

R: À mon retour aux États-Unis, puisque je parlais espagnol couramment, je me suis proposée pour devenir guide au Centre d'information touristique de Philadelphie. Après avoir appris l'histoire de la ville, j'ai été guide auprès de nombreux touristes espagnols, je leur faisais voir les monuments historiques les plus prisés des États-Unis.

Un jour, le Centre m'a appelé pour me dire qu'on recherchait un interprète pour aller en cour fédérale, puisque l'interprète habituel n'était pas disponible. Étais-je disponible? Même si je n'avais jamais interprété, j'ai bravement répondu que j'irais et j'ai fait du bon travail, même si j'aurais pu faire mieux. 

Plus tard, après avoir étudié l'interprétation au sein d’un programme de l'Université de l'Arizona connu dans tout le pays, j'ai été Arizona seal capable d'interpréter en restant impassible presque tout ce qu'on me demandait. Durant plusieurs années, j'ai servi d'interprète à la Marin County Health Clinic, auprès d'immigrants hispanophones, régularisés ou non. Beaucoup étaient dans une situation d'une grande précarité, mais certains essayaient de tirer avantage d'un système qui leur offrait de l'aide, bien après qu'ils soient capables de se tirer d'affaire par eux-mêmes. Grâce à ma formation, j'interprétais de manière impartiale.

De plus, j'ai aussi interprété à la Commission des libérations conditionnelles de la prison de San Quentin, au Department of Motor Vehicles [autorité délivrant les permis de conduire] de San Francisco, au ministère de l'Éducation à Fresno, à la Commission d'État des relations de travail à Sacramento, pour des médecins, des avocats et des sociétés d'assurances, et bien d'autres.

Par la suite, après avoir arrêté l'interprétation durant deux ans pour m'occuper de mon second mari malade, qui était en phase terminale, j'ai abandonné l'interprétation et fait exclusivement de la traduction pendant 20 ans.

Q. À quels problèmes (et solutions possibles) vous êtes-vous heurtés durant votre carrière de traductrice?

R : L'accès à Internet a résolu de nombreux problèmes de recherche. Je ne me sens plus aussi isolée d'une grande bibliothèque universitaire comme je l'ai déjà été. Maintenant, j'essaie de donner mes dictionnaires, dont quelques-uns sur CD, des livres et d'autres.

Je travaille avec deux écrans, je peux consulter ma terminologie sur un tout en traduisant sur l'autre avec la langue source et la langue cible côte à côte,  sauf si j'utilise un logiciel de traduction. Mon préféré est Wordfast.

La gestion de mes listes de terminologie était toujours une priorité. Après chaque contrat, je faisais la saisie des nouveaux termes; puis, la prochaine fois que j'avais besoin d'utiliser un terme, je laissais le glossaire ouvert sur l'autre écran pendant que je traduisais.

PAHOJ'ai travaillé sur un certain nombre de projets liés à la traduction automatique. Les meilleurs projets étaient pour l'organisme Pan American Health Organization; il avait produit son propre système ayant de nombreux raccourcis pour effectuer des corrections très répandues, par exemple, substituer deux noms par un syntagme prépositionnel.

Q. Est-ce que la pandémie de la COVID-19 a perturbé votre activité professionnelle?

R : Non, parce qu'en décembre dernier, à mes 90 ans, j'ai décidé que c'était le bon moment de fermer boutique. Mais, puisque je suis incapable d'arrêter complètement la traduction, je me limite à travailler bénévolement pour Traducteurs sans frontières. En plus, je joue au tennis quatre fois par semaine. Translators without Borders
Tennis-girl Sharlee tennis

Google Translate comme traducteur littéraire (allemand > français)

Préface :

Kafka & FelicitaLe passage qui suit a été écrit par Franz Kafka dans le cadre de ses lettres à Felice Bauer, avec qui Kafka a été fiancé. Ce recueil de lettres a été publié en 1967 en allemand sous le titre Briefe an Felice et en français, sous le titre Lettres à Felice aux éditions Gallimard en 1972 dans la traduction de Marthe Robert.

Kafka - Briefe

Kafka - lettres a Felice

ElsaLe passage est traduit également ci-dessous en français par le logiciel Google Translate. Voici une analyse réalisée par notre fidèle contributrice, Elsa Wack (linguiste du mois de janvier 2014), de ces deux traductions – l'une faite par une traductrice humaine et l'autre par l'intelligence artificielle.

Les contributions précédentes d'Elsa sont accessibles ici.


KafkaFranz Kafka
(texte original) : Oft dachte ich schon daran, dass es die beste Lebensweise für mich wäre, mit Schreibzeug und einer Lampe im innersten Raume eines ausgedehnten, abgesperrten Kellers zu sein. Das Essen brächte man mir, stellte es immer weit von meinem Raum entfernt hinter der äußersten Tür des Kellers nieder. Der Weg um das Essen, im Schlafrock, durch alle Kellergewölbe hindurch wäre mein einziger Spaziergang. Dann kehrte ich zu meinem Tisch zurück, würde langsam und mit Bedacht essen und wieder gleich zu schreiben anfangen. Was ich dann schreiben würde! Aus welchen Tiefen ich es hervorreissen würde!

Marthe Robert: J’ai souvent pensé que la meilleure façon de vivre pour moi serait de m’installer avec une lampe et ce qu’il faut pour écrire au cœur d’une vaste cave isolée. On m’apporterait mes repas, et on les déposerait toujours très loin de ma place, derrière la porte la plus extérieure de la cave. Aller chercher mon repas en robe de chambre en passant sous toutes les voûtes serait mon unique promenade. Puis je retournerais à ma table, je mangerais avec ferveur et je me remettrais aussitôt à travailler

Google Translate : J'ai souvent pensé que ce serait le meilleur mode de vie pour moi d'être dans la pièce la plus intérieure d'une vaste cave fermée avec des ustensiles d'écriture et une lampe. La nourriture m'était apportée, toujours placée loin de ma chambre derrière la porte du sous-sol. Le chemin autour de la nourriture, dans la robe de chambre, à travers toutes les chambres fortes de la cave serait ma seule promenade. Puis je suis retourné à ma table, je mangeais lentement et soigneusement, et je recommençais à écrire.

