Un hommage au musicien et chanteur
Louis «Satchmo » [1] Armstrong (1901 – 1971)
Notre collaboratrice, Renée Elizabeth Kimble, 24 ans, est née à Lafayette (dans l'État de Louisiane), ce qui a peut-être présagé de son grand intérêt pour la langue française. Elle a obtenu une licence de l'Université de Tulane (avec le français comme matière principale). Actuellement elle commence sa troisieme année d'études de doctorat ès littérature française. Renée projette de choisir pour sa thèse un sujet francophone qui portera sur le Québec ou les Caraïbes. Sa maîtrise de la langue française et ses racines dans l'Etat de Louisiane se conjuguent pour donner l'analyse trèsinteressante qui suit. Le billet anterieur que Renée a écrit sur ce blog était intitulé«La volière d’Audubon : Première partie de la volée».
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La Nouvelle-Orléans [2], le 2 août – La chaleur étouffante, la rue Esplanade apparemment sans fin … puis on aperçoit les toits blancs des tentes et on entend les premières notes de musique qui proviennent de la cour de l’Old U.S. Mint. On y est arrivé, au premier jour du Satchmo Summerfest annuel, institué il y a treize années.

Outre la fanfare, le swing et le jazz qu’on écoute gratuitement dans la cour du vieil Hôtel des monnaies, là-dedans on profite de la climatisation et des colloques pour en savoir plus de cette vedette musicale. Quelques spécialistes sont là : Mick Carlon, enseignant et auteur de Travels with Louis ; David Reese, conservateur du Musée de la maison de Louis Armstrong à Corona (New York) ; et Ricky Riccardi, archiviste du même musée et auteur de What a Wonderful World : The Magic of Louis Armstrong’s Later Years (Vintage; Reprint edition, June 5, 2012).

Mick Carlon livre de Ricky Riccardi
Photo : Renée Elizabeth Kimble
En les écoutant, on s'aperçoit que la Nouvelle-Orléans est la clé pour
comprendre ce musicien légendaire. Si les fanatiques de jazz provenant des quatre coins du monde se ruent vers son ancienne maison de Corona (New York) – un musée aujourd'hui – son histoire commence à la Nouvelle-Orléans où il passe toute sa jeunesse. Puisque sa mère est prostituée depuis l'adolescence, il habite chez sa grand-mère pendant ses cinq premières années [3]. Chez sa mère, sa sœur cadette et lui ne mangent pas toujours à leur faim. Donc, il travaille dès l’âge de six ans (et ne cessera plus jusqu’à sa mort à l’âge de 69 ans !). Il fait la connaissance d’une famille juive, les Karnofsky, qui l’aide beaucoup en lui fournissant un boulot et en lui prêtant cinq dollars pour acheter un cornet d’occasion. (De nos jours, cela ne représente peut-être pas grand-chose, mais c’est l’équivalent d’à peu près 130 dollars d’aujourd’hui.)
Cependant, selon toute vraisemblance, c’est à une étourderie qu’il doit sa célébrité. À l'âge de dix ans, il tire en l’air pour célébrer le Nouvel An, et on l’envoie à la Colored Waif’s Home for Boys (Œuvre qui accueille des garçons noirs malheureux). Pendant 18 mois, il apprend vraiment à jouer de la trompette et, surtout, reçoit tous les jours assez à manger.
Il acquiert la célébrité à Chicago grâce à l’aide de Joe Oliver, un homme qu’il a connu dans sa ville natale. Une fois acclimaté, il enregistre de la musique pendant un demi-siècle, apparaît dans une trentaine de films et parcourt le monde. (Pendant la seule année 1952, il visite le Canada, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, la Scandinavie, l’Italie et l’Afrique du Nord). En plus, il rencontre deux papes. Nonobstant sa célébrité, il s’entend toujours bien avec ses voisins de classe moyenne et ne rechigne jamais à prodiguer son argent, son temps ou ses talents musicaux. Par exemple, à chaque retour d’une longue tournée, il joue de la musique avec les jeunes du quartier. (Bien qu’Armstrong ait eu trois épouses coup sur coup et une quatrième pendant des décennies, il n’a jamais eu d'enfants.)
En quittant le festival, après avoir passé seulement une petite partie de ces trois jours de fêtes, on a l'impression d'avoir personnellement connu le grand homme– ses habitudes, sa générosité, sa sagesse et même son grand sourire. Peut-être, part-on aussi avec le ventre plein de haricots rouges et de riz – le plat préféré de Satchmo !
Photo : Renée Elizabeth Kimble
Renée Elizabeth Kimble
Notes du blog :
[1] "Satchmo" est une abbreviation de "Satchel Mouth", ce qui veut dire, à peu pres, "bouche grande comme une sacoche".
[2] La Nouvelle-Orléans (New Orleans en anglais) est la plus grande ville de l’État de Louisiane.
Depuis la fondation de la ville (en 1718), la culture française a exercé un rôle majeur et durable dans l'histoire de la Nouvelle-Orléans. En témoignent notamment la place centrale dominée par l'église, les faubourgs, les villas créoles, le Vieux Couvent et l'Hôpital de la Charité.
Le quartier français – le Vieux Carré – le secteur le plus ancien de la ville, est un Site historique national, avec ses nombreux monuments anciens.
Le Café du Monde, fondé en 1862, est connu pour ses beignets à la française et son café au lait, préparé avec de la chicorée, à la mode de la Nouvelle-Orléans.
La Louisiane a conservé une forte affinité avec la France à qui elle a emprunté les traditions de haute gastronomie et la notion de restaurant moderne. Sa cuisine est celle du Vieux-Monde, avec l'apport d'ingrédients locaux. (Source)
En 1733, lorsque Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville redevint gouverneur de la Louisiane, La Nouvelle-Orléans avait déjà la réputation d'une ville libre et joyeuse, avec ses fêtes, ses bonnes tables et ses danses. Durant toute cette période, le français de France demeura la langue officielle de la colonie : c'était la seule langue des Blancs, mais les Noirs parlaient le créole (à base de français) et les amérindiens, leurs langues ancestrales. En 1762, la colonie fut cédée à l’Empire espagnol par un accord secret (traité de Fontainebleau) confirmé par le traité de Paris (1763). Toujours grâce à la diplomatie secrète (traité de San Ildefonso, 1796), la Louisiane (qui comprenait un immense territoire à l'ouest du Mississippi) redevint française en 1800. Rétrocession assez symbolique et pour très peu de temps, puisqu'en 1803, Napoléon Bonaparte la vendit aux États-Unis pour 80 millions de francs. À peine arrivé, Pierre-Clément de Laussat, le préfet colonial français, n'eut que le temps d'organiser une cérémonie sur la Place d'Armes de la Nouvelle-Orléans pour remettre officiellement le territoire (le 20 décembre 1803) aux délégués de l'Union, le gouverneur William Clairborne et le général James Wilkinson.
[3] Son enfance nous rapelle celui d'une autre icône de la musique – Edith Piaf, dont la mêre, lorsqu'elle aussi habitait une maison publique, confiat la petite Edith à sa propre mêre.
timbre français timbre américain
dédié à Louis Armstrong dédié à Edith Piaf
premier d'une serie de 8 clips qui se trouvent sur YouTube
Lecture supplémentaire :
What Louis Armstrong Really Thinks
THE NEW YORKER, 27 February 2014