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Underground – l’usage en anglais et français

Le Comité régional du tourisme Paris-Île-de-France organise le printemps prochain  un « weekend hors du commun », un événement « Paris face cachée », ou encore « Paris Underground ». Comme on le sait, le mot anglais  « underground » (substantif ou adjectif) veut dire « souterrain ». C’est pour cela qu’il désigne officiellement le métro de Londres. (Aux États-Unis, le terme habituel est « subway ».)

   

Mais, pendant la deuxième guerre mondiale, le mot a pris un nouveau sens lorsqu'il en est venu à désigner les mouvements de résistance à l'occupation de l'Europe par les nazis.

Après la guerre, “The Underground” a désigné un mouvement de contre-culture, né en Grande-Bretagne et associé à la culture hippie aux États-Unis.

Dans cette acception, “underground” peut être traduit en français par « clandestin » (adjectif) et « mouvement clandestin » ou « clandestinité » (substantif).

Parmi les expressions désignant des activités clandestines ou parallèles, citons l'économie « underground », le cinéma « underground ”, la musique “ underground », l'art « underground » et la presse « underground ». Dans le domaine économique, on a beaucoup utilisé les adjectifs « souterraine » ou « parallèle » pour qualifier tout un pan de l'économie italienne ou russe s'exerçant en marge des structures commerciales officielles.   

 

Le journal britannique The New Statesman a publié en 2011 un article intitulé « Down the Tube? Up the social ladder », concernant le prix prohibitif du ticket de métro londonien.

Le premier syntagme joue avec les mots. En effet, si le mot anglais « tube » a la même signification que « tube » en français, lorsqu'on l'écrit avec un T majuscule il fait référence au métro londonien : « the Tube » est le nom populaire qui lui est donné (le nom officiel étant « the Underground »). Et si vous avez déjà voyagé dans the Tube, emprunté ses couloirs et escaliers roulants, vous avez certainement eu l'impression de vous déplacer à l'intérieur d'une sorte de tube ou de conduit géant.

 

  Underground map  

Cependant, l’expression « Down the tubes » (avec un « s ») a un tout autre sens, le même que « down the drain ». Elle signifie qu'un projet n'aboutit à rien, qu'il finit en queue de poisson ; on pourrait dire en quelque sorte qu'il tombe à l'eau, dans les égouts, dans la tuyauterie. L'expression consacrée en français est d'ailleurs assez curieuse : on dit « tourner en eau de boudin » ou « s'en aller en eau de boudin[1] ». L’expression « down the Tube » est donc ici à double sens, car elle implique « the Tube » (le métro londonien) et « down the tubes » (un échec).

Quant au deuxième syntagme « Up the social ladder », il indique purement et simplement une ascension sociale. Le titre du New Statesman ne manque donc pas d'humour : en descendant dans le métro, on grimpe l'échelle sociale, proclame-t-il, sous-entendant une situation vouée à l'échec. 

Ladder

Ci-dessous se trouve l’article en question, publié le 23 novembre 2011 ; sa traduction française a été publiée dans Le Courrier International. " Le titre de l'article a été traduit par : « À Londres, prendre le métro est devenu un luxe ». Les traducteurs n'ont apparemment trouvé aucun équivalent qui puisse rendre le double sens de « Down the tube(s) ». Autant dire que cette expression tarabiscotée a dû leur donner du fil à retordre et a fini par tourner en eau de boudin. 

 

[1]          Si l'expression « tourner en eau de boudin » vient, paraît-il, de l'eau de cuisson du boudin, ou de l'eau souillée, bonne à jeter aux égouts, dans laquelle on nettoie les boyaux qui servent à la fabrication de ce mets, d'autres s'accordent à lui donner une origine moins ragoûtante. Attention, donc, à la traduction de « tourner en eau de boudin » dans le sens français → anglais. 

Initials JJG Jonathan Goldberg
Ces commentaires ont bénéficié des précieux conseils de Nathalie Nédélec-Courtès, traductrice littéraire anglais, espagnol et italien vers le français. Nathalie Nédélec-Courtès

 

 

Down the Tube? Up the social ladder

Public transport by name is increasingly exclusive by nature

Next time you're on the Tube take a look around you. If you think that it's increasingly full of white, business class professionals, it's because it is. According to newly-analysed data from Transport for London, slipping down the underground escalator means taking a step up the social ladder.

The data paints a stark picture of a growing social divide in our city. While richer groups speed to work underground, poorer and more diverse ethnic groups are forced to take the bus. Public transport by name is increasingly exclusive by nature.

The latest figures show that almost four in five of London's Tube users are now managerial and professional workers, and the situation is getting worse.

In 2003, Londoners in the bottom half of the income spectrum made up 28 per cent of Tube users, but in the latest data from 2009, this dropped to 22 per cent.

It is hard not to link these divides to a difference in fares (the cash price for a Zone 1 single fare is now £4). This week I've been talking to cleaners and caterers who cannot afford to use the Tube in the city they call home. Instead they flock to the bus, which remains expensive and problematic.

Take Elena, a cleaner from Columbia who works for £6.08 an hour. She holds down two part time jobs. Without access to the Tube or train, she has to leave her North London home at 5am. Together with hoards of other workers on the minimum wage, she gets a chain of buses before dawn breaks. Her need to travel between jobs means that she spends almost five hours a day travelling for six hours work.

At present Elena pays £68.40 for her monthly bus pass. If she were to buy a full travelcard with Tube access, it would cost £106, approximately one fifth of her monthly wage after tax.

The mayor doesn't seem to get the problem. Since Boris Johnson was elected, the cost of a weekly zone 1-4 travelcard has increased by 23 per cent, and he remains committed to 20 years of above inflation fare increases.

Migrant workers like Elena are particularly likely to be affected. According to TfL's figures, some 39 per cent of bus users are from black and ethnic minority communities compared to 29 percent of Tube users.

Bus dependency also continues to cause massive problems for families. Alberto, another cleaner, says his daughter has to leave the house at 5am with his wife. She waits at her mum's work reading until school opens, and she always arrives tired. Meanwhile Alberto makes his anxious journey across London. If he misses one of his busses or falls asleep, he risks being fired.

"I've seen the transport prices rise like crazy but the salary never increases," he says, "For a salary increase you have to fight. Throughout the years my money buys less and less so I'm encouraging the workers to get organised … The problem is getting worse."

There are economic consequences too. Transport is the circulatory system of our economy, but workers like Elena have been known to turn down jobs because they are too expensive to get to. It also makes it difficult to make English classes, and it hits women hardest.

According to the figures — unavailable online but released by TfL to the New Statesman — some 78 per cent of Tube users are now from managerial and professional groups, defined as ABC1s.

In contrast, just 22 per cent of Tube users come from C2DE groups associated with the bottom half of the income spectrum. This compares to 37 per cent of bus users who are from this category.

When the Greater London Assembly estimates that roughly half of London's population is in each group, something is clearly out of synch.

Although this decline in diversity was visible when Ken Livingstone was mayor, he's developing policies to buck the trend. If he is elected next year, he says he'd cut fares by 5 per cent in 2012 and freeze them until 2013.

As for Boris Johnson, we don't know what the consequences would be if he won another term in office. Under his watch, TfL have suspended the Underground Users Survey until further notice.

If such a move saves costs, it also buries bad news.

staycation – anglicisme ! néologisme ?

  Staycation 6  

Voici la définition de "staycation" fournie par Lexico.com, le dictionnaire numérique de l'Edition britannique Oxford Press :

"A vacation spent in one's home country rather than abroad, or one spent at home and involving day trips to local attractions."

Ce mot est-il un néologisme ? Pas exactement. Le journal Le Monde a publié un article deja en 2009 sous le titre « Cet été, vous restez chez vous ? Non, vous êtes en "staycation" ».

