Nous souhaitons la bienvenue à notre nouveau collaborateur, Emad Mirmotahari, auteur du livre « Islam in the Eastern African Novel », (qui fait partie de la collection « Literatures and Cultures of the Islam Worlds », publiée par Palgrave Macmillan), et
« Assistant professeur » d'anglais à l'Université Duquesne [1] de Pittsburgh (Pennsylvanie) où il donne des cours sur la fiction mondiale et post-coloniale. Il a soutenu une thèse de doctorat en littérature comparée à UCLA (Université de Californie à Los Angeles) où ses recherches portent sur les littératures africaines. Son hommage à Chinua Achebe, qui vient de disparaitre, a été
obligeamment rédigé à notre demande.


ImagesChinua Achebe, auteur nigérien et lauréat de prix littéraires prestigieux [2] , est connu comme un « Lion de la Littérature ». Nous avons confié au Professeur Mirmotahari, grand connaisseur des œuvres d'Achebe (et notamment du célèbre « Things Fall Apart »), le soin de lui rendre un dernier hommage [3].|


En lisant ce qui suit, on sera gagné par le style très concis et précis du Professeur Mirmotahari, et l'on partagera sa passion pour le sujet.


Je ne me souviens pas de ma première lecture de Things Fall Apart de Chinua Achebe, comme je ne me souviens pas de la première fois que j'ai lu. Chaque fois que je lis ce roman, je me trouve au cœur d'un Événement. Ce livre est un moyen de voir le monde. Ce sont des yeux. Et, une fois que vous avez vu le monde de cette façon-là, vous ne pourrez plus jamais le voir autrement, comme l'a dit James Baldwin. Things Fall Apart est un texte généreux. Coléreux, mais sans caprice.



D'une ironie perçante, mais sans rancœur. Une théorie du langage et de la façon dont celui-ci agit sur le monde, mais sans complaisance quant au fait. Un texte étrangement familier pour quiconque a un jour trouvé sa version de lui-même influencée par des fictions plus fortes et plus tonitruantes. Things fall Apart a également été écrit pour aider à supporter les innombrables pesanteurs intellectuelles, politiques et idéologiques – la plupart d'entre elles inéluctables, certaines injustes – et il l'a fait avec grâce. Aussi avec une grande économie, Things Fall Apart révèle toutes les possibilités du langage : son aptitude à exprimer et racheter, sa capacité de retenir ou de blesser, et sa sensibilité à l'exil, à la maladie et à la mort. Mais, ce sont les plus grandes et les plus lumineuses qualités du langage que préserve le roman d'Achebe. En effet, cet auteur est le premier qui m'ait montré que le meilleur roman, comme il l'a dit lui-même, « se conduit mal » et refuse toujours la « camisole de force. »

    Je ne peux mesurer encore ce que la disparition d'Achebe signifie pour moi, car c'est trop proche, trop récent. Qu'il me suffise de rendre hommage et de célébrer ce qui reste vivant et valable d'Achebe dans le monde. Plus que toute autre chose, Things Fall Apart m'a enseigné l'importance de la rencontre avec soi-même. Things Fall Apart a été et continue d'être un maître, ce qu'Achebe voulait qu'il soi, ce qu'Achebe a été.

Emad Mirmotahari. Traduction : Jean L.

Texte original rédigé par le professeur Mirmotahari :

I do not remember the first time I read Chinua Achebe's Things Fall Apart, just as I do not remember the first time I read. Each time I pick up the novel, I find myself in the midst of an Event. The novel is a way of seeing the world. It is eyes. And once you see the world in that certain way, you'll never be able to "unsee" it in that way, as James Baldwin has put it. Things Fall Apart is a generous text. Angry, but not bitter. Piercing irony free of rancour. A theory of language and the way it acts on the world, but un-vain about the fact. It is uncannily familiar to anybody who has had their version of themselves impinged upon by stronger, more clamorous fictions. Things Fall Apart has also been made to shoulder countless intellectual, political, and ideological burdens—most of them ineluctable, some of them unfair—and it has done so with grace. With great economy, Things Fall Apart demonstrates the full range of language; its ability to express and redeem, its capacity to withhold and to injure, and its susceptibility to exile, disease, and death. But it is the greatest and most luminous qualities of language that Achebe's fiction safeguards. Achebe was the first to show me that the best fiction, as he himself has put it, "misbehaves" and always "resists the straitjacket."

    I cannot assess what Achebe's passing means to me because it is too close, too recent. And so I can only pay tribute to and celebrate what is alive and well of Achebe in the world. Things Fall Apart taught me, more than anything else, about the value of self-encounter. Things Fall Apart has been and continues to be a teacher, which is just how Achebe wanted it, just what Achebe was.

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[1] L'universite se trouve dans la ville Duquesne, qui porte le nom de Michel-Ange Duquesne de Menneville, né à Toulon en 1700 et mort en 1778. Il est un officier de marine et administrateur colonial
français du xviiie siècle. Il est Gouverneur de la Nouvelle-France de
1752 a 1755. Rentré en France, il est promu chef d'escadre et sert
pendant la Guerre de Sept Ans. Il est battu par l'amiral Osborn à la
bataille de Carthagène en 1758.

[2] Achebe n'a pas remporté le Prix Nobel. C'est un autre auteur nigérien, Wole Soyinka qui en 1986 est devenu le premier auteur africain et le premier auteur noir à recevoir le prix Nobel de littérature.  Entretemps, deux sud-africains blancs ont remporté ce prix : Nadine Gordimer en 1991 et John M. Coetzee en 2003. Doris Lessing, lauréate en 2007, née en Perse (aujourd'hui Iran) et citoyenne britannique, a grandi dans le pays connu aujourd'hui comme Zimbabwe. La plupart de ses œuvres traitent des thèmes africains.

Nobel 1      
Nobel 3    Nobel 2
Wole Soyinka                          Nadine Gordimer             John M. Coetzee

[3] Une de nos lectrices, Pascale Mathex, elle-même auteure (« Voyage en forêt tropicale ») a pu se procurer un exemplaire de la version française de « Things Fall Apart » (Le monde s'effondre). Peu impressionnée par la qualité de la traduction, elle a été stupéfaite d'apprendre que cette version française était proposée à un prix exorbitant sur l'internet. Il nous semble que nos lecteurs francophones auraient bien besoin d'une traduction de meilleure qualité qui aurait sans doute aussi pour effet de rendre le prix du livre plus abordable.

Lecture supplémentaire :

Chinua Achebe, Africa's greatest storyteller, died on March 21st, aged 82
The Economist, 30.3.2013


Comments

One response to “Hommage à Chinua Achebe”

  1. Mon poème préféré de lui c’est “Refugee mother and child”. Ce poème m’avait complètement ému. Merci pour cet hommage.