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La traduction de paroles – recension de livre

Translating for Singing. The Theory, Art and Craft of Translating Lyrics,
Ronnie Apter and Mark Herman, [1] Bloomsbury, London & New York, 2016.

  Translating for Singing

 

Recension de Marie Nadia Karsky

 

Marie Nadia KarskyMarie Nadia Karsky vit et enseigne à Paris, elle est maître de conférences au département d'études des pays anglophones (DEPA) de l'Université Paris 8. Elle enseigne la théorie et la pratique de la traduction, et travaille sur la traduction théâtrale, en particulier Molière traduit en anglais. Elle a récemment co-dirigé un numéro de Journal of Adaptation in Film and Performance avec Geraldine Brodie, et un numéro de la collection Théâtres du monde (Presses Universitaires de Vincennes) avec Céline Frigau Manning. Elle a traduit, en collaboration avec sa collègue Claire Larsonneur, la pièce Playhouse Creatures pour les Presses Universitaires du Mirail (Toulouse). Marie Nadia parle le russe et l'allemand et se passionne pour les arts scéniques, en particulier l'opéra et la danse.

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Dans Translating for Singing, Ronnie Apter et Mark Herman, tous deux traducteurs, vers l'anglais, de livrets d'opéra et plus généralement de textes chantés, présentent la nature, les difficultés et les joies de leur travail, tout en le théorisant et en historicisant la tâche du traducteur de ce genre de textes. Si l'ouvrage se borne à la traduction vers l'anglais, nul doute que les considérations des auteurs ne puissent servir à la réflexion sur la traduction d'opéras et de chant en d'autres langues. L'ouvrage, qui comporte 282 pages, se compose de 12 chapitres et d'une conclusion, il est doté d'un index ainsi que d'une bibliographie très fournie. Des extraits d'airs traduits souvent donnés avec leur partition viennent amplement illustrer le propos, ce qui permet aux lecteurs le désirant de vérifier par eux-mêmes ce qui est avancé.

Le texte d'Apter et Herman est précédé d'une préface de Jonas Forssell, traducteur suédois, qui expose tout d'abord une contradiction fréquente dans l'opéra : genre scénique, voué à l'expression, ses œuvres sont souvent chantées dans des langues que la plupart des publics ne comprennent pas. Forssell soulève plusieurs questions qui incitent le lecteur à chercher des réponses dans les chapitres de l'ouvrage : comment dépasser la hiérarchisation des genres, en grande partie fondée sur des préjugés linguistiques et culturels, entre l'opéra, surtout lorsqu'il est chanté dans la « langue noble » qu'est l'italien, et les spectacles musicaux (comme la comédie musicale) souvent écrits en anglais ? Comment, par conséquent, donner un statut à l'opéra en langue anglaise ? L'avènement du surtitrage permet-il vraiment de dépasser la barrière de la langue, étant donné la concision de l'information communiquée ? Forssell en appelle plutôt à traduire les opéras en anglais, lingua franca de la mondialisation, qu'il nomme cependant « vernacular ». Là réside un des points qui nous surprend : si la traduction d'opéras en anglais peut certes contribuer à leur compréhension dans plusieurs pays, au nom de quelle politique linguistique et culturelle chanterait-on Verdi ou Wagner en anglais en Suède ou dans un autre pays non anglophone, plutôt que de le chanter dans la langue du pays ? On imagine que ce serait avant tout pour des questions de rentabilité auxquelles l'opéra, lui non plus, ne peut échapper… Par ailleurs, si la traduction vient remplacer les sous-titres, les spectateurs sont-ils vraiment assurés de comprendre les paroles chantées ? Cela suppose, de la part des chanteurs, une articulation excellente, qui n'est pas toujours monnaie courante, et certaines notes, aiguës ou graves, ne favorisent pas la diction. Telles sont les questions que l'on se pose à la lecture de cette introduction très stimulante, qui nous rend encore plus désireux d'aborder l'ouvrage de Apter et Herman.

Le premier chapitre, intitulé « Translation and music », inscrit la traduction des livrets d'opéra dans la recherche en traductologie, faisant un point bibliographique utile, mais surtout, il s'interroge sur ce qui constitue une bonne traduction, vers l'anglais, de paroles chantées (que ce soit pour l'opéra, le lied, la comédie musicale, l'oratorio…). Comment le texte traduit peut-il à la fois fonctionner en scène, être chantable, respecter les exigences de la musique, tout en constituant une traduction et non une adaptation ou une réécriture ? Cette question sert de fil conducteur aux différents chapitres qui apporteront progressivement des éléments de réponse plus précis. Les auteurs définissent la tâche du traducteur de livrets musicaux comme consistant à traduire les mots dans leur relation à la musique, rappelant que paroles et musique forment un tout, et revenant au passage sur la polémique « prima la musica dopo le parole » pour signifier sa vanité. Dans le deuxième chapitre, ils font un rappel utile de l'histoire de la traduction d'opéra, évoquant la suprématie historiquement accordée à l'italien et les changements qui se sont produits depuis les années 1950 avec l'internalisation accrue des chanteurs. Certains théâtres dans les pays anglophones continuent à faire chanter les œuvres dans des traductions anglaises, mais il est rare, en général, que les chanteurs disposent de livrets traduits autrement que dans des traductions littérales. Les notes et les paroles ne correspondent pas précisément et il est difficile pour les chanteurs anglophones de comprendre véritablement ce qu'ils chantent. Les auteurs dénombrent ensuite, dans ce chapitre puis au cours de l'ouvrage, les difficultés principales de traduction que posent les textes chantés : les plus évidentes sont liées à la différence de systèmes prosodiques ; le traducteur de livrets musicaux se verra donc obligé de tenir compte des critères que sont le rythme, la rime, le sens, la correspondance entre syllabe et note, la fluidité syntaxique, ainsi que les caractéristiques des personnages (idiolectes, registres de langue employés…). Certaines modifications musicales minimales sont possibles, présentées par les auteurs dans un tableau.