Néanmoins, Wiktionnaire soutien : « (Néologisme) Vacances passées à la maison. », et ajoute une explication étymologique :

Staycation 5« Apparu dans le sillage de la crise de 2007, le globe-trotteur d’appartement s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle pratique ­dénommée « staycation » – contraction de to stay (« rester ») et vacation  (« vacances »). — (Nicolas Santolaria, Typologie de l’estivant : le globe-trotteur d’appartement sur LeMonde.fr.. Mis en ligne le 21 août 2017, »


Lewis_carrollNeologisme ou non, nous ajouterons notre grain de sel : Staycation est une mot valise, à savoir un mot formé par la fusion d'au moins deux mots existant dans la langue de telle sorte qu'un de ces mots au moins y apparaisse tronqué, voire méconnaissable. [1] ) « Mot valise » se traduit en anglais par un mot à consonance française – "portmanteau word", [2] inventé par l'auteur et mathématicien britannique, Lewis Carroll (Charles L. Dodgson).[3] » 

  Staycation 4  
  AIRBNB [4]   

Le site Vie Bureau, publié par Eurecia.com, dans sa rubrique « Management et bien-être » du 03 aout 2018, prodigue, de façon humoristique, des conseils utiles. Voici l’article dont il s’agit : https://www.eurecia.com/blog/staycation-si-restiez-chez-les-vacances/. Nous le republions avec l’autorisation précieuse d’Eurécia. L'article offre une traduction astucieuse : vacadom.

Staycation : et si vous restiez chez vous pour les vacances ?

Staycation, quesako ?

Vous voulez être in ? Pratiquez le staycation ! C’est LA nouvelle tendance aux Etats Unis qui arrive en France ! Stay pour rester et cation pour vacation donc vacances. En Français nous pourrions le traduire par « vacadom », vacances à domicile. Eh oui, vous l’aurez compris, le staycation consiste à passer ses vacances à la maison ! Mais alors quel est l’intérêt ? Et quels sont les avantages ? La rédaction fait le point.

Cet été, je reste à la maison !

Vous allez dire « c’est un truc pour ceux qui n’ont pas les moyens ». Eh bien non ! Le staycation est de plus en plus assumé et pas toujours contraint. En effet, plusieurs Français témoignent des avantages à faire le touriste dans sa propre ville. Pourquoi partir loin quand on a tant de jolies choses à découvrir en bas de chez soi ? Vous n’êtes pas convaincus ? Voici les 10 raisons de pratiquer le staycation :

 

  Staycation 1  

 

Le staycation, ça ne s’improvise pas !

Disons-le ! Le staycation ça ne s’improvise pas. Voici les 5 conseils pour le faire bien :

Image

 

Attention, le staycation n’est pas sans risques !

Effectivement en faisant du staycation vous courrez un risque. Oui, oui ! Celui de ne pas faire de véritable coupure. Attention donc de ne pas céder à la tentation d'ouvrir votre ordinateur pour consulter vos mails ou bien répondre au téléphone à un collègue de travail. Tenez-vous en plutôt à votre planning vacances : lundi musée, mardi resto gastro et balade à vélo, mercredi repas avec les cousins, jeudi balade au bord de l'eau… Ne vous imposez aucune obligation ! Oubliez la chemise cravate ou les talons hauts et optez pour les tenues légères et les tongs. Détendez-vous, profitez et déconnectez !

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Voir aussi : Vaccication. Contraction anglaise de «vaccine» et «vacation» vacances»). Voyage qui permet de se faire vacciner contre le Covid-19. Les Maldives ont ainsi lancé un forfait qui permet aux vacanciers de recevoir deux doses de vaccin s’ils viennent dans le pays, afin de faire revenir les touristes. (07.11.21)

[1] Définitions  lexicographigues et étymologiques de « mot-valise » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales : « Création verbale formée par le télescopage de deux (ou trois) mots existant dans la langue. »

[2] Portmanteau words in English

[3] Des aventures d'Astérix à l'univers fantastique d'Alice au pays des merveilles – paru sur ce blog.

[4] Wiktionnaire: AIRBNB : Abréviation fantaisiste de l'anglais air bed and breakfast (matelas pneumatique et petit déjeuner). Le nom a été inventé par les deux créateurs du concept en 2007.

Anecdotes litteraires

« L'annonce de ma mort est grandement exagérée », blaguait Mark Twain de son vivant. 

Les rapports de la citation de Mark Twain sur sa propre mort sont grandement exagérés.

Mark Twain  the report of my deathLorsque vous êtes l'un des auteurs les plus cités de tous les temps, vous devenez également l'un des auteurs les plus mal cités de tous les temps. C'est le cas de Mark Twain, dont la célèbre boutade sur sa propre mort est fréquemment massacrée par des admirateurs bien intentionnés, comme l'explique This Day In Quotes.

Vous avez probablement entendu dire que Twain a dit un jour : « Les informations faisant état de ma mort sont grandement exagérées » ou une autre version courante contenant l'expression « grossièrement exagérée ». L'essentiel de la citation est exact, mais aucune des deux formulations n'est tout à fait juste.

Twain est l'une des rares personnes dans l'histoire à avoir eu la chance (ou la malchance) de commenter les articles de journaux sur sa propre mort. En 1897, un journaliste anglais du Journal de New York a contacté Twain pour savoir si les rumeurs selon lesquelles il était gravement malade ou déjà mort étaient effectivement vraies. Twain a écrit une réponse, dont une partie a été publiée dans l'article publié dans le Journal le 2 juin 1897 :

Mark Twain ne savait pas s'il devait être plus amusé ou ennuyé lorsqu'un Journal représentant l'a informé aujourd'hui du rapport à New York selon lequel il mourait dans la pauvreté à Londres… Le grand humoriste, bien que peut-être pas très robuste, est en parfaite santé. Il a déclaré: « Je peux parfaitement comprendre comment le rapport de ma maladie s'est déroulé, j'ai même entendu de bonne autorité que j'étais mort. James Ross Clemens, un de mes cousins, était gravement malade il y a deux ou trois semaines à Londres, mais il va bien maintenant. Le rapport de ma maladie est né de sa maladie. Le rapport de ma mort était une exagération. »

(Source : https://triniradio.net/)

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« Thomas Corneille n’était pas du nombre des cadets qui ont plus d’esprit que leurs aînés. Sans son frère, il n’aurait pas eu plus de génie, mais il n’aurait pas payé les dépens de la comparaison. La distance qui était entre leurs esprits n’en mit aucune dans leurs cœurs. Ils étaient extrêmement unis. Ils logeaient ensemble. Thomas travaillait bien plus facilement que Pierre, et, quand celui-ci cherchait une rime, il levait une trappe et la demandait à Thomas, qui la lui donnait aussitôt. L’un était un dictionnaire de rimes, et l’autre un dictionnaire d’idées et de raisonnements. Il est resté au théâtre trois pièces de Thomas : Ariane, le Comte d’Essex et l’Inconnu, toutes trois faiblement écrites, mais intéressantes. On a encore de lui les Métamorphoses d’Ovide, un Dictionnaire universel géographique et historique ; ce qui marque qu’il avait une profonde érudition. »

Pierre Corneille

Pierre Corneille
Bibliothèque nai. de France

Corneille ThomasThomas Corneille


Claude-Henri de Fusée de Voisenon — Anecdotes littéraires  
https://a.co/h5RaLDS

Parler latin apporte un frisson immédiat à l’étude du latin  

L’article qui suit fait partie d’un texte plus long rédigé par le Professeur Armand D’Angour, de l’Université d’Oxford, et publié Armand
initialement dans Psyche. Il a été abregé et traduit de l’anglais en français pour ce blog par l’auteur lui-même, avec la preciéuse aide de René Meertens.

