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Coronaspeak – les blogues et la presse commentent les mots à la mode (suite)


…et en inventent d'autres

Covidiot

Les nouveaux mots nés pendant le confinement

Covidiots? Quarantinis? Linguist explains how COVID-19 has infected our language
CBC.ca : Plus de 1000 mots créés en anglais par la pandémie

Coronavirus has led to an explosion of new words and phrases – and that helps us cope

The Conversation, April 28, 2020

 

Des exemples :

déconfinement

Coronavirus :le mot déconfinement figure-t-il dans les dictionnaires ?
RTL – 19.04.2020

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passeports immunitaires

Le Monde, 23.4.2020 : « L’OMS met en garde contre les « passeports immunitaires », faute de données suffisantes sur les risques de réinfection. » 

Le journal explique « Certains gouvernements ont émis l’idée de délivrer des documents attestant l’immunité des personnes sur la base de tests sérologiques révélant la présence d’anticorps dans le sang, de façon à deconfiner et à permettre peu à peu leur retour au travail et la reprise de l’activité économique. »

(Il convient de noter que l'anglais n'emploie pas le verbe to confine dans ce contexte (même si l'expression confined to home est usitée), et l'anglais n'offre pas non plus de terme équivalent  à  déconfiner ou à déconfinement, dans le sens d'un antonyme de confiner ou de confinement, dans le contexte de la pandémie actuelle.)

———————–

télé-travail – en anglais telecommuting, telework, teleworking, working from home (WFH), mobile work, remote work, flexible workplace

Le journal Le Monde, 23.4.2020, fait allusion au “télé-travail”. Ce terme est à la mode suite au confinement, mais il n'est pas nouveau. Selon Wikipedia :  « Promu dès les années 1970 (via le téléphone et surtout le fax), dont en France par les pouvoirs publics français qui y voyaient un mode d'aménagement du territoire, c'est en 1972 que le terme « telework » apparaît pour la première fois dans un article du Washington Post signé par le journaliste Jack Schiff et, à la même époque, Jack Nilles, considéré comme le père du télétravail lance ses premiers travaux sur ce qu’il baptisa, en 1975, le « telecommuting ».»

Virginia Woolf, le télétravail et la machine à café
Revue des Deux Mondes, 18.05.2020

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Contact tracing

Le traçage ou la recherche de contacts (contact tracing) est l’utilisation de moyens pour retrouver des personnes qui ont eu des contacts avec une personne infectée par une maladie contagieuse, afin de surveiller leur état de santé et souvent, de les mettre en isolement. La recherche de contacts vise à limiter la transmission d’une maladie contagieuse.

En médecine, un contact est une personne ayant été exposée à une personne infectée. Ces contacts font l’objet d’une recherche, ou traçage, afin de surveiller leur état de santé durant une certaine période.

Même si la recherche de contacts est un moyen éprouvé dans la mitigation des maladies infectieuses, ce terme, qui a aussi comme synonyme enquête sanitaire, est devenu plus courant durant la pandémie de la COVID-19 de 2020. Puisque le virus qui cause la COVID-19 est très contagieux, la recherche de contacts a été l’un des moyens employés (tout comme la distanciation sociale ou la distanciation physique) afin de réduire ou d’arrêter la propagation de la COVID-19.

Source : Dictionary.com – traduction Isabelle Pouliot

debtphobia

(en français "phobie de l'endettement", "dettophobie"?)

New York Times – le 5 mai 2020 :

« Pour la première fois en 169 ans d’existence, le mot "debtphobia"  a été publié dans notre édition d’hier ».

 

La pandémie favorise les « coups d’état du coronavirus » ["Coronavirus coups"]

[L'article complet :‘Coronavirus coup’? As outbreak grows, authoritarians around the world seize the moment]

Los Angeles Times, 1er avril 2020
Traduction : Jean-Paul 
Deshayes

Invoquant la nécessité d’enrayer la pandémie, certains gouvernants autoritaires sont en train d’accroître leur pouvoir sans rencontrer de véritable résistance.

Pour lutter contre la propagation du coronavirus, les démocraties ont recours à des mesures comme l’état d’urgence, l’instauration soudaine du confinement et une surveillance accrue des citoyens. Or, les autocrates actuels tirent profit de ces mesures : selon les analystes, la crise sanitaire qui sévit à l’échelle mondiale sert de prétexte à certaines prises de pouvoir audacieuses.

Des observateurs inquiets ont désigné ce phénomène par l’appellation caustique de « coups d’État du coronavirus. »

Covid-19 en Asie : quand les États autoritaires instrumentalisent la lutte contre la pandémie

Lecture supplementaire

Un coup d'état aux États-Unis ? Des réflexions linguistiques

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Infodémie (Wikipedia)

Des campagnes de désinformation sur la pandémie de Covid-19 font suite au déclenchement de l’épidémie de coronavirus en 2019 (Covid-19).

De nombreuses théories du complot, infox et cas de désinformation ont éclos sur internet à propos de l'origine de cette maladie, son étendue, sa prévention, son traitement, ainsi que divers autres aspects.

Les fake news et la désinformation ont été diffusées par les réseaux sociaux, les messageries, et par des médias officiels russes et chinois. Certaines fausses informations et désinformations qui ont été diffusées ont affirmé que le virus était une arme biologique pour laquelle il y aurait un vaccin breveté, ou encore un programme de contrôle de la population ou le résultat d'une opération d’espionnage.

D'autres désinformations concernant l'utilisation de médicaments et de traitements. C'est le cas pour la chloroquine, médicament présenté comme une solution possible, mais qui n'a pas fait l'objet de tests aboutis suivant la méthode scientifique. De nombreuses fausses informations sont diffusées concernant l'efficacité, la diffusion et les effets de ce médicament, tant par des personnalités politiques (dont Donald Trump) que médiatiques.

La désinformation médicale sur les moyens de prévention, de traitement et d’autodiagnostic de la maladie du coronavirus a aussi circulé massivement sur les réseaux sociaux. L’organisation mondiale de la santé a parlé d'une infodémie d'informations erronées concernant ce virus, présentant des risques pour la santé mondiale.

de-identification vs. Data masking

Le backtracking s’est accompagné en Corée d’une campagne de dépistage systématique en "contact tracing", c’est-à-dire que les données d’un contaminé étaient traitées localement, mais jamais centralisées. Mise en place de manière précoce, cette double stratégie de dépistage et de traçage a surtout permis d’éviter la mise en place d’un confinement, qui reste une autre forme de restriction des libertés. Reste que les gens malades sont toujours publiquement identifiés en tant que tels, et commencent à s'en plaindre. 

