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L’auteur Antoine Volodine et le traducteur J.T. Mahany remportent le prix Albertine

Une collection de vignettes surréalistes a remporté un prix et une bourse de 10 000 $ US récompensant la traduction d'une oeuvre française aux États-Unis.

BardoBardo or Not Bardo, d'Antoine Volodine, a remporté le tout premier prix Albertine, annoncé jeudi par les services culturels de l'ambassade de la France aux États-Unis. Antoine Volodine et le traducteur J.T. Mahany recevront le prix le mois prochain à la librairie Albertine de New York.

La librairie a été nommée en hommage à l'un des personnages principaux d'À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

Les lecteurs étaient invités à voter pour leur favori parmi la liste de 10 oeuvres sélectionnées par le personnel de la librairie.

Antoine Volodine est le pseudonyme d'un écrivain français qui a publié sous différents noms. Ses autres livres incluent Des anges mineurs et Terminus radieux.

 

Antoine Volodine

J.T. Mahany

Familles bilingues: français dominant, anglais dominant

Olivier E
Nous sommes ravis de recontrer de nouv
eau Olivier Elzingre [*], qui a bien voulu discuter de son expérience dans deux familles bilingues: la première dans laquelle il a grandi, et la seconde dans laquelle il est parent.

 

 

français dominant, anglais:

J'ai grandi dans une famille bilingue en Suisse romande. Le français était notre première langue, l'anglais notre seconde. Mon père est né à Neuchâtel et ma mère à Londres.

Ma mère adorait raconter que lorsque mon grand frère n'avait que deux ou trois ans, il parlait l'anglais plus couramment que le français. Ce n'est que lorsqu'il a atteint l'âge scolaire que son français a non seulement surpassé son anglais, mais l'a supplanté. Dès lors, la vie sociale émergente de mon frère s'est entièrement déroulée en français. A l'âge de dix ans, on aurait pu tout au mieux l'accuser de "bilinguisme passif".

Lorsque je suis né, au grand désespoir de mon frère, notre petite tribu était déjà soumise à une pression francophone double: la communauté où nous habitions et l'inconfort de mon père vis-à-vis du codeswitching grandissant de nos conversations. Jusqu'à ce que mes deux petits frères aient, je ne sais comment, fait irruption dans notre famille, le français avait entièrement pris le pas sur l'anglais.

Certes, ma mère a continué à nous parler en anglais, mais ni moi ni mes frères ne faisions l'effort de nous adresser à elle dans sa langue maternelle.

Ce n'est que très récemment que j'ai mieux compris l'origine de la réticence de mon père envers l'anglais. J'y reviendrai plus tard.

Quelques exemples d'expressions que mes frères et moi utilisions peuvent illustrer le codeswitching que mon père n'appréciait pas: "Le chien barque", "Warum mushroom – because micose", "Si tu as froid aux mains, mets tes gänze", "des cadoulzes" et bien d'autres encore. Remarquez que nous avions l'habitude de "switcher" (encore un terme que mon père n'aimait pas) entre le français, l'anglais et l'allemand. On avait aussi l'habitude de traduire certaines expressions mot-à-mot, comme "tu me conduis en haut du mur" ou "par le temps que" et d'utiliser certaines expressions que l'on avait entendues à la télévision Suisse allemande pour dénoter quelque chose de comique: "Vielen Dank für die Blumen", qui étaient les premières paroles du générique d'introduction de Tom et Jerry.

Bien qu'il y ait eu une certaine opposition au fait que nous mélangions plusieurs langues, cette habitude a persisté dans une certaine mesure jusqu'à la fin de notre adolescence. Ce n'est pas mon père qui y a mis fin, mais nos entrées successives dans les études tertiaires, et plus tard, lorsque chacun d'entre nous a adopté une identité professionnelle.

Je me souviens donc particulièrement de certaines conversations à l'université de Lausanne. Ce n'était plus le codeswitching qui m'identifiait, mais mon accent d'origine villageoise d'un canton suisse à la réputation fermée d'esprit (ce n'est réellement pas le cas). Mon accent n'a jamais été naturellement fort, probablement parce que j'avais grandi dans une famille bilingue, mais je prenais plaisir à l'exagérer. J'avais acquis une forme de revendication d'identité rustre au travers de cet accent du village.

Je n'ai pas terminé mes études à Lausanne. En effet, j'ai quitté la Suisse en 1999 et joint Leeds University en 2000. Une nouvelle identité linguistique m'y attendait, mais je ne m'y attarderai pas.

anglais dominant, français:

Me projetant une dizaine d'années dans le futur, me voilà marié, vivant à Melbourne et père d'un enfant dans une famille bilingue. Bien que mon anglais ait aujourd'hui surpassé mon français dans bien de domaines, je parle français à mon fils, sans insister pour qu'il me réponde dans la même langue. J'imite ici bien sûr l'exposition à l'anglais dont j'ai profité étant enfant. Je sais qu'il ne développera pas un bilinguisme très impressionnant de cette façon. Par contre, je pense que mon approche l'aidera à s'intéresser au français et à choisir consciemment de l'acquérir ou non quand il aura l'âge de mieux saisir où sont ses propres intérêts.

En attendant, le français est présent dans notre famille. Ma femme ne le parle pas couramment, mais elle en a des notions relativement avancées. Ma belle-mère, qui vit chez moi, ne parle presque pas le français, mais elle prend des cours pour adultes.

Dans nos conversations quotidiennes, j'ai pu observer mon fils utiliser certains mots en français: bouteille, ouais, mange, table, chien et d'autres encore. Ces utilisations sont plus fréquentes lorsque nous avons passé une journée juste lui et moi (cela arrive une ou deux fois par mois).

Finalement, il est évident que personne dans notre entourage immédiat ne s'oppose à l'utilisation du français.

Statuts de langues et motivation d'apprentissage

Bien qu'il y ait des rapports entre ma vie familiale actuelle et mon enfance, il faut souligner une différence importante. Il ne s'agit plus de l'anglais qui doit être acquis par l'enfant, mais le français. La différence fondamentale vient du statut respectif de ces deux langues.

Lorsque je grandissais, l'anglais avait bien sûr déjà acquis un statut international qui incitait les apprenants à y voir une utilité pratique. Le français ne bénéficie pas de ce statut. La motivation qui mène un apprenant à progresser dans cette langue relève plus de raisons intrinsèques qu'instrumentales. Par cela, je veux dire qu'il y a plus de chance qu'une personne voie dans le français une langue dont la réputation est d'être romantique et belle, alors qu'un étranger à la langue anglaise y verrait plutôt un conduit social et professionnel, un accès à une identité internationale.

Bien sûr je simplifie ces visions sociolinguistiques, mais elles ne sont pas fausses non plus. D'autre part, je peux observer que mon fils est curieux de la langue française et qu'il me demande certaines traductions. Bien sûr, je l'encourage, mais comme la seule exposition au français qu'il a est par mon biais (ma femme est australienne), insister qu'il me parle en français pourrait le fermer à la possibilité de s'y intéresser plus sérieusement à l'avenir.

Comme vous avez pu le lire dans l'entretien de Jean-Marc Dewaele, le multilinguisme peut s'intégrer plus fortement dans une famille. De temps en temps, je regrette de ne pas avoir insisté pour que mon fils me parle en français. Dans ces moments-là, je me rappelle que ma propre identité linguistique n'est plus uniquement francophone, et ne l'a peut-être jamais été. Je peux seulement espérer que mon fils aura suffisamment de curiosité pour faire le choix d'apprendre cette langue qu'il comprend déjà bien.

En fin de compte, ce n'est pas tant la langue dans laquelle nous communiquons qui est importante, dans la mesure où nous communiquons. Si mon fils accepte sans problème que je lui parle en français, c'est que cette langue n'offense pas son identité linguistique. Je me permets donc de rester optimiste quant au futur bilingue de mon fils.


[*]  Olivier est Suisse d'origine et prof. de français au lycée en Australie depuis 11 ans. Voulant en savoir plus sur l'apprentissage des langues au niveau théorique, Olivier a fait une maîtrise en linguistique appliquée, suivie d'un doctorat qu'il a commencé en 2015. Sa recherche se concentre sur les lycéens et leur motivation dans l'apprentissage du français.

 

MultilateralNous avons invite le Professeur Jean-Marc Dewaele de commenter l'article ci-dessus. Jean-Marc a été notre "Linguiste du mois de septembre 2016" et il est le co-auteur, entre beaucoup d'ouvres sur de themes linguistiques,  de "Raising Multilingual Children", paru en mars 2017 chez Multilingual Matters, et disponible en France sur Kindle . Voici son commentaire :

 


Je suis tout à fait d'accord avec les conclusions d'Olivier.  Plutôt que de se plaindre de ce qui aurait pu être en matière de bilinguisme familial, il vaut mieux se réjouir de ce qui a été atteint – même s'il s'agit d'un bilinguisme moins actif.  Il faut être confiant et maintenir ce qu'on peut – de façon naturelle.  Le fait que sa mère et belle mère aient une attitude positive envers le français est important.  Même en position minoritaire, le français conserve une présence à la table familiale. Chaque multilingue développe une identité linguistico-culturelle unique, qui évolue avec le temps, comme l'histoire d'Olivier le démontre très bien.  Il est possible que son fils décide, un jour, de développer ce capital linguistique, il est tout aussi possible qu'il décide que ses priorités sont ailleurs.  Comme parent on peut encourager son enfant, mais en fin de compte ce sera son choix.  Je ne cesse de m'émerveiller des mille et une formes
d'hybridité linguistique et culturelle. Vive le multilinguisme!