Une fois ces principes posés, les auteurs confrontent, dans les cinq chapitres suivants (de 3 à 7), la traduction de textes pour le chant à différents critères traductologiques : la traduction sera-t-elle faite de manière sourcière ou cibliste (pour employer la terminologie française de J-R Ladmiral, qui correspond peu ou prou aux méthodes de foreignization et de domestication présentées par L. Venuti, à la suite des options de traduction présentées par F. Schleiermacher) ? Quels sont les éléments d'adaptation qui entrent en jeu ? Qu'est-ce qui justifie les retraductions pour l'opéra ? Comment traiter des décalages historiques, géographiques, culturels, de tous les éléments qui passent par le filtre de la censure ou de l'auto-censure, passées et présentes, et du politiquement correct ? Les exemples donnés, de l'Eraclea de Scarlatti au Médecin malgré lui de Gounod en passant par La Flûte enchantée ou par Maria Stuarda de Donizetti, illustrent à point nommé le propos, et les auteurs font toujours preuve d'une érudition jamais pédante. En bons praticiens de la traduction, Apter et Herman reconnaissent d'ailleurs que l'approche, sourcière ou cibliste, privilégiée lorsqu'on commence une traduction, est souvent mise au défi par la pratique : les traducteurs sont obligés de tenir compte de spécificités linguistiques et culturelles (traduction de l'humour, de l'argot, du registre dans lequel les personnages s'expriment, d'ambiguïtés sémantiques…) qui viennent parfois remettre en cause l'optique de traduction initialement choisie.

Enfin, les cinq derniers chapitres (de 8 à 12) sont davantage consacrés aux rapports entre textualité et musique : comment les paroles des personnages, avec leur registre, voire leurs sonorités, s'unissent-elles à la musique pour les caractériser ? Ici, les exemples proposés de partitions pour certains personnages wagnériens sont particulièrement passionnants. Que faire, demandent également Apter et Herman, lorsqu'on ne dispose plus de la musique pour certains textes, pour certains chants de troubadours, par exemple, ou lorsque la musique a été détruite ou perdue ? Les chapitres 11 et 12, très fournis, étudient les différentes modifications que la traduction apporte au texte et leur lien à la partition, tout comme le système textuel et musical ainsi créé. Sont alors présentées et largement illustrées les diverses composantes du rythme telles que la syllabe, son accent, sa durée, variables selon les langues, la rime, considérée sous son aspect tant textuel que musical, c'est-à-dire employée dans la partition, les répétitions de mots ou de sonorités, et d'autres aspects de l'interaction entre paroles et musique qui prime dans le chant, quel qu'il soit. Enfin, les auteurs rappellent que la traduction doit aussi prendre en compte la tessiture des chanteurs, certains sons se chantant plus aisément dans les aigus, d'autres sur des notes graves. Ils permettent aux lecteurs de bien comprendre à quel point le travail du traducteur exige un travail attentif d'écoute, d'empathie avec l'ensemble que constituent le texte et la musique, mais de distance également, afin de mieux en saisir les diverses facettes et leur fonctionnement.

Ils concluent cet ouvrage en souhaitant que la traduction d'opéras vers l'anglais puisse contribuer au développement de ce genre musical… en anglais.

La lecture de ce livre procure beaucoup de plaisir tant il est bien écrit, bien référencé, riche d'exemples et plein d'humour. De plus, il donne envie de réécouter les opéras non seulement dans leur langue originale, mais aussi en traduction, et cela non seulement vers l'anglais. Il apporte des éléments de réponse à des questions que l'on se posait d'emblée : à quoi sert, à notre époque où de nombreuses salles sont dotées de systèmes de surtitrage, de traduire le chant pour sa performance scénique ? Si l'on pouvait penser que la traduction d'opéra était un phénomène dépassé, le livre d'Apter et Herman vient remettre en cause ce genre de supposition. L'opéra est certes chanté en version originale en France, mais ce n'est pas toujours le cas ailleurs, et cet ouvrage ouvre une perspective bienvenue sur ce qui se passe dans d'autres pays, rappelant que d'autres traditions sont encore vivaces. Translating for Singing incite à s'interroger sur les mérites respectifs de l'opéra en version originale et en traduction, et sur les apports, plutôt que les « pertes » de cette dernière. Les anglophones ne sont du reste pas les seuls à traduire l'opéra : à Vienne comme à Berlin, deux théâtres majeurs, respectivement la Volksoper et la Komische Oper, présentent encore dans leur programmation pour 2016-17 plusieurs opéras traduits en allemand. La traduction n'empêche d'ailleurs pas l'emploi du surtitrage (puisque certains de ces spectacles sont présentés traduits en allemand et dotés des surtitres anglais), mais celui-ci est loin de constituer la seule solution.

