La bicyclette a 200 ans !
Il y a cinq ans exactement, nous avons publié un article intitulé « Les mots anglais de la semaine, ciclovia et peloton ».
Pour comparer les différentes nuances du mot peloton en anglais et français, nous avons présenté le tableau suivant, qui montre que le mot français ne se traduit par le même mot en anglais que dans le contexte du cyclisme, lorsque dans d'autres cas l'anglais offre d'autres équivalents, comme platoon et ball.
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Français |
English |
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PELOTON |
PELOTON |
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PELOTON |
peleton PLATOON |
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PELOTON D'EXÉCUTION |
peloton EXECUTION SQUAD
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PELOTON |
peloton BALL |
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Ne s'emploie pas en français dans ce sens |
PELOTON
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Nous abordons à nouveau ce sujet à l'occasion du 200e anniversaire du vélo. En effet, c'est en 1817 qu'un Allemand, Karl Freiherr von Drais, de la ville de Manheim, inventa la Laufmaschine (textuellement « machine à courir ») qui était censée remplacer le cheval.
La draisienne , Illustration publiée en 1817.
La draisienne, brevetée en France dès 1818 sous le nom de vélocipède et, en Angleterre, sous celui de Hobby Horse (« cheval de loisir ») a été suivie quelques décennies plus tard, en 1861, par le vélo à pédales, mis au point par un charron et serrurier français, Pierre Michaux, qui remporta un grand succès avec sa michaudine à l'Exposition internationale de Paris, en 1867.
Le Vélocipède de Michaux, 1868.
En 1914, plusieurs millions de Français avaient adopté le vélo, tirant parti de la polymultiplication (ou changement de vitesses) rendue possible par un nouvel accessoire, le dérailleur, inventé dès 1869, mais largement amélioré par un industriel de Saint-Étienne, Paul de Vivie (dit Vélocio), fondateur de la manufacture stéphanoise de cycles « La Gauloise ». Vélocio lança le concept de cyclotourisme dans lequel il voyait un moyen de réunir les individus et les peuples. [1]
Les progrès de ce mode de transport sont décrits dans un article intitulé « 200th anniversary : How the bicycle changed society ». Nous nous contenterons ici de rester sur le thème de la terminologie, en expliquant le vocable penny-farthing :
Penny-farthing 1885
Aperçu historique :
Le premier penny a été frappé en Angleterre. Avant que la Grande-Bretagne adopte le système décimal, en 1971, la monnaie britannique, comme plusieurs autres monnaies européennes, comptait trois unités : la pound (la livre), le shilling et le penny. C'était le système dit du denier.
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Unité monétaire
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symbole |
Terminologie latine |
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pluriel |
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£ or l |
libra |
librae |
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shilling |
s. or /- |
solidus |
solidi |
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penny |
d. |
Denarius |
denarii |
Le "farthing" valait le quart d'un penny. [2] Donc, il est évident que le modèle « penny-farthing » a été inspiré par ces deux monnaies britanniques : penny & farthing.
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penny |
farthing |
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Le penny-farthing n'a pas l'air très pratique, mais il n'a pas pour autant disparu. Le Londonien, Joff Summerfield, après avoir parcouru le monde sur son penny-farthing pendant 2 ½ ans, est rentré à Londres et s'est mis à gagner sa vie en construisant des penny-farthings. Mais, peu après, il s'est octroyé un nouveau congé pour sillonner les États-Unis et l'Amérique du Sud pendant deux ans, comme il l'explique dans le vidéo clip ci-dessous (3 :20 minutes), sur son site Penny Farthing World Tour. Joff invite tous les adeptes de ce cycle haut perché à le suivre dans son parcours.
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Quel dommage que Karl Freiherr von Drais et Pierre Michaux ne soient pas ici pour accepter cette invitation. Le trio aurait formé un joli peloton !
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[1] Espérantiste convaincu et adepte du végétarisme, Vélocio, à l'instar du grand architecte Antoni Gaudi, mourut renversé par un tramway, le 27 févrer 1930.
