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La dictée de la francophonie 2013.

Dictee big

Pour le mois de la Francophonie, le Service
culturel et la médiathèque de la ville de Divonne-les-Bains (France) ont
organisé différentes manifestations dont un jeu et une exposition sur le thème
« Dis-moi dix mots semés au loin » qui a fait l'objet d'un précédent
article. Le jeudi 21 mars, une dictée – spécialement composée par l'écrivaine
libanaise Carole Dagher – a été proposée à une quarantaine de participants.
Votre serviteur était de ceux-là, renouant ainsi avec un exercice auquel il ne
s'était plus livré depuis l'âge de quinze ans. En voici le joli texte :

 
Carole Dagher

Carole Dagher

 __________________________

Portrait

Femme à l'éventail (ou tête de jeune fille),  Berthe Morisot (1876)

 

Marina est encore sous le choc. Le tableau
trône au milieu de quelque deux cents toiles, accrochées aux murs d'une galerie
célèbre, dans le huitième arrondissement de Paris. Ce portrait de femme aux
cheveux relevés, regard rêveur et demi-sourire, portant avec grâce un bouquet
de violettes de Parme, est bien le sien. Elle n'aurait jamais cru se voir ainsi
soumise au jugement des visiteurs ! Dans la salle chacun y va de son
commentaire sur la qualité de l'œuvre, le savoir-faire de l'artiste et son
cachet d'originalité.

            La
peinture des exposants a un air tremblé, joyeux. Elle fait éclater les lignes,
mélange le ciel et la mer, exalte la nature dans des contours infinis; la
touche du pinceau est vive, morcelée, noyée de lumière, comme ce jardin à
Pontoise, et ces reflets sur l'eau et ce berceau ayant pour écrin une palette de
nacre. Sacrée équipe que ces artistes inspirés, fondateurs d'un véritable
mouvement pictural qui bouleverse les normes classiques !

            Marina
se remémore sa rencontre au Louvre avec l'un d'eux, un jeune homme plein
d'allant. Il l'observait pendant qu'elle admirait La Dentellière de
Vermeer. Elle s'était retournée, leurs regards s'étaient croisés. Les yeux
ardents de son vis-à-vis l'avaient troublée, elle avait feint de replonger dans
la contemplation du chef-d'œuvre du peintre néerlandais. Alors, il s'était approché
d'elle et avait décliné son nom.

Louvre-dentelliere-vermeer-delft-jan

La Dentellière de
Vermeer

© 2005 Musée du Louvre / Angèle Dequier

           « Madame,
je ne voudrais pas vous importuner mais je suis epintre et j'aimerais pouvoir
dessiner votre portrait, si toutefois, vous m'y autorisez. »

            Gustave
avait l'habitude de peindre sur le vif et de reprendre son travail en atelier.
À peine avait-il fait crisser sa mine de plomb sur le papier que la belle
changea d'avis, interrompit la pose, balbutia quelques mots d'excuse et
s'enfuit à tire-d'aile, comme un oiseau effarouché. Il la regarda s'éloigner,
triste et perplexe. Désireuse de protéger son anonymat, elle ne lui avait
laissé aucun moyen de la retrouver. Tout ce qu'il savait d'elle, c'est qu'elle
avait l'accent chantant des gens du sud., un port de tête unique et du soleil
dans les yeux. Il avait senti son cœur battre en accéléré à la minute où il
l'avait vue et ne parvenait plus à détacher son regard d'elle. Était-ce donc ce
que l'on appelait, non sans une pointe d'ironie, un coup de foudre ?

            Les
traits délicats de la jeune fille étaient demeurés dans sa mémoire. Pendant des
jours, armé de son pinceau, il fit éclater l'alphabet des couleurs, éclaboussa
sa toile d'une belle lumière éclairant le visage et apposa, au bas du tableau,
son paraphe chargé d'émotion.

            Trois
mois plus tard, le tableau était l'une des œuvres phares de l'exposition. Il
refusait cependant de le vendre, espérant contre tout espoir qu'elle aurait
vent de l'événement et réapparaîtrait. Et voilà que ce jour-là, en entrant dans
la galerie, son cœur bondit à nouveau dans sa poitrine : elle était là, face à
son portrait. S'avisant de sa présence au bout de quelques minutes, elle se
tourna vers lui et le salua d'un sourire lumineux…    

 

Note linguistique

L'exercice de la dictée a été immortalisé par
un certain Prosper Mérimée qui, voulant divertir la cour de Compiègne, lui
soumit une dictée qu'il avait composée de manière à y accumuler les pièges et
les exceptions, au risque de rendre le contenu incohérent et dépourvu de sens.
Qu'on en juge par le premier paragraphe :

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à
Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré
les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil
prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.