 

Lecture supplémentaire :

How COVID-19 is changing the English languageFast  Company, 25 September, 2020

Oxford’s 2020 Word of the Year? It’s Too Hard to IsolateNew York Times, November 20. 2020

Collins Dictionary's Word of the year perfectly sums up 2020 – Malaysia Mail – December 24, 2020

 

 

Aileen Clark, linguiste du mois de mai 2020

E  N T R E T I E N    E X C L U S I F

Aileen ClarkEn guise de préambule à l’entrevue qui suit avec la docteure G. Aileen Clark, directrice du Centre de ressources en français juridique de l’Université Saint-Boniface (USB), nous avons demandé à monsieur Brian Harris, professeur de traduction à l’Université d’Ottawa à la retraite (et notre Linguiste du Mois de septembre 2019 - https://bit.ly/3g4B7iR https://bit.ly/3cQfuRh), un mot d’introduction. Monsieur Harris, aujourd’hui fier de ses 90 ans et tout récent détenteur d’un doctorat honorifique de l’Université de Malaga en Espagne, conserve d’excellents souvenirs de ses visites à l’École de traduction de l’USB. Sa dernière visite remonte à 1994, lors d’un événement exceptionnel, soit une conférence donnée par la professeure Danika Seleskovitch de la Sorbonne Danica Nouvelle, réputée formatrice d’interprètes et pionnière en recherches sur l’interprétation. Comme madame Seleskovitch devait prendre la parole en français, on avait donc fait appel à monsieur Harris pour agir comme l’un de ses interprètes vers l’anglais. Le destin a voulu que cette conférence soit l’une des dernières interventions publiques de madame Seleskovitch et pour monsieur Harris, sa dernière intervention à titre d’interprète de conférences.

Harris 9.19Monsieur Harris souligne, surtout à l’intention du lecteur étranger, que l’on a tort de croire que le fait français au Canada se limite à la seule province de Québec, car il existe plusieurs communautés francophones importantes tant à l’est qu’à l’ouest du Québec. En réalité, les Franco-Canadiens furent nombreux parmi les premiers pionniers à s’aventurer dans le nord-ouest américain. Aux Etats-Unis, leur empreinte durable ne dépasse guère certains noms géographiques ou noms personnels (p. ex. Baton Rouge, Boise, Des Moines, Juneau, Montpelier, Pierre, Saint Paul), tandis qu’au Canada, on y retrouve toujours plusieurs communautés dynamiques, dont Saint-Boniface fournit un bon exemple. Saint-Boniface fut constituée en municipalité en 1883 et élevée au rang de ville en 1908. Elle est aujourd’hui devenue le quartier francophone  de Winnipeg, capitale provinciale du Manitoba et majoritairement anglophone.


Professeur Harris s’enthousiasme du fait que Saint-Boniface ait su préserver la langue et la culture françaises avec autant de vigueur, une réalité fortement soutenue par la présence du Collège de Saint-Boniface (nom original de l’USB). Le Collège fut fondé dès 1818, par un évêque catholique, car les premiers colons emmenaient avec eux non seulement leur langue mais aussi leur religion, et avec la religion les congrégations enseignantes telles les Jésuites et les Oblats. C’est ainsi que l’USB porte le nom d’un saint missionnaire qui a vécu de 675 à 754 de notre ère. Vers la fin du dix-neuvième et début du vingtième siècles, le Collège est devenu le phare de résistance francophone contre les efforts acharnés du gouvernement du Manitoba visant à supprimer l’usage du français dans les écoles et les services publics.

Boniface build.Ainsi l’Université de Saint-Boniface perpétue une longue tradition linguistique associée à la fondation du Collège il y a déjà plus de deux siècles.

 

 

 

Boniface


Le Mot juste
: Racontez à nos lecteurs et lectrices votre jeunesse scolaire et votre formation universitaire. Votre carrière professionnelle comment est-elle parvenu à ce couronnement de cheffe d’un Centre universitaire, que nous discuterons par la suite ?

GAC : Je suis détentrice d’un Ph.D. de l’Université d’Ottawa avec spécialisation en sociolinguistique littéraire, mais je ne suis ni juriste ni traductrice. Si je suis venue à diriger le Centre de ressources en français juridique de l’Université de Saint-Boniface en 2012, c’est que ces responsabilités faisaient partie du poste de direction à la Division de l’éducation permanente. Depuis 2012, je m’entoure de linguistes, de terminologues et de juristes qui me renseignent sur les enjeux en droit et en normalisation au Canada. Venant de l’extérieur du domaine, j’apporte une perspective novatrice sur le travail du Centre qui me permet de poser les bonnes questions pour pouvoir bien comprendre et vulgariser l’importance du travail que nous faisons en ce qui a trait à l’accès à la justice dans les deux langues officielles.

LMJ : Le Centre de ressources en français juridique (CRF] – de quoi il s’agit ?


Boniface Centre 2GAC : Né en 2012, le Centre de ressources en français juridique (CRFJ) portait autrefois le nom de l’Institut Joseph-Dubuc (IJD). Fondé en 1984, l’IJD constituait le centre de ressources pour les juristes d’expression française dans l’Ouest canadien. Pendant près de deux décennies, l’Institut a offert des services divers, y compris des services de traduction et des services juridiques à la communauté. »  

Hébergé à l’Université de Saint-Boniface (USB), à Winnipeg (Manitoba) au Canada, le CRFJ est l’un des quatre (4) centres du Réseau des Centres de jurilinguistique canadiens (avec l’Université de Moncton, l’Université d’Ottawa et l’Université de Montréal). « Ce regroupement permet à chacun de conserver sa spécificité tout en partageant son expertise avec les autres afin de développer des projets communs qui offriront à la communauté juridique canadienne oeuvrant dans les deux langues officielles et dans les deux systèmes juridiques du pays, des outils qui répondent à ses besoins. C’est dans ce contexte que les centres travaillent notamment à la normalisation du vocabulaire français du droit de la famille et préparent un portail sur les outils jurilinguistiques afin de les rendre facilement accessibles. »  https://bit.ly/2ygE1Qu

 

LMJ : Vous êtes également la directrice de la Division de l’éducation permanente et du Service de perfectionnement linguistique à l’USB. Qui d’autre fait partie de votre équipe ?

GAC : Mona Dupré-Ollinik est coordonnatrice des ateliers juridiques et Marina Jones est l’adjointe administrative du Centre. Les deux partagent également leur temps avec la Division de l’éducation permanente de l’USB. Nous travaillons avec des experts externes qui appuient la création des mini-lexiques et des capsules juridiques ainsi que des formateurs qui se chargent d’animer les ateliers en français juridique du CRFJ destinés au personnel d’appui aux tribunaux. Mentionnons que le CRFJ reçoit un appui financier de Justice Canada dans le cadre du Fonds d’appui à l’accès à la justice dans les deux langues officielles. Cette contribution financière est d’importance clé pour la réalisation des activités et l’offre des services.

 

LMJ : Dans le cadre de vos services, quels outils avez-vous créés ?

GAC : Le CRFJ crée des outils (mini-lexiques et capsules linguistiques) pour les terminologues et traducteurs juridiques, mais qui servent également à tous les professionnels dans le domaine de la justice. Cette année, par exemple, nous avons réalisé deux mini-lexiques (Légalisation du cannabis, Protection du consommateur) et quatre capsules jurilinguistiques, dont le premier sur le terme « nonobstenant ». J’ajouterais aussi que plusieurs étudiantes et étudiants en droit et en traduction utilisent nos mini-lexiques.


LMJ :  En ce qui concerne des mini-lexiques et capsules jurilinguistiques, de quel volume s’agit-il au fil des années ?