[2] Du vieil anglais fēorthing, de fēortha (quart), peut-être sur le modèle du vieux norvégien fjórthungr : quart.
Le farthing a été retiré de la circulation en 1961 et, dix ans plus tard, la Grande- Bretagne a adopté la décimalisation, remplaçant le shilling (dont 20 valaient une livre) et le penny (dont 240 valaient une livre) par le nouveau penny dont 100 constituent une livre (£) .
Les photos illustrant cet article proviennent du Technoseum de Manheim (Allemagne), la ville de Karl von Drais, à qui nous devons nos vélos modernes, sources de tant de joies.
Jonathan Goldberg & Jean Leclercq
Lectures complementaires :
Tour du monde à vélo en quatre-vingts jours : Mark Beaumont, le cycliste à la poursuite de Phileas Fogg
Le Monde 26/7/2017
The Bicycle as a Vehicle of Protest
The New Yorker, June 10, 2020
Deux géants de la chanson populaire américaine
leurs enfants se souviennent
Pour marquer le 40ème anniversaire de la mort d'Elvis Presley (le 16 août 1977) et sans attendre le vingtième anniversaire de celle de Frank Sinatra, l'année prochaine (le 14 mai 1998), nous offrons à nos lecteurs un vidéoclip de la seule interprétation que ces deux artistes aient exécutée ensemble, avec des commentaires de leurs deux filles respectives, Lisa Marie Presley et Nancy Sinatra, ainsi que ceux de Frank Sinatra junior.
Cosmopolitan, dog whistle – les mots anglais du mois
Une altercation survenue récemment entre un conseiller politique de la Maison Blanche et un journaliste a soulevé un intéressant point historique qui a, lui-même, conduit à débattre d'un terme inhabituel et à propulser un autre vocable dans l'arène publique.
Pour resituer les choses, il convient de rappeler que, cent ans après que les États-Unis aient gagné leur indépendance de la Grande-Bretagne, la France leur a offert la Statue de la Liberté (La Liberté éclairant le monde). Conçue par le sculpteur français Frédéric Auguste Bartholdi, la statue de bronze fut coulée et assemblée par les ateliers Gustave Eiffel. Elle fut inaugurée le 28 octobre 1886.
timbre américain, 1985 timbre français, 1982
La Statue de la Liberté (de son petit nom Lady Liberty) revêt les traits d'une femme drapée représentant une déesse romaine : Libertas. De la main droite, elle brandit au-dessus de sa tête une torche tandis que, de la main gauche, elle tient une tabula ansata portant, en chiffres romains : «JULY IV MDCCLXXVI» (4 juillet 1776), date de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique. À ses pieds, une chaîne brisée jonche sol. Devenue un symbole de liberté et l'image des États-Unis, la statue, installée sur un îlot à l'entrée du port de New York, a souhaité la bienvenue aux cohortes d'immigrants affluant de partout.
La strophe la plus connue du poème se lit ainsi :
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"Keep, ancient lands, your storied pomp!" cries she |
Garde, Vieux Monde, tes fastes d'un autre âge, crie-t-elle |
Le 3 août dernier, Stephen Miller a donné une conférence de presse à la Maison Blanche, au cours de laquelle il a exposé la politique que le Président Trump entendait mener pour réduire de moitié l'immigration légale en mettant des conditions à l'admission des immigrants, notamment en exigeant que tout immigrant potentiel sache l'anglais et qu'il soit hautement qualifié. Un journaliste de CNN lui a demandé : « La Statue de la Liberté dit : Donne-moi tes pauvres, tes exténués, qui en rangs pressés aspirent à vivre libres. Elle ne leur demande pas de parler anglais ou d'être programmeur informatique.» Puis, le journaliste a ajouté : « N'essayez-vous pas de modifier la notion même d'immigrant arrivant dans ce pays en leur disant qu'ils doivent parler anglais ?» [1]
Le conseiller politique à la Maison-Blanche, connu pour ses opinions farouchement droitistes et anti-immigration (bien que ses grands-parents soient arrivés aux États-Unis en immigrants et soient passés par Ellis Island) a répondu que la plaque portant l'inscription avait été ajoutée en 1903. Autrement dit, que le poème n'était pas partie intégrante de la statue symbolique et avait peu ou pas d'importance. Mais, des historiens ont fait valoir que si la statue n'avait pas été conçue et sculptée comme un symbole de l'immigration, elle l'était rapidement devenue par le passage des bateaux d'immigrants sous la torche et le visage rayonnant, se dirigeant vers Ellis Island. Le poème de Lazarus avait définitivement consacré le rôle de Lady Liberty en tant qu'hôtesse officieuse des immigrants sur le sol américain.