L'effet général créé par l'interaction entre la musique et le relief sonore des paroles est toujours modifié dans le passage à une autre langue, ce que les auteurs rappellent en fin d'ouvrage. Comme dans toute autre forme de traduction, on aboutit à un produit qui est à la fois même et autre. Ceci n'est pas sans présenter des avantages : écouter les paroles chantées dans plusieurs langues (l'anglais n'est pas la seule langue concernée, loin de là) ouvre non seulement sur une compréhension plus approfondie de l'œuvre mais encore sur un plaisir auditif à chaque fois nouveau, car différent. En outre, l'appel à la traduction d'opéras vers l'anglais émis par Apter et Herman résonne d'autant plus fort que les œuvres littéraires, elles, sont peu traduites vers l'anglais. Comment cet appel à la traduction d'œuvres chantées s'inscrit-il dans le paysage sociopolitique de la traduction littéraire en général ? Que dit-il sur les désirs des divers publics – lecteurs, auditeurs, spectateurs ? Et sur le statut de l'anglais comme lingua franca ?

Translating for Singing est un bel outil pour quiconque s'intéresse à la traduction du chant (traducteurs, étudiants en Masters de traduction, enseignants, chercheurs…) mais il peut s'adresser aussi à toute personne qui étudie la traduction de la poésie ou du théâtre, à la fois par la dimension scénique, orale, articulatoire qu'il met en avant que par celle du rythme et des questions liées à la prosodie (rime, mètres, assonances et allitérations) dont il traite abondamment.

Marie Nadia Karsky, qui exprime ses remerciements a Jonathan Goldberg pour l'avoir invitée a rédiger ce texte et de l'avoir incitée a le publier en premier lieu dans Meta. (Les Presses de l’Université de Montréal)

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[1]

Mark HermanMark Herman, est traducteur littéraire et technique, ingénieur chimiste, auteur dramatique, musicien et acteur. Il est titulaire d'un baccalauréat ès sciences de Columbia University et d'une maîtrise ès science de l'Université de Californie à Berkeley. Il est traducteur d'espagnol en anglais certifié par l'American Translators Association, et possède une bonne connaissance du russe. Pendant deux décennies, il a tenu la rubrique 'Humor and Translation' de l'ATA Chronicle, la revue de l'American Translators Association. Bon nombre de ses analyses de livres ont paru dans Ars Lyrica.

Little Opera

 

 

Ronnie Apter color 2016 (3)Ronnie Apter is Professor Emerita of English at Central Michigan University (CMU) and a published poet.  Her awards include the Thomas Wolfe Poetry Award from New York University and the President's Award for Outstanding Research and Creative Activity from CMU.  Her books include the multi-media (book and compact disk) A Bilingual Edition of the Love Songs of Bernart de Ventadorn in Occitan and English: Sugar and Salt (Lewiston, New York: The Edwin Mellen Press, 1999); and Digging for the Treasure: Translation After Pound (New York, Berne, Frankfurt am Main: Peter Lang Publishing, 1984; paperback reprint, New York: Paragon House Publishers, 1987).  In collaboration with Mark Herman she has written 24 English translations of operas, operettas, and choral works performed in the United States, Canada, England, and Scotland; translations of numerous poems and children's books; and articles on translation and opera.

Sa « salle des urgences de l’esprit » est ouverte 24h/24.

Hamzeh Al-Maaytah, libraire à Amman, propose des livres qui célèbrent la vie.

L'article suivant s'inspire largement d'un article de Shira Telushkin, publié dans ATLAS OBSCURA

Traduction et note linguistique : Jean Leclercq

 

Hamzeh Al-Maaytah ne dort guère, mais quand cela lui arrive, c'est d'ordinaire sur un matelas caché par un paravent, dans le fond de sa librairie. À 36 ans, Hamzeh, est l'un des libraires les plus sérieux d'Amman (Jordanie) et certainement le plus excentrique. Il sautille plutôt qu'il ne marche, son discours est volontiers poétique et il s'exprime le plus souvent en arabe littéraire, (ou fosha), plutôt qu'en arabe dialectal jordanien utilisé typiquement dans la vie courante. Il révère l'écrit.

