
Jonathan pose des questions à Patricia Lane, choisie comme traductrice du mois de mars 2012 par ce blog.
Patricia est membre de Communication et Entreprise (ex UJJEF), de IABC (International Association of Business Communicators et de la SFT (Société française des traducteurs).
Elle partage son temps entre Paris et la Savoie, trimbale la plupart du temps son Nikon à l’épaule gauche et est passionnée de mots, de livres, de photographie et d’animaux.
On la trouve sur son site web Franco-American Quill et sur son blog intercultural Zone.
Parlez-nous un peu de votre enfance
Patricia : Les cartons et les valises ont toujours fait partie du paysage! Je suis née à Saigon et ai partagé ma jeune enfance entre le Vietnam et le Cambodge avant de déménager à New York après un séjour en France. Mes parents, Français, étaient devenus citoyens américains ; je suis née avec la double nationalité et ai grandi bilingue. Pendant des décennies, j’ai partagé mon temps entre Manhattan et la famille en France.
Où avez-vous étudié à New York ? Quel était votre environnement culturel ?
Patricia : A la maison, je fus élevée à la française (d’ailleurs, le livre de Pascal Baudry “Français et Américains : L’Autre Rive” décrit merveilleusement bien la différence dans la manière dont mères françaises et mères américaines élèvent leurs gosses !). Avec ma mère, nous parlions en français ou en anglais en essayant d’éviter de baragouiner en “franglais”. Ma mère avait été traductrice et interprète pendant la Deuxième Guerre mondiale et voyait d’un très mauvais œil ce type de paresse linguistique. Au Lycée français de New York, j’ai reçu une éducation française, mes congénères venant du monde entier. Déjà à l’époque, l’interculturel me semblait couler de source. Mon contexte (mot favori des traducteurs !) ? La Grosse Pomme et la culture populaire américaine.
Quid de votre parcours universitaire ?
Patricia : Après avoir passé mon bac, j’hésitais entre poursuivre mes études en France ou aux US. J’optai pour les US, sans me rendre compte que j’allais être confrontée à mon premier vrai choc culturel. Les divergences culturelles, je le réaliserais plus tard, mènent aux différences flagrantes de ces systèmes éducatifs. Il fallait que je m’y adapte, et ce ne fut pas facile. J’ai trouvé particulièrement ardu d’avoir à participer en cours au point de remettre en question le prof et d’apprendre à structurer mes écrits selon un format américain ainsi que de développer un style rédactionnel fluide et percutant en anglais. Heureusement, je n’étais pas seule à galérer, car Wellesley College et New York University ont une forte proportion d’étudiants étrangers !
Après avoir décroché mon BA et MA en sciences politiques, j’ai déménagé à Hawai’i en 1989 pour poursuivre mes études de doctorat à l’Université de Hawai’i/Manoa en tant que boursière travaillant à l’East-West Center.
Qu’étudiez-vous à l’Université de Hawai’i?
Patricia : A UH, j’ai poursuivi mes travaux sur le Sud-Est asiatique, et en particulier les pays de l’ancienne Indochine. En a découlé un sujet de thèse sur la période 1940-45 dans le Théâtre chinois et son impact sur le Vietnam. En parallèle, je travaillais à l’EWC sur la mise en place de programmes d’échanges universitaires et scientifiques et de projets de développement avec les anciens pays de l’Indochine pour les aider à renaître après des décennies de guerre.
J’ai réappris le vietnamien, ses six tons et diphtongues m’étant déjà familiers. Et je suis retournée vivre et travailler au Vietnam, d’abord à Hanoi, ensuite à Saigon, avec l’autorisation du ministère du Trésor américain puisqu’il n’y avait toujours pas de relations diplomatiques entre les deux pays.
Où vivez-vous maintenant ? Quel est votre métier ?
Patricia : J’avais passé près d’un an en France pour mes recherches de thèse. En 1995, j’ai décidé de m’y installer, voulant savoir si vivre et travailler à plein temps dans ma culture “d’origine” me plairait (même si j’admets que j’ai encore du mal à identifier quelle est cette culture d’origine !) Pendant 4 ans, j’ai été directrice du développement européen d’une agence internationale d’architecture, ce qui m’a donné une riche expérience dans bon nombre de cultures professionnelles européennes (ce qui s’avérait fichtrement utile plus tard !) J’avais déjà exercé en tant que professionnelle indépendante à New York ; inévitablement, le virus entrepreneurial revint et je me suis mise à mon compte fin 2001. Je porte deux casquettes : conceptrice-rédactrice en anglais et traductrice du français vers l’anglais ainsi que consultante formatrice en management et communication interculturels. Je m’éclate dans ce que je fais et apprécie travailler la main dans la main avec mes clients afin que leurs messages soient parfaitement ciblés, culturellement adaptés et capables de traverser les frontières.
Dites-nous quelques mots sur votre profil interculturel
Patricia : Dès le plus jeune âge et au fil des années, nous tenons tous certaines choses pour acquises. Par exemple, ce verre de liquide blanc que nos parents nous donnent à boire, cela s’appelle du lait. Mais nous n’y pensons pas, nous ne le remettons pas en question, c’est familier et ne capte pas notre attention. Je ne m’étais jamais posé de questions sur ma composition culturelle, ni même demandé si j’en avais une. De temps à autre, je remarquais que je pouvais réagir un peu différemment de mes amis américains face à certaines choses ou que parfois je ne pigeais pas ce à quoi ma famille française faisait référence.
C’est à l’East-West Center, avec Richard Brislin et d’autres, que j’ai commencé à travailler sur les questions d’interculturalité. Et la lumière fut ! Cela m’a pris du temps, petit bout par petit bout, pour disséquer l’influence de mes trois cultures – française, américaine et vietnamienne – sur mes valeurs, mes croyances, mes perceptions et ainsi de suite. Cette exploration très personnelle, associée à d’abondantes lectures (Hofstede, Geertz, Trompenaars et Hall par exemple) fut la pierre angulaire du travail sur l’interculturel que je fais maintenant avec mes clients.
J’animais, il y a quelques années, un atelier de communication interculturelle et j’ai participé avec les stagiaires à une évaluation CultureActive. C’était amusant de voir que j’étais le petit point pile au milieu du diagramme, l’influence de mes cultures en équilibre. J’y suis bien dans mes baskets !