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Malentendus,
faute d’avoir utilisé « le mot juste »

Les tragiques événements qui viennent d'endeuiller la France et de bouleverser l'opinion publique mondiale, ont été à l'origine de quelques malentendus linguistiques que l'Independent a relevés dans son édition du 24 mars 2012.

Le grand quotidien britannique mentionne qu'une dépêche datée de jeudi dernier à Toulouse est rédigée en ces termes: “Authorities insisted no attempts had yet been made to seize Mohamed Merah, 23, believed to be the 'scooter assassin'  who murdered seven people in eight days.” Phrase visiblement traduite du français dans laquelle on a confondu « murderer » et « assassin ». En anglais, les deux mots n'ont pas le même sens. On réserve le terme « assassin » au meurtrier qui tue une personnalité célèbre pour un motif public. Ainsi, Booth fut l' « assassin » du président Lincoln.


Lincoln assassination

En anglais, Mehra ne méritait donc pas le qualificatif d'« assassin ». Notons bien que le droit pénal français distingue lui aussi  l'assassin (celui qui a tué avec préméditation ou guet-apens) du meurtrier (qui a tué sans préméditation).

Toujours dans la même veine, la légende d'une photo diffusée la veille (donc mercredi) par l'Agence France-Presse, offre un autre exemple de malentendu. Elle est ainsi libellée: "Soldiers stand guard in the subway in Toulouse after the third gun attack in a week." Le traducteur, souhaitant sans doute montrer sa maîtrise de l'anglais américain, a utilisé le mot « subway », là où le lecteur anglais se serait attendu à lire le mot « underground », le mot « subway » désignant pour lui un passage souterrain. En fait, il eut été plus juste d'employer tout simplement le mot métro qui est internationalement compris et utilisé, notamment dans des villes aussi anglophones que Tyneside, Toronto ou Washington D.C. Parler de « subway » pour Toulouse n'est pas très malin, puisque les grandes villes du monde entier ont un métro, sauf Londres qui a un « underground » et  New York » qui a un « subway »!

 

     Subway
Jean Leclercq

Voir aussi nos articles précèdents : 

Humour, dites-vous ? Lost in translation.

Underground : l'usage en anglais et français

Fred Vargas –
réponse de la traductrice à une critique

 

 Fred Vargas - Un certain lieu bookcover                                   Fred Vargas

                                                                                   Fred Vargas

livre de Fred Vargas An Uncertain Place traduit en anglais par Sian Reynolds 

 

Nous avons récemment publié sur ce blog une critique sur la traduction de Professeur Siân Reynolds du livre susmentionné, une critique que Nicole Dufresne, Senior Lecturer Emeritus   (ancienne professeure), Département de français et des études francophones, à la université de Californie, Los Angeles, a bien voulu rédiger pour notre blog.

Dufresne                             Sian Reynolds

Prof. Nicole Dufresne                  Prof. Siân Reynolds

Ceux parmi nos lecteurs qui ne sont pas parvenu à lire la critique peuvent le faire à ce lien.

Nous avons également invité la traductrice, elle-même académicienne (prof a L’école de langues, cultures et religions à The University of Stirling, en Écosse) de répondre à la critique. Voici sa réponse, largement positive. 

Reponse de Siân Reynolds à Nicole Dufresne :

First of all, it’s very rewarding to have such close attention paid to a translation. Most reviewers don’t read French, and even if they do, are unlikely to compare the translation with the French original. And Professor Dufresne has been both kindly and critical, which gives us plenty to talk about. Perhaps I could just make a couple of general points inspired by her essay, before looking briefly at some particular points she raised.

            Title and publishers. As she says, this Vargas novel is the only one to have an English title translated literally from the French. Translators do not generally, in my experience, get to have the last word on titles – that is usually seized by the marketing department. Oddly enough, I suggested a slightly different title for An uncertain place,  because inside the novel, I have translated the place in question as ‘the place of uncertainty’:  in context,  ‘an uncertain place’ didn’t work. (I can’t say more, not to spoil the plot). The marketing department preferred the direct translation and I can live with that. There is sometimes a tug of war. One Vargas novel is now entitled This Night’s Foul Work (taken from a line of verse in the text, in extremis). I’m not wild about the final title, but my editor and I, with Fred’s support, had to fight off the title The Third Virgin,which none of us liked.
READ CONTINUATION OF ARTICLE.

After reading the entire article, please return here to read Professor Dufresne's response:

Merci à Siân Reynolds d’avoir pris le temps de répondre à mon commentaire.  J’ai beaucoup apprécié ses précisions sur les complexités de rédaction et de publication d’un texte traduit. Les difficultés que doit poser la traduction d’un roman de Fred Vargas me semblent quasiment insurmontables et j’ai la plus grande estime pour le travail de Siân. 