Analyse Elsa Wack :

La comparaison permet de mettre en évidence, dans la traduction automatique :

Des qualités :

Google Translate est simple. Il utilise le verbe être, comme Kafka, plutôt que le verbe « s’installer ». Google Translate est parfois précis, mais évidemment moins littéraire : « la pièce la plus intérieure d’une vaste cave fermée » ressemble plus à l’allemand, où il est bien question de l’intérieur plutôt que du cœur (mais c’est bien des tréfonds de l’âme de l’écrivain qu’il s’agit !), et où la cave est « verrouillée » plutôt que simplement « isolée » dans le texte cité par Le Monde.

Des défauts :

Google Translate ne maîtrise pas les temps, notamment le subjonctif, temps de l’irréalité. Il le traduit par l’imparfait ou même le passé composé. Ah si ! Un conditionnel, tout de même : « serait », parachuté dans ces variantes de temps comme si Google avait voulu essayer plusieurs moyens d’échapper au subjonctif.

Google Translate ne maîtrise pas non plus les articles, et la traductrice que je suis compatis à sa peine, car rien n’est plus divers et sibyllin que les notions d’universalité et d’individualité que peuvent rendre, dans les différentes langues, les articles définis, démonstratifs, indéfinis ou l’absence totale d’article. Ici, quand Google donne pour  traduction « le chemin … dans la robe de chambre », ce n’est pas du bon français. On pourrait croire que Kafka s’est transformé en un insecte, comme dans sa nouvelle « La Métamorphose », et qu’il se promène dans les replis d’une robe de chambre. La tournure exacte est évidemment « en robe de chambre », même si l’allemand emploie ici un article défini dans im (contraction de in dem). On peut être content toutefois que Google procède par mots et traduise bien Schlafrock par « robe de chambre », et pas, par exemple, par « robe de sommeil » (le mot composé allemand contient Rock, « robe », et Schlaf, « sommeil »).

« Chambres fortes » : l’allemand Gewölbe signifie plutôt « voûte », comme dans la traduction du Monde, mais la proposition de Google Translate n’est pas inintéressante.

Prépositions : la préposition um, qui peut signifier « autour » (traduction Google), a ici le sens de « pour », « vers » : le « chemin vers la nourriture ». Dans la traduction de Marthe Robert, qui ici est simple au sens noble du terme, c’est « Aller chercher mon repas ».

La traduction de Google pèche aussi dans les mots « je mangeais (…) soigneusement ». On imagine le narrateur mettant sa serviette et s’appliquant à ne pas faire de miettes. Ce n’est pas du tout le sens de mit Bedacht, qui signifie « avec concentration », mais avec une connotation mystique ; la vraie traductrice s’en est emparée en employant « ferveur ».

Le passage cité se termine par le mot « travailler » là où Kafka et Google ont employé « écrire ». Peut-être Marthe Robert a-t-elle voulu éviter d’avoir à faire ensuite une répétition : « Que n’écrirais-je pas alors ! De quelles profondeurs ne saurais-je pas le tirer ! » continue-t-elle (extrait non cité dans le Monde) là où, Kafka, lui, n’a pas hésité à réutiliser le mot « écrire »: « Was ich dann schreiben würde! Aus welchen Tiefen ich es hervorreissen würde! » Dans cette irréalité difficile pour tout traducteur, Google Translate emploie de nouveau un conditionnel, dépourvu de toute figure de style : « Ce que j'écrirais alors! De quelles profondeurs je le retirerais! ». Si je devais traduire moi-même cette phrase, je rendrais plus fidèlement le verbe hervorreissen : « Que n’écrirais-je pas alors, que n’arracherais-je pas à quelles profondeurs insondables ! »

Quand le fleuve Mississippi se déverse dans la Maison blanche

Le droit et la littérature s’affrontent parfois dans des circonstances étranges [1], notamment dans le cas d’un litige de droits d’auteur. [2] 

Un livre rédigé par Mary Trump, la nièce de Donald Trump, intitulé Too Much and Never Enough: How My Family Created the World’s Most Dangerous Man, traite d’une famille tout à fait « dysfonctionnelle » (pour employer un mot français emprunté à l’anglais). Selon le dictionnaire Larousse, ce mot « Se dit de quelque chose, particulier d'un système de relations, d'une structure (familiale, sociale), dont le fonctionnement est problématique ». La Maison Blanche a récemment entamé un procès pour bloquer la publication du livre qui scandalise la famille Trump, mais le tribunal a rejeté sa réclamation. À première vue, le livre, qui sortira la semaine prochaine, n’a rien à voir avec la littérature. 

Too Much & Never Enough Book cover Mary Trump


Pourtant, lorsque l’on connaît mieux la vie de l’auteure, notamment la période de ses études de premier cycle à l’université, il est possible de mieux comprendre l’influence de l’auteur américain, William Faulkner (1897-1962)  [3] sur Mary Trump.

FaulknerFaulkner vivait la plupart de sa vie dans le comté rural de Lafayette [4] (Mississippi), dans le Sud profond des États-Unis. [5] La famille que Faulkner a inventée s’appelle les Compson, nom qui apparaît brièvement dans le premier chapitre de Requiem for a Nun (Requiem pour une nonne). Présente dans The Sound and the Fury (Le Bruit et la Fureur), cette famille fait aussi des apparitions dans Absalom, Absalom ! (Absalon, Absalon !) et dans des nouvelles comme That Evening Sun (Soleil couchant).

Dans un article paru dans le Washington Post le 2 juillet, qui relève les similitudes entre la famille Compton et celle de Trump, est cité l’ex-professeur de Mary Trump, pour qui toutes les deux familles ont été « déchirées par la dysfonction ».