National Park Service, Statue of Liberty NMc
https://www.nps.gov/stli/learn/historyculture/the-immigrants-statue.htm
Au cours de l'altercation, le conseiller politique a accusé le journaliste d'être cosmopolite. En lui-même, le mot “cosmopolitan" (ajectif ou substantif) » est inoffensif. L'Oxford Dictionaries le définit comme “Including people from many different countries”. Mais, pour ceux qui se situent à l'extrême-droite de l'éventail politique américain, il prend un sens particulier et devient un message codé.
Mais la presse n'a pas tardé à voir dans « cosmopolite » un dog whistle (voir ci-dessous). Politico.com a écrit :
«Cosmopolite» s'apparente à «élitiste», mais dans un registre plus sinistre. C'est une manière d'étiqueter les gens ou les mouvements qui ne sont pas inconditionnellement liés aux traditions et aux croyances d'une nation, mais qui s'identifient davantage aux libres penseurs quelle que soit leur nationalité.
Une des raisons pour lesquelles «cosmopolite» est un terme quelque peu gênant tient à ce qu'il a été au cœur d'une tentative du dictateur soviétique Joseph Staline de purger la culture des voix dissidentes. Dans un discours de 1946, Staline avait déploré que les actes du héros soviétique soient tournés en dérision car jugés inférieurs à tout ce qui est étranger et cosmopolite, c'est-à-dire à ce que nous avons tous combattu depuis l'époque de Lénine. Cela s'inscrivait dans une longue campagne contre des écrivains, des critiques d'art dramatique, des scientifiques et d'autres encore qui étaient liés aux ««influences occidentales bourgeoises».
Certains politiciens contemporains se conforment à la logique stalinienne. Vladimir Poutine, par exemple, a fait de plus en plus sienne cette idée que des forces antipatriotiques menacent la nation russe. La revue Foreign Policy écrit : « Le nouveau thème de la politique russe est de confondre loyauté envers le Kremlin et patriotisme. Le fait que des dissidents de l'intérieur, des journalistes qui s'écartent de la ligne officielle aux protestataires des rues, soient fustigés en tant que purs et simples « agents de l'étranger », en dit long à ce sujet.
Politico conclut :
« On ne peut échapper à la triste réalité qui veut qu'étiqueter quelqu'un de cosmopolite sous-entend clairement qu'il a quelque chose de moins patriote, de moins loyal… Bref, qu'il n'est pas un véritable Américain.»
Ce qui nous amène à expliquer l'expression dog whistle.
Dans son sens littéral et classique, le dog whistle (également connu sous le nom de silent whistle ou de Galton's whistle) est un sifflet qui émet un son de la gamme ultrasonique, inaudible des humains, mais qu'entendent certains animaux domestiques comme les chats et les chiens. On l'utilise pour le dressage.
L'Urban Dictionary, qui répertorie souvent des mots de consécration récente et qui n'ont pas encore les honneurs des autres dictionnaires, en donne deux définitions :
- Le dog whistle est une forme de stratégie de communication qui envoie un message que le grand public comprendra dans un certain sens, mais dont un certain groupe «dans la confidence» saisira le contenu secret qui lui est destiné. Il sous-entend souvent l'emploi de mots codés.