Pour reprendre quelques détails : en ce qui concerne les  jurons, il me semble que le lecteur de polars s’attend à des termes assez verts et que le français et l’anglais contiennent chacun des correspondances truculentes, car dans le cas de l’argot, on ne peut être littéral. Néanmoins, s’agissant de la traduction de « bol de café » par « bowl of coffee », je me permettrais de maintenir la discussion.  Nous sommes d’accord qu’en français, on peut dire bol de café pour signifier la grande tasse sans anses du petit-déjeuner où l’on va tremper ses tartines. En anglais (en tout cas en anglais américain), il est courant de dire « bowl of soup », « bowl of chili », même « bowl of ice cream », mais pour le café  « bowl » n’est pas coutumier, on dit « cup »  (large or small), ou « mug ». Les amateurs de latte ne le boivent pas dans un « bowl »! D’ailleurs, dans les « coffee shops », on sert très souvent le café dans une tasse en polystyrène sans anses.  On pourrait donc dire qu’Adamsberg utilise tout simplement « a cup » pour son café, même si le terme ne correspond pas littéralement à bol. Ici, c’est le mot associé à la pratique culturelle qui prime – l’équivalence semble donc nécessaire. Ceci dit, il ne s’agit que d’un infime détail dans une experte traduction.

Nicole Dufresne, Los Angeles, mars 2012

Les mots valises anglais de la semaine –
redshirting, hyperparenting et parent-helicoptering

Redshirting est un terme hérité du sport universitaire américain. Dans un tel contexte, c'est faire durer la participation d'un étudiant à un programme sportif, de manière à allonger la période pendant laquelle il pourra jouer en équipe. Un étudiant peut, par exemple, étaler ses études universitaires sur 5 ou 6 ans (au lieu des quatre ans du cycle normal), afin de parvenir à de meilleurs résultats tout en continuant à jouer dans l'équipe de son université. Le terme est utilisé comme verbe (to redshirt), substantif (redshirting) et adjectif (redshirt).   

Redshirting 1Selon le Webster's Third New International Dictionary, Unabridged, le terme redshirt vient du jersey rouge [1] couramment porté par un tel joueur dans les mêlées d'entraînement contre des joueurs ordinaires. 

  

Redshirting 2Le terme est maintenant utilisé pour désigner la pratique consistant à retarder d'un an la scolarisation d'un enfant de cinq ans, pour qu'il soit ensuite parmi les plus âgés de la classe et non parmi les plus jeunes.

  

Ces derniers temps, l'un des sujets de 60 Minutes, l'émission à succès de la télé américaine, a été consacré aux arguments pour et contre cette pratique.  

 

The Redshirting Debate Continues
The New York Times, 26 septembre 2011

Kindergarten Redshirting: Smart Strategy or Educational Quackery?
HUFFPOST Education, 7 mars 2012

Kindergarten Redshirting: The Complicated World of Holding Preschoolers Back
Fatherly, February 27, 2020

 ——————-

Les parents qui retardent ainsi la scolarisation de leurs enfants peuvent être taxés d'“hyperparenting” (ou d'“over-parenting”), le fait d'entourer les enfants de soins excessifs ou obsessifs, en les surprotégeant.

TIME

10 ways to avoid hyperparenting
SuperNanny.com

Une expression synonyme d'hyperparenting est parent helicoptering (héliportage parental), le fait des parents-hélicoptères. 

Helicopter-parent

Si cette expression ne s'est répandue qu'au cours des dix dernières années, le livre à succès « Between Parent and Child », publié il y a plus de quarante ans, lançait l'idée des hovering parents (parents-ventouses).  

Deux des livres écrits depuis que le terme s'est répandu sont:

Over-scheduled Child

The Over-scheduled Child:
Avoiding the Hyper-Parenting Trap,

by Rozenfeld, Wise and Coles, St. Martin’s Griffin, 2001

Hyper-parenting - book

Under Pressure:
Rescuing Childhood from the Culture of Hyper-Parenting
,
by Carl Honoré, HarperOne, 2009 (reprint)

En mai 2012, les éditions Thomas Nelson publieront un livre : Momaholic : Crazy Confessions of a Helicopter Parent, rédigé par Dana Higley.

Momaholic

Moins connue, l'expression lawnmower parents désigne les parents qui s'efforcent d'aplanir tous les obstacles devant leurs enfants.  