L'empereur Napoléon III fit 45 fautes et,
l'impératrice Eugénie (qui avait l'excuse de ne pas être née francophone), en
commit 62. Le grand vainqueur de ce petit tournoi fut (l'alibi de la naissance
jouant ici a contrario) le prince de Metternich, l'ambassadeur
d'Autriche, avec trois fautes seulement !


L_Imperatrice_Eugenie_site_Fontainebleau_evous

L'Impératrice Eugénie (source : site de Fontainebleau)

Bernard Pivot reprit l'idée avec sa célèbre
dictée qui, pendant quelques années, mobilisa 
toute la communauté francophone. Cette fois, Carole Dagher n'a pas voulu
accumuler les chausse-trappes (ou chausse-trapes) préférant composer un joli
texte sur fond de début d'idylle impressionniste où l'on croit reconnaître Édouard
Manet et Berthe Morisot.

Malgré tant d'années passées à jouer avec les
mots, votre serviteur, n'en a pas moins commis deux fautes d'orthographe, en
mettant un h à exalte et en omettant un s à phares. Il vous avoue
bien piteusement avoir également eu des doutes à propos d'à tire-d'aile,
expression au sujet de laquelle les différentes autorités (Littré, Académie
française et dictionnaire Robert) ne sont pas d'accord. Se disant que les
volatiles ont deux ailes, il écrivit à tire-d'ailes, forme  que n'avait pas choisie l'auteure, mais que
lui avait préférée Voltaire en écrivant: «  Le phénix s'envola à
tire-d'ailes ».        

 Jean Leclercq

 

Fallen Angels, de Noel Coward, au Playhouse Theatre, de Pasadena

Michele Druon

Nous souhaitons la bienvenue à notre nouvelle collaboratrice, Dr. Michèle Druon, professeur émérite à la California State University, Fullerton, où elle a enseigné la langue, la culture et la littérature  françaises.  Mme Druon a fait ses études universitaires d'anglais (spécialisation : Littérature & Culture Américaine, Licence) à l'Université d’Amiens,  et en Lettres modernes, (Licence, mention très bien), à l'Université d‘Aix-en-Provence. Elle a obtenu son Doctorat en Littérature française à l’University of California at Los Angeles (spécialisations: le Nouveau roman; Théorie et critique littéraire contemporaine; philosophies post-modernes).

 

Elle a publié des articles en français et en anglais dans de nombreuses revues littéraires universitaires et philosophiques (French Review,
Stanford French ReviewL’Esprit Créateur,

Problems in Contemporary
 
Philosophy

), ainsi que dans des ivres publiés aux États-Unis, en France et au Japon.
Michèle est actuellement chargée de la liaison avec les Écoles de l'Alliance Française à Pasadena, ainsi que du Groupe Cinéma (sorties et discussions mensuelles sur films français). Bien qu'officiellement
à la retraite, elle est invitée à enseigner occasionnellement à la California State University.
Nous la remercions infiniment d’avoir accepté d’assister à la pièce de théâtre, Fallen Angels, de la part du Mot Juste et d'avoir bien voulu en rendre compte à nos lecteurs et lectrices.

 

—————–

On décrit souvent les pièces de Noel Coward comme un léger et brillant divertissement, un cocktail pétillant d'esprit, de charme et de vivacité qui chercherait davantage à distraire et amuser le spectateur qu'à l'amener à des réflexions profondes. Et c'est à première vue le cas de Fallen Angels (Les Anges Déchus) – une comédie de 1925 qui vient d'être présentée, après des années d'absence sur la côte Ouest des États-Unis, [1], au Playhouse Theater à Pasadena; on rit beaucoup en effet pendant cette pièce, qui nous conte les déboires et frustrations de deux femmes de la bonne bourgeoisie britannique, Julia Sterroll et Jane Banbury, qui attendent ensemble – au cours d'une journée fortement arrosée de champagne – la visite de Maurice Duclos, un Français avec qui elles avaient eu chacune une aventure amoureuse sept ans plus tôt, avant leur mariage. Leurs maris, commodément, sont partis jouer au golf pendant ce temps, mais ils reviennent plus tôt que prévu… – et vous pouvez imaginer la suite de situations cocasses concoctées par Coward avec ces ingrédients!


