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Une grande aventure bilingue, vécue des deux côtés del’Atlantique

La bienvenue à Martine Besseteaux, notre nouvelle collaboratrice invitée

 

Martine

1-  Mon expérience américaine

Amoureuse, je suis arrivée aux USA car mon mari est américain. Donc, la grande aventure d’apprendre l’anglais en totale immersion a commencé.  Apprendre une langue, c’est apprendre une autre culture et se construire une identité avec des repères anglophones. Toute une aventure, pleine de découvertes ! Car, apprendre une langue, ce n’est pas seulement mémoriser des mots et des phrases, c’est aussi saisir l’essence d’une culture, l’histoire des gens communicant dans cette langue.

Vivant dans le New Jersey et travaillant à Manhattan, c’était un environnement riche pour faire l’expérience du melting-pot américain. Aux USA, tous les Américains ont une mémoire d’immigrant.  Il y a une culture et une économie de l’immigration, car le pays s’est construit sur l’immigration.  Cela m’a permis de comprendre ce qu’est l’immigration et comment on intègre une nouvelle culture. J’ai pu profiter des privilèges d’une double culture.


Abréviations anglaises :

Contractions en usage sur la Toile

 

  All the bestAsleep-at-keyboard Are_You_Sure
                                   asleep at the keyboard

Abréviation

Expression complète

Explication en français

AAK

Asleep at the keyboard

Endormi devant l'écran

ACU

All completely useless

Totalement inutile

AFAIAA As far as I am aware Autant que je sache,
à ma connaissance

AFAICT

As far as I can tell

Autant que je puisse déterminer

AFAICR

As far as I can remember

Autant qu'il m'en souvienne

ADAIU

As far as I understand

D'après ce que je comprends

AKA

Also known as

Également connu comme

ASAT

As simple as that

Aussi simple que cela

ASAYGT

As soon as you get this

Dès réception de ceci

ATB

All the best

Amicalement

ATM

At the moment

Pour l'instant

ANYWI

Any way you want it

Vous le voulez à tout prix

AYEC

At your earliest convenience

Dès que vous le pourrez

AYS?

Are you sure? /

Are you serious?

Êtes-vous certain?

Sans blague?

NEI

Not enough information

Pas assez d'informations

TMI

Too much information

Trop d'informatio

  Are you seriousEarliest convenienceToo-much-information

Les Américains sont-ils vraiement monolingues?

L'article suivant etait redigé par Michael ERARD, l'auteur de Babel No More,  et traduit par Jean Leclercq, avec la permission de l’auteur.

 

Babel No More - book cover

Michael_erard 

 

 

 

Michael Erard,
                                journaliste, écrivain, linguiste

Babel No More : The Search for the World's Most Extraoridinary Language Learners, a paru en janvier 2012.  (Maison d’édition : Free Press). Il est disponible aussi en Kindle.

————–

Les Américains sont-ils vraiment monolingues?

Par Michael ERARD

L'article suivant a paru dans le Sunday Review du journal "The New York Times". Un lien au texte originel est fourni en bas.

Les Américains s'entendent souvent dire que, dans un monde planétarisé, leur monolinguisme paresseux les défavorise. « Pendant trop longtemps, les Américains se sont attendus que d'autres parlent leur langue, » a déclaré le Secrétaire à l'Éducation, Arne Duncan, lors du Sommet des langues étrangères de 2010. «  Mais, nous ne pourrons continuer ainsi dans un monde de plus en plus complexe et interconnecté. »


Robert Killingsworth – traducteur du mois de février 2012

 

  Killingsworth photo

  

Robert Killingsworth, traducteur financier, travaillant uniquement du français vers l’anglais, est interviewé par votre blogueur, Jonathan Goldberg (lui-même traducteur professionnel français-anglais). Robert est né à New York. Il vit en  Californie depuis 1994, et habite actuellement à Oakland.

 

English version:

 

Photo  prise à l’entrée de la Rue du Cardinal Lemoine, Paris (5e), là où Robert a loué un appartement, sans savoir que James Joyce y avait écrit « Ulysse ». et qu'Ernest Hemingway avait vécu en face.  (Voir en bas l’image de la plaque dédiée à Joyce, posée sur la clôture de l'immeuble).

English version

 

Jonathan : Vous êtes né aux États-Unis. Où et quand avez-vous appris le français ?