Jean-Marc Dewaele

Un aperçu humoristique sur l’élection présidentielle française

dans la presse américaine

 

FRENCH ANNOYINGLY RETAIN RIGHT TO CLAIM INTELLECTUAL SUPERIORITY OVER AMERICANS

New Yorker, May 7, 2017

Vingt-cinq ans après la mort de Marlène Dietrich, une de ses lettres d’amour est vendue aux enchères publiques

L'article qui suit a été rédigé par notre fidèle contributrice, Cynthia Hazelton [*]. La version française a été réalisée par notre infatigable traducteur, Jean Leclercq.

 

 

H & DErnest Hemingway et Marlène Dietrich étaient deux icônes des sociétés française et américaine du XXe siècle. Celle-ci est morte le 6 mai 1992. On sait beaucoup de choses de leurs vies professionnelles. Mais, jusqu'à ces derniers temps, ils partageaient un secret quant à leurs vies intimes. Comment ces deux êtres, nés dans des continents différents, célèbres dans des domaines divergents, en sont-ils venus à exercer une telle influence des deux côtés de l'Atlantique ? Et quel est donc leur secret ?

Revenons un peu en arrière :

Dietrich 1Marlène Dietrich est née à Berlin en 1901. Manifestant un intérêt précoce pour la musique et le théâtre, elle commence par être choriste et tient de petits rôles dans des films. Elle perce à l'écran dans un film de 1930, L'Ange bleu, où elle incarne une séduisante chanteuse de cabaret qui cause la chute d'un enseignant respecté.

Une fois lancée, Dietrich gagne Hollywood où elle tourne dans six films. Dès lors le personnage de la «femme fatale mystérieuse» lui colle à la peau. Bien qu'elle soit l'actrice la mieux payée d'Hollywood, sa popularité décline en Amérique.

Marlène Dietrich s'installe à Londres, espérant relancer sa carrière en Europe. Le parti nazi la pressent pour tourner des films de propagande allemands. Elle décline de juteux contrats, refuse de travailler pour le parti nazi et renonce à la citoyenneté allemande. En 1937, elle sollicite la citoyenneté américaine qu'elle obtiendra deux ans plus tard.

Marlene troupsPendant la Deuxième Guere mondiale, elle se produit dans des spectacles de l'USO dans toute l'Europe, prestations pour lesquelles elle reçoit la Médaille de la Liberté en 1947. La France lui décerne la Légion d'honneur pour son action pendant la guerre.

Des années cinquante aux années soixante-dix, Dietrich chante dans des cabarets en Europe. Elle est connue pour ses nombreuses liaisons célèbres, son défi des normes sexuelles et son rôle d'icône de la mode. Elle marche à l'alcool et aux pilules.

Marlène Dietrich passe à Paris les onze dernière années de sa vie. Elle meurt en 1992, à 90 ans. Quelque 1.500 personnes assistent à ses funérailles en l'église de la Madeleine.

—————-

Hemingway 1Ernest Hemingway naît dans une famille de la classe moyennne chicagolaise en 1899. Pendant toute sa vie, il a la passion de l'écriture, du sport et de l'aventure en plein air. Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, il s'engage comme ambulancier et, affecté sur le front italien, il est sérieusement blessé en 1918. Il retourne aux États-Unis pour se rétablir.

 Après la guerre, il se marie, travaille comme journaliste d'une petite ville et, par la suite, collabore au Toronto Star, le grand quotidien canadien. Lorsque le couple s'installe à Paris en 1921, Hemingway est correspondant à l'étranger du Star et fréquente un groupe d'écrivains américains expatriés qui s'y trouvent à l'époque. Cette expérience modifiera à jamais sa vie. En effet, c'est pendant ces années qu'il rencontre Gertrude Stein, Alice B.Toklas, Henry Miller, Sylvia Beach, John Dos Passos, Ezra Pound et F. Scott Fitzgerald. Ils encouragent le jeune auteur et guident ses débuts. Ses correspondances de la guerre civile espagnole ont été à la base de son plus grand roman, Pour qui sonne le glas (1940).

Hemingway before Shakespeare bookstoreHemingway, sa femme, Sylvia Beach et Adrienne Monnier
devant la librairie "Shakespeare & Company", Paris

 

Mais, si le succès littéraire lui sourit, sa vie privée vacille. Au cours des vingt ans qui suivent, Hemingway sombre dans l'alcoolisme et se remarie trois fois.

L'un des oeuvres d'Hemingway qui reçut l'accueil le plus élogieux, A Movable Feast (Paris est une fête) est un rappel des années passées à Paris comme  écrivain en lutte. Il fut publié en 1964, trois ans après sa mort. L'aventure amoureuse vécue entre Hemingway et Paris se résume dans cette phrase : «Si vous avez eu la chance d'avoir vécu à Paris dans votre jeunesse, où que vous alliez pour le restant de vos jours, cela vous accompagne, car Paris est une fête.»

 

  Hemingway quote 2          H quote 3

Une nouvelle édition de A Moveable Feast a été publiée par son petit-fils, Sean Hemingway, en 2009. De par les modifications et les corrections apportées à l'original, cette réédition a été très controversée.

Après l'attentat terroriste de Paris du 13 novembre 2015, A Moveable Feast/Paris est une fête est devenu un livre à succès en France. Des exemplaires du roman font été déposés sur les lieux de mémoire, symbolisant la résistance et la fierté françaises

Une Parisienne âgée a été interrogée par une chaîne de télévision française, alors qu'elle apportait des fleurs sur le lieu de l'attentat du Bataclan. Ses propos sont devenus viraux : «Il est très important de voir des exemplaires de Paris est une fête dans les lieux de mémoire, parce que c'est un symbole d'optimisme. C'est un symbole de ce que Paris devrait être. C'est un symbole de la culture-café, de la culture littéraire. C'est un symbole des artistes bavardant aux terrasses. C'est tout ce à quoi, de diverses façons, on s'est attaqué dans la soirée de vendredi dernier.»

Hemingway a publié dix romans, cinq ouvrages documentaires et dix recueils de nouvelles. On lui a décerné le Prix Pulitzer pour les œuvres de fiction en 1953 et le Prix Nobel de littérature en 1954. Hélas, il se suicida à 61 ans, non sans avoir laissé un héritage durable à la littérature américaine et un message d'amour à la ville de Paris.

Hem plaque

 

Quel est le rapport entre Hemingway et Dietrich?

Hemingway letter 2En avril 2007, The Guardian a rendu public des lettres et des télégrammes, inédits jusqu'ici, échangés entre Hemingway et Dietrich. Ces documents étaient divulgués par la bibliothèque Kennedy de Boston, à la demande de la fille de Marlène Dietrich qui avait voulu qu'ils soient gardés confidentiels pendant 15 ans après la mort de sa mère.

Les lecteurs y découvrent une relation amoureuse de 27 ans entre les deux personnages qui s'étaient rencontrés à bord d'un paquebot français en 1934, alors qu'ils avaient, lui, 35 ans et, elle, 33 ans. D'après leur correspondance, ce fut le coup de foudre. Hemingway appelait Marlène «mon petit chou» et elle l'appelait «Papa». Curieusement, alors que l'un et l'autre multipliaient les aventures, ils ne consommèrent jamais leur liaison. Hemingway expliquait que c'était faute de synchronie – ils n'étaient jamais libres en même temps.

Leurs lettres allaient du badinage amoureux aux propos profondément sérieux, partageant souvent leurs craintes et leurs insécurités. Leur correspondance s'est poursuivie pendant 27 ans jusqu'à ce qu'Ernest se suicide en 1961.

Une de leurs lettres d'amour, en date du 12 août 1950, sera vendue aux enchères à New York le 4 mai prochain.

 

 

  

 

Lectures supplémentaires :

Hemingway fut-il, comme l'isthme de Panama, un pont entre  ambos mundos? – Jean Leclercq

De quoi vivre à Paris – Marie Houzelle

Amours et tromperies chez les Hemingway – Naomi Wood

  SB & the Lost Generation

[*] Cynthia est titulaire d'un diplôme de droit et exerce la profession de traductrice juridique. Elle enseigne également la traduction juridique français/anglais à Kent State University (Ohio).

Nadine Gassie et Océane Bies –

linguistes du mois d’avril 2017

traductrices littéraires, anglais > français.

  Nadine Nadine corrected

              Nadine Gassie                          Océane Bies

 

Jean-Paul croppedNotre intervieweur, Jean-Paul Deshayes, est ancien professeur agrégé d'anglais et formateur en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) ayant également enseigné le français à Londres pendant dix ans du collège à l’université. Jean-Paul poursuit son activité de traducteur pour la presse magazine. Il est membre de l'ATLF (Association des traducteurs littéraires de France). Bien que retraité, il s’occupe diversement : échanges avec d’autres traducteurs, lectures variées, bricolage et arts martiaux, voyages à Londres avec son épouse anglaise pour rendre visite à leur fille et sa petite famille. Il considère la traduction (thème et version) comme un exercice intellectuel particulièrement stimulant et s’y adonne à la fois professionnellement et pour son plaisir personnel. Jean-Paul a mené l'interview  depuis Trivy, en Bourgogne du Sud. Océane se trouvait a Bordeaux et Nadine à Garrey, dans les Landes.


Souvent qualifié de « travailleur de l’ombre », le traducteur joue pourtant un rôle capital dans la diffusion d’œuvres écrites dans une langue étrangère. C’est grâce à lui, et à lui seul, que notre culture personnelle s’enrichit de lectures inaccessibles autrement et que nous découvrons des auteurs connus dans leur pays, mais inconnus dans le nôtre. Trop souvent hélas, le nom du traducteur n’est pas cité dans les émissions, chroniques et blogs qui présentent la version française d’une œuvre écrite en langue étrangère. Une telle omission est un manque de respect total du droit moral de l’auteur de la traduction. C’est en  lisant
 
Avec « Fin de ronde », Stephen King cogne – Le Monde, 15/3/2017, que nous avons relevé les noms (heureusement cités) des deux traductrices de Fin de Ronde, thriller de Stephen King, paru en France le 8 mars 2017 (ALBIN MICHEL).