En politique tenir des propos inoffensifs destinés à déclencher un fanatisme et une haine pré-endoctrinés, sans pouvoir être taxé de discours fanatique ou haineux par les non-initiés.
En qualifiant le journaliste de CNN de cosmopolite, le conseiller politique de la Maison-Blanche a utilisé un «sifflet à ultra-sons» qui n'aura pas de signification particulière pour le grand public ou qui apparaîtra inoffensif, mais qui sera facilement compris des groupes droitistes et anti-immigrants.
Jonathan Goldberg.
[1] Un autre Stephen – plus drôle, celui-là – l'humoriste américain Stephen Colbert, a actualisé quelques vers de Lazarus :
"Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,"
« Donne-moi tes pauvres, tes exténués,
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres, »
Qui deviennent :
"Give me your tired, your poor,
Mostly Christians, and maybe one or two Indian guys with engineering degrees"
« Donne-moi tes pauvres, tes exténués,
En majorité chrétiens, et peut-être un ou deux Indiens, ingénieurs diplômés »
Lectures supplémentaires :
'Cosmopolitan' is a dog whistle word once used in Nazi Germany and Communist Russia (audio clip en anglais)
Public Radio International, 3 August 2017
Sentinel: The Unlikely Origins of the Statue of Liberty. By Francesca Lidia Viano. Harvard University Press; 592 pages
White House Accuses French Woman of Spreading Pro-Immigration Propaganda
Andy Borowitz, New Yorker, 2 August 2017
Linguistics explains why Donald Trump sounds racist when he says "the" African Americans
Gaëlle Josse : écrire la mémoire d’Ellis Island
FRANCE-AMÉRIQUE, 14.01.2021
Huit émotions ou attributs pour lesquelles l’anglais ou le français n’ont pas de mots
Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires. Elle traduit également des textes juridiques, techniques, politiques, humanitaires et financiers.
Avez-vous déjà cherché à décrire ce frisson ou ce frémissement que provoque en vous une chanson ou une oeuvre d'art qui vous touche profondément ? Il y a un mot pour cela en espagno : duende. Ou votre frustration quand, après avoir quitté un débat, vous trouvez subitement la parfaite répartie que vous auriez vraiment dû placer ? Il y a dans notre langue un terme peu connu pour cela.
Nous avons rassemblé quelques mots qui mériteraient que vous les utilisiez.
Schadenfreude
Le plaisir du gâchis ! Ce mot allemand est parfois utilisé en anglais et dans d'autres langues. Il évoque ce délicat ricanement intérieur quand une « tuile » tombe sur quelqu'un d'autre.
Schadenfreude s'utilise en polonais également, dans le sens de « joie mitigée » ou « malveillante ». J'appellerais aussi cela le « goût du désastre », à relier peut-être avec l'instinct de mort qui sommeille en chacun de nous.
Waldeinsamkeit
Que ressent-on quand on est seul dans une forêt? Un mélange de retour sur soi, d'écoute du silence ou des chants d'oiseaux ? La sensation d'être enfin seul et ramené à une juste infinitésimalité au milieu de la nature ? Tout cela m'est évoqué dans cette « solitude en forêt » de l'allemand.
Schlimazel
Si vous avez vu le film La Chèvre de Francis Weber, où Pierre Richard incarne un homme tellement malchanceux qu'il est utilisé comme appât pour retrouver une jeune femme ayant le même problème, vous aurez la version comique d'un schlimazel. Ce mot yiddish vient de de l'hébreu mazal, qui signifie chance ou étoile, et de l'allemand médiéval slim, qui voulait dire « de travers » et a aussi donné schlimm (« grave »). Quant à la version tragique du schlimazel, je suppose qu'elle peut être autrement poignante.