GAC : Au fil des années, nous avons publié une soixantaine de mini-lexiques ainsi que plus de 140 capsules (qui comprennent les résumés d’arrêts de l’ancien Institut Joseph Dubuc et les capsules jurilinguistiques). Ces outils, que nous diffusons sous forme de « juricourriels », atteignent plus de 800 abonnés sur la liste de diffusion et plus de 1 900 fiches tirées de nos mini-lexiques se retrouvent sur le site TERMIUM Plus.

Tous les outils du CRFJ se trouvent sur le Portail national Jurisource.ca

 

LMJ :  Quelles sont vos autres activités ?

 GAC : Nous participions au comité de normalisation et à la planification de l’Institut d’été. Le CRFJ continue de participer au comité de normalisation de la langue juridique. La normalisation (le fait de standardiser la terminologie juridique), c’est ce qui fait que la common law en français évolue au même titre que la common law en anglais. Si on ne normalise pas le vocabulaire, il n’y a pas de common law en français et il n’y a donc pas d’accès égal à la justice. En ce qui a trait à l’Institut d’été, il s’agit d’une conférence annuelle visant les terminologues, juristes, traducteurs juridiques et toute autre personne qui s’intéresse à la jurilinguistique. Les ateliers et les plénières nourrissent des échanges fructueux entre spécialistes et exposent les tendances et défis reliés au bijuridisme et au bilinguisme juridique canadien.

Les CRFJ offre des ateliers de français juridique au personnel d’appui aux tribunaux (un minimum de 6 ateliers par année à une soixantaine de professionnels);

 

LMJ :  Quel est votre message pour vos lecteurs, lectrices et le public en général ?

GAC : Le français juridique dans un contexte de bilinguisme juridique présente des défis importants pour le Canada. Grâce au financement important de Justice Canada, le CRFJ peut poursuivre ses activités de création d’outils, de normalisation et de formation en français juridique, lui permettant ainsi de contribuer de manière importante à l’accès égal à la justice dans les deux langues officielles. Pour s’abonner à notre liste de diffusion, veuillez communiquer avec nous par courriel juricourriel@ustboniface.ca. Pour consulter les ressources du CRFJ, veuillez visiter notre site web - https://bit.ly/2LLvI2w

 

Lectures supplémentaires :

Marc Pomerleau – linguiste du mois de mai 2019

Susan Vo – linguiste du mois d’août 2018

Sherry Simon – linguiste du mois de juin 2015

 

​Ying Ying, Le Le, Hong Kong

 
Les Pandas de Hong Kong qui profitent de la pandémie.
 
Une anecdote touchante.
 
 
Ying Ying et Le Le, les deux pandas de l'Ocean Park Zoo ont été plus productifs pendant la pandémie. Après une décennie de chasteté, ils ont profité de la sérénité du zoo fermé pour s'accoupler finalement pour la première fois en mars.

  Pandas  
 
Cette histoire présage-t-elle une pandémie d’amour dans le monde? 

Note étymologique :

(1824) Le terme panda proviendrait soit :
  • du népalais nigalya-ponya, littéralement « animal (pónya) mangeur de bambou (nigálya) », et désignant à l’origine le panda roux (petit panda).
  • du tibétain ཕོ་ཉ, pho nya.
Première attestation :
Frédéric Cuvier, [1] Histoire naturelle des mammifères.

Le même mot en anglais, panda, vient du français.
 

Dans le logiciel, Pandas est une bibliothèque écrite  pour le langage de programmation Python permettant la manipulation et l'analyse des données. Elle  propose en particulier des structures de données et des opérations de manipulation de tableaux numériques et de séries temporelles. Panda est un logiciel libre sous licence BSD. 

Note biologique :

Le régime alimentaire de panda géant est quasi uniquement de bambous – entre 12 et 40 kilos par jour.
(Source : https://www.worldwildlife.org/species/giant-panda)

—————-

[1] Pour cet article sur les Pandas, nous avons choisi cette photo de Frédéric Cuvier en noir et blanc :

)
  Frédéric Cuvier by Ambroise Tardieu.jpg  
 

Jonathan G.

Voisinage doux-amer

Termes français d’origine allemande

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.

Les contributions précédentes d'Elsa se trouvent à https://bit.ly/366u2tN

Les langues allemande et française n’ont pas toujours fait bon ménage et les emprunts de l’une à l’autre sont parfois teintés d’incompréhension ou d’antagonismes. Si proches et si étrangères à la fois! La langue allemande semble faire tout le contraire du français: ordre des mots en sens inverse, mots masculins au féminin dans l’autre langue…L’allemand dit « la soleil », « le lune », « der Tod » pour « la mort » et « la rat » (die Ratte).

 Et quand le français emprunte le mot « hase » (allemand «der Hase», le lièvre), c’est pour en faire en français la hase, la femelle du lièvre.

Voici quelques autres exemples de mots français dérivés de l’allemand :

Schlague

Les guerres franco-allemandes ont laissé quelques emprunts. La schlague (de l’allemand der Schlag, le coup),  désigne une punition par des coups de bâton.

Ersatz

Ce mot est beaucoup plus négatif en français qu’en allemand. Il signifie chez nous plutôt un succédané, une pâle copie, alors qu’en allemand il peut également avoir le sens d’un remplacement positif ou d’une compensation financière loyale.

Diktat (du latin dictatum avant l’allemand Diktat)

De ce terme allemand, qui signifie d’abord « dictée à l’école », le français n’a de nouveau conservé que le sens le plus dur, celui de conduite dictée sous l’exercice de pressions : on parle dans les deux langues des « diktats de la mode » (plutôt au singulier en allemand), et en français des « diktats du capitalisme ». Pour le second sens en allemand, notons aussi le mot Versailler Diktat, qui rappelle que le Traité de Versailles de juin 1919 fut considéré comme une injustice en Allemagne pendant la République de Weimar. Même dans son unique sens en français, « Diktat » n’est pas à confondre avec « dictature ». L’auteur allemand Karl Marx a parlé de Diktatur des Proletariats, et ses traducteurs, de même, ont employé « dictature du prolétariat » : un terme controversé pour ce qui ne devait être, à l’origine, qu’une sorte de gouvernement transitoire, en état d’urgence, par la classe ouvrière.

Certains mots désignant des produits psychotropes ont été repris de l’allemand :

Le mot d’argot « schnouff », drogue à priser, est aujourd’hui obsolète. Il venait de Schnupfen, qui veut dire sniffer, mais aussi rhume. Le LSD quant à lui (Lysergsäurediäthylamid) a été découvert dans la ville suisse de Bâle.

Le verbe « trinquer » nous vient aussi de Germanie, mais trinken signifie juste « boire », alors que trinquer, c’est entrechoquer les verres.

Espièglerie 

De l'allemand Eulenspiegel, nom d'origine de Till l'Espiègle, saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire allemande et néerlandaise. Ses attributs sont la chouette (Eulen) pour la sagesse, et le miroir (Spiegel) pour la farce. Combattant l'envahisseur espagnol, ce héros de légende aurait constitué l'armée des Gueux sous Guillaume d’Orange et contre Philippe II d’Espagne.
http://frvocabulary.blogspot.com/2010/05/espieglerie.html

Vasistas

(XVIIIe siècle) De l'allemand Was ist das (« qu'est-ce que c'est ? »), question exprimée via une sorte de guichet, par des Allemands à leurs visiteurs avant de leur ouvrir la porte. Ce petit vantail mobile dans une porte ou une fenêtre, témoin d’une certaine méfiance, se rencontre chez nous dans des prisons, par exemple.