  Fin de ronde       Stephen King
   
Autre surprise : il n’est pas très fréquent qu’une traduction soit le fruit d’un travail en commun, comme celui qu’ont réalisé avec talent Nadine Gassie et Océane Bies, un tandem d’autant plus solide et harmonieux qu’il réunit la mère (Nadine) et la fille (Océane) ! Leur éloignement géographique relatif
n’est guère un obstacle à notre époque où les échanges par mail et téléphone sont si aisés. Toutefois, des séances intenses de travail à deux sont nécessaires, surtout à la fin, lors des ultimes relectures, des corrections et à la réception des épreuves. Grâce à ce dialogue toujours constructif et ce souci constant de la qualité, Nadine Gassie et Océane Bies réalisent un travail unique qui donnera au lecteur français le plaisir de s’approprier des œuvres enfin à sa portée.

Nous les remercions vivement d'avoir répondu à nos questions avec enthousiasme et précision.

 

Jean-Paul croppedJ-P : Pouvez-vous présenter votre parcours et nous indiquer ce qui a guidé votre choix du métier de traductrice littéraire ? Peut-on parler de vocation ?

Nadine croppedNadine Gassie : Dans mon cas, oui, je crois qu'on peut parler de vocation. J'ai eu très tôt conscience de la place du traducteur « posté à la porte du livre »… faisant office de portier, détenant les clés. J'ai le souvenir, enfant, d'avoir toujours préparé le plaisir de la découverte d'un nouveau livre par la lecture jouissive de tous les éléments ayant concouru à sa présence entre mes mains : titre, nom de l'auteur, de l'éditeur, de l'illustrateur et, bien sûr, du traducteur, toujours discret, en page de titre intérieure, juste en dessous du titre, donc juste avant « l'ouverture » du livre en français, qui sans lui ne peut se faire…


OceaneOcéane Bies
 : Je ne parlerais pas de vocation, non. En revanche, on peut dire que je suis tombée dedans quand j'étais petite. Ma mère étant traductrice, j'ai été sensibilisée à l'anglais dès mon plus jeune âge, et puis j'ai toujours été entourée de livres. C'est comme ça que je me suis naturellement orientée vers une fac d'anglais. J'ai un master 2 recherche en LLCE. Mais je ne me suis jamais imaginée traductrice, bien au contraire, car ayant vu ma mère à la tâche durant toute mon enfance, j'ai très vite pris conscience de la somme énorme de travail que ce métier exige. Et puis j'ai commencé à relire certaines épreuves pour ma mère, et c'est comme ça que de fil en aiguille, je me suis mise à travailler avec elle.

 

Jean-Paul croppedJ-P : Quelles qualités stylistiques (ou autres) vous inspirent particulièrement dans une œuvre que vous acceptez de traduire ? Y a-t-il une ou plusieurs œuvres pour lesquelles traduire a été un très grand plaisir ?

Nadine croppedNadine : J'aime les styles qui bousculent « la langue » (et les idées) convenue-s, bouleversent nos a priori, et ce faisant inventent une nouvelle langue, reflet d'une nouvelle vision du monde, lesquelles viendront métamorphoser les nôtres.

C'est probablement l'œuvre de Melanie Rae Thon qui, à ce titre, a été et reste pour moi l'enjeu le plus fort, source d'intense jouissance bien plus que de plaisir.

OceaneOcéane : Étant jeune traductrice (j'exerce ce métier depuis quatre ans), j'accepte tout ce qu'on pourrait me proposer, peu importe le style ou les qualités du livre. Disons que je ne peux pas me permettre de refuser un contrat. Mais jusqu'à présent on peut dire que j'ai eu de la chance, car j'ai fait mes premières armes avec deux grands auteurs (et ma mère pour mentor), et se voir confier leurs œuvres a toujours été pour moi un immense honneur, ainsi qu'une énorme responsabilité, c'est pourquoi j'ai toujours pris un grand plaisir à les traduire.


Jean-Paul croppedJ-P : Avez-vous une façon particulière de procéder quand vous vous attelez à la traduction d'un nouveau livre ?

 

OceaneOcéane : Tout d'abord, je m’attelle à la lecture. Ça peut paraître évident mais on me demande souvent si je lis le livre avant de le traduire. Donc oui, plutôt deux fois qu'une. Lorsque je commence la traduction à proprement parler, je procède à une deuxième lecture par chapitre où je me concentre exclusivement sur la recherche de vocabulaire et de références (culturelles, historiques, techniques…). Car le travail de traduction est avant tout un travail de recherche. Une fois tel ou tel chapitre « défriché », je me lance dans la traduction.

Nadine croppedNadine : Je lis une première fois le roman, ou recueil de nouvelles, je prends des notes en marge : associations d'idées, références à d'autres écrits de l'auteur, à des questions de société, etc. Je prends acte et conscience des première et dernière phrases du texte, pour savoir où je vais et comment je dois y aller, et j'attaque. Je m'entoure durant la traduction de tout un univers symbolique et signifiant en rapport avec l'œuvre, en vue de favoriser mon travail (livre-audio, photos, musiques, films, gastronomie, etc.). Si je peux, je pars faire de la traduction in situ, sur les lieux de la fiction…


Jean-Paul croppedJ-P : Les auteurs que vous traduisez  répondent-ils aux interrogations éventuelles dont vous leur faites part ? Avez-vous des retours de leur part sur votre version française de leurs œuvres ?

Nadine croppedNadine : J'ai cessé de faire appel aux auteurs pour débrouiller les questions qui se posent en cours de traduction, car j'ai observé que si la plupart d'entre eux acceptent de répondre avec bienveillance, ils ne mesurent pas, la plupart du temps, les enjeux qui se posent à nous, dans notre langue. Nos questions les laissent perplexes, ou parfois même les dépassent, ils ne les comprennent pas, d'autant qu'eux-mêmes sont, au même moment, sortis de ce texte, déjà ancien pour eux, et accaparés par l'écriture d'un nouveau texte… Internet, nos relations, notre perspicacité nous suffisent amplement la plupart du temps pour tout résoudre, sans avoir à importuner nos auteurs.

OceaneOcéane : Je n'ai jamais été en contact direct avec un auteur. Peut-être par pudeur : j'ai tendance à me dire que les écrivains ont autre chose à faire que de discuter avec leurs traducteurs, car ils peuvent en avoir beaucoup. Et puis le travail en binôme permet de pallier à d'éventuelles difficultés avec deux fois plus d'efficacité. Aucun retour non plus sur la version française de leurs œuvres, car ils n'ont pas forcément les connaissances requises dans telle ou telle langue pour juger de la qualité d'une traduction.


Jean-Paul croppedJ-P : Vous est-il arrivé d’être sur le point de jeter l’éponge tant les difficultés d’un texte, non repérées au départ, vous semblaient insurmontables ?

 

OceaneOcéane : Non, et c'est là l'avantage de la traduction en binôme, tout est plus surmontable lorsqu'on est deux.

 

 

Nadine croppedNadine: Non, même si seule, il m'est souvent arrivé de passer par une phase de découragement ou d'accablement située à peu près à la moitié de l'ouvrage, moment que je vis alors comme l'approche du sommet d'une montagne terriblement dure à gravir, sachant que la seconde partie sera plus facile à négocier, comme la redescente dans la vallée.

 


Jean-Paul croppedJ-P : Comment avez-vous organisé votre travail en binôme pour la traduction de certains titres de Stephen KING notamment ? Quelles sont les contraintes matérielles ou autres et quels sont les avantages ? Recommanderiez-vous cette formule à d’autres traducteurs ?

OceaneOcéane : Très simplement. On se partage généralement le roman en deux. Chacune effectue sa part, s'ensuit un interminable travail de relecture, de concertation et d'harmonisation. Les compétences ou analyses de l'une sont souvent  complémentaires de celles de l'autre, ce qui permet selon moi d'aboutir à des traductions équilibrées et le plus justes possible. Le travail en binôme permet d'avoir du recul sur le texte, chose que l'on perd souvent en cinq mois ou plus de travail acharné. Le dialogue, l'écoute, l'humilité, le compromis, tout cela aide à la réalisation d'une traduction bien faite. Lorsque l'ego est mis de côté, je pense que le travail en binôme ne peut avoir que des avantages (si ce n'est que la paye est divisée en deux à l'arrivée…). Il s'agit aussi de savoir défendre ses idées lorsqu'il y a désaccord. C'est un travail d'équilibre dont il ne faut jamais perdre de vue l’intérêt premier : celui du texte.

Nadine croppedNadine : Nous modifions notre stratégie à chaque roman ou recueil de nouvelles, sachant qu'un texte dicte sa façon d'être traduit. Mais nous veillons généralement à respecter une équité quasi parfaite, sans qu'il y ait de cadre rigide non plus. Nous traduisons, en volume, la moitié chacune, puis nous nous relisons et corrigeons mutuellement, par échange de fichiers, avec à l'occasion une conversation téléphonique, mais c'est rare. Nous réservons l'entrevue en tête à tête et la discussion de vive voix, sur les derniers points à harmoniser, pour la fin, avant remise à l'éditeur du manuscrit finalisé.

