La traduction et l’Histoire :

controverses de traductions incomprises

Thiibaut newNous accueillons chaleureusement notre nouveau contributeur, Thibaut Bouexière, étudiant en master de traduction et interprétation a l'université de Rennes 2. Thibaut s’est rapidement ouvert aux mots en suivant un bac littéraire, qui, de par son intérêt pour les langues et les mots, l'a naturellement conduit vers un diplôme en Langues Étrangères Appliquées. Il a ensuite découvert un fort intérêt pour le monde de la traduction, à laquelle il s’est formé grâce au master Traduction et Interprétation de l'Université de Rennes 2. Il a là saisi toute la complexité des métiers de la traduction. Attiré par l’audiovisuel, et par extension, par la culture et le divertissement, il s’est spécialisé dans la traduction audiovisuelle, qui sera d’ailleurs l’objet de son mémoire. Thibaut a pu intégrer un grand nom du doublage en France, et espère trouver de belles opportunités dans ce domaine qui le passionne.

L'article qui suit a été publié sur le blog du Centre de Formation des Traducteurs Localisateurs, Terminologues et Rédacteurs techniques au sein de l’université de Rennes 2 (Veille CFTTR).

.La paronomase italienne « Tradutore, traditore » prône que « traduire, c’est trahir ». Ce postulat capable de faire s’insurger tout professionnel de la traduction remet en cause toutes les problématiques de la traductologie. Les hommes sont sensibles aux mots, et face à l’Histoire, la traduction s’est quelques fois révélée être au cœur d’escarmouches parfois meurtrières. Faisons un bond spatio-temporel vers l’Angleterre du XVIe siècle, alors que plus de la moitié de la population britannique est chrétienne. Aussi absurde que cela puisse paraître, la Bible n’est traduite que très partiellement dans la langue de Shakespeare, et disposer des Saintes Écritures en anglais était passible de peine de mort.TB - 4 translators Dans ce contexte, le jeune érudit William Tyndale, qui, après s’être forgé une volonté de réforme auprès de Martin Luther et d’Érasme, vient près de l’évêque de Londres pour porter son projet de traduction de la Bible, en vain. Essuyant des critiques pernicieuses, il décida de continuer ses traductions et contribua par ses écrits à l’évolution de l’ancien anglais vers l’anglais moderne. Il fut condamné d’hérésie par l’Église, étranglé et brûlé en 1536. Ironiquement, ses traductions furent présentées deux ans plus tard au roi Henri VIII qui décida de son propre chef que ces versions dussent être prêchées dans toute l’Angleterre.

La traduction, ou plutôt l’interprétation que l’on a des mots fut également un casus belli dans l’histoire nipponne. Tandis que la Seconde Guerre mondiale approche à sa fin et que l’Allemagne a capitulé depuis maintenant plus de deux mois, les tensions entre les Alliés et l’Empire nippon sont vives. Le 26 juillet 1945, la déclaration de Potsdam par les puissances alliées donne l’ultimatum au gouvernement japonais. La reddition doit se faire sans conditions. Rassemblé sous la pression médiatique et militaire, le Conseil de guerre Suprême nippon doit formuler un communiqué de TB _ Susukiréponse en urgence. Le premier ministre japonais Kantaro Suzuki répond que cet ultimatum n’apporte rien de nouveau à la situation et utilise le mot « Mokusatsu » pour définir leur position. Ce mot, composé de deux unités, « moku » et « satsu », pour littéralement « silence » et « tuer », est polysémique. Il peut signifier à la fois « garder le silence » et « fin de non-recevoir ». Kantaro Suzuki l’a sans doute employé à la fois pour calmer les Alliés et les forces armées japonaises, mais il s’est révélé que l’interprétation qu’il en a été faite a porté à la lumière ce deuxième sens. Truman, alors président des États-Unis, décida de mettre un terme à l’entêtement du Japon, condamnant Hiroshima et Nagasaki au destin qu’on leur connaît. Il faut toutefois savoir raison garder face à l’éventuelle corrélation entre ces deux faits, car elle n’a pas été communément établie.

Ces deux récits expriment à la fois la force des mots et l’importance de la traduction dans l’histoire de l’Humanité. Il ne s’agit donc en rien d’ôter de son lustre tout le travail de traduction admirablement mené chaque jour dans le monde et qui permet d’interconnecter les Hommes.