Pasadena Playhouse Theatre

 

En direct d’Hawaï

Anciennement îles Sandwich, l'archipel d'Hawaï (en hawaïen Hawai‘i, en anglais Hawaii), est le plus récent des 50 États fédérés de l'Union américaine (dans laquelle il a été admis le 21 août 1959), et le seul qui soit entièrement insulaire. Ses 16.800 km2 font partie de la Polynésie septentrionale et se situent dans le centre de l'océan Pacifique, au sud du tropique du Cancer.  Comment ces îles sont-elles devenues partie intégrante des États-Unis?

Cook hawaii

L'influence prépondérante des Américains dans les îles à la fin du 19e siècle, appuyée par le débarquement d'une compagnie de fusiliers-marins, conduisit à la déposition de la dernière reine d'Hawaï (renversée par un coup d'État en 1893) et à l'instauration d'un gouvernement provisoire. En 1894, le protectorat toujours renforcé des Américains sur l'archipel, conduisit à la proclamation d'une République d'Hawaï. Celle-ci finit par être annexée à l'Union américaine en 1898, avec le statut de Territoire d'Hawaï. [1]

D'après l'actuelle Constitution de l'État d'Hawaï, les deux langues officielles sont, depuis 1978, l'anglais et l'hawaïen. Il est donc le seul des 50 États à avoir deux langues officielles.

Mais, si Hawaï appartient aux États-Unis, comment expliquer que le drapeau de cet État contienne le drapeau britannique ?

Cook - Hawaii flag
Le drapeau d'Hawaï,
qui contient l"Union Jack" britannique

Pour comprendre ce lien avec l'Angleterre, il faut remonter à l'époque du Capitaine James Cook (1728-1779), navigateur, explorateur et cartographe britannique, qui fit trois grands voyages dans le Pacifique avec différentes corvettes dont la Resolution, l'Adventure, l'Endeavour et la Discovery.

Stamp Capt Cook Cook portrait Cook - Endeavour (replica)

Le capitaine James Cook et un modele de sa corvette "Endeavour"

Au cours de son troisième voyage et après avoir découvert l'île Christmas, la veille de Noël 1777, Cook devint le premier Européen à débarquer dans l'archipel des Hawaï, en 1778. Il les baptisa « Îles Sandwich » en l'honneur de John Montagu, quatrième comte de Sandwich [2], amiral de la flotte du roi George III d'Angleterre. [3]

Naviguant ensuite le long du continent américain, Cook décrivit dans son journal les tribus indiennes de l'île de Vancouver.[4]  L'expédition retourna à Hawaï l’année suivante, en 1779. Cook et son équipage atterrirent dans la baie de Kealakekua (sur l'actuelle Grande Île) où il séjourna un mois. Peu après avoir quitté l'île, une avarie du mât de misaine les contraignit à rebrousser chemin pour réparer. Ils décidèrent de retourner dans la Grande île en raison du bon accueil qu'ils y avaient reçu. Au cours de cette seconde escale, des tensions naquirent entre indigènes et Britanniques, donnant lieu à plusieurs bagarres.  Des Hawaïens leur volèrent même une chaloupe. Cook retint quelques otages jusqu’à ce que les biens volés lui soient restitués. Il prévoyait de prendre en otage le chef de Hawaï, Kalaniopu'u. Le 14 février 1778, une vive altercation éclata avec des habitants qui attaquèrent Cook et ses hommes à l'aide de pierres et de lances. Poignardé dans le dos, Cook s'écroula et fut battu à mort par ses assaillants.

  Cook - death

Peinture a l'huile, Johann Zoffany,
National Maritime Museum, London


En  1874, un obélisque a été dressé à l'endroit où il fut tué, sur un terrain d'environ 2,3 m2 entouré d'une chaîne. Cette petite parcelle, située en territoire américain, a été donnée au Royaume-Uni.[5]

Cook - plaque

Une localité voisine s'appelle Captain Cook. Le module de service et de commandement d'Apollo 15, de même que la navette spatiale, portent le nom du navire de Cook, l'Endeavour. Depuis peu,cette navette spatiale est conservée dans un musée de Los Angeles. Il est à noter que l'astronef américain a conservé l'orthographe anglaise du navire de Cook au lieu de l'orthographe américaine "Endeavor".