Armand D’Angour est un professeur du Jesus College à l’Université d’Oxford, où il enseigne les lettres classiques. Ses publications comprennent The Greeks and the New: Novelty in Ancient Greek Imagination and Experience (2011) et Music, Text, and Culture in Ancient Greece (2018), en collaboration avec Tom Phillips. Son livre le plus recent est Socrates in Love: The Making of a Philosopher (2019).

Armand book cover 3 Armands book cover 2 Armand book cover


Nous avons demandé au Professeur D’Angour, né dans une famille juive qui a fui l’Irak, quelle était l’origine de son nom à consonance française. Voici sa réponse :

« Dan Gour » sont les mots hébreux de l’Ancien Testament (Deutéronome 33:22) par lesquels Dieu dit à Moïse que « Dan est un lionceau » (qui s’élance de Basan). Nous pouvons retrouver ce nom dès le XVIIe siècle. Les Juifs furent déplacés massivement à Bagdad par Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Telle est l’origine de la communauté juive en Irak, qui comptait environ 140 000 personnes en 1948 lors de la création d’Israël. Il n’y en a plus une seule aujourd’hui.

 En 1950, il a été conseillé à mon père de solliciter un passeport auprès du consulat de France à Bagdad, ce qu’il a fait, en suggérant qu’on lui attribue un nom fictif tel que « Dupont ». Un fonctionnaire du consulat lui a demandé quel était son vrai nom et lui a dit « Je vous donne une apostrophe », après quoi il a francisé son nom, qui est devenu « D’Angour ». Mon père a abandonné l’apostrophe quand il s’est établi au Royaume-Uni plutôt qu’en France, mais ma mère aimait tellement cette anecdote qu’elle a conservé cette orthographe et a ajouté une touche supplémentaire de français en me donnant le prénom « Armand ».

 

  Armand mosaic  

Lingua Latina viva est. “La langue latine est vivante”: on peut apprendre à parler aussi bien qu'à lire. J'ai été initié au latin à l'âge de sept ans par un maître d'école inspirant qui est entré dans la classe, a esquissé un visage de profil au tableau et a déclaré : “Haec est puella. Amo puellam.” Ceci est une fille. J’aime la fille”. Le changement de forme de puella à puellam m'a semblé tout aussi évident que le changement de pronom anglais de “he” à “him”.

J'ai tout de suite été enchanté par le latin. Mais l'idée que le latin pouvait être une langue parlée s'est éloignée au fur et à mesure que, au cours des années qui ont suivi, je me suis immergé dans la grammaire, la syntaxe et le vocabulaire latins, et dans la traduction d'œuvres littéraires et poétiques avec un stylo et un dictionnaire à portée de main. Pour moi, le latin ne signifiait plus Amo puellam mais Amo, amas, amat. Je me suis peu à peu imprégné d'un préjugé profondément enraciné contre l'idée que le latin pouvait ou devait être parlé comme langue vivante. Comment imaginer qu'une langue prétendument “morte“, qui avait évolué vers le français, l'italien, l'espagnol, le roumain et le portugais vivants, puisse être utilisée pour la communication orale ? Comment prononcer le cae-in caelum (ciel) : kaï, tel qu'il était à Rome du Ier siècle avant notre ère, ou tché, tel qu'utilisé dans la liturgie chrétienne et italienne moderne ? Faut-il adopter le style de Cicéron ou de Sénèque, les expressions familières de Catulle ou de Pétrone, ou faut-il se résigner à un mélange néo-latin ?

En tant que professeur de lettres classiques à l'Université d'Oxford, j'avais complètement oublié le frisson de comprendre le latin parlé quand, en 2016, un groupe d'étudiants de l'Accademia Vivarium, une institution basée dans la belle Villa Falconieri juste à l'extérieur de Rome, est venu en visite au Royaume-Uni. Parmi eux se trouvaient des étudiants d'origine néerlandaise, hongroise, française, finlandaise et sud-américaine ; mais on pouvait difficilement distinguer leurs nationalités car, en plus d'utiliser des noms latins (Julianus, Edmundus), ils parlaient un latin courant et élégant et, dans un cas, le grec attique. Alors que je m'émerveillais de pouvoir comprendre chaque mot qu'ils disaient, je me sentais gêné de ne pas pouvoir, malgré plus de 50 ans de lecture, d'étude et d'écriture de la langue, faire venir à mes lèvres suffisamment de latin pour pouvoir converser couramment avec eux. La réunion a cependant éliminé toutes les préoccupations que j'avais concernant le son et le style en parlant activement le latin. Les différences de prononciation et d'expression importaient aussi peu que si je conversais en anglais avec des étudiants d'Écosse, de France ou du Japon. Ce qui importait, c'était que la langue soit intelligible, significative, précise et vivante.

Cela n'aurait peut-être pas dû être une surprise. Le latin était parlé d'une grande variété de manières (aussi variées que l'étaient ses descendants) dans la vaste zone d'influence de Rome pendant plus d'un millénaire, et pendant des siècles par la suite, par des personnes de tous les niveaux de classe, d'éducation et de capacité. Malgré d'importantes différences locales et individuelles, il est resté la lingua franca, la langue commune, de l'Europe pendant des siècles. Dante (1265-1321) a commencé à composer sa Divine Comédie en latin avant d'opter pour l'écriture en italien vernaculaire ; Pétrarque et Boccace (XIVe siècle) écrivaient aussi couramment en latin qu'en italien, et les poètes et humanistes du XVe siècle tels que Poliziano et Ficin, et Érasme de Rotterdam, étaient tout aussi à l'aise en parlant le latin que leur langue maternelle. Au XVIe siècle, Michel de Montaigne, bien qu'il ait écrit ses Essais en français, a développé son style en apprenant à parler le latin par des précepteurs engagés pour s'entretenir avec lui uniquement dans cette langue dès l'enfance:

“Ils ne m'ont jamais adressé la parole, écrit-il, dans une autre langue que le latin… Et ainsi, sans art, sans livres, sans grammaire, sans règles, sans fouets et sans larmes, j'ai appris un latin aussi pur que celui que mon instituteur a connu."

Au milieu du XIXe siècle, cependant, la domination croissante des langues nationales sur le latin inquiétait certains lecteurs. La croissance des traductions a accéléré la disparition de la capacité des étudiants à comprendre le latin de manière immédiate et a cimenté les styles plus mécaniques et sans imagination d'enseignement des langues anciennes; mais le latin continua à être parlé activement, ne serait-ce que par un petit nombre de personnes dans des zones dispersées. Il est resté la langue officielle du Vatican jusqu'en 2014, et au cours des dernières décennies, il a été perpétué par des passionnés tels que l'Accademia Vivarium susmentionnée à Rome et la station de radio latine Nuntii Latini (« Nouvelles en latin »), qui a été diffusée depuis la Finlande pendant trois des décennies de 1989 jusqu'à la fermeture du service en 2019 ; mais la notion d'enseigner activement le latin était pratiquement perdue pour les établissements d'enseignement à tous les niveaux.

La situation recommence à changer. L'Université d'Oxford, l'un des principaux centres d'études classiques du monde avec environ 500 étudiants à tout moment étudiant des aspects de l'antiquité, a lancé un projet pour enseigner activement le latin et le grec. Étant donné que la plupart des étudiants en lettres classiques doivent connaître un peu de latin, voire de grec, l'objectif du projet Oxford Latinitas est d'améliorer l'enseignement et l'apprentissage des langues anciennes pour les étudiants débutants, intermédiaires et avancés par le biais d'une conversation et d'une discussion actives. L'objectif n'est pas d'atteindre la fluidité de la conversation, et l'utilisation du terme “actif” plutôt que “parlé” reconnaît que les possibilités de converser dans des langues anciennes sont limitées et susceptibles de sembler artificielles. Bien que les chercheurs aient compilé des listes de néologismes latins pour des choses et des concepts inconnus des locuteurs anciens – aerinavis pour “avion”, tromocrates pour “terroriste”, caffea pour “café” – le but d'apprendre à penser en latin est que cela permette, comme Schopenhauer, familiarité affirmée et immédiate avec les grands textes et les penseurs de l'Antiquité.