C'est une méthode idéale, de liberté totale pour chacune, tout en bénéficiant du soutien constant de l'autre, de partage équilibré des responsabilités, et d'accroissement des potentialités. Sur un auteur aussi complexe et riche en voix énonciatives que Stephen King, nous avons découvert que c'est un avantage certain, garant de même richesse vocale en français.

 

Jean-Paul croppedJ-P : Pour nos lecteurs qui souhaiteraient en savoir plus sur Stephen King , pourriez-vous nous présenter cet auteur et
nous indiquer depuis quand vous êtes devenues  « sa nouvelle 
 voix  » en français ?

 

Nadine croppedNadineStephen King, mythe vivant de la littérature américaine, a publié plus de cinquante romans, tous best-sellers, et plus de deux cents nouvelles. Depuis son premier roman, paru en 1974, il n'a cessé de s'imposer en maître dans le domaine de l'horreur, du fantastique, de la science-fiction et du roman policier. Depuis 2007, j'ai traduit trois  de ses romans en solo ainsi qu'un recueil de nouvelles. 

OceaneOcéane : J'ai rejoint l'aventure en 2013 et nous avons traduit ensemble cinq de ses romans et son dernier recueil de nouvelles.

 

 


     SK book 3       SK book 2       SK Book 4


Jean-Paul croppedJ-P : Traduire Stephen KING doit être une expérience unique ! Quelles sont les spécificités et les difficultés de cet auteur ?

Nadine croppedNadine : C'est bien sûr une expérience unique et un enjeu de taille ! King est un auteur multi-genres et prolifique, donc sa traduction exige beaucoup de lectures préparatoires et de lectures concomitantes, pour accompagner la traduction : nous devons lire ce qu'il a écrit avant, pendant, et savoir même ce qu'il écrira après… Nous devons lire ses maîtres et ses sources, citées ou pas, nous devons savoir ce qui se dit et s'écrit de lui, ce que lui-même dit et écrit de lui. Et nous devons faire un travail aussi puissant et percutant que le sien sur la langue et sur le monde, car c'est un auteur qui avance vite et fort, et nous devons le suivre, à pas de géant. Le titre du tout récent article du Monde : « Fin de Ronde : King cogne », sur le dernier opus de la trilogie Hodges, semble nous donner raison. Si King cogne, c'est que ses traductrices cognent aussi…

OceaneOcéane : Stephen King a une écriture en apparence très simple car très fluide, à la limite de l'oralité. Mais cette apparente simplicité est bien évidemment le fruit d'un long travail. Je pense notamment à la trilogie Hodges, où l'oralité est poussée à son paroxysme par la prise en charge de la narration par tous les personnages, alternant ainsi les styles et les points de vue énonciatifs, parfois même d'une phrase à l'autre, et y compris dans une même phrase. Stephen King a aussi cette particularité qu'il manie les sauts dans le temps à la perfection, il promène constamment ses lecteurs d'un temps de la narration à un autre, ce qui peut être déconcertant pour le traducteur qui ne doit jamais perdre de vue qui parle, quand, à qui, comment, etc… Avec son style très frontal, oral, polyphonique et multitemporel, je dirais que Stephen King est un auteur qui casse les codes de la littérature conventionnelle.

 


Jean-Paul croppedJ-P :On entend souvent dire que « traduire, c’est trahir » ? Comment parvenir à trahir le moins possible ?

OceaneOcéane : Je ne suis pas d'accord avec cette idée. Pour moi, traduire, c'est servir. Car la traduction est avant tout une passerelle entre les personnes, les peuples, les cultures, les idées… Il y a bien entendu mille façons de traduire un texte, comme il peut y avoir mille façons de lire un texte. Donc selon moi c'est encore une fois une question d'équilibre, équilibre entre sa propre sensibilité et ce qui caractérise le texte en lui-même, qu'il s'agisse du style ou du message porté par l'auteur. Il faut accepter où le texte nous mène, sans se faire prendre au piège de l'interprétation hâtive, parfois même de la pudeur, ou, à l'inverse, de l'étoffement et de l'embellissement.

Nadine croppedNadine : J'adhère totalement à la formule unique et novatrice d’Océane : « Traduire, c'est servir » ! Elle a magnifiquement répondu sans tomber dans le piège du poncif. Si seulement ce bel adage pouvait tordre le cou une fois pour toutes au vieil et éculé « Traduire, c'est trahir » qui ne reflète que l'ignorance et la frustration des non-initiés à cette science rigoureuse et cet art consommé qu'est l'exercice de la traduction littéraire.

Un traducteur conscient des enjeux de signifiance d'un texte, c'est-à-dire ses enjeux poétiques et politiques, et de ses enjeux énonciatifs, c'est-à-dire ses enjeux personnels et trans-personnels, ne sera jamais un traître à rien ni personne mais un serviteur authentique de « la voix », et des voix, qui lui sont données à entendre. Les autres sont des traîtres, naturellement, mais ce ne sont pas des traducteurs !

 

Jean-Paul croppedJ-P : Y a-t-il un auteur/un titre que vous adoreriez traduire et pensez-vous que vous arriveriez à convaincre un éditeur de vous en confier la traduction ?

Nadine croppedNadine : J'aimerais continuer à traduire pour un nouvel éditeur mon auteur australien principal, Tim Winton, que j'ai servi avec une vraie force poétique pendant vingt ans avant que les éditions Rivages et leur nouvelle traductrice ne massacrent son dernier opus, Eyrie, en 2015. Ce scandale éditorial passé alors inaperçu doit maintenant éclater au grand jour et un grand éditeur français doit absolument « sauver » le non moins grand Winton. J'y travaille.

OceaneOcéane : Il y a un texte que j'aurais aimé traduire, pour répondre différemment à votre question : Johnny s'en va-t-en guerre, de Dalton Trumbo, roman antimilitariste par excellence. Bouleversant par le thème, bien sûr, mais aussi par sa puissance narrative. Et déjà admirablement traduit…

 


Jean-Paul croppedJ-P : Travaillez-vous actuellement sur une traduction particulièrement passionnante ?

OceaneOcéane : Aucune traduction en cours pour le moment, je consacre donc mon temps à des lectures en vue d'éventuels projets à proposer à des éditeurs.

Nadine cropped
Nadine
: Oui, bien sûr… mais c'est top secret !

 

 

Top secret

Entretiens menés par Jean-Paul DESHAYES avec d'autres linguistes :

Edith Soonckindt – linguiste du mois de mai 2014

Annie Freud – linguiste du mois de septembre 2015

 

Interviews précédentes réalisées en 2017 

La méchante virgule d’Oxford

Une virgule pourrait coûter à une entreprise américaine des millions de dollars en heures supplémentaires

Texte original de Daniel Victor, New York Times; synthétisé, et traduit par Joëlle Vuille

J. VuilleJoëlle, contributrice fidèle au blog, a une licence en droit suisse et un doctorat en criminologie. Après avoir profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society), Joëlle est actuellement privat-docent à la Faculté de droit de l'Université de Neuchâtel.

Une action collective en justice introduite devant un tribunal américain par des chauffeurs de camion et portant sur le paiement d'heures supplémentaires repose entièrement sur une ponctuation qui divise depuis toujours les familles et cercles d'amis anglophones, les uns la considérant comme absolument incontournable, tandis que d'autres la trouvent totalement inutile: le « Oxford comma », ou virgule d'Oxford (connue aussi comme "serial comma").

La décision de 29 pages , rendue le 13 mars dernier par la United States Court of Appeals for the First Circuit, est un exercice de haut-vol grammatical qui pourrait coûter 10 millions de dollars à une entreprise de produits laitiers de Portland, dans l'état du Maine.

OakhurstEn 2014, trois chauffeurs routiers ont introduit une action en justice contre leur employeur, Oakhurst Dairy, réclamant le paiement de l'équivalent de quatre ans d'heures supplémentaires. La législation de l'état du Maine impose en effet que les employés soient payés 1.5 fois le tarif normal pour chaque heure travaillée au-delà de 40 heures par semaine, tout en prévoyant quelques exceptions à cette règle.

Avant de continuer, il est nécessaire de faire une petite digression dans le monde de la ponctuation : en anglais, dans une liste de trois éléments ou plus – par exemple « des haricots, des pommes de terre et du riz » – certaines personnes mettent une virgule après « pommes de terre » (« beans, potatoes, and rice »), tandis que d'autres n'en mettent pas. Nombreux sont les anglophones qui ont un avis très, très tranché sur la question.

La plupart du temps, le débat autour de la virgule d'Oxford n'a pas grande importance. Dans le cas des chauffeurs de camion mentionnés précédemment, la virgule s'est révélée cruciale. La disposition légale pertinente, qui exclut le paiement d'heures supplémentaires pour un certain nombre de tâche, est la suivante :

The canning, processing, preserving, freezing, drying, marketing, storing, packing for shipment or distribution of:

(1) Agricultural produce;

(2) Meat and fish products; and

(3) Perishable foods.[1]

La loi entend-elle exclure le paiement d'heures supplémentaires pour la distribution des trois catégories de produits indiquées, ou pour l'emballage en vue de l'envoi ou de la distribution de ces produits ?

Savoir si les chauffeurs d'Oakhurst Dairy avaient été privés du paiement de milliers de dollars en heures supplémentaires dépend entièrement de la façon de lire cette phrase.

En effet, s'il y avait une virgule après « shipment », il serait clair que la loi exclut le paiement d'heures supplémentaires pour la distribution de produits périssables. Mais la cour d'appel, dans son jugement du 13 mars dernier, a jugé que l'absence de virgule créait suffisamment d'incertitude pour que cela bénéficie aux chauffeurs.

Autrement dit, les partisans de la virgule d'Oxford ont gagné la bataille.

