La transformation des laveries en bibliothèques

…et d'autres bibliothèques inhabituelles 

L’idée paraît saugrenue et pourtant la ville de Baltimore aux États-Unis a tenté l’expérience. Et à Paris, c’est pour quand ?

Libraries-without-borders-logo-colorPour déconfiner les esprits, rien de tel que la culture. Encore faut-il permettre à ceux qui en sont le plus éloignés d’y accéder. Telle est la mission de Bibliothèques sans frontières. Fondée en 2007, cette association basée à 8-10 rue de Valmy 93100 Montreuil, Ile-de-France, (93) part à la rencontre des publics les plus vulnérables en créant des bibliothèques dans des lieux de vie. Elle intervient dans cinquante États, comme les États-Unis où avait été lancé le programme Wash & Learn (Laver et Apprendre). À Baltimore, par exemple, quatre laveries automatiques abritent des bibliothèques constituées de livres, tablettes numériques et ordinateurs. Les usagers peuvent également bénéficier des conseils d’un bibliothécaire.

Étant donné que seulement 18 % des Français sont inscrits dans les médiathèques municipales, pourquoi ne pas transformer des lavomatiques en des espaces d’éducation et d’information comme dans cette ville du Maryland ? Réponse de Jérémy Lachal, directeur général de Bibliothèques sans frontières : « L’idée est inspirante, mais elle n’est pas nécessairement adaptée à toutes les laveries automatiques en France. Là-bas, ce sont de véritables lieux communautaires et, contrairement à nous, les Américains ont l’habitude de laver leur linge en dehors de leur domicile. Ici, il faut réfléchir à d’autres espaces de sociabilité. Dans le Grand Paris, ce pourrait être les supermarchés ou les cages d’escalier des HLM. Et, en zone rurale francilienne, les bistrots. » En ces temps obscurs, il est plus que jamais essentiel « d’éclairer les esprits », comme le clamait Victor Hugo.

Bibliothèque de l'exil 

une installation d'Edmund de Waal, British Museum, ouverte jusqu'au 12 septembre 2020 (mais uniquement en ligne durant le confinement en Grande-Bretagne.)

  British Museum 1  
  British Museum  

Le texte suivant a été traduit par notre contributrice fidèle, Nadine Gassie, traductrice litteraire, à partir d'un texte sur le site du British Museum : https://bit.ly/37cHU5Y

Library of ExileConçue comme un « espace où s'asseoir, pour lire et être », la bibliothèque de l'exil est une installation de l'artiste et écrivain britannique Edmund de Waal, contenant plus de 2 000 livres écrits par des auteurs en exil.

Ce pavillon recouvert de porcelaine, dont l'inauguration lors de la Biennale de Venise 2019 a rencontré un vif succès, se veut un lieu de contemplation et de dialogue. « Il s'agit d'évoquer l'exil, explique de Waal, ce que cela signifie d'avoir à changer de pays, parler une autre langue. »

D'Ovide à Dante en passant par Marina Tsvetaeva et Judith Kerr, la bibliothèque est un panorama de la répression mondiale autant qu'un hymne à la réponse des déplacés. Presque tous les livres sont proposés en traduction, reflétant ainsi l'idée que la langue est une forme de migration. Chaque ouvrage dispose d'une vignette « ex libris » afin de permettre aux visiteurs d'inscrire leur nom dans les livres qui comptent pour eux. La collection est également consultable grâce à un catalogue en ligne où l'on peut aussi suggérer de nouveaux titres.

En regard des rayonnages de livres, de Waal expose un quatuor de vitrines personnelles, intitulé psaume, I-IV (2019), contenant des pièces en porcelaine, marbre et acier. Leur disposition fait écho à la composition de la première édition du Talmud − l’un des textes fondamentaux du judaïsme −, imprimée à Venise par Daniel Bomberg au XVIe siècle, remarquable pour sa  présentation sur une même page du texte hébreu, de sa traduction en Araméen et des commentaires.

Les murs extérieurs de la bibliothèque de l'exil ont été revêtus de porcelaine liquide et de Waal y a inscrit les noms des grandes bibliothèques disparues du monde − de celle de Ninive en Assyrie au VIe siècle avant J.C. à celles récemment détruites de Tripoli et de Mossoul (ancienne Ninive).

Tout au long de l'exposition (annulée pour cause de confinement) était prévu un programme d'événements riche et diversifié, comprenant débats et tables  rondes sur les thèmes soulevés par la bibliothèque de l'exil, présentés en collaboration avec English PEN, la branche anglaise du PEN club international (association d'écrivains internationale), ainsi qu'une journée gratuite de performances musicales, films, conférences, installations et ateliers divers dans le cadre de la Semaine des réfugiés 2020.

 

Lectures supplementaires :

Le Biblioburro: l'étonnante bibliothèque mobile de Colombie.

Mes bibliothèques: rendez-vous du livre et des beaux-arts…

Les plus belles bibliothèques des États-Unis (1re partie)

Entretien imaginaire et intemporel entre deux bibliophiles oxfordiens


Lieux de lecture en dehors de bibliotèques

 

Rome, Italy, 1984 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

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 Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry)

Chiang Mai, Thailand, 2010 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

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 Kabul,  (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)


Mumbai, India, 1996 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Kashmir, 1998 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Sri Lanka, 1995 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Suri Tribe, Tulget, Omo Valley, Ethiopia, 2013 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Rio de Janeiro, 2014 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)


Humor