Traditionnellement, les directeurs d'écoles, les moniteurs de sports et les administrateurs d'université ont été les victimes des parents-hélicoptères, mais une enquête citée dans Diversity Executive, intitulée : “How to Tactfully Deal with ‘Helicopter Parents’ [Comment gérer avec tact le problème des parents-hélicoptères], révèle que la tendance s'étend maintenant au monde du travail, où les parents pressent les gestionnaires d'engager leurs enfants.

Un autre article sur le sujet  explique que les parents qui ont investi beaucoup d'argent dans les études de leurs enfants veulent un « retour sur investissement ».

Parent helicoptering

L'un des facteurs auxquels on peut imputer le parent helicoptering (l'héliportage parental) est le téléphone portable, que le Professeur R. Mullendore, de l'Université de Géorgie, qualifie de « plus long cordon ombilical du monde ».  

 Le New York Times a publié un article sur les camps d'enfants intitulé : "Dear Parents: Please Relax, It’s Just Camp" (« Chers parents, détendez-vous, ce n'est qu'un camp »)

 

Parents camp

——————————

[1] Le mot jersey était un mot couramment utilisé en anglais britannique dans le sens de sweater, et cela depuis le XVIe siècle. Aujourd'hui, à ma connaissance, jersey a été largement remplacé par jumper et, dans une moindre mesure, par sweater, tandis que ce dernier est utilisé exclusivement aux États-Unis, du moins pour autant que j'en sache. Toutefois, jersey continue à être utilisé aux États-Unis dans le sens de maillot de sport.    

Football jersey

J.Goldberg 

Obama se sert du sport pour enrichir le vocabulaire de Cameron

Lorsque le Président Barak Obama a rencontré le Premier Ministre David Cameron à Londres, en mai 2011, les deux dirigeants ont joué avec des jeunes au tennis de table (comme on dit en anglais britannique) ou au ping-pong (l'onomatopée en usage aux États-Unis). Mais, lorsqu'ils se sont affrontés, c'est, semble-t-il, Obama qui a perdu.  

 

Obama_cameron_pingpong

C'est peut-être pour qu'Obama améliore son jeu que Cameron lui a offert une table de ping-pong à l'occasion de la la visite qu'il lui rend actuellement à Washington.

Entre deux réunions au sommet, le Président a emmené le Premier Ministre à bord d'Air Force One, pour regarder une rencontre de basketball entre deux équipes du Championnat de l'Association nationale d'athlétisme universitaire.    

Obama-Cameron-take-in-NCAA-gameObama cartoon

Hots dogs et Coke,
tout en commentant le basketball

Afghanistan. N'est-ce pas le
moment
de siffler la fin du jeu ? [1]
(Andy Davey – The Sun)

Comme, en Grande-Bretagne, le basketball n'est pas aussi connu que le cricket ou le football, Obama a expliqué le jeu à son hôte et l'a initié à certains termes.

 

Le lendemain, lors d'une conférence de presse commune, tenue dans la roseraie de la Maison Blanche, le Président a prédit qu'à son retour à Londres, le Premier Ministre déciderait peut-être d'installer un panier de basketball au 10 Downing Street.

Hoop
   panier

Cameron a répondu : “Merci à tous pour les leçons d'hier soir. Je vais quitter l'Amérique en ayant enrichi mon vocabulaire: ‘ally-oops’, ‘brackets’, ‘fastbreak’ et, après tout, qui sait si un panier ne sera pas installé à Downing Street. ”

À l'intention de ceux de nos lecteurs qui voudraient hisser leur vocabulaire du basketball au niveau de celui du Premier Ministre britannique, nous allons expliquer ces termes.

alley-oop” – un jeu offensif par lequel un joueur lance le ballon à un de ses équipiers placé près du panier, lequel saute, cueille le ballon au vol et marque immédiatement.

“brackets” -  un diagramme qui permet aux amateurs de basketball de prévoir la progression des équipes universitaires vers les finales de la saison. (On appelle cette période la « Folie de mars », en raison de l'enthousiasme avec lequel les amateurs suivent les résultats des différentes équipes). 

(bracketeering – le remplissage du diagramme de prévision des vainqueurs; bracketology – l'art des bonnes prévisions)

Brackets

fastbreak – une action fulgurante pour tirer dans son panier aussi tôt que possible après s'être saisi du ballon, ce qui se produit souvent après que l'adversaire ait tiré dans son panier.

Si, à l'avenir, le Président Obama a l'occasion d'apprendre des termes de cricket, nous ne manquerons pas d'en informer nos lecteurs.

J.G. traduit par J.L.