Il peut surprendre que Mary Trump soit décrite par ce professeur comme une « étudiante brillante » alors que, sachant que Donald Trump est de cette famille, on est plutôt amené à se dire que les mots « Trump » et « brillant » sont un oxymore. Selon son professeur, Mary fut la meilleure étudiante de sa classe d’anglais. Elle obtiendra par la suite un doctorat en psychologie clinique.

Psychologue, Mary Trump étudia des patients atteints de délires, schizophrénie et hallucinations. On ne saurait imaginer une meilleure expérience pour analyser celui qui est son oncle. [6] Selon ses propres termes, l’élection de Trump comme président des États-Unis fut « la pire nuit de ma vie ».

Un des traits de caractère souvent attribués à Donald Trump est le narcissisme. Dans le  trouble de la personnalité narcissique, un individu se manifeste par le besoin excessif d'être admiré et par un manque d’empathie. Le sujet narcissique recherche une gratification en lui-même, et s'attachant peu au jugement des autres, est très focalisé sur ses problèmes d’adéquation personnelle, de puissance et de prestige. Le trouble de la personnalité narcissique est étroitement lié à l’égocentrisme. Selon la mythologie grecque, Narcisse était un chasseur qui passait son temps à se contempler dans l'eau de la source.

Revenons à William Faulkner avec une citation du site oprah.com à propos du langage de l’auteur – comme préface à « The Faulkner Glossary » :

« En lisant Faulkner, ne vous découragez pas si vous trébuchez sur quelques mots inconnus – l'auteur est connu pour traiter la langue anglaise comme sa propriété personnelle. Alors si vous, citadins, ne faites pas la différence entre un  "hitch-reign" et un "plowline", ou que vous soyez rendus perplexes par un mot prétentieux, ce glossaire vous aidera – d’acalculie à zain. »

Note linguistique :

Les mots lunatic (substantif ou adjectif en anglais) (fou/folle, en français) et lunatique  (synonyme de  capricieux, selon l'Internaute.com), sont de faux amis. Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'explique  Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe dans un vidéo clip :

Guillame Terrien

Guillaume Terrien

Autrement dit, le français, en évoluant, a abandonné le sens fort de « fou/folle » pour ne retenir que celui de bizarrerie, alors qu'en anglais, le mot d'origine normande est resté figé dans son sens initial de lunatic.

En revanche, les mots lunar et lunaire sont de vrais amis. En ce qui concerne le mot « lunaison », il n'a ni de vrai ni de faux ami en anglais, en ce sens qu’il n'existe aucun mot équivalent en anglais (la plus proche traduction étant lunar month).

En anglais, les synonymes de lunacy sont : madness, insanity imbecility et folly. Ce dernier est évidemment proche de "folie". Mais, le mot imbecile désigne (péjorativement) quelqu'un de plutôt stupide. Au 16e siècle, il s'employait pour désigner une personne de faible constitution [5] (du latin, imbecillus, quelqu'un in baculum, c'est-à-dire sans le soutien d'une canne) mais, au 19e siècle, sa signification a changé et il en est venu à désigner une personne faible d'esprit ou sans intelligence.

Il s'avère qu'étudier l'origine et le parcours des mots en anglais, et essayer de les distinguer de leurs doubles français,  c'est de l'imbécillité, sinon de la pure folie.

Mise à jour :

Trump est « cruel »et « menteur » affirme sa sœur dans un enregistrement secret
Le Journal de Montréal, le 22 août 2020

 

Jonathan G. avec l'aide précieuse de Magdalena Chrusciel.

————-

[1] Anonyme - L’Escole des filles ou La philosophie des dames, 1655 est considéré comme le premier roman érotique de la littérature française, l’ouvrage indigne le procureur général du roi qui ordonne de saisir et brûler les exemplaires.

[2] L'auteur de cet article recommande un livre rédigé par Maître Jean-Claude Zylberstein qui traite de ce thème:SOUVENIRS D’UN CHASSEUR DE TRÉSORS LITTÉRAIRES, Allary Editions, 2018, 461 pages.

Voir également Elizabeth Ladenson, Dirt for Art’s Sake, Books On Trial from Madame Bovary to Lolita, Cornell University Press, 2007 et

Yvan Leclerc, Crimes écrits : la littérature en procès au XIXe siècle, 1991, Éditions Plon.

[3] Faulkner a reçu le prix Nobel de littérature en 1949.

[4] La FayetteCe comté porte le nom de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, dit « La Fayette », officier et homme politique français et américain. 
[5] Le livre Three Years in Mississippi a été rédigé par James Meredith, le premier étudiant noir-américain de l’université du Mississippi, dans le comté de La Fayette, jusqu'à 1962 réservée aux étudiants blancs. Le Mississippi était alors l'un des États américains les plus ségrégationnistes du pays. Le Président John Kennedy a envoyé à Meredith en soutien des milliers de soldats de l'armée fédérale pour qu’il puisse assister aux études dans ce bastion de la suprématie blanche du Sud profond.

 

Dangerous Trump Cover[6] En octobre 2017 parut le livre The Dangerous Case of Donald Trump, rédigé par 27 psychiatres et psychologues, qui s’accordèrent tous à dire que l’état mental de Trump présentait un danger pour les États-Unis. Dans son édition élargie d’autres professionnels ont ajouté leur analyse du thème.

Le dernier ouvrage rédigé par un psychologue consacré à un président américain fut  l'étude de Sigmund Freud intitulée 'Woodrow Wilson : A  Psychological Study'.

Lectures supplémentaires :

Lexique psychiatrie

Décryptage: de la santé mentale de Donald Trump
La Presse, 13.4.2020

Trump is Not Well,
The Atlantic, 9 September, 2019

Un Garfield qui n'était pas le chat éponyme ! 4.4.2016

Enjamber les siècles :
un défi à la démographie 17.11.2014

Bookaneer & buccanner

 

Le 1er juillet 1943, le code ZIP américain est né

Le verbe anglais zip  signifie, entre autres, un mouvement rapide comme une flèche [1]. Pour cette raison le département des Postes des États Unis a choisi en 1943 l'acronyme ZIP (Zone Improvement Plan) pour convaincre le grand public que ses lettres allaient arriver à leur destination plus vite grâce à l'usage de ce nouveau système de code postal. Plus tard, il introduit un personnage de bande dessinée appelé Mr. Zip, [2] surnommé aussi Zippy, dans l'optique de promouvoir l'utilisation du code ZIP.