La disposition légale à l'origine de l'action en justice avait pourtant été rédigée conformément au manuel de rédaction législative du Maine, qui ordonne aux législateurs de ne pas utiliser la virgule d'Oxford. N'écrivez pas "trailers, semitrailers, and pole trailers," instruit le manuel — mais plutôt, "trailers, semitrailers and pole trailers."

Le manuel précise que la virgule est la ponctuation la plus mal utilisée et la plus mal comprise du langage juridique, et peut-être même de la langue anglaise. Il recommande de faire usage de la virgule avec retenue.

L'histoire juridique est riche de cas dans lesquels une virgule a fait toute la différence pour l'issue d'un procès [2]. On pensera notamment à un litige d'un million de dollars entre deux entreprises canadiennes en 2006 [3] ou encore à l'introduction coûteuse d'une virgule dans une loi de 1872 établissant des taxes d'importation pour certains produits. L'intention du législateur avait été d'exonérer de taxes l'importation de "fruit plants", mais une virgule oubliée eu pour conséquence d'exonérer de taxe les "fruit, plants", ce qui résultat dans un manque à gagner considérable pour l'État. Voir The Most Expensive Typo in Legislative History

Comma washington

Dans l'interprétation du 2ème amendement à la Constitution américaine (qui garantit le droit à posséder une arme), la virgule a fait l'objet de vues divergentes de la part des tribunaux ; voir par exemple une décision d'une cour fédérale de district qui a invalidé une loi sur les armes adoptées à Washington en 2007 [4] (décision qui fut à son tour invalidée par la Cour suprême des États-Unis dans son arrêt District of Columbia v. Heller). [5]

Les reporters, éditeurs et producteurs du New York Times évitent en général la virgule d'Oxford, mais des exceptions sont parfois faites, comme le relève Phil Corbett, charge de questions de langage dans la salle de presse, lorsqu'il s'agit d'éviter des ambiguïtés:

"We do use the additional comma in cases where a sentence would be awkward or confusing without it: Choices for breakfast included oatmeal, muffins, and bacon and eggs." [6]

L'Associated Press, qui fait autorité dans le milieu des médias américains est généralement opposé à l'usage de la virgule d'Oxford.

Mais cette virgule est commune dans les livres et les publications académiques. Le Chicago Manual of Style l'utilise, tout comme Oxford University Press.

Un sondage mené en 2014 auprès de 1129 Américains a révélé que 57% des répondants étaient favorables à la virgule d'Oxford, tandis que 43% s'opposaient à son utilisation. [7]

 

Difficile, donc, de trouver un consensus sur cette épineuse question…

Comma grandpa————————-

[1] La mise en conserve, la transformation, la préservation, la congélation, le séchage, la commercialisation, l’entreposage, l’emballage pour l’envoi et la distribution de :

  • produits agricoles
  • viandes et poissons ; et

de produits périssables.

[2] A Huge Fuss Over a Little Comma
The Wall Street Journal 8 October 2013

[3] The Comma That Cost 1 Million Dollars (Canadian)
New York Times, 25 October 2006

[4] Clause and Effect
The New York Times, 16 December 2007

[5] Justices Endorse Personal Right to Own a Gun
New York Times, 27 June 2008

[6] FAQs on Style
New York Times, 23 June 2015

[7] Elitist, Superfluous, or Popular? We Polled Americans on the Oxford Comma
FiveThirtyEight, 17 June 2014

Lectures supplémentaires :
French Language beta
Does the Oxford comma exist in French? / Virgule et énumération

U.K. Health Ministry Wants No Oxford Commas. Period.
New York Times, September 15, 2022

 

" I'm sorry but refusing to use an Oxford comma isn't really grounds for divorce"
New Yorker

Bedlam: retour à l’asile

Helen-Oclee-Brown
Helen Oclee-Brown
, notre fidèle contributrice, a bien voulu rédiger l'article qui suit, et nous l'en remercions vivement. *  

Traduction : Jean Leclercq


« Bedlam
: A scene of uproar and confusion » (Oxford Dictionaries)
(Scène de tumulte et de confusion)

 

BedlamxDans la langue de tous les jours, la plupart des gens considèrent le mot anglais bedlam comme un nom commun, synonyme de uproar, pandemonium, commotion, mayhem, confusion,disorder, chaos, anarchy, voire lawlessness  (de tumulte, d'agitation, de chahut, de pagaïe, de confusion, de chaos, de chienlit, d'anarchie, voire de non-droit). Voir, à cet egard, le glossaire, publié ici à propos des emeutes de 2011 en Angleterre.  Bien peu savent qu'il s'agissait à l'origine d'un toponyme [1] – le surnom d'un hôpital psychiatrique de Londres qui eut une histoire longue et, à certains moments, tristement célèbre. 


Bethlem Museum
Mais, que veut vraiment dire bedlam et comment ce mot est-il entré dans la langue courante ? Bedlam est une déformation phonologique de Bethlem, elle-même déformation de Bethlehem. Alors, comment l'hôpital psychiatrique a-t-il acquis ce nom ? Eh bien, le premier Bethlehem 1247hôpital a été fondé dans la ville de Londres en 1247, sous le nom de Prieuré du nouvel Ordre de Sainte-Marie de Bethléem, pendant le règne d'Henry III (1216-1272). Édifié là où se trouve aujourd'hui la gare de Liverpool Street, ce n'était pas un hôpital tel que nous le concevons de nos jours, mais plutôt un centre de collecte des aumônes pour les croisés et un refuge pour les pauvres.

Au fil des ans, ce refuge s'est spécialisé dans la prise en charge de ceux qui ne pouvaient se soigner eux-mêmes, notamment ceux que l'on jugeait « fous », et cela, peut-être dès la fin du XIVe siècle. À partir de cette époque, l'hôpital fut familièrement appelé « Bedleheem », « Bedleem » ou « Bedlam ». Bien qu'il ait continué à s'appeler Bethlem à l'époque jacobéenne (1567-1625), le mot bedlam était entré dans la parlure courante pour désigner un état de folie ou de chaos. Le terme apparaît même dans Le Roi Lear où Tom O'Bedlam est un mendiant vagabond, sorti de l'asile. Dans la version portant une majuscule, il est employé par Voltaire. [2]

Bethlehem 1676En 1676, l'hôpital fut déplacé à Moorfields, alors un vaste espace libre situé juste au nord de la ville de Londres. Robert Hooke, adjoint de Christopher Wren, le célèbre architecte britannique, fut chargé de concevoir le nouvel hôpital. Mais, celui-ci ne reflétait ni l'austérité, ni la santé, il suait plutôt l'opulence. Cela n'avait rien d'étonnant car Hooke s'était inspiré du Palais des Tuileries à Paris. Hélas, sa grandeur n'était que superficielle. Le bâtiment craquait (et se lézardait) sous le poids de ses façades grandioses. Par temps de pluie, l'eau ruisselait sur les murs.

De nos jours, l'institution est le plus ancien hôpital psychiatrique d'Europe encore en activité. Mais, son histoire a un Woman-in-Bedlam côté sombre et scandaleux qui tient aux conditions d'internement très dures qui y régnaient.Tout au long du XVIIIe siècle, les méthodes de traitement étaient si brutales que seuls pouvaient être admis les malades capables de supporter des châtiments corporels. Toutefois, le plus détestable de l'histoire de Bethlem était la tradition des visites publiques, autorisant les badauds à venir regarder bouche bée les malades mentaux.

Bethlem déménagea encore en 1815, cette fois pour s'installer dans des locaux fonctionnels à St George's Fields, à Southwark, au sud de la Tamise. Ce nouveau bâtiment n'était pas sans défauts : fenêtres non vitrées, système de chauffage à la vapeur défaillant et humidité inexorablement pénétrante.

La version versaillaise de Bethlem fut démolie en 1815 et
remplacée par le robuste bâtiment édifié à St George's Fields in Southwark

(Crédit photo: Wellcome Library, London)

Au début du XIXe siécle, commencèrent à être révélées les véritables horreurs de la vie asilaire. Un Quaker, Edward Wakefield, agent immobilier et principal partisan d'une réforme des conditions d'accueil des malades mentaux, joua un rôle majeur en attirant l'attention du public sur la situation des personnes internées à l'occasion d'un rapport présenté à une commission parlementaire en 1815. [3] Wakefield y présentait le cas particulièrement choquant de James Norris, un malade en internement de longue durée qu'on s'était obstiné à enchaîner pendant plus d'une décennie. Un changement s'amorçait et, en 1815, la Commission parlementaire d'enquête sur les asiles d'aliénés fut constituée afin d'étudier les conditions de vie des malades mentaux. Les attitudes à l'égard du traitement des maladies mentales commencèrent à évoluer: on abandonna les contraintes physiques et la coercition, au profit d'une prise en charge morale favorisant l'auto-discipline qui semblait être l'avenir de la psychiatrie clinique.

Statues de la mélancolie et de la divagation – dans lesquelles on voyait les deux faces de la maladie mentale – couronnant le portail de l'hôpital.
(Crédit photo: Wellcome Library, London)


En 1930, le Bethlem Royal Hospital déménagea à nouveau, s'insrallant cette fois à Monks Orchard (Bromley) où, entre autres services, il fournit maintenant des soins spécialisés aux jeunes de 12 à 18 ans, malheureusement pas toujours sans susciter des conroverses. Qu'est devenu le vieux Bethlem Hospital de St George's Fields? Peut-être serez-vous surpris d'apprendre que les visiteurs y affluent toujours depuis qu'il abrite l'Imperial War Museum.