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Hamzeh Al-Maaytah dans la réserve de sa librairie.
(Cliché aimablement communiqué a ATLAS OBSCURA par Hamzeh Al-Maaytah)

Libraire de la quatrième génération, Hamzeh dit de son travail qu'il est une vocation. «Je gère une salle des urgences de l'esprit,» explique-t-il, en cette fin de matinée, tout en sirotant un café à l'entrée de sa boutique. Il veut faire en sorte qu'il y ait toujours en Jordanie un endroit où l'on puisse avoir recours au pouvoir salutaire des livres, sans contrainte d'horaire ou de prix. Du reste, tous les prix se marchandent, et la maison pratique une politique généreuse de prêt ainsi qu'un bon système d'échange de livres qui permet aux clients de troquer n'importe quel ouvrage contre un autre sur les rayons.

La librairie al-Maa (Mahall al-Maa, en arabe), est blottie contre l'ancienne fontaine publique du nymphée romain, dans une rue tracée dans l'ancien lit de la rivière d'Amman. Al-maa veut dire l'eau et, comme l'ancienne fontaine publique, Hamzeh tient à ce que ses livres soient aussi accessibles que l'eau. Un puits gargouille toujours à l'entrée.

À la différence d'autres libraires d'Amman, al-Maa est un havre, un des rares endroits au monde où rien n'importe plus que l'amour des livres.

Un journaliste de Boston, Eric Boodman, qui a rencontré Hamzeh lors d'un séjour de quelques semaines à Amman au cours de l'été 2015, a été le plus surpris par la chaleur de son accueil. «Se rendre chez Hamzeh, c'est comme pénétrer dans un autre monde» écrit-il. « Après ma première visite, j'y suis retourné presque chaque jour, si bien que nous pouvions boire du thé et bavarder, tout en l'écoutant réciter des poèmes en s'accompagnant à l'oud [1] ou au synthétiseur. Pour faire son thé, Hamzeh attache sa théière à une ficelle et la descend dans le puits, pour recueillir l'eau glougloutante.

Hamzeh aime ses clients, mais s'inquiète de l'éducation stricte dispensée dans son orphelinat et dans d'autres écoles locales dont il redoute l'extrémisme. Il veut que sa librairie soit une oasis, loin de certaines des opinions haineuses qu'il voit trop souvent acceptées dans la société jordanienne. C'est pour cela qu'Hamzeh censure son choix de livres, et refuse absolument de vendre le genre de publications qui rend si rentables certaines librairies des alentours.

«Si j'étais un commerçant,» dit-il, «je vendrais des ouvrages traitant de conspirations, de magie, de généalogie et d'antisémitisme.» Une telle offre est assez courante dans le quartier. Quand, avec un ami, je suis entré dans une boutique voisine et que j'ai demandé le Protocole des Sages de Sion, on s'est empressé de m'en donner un exemplaire, avec deux autres ouvrages traitant d'autres conspirations judéo-sionistes qui, selon les termes mêmes du libraire, «prédisaient l'emprise sioniste avec une remarquable perspicacité.» À quelques pas de là, Mein Kampf était à l'étalage, à côté de biographies de Gandhi et de Tolstoï. Hamzeh non seulement se refuse à vendre de tels livres, mais il décline les dons d'ouvrages qui font l'apologie de toute forme de haine ou de violence. Un étudiant en médecine de Berkeley, Alan Elbaum, a rencontré Hamzeh lors d'un séjour d'été qu'il faisait en Jordanie pour étudier l'arabe. Il est ensuite resté en contact étroit avec le libraire qui lui a récemment donné six volumes du Talmud en arabe.

Al-maa offre environ 2.000 volumes auxquels s'ajoutent les plus de 10.000 autres stockés dans un dépôt voisin. Hormis son propre fonds, Hamzeh réalise des ventes en mettant des clients en rapport avec des propriétaires de livres des environs d'Amman. Il est parfaitement au courant de ce que les bibliophiles locaux et les libraires du voisinage ont dans leurs fonds, et des gens viennent souvent le voir avec des demandes précises.

Fondée à Jérusalem dans les années 1890 par le grand-père d'Hamzeh, Salman, la librairie familiale était connue comme le "Trésor d'al-Jahith". En 1921, la boutique est passée aux mains de Khalil, le fils de Salman. Par la suite, Khalil rachètera les bibliothèques de hauts fonctionnaires britanniques sur le départ, à l'occasion d'une vente aux enchères qui lui permit d'acquérir l'énorme quantité de livres dont les rayonnages d'Hamzeh sont encore garnis et qui vont d'ouvrages sur le Commonwealth britannique aux premiers livres de latin. Khalil est mort en 1947 et son fils, Mamdouh, a déménagé les livres nouvellement acquis à Amman. Là, par la suite, il se maria et réouvrit le magasin. Mamdouh mourut lorsque Hamzeh – le cadet de ses dix enfants – n'avait que 12 ans, laissant à son aîné, Hisham, la gestion de son magasin.         

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Hamzeh enfant, avec son père Mamdouh (à gauche) et, à droite, Mamdouh.
(Clichés aimablement communiqués à Atlas Obscura par Hamzeh Al-Maaytah)

«Mon père était un médecin de l'âme,» dit Hamzeh, décrivant les veillées qu'il passait avec son père, au magasin. « N'importe qui pouvait entrer dans la boutique et, après quelques questions, mon père savait exactement quel livre lui proposer. Il lisait tout le temps. Je n'en suis pas encore là.»