Robert : Dans le secondaire, j’ai fait quatre ans d’apprentissage du français. Des années plus tard, je me suis rendu compte que j’avais appris là tout ce dont j’avais besoin en grammaire et encore. (Je n’ai jamais eu besoin de traduire le plus-que-parfait du subjonctif !) Mais, à l’oral, ce n’était pas brillant. Je n’ai été capable de pratiquer le français à un niveau correct qu’après ma sortie de l’université, alors que je me trouvais au Sénégal, ancienne colonie française, comme volontaire du Corps de la Paix. J’ai oublié le peu de wolof que j’y avais appris, mais le français est resté.

 

Jonathan : Comment êtes-vous devenu traducteur ?

Robert : Par hasard, et assez tard dans ma vie. En 1990, ma femme s’est vue offrir une affectation de deux ans à Paris. C’était lune trop belle occasion qu'il ne fallait pas  laisser passer! J’ai abandonné mon emploi salarié, nous avons déménagé en France avec nos deux filles, alors toutes jeunes, et je suis resté à la maison pour m’occuper d’elles. Je suis devenu « homme au foyer ».

Après quelques mois, j’ai commencé à chercher à m’occuper sur le plan  professionnel, pendant que les filles étaient à l’école. J’avais un ordinateur, je savais bien me servir du clavier, et je connaissais bien le logiciel MS Word. Une relation avait ouvert un cabinet de traduction à Paris, et j'ai eu l'audace de penser que je pouvais traduire du français vers l’anglais. J’ai demandé à faire un  essai; et c’est ainsi que j’ai commencé, à 35 centimes (de franc, à cette époque) le mot. J’étais généraliste alors, je traduisais tout ce que l’on me donnait.

 

Jonathan : Quelles sont vos spécialisations ?

Robert : Je n’en ai qu’une seule : la finance (ou plutôt « le financier », avec ses composantes bancaires, juridiques, comptables, etc.). Au bout de six mois, je me suis rendu compte que je pouvais me spécialiser dans le domaine de ma «  vie antérieure ». J’avais un diplôme universitaire en sciences économiques et une accréditation professionnelle en analyse financière comme CFA (Chartered Financial Analyst). J’avais encore beaucoup à apprendre en technique bancaire, en droit, en comptabilité et autres matières connexes, mais j’étais bien mieux placé que d’autres pour me mettre au courant.

 

Jonathan : Préférez-vous traduire ou interpréter ? 

Robert : Je ne fais pas du tout d’interprétariat. Je n’en serais pas du tout capable, et cela ne me convient pas. S’il y a une chose que j’aime dans le métier de traducteur, c’est de ne pas avoir à sortir de chez soi pour l’exercer !

 

Jonathan : Quels sont vos clients ?

Robert : Actuellement je n’en ai que deux. Ce sont de petites agences de traduction parisiennes, pour qui je travaille depuis 15 ans. Mon marché est en Europe, pas en Amérique du Nord. Je suis très content de ne PAS travailler pour des clients directs. Au vu des neuf heures de décalage horaire, je n’ai pas du tout envie d’être debout en même temps que les Parisiens ; je suis très heureux de passer par un intermédiaire.

 

Jonathan : Utilisez-vous des logiciels d’aide à la traduction (TAO) ? 

Robert : Oui, pour chaque traduction. J’ai tellement l’habitude de travailler avec un logiciel de mémoire de traduction, qu’il me serait difficile maintenant de m’en passer. Pour la traduction, j’utilise depuis neuf ans le même logiciel de TAO. Pour faire de l’alignement de textes et produire des bi-textes, j’utilise un autre logiciel. J’ai l’intention, au cours des prochains mois, d'apprendre à maîtriser un des nouveaux logiciels qui permettent de bien exécuter ces deux tâches. J’ai acheté ce nouveau logiciel il y a plusieurs mois, mais je n’ai pas encore trouvé le temps de me familiariser avec lui.

 

Jonathan : Quel est pour vous le plus grand défi de la traduction de textes financiers ?

Robert : Je répondrai, sans hésitation : trouver la bonne terminologie !.Trouver les termes appropriés et les utiliser à bon escient. C’est aussi, de mon point de vue, la description de la tâche du traducteur spécialisé, quel que soit son domaine.

 

Les plus grandes difficultés de la terminologie financière concernent souvent des termes et des mots d’usage courant. Prenons, par exemple, le mot consolidation, avec une acception comptable. Ce mot est utilisé aussi bien en français qu’en anglais, très souvent avec le même sens, mais il y a pourtant une différence clé dans ce que ce mot est supposé vouloir dire en France. Dans ce cas particulier, je n’ai aucun moyen de donner l’équivalent en anglais en moins de huit mots, ce qui est problématique car, justement dans ce cas particulier, une erreur de traduction entraînerait une grossière erreur de compréhension.