Sur un plan personnel, Bedlam me taraude l'esprit depuis la visite d'une exposition que m'avait aimablement recommandée Jonathan Goldberg. "Bedlam: The Asylum and Beyond", au Wellcome Centre de Londres, s'interrogeait sur l'essor et le déclin de l'asile d'aliénés, passant du refuge à l'exhibition de monstres pour aboutir à l'hôpital moderne. Bien plus qu'une traversée historique, l'exposition présentait Bedlam This Way Madness Lies coverdes récits de première main, des dossiers médicaux et des œuvres artistiques réimaginant la vie à l'hôpital. Malheureusement, l'exposition a fermé ses portes en janvier, mais son co-commissaire, Mike Jay, a publié un excellent ouvrage (This Way Madness Lies) qui s'interroge sur la signification de la maladie mentale en étudiant les maisons de fous, les asiles d'aliénés et les hôpitaux psychiatriques qui, tous, isolent les malades de la société. (Voir la note linguistique ci-dessous.)

Dieu merci, les conditions de vie épouvantables et les attitudes inhumaines à l'égard des malades au Bethlem Hospital appartiennent désormais au passé, et le mot bedlam a perdu une partie de sa vilaine connotation. Estimez-vous heureux et reconnaissant que si, dans un bar un peu trop animé où quelqu'un s'écrie : «it's bedlam in here», ce soit peut-être le charivari, mais que vous n'ayez jamais à endurer les traitements cruels que James Norris a dû subir. De quoi nous faire réfléchir, en somme!

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[1] Bedlam est aussi un exemple de métonymie, une figure de rhétorique par laquelle on exprime une chose ou un concept au moyen d'un terme qui lui est étroitement associé. Les mots métonyme et métonymie proviennent du grec μετωνῠμία, metōnymía, (changement de nom), de μετά, metá, (après, au-delà) et de -ωνυμία, -ōnymía, suffixe désignant une figure de rhétorique, de ὄνῠμα, ónyma ou ὄνομα, ónoma, (nom). Exemple de métonymie : boire un verre; on ne boit pas le verre, mais son contenu.

[2]  Voltaire – qui savait l'anglais et avait séjourné en Grande-Bretagne – utilise le mot Bedlam au chapitre IV de son Traité sur la Tolérance. Comme le signale Wikipedia, on y relève la citation suivante : « ce monde est un grand Bedlam, où des fous enchaînent d'autres fous ». À noter l'usage de la majuscule qui semble indiquer qu'à l'époque le mot n'est pas encore un nom commun en anglais.
http://bit.ly/2oCYsRd

 

Philippe_Pinel[3] En France, le Dr Philippe Pinel joua un rôle analogue à celui d'Edward Wakefield en Grande-Bretagne, en ce sens qu'il affranchit les malades mentaux des traitements dégradants auxquels on les asujettissait dans les asiles. Éminent aliéniste, il fut aussi traducteur puisqu'on lui doit des traductions des œuvres de William Cullen dont Les institutions de médecine pratique ainsi que les Œuvres médicales de Georgio Baglivi. Comme le rappelle Wikipedia, il fut bien malgré lui à l'origine d'un célèbre pataquès typographique. Corrigeant les épreuves d'une de ses publications, il inscrivit en marge d'une citation la mention : « Il faut guillemeter tous les alinéas ». Omit-il de placer cette mention dans une bulle, comme c'est l'usage quand on s'adresse au typographe, ou eut-il affaire à un imprimeur facétieux ? Nul ne sait. Toujours est-il que cela devint, dans le texte : « Il faut guillotiner tous les aliénés ». Erreur singulièrement cruelle pour un grand humaniste comme Pinel !

   
  Pinel délivre les aliénés à la Salpetrière en 1795.
          Tableau de Tony Robert-Fleury. 
 

Lecture supplémentaire

Bedlam. St. Mary of Bethlehem

by Terry Trainor

 

How Bedlam became 'a palace for lunatics'
BBC

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[*] Notre invitée est Helen Oclee-Brown, traductrice commerciale du français et l’espagnol vers l’anglais. Elle est diplômée des langues modernes de l’Université de Southampton et elle a un mastère en traduction spécialisée de l’Université de Westminster. Après avoir travaillé pour une agence internationale de marketing et une jeune entreprise de traduction, Helen s’est lancée dans le monde de traduction indépendante en 2009. Elle croit fermement à l’importance des associations professionnelles. En effet, Helen est membre actif de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) et MET (Mediterranean Editors and Translators). Helen habite dans le comté de Kent, en Angleterre. Nous accueillons chaleureusement sa contribution à notre blog. Helen@HelenOcleeBrown.co.uk 

Helen-Oclee-Brown-Translations-Logo

Note linguistique du blog :

lunatic asylum, psychiatric hospital, mental home, cuckoo’s nest, loony bin, nuthouse

Tous ces termes désignent un hôpital psychiatrique. Les trois derniers sont de l'argot.  Le terme lunatic asylum n'est plus en usage dans les milieux politiquement corrects. Selon la formule du British McMillan Dictionary : "This word is on longer polite".  Les explications étymologiques n'en sont pas moins intéressantes.

Dans la même veine, le terme mentally retarded , jugé péjorative, est maintenant remplacé par intellectually challenged, beaucoup plus euphémistique.

Les mots lunatic (substantif ou adjectif en anglais) (fou/folle, en français) et lunatique  (synonyme de  capricieux, selon l'Internaute.com), sont de faux amis. Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'explique  Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe dans un vidéo clip :

Guillaume Terrien

                   Guillaume Terrien

Autrement dit, le français, en évoluant, a abandonné le sens fort de « fou/folle » pour ne retenir que celui de bizarrerie, alors qu'en anglais, le mot d'origine normande est resté figé dans son sens initial de lunatic.

En revanche, les mots lunar et lunaire sont de vrais amis. En ce qui concerne le mot « lunaison », il n'a ni de vrai ni de faux ami en anglais, en ce sens qu’il n'existe aucun mot équivalent en anglais (la plus proche traduction étant lunar month). [1]

En anglais, les synonymes de lunacy sont : madness, insanity imbecility et folly. Ce dernier est évidemment proche de "folie". Mais, le mot imbecile désigne (péjorativement) quelqu'un de plutôt stupide. Au 16e siècle, il s'employait pour désigner une personne de faible constitution (du latin, imbecillus, quelqu'un in baculum, c'est-à-dire sans le soutien d'une canne) mais, au 19e siècle, sa signification a changé et il en est venu à désigner une personne faible d'esprit ou sans intelligence.

Mais notons que le mot français « folie » et le mot anglais folly peuvent être  équivalents, selon le contexte. C’est le cas dans le domaine de l’architecture, ou folie (folly) désigne une maison de plaisance.

Il s'avère qu'étudier l'origine et le parcours des mots en anglais, et essayer de les distinguer de leurs doubles français,  c'est de l'imbécillité, sinon de la pure folie.

[1] explication du site etymoline.org
late 13c., "affected with periodic insanity, dependent on the changes of the moon," from Old French lunatique, lunage "insane," or directly from Late Latin lunaticus "moon-struck," from Latin luna "moon" (see Luna). Compare Old English monseoc "lunatic," literally "moon-sick;"
Middle High German lune "humor, temper, mood, whim, fancy" (German Laune), from Latin luna. Compare also New Testament Greek seleniazomai "be epileptic," from selene "

Jean Leclercq & Jonathan G.

 

Entre les draps d’Hollywood

rédigé par Jonathan Goldberg, vivant à deux pas d'Hollywood mais menant une vie bien éloignée des scandales (sexuels et autres) de célébrités hollywoodiennes.

Traduction : Valérie François [*]

  Valerie M

 

Image result for numbers in circles Première partie Woody caricature 

Woody Allen, (né Allan Stewart Konigsberg), aujourd'hui âgé de 81 ans, est un acteur, auteur, réalisateur, comédien, scénariste et musicien américain, dont la carrière s'étend sur plus de six décennies.

Woody clarinet

Chaque année, Allen continue son tour de force en réalisant un film dont il écrit le scénario (tous ayant été tapés sur la mème machine à ecrire qu'il emploie depuis l'âge de 16 ans).  En outre, il a écrit de nombreux livres au cours des années et il joue régulièrement de la clarinette avec son groupe de jazz new-yorkais.

La vie sentimentale peu commune de Woody Allen (tout comme sa carrière artistique) a été particulièrement dynamique, marquée notamment par sa relation de longue durée avec l'actrice de cinéma María de Lourdes « Mia » Villiers Farrow [1]. Fille de l'actrice oscarisée Maureen O'Sullivan, Farrow avait auparavant été mariée à Frank Sinatra puis à André Previn, qu'elle quitta en 1979 pour Allen. (Elle jouera dans 13 de ses films).

 

Sinatra & Farrow

Previn & Farrow

En 1978, alors mariée à Previn, Farrow adopta une orpheline de Corée du Sud, Soon-Yi (son âge exact était alors inconnu mais elle devait avoir entre 5 et 7 ans). En 1997, Allen Woody & Soon épousa Soon-Yi Previn (son troisième mariage) [2].

Mia Farrow accuse Woody Allen d'avoir eu des relations avec Soon-Yi à l'époque où il jouait un rôle de père à son égard et d'avoir abusé de Dylan Allen, la fille adoptée du couple. Le couple rompt en 1992. Dylan, encouragée par Mia, porte ensuite des accusations très sérieuses d'abus sexuel sur mineur à l'encontre d'Allen. La querelle sépare alors la famille en deux : le frère adopté Moses soutient l'affirmation d'Allen selon laquelle Dylan est endoctrinée par Mia, tandis que le frère Ronan soutient Mia et Dylan.

