La plupart du temps, le suffixe « isme
» (en anglais « ism ») positionné à la fin d'un mot indique une idéologie, par exemple, le communisme, le capitalisme, l'anarchisme. Dans les cas où le suffixe « isme »
s'ajoute au nom d'une personne, il s'agit en général d'un personnage politique emblématique qui a cultivé une aura de puissance, d'adoration ou de culte, qui reste associée à son nom, même après sa mort. Ainsi fut le cas de Juan Domingo Perón, Président argentin de 1946 jusqu'à 1955 et de 1973 à sa mort en 1974, [1] de Joseph Staline, tyran géorgien qui dirigea l'Union Soviétique pendant plus de 30 ans, et de Charles de Gaulle, président de la France de 1959 jusqu'à 1969. La période correspondant au Péronisme, au Stalinisme et au Gaullisme représente un tournant décisif dans l'histoire de chacun de ces pays respectifs.
Peron Staline de Gaulle
Le thatchérisme (Thatcherism en anglais) désigne l'ensemble des politiques (essentiellement d'ordre économique) menées par Margaret Thatcher, la première femme élue Premier Ministre du Royaume Unis (1979-1990), dont les funérailles viennent d'avoir lieu. Le terme indique notamment sa politique économique libérale et, au point de vue personnel, la personnalité indomptable de la « Dame de fer ».
Tout partisan de Thatcher et de sa politique s'appelait un « Thatcherite ».
Les deux visages de Margaret Thatcher
D'après le « Journal Montréal » : «
Pour certains, Thatcher a sauvé le pays du déclin, pour d'autres elle n'a que renforcé les inégalités sociales. Admirateurs comme détracteurs s'entendent cependant pour dire qu'elle a su s'imposer comme le leader britannique le plus renommé depuis Winston Churchill. »
Le biographe de Margaret Thatcher, John Campbell ("The Iron Lady: Margaret Thatcher, from Grocer's Daughter to Prime Minister"), la décrit comme "the most admired, most hated, most idolised and most vilified public figure of the second half of the twentieth century. »
Le thatchérisme et son pendant, le « reaganisme » aux Etats-Unis, [2] menés en parallèle, se sont manifestés comme les réponses d'une approche conservatrice face à un modèle économique en crise, suite aux deux premiers rebondissements des prix du pétrole et de la crise du keynésianisme (qui doit son nom à un autre britannique, l'économiste John Maynard Keynes, reconnu comme fondateur de la macroéconomie moderne) [3].
Reagan à Thatcher : "Vous êtes toujours le meilleur homme de l'Europe"
Un autre mot qui se termine par « isme » et dont l'origine est moins connue est le chauvinisme. Le chauvinisme désigne une manifestation excessive du patriotisme ou du nationalisme, issue d'une admiration exagérée ou exclusive de son pays. L'origine du terme se forge dans une légende militaire qui remonte au premier empire et qui met en scène le soldat français, Nicolas Chauvin. Selon la légende, Chauvin aurait été blessé tout en continuant à défendre son pays avec acharnement. Ensuite, le nom s'est répandu par l'intermédiaire de la comédie « La Cocarde tricolore » des frères Cogniard dans laquelle un acteur interprétait le rôle du soldat Chauvin.
Dans ce sens, en anglais, on parle aussi de "jingoism", un terme qui remonte à 1878 en référence à la politique très agressive de la Grande Bretagne envers la Russie. Le terme « chauvinism » existe en anglais mais s'utilise davantage dans le cadre des rapports entre les sexes, à savoir "male chauvinism"
(en français « machisme »). [4] Cet usage reflète une transformation de la signification originale du terme « chauvinisme », d'une philosophie de supériorité envers d'autres pays, à une attitude de supériorité envers le sexe faible.
À l'occasion de la mort de « Maggie » Thatcher, nous achevons cet article avec quelques commentaires en provenance des deux rives de la Manche, ainsi que quelques-unes de ses propres paroles :
The Economist 13.4.2013 :
"Now especially, the world needs to hold fast to Margareth Thatcher's principles."
The Times, 9.04.2013 :
"Of British politicians, only Churchill has inspired more books, imitators and myths. Long before her death, Lady Thatcher had become a noun (Thatcherism) and an adjective (Thatcherite), terms of approbation to some, and deep disapproval to others. …….
Lord Hurd of Westwell, one of her Foreign Secretaries, said: « Mrs Thatcher was very persistent. She would not let go. She went on and on and on.