Duende
Ce mot espagnol implique un charme mystérieux, quelque chose de magique ou d'enchanteur. A l'origine, il se référait donc à un esprit surnaturel, à une sorte de lutin. Il désigne aujourd'hui la puissance émotionnelle que peut dégager une chanson ou une oeuvre d'art, en particulier le flamenco. On pourrait établir un parallèle avec l'anglais « soul », « swing » : It don't mean a thing if it ain't got that swing (Duke Ellington – Irving Mills).
Torschlusspanik
Vous sentez-vous vieillir ? Craignez-vous d'être laissé à l'écart ou carrément mis au rancart ? Cette sensation porte un nom en allemand : La Torschlusspanik, littéralement la « panique du moment où le portail se referme », est souvent exprimée au sens de « panique de dernière minute », ou de ce qu'on peut ressentir quand une échéance est proche. Le gong qui sonne…
L'esprit de l'escalier
Qui de nous, en quittant une réunion, n'a jamais été traversé d'une idée d'argument ou de répartie qu'il était maintenant trop tard pour placer ? Ce sentiment frustrant, c'est « l'esprit de l'escalier », autrement dit l'inspiration décalée qui vous vient quand vous redescendez les marches en quittant les lieux. Un terme français donc, mais peu courant.
Serendipity
Terme anglais, dérivé d'un conte persan intitulé The Three Princes of Serendip et traduit dans le Robert-Collins par « don de faire des trouvailles ». Il ne s'agit donc plus ici d'une émotion, mais ce mot semble lié à l'intuition et à l'irrationnel en même temps qu'au raisonnement, et ce n'est pas pour rien qu'il relève plutôt du conte que du roman policier. Pourtant, Voltaire, qui a repris une partie du conte en question dans Zadig, attribue la réussite et les trouvailles de son héros au raisonnement logique (« un profond et subtil discernement ») plutôt qu'à la bonne fortune et parle aussi de « bizarrerie de la Providence ».
La découverte de la pénicilline par Fleming peut être considérée comme un exemple de serendipity – dans le sens d'un heureux événement dû à des raisons accidentelles.
Elsa Wack
D'autres contributions d'Elsa Wacks :
Hendrix et Händel ont cohabité dans l’espace-temps !
Lecture supplémentaire :
Professeur Nicholas de Lange – linguiste du mois de juillet 2017
Yanky Fachler a aimablement accedé a notre demande de se rendre à Cambridge pour s'entretenir avec le Professeur Nicholas de Lange, traducteur en anglais d'une bonne douzaine de livres de l'écrivain israélien Amos Oz, et notamment de Judas, titre présélectionné pour le Man Booker International Prize de 2017. Le Professeur de Lange, rabbin ordonné du judaïsme réformé, est Membre honoraire et Professeur d'hébreu et d'études juives à la Faculty of Divinity and Faculty of Asian and Middle Eastern Studies de l'Université de Cambridge. Il a occupé des fonctions d'enseignant invité au Centre d'Oxford pour les études hébraïques et juives, au Séminaire théologique juif de Hongrie (Budapest), à l'École pratique des hautes Études à Paris, à l'Université libre de Berlin, à l'Université de Toronto et à l'Université Princeton. C'est un traducteur prolifique de romans contemporains en hébreu, et il a présidé l'Association israélienne des traducteurs. Dans les extraits qui suivent, le Professeur de Lange nous livre quelques réflexions sur l'art de la traduction littéraire.
Notre intervieweur, Yanki Fachler est écrivain, traducteur, homme de radio, formateur aux techniques de communication et auteur de plusieurs livres dans les domaines des affaires et de l'histoire juive moderne. Yanky est né et a fait ses études au Royaume-Uni, il a passé près de trente ans en Israël et habite actuellement en Irlande où il préside la Société d'histoire juive d'Irlande.
Interview traduite de l'anglais par Jean Leclercq.
Le 200ème anniversaire de la mort de Jane Austen
Hasard du calendrier, l'écrivaine mythique anglaise, Jane Austen, mourut à 41 ans, le 18 juillet 1817, quatre jours après la mort de Germaine de Staël. (voir notre article précédent).