Latina lingua viva est : vivat et floreat.

  Latin  

Le 8 septembre – Journée internationale de l’alphabétisation

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  Literacy 3  

Depuis 1967, la  Journée internationale de l’alphabétisation est célébrée chaque année à travers le monde pour rappeler au public l’importance de l’alphabétisation en tant que facteur de dignité et de droits humains et pour faire progresser l’agenda de l’alphabétisation pour une société plus instruite et durable. Malgré les progrès réalisés, les défis persistent, car au moins 773 millions d’adultes dans le monde n’ont pas aujourd’hui les compétences de base en alphabétisation.

  Literacy 4  


Le concept d’alphabétisme, largement examiné et analysé par les spécialistes, a désormais une considération plus importante, pour englober les compétences de base dont une personne a besoin pour vivre et travailler chaque jour, mais aussi pour respecter les lois et exercer ses devoirs de citoyen. En 2005, le Journal Officiel, en France, a publié une définition du terme "littérisme" comme "capacité à lire un texte simple, en le comprenant, à utiliser et à communiquer une information écrite dans la vie courante". Ainsi le littérisme – et son contraire, l’illettrisme – deviennent-ils les traductions de l’anglais "literacy" – et illiteracy" – utilisés de longue date dans les instances internationales. Plus récemment encore, les chercheurs ont ajouté le concept de "numératie" aux compétences requises pour pouvoir vivre dans un monde désormais dominé par les technologies nouvelles.

Lors de la Conférence mondiale de Jomtien (1990) puis au Forum mondial de Dakar (2000), les Etats membres de l’UNESCO s’étaient engagés à réaliser la scolarisation universelle et gratuite d’ici 2015. Or, malgré les progrès indéniables accomplis dans plusieurs pays, force est de constater que les objectifs n’ont pas été atteints. L’Institut des Statistiques de l’UNESCO (ISU) attestait qu’en 2013, 757 millions d’adultes (15 ans et plus) dans le monde – des femmes pour les deux tiers – ne savent toujours ni lire ni écrire. En septembre 2014, l’Observatoire des Inégalités parlait de 800 millions d’adultes analphabètes, soit 16% de la population mondiale.

Il ne faudrait pas croire que le phénomène ne concerne que les pays émergents. A la même date, 20% environ des adultes résidant en Europe ne possédaient pas les compétences de base nécessaires en matière de lecture, d’écriture et de calcul. Plus près de nous encore, en France, selon une étude de l’INSEE, 2,5 millions d’adultes, soit 7% des personnes âgées de 18 à 65 ans sont en situation d’illettrisme, l’illettrisme incluant aussi cet "analphabétisme de retour" qui afflige les personnes qui ont quitté le système scolaire trop tôt, sans bases solides et qui oublient leurs acquis. Ne voit-on pas revenir, dans les zones rurales notamment, les écrivains publics qui louent leurs services aux personnes analphabètes ? Deux enquêtes lancées en France en 2004 puis en 2012, Information et Vie Quotidienne des Français (IVQ), ont essayé de cerner au plus près le problème et son évolution dans la durée : léger recul en 8 ans, le pourcentage des illettrés ayant baissé de 9% à 7%, mais c’est le décompte qui est aussi intéressant :

—> 53% des personnes ont plus de 45 ans
—> 51% ont un emploi
—> 48,5% vivent en zones rurales ou faiblement peuplées
—> 71% parlaient le français à la maison à l’âge de 5 ans

Source : Le Podcast Journal

Lecture supplémentaire :

Projets d'alphabetisation de l'UNESCO

Petit glossaire du blog

English

français

literacy

Alphabétisation, alphabétisme

illiteracy

Illettrisme*

numeracy

Numératie, aptitude au calcul, maitrise de calcul, compréhension des mathématiques

innumeracy

Incapacité de compter,
ignorance en calcul

* Mais distinguer « lettrisme », également nommé hyper-créatisme ou hyper-novatisme, qui est à l'origine un mouvement artistique, puis pluriculturel.

[Une partie des équivalents français dans le tableau ci-dessus est recueillie du GUIDE ANGLAIS/FRANÇAIS de Rene Meertens.]

 

 

 
     
 

 

Le Conseil Européen des Associations de Traducteurs Littéraires (CEATL) se joint à l’European Writers’ Council

 

Au cours des douze derniers mois, les organisations indépendantes culturelles et de défense des droits humains ont été la cible de perquisitions et de détentions au Bélarus. Le 14 juillet, le Directorat « combattant le crime organisé et la corruption » du ministère de l’Intérieur bélarussien a mené une opération nationale de « nettoyage radical » contre des associations indépendantes d’écrivains, de journalistes, de travailleurs culturels, ainsi que des associations de défense des droits humains, dont  l’Union des écrivains bélarussiens et PEN Bélarus. L’Association des journalistes bélarussiens, le centre indépendant de recherche académique BEROC et Viasna, l’organisation de défense des prisonniers politiques, entre autres, ont été également visés par ces raids.

Le 14 juillet, l’Union des écrivains bélarussiens a subi une attaque au cours de laquelle des équipements et des documents ont été confisqués. Le président de l’Union indépendante des écrivains bélarussiens, Baryx Piatrovich, sous le coup d’une interdiction de quitter le pays,  est actuellement assigné à résidence. Son téléphone a été confisqué et il a dû signer un accord de non divulgation. Il ne peut donc parler en public des agissements systématiques à l’encontre de l’Union des écrivains sous peine de représailles. En 2020, des auteurs, artistes et travailleurs culturels,  dont des traducteurs, ont été la cible d’attaques et de cruauté physique et psychologique dans les prisons bélarussiennes.

Le CEATL se joint à l’EWC (European Writers’ Council) pour condamner vigoureusement ces mesures du gouvernement bélarussien, et appeler la Communauté européenne à agir immédiatement pour le peuple et la démocratie au Bélarus, et demande à tous les travailleurs culturels de s’unir en faveur de la démocratie et des droits humains au Bélarus.

Pour plus d’information, cliquez ici et ici.

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American Translators Association Speaks Up for Afghan Interpreters

Many U.S. interpreters and staff in language services feel blindsided and horrified by the scenes playing out right now in Afghanistan.

We care of course about human suffering in general. But we also want the interpreters who helped our country to get safely out of Aghanistan—and not be killed there because we abandoned them.
 
To that end, the American Translators Association (ATA) on August 20 issued a letter to the U.S. Secretary of state urging action.
 
In addition, some language services are putting out the word in other ways, such as this blog from Boostlingo’s Café Lingo, which shows how you can help Afghan interpreters right now.

L’ordinateur va-t-il nous voler notre travail ?

Traduction automatique en littérature 

L'article qui suit a été publié dans numéro no, 4 de Contrepoint, la revue du Conseil Européen des Associations de Traducteurs Litteraires.
Nous le reproduisons ici avec l'autorisation amiable de l'auteur et de la revue. 


JHadley S.James Hadley

M. Hadley est professeur-assistant « Ussher » de traduction littéraire au Trinity College de Dublin (Irlande), où il dirige un master en traduction littéraire primé. Il est également à la tête du projet de recherche QuantiQual, généreusement financé par le programme COALESCE de l’Irish Research Council.

Après la Seconde Guerre mondiale, des expériences débutèrent dans le domaine de la traduction automatique. En 1947, Warren Weaver, mathématicien américain, énonçait, dans un mémorandum fondateur, l’idée selon laquelle un calculateur numérique pourrait servir à traduire le langage humain. Pendant la guerre, à Bletchley Park, haut lieu britannique du déchiffrement, les Alliés avaient cassé les codes de messages nazis à l’aide d’une batterie de machines à calculer (dont des « bombes » et des Colossus). En faisant un parallèle entre décodage et traduction, il était facile d’imaginer des machines aptes à restituer dans une langue un texte rédigé dans une autre.