 

Le terme « franchissement de seuil[s de détention] », qui est courant dans les questions de lois et de réglementation concernant les valeurs mobilières, pose aussi un véritable défi de traduction. Dans ce cas, le terme équivalent en anglais est “notification of major holdings” qui, du point de vue sémantique, n’a pas beaucoup de rapport avec son homologue français. De fait, il ne s’agit pas stricto sensu d’une traduction, mais c’est pourtant là le terme que le traducteur devra utiliser dans presque tous les cas faisant référence au sujet en question. Dans les deux langues, le terme est un raccourci utilisé dans un contexte d’une obligation de divulgation d’information financière, mais, selon la langue, on met en valeur un point différent de ladite obligation.

 

Jonathan : Très intéressant. Merci infiniment, Robert.

Robert : Je vous en prie.

– réponses traduites par Danièle Heinen

James Joyce plaque

                   Photo: Douce France (Conall Hamil)

 

Commentaire sur la traduction anglaise de “Un lieu incertain” de Fred Vargas

   

       Fred Vargas - Un certain lieu bookcover                 Fred vargas - portrait 1                              

                        livre de Fred Vargas

                          Sian Reynolds

                       traduit en anglais par Siân Reynolds

An Uncertain Place

 


                Dufresne

Critique de la plume de Nicole Dufresne, Senior Lecturer Emeritus   (ancienne professeure),
Department of French and Francophone
Studies, University of California, Los Angeles

 Rédigé spécialement pour Le-mot-juste-en-anglais.com

 

Les “contes policiers” de Fred Vargas semblent captiver deux sortes de lecteurs. Ceux qui sont friands de crimes insolites,  d’intrigues pulpeuses truffées de loups garous,  d’êtres malveillants, et de mystères moyenâgeux –  car n’oublions pas que l’auteur est spécialiste en archéologie médiéviste – et ceux qui raffolent tout simplement de son style. Car, si brutaux et odieux soient-ils,  les crimes n’éclipsent pas  les mots. Au delà de l’argot traditionnel des flics et des truands,  la langue de Vargas raconte le quotidien des policiers de la Brigade criminelle parisienne – l’esprit méandreux du commissaire Adamsberg, le « Rompol » de la série, l’érudit commandant Danglard, ainsi que les autres flics avec leurs travers et leurs penchants.

 

Dans Un lieu incertain des meurtres sanguinaires nous ramènent au XVIIIe siècle et à des règlements de comptes entre deux familles de vampires.  Les romans de vampires étant très prisés, cette intrigue pourrait suffire pour attirer un large public.  Pourtant, c’est bien le style de l’auteur, son humour, sa manière de camper les personnages et de les faire parler qui font que l’on tourne les pages avec plaisir. La traduction de Siân Reynolds, An Uncertain Place,  rend hommage à la finesse évocatrice des descriptions  de Vargas. La version anglaise se lit elle aussi avec grande satisfaction.  Il faut noter que Reynolds a enseigné à l’université de Stirling en Ecosse et qu’elle a traduit des œuvres de Fernand Braudel avant de se concentrer sur les romans policiers.

 

Ce commentaire voudrait suivre la traduction des registres de langue et des équivalences utilisées pour l’interprétation du culturel. Un des attraits du roman est qu’il expose des flics bien parisiens à des langues – l’anglais, l’allemand et le serbe – qu’ils ne comprennent pas , ce qui apporte au lecteur une bonne dose d’humour. Langues et cultures se croisent partout créant ainsi des « lieux incertains » pour les personnages.

 

Ce polar ne s’ouvre pas sur la découverte d’un crime comme le dicterait la convention, mais sur une scène toute domestique – Le commissaire Adamsberg  repasse ses chemises dans sa cuisine en préparation à un voyage à Londres. Le Directeur de la Brigade criminelle nous est présenté comme un flic casanier et nous comprenons tout de suite que la conférence londonienne est une corvée, d’autant plus qu’il ne parle pas un mot d’anglais. Vargas utilise généralement le mot « flic » qui  évoque familièrement l’agent de police en argot « classique ». Ainsi, la conférence ressemblera  une centaine de flics haut de gamme…des flics et rien d’autre (7), ce qui fait sourire le lecteur français – l’expression « haut de gamme » étant réservée aux produits de  luxe. Reynolds choisit  d’abord de préciser qu’il s’agit de police forces  et de  top brass , avant d’utiliser le mot « cop » (1), une traduction correcte, mais qui ne peut rendre le jeu de mots.  Il est dommage que « rien d’autre » ne soit pas traduit car cela impliquait le rabaissement moqueur du « produit flic haut de gamme ».