Cook endeavour shuttle
La navette spatiale Endeavour

Une pièce de monnaie américaine, le demi-dollar du Cinquantenaire d'Hawaii, frappée lors des célébrations du 150e anniversaire de la découverte des îles Hawaï par James Cook, est à l'effigie du grand navigateur britannique.      

Notes linguistiques :

(1) TABOU remonte à une langue polynésienne dans laquelle tapu, tabu qualifie ce qui est interdit et sacré, que l'on ne peut toucher sans commettre un sacrilège. Le français connaît ce mot par l'intermédiaire de l'anglais taboo, introduit en Occident par le récit du troisième voyage du capitaine Cook en Océanie (1777, traduit en français en 1785).
(Source : Le Petit Robert)

(2) Dans la langue hawaïenne, le mot « wikiwiki » veut dire « rapide ». D'où WikiWikiWeb, le premier wiki, inventé en 1994 par Ward Cunningham pour son site Web. WikiWikiWeb, n'est pas un site Web complet, mais seulement une fonctionnalité ajoutée au Portland Pattern Repository, une section du site Web de Cunningham qui l'a créée pour faciliter l'échange d'informations entre programmeurs.
Le terme « wiki », aujourd'hui utilisé pour désigner la technologie utilisée par WikiWikiWeb, vient du nom de ce premier site. Il arrive que le terme « WikiWikiWeb » soit employé de manière générique comme synonyme de « wiki », un site web dont les pages sont modifiables par les visiteurs afin de permettre la rédaction et l'illustration collaboratives des documents numériques qu'il contient.
Le mot"wiki" (également employé dans les mots Wikipedia , MediaWiki, CataWiki,  GeoWiki, LyricWiki, Wiktionary, etc.) est sans doute le mot d'origine hawaïenne le plus répandu sur la Toile.

—–

[1] L'archipel d'Hawaï entra dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale lorsque l'aéronavale japonaise attaqua la base de Pearl Harbor, sur l'île d'Oahu, au nord-ouest d'Honolulu, le 7 décembre 1941.

Pearl-harbor_p   Pearl Harbor

[2]  À son bureau, John Montagu devait accomplir de nombreuses tâches administratives et il lui fallait donc des repas simples pour gagner du temps. Un jour, son cuisinier lui apporta une préparation à base de pain facile et rapide à avaler qui, du coup, prit le nom de sandwich. Le mot  fut ensuite adopté dans plusieurs langues, et notamment en français. En anglais il sert également de verbe, dans le sens de coincer un sujet ou un objet entre deux autres. Par exemple : « On the plane, I was sandwiched between two hefty men. » En français, on parle dans ce sens de « prendre en sandwich », et le terme s'est si bien francisé qu'on a même construit le dérivé « sandwicherie ». 

Cook sandwich           Cook sandwich

[3] Il ne faut pas oublier que le troisième voyage de Cook se déroulait à l'époque de la guerre d'Indépendance américaine et que la France n'allait pas tarder à déclarer la guerre au Royaume-Uni. Prévoyant cette situation de belligérance, le roi de France Louis XVI avait envoyé des passeports à Cook et ordonné à sa marine d'épargner ses navires et de leur venir en aide, le cas échéant. Très instruit et féru des questions de géographie, Louis XVI n'était pas ce benêt qu'on nous a parfois présenté. À la même époque, outre l'assistance à fournir éventuellement au concurrent anglais, le roi avait enjoint à La Pérouse (qui naviguait dans la même région du monde) de s'abstenir de tout acte hostile envers les indigènes.

[4]  George Vancouver (1757-1798), est un navigateur britannique, officier de la Marine royale, qui est plus particulièrement connu pour avoir exploré la côte Pacifique, le long de ce qui est aujourd'hui la province canadienne de la Colombie-britannique (où se trouve la ville de Vancouver, ainsi nommée en son honneur)  et des États américains de la côté  occidentale. Il explora également l'archipel d'Hawaï et la côte sud de l'Australie. George Vancouver participa aux deuxième et troisième voyages de Cook comme matelot d'abord, puis en qualité d'aspirant (midshipman). Il fut promu lieutenant à son retour en Angleterre, avant d'aller servir pendant la guerre d'Indépendance. En 1782, il reçut le commandement des deux corvettes Discovery et Chatham, chargées de reconnaître et d'hydrographer toute la côte occidentale de l'Amérique du Nord. Le commandant de la corvette Discovery devait être Henry Roberts et, Vancouver, son premier lieutenant. Les plans du voyage furent modifiés lorsque le commerçant et explorateur d'origine britannique John Meares annonça aux autorités de son pays que l'Espagne avait capturé son navire. La Grande-Bretagne déclara la guerre à l'Espagne et prépara sa flotte à régler le différend. Henry Roberts et George Vancouver quittèrent la Discovery pour servir dans la Marine royale jusqu'à la capitulation de l'Espagne. C'est alors que Vancouver revint sur la Discovery, cette fois en tant que commandant, et qu'il put entreprendre son célèbre voyage.