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Hamzeh parcourant un volume sous la tente de sa librairie d'Amman.
(Photo Hussein Alazaat)

«Un livre ne peut avoir de prix fixe» dit Hamzeh. « Le prix est fonction du livre, de la personne et de l'auteur – si l'on met un prix sur un livre, on modifie le rapport entre la personne et le livre. Si l'on dit : celui-ci 10 dinars et celui-là 20 dinars, la personne va penser que le second est meilleur que le premier. Mais, comment puis-je savoir dans quelle mesure quelqu'un a besoin de tel ou tel livre à un moment donné ? Quel est le meilleur livre pour cette personne?» Pour Hamzeh, une édition princeps de Virginia Woolf peut avoir autant de valeur qu'un manuel de biologie de 1933.

Quand je demande à Hamzeh s'il a un livre préféré, ma question le heurte. Sous le choc, il porte éloquemment la main à son cœur, et me répond : « Un livre préféré! Non! C'est excessif ! Dire qu'un livre est meilleur que tout autre… Non, je ne pourrais jamais dire cela.» Il aime tous les livres de son fonds, également et furieusement, un point c'est tout !

Mais un commerce ne vit pas seulement d'amour. Ces dernières années, une méchante maladie et des investissements insuffisants ont précarisé l'avenir d'al-Maa. Hamzeh a déjà réduit sa participation à des salons du livre et à d'autres projets. Sous la houlette d'Alan Elbaum, une poignée de clients fidèles a lancé une ititiative pour sauver le magasin. Des milliers de dollars de dons ont été versés par des universités, des enseignants et des étudiants. Mais Hamzeh n'est pas sûr de pouvoir continuer. La collecte de fonds n'a atteint que la moitié de son objectif de 15.000$ (les dons venant surtout des États-Unis et du Royaume-Uni), mais les contributions diminuent. La clientèle est fidèle, mais peu fortunée, et Hamzeh devra peut-être quitter al-Maa. Pourtant, nombreux sont ceux qui ne peuvent l'imaginer autrement que sirotant du thé, les jambes croisées dans un coin de sa boutique, dispensant des conseils littéraires et suggérant des livres soigneusement conservés à tous ceux qui s'arrêtent au magasin.

En cette fin d'après-midi, un vieil homme borgne entre dans la boutique. Il cherche des livres pour ses trois enfants. Hamzeh passe à l'action, saisissant des ouvrages sur les étagères et en extrayant habilement d'autres des piles qui encombrent sa boutique. L'homme examine les rayonnages et choisit finalement quelques romans. Avec hésitation, il tend quelques billets qu'Hamzeh accepte immédiatement, l'invitant à revenir lorsqu'il en aura besoin d'autres. «Ici, dans les rayons, les livres sont morts. Le plus important, c'est que les enfants les lisent,» dit-il.

Jordan 6L'étalage de la librairie. (Photo Hussein Alazaat)


Tandis que l'homme s'éloigne, Hamzeh me montre un livre d'enfants, en arabe, sur les frères Wright qu'il a tiré d'une pile d'ouvrages, un exemplaire d'un des premiers livres qu'il ait lu. Il commence à chanter «I believe I can fly», en feuilletant les pages et en me racontant comment son père lui a appris à lire, pendant ces fins de soirée tranquilles passées dans la boutique. «Peut-être serait-ce mon livre préféré,» dit-il prudemment. «Tout le monde pensait que les frères Wright étaient fous, mais ils croyaient à l'impossible et étaient à sa poursuite. Ils nous ont appris que l'homme pouvait voler.»

[1] L'oud est un instrument de musique à cordes pincées. Il tire son nom de l'arabe al-oud (le bois).

Note linguistique

L'arabe est parlé par environ 350 millions d'individus dans le monde et c'est la langue officielle de 22 États qui s'étendent de l'Atlantique à l'océan Indien et au golfe Arabo-Persique. Initialement parlé par les tribus de la côte occidentale de ce qui s'appelle aujourd'hui l'Arabie saoudite et le Yémen, l'arabe s'est répandu dans tout l'Orient et bien au-delà. C'est une langue sémitique apparentée à l'akkadien, à l'hébreu, à l'ancien syriaque et même à certaines langues d'Afrique comme l'amharique. Sa propagation et l'expansion de son aire territoriale sont liées à l'essor de l'Islam. Mais, en s'imposant dans les différentes régions où il est devenu langue d'usage, l'arabe a subi l'influence des langues locales auxquelles il se substituait : l'ancienne langue copte en Égypte, le substrat berbère au Maghreb, etc. D'où l'existence d'au moins cinq groupes dialectaux dont le groupe dit du Levant, réunissant les locuteurs d'arabe syro-libano-jordano-palestinien dont il est question dans l'article. Mais, pour tout ce qui est officiel, formel, solennel, on recourt à l'arabe littéraire (ou Fosha), parfois très éloigné de la langue parlée dans la rue. Face à ce dualisme, des écrivains se sont demandé dans quelle langue il leur fallait écrire ? C'est ce qu'a magnifiquement exprimé le poète syrien Nizâr Qabbânî :

Quand j'ai commencé à écrire, mon premier souci a été la langue que j'allais utiliser. Il y en avait une, grandiose et offrant de prodigieuses possibilités, mais les linguistes en avaient fait leur terrifiant monopole, l'enfermant derrière leurs portes, l'empêchant de se mêler à d'autres et de sortir dans la rue.