To many it seemed that Lady Thatcher herself would go on and on. Now she has departed, but her legacy, and the debate surrounding it, will go on and on and on."
The Independent, 09.04.2013 cite un vers du sonnet « Ozymandias » du poète anglais, Percy Bysshe Shelley (1792-1822) :
"Contemplez mes œuvres, ô Puissants, et désespérez !" [5] :
Le Monde, l'édition paru deux jours après sa démise : « La mort, lundi 8 avril, à l'âge de 87 ans, de Margaret Thatcher, a plongé la Grande-Bretagne dans une profonde introspection. L'hommage ému de David Cameron à l'ancienne première ministre conservatrice au pouvoir de 1979 à 1990, pour avoir "sauvé son pays", et le champagne qu'ont sabré de jeunes Ecossais à Glasgow, où elle était haïe, témoignent des divisions laissées par la Dame de fer."
Comme témoignage de la mesure dans laquelle une partie des Britanniques la détestait, notons que la chanson « Ding Dong the Witch is Dead » (Ding Dong, la sorcière est morte), chantée il y a 74 ans par Judy Garland dans le film « The Wizard of Oz », est devenue d'un seul coup la chanson la plus populaire en Grande-Bretagne la semaine après la mort de Thatcher, à la suite de la promotion de la chanson par les adversaires de la première ministre d'autrefois.
Un jeu de mots : en lieu de « Rest in peace » (Qu'elle repose en paix), « Rust in peace » (« Qu'elle rouille en paix »)- allusion faite à la Dame de Fer.
Les propres paroles de Margaret Thatcher :
« The Labour Government …has got the usual Socialist disease — they've run out of other people's money. »
« My policies are based not on some economics theory, but on things I and millions like me were brought up with: an honest day's work for an honest day's pay; live within your means; put by a nest egg for a rainy day; pay your bills on time; support the police. »
« If you want something said, ask a man to say it.
If you want something done, ask a woman to do it. »
« Defeat? I do not recognise the meaning of defeat. »
Lecture supplémentaire:
Thatcher's linguistic legacy
WORLD WIDE WORDS NEWSLETTER, 13 April 2013
Vingt-deux ans après son départ du pouvoir, quel est l'héritage de Margaret Thatcher ?
Interview avec Philippe Chassaigne, professeur d'histoire contemporaine, auteur de « Histoire de l'Angleterre, des origines à nos jours », (Editions Champs) 1.2.2012
Margaret Thatcher: how the papers covered her death
The Telegraph, 9. 4.2013
Le Monde, 9.4.2013 : "Adorez-la ou haïssez-la
For Thatcher, Reagan, Legacies Were Intertwined
Wall Street Journal, 09.04.2013
How Thatcher Saved Britain – and Lost Europe
FOREIGN AFFAIRS, 09.04.2013
Margaret Thatcher Dead at 87
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[1] Pour certaines personnes, le péronisme fait allusion aussi à la seconde femme de Juan, Eva María Duarte de Perón, qui est morte en 1952 à la fin du premier mandat du Président et qui ne fut pas moins populaire que lui.
[2] Selon l'idée reçue, Thatcher et Reagan poursuivaient une politique commune et identique. Cela s'explique non seulement par raison de leur idéologie conservatrice commune, mais du fait qu'ils aient soigneusement cultivé une image d'harmonie entre eux au sein de la presse et du public. Mais d'après Richard Aldous, auteur du livre « Reagan and Thatcher: a difficult relationship ", les deux se sont heurtés sur plusieurs thèmes : la guerre des Îles Malouines (« Falkland Islands »), l'initiative de défense stratégique (IDS), dite aussi Guerre des étoiles, et les armements nucléaires.
[3] Il existe également le « Post-keynésianisme », un courant de pensée économique développé à partir des années 1930 en Angleterre et aux États Unis. Il existe en outre le «néo-keynésianisme », dont l'objectif est de réaliser la synthèse entre les néoclassiques et les idées de Keynes, dont le keynésianisme est inspiré.
[4] En anglais, on emploie depuis 1940 le terme « machismo
», d'origine espagnol d'Amérique latine, une fusion de « macho
» (mâle) et « ismo
» (isme).
[5] "…………….
My name is Ozymandias, king of kings:
Look on my works, ye Mighty, and despair!"
Nothing beside remains. Round the decay
Of that colossal wreck, boundless and bare
The lone and level sands stretch far away. »
Parmi les thèmes de ce vers, s'expriment la puissance et l'arrogance.
Jonathan G.
Avec l'aide preciéuse de Françoise Herrmann