 

Tout au long du roman, Reynolds choisit judicieusement de garder les grades des policiers en français —Commissaire, Commandant, Brigadier, Lieutenant  pour rappeler au lecteur anglophone qu’il se trouve en culture policière française. Les policiers aux noms superbement évocateurs pour le lecteur francophone– Mordent (celui qui mord), Lamarre (celui qui en a marre), Danglard (l’inversion de glandeur, celui qui perd son temps) perdent malheureusement leur ironie en anglais.

En Angleterre. nos flics, à l’exception de Danglard l’anglophile (prononcé Denglarde par les Anglais), ont un rapport conflictuel avec la culture de Scotland Yard. Le texte français prend alors des tournures anglaises : Sale histoire. Faites votre job, Radstock, allez voir ça (19), tandis que l’anglais britannique de Reynolds insiste sur le côté « old school » si bien que l’on pourrait croire qu’il s’agit en fait de l’original : Nasty business. Go on Radstock, old chap, it’s your department (19).  De plus, Vargas infuse la conversation de mots anglais : Let down, il est bourré, Denglarde (20), rendant ainsi littéralement l’expression française « Laissez tomber ».  La traduction de Reynolds rectifie en Leave it, Donglarde, he’s been seeing things (160) et interprète astucieusement l’état d’ivresse ( bourré ) en vision fantastique.   Par ailleurs, la prononciation de l’anglais reste un mystère pour Adamsberg – le cimetière Highgate devient dans sa bouche « Higegatte » en français , ce qui donne en traduction « Higg-Gate ». L’intérêt d’Adamsberg  pour ce pays si étranger se limite en fait à savoir si la Tamise avait la même odeur de linge moisi que la Seine (7).  Whether The Thames smelt of damp washing the way the Seine did (1). Cependant, damp washing  n’évoque pas l’odeur nauséabonde  « musty – moldy » de l’adjectif « moisi » et cette nuance est perdue.

 

Un des grands problèmes de traduction du français familier est de trouver un équivalent au tutoiement.  Généralement, le traducteur s’efforcera de compenser la perte du « tu » par un lexique et des tournures plus idiomatiques dans le texte d’arrivée. Dans Un lieu incertain, le tutoiement opère à plusieurs niveaux de familiarité dont je donnerai trois exemples. D’abord, entre les flics, il indique la camaraderie professionnelle et cela se complique lorsque l’interlocuteur est une femme, dans ce cas le lieutenant Violette Retancourt : Avec Retancourt, Adamsberg alternait sans y penser le tutoiement et le vouvoiement (49).  Il faut noter que cette réflexion sur la langue se situe au moment même où Adamsberg arrive sur la scène d’un crime abominable, servant ainsi d’écran à la violence.  Pour la traductrice, cette mention arrive à point : With Retancourt, Adamsberg alternated between « tu » and « vous » without thinking about it (46).  La mention de « tu » et « vous » dans le texte anglais suppose donc que le lecteur anglophone connaît la différence et peut donc l’apprécier without thinking about it.  Passons à mon deuxième exemple dans le premier chapitre. La rencontre d’Adamsberg avec son voisin Lucio, un vétéran de la guerre d’Espagne (l’anglais doit spécifier « the Spanish Civil War ») introduit une humanité tendre dans le roman qui va contraster avec les crimes inhumains qui seront décrits plus tard. Lucio veut qu’Adamsberg l’aide à accoucher sa chatte. (Nous apprendrons à la fin que l’un des chatons sera crucial à l’identification du criminel.) Le tutoiement de longue date entre les deux voisins signifie aussi que c’est le vieux Lucio qui mène la situation, pas le commissaire. Lucio lui donne des instructions pour « l’accouchement »: Et tu ne vas pas t’en foutre, hombre.  Moi je pousse en massant et toi tu extirpes. Gaffe, ne va pas serrer comme une brute quand tu les sors. Un chaton, ça te craque entre les doigts comme un biscuit sec. (9). L’anglais, trop correct et poli, ne permet pas  au lecteur anglophone de discerner la langue rude et imagée de Lucio. : And no way will you not care. I’ll massage her belly, and you can pull them out. And be careful, gently does it. A kitten, you can break it in half like a biscuit if you’re too clumsy (3). Cet adoucissement des termes d’argot se retrouve fréquemment, particulièrement dans la traduction de « je m’en fous », rendu par « I don’t care », plutôt que « I don’t give a damn ». (En fait, il s’agirait d’un choix délibéré de la part de Reynolds, car selon elle, les termes de « slang »  paraissent trop forts dans la traduction.)  Mon troisième exemple se trouve au chapitre XXX quand Adamsberg rencontre celui qu’il croit être le meurtrier.  Le tutoiement dans cette scène se veut l’expression de la peur et de la haine, et la traduction compense la perte du tutoiement en s’appliquant résolument à rendre la violence des insultes que s’adressent les deux hommes. Néanmoins, ailleurs dans le roman traduit, le lecteur ne peut savoir si les personnages se disent « tu » ou « vous ».