170px-USA-Stamp-1973-ZIPCode Stamp_US_1966_5c_Cassatt_with_Zippy

Franklin $100 billÀ propos du service postal gouvernemental des États-Unis, il convient de rappeler que Benjamin Franklin (1706-1790), homme politique américain et esprit universel, ainsi qu’écrivain, inventeur, imprimeur, naturaliste, et participant à la rédaction de la déclaration d’indépendance des États Unis, occupait le poste de Postmaster General des États Unis, avant de devenir le premier ambassadeur des États Unis en France. [3]

————-

[1] Dans un autre contexte, sans rapport à l’acronyme susmentionné, le substantif zip veut dire notamment « fermeture éclair » (et en Belgique « tirette »).

[2] Pour les pointilleux, il faut rappeler qu’aux États-Unis, les abréviations Mr. (Monsieur), Mrs. (Madame), Messrs, (Mesdames) et autres sont suivies d'un point, alors qu’en Grande-Bretagne elles s’écrivent sans point.  Il faut ajouter que le mot point, dans ce sens, se traduit en anglais par period aux États Unis et par full stop en Grande-Bretagne.

[3] À la suite des commentaires publiés sur ce blogue et dans la presse en général concernant les réclamations des partisans du mouvement Black Lives Matter, visant à dénoncer toute figure historique qui était propriétaire d'esclaves, et plus particulièrement de remplacer l’hymne national des États-Unis, Star-Spangled Banner, parce que Francis Scott Key, qui a écrit les paroles était propriétaire d’esclaves,  il faut mentionner qu’au début Franklin possédait des esclaves, mais durant ses dernières années, il est devenu un fervent partisan de l’abolition de l’esclavage. Franklin a publié Observations relatives à l'accroissement de l'humanité dans lequel il avance que l'esclavage affaiblit le pays qui le pratique. Il affranchit ses esclaves dès 1772.

 


Lectures supplémentaires
 :

150eme anniversaire de combats qui n’avaient rien de civils !
– publié sur ce blogue le 1 juillet 2013

Jenny a l’envers

– publié sur ce blogue le 14 décembre  2013

L'aérophilatelie et l'astrophilatélie – de nouveaux timbres américains et suisses
– publié sur ce blogue le 2 août 2016

L’écrivaine Claude-Anne Lopez raconte sa « vie avec Benjamin Franklin »
– publié sur ce blogue le 7 octobre 2012.

L'écrivaine Claude-Anne Lopez raconte sa « vie avec Benjamin Franklin (2) »
– publié sur ce blogue le 24 octobre 2012.

 

Curiosités littéraires


FRANZ KAFKA RÊVAIT AU CONFINEMENT

Kafka

Kafka (1883-1924)  : « J’ai souvent pensé que la meilleure façon de vivre pour moi serait de m’installer avec une lampe et ce qu’il faut pour écrire au cœur d’une vaste cave isolée. On m’apporterait mes repas, et on les déposerait toujours très loin de ma place, derrière la porte la plus extérieure de la cave. Aller chercher mon repas en robe de chambre en passant sous toutes les voûtes serait mon unique promenade. Puis je retournerais à ma table, je mangerais avec ferveur et je me remettrais aussitôt à travailler. » 
(Lettres à Felice, Gallimard, 1972)

L’AUTRE WINSTON CHURCHILL.


Winston-Churchill American authorWinston Churchill
(1871-1947), né a Saint-Louis [1] dans l'Etat de Missouri.  était un écrivain américain de fiction historique, populaire à la fin du 20e siècle. Il s’est vendu deux millions de son deuxième roman, Richard Carvel, et d’autres romans dans la décennie qui suivit. Etant devenu prospère, Churchill abandonna sa carrière d’écrivain et, à l’instar de son homonyme plus célèbre, se voua à la peinture. Sans lien de parenté, les deux Churchill s’étaient en fait rencontrés et communiquaient à l’occasion. Afin d’éviter une confusion, ils se mirent d’accord que le Winston britannique publierait sous le nom de Winston Spencer Churchill, ce qui fut abrégé par la suite en Winston S. Churchill.

LA SOURICIÈRE (The Mousetrap)
est une pièce de théâtre policière d'Agatha Christie. [2]
C'est la pièce qui pendant 68 ans totalise le plus grand nombre de représentations consécutives au monde depuis sa création dans le West End de Londres en 1952, où elle n'a jamais quitté l'affiche jusqu'au le 16 mars 2020, quand la représentation a été arrêtée à cause de la pandémie. 

Agatha-christie The Mousetrap
 Agathe Christie
(1890-1978)
                 La souricière 

 


[1] Actualités – 28.6.2020 : A la suite du meurtre de George Floyd,  les activistes partout demandent que des statues de propriétaires
d'esclaves ou figures historiques racistes soient déboutonnées.  
Une telle réclamation a été faite cette semaine envers la statue du roi français Louis IX du Moyen Âge, dans la ville de Saint Louis Statu Louis IX(Missouri). Cette statue représente le roi à califourchon sur un cheval, portant une couronne et une robe et tenant une épée dans sa main droite. Érigée il y a 116 ans à Forest Park, elle est l'un des monuments les plus connus de la ville. Aujourd'hui , une coalition d'activistes veut que cette statue soit abattue parce que Louis IX a persécuté les Juifs, a présidé à l'incendie de masse notoire du Talmud juif, a émis un ordre d'expulsion contre ses sujets juifs et a mené deux armées croisées dans des offensives infructueuses en Afrique du Nord.

Louisville (Kentucky), par contre, porte le nom du roi français Louis XVI.

Meet me in St. LouisCoté musique, on se souvient que la ville St. Louis a été le point du film célèbre de Vincente Minnelli, « Meet me in St. Louis », dans lequel Judy Garland a joué en 1944.