Pendant les années 1950 et au début des années 1960, les recherches visant à la création de programmes de traduction automatique, principalement dans la paire de langues anglais-russe, accédèrent de part et d’autre du rideau de fer au rang de priorité nationale en matière de sécurité. Cette période vit notamment, en 1954, l’expérience Georgetown-IBM, qui consista à faire traduire par un système par règles une soixantaine de phrases du russe vers l’anglais. Après pareille réussite pour l’époque, on proclama avec assurance qu’il suffirait de trois à cinq ans pour résoudre le problème de la traduction automatique.

Multiples exceptions aux règles linguistiques

Les systèmes par règles, y compris les dictionnaires bilingues, de même que les règles logiques du maniement d’informations textuelles, se fondaient sur les méthodes traditionnelles d’enseignement des langues. Or, comme le sait quiconque a appris une langue étrangère, les règles linguistiques s’assortissent d’une multitude d’exceptions. Résultat : ces systèmes s’avérèrent bientôt lourds, lents et truffés d’erreurs. En 1966, le Comité consultatif sur le traitement automatique de la langue ou ALPAC (Automatic Language Processing Advisory Committee) en vint à la conclusion que, malgré de substantiels investissements, les  outils de traduction automatique ne pourraient dans un avenir proche atteindre le niveau de traducteurs humains. Mieux valait axer les recherches sur le développement d’outils d’aide à la traduction, lesquels seraient plus tard connus sous le nom de logiciels de traduction assistée par ordinateur (TAO), comme, par exemple, Trados.

C’est pourquoi, pendant une dizaine d’années, les recherches menées aux États-Unis en matière de traduction automatique avancèrent au ralenti. Elles se poursuivaient toutefois dans d’autres pays, sur un nombre restreint de langues comme l’anglais ou le français. Le Canada créa ainsi le programme MÉTÉO, qui servit de 1977 à 2001 à traduire les prévisions météorologiques entre les deux langues officielles du pays. À la même époque, les systèmes par règles cédaient la place aux systèmes de traduction automatique statistique (TAS), reposant non pas sur des règles codées manuellement mais sur l’alignement des phrases composant deux textes mis en parallèle. À partir des vastes corpus construits par ce procédé, l’ordinateur produit une traduction. Ces systèmes ont d’abord fonctionné mot à mot, puis phrase par phrase. Ils sont relativement efficaces pour des paires de langues assez semblables et pour lesquelles il existe une abondance de sources d’où extraire en grand nombre les phrases à aligner pour construire le corpus. À l’inverse, les résultats obtenus sont moins satisfaisants pour des langues dans lesquelles l’ordre des mots diffère considérablement ou pour lesquelles on dispose de peu de données à mettre en parallèle.

Statistiques ou neurones ?

En 2014, ces systèmes ont été à leur tour détrônés par les systèmes de traduction neuronale (ou NMT, Neural Machine Translation). Ces nouveaux programmes reposent eux aussi sur de vastes corpus de phrases alignées, dans les deux langues concernées. La différence est que les systèmes neuronaux sont conçus sur le même modèle que celui par lequel communiquent les neurones du cerveau humain : le produit final résulte de la réunion d’un grand nombre de petits processus. De ce fait, et alors que les systèmes statistiques utilisent les corpus comme ingrédients de leurs traductions, les moteurs neuronaux s’en servent pour apprendre à traduire par eux-mêmes. Ces nouveaux systèmes travaillent plus vite et produisent des traductions de bien meilleure qualité, impossibles à distinguer de textes écrits par des traducteurs humains – à condition qu’on leur fournisse suffisamment de données de base pour leur apprentissage.

L’heure du Game over a-t-elle donc sonné pour les traducteurs humains ? Eh bien non.

Si les moteurs neuronaux ont démontré leur extrême efficacité lorsqu’il s’agit de traduire certains types de textes, surtout composés de phrases courtes et d’expressions toutes faites, le champ de leurs exploits demeure limité. Cela s’explique par le fondement technique de cette méthode selon laquelle, pour exercer un système, il faut un important corpus de phrases alignées. Le moteur offrira de meilleurs résultats  s’il  fait son apprentissage sur le type de phrases qu’il sera par la suite appelé à traduire. Par exemple, entraîné sur un ensemble de phrases mises en parallèle à partir de manuels d’automobile, il excellera à traduire des manuels d’automobile.

Mais pour ce qui est des livres de recettes de cuisine, il sera moins doué. Pour pallier cet inconvénient, il ne suffit pas d’entraîner un système sur toutes sortes de textes, car la machine, qu’elle s’entraîne ou qu’elle traduise, ne sait pas faire la distinction entre un domaine et un autre. C’est pourquoi, si l’on exerce un système sur des textes très divers, les résultats obtenus dans un des domaines traités ne seront pas aussi bons que si on ne l’avait exercé que sur un seul.

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La « Salle longue » de l’ancienne bibliothèque, Trinity College, Dublin Photo :  Unsplash

Des millions de phrases alignées

Pour la plupart des textes techniques, ce problème est sans gravité. En effet, les conventions d’écriture applicables aux livres de cuisine ne sont pas si éloignées de celles qui régissent les manuels d’automobile. Donc, si un système entraîné sur toutes sortes de textes techniques ne peut, statistiquement parlant, aboutir à d’aussi bons résultats que si on l’entraînait sur un seul sujet, la différence est souvent trop mince pour causer de réels inconvénients. On ne saurait en dire autant en matière de littérature, car à cet égard, les conventions d’écriture diffèrent amplement de celles existant en technique. De plus, elles varient énormément d’un auteur, d’une époque, d’un genre et d’une forme littéraire à l’autre.

Même si ce sont tous deux des types de poèmes, un sonnet est très différent d’un limerick. Et, même s’ils se classent l’un et l’autre au rayon fantasy, Harry Potter est très différent du Seigneur des anneaux. L’ennui, avec les systèmes de traduction automatique, est qu’en littérature en général, le style de l’auteur n’est pas forcément transposable et qu’il n’y a pas de précédent sur lequel fonder un système. S’il existe, par exemple, de nombreux exemples de contrats alignables dans les deux langues d’entraînement d’un système, où trouver le parallèle de Dante en swahili, ou de Tolstoï en vietnamien ?

Le plus approchant serait une traduction humaine de Dante en swahili ou de Tolstoï en vietnamien. Or, pour fonctionner correctement, un corpus d’apprentissage doit comporter des millions de phrases alignées, soit l’équivalent de centaines de livres. C’est beaucoup plus que ce qu’un auteur écrira en toute une carrière ! En outre, s’il existe déjà des traductions humaines de ces œuvres, à quoi bon exercer un système informatique à les traduire de nouveau et de la même manière ?

Un corpus n’aide en rien pour le style

On serait tenté de croire qu’une perte en style, ce n’est pas la fin du monde. Le « sens » passe avant tout, n’est-ce pas ? En fait, ce n’est le cas ni en littérature  ni en traduction automatique, deux domaines où forme et fonction sont étroitement liées. J’en ai récemment fait l’expérience en traduisant des poèmes extraits des Mille et une nuits à l’aide d’un système exercé avec le seul corpus existant de correspondances en arabe-anglais, qui compile pour l’essentiel des traductions du Coran et des données publiées par les Nations Unies. Une grande majorité des mots contenus dans les poèmes figuraient dans le corpus. Mais le style des textes était à ce point différent que le système a surtout produit des blancs.