En septembre 2013, nous avons annoncé que le Gouverneur de la Banque d'Angleterre (alias « la vieille dame de Threadneedle Street ») venait de decider qu'un nouveau billet de 10 livres serait émis en 2017 en l'honneur de l'écrivaine anglaise, orné d'une citation de Miss Bingley, dans « Orgueil et Prejuges »
« J'estime qu'il n'y a finalement aucun plaisir qui vaille la lecture »…
Par coïncidence, dix livres sterling est la somme que reçut Jane Austen pour sa première publication.
Au début, la Banque projetait de dédier cette nouvelle coupure à Sir Winston Churchill ou à Charles Darwin (selon les différentes sources), mais le choix de Jane Austen répond à la revendication des cercles féministes qui s'étaient émus de ce qu'aucun portrait de femme n'ait jamais figuré sur un billet de banque britannique (oubliant ainsi que l'effigie de la Reine Elisabeth orne chaque billet, pièce ou timbre émis au Royaume-Uni !). Le Trésor hésitait – serait-ce un acte discriminatoire à l'égard des hommes que d'admettre un tel argument ? Finalement, Jane l'a emporté sur Winston et Charles.
Cette semaine, en ce 200ème anniversaire de la mort de Jane Austen, le billet à son effigie est devenu monnaie britannique. En fait, si 2016 a appartenu à Shakespeare (Deux géants de la littérature meurent à la même date il y a 400 ans), 2017 est l'année d'Austen. On a déjà assisté à un déluge de livres, d'articles, de festivités et d'autres manifestations tendant à célébrer l'Année Austen. Des revues comme The Economist ("Jane Austen, 200 years on") et des journaux comme le New York Times ("Charting Literary Greatness with Jane Austen"; "The Austen Legacy: Why and How We Love Her, What She Loved") viennent de publier de fascinants articles replaçant Jane Austen dans ses contextes littéraire et sociologique. Même la presse française [1] a rendu hommage à cette écrivaine mythique qui mourut à 41 ans, le 18 juillet 1817.
[1] Voir, par exemple, «En lisant Jane Austen, notre époque avoue sa nostalgie pour l’authenticité du sentiment » – Revue Des Deux Mondes ou Un thé à Bath, avec Jane Austen. La Vie, Version papier, 3 au 9 août 2017, pp. 66 à 68 ,
Timbres britanniques en honneur de Jane Austen :
Lectures supplémentaires :
La recontructioin scientifique de Jane Austen
Jane Austen peut-elle être un produit marketing et un grand écrivain ?
Celebrate Jane Austen’s Birthday With A 360-Degree, Interactive Tour Of Her House
Smithsonian.com – 14.12.2020
Germaine de Staël, femme de lettres passionnée, est morte le 14 juillet 1817.
L'écrivaine et femme de lettres de tout premier plan, Germaine de Staël, est morte il y a deux cents ans, le 14 juillet 1817, a l'âge de 51 ans. Anne-Louise Germaine Necker, devenue par mariage baronne de Staël-Holstein, est née à Paris en 1766. Elle est la fille adorée de Jacques Necker qui fut ministre des finances de Louis XVI. Fils cadet d'une famille genevoise d'origine allemande, on l'avait envoyé à Paris afin qu'il s'initiât à la banque. Il le fit si bien qu'il amassa une coquette fortune en spéculant sur les céréales. Mais, pour être riche, il n'en demeure pas moins citoyen d'une république et pétri d'éthique protestante. Aussi conseille-t-il à Louis XVI des réformes qui, si elles avaient été appliquées, auraient peut-être évité la Révolution. Mais, Louis XVI, cédant aux pressions de la Cour, renvoie Necker et certains historiens ont vu dans ce renvoi l'une des causes immédiates des événements de juillet 1789.