Cook - Vancouver
George Vancouver

[5] De même, agissant au nom du gouvernement français, l'empereur Napoléon III acheta à la reine Victoria tout le domaine de Longwood, ainsi que l'emplacement du tombeau qui avait abrité les restes de son oncle à Saint-Hélène, avant que ceux-ci soient ramenés en France, sur ordre du roi Louis-Philippe, en 1840.

Rédigé par Jonathan G. (pendant un séjour sur l'île de Kauai) et révisé par Jean L.

le 17 mars – Fête de Saint Patrick

 

LCarole JosserandÀ l'occasion de la Fête Nationale irlandaise, nous avons demandé à notre collaboratrice londonienne, Carole Josserand, de présenter un aperçu historique de la Grande Famine, un épisode qui marqua profondément l'identité du peuple irlandais. Née à Lyon, Carole a grandi dans un milieu bilingue anglais/français. Après avoir réussi l'option internationale du baccalauréat scientifique, elle est partie faire ses études en Angleterre où elle a fait une licence de langues (avec la combinaison italien, allemand, russe) à l'Université de Birmingham. Quatre ans plus tard, Carole s'est installée à Londres pour suivre un Master en Traduction et Interprétation à l'Université de Westminster. Dans le cadre de sa licence, elle a eu la chance de pouvoir passer cinq mois à Moscou (Russie), cinq autres à Berlin (Allemagne) et, enfin, un mois à Florence (Italie). Cette expérience l'a extrêmement enrichie, tant sur le plan personnel que du point de vue linguistique et culturel. En effet, elle a pu mieux maîtriser ses différentes langues et approfondir sa compréhension des cultures et des peuples au sein desquels elle a vécu. Carole travaille actuellement à l'Union Internationale des Télécommunications, à Genève, en qualité d'assistante du Chef interprète. Elle continue également à traduire. Comme on s'en apercevra dans ce qui suit, ses talents vont bien au-delà de son domaine professionnel.

 

 

Irish memorial

 

 

 

Il était une fois, dans la douceur et le calme du Galway,

Un homme, Michael, et une femme, Mary,

 Déchirés par la misère de leur propre pays…


 

 

Figure 1 : Mémorial aux victimes de la Grande Famine, Dublin

 

 

L’anglais « hollandais » est-il tel qu’on le parle en France ? ‎

« The Daily Beast » est un site Web américain d’actualité et d’opinion. Il tire son nom d’un journal fictif de « Scoop », le roman de l’écrivain britannique Evelyn Waugh. Dans sa livraison du 9 mars dernier, le journaliste David Sessions, sous le titre : Why Don’t the French Speak English?“, déplore la piètre connaissance que différentes personnalités françaises ont de la langue anglaise.

Selon lui, chacun sait que Nicolas Sarkozy a raté son diplôme de Sciences Po à cause de son faible niveau d’anglais.

 

L’auteur poursuit en citant un article d’atlantico.fr du 23 novembre 2012, rédigé par Pascal-Emmanuel Gobry et intitulé : « Friendly : Pourquoi les Français sont-ils mauvais en langues étrangères? »

« La nullité des Français en langues étrangères—et particulièrement en anglais, lingua franca du monde moderne—est avérée. La France se situe au 25ème rang du classement du TOEFL, test international d’anglais. Le problème va du garçon de café tentant inintelligiblement de communiquer avec des touristes médusés jusque, comme on l’a vu, aux niveaux les plus élevés de la société française. L’incompétence linguistique des responsables français est une blague récurrente des sommets européens tout comme des grandes entreprises internationales. »