En outre, les outils de traduction automatique fonctionnent actuellement phrase par phrase : ils en traduisent une, de façon isolée, puis l’oublient dès qu’ils passent à la suivante. Là encore, ce n’est en général pas bien gênant pour un texte technique. Mais en littérature, où une idée, une métaphore, une image ou une allusion peut se retrouver plusieurs phrases, paragraphes, voire chapitres plus loin, la machine a encore de vastes progrès à accomplir avant que ses aptitudes approchent seulement celles d’un traducteur littéraire humain.

L’informatique, assistante du traducteur littéraire

Pour ces raisons et pour bien d’autres, les programmateurs de traduction automatique ne savent se prononcer sur les futures capacités de leurs systèmes et sur le moment où elles seront exploitables. C’est pourquoi ils travaillent à l’heure actuelle sur des outils spécialement destinés aux traducteurs littéraires. Si, parmi ces derniers, certains ont déjà recours à des logiciels de TAO comme par exemple Memo-Q, nombre d’entre eux, contrairement à leurs collègues techniques, ne leur trouvent guère d’utilité. Pourtant, l’informatique permet réellement de traiter des questions spécifiques à la littérature. Par exemple, le projet de recherche QuantiQual étudie les traductions littéraires indirectes produites par des humains et par des machines. Une traduction indirecte est une traduction de traduction. Dans le cas où l’on ne peut effectuer une traduction directement de la langue A à la langue C, on passe par une traduction dite « relais », en langue B. Les discussions sur la légitimité même du procédé occultent depuis des lustres le fait que dans la pratique, celui-ci est monnaie courante. Quoi qu’il en soit, ce projet a le mérite de montrer que la traduction indirecte permet de diffuser des connaissances et de la littérature dans des langues traditionnellement marginalisées. QuantiQual vise entre autres à déterminer en quoi les possibilités de la traduction automatique (exploitation d’un très large éventail de sources d’information, catégorisation des aspects techniques, identification de modèles) peuvent rendre service au traducteur humain. L’équipe cherche ainsi comment aider une traductrice ou un traducteur qui se trouverait, par exemple, face aux poèmes des Mille et une nuits. Les chercheurs développent actuellement un système qui ne crée pas lui-même une traduction de poésie mais fournit en un clin d’œil au traducteur humain des informations précieuses sur le texte source. Son travail y gagnera donc en rapidité et en efficacité. Par exemple, le logiciel peut indiquer le schéma de rimes de chacun des poèmes, repérer allitérations et assonances, calculer le nombre de mots et la longueur moyenne des vers, établir une liste de synonymes en langue cible pour chaque mot du texte. Dans ces conditions, le traducteur humain reste celui qui décide de la traduction la plus appropriée, mais le logiciel l’aide à se concentrer sur son travail créatif au lieu de passer du temps à se documenter dans de multiples sources. Comparée au traitement du poème, type de texte d’une complexité extrême, l’adaptation d’une solution comme celle-là à des romans, par exemple, afin d’aider le traducteur à conserver certains aspects du style, comme la longueur des phrases, l’utilisation de pronoms ou l’emploi de mots idiosyncrasiques, représente une avancée relativement modeste.

Il ne faut jamais dire : « Fontaine… » Si l’adage garde toute sa pertinence, rappelons toutefois que des traducteurs pessimistes prédisaient déjà l’avènement de leurs substituts mécaniques en 1954. En soixante-dix ans de recherches sur la traduction et sur la traduction automatique, plus nous en avons appris sur la première, plus nous avons saisi la mesure de sa complexité. Les concurrents sérieux des traducteurs littéraires humains sont encore bien loin. Mais nous assistons déjà à l’émergence d’outils propres à les aider dans leur travail.

Traduit de l’anglais par Marie-Christine Guyon

 

Anecdote littéraire

– lui aussi grâce à la découverte d'un manuscrit longtemps ignoré

Seuss what pet should I getIl y a six ans exactement, nous avons annoncé (Actualités littéraires aux États-Unis) la parution le 15 juillet du second livre de Harper Lee Go Set a Watchman. Ce qui a fait l'objet d'un très grand battage médiatique allant bien au-delà des cercles littéraires et lui a valu d'aller droit au sommet de la liste des meilleures ventes, ce avant même d'être publié. Quinze jours plus tard  a vu un deuxième évènement littéraire majeur, la parution chez Random House de What Pet  Should I Get ? écrit par un emblème de l'Amérique, l’auteur et illustrateur de livres pour enfants Dr Seuss, de son vrai nom Theodor Seuss Geisel (1904-1991).

SEUSS stampSEUSS 2

 

Les deux auteurs ont connu un immense succès. Le premier livre de Lee, To Kill a Mockingbird, édité pour la première fois en 1960, a été traduit en français et dans de nombreuses autres langues; Watchman a paru chez Grasset en octobre 2015 sous le titre de Va et poste une sentinelle. Les oeuvres de Dr Seuss se sont vendues à 600 millions d'exemplaires [1] (en incluant les titres français comme Les Oeufs au Jambon, Poisson Un / Poisson Deux /Poisson Rouge / Poisson Bleu et Le Chat Chapeauté). Néanmoins, tous les deux sont sans doute moins bien connus en dehors des États-Unis qu'ils ne le sont des lecteurs américains.

Ce qui donne l'opportunité de juxtaposer et de comparer brièvement ces deux récentes parutions.

Ce que ces livres ont en commun ce n'est pas seulement la proximité des dates de parution, mais également l'historique de deux manuscrits écrits il y a des dizaines d'années (Watchman en 1960 et What Pet Should I Get? entre 1958 et 1962) et qui n'ont été découverts en 2015. La veuve de Seuss avait mis la main sur le manuscrit de To Get a Pet peu après son décès, mais l'avait laissé de côté et il n'a été redécouvert qu'il y a deux ans.

Pour les écrivains en herbe, ce devrait être une source d'encouragement d'apprendre que Watchman, dit avoir été écrit avant To Kill a Mockingbird, s'est vu refusé d'édition et qu'il en a été de même pour le premier livre de Seuss And to Think that I saw it on Mulberry Street, refusé par pas moins que 29 éditeurs !

Certes, Dr Seuss écrivait pour des jeunes enfants, des lecteurs très différents de ceux de Harper mais, il faut rappeller qu'une partie du succès de Harper Lee tient au fait que To Kill a Mockingbird a été un manuel scolaire imposé à des générations d'écoliers aux États-Unis.

Les livres de Dr Seuss occupent également une place importante dans l'histoire de l'enseignement aux E.U. On leur attribue le mérite d'avoir changé les habitudes de lecture de millions d'enfants américains et d'avoir fait de la lecture un apprentissage divertissant.

Comme une critique le dit (en vers) :

Dr. Seuss helped us learn how to read,
Boomers, X-ers and millennials all.
He made up new words — like “lightninged” and “nerd,”
And also made reading a ball!

Un film a été tiré de To Kill a Mockingbird avec, en premier rôle, Gregory Peck.

Quatre livres de Seuss ont fait l'objet d'une adaptation cinématographique plusieurs années après leur première parution :

How the Grinch Stole Christmas (2000)

The Cat in the Hat (2003)

Horton Hears a Who! (2008)

The Lorax (2012)

Random House a doublé le premier tirage de What Pet Should I Get ? Des 500.000 exemplaires prévus, ils sont passés au million, tellement la demande était grande.

Le livre a fait la Une de La Critique littéraire du New-York Times, ce qui dit bien l'importance accordée à tout nouveau livre écrit par Dr Seuss, décédé maintenant il y a 30 ans. [2] [3]

Mais malgré l'importance attribuée à cette dernière publication d'un livre de Seuss, il n'a génère autant de bruit que le précédent grand évènement de la scène littéraire simplement parce que What Pet Should I Get ? sera déjà le 47e livre de Dr Seuss. [4] 

Seuss Make up mind

image de What Pet Should I Get? 