La choucroute…

…(allemand Sauerkraut) pédale dans une choucroute étymologique. « Sauer » (acide) est devenu « chou », alors que « Kraut » (chou) est devenu une « croute » vide de sens. La choucroute est un aliment à la fois vitaminé et bon marché, constitué de chou conservé au sel. La fermentation lui donne une saveur acide qui ne plaît pas à tout le monde.

Les emprunts culinaires ont été nombreux, notamment en Suisse.

Mües a donné la « mouise » (bouillie, reprise en France au sens de panade, de pétrin où l’on s’embourbe). Le même mot a aussi donné « muesli ». Le  « birchermuesli », ou plus simplement « bircher » en français de Suisse (prononcer birchère), est une préparation à base de céréales, de fruits crus (pommes et noix, par exemple) et de lait ou de yogourt. Son nom est issu d'une fusion entre le nom de son inventeur, le docteur Max Bircher (1867-1939), et le terme suisse-allemand Müesli, diminutif de Mues, qui désigne dans ce cas une compote ou une purée de fruits, de légumes ou de céréales : un aliment bouilli, et donc différent du muesli du docteur Bircher. Notons quand même que les flocons de céréales sont ramollis par un moment de trempage dans le produit laitier.

Le terme Müesli a été repris en Europe et dans d’autres pays pour désigner le simple mélange de céréales en flocons avec du lait ou du yogourt, sans les fruits frais du « bircher ».

Lecture supplémentaire

Termes anglaise d’origine italienne

Les Chinois interviennent pour sauver l’hébreu face aux anglicismes

Anglicism 1Au fil des années, le problème des anglicismes qui ont pénétré la langue française a fait l’objet de plusieurs articles dans ce blogue, par exemple « Le suffixe -ing est « in » en français », rédigé par René Meertens, (notre linguiste du mois de janvier 2019) et l’article rédigé par Anthony Bulger, dans lequel il se demande :  « Le français a-t-il succombé à l’auto-colonisation ? », pour ne citer que deux exemples. [1]


L’hébreu fait partie des multiples langues qui affrontent la domination de l’anglais. Or, c’est la seule langue au monde entièrement reconstruite après une pause de deux mille ans, quand elle a été adoptée comme langue nationale par les Juifs qui habitaient la Palestine à l’époque du Mandat britannique (1923-1948).
B-YEn plus, l’hébreu moderne est unique en ce sens qu’il a été ressuscité comme langue vernaculaire sous l’impulsion d’un seul homme, Eliézer Ben Yehoudah (1858-1922), journaliste et philologue juif, originaire de Lituanie biélorusse, qui s’est installé à Jérusalem en 1881. [2] Eliézer refusait de parler à ses enfants une autre langue que l’hébreu, alors même que personne ne le parlait encore dans la vie courante. En 1948, après la création de l’État d’Israël, l’hébreu est devenu (avec l’arabe) une des langues officielles de l’État juif. Il est désormais la langue maternelle de millions d’Israéliens, et Ben Yehoudah est connu comme « le rénovateur de la langue hébraïque. »

Ni le dictionnaire de Ben Yehoudah, Dictionnaire de la langue hébraïque ancienne et moderne, ni les néologismes de Ben Yehoudah et de son Comité pour la langue hébraïque, fondée en 1889, ne suffisaient pour décrire les réalités de son époque. L’Académie de la langue hébraïque, qui a remplacé le Comité en 1953, a dû s’atteler à la tâche ardue de créer des néologismes pour des milliers de concepts qui n’existaient pas dans les temps bibliques – micro, chemin de fer, ordinateur, etc., afin de compléter la langue antique, celle des origines hébraïques. [3]

Mais l’influence de l’anglais n’a jamais cessé.  Bon nombre de ces nouveaux mots proposés par l’Académie ont été adoptés par le public israélien, mais d’autres ne sont jamais entrés dans la langue courante puisque les Israéliens préféraient des mots anglais. Prenons, par JIGSAW 2 exemple, le mot anglais « puzzle », [4] qui est apparu tel quel et transcrit en lettres hébraïques.  (Il est apparu également dans le français, sauf au Canada francophone où on emploie « casse-tête », ainsi que dans l'espagnol, qui offre un choix entre rompecabezas et puzzle.) L’Académie a inventé un mot (תצרף) qui devrait très bien sonner aux oreilles des Israéliens, et donner un sens pittoresque à des pièces qui s’emboîtent les unes dans les autres. Mais le grand public a eu du mal à accueillir ce mot ingénieux et a généralement continué d’employer puzzle.

Il fallut l’intervention des Chinois pour tenter de sauvegarder la pureté de l’hébreu. Pour bien comprendre cette intervention insolite, il faut savoir qu’en 2014 une entreprise publique chinoise a racheté le plus grand producteur israélien de produits laitiers, la société coopérative Tnuva, fondée pendant le Mandat britannique, en 1928.

Quel rapport peut-il y avoir entre ce rachat d’une coopérative laitière et des mots comme puzzle ? Voici l’explication : afin d’inciter ses clients à utiliser des mots corrects au lieu d'anglicismes, le nouveau propriétaire a imprimé sur ses briques de lait des mots en hébreu –   sur chacun l’anglicisme en petites lettres, et son équivalent proposé par l’Académie en lettres plus grandes. Dans le cas de puzzle :   תצרף  (grand), פָּזֶל  (petit) .

en haut – le mot "puzzle" en hébreu correct – תצרף

ci-dessous (au-dessus de l'image) – l'anglicismeפָּזֶל

 

 

L'auteur ignore si, en Chine, les producteurs utilisent des boîtes, des cartouches ou des briques pour améliorer la maîtrise linguistique du grand public, mais cette pédagogie nous paraît tout à fait louable. [5] Il reste à savoir si les Israéliens qui n'ont pas acquis une bonne maîtrise de leur langue maternelle en s’abreuvant du lait prodigue par le sein maternel pourront y parvenir grâce aux briques de lait « chinoises » à visée éducative. 

  Mother's milk 2  


Missing boy

Aux États-Unis, il existe des briques de lait qui portent des photos d'enfants disparus. Peut-on utiliser de tels récipients pour retrouver des langues perdues ? 

Pour revenir à nos moutons, une dernière question se pose : peut-on envisager une collaboration entre l’Académie française et la Coop de France Métiers du Lait pour convaincre les Français que la langue française est assez riche pour offrir des mots autres que casting, timing et showering, (analysés dans l’article de René Meertens en introduction) ? [6]

À bas le coolitude de l’anglais, cité par Anthony Bulger.

—-

[1] Mais voir ma propre défense des Français en ce qui concerne leur connaissance de l’anglais : « L’anglais « hollandais » est-il tel qu’on le parle en France » ? (13.3.2013)

 [2] Selon Wikipedia :  C'est dans un café du Quartier latin qu'Eliézer fait la connaissance d’un journaliste russe dénommé Tchashnikov correspondant à Paris du Rouski Mir.  De famille noble et ami de la princesse Tchashnikov, le journaliste, dans la quarantaine, prend le jeune homme sous son aile et, grâce à cette rencontre, Éliézer s’initie à tous les secrets du journalisme et du monde politique parisien.  Pour subvenir à ses besoins et payer les études de Éliézer, Tchashnikov lui procure des travaux de traduction du français au russe. Il commence des études à l'Université de Paris (la Sorbonne) et passera quatre ans en tout à Paris. Lorsque Éliézer confie à son ami journaliste le secret de sa venue à Paris, son idée de résurrection de l'hébreu.  Tchashnikov l'appuie et l'incite à faire connaître son projet, par les biais des journaux. 