Cela contredit mon impression personnelle. Certes, je ne converse guère avec les garçons de café parisiens, pas plus que je ne communique avec les « niveaux les plus élevés de la société française ». Mais il est tout aussi vrai que si les dizaines de Français et de Françaises avec lesquels je corresponds à propos de ce blog ne constituent probablement pas un échantillon représentatif, ils n’en possèdent pas moins une maîtrise véritablement surprenante de la langue anglaise. Je ne connais aucun Américain qui, sans avoir fait ses études dans un pays francophone, puisse atteindre un tel niveau en français écrit ou parlé. En fait, on connaît le dicton : « Quelqu’un qui connaît trois langues est trilingue, quelqu’un qui connaît deux langues est bilingue et quelqu’un qui ne connaît qu’une seule langue est américain. » [Pour me dédouaner aux yeux de nos lecteurs, je tiens à préciser que je ne suis pas né aux États-Unis, mais que je suis devenu américain par naturalisation; et que, de toute façon, ce que j’écris en français dans ce blog est examiné à la loupe par mon ami et co-blogueur Jean Leclercq qui élimine les fautes de syntaxe, les entorses à la grammaire, les faux amis et autres atrocités linguistiques. Fort d’un tel soutien linguistique, je choisis souvent, ex abundante cautela, de demander à Jean de traduire ma prose en français afin qu’il soit la victime de toute critique éventuelle de nos lecteurs.]

 

Some thoughts on recent trends in standard English in the UK


TristaLa bienvenue
à Dr. Trista Selous, notre nouvelle collaboratrice invitée. Cet
article a été écrit spécialement pour ce blog. Trista, qui a reçu son doctorat
de l'Université de Londres, est traductrice agréée par l'UNESCO et membre de
l'association des traducteurs du Royaume-Uni. Elle  habite à Londres, où
elle a enseigné la langue, la littérature et le cinéma français dans divers
établissements de l'éducation tertiaire. Traductrice depuis plus de vingt ans,
Trista traduit des livres, des essais et des dialogues de film, fait du
sous-titrage et assure l'interprétation pour des cinéastes et acteurs
francophones en visite aux festivals londoniens. Auteur de
The Other Woman (Yale UP, 1988)
sur Marguerite Duras, elle a aussi publié divers articles sur le cinéma et la
littérature français. 

 

English is an ocean, with all that implies
in terms of great currents, quiet bays, areas of calm and storms. It is
uncontrollable and ungraspable, so any attempt to describe the way that it has
changed in any given period must inevitably be not only very partial, but
highly subjective. What follows is an account of things I have noticed about
changes to the English I hear in my everyday life in London. My main sources
are friends and family and the BBC’s Radio 4, the serious talk station that
represents perhaps the only benchmark we have for the current state of standard
British English. The station is aware of this role, as its listeners write in
and complain if they think it is propagating linguistic usage that they don’t
approve of. As a result, changes don’t make it onto Radio 4 unless they have
become entrenched and accepted.

 


Steven Spielberg contribue à l’abolition de l’esclavage dans l’État du Mississippi

Better late than never! Mieux vaut tard que jamais. L'État du Mississippi a officiellement mis
fin à l’esclavage le 7 février dernier, soit presque 150 ans après l'adoption
du 13e amendement.

Pourquoi un tel retard ? D'abord, il
convient de préciser que les amendements apportés à la Constitution fédérale
américaine doivent être ratifiés par les législatures des différents États
fédérés et que cela prend toujours un certain temps. Dans le cas du Mississippi
et de l'amendement abolissant l'esclavage, on peut même parler d'un temps
certain. En effet, le texte n'a été officiellement ratifié par la législature
du Mississippi qu'en 1995. Ensuite, pour avoir force exécutoire, il devait être
transcrit au Bureau du Registre fédéral (Office of the Federal Register),
sorte de journal officiel où sont consignés et publiés tous les actes
législatifs et réglementaires.


Emancipation proclamation 1


L’Histoire de la Traduction – un outil incontournable pour les traducteurs et
linguistes professionnels ‎

     

Les applications des nouvelles technologies se multiplient dans tous les domaines. La traduction et son enseignement ne font pas exception. Le DVD décrit ci-dessous a été conçu et réalisé par Jean Delisle, professeur émérite de l'Université d'Ottawa, en collaboration avec un mathématicien, statisticien et informaticien, Gilbert Lafond. Il s'agit à la fois d'un auxiliaire d'enseignement et d'une base de données sur l'histoire de la traduction.

Contenu

Le DVD se compose d'une trentaine de modules et chacun d'eux renferme un menu d'aide en français et en anglais. La description de chacun des modules figure ci-dessous.