 

S’agissant d’expressions idiomatiques, je voudrais mentionner une trouvaille impressionnante qui  démontre la dextérité linguistique de la traductrice. A  la fin de l’épisode de la chatte avec Lucio, quand Adamsberg invoque son départ à Londres, il précise: Mon adjoint se ronge d’inquiétude (10), ce qui est rendu par My deputy is having kittens himself (4), une métaphore géniale où la traduction paraît meilleure que l’original. Néanmoins, le langage du flic  «Français moyen »  s’avère quelquefois difficile à rendre. Prenons, par exemple, le mot « truc » omniprésent dans la conversation familière française. Dans certains cas, cela ne pose pas problème : Un truc est passé sur mon chemin  (12). Something crossed my path (6). Mais,  ailleurs, « truc » indique l’incompréhension d’Adamsberg pour la langue et la culture anglaises : L’idée très britannique d’aller pêcher des trucs dans un lac là-haut, selon Danglard qui comprenait tout et traduisait tout (14). L’anglais se veut plus spécifique : the very British notion of spending his time fishing in some northern loch , according to Danglard who understood everything and translated everything (9) et  ignore donc la double frustration d’Adamsberg vis à vis de l’anglais et de l’intérêt qu’y porte le dandy Danglard. Autre détail, Adamsberg, ce flic si ancré dans ses habitudes françaises, boit du café dans un bol. A plusieurs reprises, le bol de café devient bowl of coffee – le seul contresens que j’ai relevé. Un bol est tout simplement  une grande tasse sans anses utilisée pour le petit déjeuner, un terme un peu désuet, mais qui correspond bien au quotidien petit-bourgeois d’Adamsberg. Pour les Anglais et les Américains le café ne se boit pas dans un « bowl », on dit « mug » ou « cup ».  En francais « bowl » se dit saladier.

 

D’autre part, les ambiguïtés  linguistiques ne sont pas toujours traduisibles.  Ainsi au chapitre XIX, un quiproquo s’installe digne de Ionesco.

— Urgence, commissaire, Il y a Vienne qui vous veut.

–  Qui veut que je vienne, Lamarre ?

— Vienne. (151)

(Il s’agit d’un commissaire de Vienne,  qui désire une vidéoconférence)

–Urgent, commissaire ! Vienna wants to talk to you.

–Who’s Vienna ?

–Vienna, the place. (156)

Evidemment le jeu de mots sur « Vienne – que je vienne » ne pouvant être transposé en anglais, la traductrice se doit donc d’expliciter l’équivoque. Dans le dialogue qui s’ensuit, le Kommissar viennois insiste pour parler français avec Adamsberg : Je sois désolé pour vous, commissaire, j’espère que vous gardez l’enquête en charge, oui ? (152) I am regretful for you, commissaire, and I hope you keep the inquiry, yes ? (157)  On peut se moquer des fautes du Komissar dont le français et l’anglais sont approximatifs (j’imagine qu’il s’agit de traductions littérales de l’allemand), mais cela souligne également le manque de connaissances linguistiques d’Adamsberg qui ne se risquerait jamais à dire une phrase dans une autre langue.