 

[1] M. Jeffrey Hill, dont le blog est www.EnglishBlog.com, a expliqué à ses lecteurs  l'humour de la légende "Isn't it time for the final whistle?". L'explication, qu'il nous a obligeamment permis de publier, est la suivante: 
 
 
Le caricaturiste joue sur les deux sens de l'expression « final whistle ». C'est, d'abord, le coup de sifflet de l'arbitre qui marque la fin d'un match, mais c'est aussi, au sens figuré, le signal de la fin d'un événement ou d'une activité. Ainsi, le Guardian a récemment titré : « Final whistle yet to blow on Greek default
 ». Ici, Cameron dit à son partenaire que le moment est peut-être venu de mettre fin à l'engagement des forces américaines et britanniques en Afghanistan. En fait, l'état d'épuisement des deux joueurs est celui des forces armées des deux pays, dans cette guerre qu'on ne peut désormais gagner. 

 

il y a 200 ans…

À l’occasion du bicentenaire de la guerre de 1812 entre les États-Unis et la Grande- Bretagne (qui a éclaté le 18 juin 1812) nous publierons un article sur les aspects politiques et linguistiques de cet événement.

Néanmoins, pour tenir nos lecteurs au courant des allusions que les dirigeants actuels de ces deux puissances ont faites à cette guerre, au cours de la  visite du Premier Ministre britannique à Washington, nous voulons citer quelques-uns des propos qu'ils ont échangés sur la pelouse de la Maison Blanche, lors d'une conférence de presse.

C’est le Président Obama qui a rappelé l’incendie de Washington par les troupes britanniques, au cours duquel la Maison Blanche et plusieurs autres édifices gouvernementaux ont brulé (un épisode de la guerre qui, en fait, a eu lieu en 1814) :


 

Obama : “It’s been 200 years since the British came here to the White House under somewhat different circumstances. They made quite an impression. They really lit up the place. But we moved on.”

Cameron : “I am a little embarrassed as I stand here to think that 200 years ago my ancestors tried to burn this place down. Now looking around me I can see you’ve got the place a little better defended today. You’re clearly not taking any risks with the Brits this time.”

Quelle “meilleure” langue apprendre ?

Extrait de la revue INTELLIGENT LIFE, mars/avril 2012

Intelligent life

« INTELLIGENT LIFE » est un nouveau bimensuel publié par la revue britannique The Economist 

    


RLGreeneL'auteur de l'article, Robert Lane Greene,
You are what you speak (Robert Lane Greene)

est un linguiste américain.    
Il a écrit « You Are What you Speak".  

Rappelons-nous que les propos de Greene s'adressent à des lecteurs anglophones.

L’article de Greene, traduit d'anglais par Jean Leclercq, est publié avec la permission de la rédaction d’INTELLIGENT LIFE. (L'article originel en anglais.)

Pour ceux qui aiment les langues, la réalité n'est guère réjouissante. Les anglophones ne les apprennent tout simplement plus. En Grande-Bretagne, malgré quatre décennies dans l'Union européenne, le nombre d'épreuves de français ou d'allemand au baccalauréat a diminué de moitié au cours des 20 dernières années, tandis que la faveur grandissante dont jouissait l'espagnol est retombée. En Amérique, les chiffres sont tout aussi navrants. L'un des dessous des attaques du 11 septembre a été le manque d'arabophones qui auraient pu traduire les renseignements dont disposait la CIA. Mais, dix ans après, les campagnes pour le « tout anglais » flattent mieux le patriotisme américain que celles qui tendent à promouvoir l'étude des langues, comme si la langue la plus populaire de l'histoire universelle se trouvait menacée.

Pourquoi apprendre une langue étrangère? Après tout, celle que vous parlez si vous lisez cette revue est la plus utile et la plus importante du monde. En effet, l'anglais est non seulement la première langue des pays anglophones, il est aussi la deuxième langue de tous les autres: un touriste japonais en Suède, ou un Turc atterrissant en Espagne s'exprimera presque toujours en anglais.

Des raisons impérieuses n'en demeurent pas moins d'apprendre d'autres langues, et cela d'un point de vue intellectuel, économique et pratique. D'abord, apprendre une langue étrangère aide à mieux connaître toutes les langues – beaucoup d'anglophones ont fait connaissance avec le « participe passé », non pas au cours d'anglais, mais en apprenant le français. Ensuite, il y a l'élargissement du champ culturel. La meilleure littérature se lit toujours dans la langue originale.

La poésie et le chant pâtissent tout particulièrement de la traduction, et apprendre une autre langue aide à mieux cerner un autre mode de pensée. S'il est très exagéré et mal compris de croire que des locuteurs de langues différentes pensent différemment, il y a beaucoup à apprendre en découvrant ce que les différentes cultures appellent ceci, cela ou das oder.