 

Mia, Ronan, Woody & Dylan 
(les deux enfants adoptés par Allen & Farrow)

 
Allen réagit à ces accusations dans un article op-ed du New York Times, dans lequel il nie formellement l'accusation et porte ses propres accusations très sérieuses à l'encontre de Mia.

 

2Deuxième partie

Lucile Vasconcellos Langhanke alias Lady Mary Astor
(1906 – 1987)

 

Mary Astor's Purple DiaryUn récent livre intitulé « Mary Astor's Purple Diary – The Great American Sex Scandal of 1936 » (le carnet violet de Mary Astor – le grand scandale sexuel qui secoue l'Amérique en 1936) relate d'un autre scandale sexuel bien plus ancien concernant une star du cinéma américaine. Ce livre est écrit et illustré par Edward Sorel. L'auteur s'est inspiré de vieux journaux faisant état du scandale, qu'il trouva sous le plancher en lino de son nouvel appartement.

Le livre regorge de touches humoristiques (« Metro Goldwyn Merde ») et de bribes d'information aguicheuses tirées des scandales et des affaires judiciaires de haut rang dans lesquelles Lady Astor était mêlée. 

 

Mary Astor cartoon 2   Mary Astor cartoon
                                           illustrations d'Edward Sorel


L'auteur raconte qu'après ses rôles de Mary dans des films cultes tels que Le faucon maltais (The Maltese Falcon) et Le Chant du Missouri (Meet me in Saint Louis), elle se retira et écrivit des romans qui devinrent des best-sellers. 

 

3Troisième partie

Allen et Astor

Comment Woody Allen et Mary Astor sont-ils liés ?

Il semble que Woody Allen, non comblé par ses activités de scénariste, réalisateur et musicien prodigieuses, sans parler de sa vie conjugale avec une femme de 34 ans sa cadette, recherchait de nouvelles façons d'occuper ses journées, et le voici à présent endossant le manteau de critique littéraire. Grâce à sa plume puissante, la section des critiques littéraires du New York Times du 1er janvier commence la nouvelle année en donnant la note très haute et difficile à atteindre pour d'autres critiques – une critique formidable et hilarante du livre de Sorel, foisonnant de mots juteux qui font justice aux scandales dont Mary Astor et lui-même firent l'objet. 

L'ironie de choisir Allen pour relater d'un scandale sexuel dans l'industrie du cinéma ayant eu lieu environ 50 ans avant le sien [3], n'est pas passée inaperçue pour un lecteur du New York Times, qui pose cette question : « Avez-vous confié la critique du livre d'Edward Sorel à Woody Allen comme une thérapie du sentiment de culpabilité que lui inspire sa propre carrière entachée d'un scandale ? »

 

4Quatrième partie

Note linguistique

Tintinnabulation (en anglais) [4] 

Voici la phrase tirée de la critique d'Allen dans laquelle il décrit le moment où la libidineuse Mary semblait s'ennuyer de son mariage et rechercha de nouvelles aventures : « Her hormones tintinnabulating as usual, one senses the critical mass for playing around has been reached » (Sous l'effet tintinnabulant de ses hormones, on sent que la masse critique pour commencer à batifoler est atteinte).

Voici un extrait décrivant les moments obscurs de la vie de Mary l'ayant conduite à l'isolement : « …she gets done in by the demon rum, the rages of age and the toll of a life lived on an emotional trampoline » (…elle s'exténue sous le « démon du rhum », les ravages de la vieillesse et les dégâts d'une vie vécue sur un trampoline émotionnel).

Allen, combinant ses aptitudes d'écrivain et d'humoriste, et toujours à la recherche de son prochain projet, termine sa critique comme il l'a commencée : « I'm going to have a look under my linoleum. Maybe among all that schmutz [5] there's an idea I could take to the bank » (Je vais regarder sous mon lino. Peut-être que parmi toutes les saletés je vais trouver une idée à transformer en billets de banque).

Les autres mots et expressions employés par Allen pour décrire les activités de chambre de Mary Astor sont : « canoodling » (batifolages), « four-times-a-night workouts » (exercices quatre fois par nuit), « married life between the percales » (vie conjugale entre les draps de percale) et « trial by mattress » (épreuve du matelas).

—————————-

[1]   Mia africaAmbassadrice itinérante de l'UNICEF en 2000 et activiste de premier plan pour les droits de l'homme en Afrique.

 

 

[2] Sur les 14 enfants de Mia Farrow, quatre enfants biologiques et dix enfants adoptés, qu'elle eut avec Previn et avec Allen, trois sont décédés. Le plus jeune, victime de polio, adopté en Inde, se suicida à l'âge de 27 ans en 2016. 

Soon-Yi, à côté de Mia Farrow

[3] et quarante ans avant le scandale hollywoodien dans lequel le réalisateur et scénariste franco-polonais, Roman Polanski, 83 ans, a été impliqué et dont les implications perdurent jusqu'à aujourd'hui.

[4] PoeTintement et tintinnabulement, les mots français qui correspondent au mot anglais tintinnabulation décrivent le son persistant d'une cloche après qu'elle ait retenti. Le mot anglais a été inventé par le poète et romancier américain, Edgar Allan Poe, et apparaît dans la première strophe de son poème « The Bells » (Les Cloches). Il se traduit dans la version française de quelques-unes de ses œuvres par « tintinnabulement ».

[5] Au sens de « saletés », mot d'origine yiddish et allemande.

 

 

 [*]

ValerieValérie François, traductrice, est Française expatriée, en Irlande d'abord pendant sept ans, et en Espagne depuis un an.
Valérie est née et a grandi dans un petit village des Vosges en France et cultive sa passion pour les langues depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne. Dès l'âge de 17 ans, Valérie entreprend de voyager seule aux États-Unis et en Allemagne, elle fait des études de langues (anglais-allemand-italien), passe une année universitaire en Écosse, puis se rend à Paris pour terminer ses études et obtient les diplômes suivants :

– Master en Langues Étrangères Appliquées (anglais, allemand) de l'Université Sorbonne Nouvelle;
– Master en Management des Affaires Internationales, de l'école de commerce CESCI à Paris.

Après 11 années d'expérience en entreprise, dans l'export, la traduction et l'informatique, appliqués aux secteurs de la santé et des sciences de la vie, Valérie décide de se mettre à son compte comme traductrice, et s'installe en Espagne où elle peut apprendre et découvrir une nouvelle langue et culture, et élever ses deux enfants nés irlandais dans un environnement trilingue.

 

Les bons mots de Woody Allen :

 

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Quand l’éducation et l’histoire se conjuguent

Christ’s Hospital, une école dans le Sussex en Angleterre

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Cette école est également connue sous le nom de « Bluecoat School » (Êcole du manteau bleu), en référence aux uniformes portés par les élèves depuis 1552. En Angleterre, où la tradition joue encore un rôle important, bien des choses ont changé depuis cette époque des Tudor. L'uniforme de cette école, probablement le plus ancien, lui n'a pas changé.

Bluecoat 2

L'uniforme se compose d'un long manteau bleu, ceinturé à la taille, porté avec une culotte courte de même couleur, des bas jaunes et un rabat blanc. Les jeunes filles ont le même uniforme mais avec une jupe assortie.

 

 

L'uniforme est fourni gratuitement à tous les élèves.

En 2010, à la suite d'un vote, la majorité des élèves se prononçaient pour garder cet uniforme de l'époque Tudor, vieux de 450 ans. Moins de 5% des élèves seulement auraient souhaité le remplacement de cet uniforme traditionnel par un plus moderne.

Fondée à l'origine pour les enfants pauvres, l'école Christ's Hospital continue à subventionner la plupart des frais de scolarité [1].

 

 

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[1]

Edward VI En 1552, le jeune Roi Edouard VI réagit à un appel passionné sur les besoins des pauvres de Londres. Il écrivit alors au Maire de Londres pour initier des mesures de bienfaisance pour aider ces pauvres. Le Roi Edouard VI devint mécène et fondateur de l'école, et il signa à cet effet une Chartre Royale, juste onze jours avant sa mort en 1553. Marie 1ère (1516-1558) succéda à Edouard VI. Seul enfant survivant du Roi Henry Queen Mary VIII et de Catherine d'Aragon, elle devint reine d'Angleterre et d'Irlande. Son mariage avec Philippe II d'Espagne fut le premier maillon d'une chaîne de circonstances qui conduisit à la guerre Anglo-Française de 1557-1560. L'Angleterre se joignit à l'Espagne pour combattre la France et le pape Paul IV. Cette guerre se termina par le traité de Cateau-Cambrésis en 1559 et le traité d'Edimbourg en 1560.

Les exécutions de Protestants par la Reine Marie lui valurent le surnom posthume de « Marie la sanguinaire ».

Jonathan G.  Traduction Gérard Cohen

Nous remercions Maître Cohen vivement pour sa première contribution au blog

 

Lectures supplémentaires :

Monde en transition, métiers en perdition…

Monde en transition, métiers en perdition… (2ème partie)

The world’s oldest restaurant?
BBC

 

Andrew Leigh – linguiste du mois de mars 2017

Ce mois-ci, notre linguiste invité s'appelle Andrew Leigh. Il est britannique et spécialisé dans la traduction juridique et commerciale de l'espagnol et du français en anglais. Il possède l'agence Allegro Legal Translations,  installée à Sheffield, dans le sud du Yorkshire. C'est notre fidèle correspondante,  Cynthia Hazelton, qui a bien voulu l'interroger. Comme Andrew, Cindy est titulaire d'un diplôme de droit et exerce la profession de traductrice juridique. Elle enseigne également la traduction juridique français/anglais à Kent State University (Ohio). L'entretien s'est déroulé entre Cleveland (Ohio) et Sheffield (Angleterre).

Andrew Leigh, LL.B.