 

A partir du chapitre XXX, l’enquête amène Adamsberg dans un petit village de Serbie pour retrouver les vampires liés aux meurtres.  Alors que le commissaire s’en remet à son traducteur Vladislav pour déchiffrer la langue, l‘histoire de l’affrontement entre deux familles de vampiri est décryptée par  Vargas, l’archéologue, à travers les explications du vieux Serbe Arandjel.  Malgré la complexité de l’intrigue,  la traduction ne pose pas de problèmes.  Et finalement on apprend la signification du titre du roman : le lieu incertain (304) est cet endroit tabou, le cimetière où règne les vampires, a place of uncertainty (322). Le titre en anglais nous donne An Uncertain Place.  Il s’agit, me semble-t-il, du seul roman de Vargas traduit en anglais dont le titre peut calquer l’original.

 

De retour à Paris, il reste à Adamsberg à arrêter le meurtrier, dernier descendant de « la lignée des vampires damnés », à apaiser les débats sur l’existence des vampires  à la Brigade, mais aussi,  d’un point de vue personnel, à retrouver un fils dont il ignorait l’existence.  Il a surtout la satisfaction de récupérer ses repères culturels et d’entendre les mouettes crier en français (381) –  the seagulls mewing in French (407).  Ces mouettes font écho au début du roman où notre Adamsberg , dépaysé, se promenait dans la rue St Johns Mews à Londres en se demandant comment  prononcer quelque chose comme « Mews ». Là, un groupe de mouettes s’était échappé en criant en anglais (13). A flock of seagulls had flown up in the air, calling (mewing indeed) in English (9). Avec ce  dernier clin d’œil linguistique, la boucle est bouclée et Adamsberg, ce franco-francais incorrigible, retrouve les lieux bien certains de sa bonne ville.

~~~~~~~~~~

Rozovsky, Peter. « Siân Reynolds : An Interview with Fred Vargas’ translator, Part I and II ».  Blog : Detectives without borders, March 15, 2011.

Vargas, Fred. Un lieu incertain , Editions Viviane Hamy, 2008.

Vargas , Fred. An Uncertain Place. Penguin Books, 2011. Translated by Siân Reynolds.

(Les numéros de pages dans le commentaire se rapportent à ces deux éditions)

A la une – The Artist remporte cinq Oscars

Oscar stage
Here in Hollywood, the 8th Annual Oscar Ceremony has just ended ended (9 p.m. local time) with five awards to The Artist :

 "The Artist"  won the Oscar for the best movie of the year.


 
 

Acceptance speeches of Director Michel Hazanavicius and Producer Thomas Langmann


Michel Hazanavicius won the award for the best director.

Jean Dujardin won the Oscar for the best male actor in a leading role.

Mark Bridges won the Oscar for the best costume design.

Ludovic Bource won the Oscar fofr the best musical score.


Full cast

"The Artist" rêve d'un happy end a la 84e ceremonie des Oscars
Le nouvel Observateur  26-02-2012

Oscars 2012 : le sacre de "The Artist"
Le Monde, Cinema, 27.02.2012

 

Our previous articles :

3 Frenchmen in Hollywood

Les amis français des chiens à la joie

 

PS. Producer Thomas Langmann is the son of the late Clause Berri.

La musique et l’histoire – États-Unis et Venezuela – sur fond d’Europe

La semaine dernière, nous avons publié un article intitulé: « Les mots valise de la semaine : Beatlemania, Dudamania ».  Le terme anglais « Dudamania » se rapporte à Gustavo Dudamel, ce Vénézuélien de 31 ans qui dirige l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, avec la participation de l'Orchestre symphonique Simon Bolivar

Nous signalions que, le 18 février dernier, la Huitième symphonie de Mahler, dite « Symphonie des mille » entièrement pour soli, chœurs et orchestre, devait être diffusée, en direct de Caracas, dans 500 salles de spectacle du Canada, des États-Unis et d'Amérique latine.   

 

Ma femme et moi sommes allés assister à ce concert dans un cinéma de Los Angeles.  J'ai peine à décrire l'émotion ressentie. Nous étions littéralement transportés. Voir un orchestre américain et un orchestre vénézuélien jouer à l'unisson (à une époque de relations politiques extrêmement tendues entre les deux pays) était un plaisir sublime.  C'était extraordinaire de voir le grand nombre de musiciens des deux orchestres, de même que le bon millier de choristes adultes et jeunes, jouant et chantant ensemble comme un seul exécutant. Certes, ce n'était pas une manifestation élitiste comme certains concerts classiques pourraient sembler l'être, mais plutôt un événement à la portée de tous et de chacun. (À Caracas, les gens ont fait la queue à partir de 3 heures du matin et, à 8 heures, tous les billets étaient vendus.) [1]

Ce concert en « relayé cinématographique » présente deux nets avantages :