Le 25 avril l'édition Ulysses Press a publié la version francaise – Je veux une p’tite bete

Jonathan G.  

[1] comparé aux livres Harry Potter vendus à 450 millions d'exemplaires.

[2] Trois autres livres ont été publiés à titre posthume

[3] Harper Lee, âgée de 89 ans, vit de façon retirée et, selon certains comptes rendus, souffre d'amnésie. Il n'a donc pas été possible d'éclaircir le brouillard de mystère ou de toutes théories de conspiration qui entourent la pause dans sa carrière de 55 ans avant que Watchman ne fasse surface de façon aussi théâtrale.

[4] dont 44 ont été illustrés en personne par Dr Seuss.

video-clip 2:15 minutes

 

Lectures supplémentaires :

 "The Paris Book" de Marian Parry  et  "Stoner" de John Williams

Dr. Seuss Book: Yes, They Found It in a Box
The New York Times, July 21, 2015

Reading Aloud to My Daughter, From Prison
The New York Times, July 7, 2015

What Pet Should I get? Dr. Seuss's Previously Unseen Illustrated Wink at the Paradox of Choice and the Fear of Missing Out
Brain Pickings

Mayhem – le mot anglais du mois

Court 1Un article que j’ai rédigé sous le titre « L'influence coloniale sur les différents acteurs d'un procès californien »[1] a paru sur ce blog le 19/06/2012. Dans cet article, j’ai offert mon point de vue personnel comme interprète français-anglais dans un litige entre Cherif, un plaignant sénégalais et Sylvie, une camerounaise, devant un tribunal de Los Angeles.

MayhemCette semaine, j’ai fonctionné comme interprète pour le compte d’une jeune femme marocaine, Vivienne, dont la santé mentale était remise en question. J’ai demandé à son avocat ce qui lui était reproché, et il m’a répondu : “Mayhem”. Je savais que ce mot “mayhem” signifie « désordre, grabuge, baroufle. » Dictionary.com, par exemple, précise que mayhem est “a state of rowdy disorder”. Lexico.com, le dictionnaire en ligne de l'Oxford University Press, donne la définition suivante: “Violent or extreme disorder; chaos.” Quant à moi, je me souvenais de l’expression “rioting and mayhem” de mes études de droit, il y a de nombreuses années. J'ai donc immédiatement supposé que Vivienne était porusuivie pour avoir créé une émeute. Mais son avocat m'a corrigé : en réalité, elle avait donné un coup de poing à son mari dans son mauvais œil, où il avait récemment subi une opération. J'ai été surpris d'entendre mayhem être utilisé dans ce sens, mais je me suis rappelé que dans un autre article que j'avais écrit pour ce blog le 09.01.2019 avec Jean Leclercq, nous avions expliqué: « Juridiquement parlant, mayhem désigne l'affreux crime de mutilation volontaire défigurant autrui à jamais. Le verbe anglais to maim (« mutiler » en francais.) a la même origine. Le sens de défiguration est apparu en anglais au 15ème siècle.  [2] 

Par la suite, au 19ème siècle, le mot en est venu à désigner tout comportement violent. De nos jours, on peut utiliser le terme mayhem pour toute situation de chaos ou de désordres, comme dans « there was mayhem in the streets during the citywide blackout.» [3]

D’après Wikipedia, « le ‘mayhem’ est une infraction pénale de common law consistant à mutiler intentionnellement une autre personne. En vertu du droit de l'Angleterre et du Pays de Galles et d'autres juridictions de common law, il s'agissait à l'origine de l'ablation intentionnelle et gratuite d'une partie du corps susceptible de handicaper la capacité d'une personne à se défendre au combat. Selon la définition stricte de la common law, il fallait initialement endommager un œil ou un membre, tandis que couper une oreille ou un nez n'était pas considéré comme suffisamment handicapant. Au cours des nombreuses années qui ont suivi, le sens de ce crime s'est élargi pour englober tout type de mutilation, de défiguration ou d'acte invalidant effectué à l'aide d'un instrument quelconque. En Angleterre et au Pays de Galles, le terme est tombé en désuétude. En 1992, la Commission juridique (Law Commission) a recommandé son abolition et, en 1998, le ministère de l'Intérieur (Home Office) a proposé de l'abolir, dans le cadre de la codification du droit relatif aux infractions contre la personne. À l'époque moderne, l'infraction de mutilation a été remplacée dans de nombreuses juridictions par des infractions telles que les coups et blessures aggravés ou les lésions corporelles graves." [4]

Aux États-Unis, toutefois, le crime de mayhem est toujours réprimé par la loi. Le code pénal de Californie, par exemple, dispose (Section 203, Chapter 2, Title 8) :

Every person who unlawfully and maliciously deprives a human being of a member of his body, or disables, disfigures, or renders it useless, or cuts or disables the tongue, or puts out an eye, or slits the nose, ear, or lip, is guilty of mayhem.” (Traduction libre : « Toute personne qui prive illégalement et malicieusement un être humain d'un membre de son corps, ou le rend infirme, défiguré ou rend ce membre inutilisable, ou coupe ou rend infirme la langue, ou arrache un œil, ou fend le nez, l'oreille ou la lèvre, est coupable de mayhem. »)

Aux États-Unis, le mayhem est un crime dans tous les États et juridictions, y compris au niveau fédéral. Dans les États de Californie, du Vermont et de l'Oklahoma, il est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement à vie. Dans les autres États où des lois définissant le mayhem sont en vigueur, la peine maximale est généralement de 10 à 20 ans, et des peines d'emprisonnement minimales obligatoires peuvent également s'appliquer, selon les lois de l'État. En cas de circonstance aggravante, comme dans le cas où l’acte a entraîné une invalidité ou une défiguration permanente, la peine est généralement beaucoup plus sévère et peut même aller jusqu'à l'emprisonnement à vie.

Je me suis demandé si Vivienne avait intentionnellement utilisé son poing pour frapper son mari dans son mauvais œil, comme un joueur de tennis qui envoie habilement une balle du côté du terrain où l'adversaire est le plus vulnérable. Si elle avait frappé son mari dans le bon œil, aurait-elle été accusée de mayhem ? Peut-être aurait-elle été simplement accusée d'avoir causé des lésions corporelles.

Vivienne m'a semblé très petite et docile, pas vraiment le physique et le tempérament d’un boxeur [5]. Si le tribunal devait décider qu'elle est incapable d'avoir commis un crime en raison de son état mental, ce serait peut-être une bonne occasion de republier "Bedlam : retour à l'asile". [6] 

Pour en revenir à mayhem au sens de trouble de l'ordre public, nous offrons ci-dessous un  glossaire bilingue des mots similaires.

JG2 Jonathan G.

Traduction : Joëlle Vuille, notre linguiste du mois d'avril 2021.

[1]      https://bit.ly/3BnB0cZ

[2] Mais voir Etymonline.com : "circa 1300, maimen, "disable by wounding or mutilation, injure seriously, damage, destroy, castrate," from Old French mahaignier "to injure, wound, muitilate, cripple, disarm," a word of uncertain origin, possibly from Vulgar Latin *mahanare (source also of Provençal mayanhar, Italian magagnare), of unknown origin; or possibly from a Germanic source, from Proto-Germanic *mait- (source of Old Norse meiða "to hurt," related to mad (adj.)), or from PIE root *mai- (1) "to cut").  Voir aussi fr.Wictionary.org : meshaignier 1. mutiler, esropier, blesser, meurtrir,  rendre impotent de quelque membre.)