         Cynthia Hazelton, D. Jur.

Sheffield
(population 550,000)

Cleveland
(population 400,000)


Cynthia Hazelton
:  Pouvez-vous décrire à nos lecteurs la trajectoire de votre carrière de traducteur et de propriétaire d'une agence de traduction ? 

Andrew Leigh : Je crois avoir suivi un itinéraire professionnel classique. J'étais bon en langues à l'école secondaire et à l'Université de Salford. J'ai poursuivi mon cursus à l'Université de Westminster, à Londres, où j'ai obtenu un M.A. en traduction. En 2000, j'ai trouvé un emploi de traducteur dans une agence londonienne où j'ai travaillé pendant trois ans. C'était une merveilleuse façon de débuter dans la traduction. J'avais à traduire toutes sortes de textes que des collègues chevronnés révisaient ensuite. J'ai appris mon métier sur le tas, dans une ambiance très porteuse. À l'époque, je n'étais spécialisé dans aucun domaine particulier. Je traduisais des textes  médicaux, techniques, comptables et commerciaux. Je décidai alors qu'il vaudrait mieux me spécialiser dans un certain domaine, et j'aimais beaucoup le droit. C'est alors que j'ai commencé à faire davantage de traductions juridiques.

En 2003, je me suis installé à Sheffield comme traducteur juridique. Je m'aperçus vite que, pour être un bon traducteur juridique, il me fallait une certaine connaissance du droit. Je traduisais pendant la journée et j'allais à l'école de droit le soir. Cela, pendant cinq ans. Entretemps, nous avions eu deux enfants. Bref, un emploi du temps très chargé.

Lorsque j'ai obtenu mon diplôme de droit, j'ai fondé mon agence : Allegro Legal Translation.

Je travaille pour des particuliers, des sociétés, des cabinets juridiques et des agences de traduction. J'aime travailler pour une diversité de clients.

C.H.: Étant spécialisé en traduction juridique (du français ou de l'espagnol en anglais), vous évoluez dans le domaine de la «jurilinguistique». Il s'ensuit qu'il vous faut jeter un pont à la fois entre deux langues, mais aussi entre deux systèmes juridiques. Vous devez transposer dans le texte cible, par exemple, une notion de droit français qui peut être étrangère à votre client britannique ou américain.

Comment vous préparez-vous à traduire du droit civil au droit coutumier ? [1]

A.L.: Eh bien, c'est ce que je fais quotidiennement. Et c'est là qu'entre en jeu la possession d'un diplôme de droit. Ayant une solide connaissance des deux systèmes (le droit civil et le droit coutumier) [2], je suis en mesure d'en juger. Ainsi, quand il s'agit de traduire le nom d'une juridiction telle que le Conseil des Prud'hommes, qui n'a pas d'équivalent en droit coutumier, je sais comment l'expliquer en anglais.

 

C.H.: Pouvez-vous nous donner un exemple de notion juridique qui existe dans un système, mais pas dans l'autre ?

A.L.: La notion coutumière de trust n'existe pas en droit civil. En revanche, la réserve héréditaire, chère au droit civil, n'existe pas en droit coutumier. Il faut alors se demander pour qui l'on travaille. Si c'est pour un particulier, une explication de texte s'impose. Si c'est pour un juriste, et notamment s'il est familier du droit français, on peut laisser l'expression en français ou la traduire, mais sans explications.

C.H.: Ces temps-ci, il est beaucoup question de la traduction automatique. Le NY Times et The Economist ont publié des articles sur les grands progrès faits par Google dans ce domaine.

En avez-vous déjà ressenti les effets sur vos affaires?

A.L.: Non, je n'ai pas ressenti d'effets dans mes affaires.Le volume de travail n'a pas changé et je traduis toujours le même genre de documents. On ne m'a pas demandé de réviser une traduction faite automatiquement.

 

C.H.: Pensez-vous que l'on puisse se passer de la traduction humaine ?

A.L.: Le rôle de la traduction humaine va probablement changer, mais je ne pense pas qu'on puisse un jour s'en passer. On aura toujours besoin d'un traducteur humain à un stade ou à un autre du processus de traduction. Récemment, en traduisant un document, je suis tombé sur un mot qui, dans le contexte, n'avait aucun sens, et cela même s'il était correct dans la langue d'origine. Finalement, je me suis aperçu qu'il était mal orthographié. Correctement écrit, le mot reprenait tout son sens. Une machine n'aurait pas pu faire cela. Il fallait une cervelle humaine pour repérer cette anomalie. Il y a peu, j'ai lu une bonne formule à ce sujet : « La traduction automatique ne menacera que ceux qui traduisent comme des automates. »

 

C.H.: Comment le Brexit, une fois qu'il sera effectif, influera-t-il sur la tendance des Britanniques à travailler et à vivre hors de chez eux, et modifiera-t-il l'envie de la jeune génération d'apprendre des langues européennes ?

A.L.: Les traducteurs ont généralement les idées larges. Une récente enquête auprès des traducteurs britanniques a révélé qu'environ 95% d'entre eux étaient favorables au maintien dans l'UE. Je suis sûr que le Brexit provoquera des manques à gagner. J'ai participé au programme Erasmus, et j'ai étudié en France et en Espagne. Le Brexit aura des incidences négatives sur la liberté de s'installer et de travailler dans un autre pays. Les traducteurs devront demander des visas et des permis de travail. L'intégration en pâtira.

Au Royaume-Uni, il n'est plus obligatoire d'étudier une langue étrangère pendant toute l'école secondaire. Je crains que le Brexit contribue à accroître le nombre des élèves qui n'aprendront jamais une autre langue.

 

C.H.: Ici, aux États-Unis, des moyens considérables sont affectés à la fourniture de services d'interprétation et de traduction aux niveaux local, étatique et fédéral. Ainsi, dans certains États, les épreuves écrites du permis de conduire sont disponibles dans différentes langues.

Pensez-vous qu'une telle pratique serve ou desserve les immigrants qui ont besoin d'acquérir une bonne maîtrise de l'anglais dans leur pays d'adoption, que ce soit le Royaume-Uni ou les États-Unis d'Amérique ?

A.L.: Au Royaume-Uni, bon nombre de documents administratifs émanant du gouvernement sont traduits dans des langues d'ethnies minoritaires, telles que l'ourdou, le pachto et l'arabe, mais rarement dans les grandes langues européennes, comme le français, l'espagnol, l'italien, etc. Au Pays de Galles, des documents comme les bulletins de vote sont imprimés en anglais et en gallois. Or, à mon avis, tous les citoyens ont le droit d'avoir accès aux services publics dans une langue qu'ils comprennent.

La langue n'est qu'un élément de l'épineux problème de l'intégration. La véritable intégration requiert aussi une égalité des chances dans les domaines social, culturel, éducatif et économique.

 

C.H.: Nous vivons dans un monde où l'automatisation supprime des emplois dans de nombreux secteurs. Vous avez organisé des «webinaires». Prévoyez-vous que les «webinaires» ou les vidéo-conférences vont contribuer à réduire les effectifs d'enseignants universitaires en remplaçant les cours magistraux ou même les conférences internationales ?

A.L.: Les webminaires (ou séminaires en ligne) que j'ai organisés ont concerné le droit et le commerce de la traduction. Ici, au Royaume-Uni, l'Institute of Translation and Interpreting organise un cours en ligne très réussi : « S'établir traducteur indépendant » qui se décline en huit modules : Surmonter l'obstacle de l'inexpérience, Utiliser les réseaux sociaux, Rédiger un plan d'affaires et Facturer son travail, etc. Mon module s'intitule : Se faire payer à temps. J'ai aussi organisé des webminaires pour CPD Webminars. Les plus récents portaient sur le droit européen. Les webminaires permettent à des gens du monde entier de se connecter et d'enrichir leurs connaissances. Cependant, je ne vois pas les webminaires remplacer les universités ou les conférences internationales.

 

C.H.: Quel est pour vous le plus grand défi de la traduction juridique?

A.L.: Je ne sais jamais ce qui m'attend, ce que je traduirai après ce que j'ai entre les mains. C'est tout l'intérêt de mon travail. Pour être un bon traducteur, il faut avoir de la curiosité intellectuelle parce que l'on est appelé à faire beaucoup de recherches. La traduction, c'est bien plus que d'aligner des mots sur le papier. Il faut posséder une vaste connaissance du sujet.

 

C.H.: Voudriez-vous ajouter quelque chose d'autre ?

A.L.: Il est très important d'affiner constamment ses compétences essentielles. En traduction, le succès tient plus aux qualifications de chacun qu'à la possession d'un site Web clinquant ou à une forte présence dans les réseaux sociaux.

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Notes du blog :

[1] Les Traditions Juridiques du Droit Civil et de la Common Law

[2] On l'oublie parfois, la France a longtemps connu une coexistence des deux systèmes. Jusqu'à l'instauration du Code civil (en 1804), le pays était partagé entre, grosso modo, une moitié septentrionale régie par le droit coutumier et une moitié méridionale régie par le droit écrit (directement hérité du droit romain). En Nouvelle-France, faute d'un parlement local, c'était la coutume du parlement de Paris qui s'appliquait. Le droit coutumier et le droit écrit formaient le droit dit civiliste, par opposition au droit canonique. À partir de l'ordonnance de Montils-les-Tours (1454), Charles VII et ses successeurs se sont inlassablement employés à unifier et codifier les coutumes. La dernière pierre de cette longue construction législative fut posée par Napoléon avec l'adoption du Code civil Dans certains territoires français d'outre-mer, le droit coutumier s'applique toujours à certaines populations. C'est notamment le cas en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna. 
Jean Leclercq