[3] Quelques termes hébraïques de la Bible sont apparus en français, par exemple tohu-bohu, et Capharnaüm ou Capernaüm. Voir notre article : https://bit.ly/3aUeGt5  Voir aussi : (Alain Houziaux, Le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu, Presses de la Renaissance, 1997, p26)

L'organisme à laquelle est confiée la tâche d'accroître l’influence de la langue français dans la ville de Ben Yehoudah, s’appelle l’Institut français de Jérusalem – Romain Gary. Mais paradoxalement, ce berceau de la culture française fait une partie de sa publicité en anglais.

   Romaiun

[4] Plus précisément, ce jeu s'appelle jigsaw puzzle, mais dans l'anglais parlé, il est souvent abrégé en puzzle, que le français, l'espagnol et l'hébreu ont emprunté.  Puzzle tout seul s'emploie en anglais aussi dans le sens plus abstrait d'énigme. Brain teaser n’est pas la même chose que jigsaw puzzle. Crossword puzzle veut dire mots croisés.

[5] Il n’empêche que le chinois n'a pas non plus été épargné par le pandémique du Globish – voir « Common Chinese Anglicisms ». (Voir aussi : « L'Influence de la Chine sur la culture française »).

Il convient de noter deux faits historiques : (i) Dans les années 1930-1940, un grand nombre de Juifs se fuyant de l'Europe se sont réfugiés à Shanghai où ils ont été sauvés.  Un musée à Shanghai témoigne de cet événement. (2) En 2000, le Président de la république de Chine (1,3 milliard d'habitants à l'époque), et leader du Parti communiste, Jiang Zemin, dans le cadre d'une visite en Israël, s'est rendu au Kibboutz Ein Gedi (commune agricole, avec une population de 400-500 membres) pour apprendre sur place certains secrets du socialisme. 

[6] En revanche, l'anglais n'a pas (encore) un mot équivalent à « déconfinement ».

Jonathan Goldberg

Votre blogueur fidèle est traducteur et interprète assermenté auprès du Judicial Council of California (hébreu/anglais, français/anglais). Il Opsimathya vécu sur quatre continents et a passé un an à Paris, où il a obtenu un diplôme en Civilisation française de la Sorbonne – un cas de opsimathie, vu le fait qu'il n'a jamais appris le français à l'école ni pendant ces années d'études précédentes en droit.  Il a été membre du Barreau d'Afrique du Sud et du Barreau d'Israël. Il a traduit en anglais RÉVOLUTION d'Emmanuel Macron. Il ne faut pas le confondre avec un autre Jonathan encore plus ancien – la tortue (âgée de 188 ans) en confinement sur l'île de Sainte Hélène  (comme Napoléon autrefois). [*]  Les deux (Jonathan & Jonathan, non Jonathan & Napoléon) se sont rencontrés lors d'une visite de l'île effectuée par votre blogueur. Voir le reportage : https://bit.ly/2KS6Wxe

Jonathan (with glasses)

               Jonathan le traducteur

Tortoise

Jonathan la tortue
[*] Napoleon

 

Soldat anglais à Napoléon:
"Quel est, au juste, le "motif valable" de votre sortie ?"

Des entretiens supplémentaires avec des traducteurs/trices hébreu-français :

Francine Kaufman – linguiste du mois d'avril 2013

Fabienne Bergmann – linguiste du mois de juillet 2018

 

Lectures supplémentaires 

L'influence coloniale sur les différents acteurs d'un procès californien

Twelve new letters : revamped aleph beit aims to recognize women and non-binary women

 

 

 

 

Du métier admirable et admiré qu’est l’interprétation

Voici une recension d'un livre qui vient de sortir. L'auteur, James Nolan, fut notre  "traducteur/interprète du mois de mai 2013" et la critique, Magdalena Chrusciel fut notre "traducteur/interprète du mois de mars" de la même année. (Dans les premières années, nos invités et invitées étaient uniquement des traducteurs et/ou interprètes. Désormais, nous invitons des linguistes de tous ordre. Les contributions de Magdalena parues au fil des années se trouvent à :
https://www.le-mot-juste-en-anglais.com/magdalena-chruschiel/}

James NolanJames Nolan Essays (cover) MagdalenaMagdalena Chrusciel

Essays on Conference Interpreting par James Nolan
Ed. Multiligual Matters, 2020

Les Essays on Conference Interpreting de James Nolan sont la quintessence de l’expérience d’une vie au service de l’interprétation, dont la lecture s’avère passionnante aussi bien pour l’interprète expérimenté – par les anecdotes rapportées, l’interprète en devenir –  que pour une audience simplement curieuse des ficelles et coulisses du métier, très admiré des profanes. En outre, le texte a été enrichi de liens à des illustrations sonores, pouvant servir d’exercices pratiques pour l’interprète en herbe. 

La traduction – aujourd’hui et par le passé

Selon Nolan, la mission de l’interprète n’est pas de l’ordre de la traduction en raison des aspects émotifs du message parlé, de sa subtilité, de sa nature éphémère ; interpréter est un ensemble de processus complexes et convergents, nécessitant attention, sensibilité et concentration mentale, rappelant par certains égards la formation à la musicalité et à la comédie. Avec la digitalisation actuelle, la communication est marquée tant par le support de communication que par le contenu. Si la traduction automatique peut être convaincante, on oublie qu’elle n’est que verbalisation synthétisée plutôt que pensée articulée, alors que le recours à l’outil « traducteur » constitue un frein à l’apprentissage de langues étrangères, (les avantages du multilinguisme bien connus – compétences cognitives non liées à la langue, cf. linguiste suisse François Grosjean). L’automatisation croissante a pour effet de limiter des activités humaines ainsi que les caractéristiques culturelles, alors que le cerveau est dépositaire de 300 000 ans d’expérience évolutive, d’idées et de sentiments échappant au robot. La langue est une chose que nous faisons, et sa composante qui est un jeu de données basé sur la mémoire à partir de l’expérience ne saurait être parfaitement reproduite par un ordinateur. Ainsi, suite à une erreur embarrassante dans la traduction d’un document officiel, le gouvernement indien a interdit à ses fonctionnaires de recourir à l’outil de traduction Google.  

Premiers auteurs à s’être penchés sur le rôle de la traduction, Cicéron et Horace avaient déjà cherché à rendre le sens des textes grecs, plutôt que de traduire mot à mot. Selon Horace, dans son Ars poetica, la qualité esthétique devait primer sur la fidélité à l’original.  De tout temps, les emprunts culturels, rendus possibles par la traduction, ont contribué à la croissance culturelle. Ainsi, au 13e s., le roi Alphonse le Sage de Castille, faisant traduire moult textes grecs, latins, hébreux et arabes, avait enrichi le savoir de son pays, rayonnant dans toute l’Europe. Là où la communication orale était la règle, les indigènes devenaient interprètes. Ainsi, Enrique, l’interprète au service de Magellan, négociait pour ce dernier, représentant ainsi le roi d’Espagne. En Chine, la fonction d’interprète était devenue héréditaire, bien que le statut fût peu considéré car les interprètes étaient en contact avec les « barbares » tant détestés.  Par la christianisation (en 597), l’Angleterre s’enrichit de la civilisation latine, s’ensuivit l’apport scandinave et normand – l’anglais aura emprunté à 350 langues.