 

 

 

 

[2] Selon le  « Index Translationum » de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Agatha Christie est l'auteur le plus traduit du monde.  Voir « Les auteurs les plus traduits dans le monde ». https://bit.ly/2VtgR1J

Agatha Christie autrice majeure
France Culture

La lumière indispensable de la traduction dans une période troublée

Tina KoverL'essai ci-dessous a été soumis par Tina Kover, notre linguiste du mois de juillet 2019, en versions anglaise et française. Pour ceux qui, en plus de l’appréciation que son contenu mérite, voudraient le lire comme un exercice de traduction, nous le présentons sous forme bilingue. Tina Kover est traductrice littéraire depuis près de vingt ans, traduisant des œuvres de littérature classique et moderne, dont Georges d'Alexandre Dumas, Manette Salomon des frères Goncourt et Life, Only Better d'Anna Gavalda. Elle a étudié le français à l'Université de Denver (la ville où elle est née) et à l'Université de Lausanne en Suisse, et a ensuite enseigné l'anglais comme langue étrangère à Prague. Elle vit et travaille actuellement dans le nord-est de l'Angleterre. Sa traduction de Désorientale (Disoriental en anglais) de Negar Djavadi a été finaliste du National Book Award for Translated Literature en 2018 ainsi que du PEN Translation Prize en 2019 avant de lui valoir le prix Albertine en 2019. 

Lorsque Jonathan Goldberg m’a très gentiment proposé d’écrire quelques lignes pour Le mot juste, il y a de cela quelques mois, j’étais loin de me douter que, le moment venu de prendre la plume, le monde serait plongé dans une pandémie globale d’une part et, d’autre part, secoué par des mouvements sociaux comme on n’en avait pas vus depuis bien longtemps. Comme il serait impensable de ne pas mentionner ces événements sous une forme ou une autre, j’aimerais donc en profiter pour parler ici, du point de vue nécessairement limité qui est le mien, du rôle de la traduction littéraire dans les efforts qui sont actuellement menés un peu partout, et continueront je l’espère de l’être, en vue d’obtenir un monde plus sûr, plus équitable et, si vous me passez le jeu de mot, plus juste.

J’écris ces quelques lignes chez moi ; je suis assise à mon bureau, dans une maison confortable à Durham, qui est elle-même située dans un pays prospère de l’hémisphère nord, la Grande-Bretagne. J’ai grandi au sein d’une famille de cadres moyens, dans une grande ville américaine, avec le soutien et l’amour inconditionnel de mes parents. J’ai travaillé dur pour en arriver où j’en suis mais, somme toute, les obstacles ne furent jamais insurmontables.

À chaque étape, on m’a félicitée pour mes résultats et on m’a encouragée à viser toujours plus haut. Jamais je n’ai été regardée de haut, ou rabaissée du fait de ma naissance et des circonstances arbitraires qui l’entourent. Et en tant qu’immigrante, mon expérience a été plutôt facile et aussi peu bureaucratique que possible, surtout comparée à celle de tant d’autres. Parce que je suis blanche, éduquée, et que j’ai émigré d’un pays riche (les Etats-Unis) à un autre (le Royaume Uni), je n’ai jamais eu à subir la honte ni le ridicule du fait de mon accent ou de la couleur de ma peau ; on ne m’a jamais désignée comme une « étrangère » qui « vole le travail » d’un(e) Britannique de souche et on ne m’a jamais dit de « revenir d’où je viens ».

Quelle chance.

Alors il va sans dire que je suis très, très mal placée pour parler de race ou de relations interraciales. Mais malgré tout, j’ai une plateforme, aussi petite soit-elle. En tant que traductrice littéraire, je me vois comme fantassin dans cette guerre contre l’homogénéisation culturelle et sociale et contre les forces du mal qui semblent plus déterminées que jamais à nous mettre dans de petites cases séparées et dûment étiquetées selon notre race, sexe, langue ou religion. De nos différences naissent nos cultures ainsi que la riche et magnifique variété qui fait de nous des individus et, au lieu de chercher à les effacer ou les rejeter, chacun d’entre nous se doit de les célébrer. L’une des meilleures façons de le faire, à mon avis, c’est de traduire des textes littéraires. Je dirais que l’écriture est la forme la plus pure à travers laquelle les êtres humains arrivent à exprimer des vérités universelles. Nous écrivons à partir de ce que nous avons au plus profond de nous-mêmes ; nous distillons ainsi à l’encre noire sur la page blanche, nos expériences et nos philosophies, notre éducation, et tout ce dont nous avons hérité des générations précédentes. Chaque mot est porteur d’un souvenir, d’une émotion, d’un legs.

Ne pas comprendre la langue d’un écrit donné instaure un mur entre l’auteur(e) et nous. L’auteur(e) est ainsi tenu(e) à distance, différent(e) de nous, difficile à comprendre, « autre ». Traduire, c’est illuminer la chambre noire d’un texte illisible. Cela nous permet non seulement de voir toutes les façons que nous avons d’être semblables, qu’il s’agisse d’aimer, de rire, de pleurer et de souffrir de manière identique et pour les mêmes raisons, mais aussi d’apprécier les nuances infinies et la beauté subtile de ces cultures qui nous façonnent, chacune à leur manière. Lire un texte en traduction permet d’élargir les vues que nous avons les uns sur les autres, sur le monde et sur nous-mêmes, et cela sans que nous en soyons tout à fait conscients.

C’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de livres écrits par les membres de communautés qui ont depuis toujours été marginalisées et rejetées : les femmes, les gens de couleur, les membres de la communauté LGBTQ+. Depuis des siècles, nos sociétés occidentales essayent de faire rentrer à tout prix ceux qui sont différents dans le moule commun, de faire taire leur voix. Or, leurs écrits y gagnent en force, comme un champagne qui a attendu trop longtemps avant d’être débouché. Des trésors incommensurables nous attendent : les textes d’écrivains africains et caribéens, de femmes qui vivent dans des sociétés traditionnellement patriarcales, d’écrivains gays, de lesbiennes, de bisexuels ou d’écrivains trans issus de cultures qui les ont condamnés au silence pendant des siècles. Il est plus que jamais temps de les écouter, de les voir et de les lire. Il est grand temps de nous plonger dans leurs écrits, de combler ces lacunes béantes que les couteaux aiguisés des diverses formes de censures gouvernementales et médiatiques nous ont infligé.