D'abord, il y eut 30 minutes de présentation du concert, au cours desquelles on donna la parole à Gustavo Dudamel et à des musiciens des deux formations – L'Orchestre philharmonique de Los Angeles et l'Orchestre symphonique Simon Bolivar. On nous expliqua comment l'idée avait germé ; comment fonctionnait le programme d'enseignement musical El Sistema ; ainsi que les problèmes de logistique  qu'avait posé le transport des instruments, grands et petits, de Los Angeles à Caracas, les préparatifs du concert, etc. Du coup, après un entracte, lorsque le concert a commencé, nous autres spectateurs avions déjà l'impression  d'être personnellement associés à ce grand projet culturel, impliquant des Vénézuéliens et des Américains, jeunes et vieux musiciens.

Le second avantage d'assister à un concert cinématographié est la possibilité de gros plans sur les différents instrumentistes, ce qui permet au public de les voir jouer de très près, et ce qui n'est pas possible dans une salle de concert, aussi bien placé soit-on.

Il semble que les deux orchestres prévoient des tournées communes en Europe. Leurs concerts pourront être relayés dans toute l'Europe. Si vous aimez la musique classique et s'il vous est possible de voir un de ces concerts dans une salle de cinéma locale,  c'est une occasion à ne pas laisser échapper! 

Le compositeur autrichien Gustav Mahler n'est un inconnu pour personne. Chacun sait qu'il est issu d'une famille juive germanophone de Bohème. Par la suite, il s'est converti au catholicisme afin de pouvoir briguer la direction de l'orchestre de l'Opéra de Vienne. À la fin de sa vie, il s'est installé aux États-Unis où il a dirigé le Philharmonique de New York. 

Mahler
           Gustav Mahler

Note personnelle :

Si vous me permettez une note personnelle, je voudrais vous présenter un parent   vivant de Gustav Mahler, mon bon ami Gerry Watkins, né Gerhard Mahler. Il vit le jour à Vienne et habite maintenant à Los Angeles.  L'arrière-arrière-grand-père de Gerry était le frère  du grand-père de Gustav. Gerry, comme son célèbre ancêtre, eut à pâtir de l'antisémitisme. Quatre jours après l'Anchluss (l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne nazie, en 1938), son père se suicida pour ne pas être déporté dans un camp de concentration. À l'âge de 11 ans, Gerry fut envoyé en France par le Kindertransport. 

Kindertransport 1   Kindertransport 3
                                                                       source : http://next-stage.co.uk

Il fut hébergé au château de La Guette, en Bourgogne, avec d'autres enfants de 9 à 14 ans. Lorsque la France fut à son tour envahie, les enfants furent évacués. Après être passés par l'Espagne, le Portugal et les États-Unis, Gerry et sa sœur reçurent des autorités australiennes l'autorisation de s'installer en Australie. Il leur fallait une autorisation parce que l'Australie, étant en guerre aux côtés des Alliés, ils étaient considérés comme des « étrangers ennemis ».  Les deux enfants traversèrent sur le dernier navire à quitter San Francisco pour Sydney  avant l'attaque japonaise de Pearl Harbour. Gerry fit ensuite une belle carrière dans le corps diplomatique australien.

 

Tout cela, bien sûr, n'est qu'indirectement lié à Dudamel ou à Caracas (via Gustav Mahler). Toutefois, je voudrais ajouter, en marge de cet article, qu'à l'occasion des prochaines élections présidentielles au Venezuela, Hugo Chavez a pour rival Henrique Capiles Radonski dont les arrière-grands-parents ont péri au camp d'extermination de Treblinka et dont les grands-parents maternels ont quitté l'Europe pendant la deuxième guerre mondiale. Comme Mahler, Radonski s'est converti au catholicisme.    


Radonski

Henrique Capiles Radonski
Le leader de l'opposition au Venezuela

 

Glossaire anglais-français de musiqueinstruments et de voix

[1]  Gustavo Dudamel and the L.A. Phil start things in Caracas,
Los Angeles Times 

El Sistema for all, U.S. kids too
Los Angeles Times, February 26, 2012

 

Redigé  par Jonathan, traduit par Jean

 

Un étudiant anglais de 20 ans parle 11 langues

21 February 2012 


 


Twenty-year-old Alex Rawlings has won a national competition to find the UK's most multi-lingual student.

The Oxford University undergraduate can currently speak 11 languages – English, Greek, German, Spanish, Russian, Dutch, Afrikaans, French, Hebrew, Catalan and Italian.


Language tongue

Entrants in the competition run by the publishers Collins had to be aged between 16 and 22 and conversant in multiple languages.

Alex drew on all his skills to tell BBC News about his passion for learning languages and how he came to speak so many.

Source : BBC News UK

 

Read also:

Adventures of a Teenage Polyglot
New York Times, March 9, 2012