Métier d’interprète

Ce sont les procès de Nuremberg de 1945-46 qui ont donné un essor à l’interprétation simultanée ou de conférence, le volume du travail ayant rendu indispensable la traduction en temps réel.

La vitesse considérée normale de la parole est de 140-180 mots par minute, toutefois elle atteint facilement 300 mots, et reste compréhensible avec 500 mots. A de tels rythmes, l’interprète doit réduire le verbiage en éliminant mots et syllabes, abrégeant tout ce qui est redondant, superflu et évident, recourant pour ce faire aux techniques de la compression et de la reformulation, le résultat étant une langue plus courte et naturelle.

L’interprétation simultanée est indispensable pour la communication et les négociations internationales. La nature fondamentale différente entre traduction et interprétation simultanée peut-être entrevue sur l’exemple de l’opéra : un livret peut être traduit mais l’opéra n’est que rarement chanté en traduction ; le livret ne saurait rendre la portée émotionnelle. Pour être performant, l’interprète doit notamment : 1) distinguer le sens des mots (sans suivre aveuglément le message d’origine), important pour le discours diplomatique, lorsqu’il s’agit de rendre l’ironie, l’allusion ou l’humour ;

2) trouver rapidement les termes (seul Martin Luther, en traduisant la Bible, pouvait mettre jusqu’à 4 semaines pour rechercher un seul mot ; 3) posséder des connaissances étendues.

Ce qui est traduisible

On estime que les interprètes parlementaires sont à même de transmettre 60% environ du sens de la langue source à la langue cible. L’interprète doit par conséquent trancher entre ce qui est impératif et ce qui peut être omis, en veillant à transmettre les idées principales, en raccourci et sans trop de détails si besoin.

Différentes stratégies permettent de traiter ce qui reste intraduisible :

  • Exprimer l’émotion : ex. plutôt de que traduire saudade par « envie, désir ardent, nostalgie », exprimer l’émotion dans la voix
  • Termes abstraits traduits rendus par des termes concrets
  • Utiliser un terme générique si le délai est trop court
  • Adapter si nécessaire, p.ex. Ombudsman devient « médiateur communautaire »
  • De nouveaux termes apparaissent d’abord dans la langue parlée avant la langue écrite
  • Connaître le sens des métaphores

Les compétences de l’interprète

  • L’écoute active : analyser et résumer mentalement ce qu’on entend, utilité de prendre note des points clés
  • Cartographier ce qu’on entend, car cela facilite une traduction plus naturelle, plus claire et concise
  • Importance de l’apprentissage de prise de parole en public voire d’une expérience de théâtre, afin de pouvoir refléter les compétences des conférenciers qui, lors de débats internationaux, se produisent en quelque sorte en scène.

En réunion, on parle d’erreur s’il est dit quelque chose de substantiellement différent voire contraire, qu’un point significatif est omis, ou qu’on n’est pas dans le bon registre ou ton. Dans le cas d’une erreur essentielle, il convient de la corriger le plus vite possible. Il ne faut pas omettre un passage, en cas de panne de terme utiliser des termes généraux.

Protocole, étiquette et éthique de l’interprétation

 

L’interprétation consécutive est pratiquée notamment dans les tribunaux, lors de négociations diplomatiques car elle donne un peu de répit aux protagonistes.

Il est important pour l’interprète de savoir s’affirmer car il faut parfois interrompre le conférencier si un point important doit être répété. On utilise les pauses du conférencier pour interpréter, et il convient d’en prévenir le conférencier. Tout comme de rassurer le client sur le secret professionnel, de vérifier les outils techniques et l’emplacement de l’interprète, tout cela afin d’éviter une situation de désaccord sur le fond de l’interprétation.

Dans les sociétés multilingues, la valeur donnée à l’interprétation est plus grande, ainsi, en Afrique du sud, seuls les fonctionnaires du magistère étaient plus importants que l’interprète. La barrière linguistique peut également être utilisée en tant que frein à des négociations, afin de gagner du temps de consultation voire de changer de cap. Dans le cadre de négociations diplomatiques, l’interprète doit veiller à garder sa neutralité. Le recours à l’interprétation donne aux négociations une meilleure chance de succès, aucune partie ne se sentant désavantagée par le fait de forcer l’autre à utiliser un langage peu connu. Il est arrivé cependant que la « barrière linguistique » ait été utilisée comme arme (ex. au moment du démantèlement de la fédération yougoslave et autres conflits).

Enfin, un professionnel doit refuser une mission qui exigerait de lui d’endoctriner les auditeurs ou de censurer les conversations.  L’interprète doit-il toujours entièrement s’effacer en adoptant un ton monotone ? Pas forcément en interprétation consécutive, où il peut être judicieux de reproduire le style de l’orateur.

L’absence d’interprète a pu avoir de graves conséquences, exemple en soit l’attaque surprise de Pearl Harbor en l’absence de transcriptions à l’ambassade américaine de Tokyo.

Enfin, n’oublions pas que des interprètes ont pu payer leur fonction de leurs vies, notamment lors de la guerre en Bosnie, ou celle d’Irak.  L’interprétation peut être un métier dangereux – telle fut la tristement célèbre position de Paul Schmidt, linguiste maîtrisant 20 langues et admiré de Hitler, qui fut de 1933 à 1945 l’interprète attitré du leader nazi. Ayant témoigné contre Ribbentrop à Nuremberg, Schmidt fut acquitté – la question reste ouverte à savoir s’il a ainsi pu se racheter une conduite.

 

Leiden Interpreter

Considéré comme la première représentation connue d'un interprète au travail

 

Photo courtesy of Leiden National Museum of Antiquities – Believed to be the earliest known depiction of an interpreter at work, this Egyptian bas-relief showing a detail of a very large frieze from the tomb of Haremhab (or Horemhab) at Saqqara, ancient Memphis, just outside Cairo, dates from about 1330 BCE. Today the frieze is in the National Antiquities Museum at Leiden, Netherlands. 

Lecture supplementaire :

Interpretation 2nd cover

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui se passe dans le cerveau de l'interprète – Isabelle Pouliot 

L'étonnant cerveau des interprètes simultanés –  Isabelle Poulliot

 

Pouvoir Discret ou Soft Power ?

Le français a-t-il succombe à l’auto-colonisation ?