Les raisons pratiques sont tout aussi contraignantes. Dans les affaires, si l'autre partie connaît votre langue, et si vous ne connaissez pas la sienne, elle en sait presque sûrement   plus sur vous et votre entreprise que vous n'en savez sur elle et la leur – une mauvaise posture pour négocier. En Chine, beaucoup d'investisseurs ont pris des décisions fatalement stupides au sujet d'entreprises qu'ils ne parvenaient pas à comprendre.

Alors, quelle langue vos enfants ou vous-même devez apprendre? En jetant un coup d'œil aux publicités new yorkaises ou aux options du baccalauréat en Grande-Bretagne, une réponse semble jaillir spontanément: le mandarin. L'économie chinoise continue de croître à un rythme qui la fera dépasser l'économie américaine dans  deux décennies tout au plus. Le poids politique de la Chine s'accroît en conséquence. Ses hommes d'affaires achètent à tout-va, des marques américaines aux minerais africains en passant par des droits de prospection pétrolifère russes. Si la Chine est le pays de l'avenir, le chinois est-il la langue de demain?

Probablement pas. Rappelez-vous de la montée en puissance du Japon. Aussi spectaculaire que celle de la Chine, bien qu'à une moindre échelle, la croissance économique du Japon a incité bien des gens à croire que ce pays dominerait le monde. Ce fut la deuxième économie mondiale pendant des décennies (avant de rétrograder récemment en troisième position, derrière la Chine). Le japonais est-il pour autant la troisième langue la plus utile du monde? Il en est même loin. S'il vous fallait apprendre dix langues, choisies par ordre d'utilité générale, le japonais n'en serait probablement pas. Et la principale entrave à l'essor du japonais est aussi celle qui bridera le chinois.

Cet obstacle tient à l'écriture chinoise (que le japonais a adoptée et adaptée il y a plusieurs siècles). L'élève doit savoir au moins trois à quatre mille caractère pour déchiffrer le chinois écrit et des milliers d'autres pour l'appréhender véritablement. Le chinois, avec ses tons, n'est pas facile à parler, mais le gigantesque effort de mémoire à consentir pour le maîtriser est encore plus redoutable. Il dissuadera la plupart des étrangers – et même de plus en plus de Chinois – de maîtriser le système.

Selon une étude récente dont le Quotidien du Peuple a fait état, 84% des enquêtés admettent que la possession du chinois est en baisse. Si ce genre de doléances est courant un peu partout, un élément supplémentaire s'y ajoute en Chine. De moins en moins de sinophones tracent les caractères selon les règles de la calligraphie traditionnelle. Comme nous, ils écrivent leur langue avec l'ordinateur. Mais, mieux encore, ils utilisent l'alphabet romain pour produire des caractères chinois: tapez wo et le logiciel d'appui linguistique chinois vous offre un choix de caractères qui se prononcent wo. Il ne reste qu'à choisir celui qu'on désire. (Ou encore, l'utilisateur tape: wo shi zhongguoren, « Je suis Chinois », et le logiciel décèle le sens et choisit les bons caractères.) N'ayant plus besoin de se rappeler les caractères à tout bout de champs, les Chinois les oublient. Un sinologue, David Moser, se souvient avoir demandé à trois étudiants chinois de l'Université de Pékin comment on écrit « sneeze ». À sa surprise, tous les trois eurent un haussement d'épaules embarrassé. Aucun ne pouvait tracer le caractère correctement. Et pourtant, l'Université de Pékin est généralement considérée comme le « Harvard chinois ». Imaginez trois doctorants d'anglais à Harvard qui aient oublié comment s'écrit « sneeze »? Pourtant, cet état de choses n'est pas rare en Chine.

Tant que la Chine conservera son système idéographique – ce qui durera encore longtemps, par attachement culturel mais aussi pour des raisons pratiques – le chinois a très peu de chances de devenir une véritable langue mondiale ou même une langue véhiculaire comme l'anglais, la langue dans laquelle un chimiste brésilien publiera des articles en espérant qu'ils seront lus en Finlande et au Canada. Bien sûr, si vous vous intéressez à la Chine, pour vos affaires ou vos loisirs, apprenez le chinois. C'est fascinant  et possible – même si l'essai en ligne de Moser, « Pourquoi le chinois est si bougrement dur », peut décourager le pusillanime et celui qui n'a pas le temps.      

Mais, si l'on me demandait quelle est la langue étrangère la plus utile, sans me fournir d'autres paramètres (où? dans quel but?), ma réponse serait le français. Quoique vous pensiez de la France, le français est beaucoup moins limité que beaucoup de gens l'imaginent.