La langue était un domaine privé, dont ces lignuistes formaient la société d'exploitants. Toute sentence à rendre quant à la légalité d'un mot, de la transposition en arabe de tel ou tel terme technique ou scientifique demandait aux académiciens trois années d'observation et d'interrogation des étoiles, sans compter des milliers de verres de thé et d'infusion de camomille.

À côté de cette langue hautaine interdisant toute familiarité, il y avait la langage populaire, vif, changeant uni aux nerfs des gens et aux petits faits quotidienne. de leur existence.

Entre elles deux, tous les ponts étaient coupés. La première ne s'abaissait à aucune concession à la seconde et celle-ci n'avait pas l'audace de frapper à la porte de celle-là pour entrer et causer avec elle.

Aussi ressentions-nous un étrange dépaysement, ballotés que nous étions entre la langue que nous parlions dans nos foyers, dans la rue, au café, et celle dans laquelle nous rédigions nos devoirs scolaires, écoutions les cours de nos professuers, passions nos examens.

Car l'Arabe lit, écrit, parle en public dans une langue ; mais c'est dans une autre qu'il chante, plaisant, se querelle, câline ses enfants et courtise les yeux de sa belle.

Cette double langue qui nous est propre a fait que sont aussi doubles nos pensées, nos sentiments, nos vies.

Il fallait y remédier. Est alors néeune langue tierce, quiempruntait à la langue académique sa logique, sa sagesse, sa pondération, et au langage populaire sa chaleur, son courage et ses téméraires conquêtes. [1]

Parviendront-ils, comme Pouchkine l'a fait pour la langue russe, à marier et à harmoniser langue savante et langue populaire, dans le sens d'un formidable enrichissement sémantique ? L'avenir nous le dira.

Nizâr Qabbânî.[1] Nizâr Qabbânî. Ma vie avec la poésie (extraits) suivi de Notes sur le cahier de la défaite. Traduit de l'arabe (Syrie) par Claude Krul. Thonon-les-Bains. Alidades création, 2015, 37 pages.


Andrei Popescu-Belis – linguiste du mois de novembre 2017

Un nouvel outil pour aider les ordinateurs à traduire

Lorsque la traduction automatique [1] commença à pointer le bout du nez, au début des années 1990, d'aucuns ont prétendu (peut-être pour Computational linguistics se rassurer) qu'automatisme ou pas, il faudrait toujours des êtres humains pour relire le travail et corriger les bévues tenant au contexte. Le traducteur se transformerait donc tout simplement en réviseur. Mais, les progrès de l'intelligence artificielle sont tels qu'on peut entrevoir la possibilité pour la machine de se corriger elle-même.

Le 18 avril dernier La Tribune de Genève a publié un intéressant article de Mme Caroline Zuercher intitulé : « Un nouvel outil pour aider les ordinateurs à traduire ». Vu l'intérêt de ce thème pour bon nombre de nos lecteurs, nous avons acheté à notre confrère, La Tribune de Genève, le droit de reproduire cet article.

Étant donné le rôle central joué par M. Andreï Popescu-Belis dans le domaine de la « linguistique computationnelle », nous l'avons élu linguiste du mois.

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Popescu-belis-« Entre les langues, ça ne colle jamais!» Le diagnostic est celui d'Andrei Popescu-Belis, chercheur senior à l'Institut de recherche Idiap de Martigny (Suisse).[2] À la tête d'un consortium, cet informaticien a développé de nouvelles techniques pour améliorer les outils de traduction automatique. Il a présenté les résultats de ses travaux lors d'une conférence qui s'est tenue à Valence (Espagne) au début du mois d'avril 2017.

Chacun a son anecdote et nous avons tous déjà lu un mode d'emploi surréaliste passé entre les mains d'un traducteur maladroit. Le problème, détaille Andrei Popescu-Belis, c'est que tous les mots, ou presque, ont plusieurs sens, donc plusieurs traductions. Les pronoms ne sont pas identiques dans toutes les langues… Les Espagnols et les Italiens se permettent même d'en supprimer! Pour compliquer le tout, la concordance des temps varie également. Et ne parlons pas du chinois ou du japonais…

100 milliards de mots

L'enjeu est de taille puisqu'un outil comme Google Translate traite chaque jour quelque 100 milliards de mots. Depuis les années nonante, des progrès ont été effectués en recourant aux statistiques: l'ordinateur apprend la probabilité qu'un mot signifie une chose plutôt qu'une autre, en fonction des mots voisins. La proposition d'Andrei Popescu-Belis a été de ne plus effectuer ce calcul phrase par phrase mais de croiser des informations contenues ailleurs dans le texte. Ainsi, si le terme anglais «rock» est employé, il faut regarder si l'on parle de musique (rock'n roll) ou de géologie (la roche).