Charles Dickens – 200 ème anniversaire de sa naissance

 

Le 8 février 2012 était le 200ème anniversaire de la naissance de l'écrivain britannique Charles Dickens. Nous avions espéré consacrer un article à la vie et à l'œuvre de Dickens, mais d'autres sujets l'ont évincé et nous avons laissé passer cette date.

Une analyse approfondie du sujet, qui permette d'en appréhender toutes les facettes, prendrait plus de temps que nos fidèles rédacteurs n'en disposent ces jours-ci. Nous limiterons donc notre célébration de l'anniversaire de Dickens à un entretien mené par Charlie Rose, personnalité du petit écran américain, avec Salman Rushdie et 

d'autres lettrés.

Mais d'abord, 

voici une brève introduction visuelle, avec de la musique de Tchaïkovski, Chopin et Rossini.

 

 

 

 

 

 

 
Les clips vidéos proviennent de You Tube et appartiennent au domaine public.

Première Partie:

 
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Note linguistique de la BBC :

trois expressions qui deviennent de l'oeuvre de Dickens :

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Which miser makes the most?
The Economist, 25 December 2012

"Not to Put Too Fine a Point Upon It":
How Dickens Helped Shape the Lexicon

Vocabulary.com
Ben Zimmer
February 3, 2012

La Journée internationale de la langue maternelle – le 21 février 2012

Langue maternelle

« La langue de nos pensées et de nos émotions est notre bien le plus précieux. Le multilinguisme est notre allié pour assurer l’éducation de qualité pour tous, favoriser l’inclusion et lutter contre les discriminations. »

Mme Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO
Journée internationale de la langue maternelle, 21 février 2012

 

 

La Journée internationale de la langue maternelle a été proclamée par la Conférence générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'education, la science ey la culture (UNESCO) en novembre 1999 (document 30 C/DR.35 ).

 

Le 16 mai 2007, l'Assemblée générale des Nations Unies, dans sa résolution 61/266, a « demand[é] aux États Membres et au Secrétariat d’encourager la conservation et la défense de toutes les langues parlées par les peuples du monde entier ». Elle a aussi, par cette même résolution, proclamé 2008 Année internationale des langues, pour favoriser l’unité dans la diversité et l’entente internationale grâce au multilinguisme et au multiculturalisme.

 

 

La Journée internationale de la langue maternelle est célébrée chaque année depuis février 2000 afin de promouvoir la diversité linguistique et culturelle ainsi que le multilinguisme. La date du 21 février a été choisie en hommage aux étudiants tués par la police à Dhaka (aujourd'hui la capitale du Bangladesh) alors qu'ils manifestaient pour que leur langue maternelle, le bengali, soit déclarée deuxième langue nationale du Pakistan de l'époque.

 

Les langues constituent les instruments les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoin matériel et immatériel. Tout ce qui est fait pour promouvoir la diffusion des langues maternelles sert non seulement à encourager la diversité linguistique et l'éducation multilingue mais aussi à sensibiliser davantage aux traditions linguistiques et culturelles du monde entier et à inspirer une solidarité fondée sur la compréhension, la tolérance et le dialogue.

 

 

International Mother Language Day was proclaimed by the General Conference of the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO) in November 1999 (30C/62).

On 16 May 2009 the United Nations General Assembly in its resolution A/RES/61/266 called upon Member States "to promote the preservation and protection of all languages used by peoples of the world". By the same resolution, the General Assembly proclaimed 2008 as the International Year of Languages, to promote unity in diversity and international understanding, through multilingualism and multiculturalism.

International Mother Language Day has been observed every year since February 2000 to promote linguistic and cultural diversity and multilingualism. The date represents the day in 1952 when students demonstrating for recognition of their language, Bangla, as one of the two national languages of the then Pakistan, were shot and killed by police in Dhaka, the capital of what is now Bangladesh.

 

Languages are the most powerful instruments of preserving and developing our tangible and intangible heritage. All moves to promote the dissemination of mother tongues will serve not only to encourage linguistic diversity and multilingual education but also to develop fuller awareness of linguistic and cultural traditions throughout the world and to inspire solidarity based on understanding, tolerance and dialogue.