C’est en cela, je pense, que réside ma mission de traductrice. Aider à ce que les voix étouffées dans le monde puissent résonner. Faire tomber ces murs linguistiques qui nous séparent. La communication est, et a toujours été, la base de la compréhension entre êtres humains et, en tant que traductrice, j’ai l’immense honneur et privilège – et le devoir – de servir de porte-parole. Et, si je puis me permettre de parler au nom de mes collègues traducteurs, je crois que les défis auxquels nos sociétés font face aujourd’hui ne font que renforcer la détermination qui nous animent, nous, professionnels du langage, à prouver qu’au-delà des mots que nous utilisons, nous parlons vraiment tous la même langue.

When Jonathan Goldberg very kindly gave me the opportunity to write a few words for Le mot juste a few months ago, little did I know that, when the moment came to pen my piece, the world would be in the midst of both a global pandemic and a time of social upheaval, the likes of which has not been seen in a very long time. But it feels almost inconceivable not to address current events in some way, and so I would like to use this moment to speak about what I, in my limited experience and understanding, see as the role of literary translation in what I hope will be the ongoing and unswerving worldwide effort to make society safer, fairer, more equitable, and, if you’ll pardon the play on words, more juste.

Translation

As I write these words I am sitting in my comfortable home in Durham, in a prosperous Western nation, Great Britain. I grew up in a white-collar household in a flourishing American city with two parents who supported and loved me unconditionally. I have worked hard for everything I possess, but then I faced very few obstacles. At every turn I was praised for what I had already achieved and encouraged to aim ever higher. I have never known what it feels like to be looked down upon or hindered by the purely arbitrary circumstances of my birth. Even as an immigrant, my experience, unlike so many others’, has been smooth and simple by almost any standard. As an educated white person emigrating from one wealthy country (the United States) to another (the United Kingdom), I have never been shamed or ridiculed for my accent, targeted on sight as an “outsider” due to the color of my skin, blamed for “taking jobs away” from British-born workers, or told to “go back where I came from”.

I have been so lucky.

So really, I am wholly unqualified to speak about race, or race relations. But one thing I do have is a platform, small as it may be. As a literary translator, I am a very, very minor foot-soldier in the war against social and cultural homogenization, and against the dark forces that seem more determined than ever to keep us in separate boxes categorized by race and gender and language and religion. Our differences are what give our cultures, and each of us as individuals, our splendid, beautiful variety, and rather than denying them, or trying to erase them, we should celebrate them. One of the most effective ways to do that, I believe, is through literary translation. I would argue that writing is the purest way in which humans express universal truths. We write from the deepest places within ourselves, distilling our experiences and philosophies, our upbringings and everything we have inherited from the generations that came before us, starkly into black ink on a white page. Every word is memory, emotion, legacy.

But being unable to understand the language of a piece of writing effectively puts a wall between us and its author. It keeps them separate, different from us, unrelatable, “other”. Translation effectively floods the dark room of an unreadable text with light. It enables us not only to see how much alike we all are, that we love and laugh and weep and bleed in the same way and for the same reasons, but to appreciate the nuance and subtle beauty of how our cultures shape what drives us, and how we react to those driving forces. Reading a translated text broadens our understanding of each other, and the world, and ourselves, in ways of which we might not even be fully aware.

This is especially true when it comes to books written by members of communities that have traditionally been marginalized and discounted: women, people of color, LGBTQ+ people. We in the West have been conditioned over decades and centuries to make assumptions about anyone who is different, to tune out their voices. Their work is made even more powerful, perhaps, by its explosive force, like champagne uncorked after too long in the bottle. And there is such an incredible wealth of it out there, the work of African and Caribbean writers, of women in traditionally patriarchal societies, of gay and lesbian and bisexual and trans writers from cultures that have silenced them for centuries. Now is precisely the time that we need to hear them and see them and read them most; now is the time that we need to examine their work most carefully, to fill the gaps left in our understanding by the slashing censorious knives of governments and the media.

That, I believe, is my job as a literary translator. To help ensure that the world’s unheard voices can ring out. To pull down the linguistic walls that divide us. Communication is, as it has always been, the key to understanding, and so it is my honor and my privilege—and my duty—to act as a mouthpiece. And, if I may presume to speak for my fellow translators, I believe that the challenges we’re facing as a society will only make us more determined, as language professionals, to prove that, despite the words we use, we really all do speak the same language.

Bonneur

 

Note du blogue :

Pen logoPEN International réunit écrivains, journalistes, poètes – tous ceux qui utilisent l'écriture pour promouvoir des idées – dans la conviction commune que c'est par ce partage que des ponts de compréhension peuvent être construits entre les peuples. Ces ponts franchissent les clivages politiques, géographiques, ethniques, culturels, religieux et autres.

Inspiré par l'essai de Tina Kover, votre blogueur fidèle s'est abonné à l'organisation PEN AMERICA. Je recommande aux lecteurs et lectrices d'agir de la même façon dans leurs pays respectifs.

 

Jonathan Goldberg

Pern America

 

Guénola Pellen – linguiste du mois de juin 2020

Entretien exclusif avec notre invitée, Guénola Pellen, Directrice de la revue FRANCE-AMÉRIQUE

Guenola Pellen


Le mot juste
 :
Pourriez-vous nous parler de votre famille, y compris de votre enfance et de votre premier contact avec la langue anglaise ?

Guénola Pellen : Je suis née à Nantes, une ville étudiante et polyglotte, en 1985. Cette ancienne capitale de la Bretagne est aussi la ville de naissance de l'écrivain Jules Verne (l'auteur de langue française le plus traduit dans le monde). Mes arrières grands-parents parlaient breton. Mais la génération de mes grands-parents ne le parlait déjà plus. Ma mère était institutrice et mon père professeur d'anglais. Ils ont vécu à Dublin dans les années 1970.