« Diaporamas thématiques ». Dix-huit diaporamas comportant plus de 1000 photos sur l'histoire de la traduction. Chaque thème présente, au moyen d'illustrations accompagnées d'un commentaire en français, en anglais, en allemand et en espagnol, soit une période particulière de l'histoire de la traduction (ex.: Le Moyen Âge français) , soit la vie et l'œuvre d'un traducteur (ex.: Saint Jérôme; Le moine Xuan Zang), soit un aspect important de l'histoire de la traduction (ex.: La Réforme), soit un domaine connexe (ex.: Les traducteurs et l'imprimerie), soit une profession particulière (ex.: Les interprètes dans l'histoire).

« Plan et travaux ». Plan détaillé d'un cours d'histoire de la traduction et suggestions de travaux.  Ce module est bilingue (français / anglais). Aussi : PowerPoint sur le contenu du cours.

"Thèses, livres et textes ». Thèses, livres complets, études ou documents historiques sur divers aspects de l'histoire de la traduction. Préfaces et comptes rendus. La majorité des textes sont en français et en anglais, certains autres en allemand, en espagnol ou en italien. On peut les lire au moyen d'Acrobat Reader fourni sur le DVD.

« Traductions ». Textes traduits tels que Le Paradis perdu de Milton, traduit par Chateaubriand, Le Roi Lear de Shakespeare, traduit par Jean-François Ducis, ou Les Géorgiques de Virgile, traduit par l'abbé Jacques Delille. Les traductions retenues en priorité sont celles qui permettent d'illustrer l'évolution de la manière de traduire au fil des siècles.

 « Portraits ». Mini-biographies de longueur variable.  Ex. : Jacques Amyot; Richard F. Burton; Gérard de Crémone; Hans Magnus Enzensberger; Albertine Necker de Saussure; Clémence Royer.

 «Citations ». Dictionnaire de citations  se rapportant à la traduction, à l'interprétation et à leur histoire.

 « Notices biographiques ». Notices de traducteurs, de traductrices ou d'interprètes de différents pays et de diverses époques. Un véritable dictionnaire de traducteurs.

 «Traducteurs suisses ». Bibliographie de plus de 1200 ouvrages traduits par des traducteurs suisses ainsi que des références sur la traduction et les traducteurs en Suisse. Bibliographie établie par Hannelore Lee-Jahnke, de l'Université de Genève, avec la collaboration de Sadri Saieb, bibliothécaire à cette même université.

"Répertoire de traducteurs ». Listes de traducteurs ou de traductrices utiles aux chercheurs. Un de ces répertoires recense des femmes traductrices, un autre des traductrices de textes scientifiques, etc. Plus de 8000 noms avec mention de l'ouvrage d'où sont tirés ces noms.

"Notions ». Dictionnaire d'environ 160 notions propres à l'histoire de la traduction (ex. : "belles infidèles », "cibliste », "épreuve de l'étranger »).

"Glossaire". Quelque 350 termes appartenant à des domaines connexes à l'histoire de la traduction (ex. : histoire générale, historiographie, langues, édition et manuscrits, confessions religieuses, épigraphie, systèmes d'écriture, imprimerie).

"Tableau comparatif". Tableau présentant sous une forme synthétique les deux grandes manières historiques de traduire : cibliste / sourcière. Presque tous les termes qui le composent  sont définis dans le module "Notions".

"Bibliographie". Plus de 4000 titres français ou anglais (quelques titres espagnols) d'ouvrages ou d'articles traitant d'histoire de la traduction classés par catégories.

"Bibliographie (Canada)". Plus de 2650 références appartenant à l'histoire de la traduction au Canada de 1534 à 1984. Chacune de ces références comporte divers codes de classification formant une base de données qu'il est possible d'interroger à partir de nombreux champs. Les références complètes figurent dans l'ouvrage de Jean Delisle La Traduction au Canada / Translation in Canada, 1534-1984, Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 1987.

"Anecdotes". Courts textes d'importance secondaire et parfois humoristiques, mais non dénués d'intérêt, se rapportant à l'histoire de la traduction (ex. : "Traduire en prison"; "Saint bouddha"; "The whisky was invisible").

"Tests". Ce module bilingue compte 25 tests correspondant à chacun des diaporamas ou thèmes (ex. : Haute Antiquité, École de Tolède, etc.). Chaque test comporte de 10 à 20 questions objectives en moyenne (240 questions au total). Après avoir répondu aux questions d'un test, on peut cliquer sur un bouton pour obtenir le résultat obtenu. Un autre bouton permet d'afficher les bonnes solutions ET les réponses données. Il est ainsi possible de se corriger soi-même.