Tout cela pour dire que la jeune Germaine (Minette, pour ses parents) reçut une éducation de choix dans le milieu très privilégié du salon où sa mère (née Curchot) accueillait tout ce que la capitale française comptait de beaux esprits. D'ailleurs, ses parents veulent que leur fille unique soit élevée comme un garçon et qu'on l'initie très tôt aux sciences, aux lettres et aux arts. Nourrie de l'esprit des Lumières, Germaine s'enthousiasme d'abord pour la Révolution, puis s'émeut des dérives et des excès du nouveau régime. Elle est même obligée de quitter Paris et saluera donc, comme beaucoup à l'époque, l'arrivée au pouvoir de Bonaparte, restaurateur de l'ordre. Elle se dit même qu'un tel génie a besoin d'une inspiratrice, d'une égérie, et elle se voit bien jouant ce rôle. Hélas, Bonaparte n'en a cure et finit même par l'exiler en 1803 lorsque, dépitée, elle est devenue gênante. Germaine se retire donc à l'orée de la France, à Coppet, dans le canton de Vaud (Suisse), où son père a acheté un château en 1784. Cet endroit deviendra le rendez-vous de l'élite intellectuelle européenne. Elle entend y réunir les états généraux de l'intelligence. Lord Byron, Chateaubriand, Benjamin Constant, François Guizot, le prince royal de Prusse, pour n'en nommer que quelques-uns, séjournent à Coppet et y échangent des idées. Ils y sont attirés par l'esprit de la maîtresse de maison autant que par la présence de la belle Juliette Récamier dont Germaine a su faire sa complice. Coppet devient une forteresse de l'anti-absolutisme et du libéralisme, mais aussi le creuset du romantisme littéraire. L'influence de Germaine et de son cercle d'amis et d'amants devient telle qu'on en viendra à dire « qu'en Europe il faut compter trois puissances : l'Angleterre, la Russie et Mme de Staël ».
Mais, parallèlement à l'action politique, elle produit une œuvre littéraire qui exercera une grande influence sur son siècle. Elle débute avec un essai intitulé : De l'influence des Passions sur le bonheur des individus et des Nations, paru en 1796. Tout Germaine est dans ce titre. Les passions comme la quête du bonheur individuel et collectif vont l'occuper jusqu'à la fin de ses jours. Elle produit des romans comme Corinne et Delphine, mais elle influera surtout profondément sur ses contemporains en écrivant De l'Allemagne, livre dans lequel elle prône l'édification d'une Europe des libertés intellectuelles et philosophiques, tout en révélant l'âme allemande à une intelligentsia jusque-là plutôt tournée vers le monde méditerranéen. Comme son voisin Jean-Jacques Rousseau, elle est très en avance sur son temps et on la redécouvre actuellement à la faveur des événements contemporains. [1]
Germaine ne survécut guère à la chute du « tyran », puisqu'elle mourut deux ans après la disparition de l'Empire. Elle repose près de ses parents, dans un mausolée édifié dans le parc du château de Coppet, toujours propriété de ses descendants, la famille d'Haussonville. Ces temps-ci, l'harmonie du lieu de sa dernière demeure est menacée par un projet immobilier qui modifierait le cachet du petit bourg des bords du Léman. [2] Mais, les Suisses disposent d'une arme absolue : le droit d'initiative au niveau municipal qui permet aux citoyens de se prononcer par référendum sur tous les sujets touchant à leur cadre de vie. Un ultime combat pour Germaine ?
Exposition : Germaine de Staël et Benjamin Constant. L'esprit de liberté. Fondation Martin Bodmer, Cologny (Genève), du 20 mai au 1er octobre 2017. Renseignements : info@fondationbodmer.ch
Jean Leclercq
[1] Témoin, cette réponse faite par l'historien Michel Winock, dans Libération du 12 mai dernier, à la question de savoir de qui Emmanuel Macron était-il l'héritier : « Pour vous faire sourire, je vous dirais qu’il est un héritier de la lointaine Mme de Staël . Elle aussi, en son temps, voulait concilier une partie de la droite (les monarchistes constitutionnels) et une partie de la gauche (les républicains antirobespierristes) pour mettre en place une république stable, fondée sur la liberté. Mais, nous ne sommes plus sous le Directoire, et Macron est un nouveau-né de l’histoire, qui est en train de s’inventer. »
[2] Querelles en série chez Mme de Staël. Le Figaro, 2 juin 2017, p.32.