GP - Nantes GP - Dublin
Nantes Dublin


De retour en France, ils recevaient souvent des amis irlandais à la maison dont les rires et les chants se mêlaient jusque tard dans la nuit aux notes de musique irlandaise et celtique (The Dubliners, Seán Ó Riada en gaélique). J'ai toujours appelé mon père « daddy » et l'on s'amusait parfois à dialoguer en anglais à table. A 13 ans, je suis allée passer un été dans la banlieue de Dublin dans la famille de ma « penfriend » dont le père était professeur d'histoire à Trinity College. Il m'a emmenée voir le
manuscrit du Livre de Kells dans la bibliothèque de l'université, et sa femme qui était professeure de français m'a fait découvrir les villes de Limerick [1], Galway, Kilkenny et le site archéologique de la colline aux rois (the hill of Tara).

Limerick GP  -  Hill of Tara
La ville de Limerick la colline aux rois

J'ai aussi découvert les rues de Dublin, l'accent dublinois et naturellement, la Guinness. De retour en France, je me suis plongée dans les romans de James Joyce [1], la poésie d'Oscar Wilde, mais aussi les livres autobiographiques de Frank McCourt et de la journaliste Nuala O'Faolain.

LMJ : Quel est votre parcours universitaire ?

GP : Après un baccalauréat littéraire mention européenne anglaisune option permettant aux lycéens français de suivre des cours d'histoire-géographie en anglais, en plus de ceux enseignés dans leur langue maternelle , j'ai suivi des études de Lettres ModernesGP - Harlem Rennaissance jusqu'en Master à la faculté de Nantes. J'ai découvert la littérature étrangère par le biais des écrivains de la Harlem Renaissance (Langston Hughes, Claude McKay, Léopold Sédar Senghor) et la littérature du sud des Etats-Unis (Carson McCullers, William Faulkner). En parallèle de mes études, j'ai commencé ma carrière de journaliste au journal Ouest-France en tant que « correspondante solidaire » pour la section « Nantes Métropole ». Je suis ensuite partie vivre à Londres, où je me suis essayée à l'écriture en anglais pour diverses publications culturelles, littéraires et musicales. De retour en France, j'ai suivi un Master professionnel en journalisme bilingue (français-anglais) à la Sorbonne, à Paris. Cette formation rattachée à l'Institut du Monde anglophone forge les journalistes à l'écriture de presse, d'agence et au radio-journalisme bilingue, tout en approfondissant leur connaissance de l'actualité socio-politique des principaux pays anglophones (Royaume-Uni, Etats-Unis et pays du Commonwealth). La plupart des cours étaient assurés en anglais par des anciens de la BBC, du service anglais de la radio RFI, de l'agence Associated Press et du Guardian. J'y ai appris à m'exprimer dans un anglais journalistique et j'y ai suivi quelques cours de traduction, notamment d'articles de presse (de l'anglais vers le français ou l'inverse), en apprenant à ne pas faire (trop) d'omission ni d'ajout. Ce bilinguisme professionnel nouvellement acquis, mon attachement personnel au monde anglophone et mon expérience positive d'expatriée à Londres m'ont poussée à faire mes valises et retraverser l'océan. Non plus la Manche, mais l'océan atlantique cette fois. Direction l'Amérique !

LMJ : Pourriez-vous nous décrire votre carrière en tant que journaliste ?

GP : Je suis arrivée à New York en 2009, pour un stage dans le cadre de la validation de mon Master de journalisme, à l'issue duquel j'ai été embauchée par la revue FRANCE-AMÉRIQUE. J'ai d'abord été journaliste polyvalente avant de devenir chef de rubrique Culture, assistante de la rédactrice en chef, rédactrice en chef, puis directrice de la publication. Tout cela en dix ans. Passer d'un quotidien régional en France à un magazine mensuel aux Etats-Unis, c'est un peu le grand écart. Mais à côté des rédactions parisiennes étouffantes et très hiérarchisées que j'ai pu fréquenter à Paris, c'était surtout vivifiant. A New York, j'ai découvert que le journalisme de terrain n'était pas différent qu'ailleurs. Mais d'un borough à l'autre, parfois même d'un block à l'autre, le vocabulaire et l'accent diffèrent. Il a fallu un petit temps d'adaptation pour déshabituer mon oreille au Queen's English enseigné à l'école et me faire à l'anglais américain et au broken English.

France-amerique-logo

J'ai eu la chance de pouvoir écrire sur des sujets extrêmement variés, passant d'un reportage sur le Harlem francophone à un entretien avec une star de cinéma ou un portrait d'écrivain. Avec le temps, j'ai appris à retranscrire mes interviews anglaises en français. Mais aussi à me faire relire par un traducteur professionnel ! Ce qui évite bien des bévues. Les journalistes ont cette fâcheuse tendance à interpréter les faits et paroles en les dramatisant ou en ayant recours aux métaphores afin d'accrocher le lecteur. Tandis que le traducteur est tenu de garder une certaine neutralité. Le fait de travailler sur un titre bilingue, avec des traducteurs professionnels, a fait évoluer ma pratique du journalisme en retour. On apprend à être plus juste, à ne pas « en faire trop ». Quitte à se lâcher davantage sur la titraille ou un bon jeu de mot pour s'amuser. Un autre avantage à faire ce métier, au sein d'un magazine conçu comme un trait d'union entre la France et l'Amérique, est le fait de pouvoir voyager très régulièrement entre Paris et New York. C'est un privilège.