À mesure que leur ex-empire s'est délité et qu'ils sont devenus une puissance moyenne, après la seconde guerre mondiale, les Français, dans l'espoir de se distancier de l'Amérique et de tirer le meilleur parti de leurs anciennes possessions, ont constitué la Francophonie. Ce cercle, réunissant tous les pays qui ont en commun la langue française, compte 56 membres, près d'un tiers des pays du monde. Il n'en est guère où le français soit la langue natale de toute la population. Il s'agit plutôt de minorités francophones (Suisse, Belgique); de pays où le français est la langue officielle et celle largement parlée par les élites (une bonne part de l'Afrique de l'Ouest); d'autres où sans être la langue officielle, le français est encore parlé par presque tous les gens instruits (Maroc, Liban); et d'autres encore où des liens subsistent avec la France malgré la disparition de la langue (Vietnam, Cambodge). La Francophonie compte des membres dont les liens avec la France et le français sont assez ténus, comme l'Égypte, mais qui veulent simplement s'associer au prestige du monde francophone. Dix-neuf autres pays y ont le statut d'observateurs.

Le français n'est qu'en 16ème place sur la liste des langues en fonction du nombre de locuteurs de langue maternelle. Mais, devant lui, se trouvent des langues comme le télougou ou le javanais que nul ne qualifierait de langues mondiales. L'hindi ne réunit même pas toute l'Inde. Dans les 15 premiers figurent l'arabe, l'espagnol et le portugais, grandes langues à coup sûr, mais géographiquement concentrées. Si vous vous intéressez au Moyen-Orient ou à l'Islam, mettez-vous à l'arabe. Si c'est l'Amérique latine qui vous passionne, apprenez le portugais ou l'espagnol. Ou les deux; l'étude de l'un facilitant assez bien celle de l'autre.

Si vos intérêts s'étendent au monde, et si vous avez lu le présent article jusqu'ici, vous connaissez déjà la langue mondialement la plus utile. Mais, si vous recherchez une autre langue à vocation vraiment mondiale, les candidates sont étonnamment peu nombreuses et, pour moi, le français est incontestablement en tête de liste.  Vous pourrez ainsi mieux goûter les arts, l'histoire, la littérature et la gastronomie, tout en acquérant un outil important dans les affaires et dans la diplomatie. Il est la langue maternelle de locuteurs de toutes les régions de la terre. N'oublions pas non plus que la mère patrie, la France, attire plus de touristes qu'aucun autre pays – 76,8 millions en 2010, selon l'Organisation mondiale du Tourisme, loin devant l'Amérique avec 59,7 millions. Toute visite en France se trouve grandement facilitée par une certaine connaissance de la langue. Les Français sont rien de moins qu'accueillants dès lors que vous manifestez du respect à leur égard et envers leur pays, et la froideur qu'il leur arrive de témoigner  à leurs hôtes, fond dès que ceux-ci articulent leur première phrase entièrement composée. Aussi, s'il existe d'autres grandes langues en ce monde, n'en oubliez pas une qui est facile, courante, avec bien moins de mots que l'anglais et qui est presque certainement enseignée dans votre ville. Avec le français, vous ne regretterez rien.[1]     

Video clip : You are what you speak – Robert Lane Greene


[1]    En français dans le texte de source.

Commentaire  de la plume de Jean Leclercq :

C'était, à l'aéroport de Madrid-Barajas, au retour d'une longue randonnée pédestre en Espagne. Limités à un seul bagage par passager, nous avions fait un gros paquet de nos cannes de marche et de quelques objets encombrants. Normalement, nous aurions dû acquitter un supplément. Je pris alors mon meilleur accent castillan pour exposer la chose au guichet d'enregistrement. L'employée eut un grand sourire et me fit signe que cela ne nous coûterait rien. En m'éloignant, je dis à l'ami nord-américain qui nous accompagnait: « Vous qui prétendez sauver le monde, pourquoi n'étudiez-vous pas les langues étrangères ? ». Il eut un haussement d'épaules qui trahissait son impuissance. Pourtant, la connaissance, même superficielle, de la langue du pays peut vous faciliter grandement la tâche. C'est même un véritable « sésame ouvre-toi » dans tous les pays. J'ai souvent vu le visage d'un Turc s'illuminer parce que je lui avait dit « merci » ou « au revoir » dans sa langue. À la belle époque du Raj, les fonctionnaires anglais que l'on envoyait en Inde devaient apprendre une des grandes langues du pays (hindi, ourdou, tamoul, selon la région d'affectation). Qui sait si ce n'est pas pour cela que le Raj a duré si longtemps? Autant dire que le plaidoyer d'Alan Greene en faveur des langues étrangères vient à point nommé compléter l'article de Michael Erard, paru dernièrement.C'est une étude très intéressante à laquelle je voudrais simplement ajouter une petite précision. Si la Chine répugne à romaniser son écriture, ce n'est pas tant par attachement culturel. Les idéogrammes sont les mêmes dans tout le pays, si bien que tous les locuteurs les comprennent quelle que soit leur parlure particulière. Que l'on s'exprime en mandarin, en cantonnais ou en shangaïen, tout le monde s'entend sur les mêmes caractères. Romaniser aboutirait à imposer le mandarin partout. C'est la raison pour laquelle les idéogrammes auront probablement la vie dure et que les lettrés continuent à les utiliser, au Vietnam et en Corée.  