[3]      https://www.le-mot-juste-en-anglais.com/2019/01/shambles-mayhem-bedlam-.html%20

[4] Traduction libre depuis la page wikipedia « Mayhem (crime) » en anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Mayhem_(crime)

[5]      Alors que les Jeux olympiques de 2021  sont sur le point de débuter, il n'est pas inutile de rappeler que les premières traces de règles de boxe remontent à la Grèce antique, où la boxe a été établie comme jeu olympique en 688 avant J.-C. La boxe a évolué à partir des combats de boxe des XVIe et XVIIIe siècles, principalement en Grande-Bretagne, pour devenir le précurseur de la boxe moderne au milieu du XIXe siècle, avec l'introduction en 1867 des règles du Marquis de Queensberry.

[6]     Bedlam : retour a l'asile  

agitation

agitation, troubles

arson, incendiarism, torching, setting fire

incendie volontaire ou criminel, torche

anarchy

anarchie

assault 

attentat

attack, onslaught

attaque

battery

coups et blessures

beating 

affrontements

bedlam

chahut

brawl, fight, scuffle

rixe, empoignade

burglarizing, burglary

cambriolage

clashes, confrontations

affrontements

clubbing

frapper à coups de massue,
matraquer

commotion, din, uproar

fracas, tapage

crimes

crimes

defacement

défiguration

disarray, disorder

désordres

destruction

destruction

disturbance, turmoil

chambardement,

tapage

fighting

combat, bagarre

fire-bombs

bombes incendiaires

fires

incendies

free-for-all mêlée générale

hooligan, yob, thug

vandale, voyou

free-for-all

pagaille, rixe,

mêlée, bagarre

injuries

blessures

lawlessness, disorder

anarchie

loot

butin

looting, pillaging,
sacking, trashing

pillage, saccage

marauding

marauder, être en maraude

mayhem 

désordre, grabuge, baroufle

mêlée

mêlée, melee

mob

foule, populace

mugging

agression

pandemonium

tohubohu, charivari

plunder

pillage

pyromania

pyromanie

ravaging, sacking

saccage

ruination, wrecking

ruine

riots, rioting

émeutes, bagarres

robbery

brigandage, braquage

rowdiness, rumpus, racket

chahut

ruckus, scrap, spat

grabuge

shambles

pagaille

shooting

fusillade,
coups de feu

smash and grab

cambriolage

smashing

bris

unrest

agitation, troubles,
embrasement

uproar, tumult

tumulte

vandalism

vandalisme

violence

violence

De différents modes de transport pour le 14 juillet

Les mots anglais du mois – stagecoach, state coach et tumbrel

Initialement, le mot anglais coach (coche)  signifiait un grand véhicule attelé, hippomobile  fermé. [1] Tiré par un attelage d'au moins deux chevaux, il était conduit par un cocher (coachman), assisté d'un ou de plusieurs postillons.. À l'intérieur, il était généralement équipé de deux banquettes se faisant face (front and back seat), tandis que le cocher trônait sur un siège surélevé situé à l'avant (box seat or coach seat). Le coche servait au transport des personnes, principalement sous la forme de transport en commun (sa capacité étant de six à huit places). Le terme coach est apparu au 15e siècle et s'est ensuite répandu dans toute l'Europe.[2]  Variante nautique : le coche d'eau, ancêtre du Bateau-Mouche, qui transportait les voyageurs sur les cours d'eau.

La mouche du cocheOn se souvient de La mouche du coche qui débute ainsi :

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un Coche….

 

Stagecoach 

L'Oxford Dictionaries définit le mot anglais stagecoach (diligence) comme « A large closed horse-drawn vehicle formerly used to carry passengers and often mail along a regular route between two places. » Les stages (étapes) sous-entendues dans le mot stagecoach  étaient ce que nous appelons aujourd'hui des stops (arrêts).

Stagecoach

State coach

Le mot stagecoach doit être distingué de state coach, voiture utilisée pour des fonctions régaliennes et plus particulièrement associée à la famille royale britannique. La plus célèbre est le Diamond Jubilee State Coach, carrosse attelé à six chevaux, utilisé à l'occasion du Jubilé de diamant de la Reine Elizabeth, célébré en 2012, marquant le 60e anniversaire de son accession au trône, le 6 février 1952. Il est fait de certains des matériaux les plus historiques du pays – éclats de la Pierre du Destin (ou Pierre du Couronnement), bois du 10 Downing Street (Résidence du Premier Ministre), éléments de la Mary Rose, navire de guerre d'Henri VII, et fragments du pommier historique de Sir Issac Newton [3].  

State Coach 2      Diamond Jubilee State Coach

En France, où l'on ne possède pas de tels véhicules d'apparat, on parlera de la « voiture présidentielle » (décapotable ou berline – désormais préférée pour des raisons de sécurité) dont les présidents de la République se servent aux grandes occasions.

Tumbrel

Trump Paris

Trump à Paris, le 14 juillet
Peter Brookes, The Times

À l'époque de la Révolution française, les condamnés étaient conduits, comme l'est aujourd'hui la Reine Elizabeth, aux frais de l'État – bien que dans des conditions nettement moins confortables. Lorsqu'on les menait à la guillotine, c'était dans une charrette qu'on connaît en anglais sous le nom de tumbrel (ou tumbril), véhicule à deux roues conçu pour être tiré par un seul cheval ou bœuf. À l'origine, le tumbrel était utilisé dans l'agriculture, notamment pour transporter du fumier. On rapporte que, chassé par la révolution de 1830, le dernier roi de France, Charles X, aurait déclaré qu'il préférait « monter en voiture qu'en charrette » !

Etymologie 

Le mot anglais tumbrel vient du vieux français tomberel (qui a donné tombereau en français moderne), dérivant du verbe tomber, laisser choir.

Quel que soit le moyen de transport que vous choisirez, chers lecteurs, pour vous déplacer dans la région parisienne  demain,  le 14 juillet, nous vous conseillons d'éviter de vous servir de votre âne, car cela peut bloquer la circulation, comme le révèle le cliché ci-dessous.

 
  Donkey

J’ai plus de points…donc plus de permis…
Mais je dois aller travailler
DÉSOLÉ POUR LE DÉRANGEMENT

Jean Leclercq & Jonathan Goldberg

[1] Dans le sens d'entraîneur, le mot coach a vu le jour à l'université d'Oxford en 1830 où, dans l'argot universitaire de l'époque, il désignait un moniteur qui «transporte» l'étudiant à travers les épreuves de l'examen. En 1861, le terme s'est étendu au domaine des sports. (ETYMONLINE.COM)
C'est ainsi que s'explique l'emploi du mot coach pour désigner à la fois un véhicule et un entraîneur. Depuis une dizaine d'années, le mot a fait florès en français, s'appliquant d'abord aux sports, puis aux domaines les plus divers dès lors qu'il s'agit de diriger telle ou telle activité humaine. Il détrône ainsi le terme de cornac qui a d'abord désigné le préposé aux soins et à la conduite des éléphants, puis s'est étendu à quiconque guide et conseille (cicérone, mentor, etc.). On connaît désormais des coaches en tous genres, telle cette Sandrine, «coach certifiée en développement personnel et professionnel» 

[2] Voiture posée sur quatre roues, qui est en forme de carrosse, à la réserve qu'il est plus grand et qu'il n'est point suspendu.
(Dictionnaire de Furetière, 1690)

[3] La découverte de la théorie de gravité est une des prouesses scientifiques dont les Anglais sont très fiers.  La légende raconte qu’un beau jour, le physicien anglais Isaac Newton (1642-1727) était assis au pied d’un pommier. La chute d’un fruit l’a fait réfléchir. Pourquoi tombe-t-il au sol plutôt que de s’envoler vers le ciel ? Ça semble évident, mais c’est loin de l’être ! Pour que la pomme tombe vers le bas, elle doit être attirée par une force. Cette force, la gravité, était encore inconnue avant que Newton n’élabore la loi de la gravitation universelle. 

Newton, la pomme et la physique
La gravitation universelle
Buzzons.ca
08/05/2014

Le Pommier de Newton