GP - Big Apple Lumiere
Vahram Muratyan

4. Quelle est la nature de votre travail et vos responsabilités en tant que rédactrice en chef de FRANCE-AMÉRIQUE ?

GP : Diriger une publication comme France-Amérique est un honneur. Ce titre de presse a été fondé en 1943 par des Français exilés à New York dans le but de sensibiliser le public américain à la cause française et de soutenir le mouvement de résistance organisé par Charles de Gaulle. Le journal était autrefois édité dans les locaux de la Délégation de la France Libre à New York, au numéro 626 de la Cinquième Avenue. Sur la une du premier numéro, daté du 23 mai 1943, un télégramme du général de Gaulle : « Je souhaite bonne chance à France-Amérique. STOP. Je suis certain que votre journal contribuera à faire connaître à l'Amérique notre amie ce que peut et ce que veut la France. STOP. Il aidera ainsi à renforcer entre nos deux pays l'amitié qui est indispensable à la victoire et à la reconstruction du monde. ».

GP - telegrame de Gaulle

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, France-Amérique a couvert la reconstruction, la naissance des Nations Unies et la solidification de l'amitié franco-américaine pendant la Guerre froide. Le journal a accueilli dans ses colonnes les plus brillants intellectuels français ayant séjourné aux Etats-Unis : Albert Camus, Paul Claudel, Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre ou encore Simone de Beauvoir, qui a notamment écrit pour France-Amérique un reportage inédit sur « la poésie du Far West » en 1947.

Les pages du journal ont ensuite accueilli les articles de grands reporters, notamment ceux du Figaro (le journal a un temps appartenu au groupe Hersant). Le titre a fusionné avec le Journal français d'Amérique, un bihebdomadaire créé en 1850 sur la côte ouest dont le lectorat était essentiellement composé d'universitaires et de professeurs de français d'écoles secondaires. Puis refondu en format magazine, avec une ligne éditoriale généraliste davantage tournée vers la communauté française des Etats-Unis.

En prenant la rédaction en chef (en 2012), je rêvais d'élargir la diffusion du magazine à l'audience américaine. Ce souhait s'est naturellement concrétisé en 2015, quand France-Amérique a absorbé France magazine, une publication trimestrielle publiée en anglais, soutenue par l'ambassade de France aux Etats-Unis. Cette vitrine de la France s'adressait explicitement aux Américains. France-Amérique est devenue bilingue cette année-là. Cette ouverture au bilinguisme a marqué un tournant dans l'histoire du journal : aujourd'hui, plus de 70 % des lecteurs de France-Amérique sont des Américains qui s'intéressent à la France.

En tant que directrice de publication, je souhaite poursuivre cette orientation et rendre au titre son aura historique. Nous avons relancé les reportages, un temps abandonnés faute de budget ; et exhumé les archives historiques du journal qui seront bientôt accessibles au grand public.

J'entends aussi moderniser le titre. La maquette a été dépoussiérée, l'équipe de rédaction rajeunie, diversifiée et féminisée : le site web va être entièrement refait et la plus ancienne revue française des Etats-Unis a enfin un compte Instagram !

En tant que responsable de la rédaction, je veille à ce que chaque numéro donne la parole aux écrivains comme aux essayistes, aux artistes, aux historiens, aux sociologues et aux chercheurs de tous bords. Et à donner équitablement la parole aux Américains et aux Français. Le magazine, qui sert de support pédagogique pour de nombreux étudiants, professeurs et Américains souhaitant approfondir leur connaissance de la culture et de la langue française, comprend des rubriques adaptées. Ces articles à l'approche biculturelle font le sel de France-Amérique, à côté des éditoriaux, des reportages et autres rubriques consacrées à l'histoire franco-américaine, la mode, la gastronomie et l'art de vivre.

 

LMJ : Quelles personnalités marquantes avez-vous rencontrées au cours de votre carrière ?

GP : GP - Stephane HesselStéphane Hessel, rencontré à New York en 2011 (un an et demi avant sa mort) à l'occasion de la publication de Time for Outrage!, la traduction américaine de son pamphlet à succès Indignez-vous !, m'a fait une forte impression. GP - Indignez-vousCet ancien résistant de la France libre, déporté dans le camp de Buchenwald (d'où il est parvenu à s'enfuir dans des conditions rocambolesques !), a été diplomate des Nations unies où il a participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, mais aussi écrivain et poète. Toute sa vie, il a défendu la cause des opprimés, soutenu le développement de l'Afrique, la cause des sans-papiers, défendu la paix et la justice au Proche-Orient. C'était un grand homme à la vie incroyablement romanesque, comme il n'en existe plus beaucoup. C'est une chance de l'avoir rencontré. Il avait alors 92 ans, était encore très séduisant, d'une extrême amabilité, à la fois pudique sur son passé et très généreux de son temps et de sa parole. Il m'a consacré plus d'une heure et demie d'interview, et s'est plié avec grâce à la volonté du photographe, acceptant même de poser debout dans un escalier, sans sa canne, pour France-Amérique, un journal qu'il connaissait bien et semblait apprécier. Entre deux poses, il récitait, sourire aux lèvres, des vers en français, en anglais et en allemand. J'ai rencontré un certain nombre d'hommes politiques, de diplomates et d'artistes brillants dans le cadre de mon travail. Mais le sens de la dignité humaine de Stéphane Hessel, sa lucidité, sa détermination, sa délicatesse et son humour m'ont le plus marquée. Son « petit livre rouge » comme il aimait à le décrire pour plaisanter, qui appelle à la jeunesse à lutter contre l'injustice généralisée du monde, est devenu l'un de mes livres de chevet.

 

LMJ : Pour terminer, quels autres aspects de votre vie et de votre travail voudriez-vous partager avec nos lecteurs ?

Je n'ai que 35 ans, je ne suis ni universitaire, ni diplomate, ni auteure d'essais flamboyants. Je ne parle que quatre langues, dont deux correctement (ma langue maternelle et l'anglais), en plus de l'espagnol et de l'allemand que je baragouine. Ma vie personnelle ne me semble pas exemplaire. Je ne suis qu'une cheville ouvrière dans un titre de presse dont la notoriété me dépasse. Du reste, je n'accepte les interviews que si je peux parler de France-Amérique !

———————
Note du blogue :

[1] D'où le mot "limerick", petite pièce en vers d'un comique absurde (en vogue en Angleterre après 1900). Voir : https://bit.ly/3e5yqfq