Le 13 juillet 2019,  nous avons fait état d’un article de Kevin Drum, intitule « “Why Are the French So Afraid of Other Languages?”, publié dans la revue américaine Mother Jones. L’article débutait ainsi : « En mars dernier, au Salon du Livre de Paris, les animations du secteur d’exposition dénommé "Young Adult" ont provoqué un tollé parmi les auteurs et les intellectuels français qui ont qualifié l’adoption de la terminologie anglaise « d’acte insupportable de délinquance culturelle. » »

L’auteur fait allusion à une tribune collective, publiée dans Le Monde du 26 janvier 2019 dans laquelle une centaine d’écrivains, d’essayistes, de journalistes et d’artistes se sont indignés de voir le « globish », un sous-anglais, supplanter la langue de Molière. (« Dans un salon consacré au livre, et à la littérature française, n’est-il plus possible de parler français ? ») 

À l’époque nous avons invité deux fidèles contributeurs à commenter l’article qui a paru dans Mother Jones, et voici leurs analyses :

Grant Hamilton (Canadien) – Pourquoi les francophones ont-ils si peur des langues étrangères ?

Elsa Wack (Suisse) – Pourquoi les Français sont-ils si réfractaires aux autres langues ?

FRANCE-AMERIQUEIl s’avère que FRANCE-AMÉRIQUE, la prestigieuse revue des francophiles aux États-Unis (et probablement la plus connue des publications bilingues français-anglais dans le monde), a consacré un article sous la plume d’Anthony Bulger, au thème du Salon du Livre et aux décisions très controversées de ses organisateurs, dès le mois de mai 2019.

Avec l’aimable autorisation de son auteur et celle de la Rédactrice en Chef de la revue, nous publions ci-après l’article de M. Bulger, intitule « Le globish », dont nous avons retranché l’entretien avec le poète et critique d’art Alain Borer [1] , à l’origine de l’article du Monde qui fait suite au billet d’Anthony Bulger. (Les photos qui accompagnent ce texte n'ont pas paru dans l'article de FRANCE-AMÉRIQUE.)

Anthony BulgerD’origine britannique, Anthony Bulger vit et travaille en France depuis plus de 40 ans. Avec une double formation d’enseignant et de journaliste, il a notamment dirigé un centre de formation professionnelle en région parisienne, animé un réseau d'enseignants pour une importante société de séjours linguistiques et dispensé des cours à l'ESIT (Paris-Dauphine) et à l'université Paris-Diderot. Il a dirigé un cabinet de traduction à Paris et se consacre désormais à l’écriture. À travers une douzaine de livres, la plupart édités chez Assimil, il cherche à partager son enthousiasme pour les langues et leurs origines, sans jamais oublier que l’apprentissage n’est pas seulement un travail intellectuel mais aussi – et surtout – une source de plaisir et d’enrichissement culturel.    

 
Comment le français lutte contre le Globish
 

On aurait dû y célébrer la langue et la littérature françaises. Au lieu de cela, le Salon Livre Paris, qui s’est déroulé en mars dernier, a suscité la controverse en raison de la décision des organisateurs de mettre en avant la littérature « Young Adult » (plutôt que « jeune adulte ») à travers une série d’événements tout aussi mal nommés. Passez à la Bookroom, au Photobooth, au Bookquizz et même au Brainsto (sans doute une « séance de brainstorming », mais pourquoi pas une marque de produit d’entretien). Cette initiative malheureuse a déclenché une levée de boucliers, suivie d’une pétition, largement relayée, condamnant l’usage du « globish » plutôt que du français lors d'un événement aussi prestigieux. Publié dans Le Monde et signé par une centaine d'écrivains, artistes et journalistes de renom, l'article dénonçait un acte de « délinquance culturelle ». Les signataires étaient choqués et attristés qu'un regrettable pseudo-anglais soit utilisé pour encourager les jeunes Français à lire des livres dans leur langue maternelle. Et par-dessus le marché, dans la capitale française ! Pour couronner le tout, les organisateurs du salon ont affirmé que des trouvailles comme Bookquizz étaient « plus vivantes » que tout autre équivalent français.

FRANGLAISLa tribune du Monde et le tumulte qui en a résulté reflètent plus qu'une simple réaction moqueuse à l’égard de la dernière épidémie de franglais, ce micmac de mots français et anglais que les linguistes qualifient de « macaronique » (rien à voir avec l'actuel président français, en dépit de ses discours truffés de mots anglais). Ce qui a vraiment mis le feu aux poudres, c’est l'idée sous-jacente que tout ce qui est affublé d’un nom anglais est fondamentalement plus branché ou juste mieux que son équivalent exact en français. Un crowdfunding va-t-il générer plus de pognon qu'un financement participatif, qui est exactement la même chose ? Un community manager est-il plus efficace qu'un animateur de communauté, ou une business school l’est-elle plus qu’une école de commerce ? La réponse semble définitivement être non !L’univers des nouvelles technologies est le plus gros pourvoyeur de nouveaux mots qui débarquent en France depuis les États-Unis, et restent obstinément en anglais. La raison principale, en dehors de l’incapacité à inventer des équivalents français satisfaisants, tient probablement au fait que connaître le terme anglais donne l’impression qu’on maîtrise le concept qui le sous-tend. Clairement, les choses sont plus cool en anglais, une attitude qui porte même un nom : la coolitude. Cela a débouché sur des importations parfois douteuses, allant du bashing (bien plus violent que le dénigrement) et du burn-out (plus invalidant que l’épuisement professionnel), à l’adjectif bankable (plus rentable que bancable, terme que le français connaît depuis plus d’un siècle) et  le happy-hour (beaucoup plus enivrant que l'heure heureuse, et difficile à prononcer après quelques apéros bien tassés). La dernière nouveauté, sans surprise, ce sont les fake news, également utilisées au singulier – une fake news – même si « news » en anglais est un substantif indénombrable. L’Académie française, cette gardienne de la langue française, a mis au point une alternative intelligente : une infox, mot-valise composé d’information et d’intoxication, mais les mauvaises habitudes ont la vie dure.Pourtant, la campagne anti-globish ne se focalise pas seulement sur l’emprunt lexical, cet échange séculaire qui a transformé les importations anglaises telles que « flannel » en flanelle, et les exportations françaises comme conter fleurette en flirt. Le problème, c’est que cette autoroute à double sens est devenue une voie à sens unique. Le poète et critique Alain Borer, à l’origine de l’article du Monde, a déclaré que la langue française était désormais à l’image de l’industrie française : elle importe tout sans rien exporter. En adoptant le globish, elle a succombé à l’auto-colonisation. Borer connaît bien ce phénomène des deux côtés de la barrière linguistique, étant professeur invité de littérature française à l'Université de Californie du Sud depuis 2005. « Bien sûr, les langues évoluent, dit-il, mais le français évolue à l'envers. » Alors, comment cette « dé-évolution » s'est-elle produite? (Voir le Questions et réponses) Le désir de faire tomber la tour de Babel en trouvant un langage universel n’est pas nouveau. Vous vous souvenez des cours de latin à l'école ? Et qui se souvient de l'espéranto ? Fatalement, c’est l’anglais – ou une sorte d’anglais – qui est devenu la lingua franca au cours des cinquante dernières années, et cela pour diverses raisons. Parfois, elles sont nobles. Par exemple, le linguiste et philosophe britannique Charles OgdenCharles K. Ogden a créé le Basic English, une forme d'anglais basique, destiné à servir de langue auxiliaire internationale et à promouvoir la paix dans le monde. Pour cela, la simplicité était essentielle. Selon Ogden, les 25 000 mots du Shorter Oxford Dictionary pouvaient être ramenés à 850 en supprimant les synonymes, tout en conservant la possibilité d’exprimer les mêmes idées. Le Basic English a connu un succès limité et il est désormais considéré comme un point de départ pour les étrangers qui se lancent dans l’apprentissage de cette langue. (Le « Special English » de Voice of America est une déclinaison de l’idée originale d’Ogden.) Le Globish – avec un « G » majuscule – représente une nouvelle tentative de créer un langage compréhensible dans le monde entier. Ironiquement, c’est  un homme d’affaires français qui a imaginé ce concept en 1995. Jean-Paul Nerrière, ancien dirigeant d’IBM, avait remarqué que les non-anglophones trouvaient plus facile de faire des affaires entre eux qu'avec des anglophones. Il comprit que ce qu’ils parlaient Jean-Paul Nerrière n’était pas l’anglais, mais une version allégée – ou « décaféinée » –  qui pouvait être comprise plus ou moins n'importe où parce qu’elle n’était pas encombrée de références culturelles. Nerrière mit au point un ensemble de règles fondamentales et un vocabulaire de 1 500 mots (deux fois plus que pour le Basic English), qu'il a publiés dans un ouvrage [2]. Mais dès le départ, Nerrière a insisté sur le fait que le globish n’était pas une langue, pas un vecteur de culture, mais simplement un moyen efficace pour communiquer. Selon lui, cette invention allait limiter l'influence de l'anglais car il s'agissait juste d'une construction à des fins économiques, un moyen de faire des affaires. Surtout, cela aiderait à sauver le français et toutes les autres langues menacées par l'anglais.Cependant, à un moment, le Globish a cessé d'être un langage contrôlé, comme l'avait imaginé son inventeur, et a été submergé par un sabir universel, surnommé globish avec un « g » miniscule. Contrairement à des phénomènes portant le même nom, comme le Spanglish ou le Chinglish, formes hybrides d'anglais et d'une autre langue (en l’occurrence l’espagnol et le chinois), le globish est un hybride de l'anglais – un parasite qui infeste le corps de son hôte. En 1998, Braj Kachru, linguiste à l’Université de l’Illinois, a identifié trois cercles concentriques d’anglais : le cercle intérieur, dont font partie les
pays où l’anglais est la langue maternelle ; un cercle extérieur, avec des pays comme l’Inde, où l’anglais est langue officielle associée, un legs de l’expansion impériale du Royaume-Uni et aussi en raison du poids économique des États-Unis ; et enfin un cercle « en expansion » de pays où l'anglais n'a pas de racines historiques mais où il est enseigné comme langue étrangère.