Un autre exemple? Les pronoms font en général référence à ce qui est apparu plus tôt dans le texte. Or, le «it» anglais (destiné aux objets et aux animaux) n'existe pas en français: on utilisera «il» ou «elle». Si vous demandez à un ordinateur de traduire «Ma tante a acheté une excellente voiture. Elle n'est pas très jolie», la version anglaise risque fort de remettre en cause la beauté de votre parente. Pour une bonne raison: le système a appris que «joli» est généralement utilisé pour des personnes, contrairement à «rouillé» ou «en panne». Là encore, un coup d'œil dans le rétroviseur pourrait éviter un impair.

Algorithmes publics

L'idée, donc, est de pousser le programme à «comprendre le sens global pour améliorer les choix locaux». Cette question est désormais étudiée dans le monde entier. A Martigny, Genève et Zurich, une vingtaine de personnes ont participé au projet d'Andrei Popescu-Belis, financé par le Fonds national suisse de la recherche. Des linguistes de l'Université de Genève ont notamment cherché à savoir où regarder pour donner la bonne réponse. «Dans les grandes lignes, nous indiquons au système le nombre de phrases précédentes qu'il doit analyser et comment il doit les analyser, puis nous procédons à des tests en conditions réelles», résume l'informaticien.

Avec l'anglais et l'espagnol, ces travaux permettent de supprimer un tiers des erreurs liées aux pronoms et 80% des problèmes de verbes. «Notre outil prend du temps pour effectuer les calculs, précise le chercheur. Il ne permet pas de traiter des milliers de phrases à la minute.» L'utilisation par tout un chacun n'est donc pas encore possible, mais ces algorithmes sont publics. D'autres pourront «les emballer et les rendre plus efficaces». Trois collaborateurs du consortium ont d'ailleurs été débauchés par Google Zurich.

«L'esprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible»

Reste à savoir si, un jour, notre ordinateur pourra livrer un résultat parfait. «Nous en sommes très loin, mais ces systèmes permettent déjà de comprendre dans les grandes lignes un article rédigé dans une langue inconnue.» Autre limite: si certaines langues ont été bien étudiées, la plupart restent les parents pauvres de la traduction automatique.

Andrei Popescu-Belis conclut que, dans ce domaine, les chercheurs se sont en général montrés trop optimistes. Durant la guerre froide, les Américains essayaient déjà de décrypter les messages russes. L'histoire raconte qu'ils auraient testé leur système avec la phrase biblique «The spirit is willing but the flesh is weak» («L'esprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible»). Un aller-retour vers le russe et le résultat aurait donné: «La vodka est forte, mais la viande est pourrie.» Depuis, de grands progrès ont été réalisés. La Bible, toutefois, reste hors de portée.

Un outil pour faire des recommandations

Le domaine d'activité d'Andrei Popescu-Belis s'appelle «linguistique computationnelle». Hormis la traduction automatique, son équipe aide des sites Internet à proposer des recommandations. Elle a par exemple développé pour TED (un site regroupant de courtes conférences réalisées par des personnalités marquantes) un mécanisme permettant de conseiller aux usagers de nouvelles vidéos.

La subtilité: les suggestions ne sont pas uniquement liées au fait que vous vous êtes déjà intéressé à un thème. Elles prennent en compte les commentaires que vous avez déposés, le logiciel étant capable de déterminer si leur tonalité est positive ou négative. «Quand vous écrivez «nul» ou «exceptionnel», cela ne pose pas de problème, mais si vous employez le terme «pas mal», l'ordinateur doit comprendre que ces mots doivent être traités ensemble», décrit le chercheur. L'analyse permet aussi de savoir sur quels aspects vous êtes positif ou négatif. «Nous avons employé cette méthode pour un site de livres audio. Nous pouvons ainsi préciser si vous avez apprécié l'histoire ou son lecteur.»

Pour Andrei Popescu-Belis, l'inconvénient de tels outils est qu'ils enferment les gens dans des cases et n'élargissent pas leur horizon – que ce soit dans les loisirs ou sur les opinions. Et le risque de manipuler le public? «Nous n'avons jamais développé de projet commercial mais c'est vrai, cela permettrait une publicité ciblée. De toute façon, il faut savoir que ce que nous faisons sur le net n'est jamais privé, mais se reflète en partie dans les recommandations que nous recevons.»

—————-

[1]

 Triangle de vauquois

Triangle de Vauquois, modèle pour les fondements de la traduction automatique

 

[2] L'Institut de Recherche Idiap (anciennement Institut d'intelligence artificielle perceptive), situé à  Martigny, (Valais Suisse), est une fondation de recherche autonome, indépendante et à but non lucratif spécialisée dans la gestion d'informations multimédia et dans les interactions homme-machine multimodales. L'institut a été fondé en 1991 par la municipalité de Martigny,  l'État du Valais, l'Ecole polytechnique federale de Lausanne, l'Université de Genève et Swisscom.  L'institut de Recherche Idiap est agréé par les gouvernements du Valais et de la Confédération Suisse et est associé à l'EPFL par un plan de développement commun (LIDIAP est le laboratoire de l'EPFL de l'Idiap). Il est reconnu internationalement pour ses travaux en reconnaissance de la parole, apprentissage artificiel, vision par ordinateur et interface homme-machine. 