Lectures complémentaires :
Madame de Staël. Œuvres complètes. Gallimard, La Pléiade, 2017.
Michel Winock & Laurent Theis. Madame de Staël. La passion de la liberté. Paris, Laffont, 2017.
Ghislain de Diesbach. Madame de Staël. Paris. Librairie Académique Perrin,1983.
Match nul entre Paris et Los Angeles
En 2012, la Grande-Bretagne a accueilli les Jeux olympiques d'été. Pour Sa Majesté la Reine, alors âgée de 86 ans, ce fut l'occasion d'un premier rôle dans un clip vidéo dans lequel on la voit quittant le palais de Buckingham en compagnie de Daniel Craig (James Bond), avant que l'un et l'autre (ou plutôt leurs doublures) sautent en parachute dans le stade olympique.
Le Comité olympique, réuni à Lausanne (Suisse), vient de décider que les Jeux de 2024 et 2028 seraient attribués à Paris et à Los Angeles, sans toutefois préciser le millésime revenant à chacune des deux villes. C'est une situation gagnant-gagnant dont nous avons tout lieu de nous réjouir. Si Paris remporte l'organisation des Jeux de 2024, cela marquera le 100e anniversaire des premiers Jeux olympiques d'été, tenus à Paris en 1924. Mais, si Los Angeles gagne, les Jeux de 2024 auront lieu 40 ans après les Jeux organisés dans cette ville en 1984.
En effet, en 2024, Donald Trump ne sera plus Président des États-Unis, si bien que nous ne pouvons savoir quel futur Chef d'État tentera de rééditer l'exploit de la Reine en 2024 ou 2028. Peut-être attribuera-t-on ce rôle aux maires de Paris et de Los Angeles – actuellement Anne Hidalgo (58 ans) et Eric Garcetti (46 ans).
Eric Garcetti Anne Hidalgo
Le nom de famille de Garcetti trahit ses origines italo-mexicaines. Son grand-père a été pendu pendant la Révolution mexicaine. Eric a grandi dans un quartier de Los Angeles situé dans la vallée de San Fernando. Il parle couramment l'espagnol et pimente même ses propos en anglais d'expressions espagnoles. C'est de bon ton chez le maire d'une ville qui a conservé son nom espagnol (Los Angeles = Les Anges)
Le patronyme espagnol de Mme Hidalgo tient au fait qu'elle est née à San Fernando, près de Cadix (Espagne). Son grand-père paternel s'était réfugié en France après la guerre civile espagnole. Autre point commun entre les deux maires et leurs villes : Los Angeles et le reste de la Californie ont été acquis par les Etats-Unis d'Amérique aux termes du traité de Guadalupe Hidalgo, signé avec le Mexique le 2 février 1848.
Ces derniers temps, Paris et Los Angeles se sont affrontés pour l'attribution des Jeux de 2024. Mais, à la suite de ce jugement rendu par le Comité olympique, une solution pacifique a été trouvée. Les deux cités-États n'auront donc pas à en venir aux mains. Les deux premiers magistrats échapperont ainsi aux horreurs de la guerre qu'ont connues leurs grands-pères. Puisque l'harmonie règne désormais, peut-on envisager que les deux maires sautent en parachute dans les deux stades en se tenant par la main ? Por qué no ?
| Hidalgo et Garcetti sur la terre ferme, en 2017 |
Leurs doublures parmi les anges, en 2024 & 2028 ? |
Jean Leclercq & Jonathan Goldberg
Lectures supplémentaires sur ce blog :
La flamme olympique – une perspective linguistique
120ème anniversaire des Jeux olympiques modernes
Les Jeux Spéciaux : école de courage, de persévérance et de ténacité