 

  Braj-kachru-Circles of English  

En bref, le reste du monde. Lorsque Kachru a conçu son modèle il y a vingt ans, le nombre de locuteurs du troisième cercle comptait entre 500 millions et un milliard d’individus. Aujourd'hui, ce chiffre se situe entre 1,5 milliard et 1,7 milliard, et grossit inexorablement. Par conséquent, l'anglais n'appartient plus aux locuteurs dont c’est la langue maternelle. Le pays qui compte le plus grand nombre d'anglophones et de locuteurs en herbe de la langue de Shakespeare n'est pas les États-Unis, c’est la Chine. Et ces « non natifs » ont fondamentalement changé la langue. Elle a mué en globish, conquérant le monde, mais en énervant sur son passage des millions de personnes.Il n’y a pas que les Français à se sentir pris au piège. Les parlementaires allemands, par exemple, ont déposé un projet de loi visant à supprimer les expressions et termes anglais qui entrent dans la langue tels quels. Un porte-parole de la German Language Association a récemment déclaré qu'il était parfois impossible de parler allemand en Allemagne, par exemple dans le domaine du marketing, dont le vocabulaire est en anglais. (Incidemment, le mot allemand pour « marketing » est le même qu'en français : das Marketing / le marketing.) Néanmoins, on peut affirmer que c'est en France que les sentiments anti-globistes sont les plus forts. Il ne s’agit pas de nostalgie, ni même de résistance à la mondialisation qui, comme le souligne Alain Borer, est « un processus primitif ». L’hostilité vient d’un rejet de la « colonisation via la substitution », où une langue est remplacée par une autre. Cependant, chaque langue comporte sa réalité et son identité propres, ce qui résiste à toute simplification. Ainsi, bien que le Globish permette par exemple à un Coréen de commander un gadget à une société bulgare ou à un Péruvien de négocier des accords avec un Suédois, il ne leur permettra pas – ni à aucun autre utilisateur du Globish – d’enrichir leur discours d’idiomes, de trouver des points communs culturels, ou, tout aussi SEvellks 2important, de plaisanter. Le Globish est peut-être le jargon international du troisième millénaire, mais comme le souligne Alain Borer, il ne peut en aucun cas exprimer la complexité de la pensée ou refléter la beauté d’expression qu’autorise le français. Comme le disait le grand historien Jules Michelet, l'histoire de la France a commencé par sa langue : « La langue est le signe principal d’une nationalité. » C'est pourquoi le pouvoir discret du français doit toujours l'emporter sur le soft power du globish.

[1] 

Alain Borer (book cover)

 

De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française
Alain Borer
Editions Gallimard

2 octobre 2014

 

 

 

[2]

Bulger Découvrez le Globish
Découvrez le Globish

et Do Not Speak English, Parlez Globish.

Jean-Paul Nerrière, Philippe Dufresne, Jacques Bourgon

 

 

Lecture supplementaire : 

Face a l'anglais, le français n'a pas encore dit son dernier mot
SLATE France – 2 novembre 2019

 

 

 

Corona-shaming – un néologisme supplémentaire créé par le Covid-19

Il existe plusieurs mots en anglais, chacun écrit avec un trait-d'union, dont la deuxième partie est “shaming”. Voici quelques exemples :

Slut-shaming

Selon Wikipedia : “Le slut-shaming esttraduisible en français par « intimidation (ou humiliation) des salopes » ou « couvrir de honte les salopes ». Il regroupe un ensemble d'attitudes individuelles ou collectives, agressives envers les femmes dont le comportement sexuel serait jugé « hors-norme .Le slut-shaming consiste donc à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l'attitude ou l'aspect physique serait jugé provocant ou trop ouvertement sexuel ou qui cherche à se faire avorter. »

Eco-shaming

Selon Madame Figaro (29.11.2019)Shaming, quand le tribunal du Net s’emballe » ) : « L’éco-shaming – qui pointe toutes les entorses au développement durable – est en effet le dernier avatar à la mode de la famille plus large du shaming. »

Maintenant le New York Times (24.4.2020) vient d’employer une nouvelle variante de ces mots – corona shaming. Dans son article, intitulé «  Corona-Shamed: George Stephanopoulos, J. Lo — Maybe You », il explique qu’Ivanka Trump, l'épouse du President, Chris Cuomo, le frère du Gouverneur de l’Etat de New York, et des citoyens privés sont critiqués sur les réseaux sociaux pour ne pas respecter les règles d'hygiène publique. 

Voir aussi : La pandémie : les blogues et la presse commentent les mots à la mode…et en inventent d'autres :

coronapocalypse, coronageddon, coronavirus coups (coups d’État du coronavirus), Infodémie, passeport immunitaire

 

Jonathan Goldberg

 

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