 

New York – Paris (SUITE)

En décembre 2011, nous avions publié un article  intitulé : “Paris versus New York” dans lequel nous signalions la parution récente d'un livre éponyme de Vahram Muratyan, contenant, en juxtaposition, des graphismes des deux villes.


Muratyan-1


Nous indiquions aussi que nous avions pris contact avec Éric Tenin, propriétaire du blogue Paris Daily Photo (lien), qui publie une photo de Paris tous les jours, pour lui demander la permission de reproduire certaines de ses œuvres.

EricTenin-4 

Coucher de soleil sur Paris

EricTenin-2

          Pont Mirabeau                              

Aujourd'hui, nous voudrions signaler à nos lecteurs une époustouflante vidéo sur le même thème, intitulée : « Splitscreen, A Love Story ». Cette œuvre de James Griffith, a été entièrement tournée avec deux portables Nokia N8. Elle a gagné la Nokia Shorts Competition 2011. 

Nokia N8Nokia N8

 

 

En visionnant la vidéo, le lecteur devra bien ouvrir les yeux! En effet, les vues de Paris et de New York sont si bien appariées tout au long du film qu'on a l'impression d'une seule ville, alors qu'il s'agit en fait d'images juxtaposées des deux métropoles.

Pour visionner les autres vidéos finalistes u concours Nokia, cliquer sur Nokia Shorts 2011.

Le lauréat a eu l'amabilité de nous adresser un message: « J'espère que les lecteurs du Mot juste aimeront Splitscreen et que cela leur rappellera des souvenirs de Paris et de New York. » 

 

J.G. & J.L.



 

appel aux lecteurs

Europe flagsNous cherchons parmi nos lecteurs quelqu’un qui soit prêt à écrire un  essai sur le rôle de l’anglais dans les pays de l'Union Européenne. Nous pouvons fournir des éléments pertinents.

Gopnik
Nous sommes également en quête d'un(e) linguiste chevronné(e) qui veuille bien rédiger une analyse  du livre The Table Comes First: Family, France, and the Meaning of Food par Adam Gopnik, en  l'assortissant d'un commentaire. Dans ce cas aussi, nous pouvons fournir des éléments (en anglais) de nature à aider le collaborateur ou la collaboratrice. 

Henri's walk to Paris
En outre,  nous invitons nos lecteurs a soumettre une analyse du livre Henri Walks to Paris" (48 pages), par Leonore Klein, illustrations par Saul Bass. Ecrit en anglais, le livre vient de reparaitre après une pause de 50 ans. On ne sait pas si une traduction francaise existe.  

 

Si l'un des ces projets (ou plus d'un) vous intéresse(nt), écrivez-nous, en joignant un c.v. sommaire (sauf dans le cas où vouz avez deja contribue au blog).


Dans les deux cas le travail de l’auteur sera dûment crédité, et nous donnerons, le cas échéant, le lien de son site ou de son blog.
Notre adresse mail est Le.mot.juste.en.anglais@gmail.com

L’Amérique a découvert l’Europe

New-York-Times-Logo-(3)
 10 décembre 2010

Avec l’aide d’éditeurs indépendants, et avec l’appui d’institutions et d’organismes culturels du Vieux Monde, la littérature européenne réussit enfin à percer aux Etats-Unis, pays qui, traditionnellement, a toujours tourné le dos aux traductions.

Si l’on en juge par le succès retentissant de Millenium, la trilogie de Stieg Larsson, quand on parle de traduction de littérature contemporaine, les Américains sont au moins disposés à lire des romans policiers scandinaves. En revanche, pour ce qui est des œuvres d’autres régions, et dans d’autres genres, il est toujours aussi ardu de susciter l’intérêt des grandes maisons d’édition et des lecteurs aux Etats-Unis.