"Références". Indications sur la façon de citer un document, une thèse, un livre, un article ou tout autre texte ou portion de texte figurant sur le DVD. Module bilingue.

"Concepteurs, collaborateurs et courriel". Notice bio-bibliographique des auteurs du DVD (J. Delisle et G. Lafond), liste partielle des collaborateurs ayant participé de près ou de loin à la réalisation du DVD et possibilité d'envoyer automatiquement un courriel aux auteurs. Extraits de lettres d'appréciation reçues des utilisateurs du DVD.

Note: Il est possible d'imprimer, en tout ou en partie, avec choix de police de caractères, les textes de presque tous ces modules.

Conclusion

Ce logiciel, baptisé Didak, tourne sur les plateformes Windows 95, 98, 2000,  Me, Pro, XP, NT et Vista. Il ne fonctionne pas en réseau ni sur les ordinateurs Macintosh.

Il est vendu hors commerce et s'adresse à toute personne (étudiant, professeur, chercheur) qui s'intéresse à l'histoire de la traduction. Son prix est de 40 $ CAN, 40 $ US ou 30 Euros (frais de port inclus). Distribution: s'adresser à Jean Delisle jdelisle@uOttawa.ca

M. Jean Delisle, professeur émérite de l'Université d'Ottawa
http://aix1.uottawa.ca/~jdelisle/

Docteur Isabelle Park,
traductrice du mois de fé‎vrier

Jean Leclercq, co-rédacteur de ce blog, qui réside à Divonne-les-Bains, a traversé la frontière franco-suisse pour s'entretenir avec le Dr Isabelle Park, vétérinaire diplômée et traductrice médicale qui a bien voulu accepter d'être notre traductrice du mois de février. Parmi les dizaines de personnes invitées à cette rubrique, Isabelle est la première à travailler exclusivement dans le domaine de la médecine. Elle a accueilli Jean dans sa jolie résidence, sise à Céligny, aux environs de Genève.

 

LMJ. Vous êtes belge, née à Uccle – ville mondialement connue pour son observatoire royal. Jusqu'en 1991, vous exercez la médecine vétérinaire, aux États-Unis et puis  au Royaume Uni. Ensuite, vous vous installez en France où vous débutez dans la traduction médicale, carrière que vous poursuivez maintenant en Suisse. Une première question qui nous brûle la langue : comment êtes-vous venue à la traduction ?

Isabelle P. Passons rapidement sur Uccle et son observatoire. Je me suis contentée d'y naître, mais je n'y ai jamais vécu. Peut-être vaut-il mieux dire que j'ai grandi en Belgique et que j'y ai obtenu mon diplôme de vétérinaire (en français). Je suis ensuite partie aux USA exercer mon métier de vétérinaire (en anglais, cette fois) avec des chevaux de course au Kentucky et à l'hippodrome de New York. Je suis ensuite revenue en Europe, et j'ai pratiqué mon métier à Londres, avec des petits animaux. Après mon mariage, nous sommes venus  vivre en France où nous sommes restés pendant 13 ans. J'ai arrêté d'exercer la profession de vétérinaire à la naissance de mes enfants. Les vétérinaires ne sont jamais à la maison, et je ne voulais pas qu'ils soient élevés par quelqu'un d'autre. L'idée de la traduction médicale m'est venue tout à fait par hasard. Une amie juriste faisait des traductions juridiques pour arrondir ses fins de mois, et je me suis dit que je pourrais peut-être faire la même chose en médecine. Du reste, était-ce vraiment par hasard ? Les gens qui se recyclent dans la traduction ont toujours eu un certain penchant pour l'écriture. Si je n'avais pu être vétérinaire, j'aurais sûrement choisi une filière littéraire. J'ai toujours aimé écrire et l'idée de «manipuler» les mots m'intéressait beaucoup. Je me suis inscrite dans une agence de traduction spécialisée dans le domaine médical et, très vite, je me suis retrouvée travaillant à temps plein. Il y avait peu de gens qui, comme moi, alliaient un diplôme médical, deux langues (apprises parallèlement dans mon enfance) et, surtout, disposaient  du temps nécessaire pour traduire. Les commandes ont très vite afflué et cela n'a pas cessé depuis plus de 20 ans. Entretemps,  nous avons déménagé sept fois et nous sommes maintenant en Suisse. Pour mes clients, cela ne change rien. Je pourrais aussi bien habiter sur la lune, pourvu qu'il y ait une connexion Internet !