Parmi les institutions culturelles et les éditeurs européens, l’aversion traditionnelle des Américains pour la littérature traduite est surnommée “le problème des 3 %”. Mais aujourd’hui, espérant accroître la part minuscule qu’ils représentent sur le marché américain – environ 3 % – , les fondations et les gouvernements étrangers, surtout ceux qui se trouvent aux marches de l’Europe, ont décidé de prendre l’affaire en mains et de se lancer dans la mêlée de l’édition aux Etats-Unis.

L'une des clés de l'existence culturelle des pays européens

Cette campagne ne se limite plus à des langues courantes comme le français et l’allemand. De la Roumanie à la Catalogne et l’Islande, les institutions et les organismes culturels subventionnent la publication de livres en anglais, soutiennent la formation de traducteurs, encouragent leurs auteurs à partir en tournée aux Etats-Unis. Ils se soumettent désormais aux techniques commerciales et promotionnelles américaines qu’ils avaient peut-être ignorées jusque-là, et s’efforcent d’exploiter les niches existantes dans le secteur de l’édition.

Nous en avons fait un objectif stratégique, nous nous sommes engagés à long terme à percer sur le marché américain", déclare Corina Suteu, chef de la branche new-yorkaise de l’EUNIC, le réseau européen des instituts culturels nationaux, également directrice de l’Institut culturel roumain. "Grands ou petits, la littérature sera toujours l’une des clés de l’existence culturelle des pays d’Europe et, nous le savons, il n’y a que de cette façon que nous parviendrons à imposer la présence de cette littérature aux Etats-Unis.

La littérature slovène publiée dans l'Illinois

Ainsi, Dalkey Archive Press,petite maison d’édition de l’Illinois qui, depuis plus de 25 ans, est spécialisée dans les œuvres traduites, a entamé cette année une collection de littérature slovène avec l’appui d’organismes officiels en Slovénie. Le premier ouvrage de la collection, Necropolis, de Boris Pahor, est un formidable recueil de souvenirs des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, que l’on a comparé aux plus belles pages d’Elie Wiesel et Primo Levi.

Dalkey est également sur le point de lancer des collections de même type en hébreu et en catalan, et sur la littérature suisse. A chaque fois, un institut de financement du pays de départ subventionne la publication, et participe à la promotion et à la commercialisation aux Etats-Unis, un effort qui peut représenter jusqu’à 10 000 dollars ou plus par livre.

Leurs budgets étant chiches, et ayant un accès encore plus limité aux grands médias, les organismes culturels étrangers en sont venus à considérer le Web comme un allié dans la promotion de leurs produits. Open Letter, la maison d’édition littéraire de l’Université de Rochester, a fondé un site au nom ironique de Three Percent (Trois pour cent) qui se spécialise dans la traduction. Il s’est transformé en un forum animé où l’on peut non seulement débattre et analyser les œuvres, mais aussi s’interroger sur l’art de la traduction.

Un autre site, Words Without Borders (Mots sans frontières), lancé en 2003, publie en ligne des ouvrages traduits et permet en outre aux traducteurs de présenter des échantillons de leur travail dans l’espoir d’attirer des éditeurs commerciaux.

Même Amazon.com se met à la traduction

Même le gargantua de la vente de livre, Amazon.com, est entré dans l’arène avec AmazonCrossing, une nouvelle variante réservée à la littérature traduite. Le premier livre proposé, The King of Kahel (Le roi de Kahel), roman du Guinéen Tierno Monénembo publié à l’origine en français, est sorti en novembre. Cinq autres titres sont annoncés, tous de la fiction sauf un.

Si certains éditeurs indépendants saluent le soutien et l’intérêt croissant d’Amazon pour la littérature traduite, d’autres s’en méfient. En octobre dernier, Dennis Loy Johnson, de Melville House, s’en est pris à ce qu’il appelle “les pratiques de prédateur et de voyou” d’Amazon, ajoutant qu’il était “évident pour nous que les intérêts d’Amazon sont à l’opposé de ceux d’une culture du livre saine, électronique ou non.

Les organismes culturels nationaux comme l’Institut Ramon Llull, qui a pour vocation de faire connaître la langue et la culture catalane, ont également contribué à financer des conférences et des livres sur la traduction, tandis que d’autres subventionnent les voyages de traducteurs américains dans leurs pays afin qu’ils apprennent à mieux connaître leur culture et leur peuple.

“Ils savent bien qu’il y a peu de soutien à attendre ici pour ce genre d’œuvre, et que ce soutien ne peut venir que de l’extérieur, et non du secteur de l’édition, explique Esther Allen, ancienne directrice du Fonds de traduction PEN. Les grandes maisons d’édition restent fermement convaincues que le consommateur américain de livres ne veut pas lire de traductions.”

Traduit de l'anglais par:

   Presseurop