Alors qu'il n'employait qu'une trentaine de personnes en 2001, l'Idiap a en 2016 une centaine d'employés, dont 80 chercheurs.

Idiap

 

 

La Madeleine, battue des vents…

Madeleine 1

    Au départ de Montréal, les conseils n'avaient pas manqué : « Couvrez-vous bien, l'endroit est fort éventé ». Eh bien, nous verrons sur place ! Pour l'heure, laissons-nous descendre le majestueux fleuve Saint-Laurent à bord du Vacancier, le navire de croisière de la CTMA qui est la solution la plus commode pour se rendre aux Îles de la Madeleine. Et nous allons prendre notre temps puisque, dès l'entrée du Golfe, la vitesse est réduite de moitié et nous ne filons plus que neuf nœuds. Cela, pour éviter de heurter les baleines et ménager leurs oreilles. Reconnaissants, les aimables cétacés viennent batifoler non loin du bord. Le surlendemain, c'est l'arrivée aux Îles. La destination a quelque chose de mythique. En effet, cet archipel, comté insulaire de la province de Québec, se compose de sept grandes îles (dont six sont reliées entre elles par des bancs de sable et par trois ponts) et de quelques îlots inhabités, éparpillés au cœur du golfe du Saint-Laurent, à 105 km de l'Île-du-Prince-Édouard et à 95 km de l'île du Cap-Breton. En plein océan, bravant les tempêtes, quelque 14.000 Madeliniennes et Madelinots (à 95% francophones) s'accrochent à ce petit territoire de 205 km2 dont la vocation touristique s'affirme chaque jour davantage. Environ 65.000 touristes l'ont visité cette année et ce succès est pleinement justifié car, nous allons le voir, les Îles valent le détour !

   Madeleine 2

 

   À l'arrivée, le dépaysement est total. D'abord, et pour démentir les pessimistes, il fait un temps radieux et la brise est en congé. Des dômes rocheux (aussi appelés « buttes ») et des falaises rougeâtres alternent avec des dunes et de longs cordons littoraux qui forment près de 300 km de plages de sable blond. Le climat est foncièrement maritime, c'est-à-dire qu'en été comme en hiver, il tend à être plus doux que sur le continent. Les îles ont longtemps vécu presque exclusivement de la pêche (morue, homard, hareng, flétan et maquereau). À terre, les conserveries fournissaient de l'emploi. Mais, la pêche industrielle a tellement sollicité la ressource halieutique que l'on s'emploie actuellement à la reconstituer en réglementant très strictement les prélèvements. L'agriculture, naguère développée pour cause d'autosuffisance, a presque entièrement disparu vers 1965. Deux fermes laitières et un élevage bovin sont encore exploités dans l'Île de Havre-aux-Maisons et, dans l'Île d'Entrée, dont la moitié des sept km2 est réservée au pacage, on compte encore 60 vaches – autant que d'habitants. Enfin, une mine de sel constitue l'unique activité industrielle des Îles. Exporté, ce sel sert essentiellement à déglacer les routes d'Amérique du Nord. 

 

 

Le Vacancier, navire de croisière de la CTMA qui sert d'hôtel pendant les trois journées d'escale aux Îles.

(Photo Lucette Fournier)

Les Îles comptent six phares qui ont longtemps guidé la navigation dans le golfe du Saint-Laurent. Un seul demeure en activité, celui du Rocher aux Oiseaux. Les autres n'en gardent pas moins une précieuse valeur patrimoniale. (Photo Lucette Fournier)

  Mais, plus surprenante encore est l'histoire du peuplement. On sait que, bien avant l'arrivée des Européens, les Indiens Micmacs, qui avaient baptisé l'archipel Menagoesenog (les îles balayées par la vague), venaient en canot du continent pour y faire provision de viande de phoque et de morse. Le 25 juin 1534, Jacques Cartier aborde au Rocher aux Oiseaux (qu'il appelle l'Île aux Margaux) puis à l'île Brion. Surpris par l'abondance de sable, il dénomme l'archipel « les Araynes » (du latin arena). Mais, c'est finalement Samuel de Champlain qui inscrit sur la carte « La Magdeleine » à l'endroit où se trouve actuellement l'île du Havre Aubert. Certains prétendent que l'archipel doit en réalité son nom à François Doublet, originaire d'Honfleur et concessionnaire des îles, qui voulut ainsi honorer son épouse Madeleine Fontaine. Comme souvent en Amérique du Nord, les Français visitent les lieux, plantent une croix et une pancarte, font trois petits tours et puis s'en vont ! Les Îles passent ensuite de mains en mains sans qu'il n'y ait vraiment de colonisation.

Champlain   Cartier
              de Champlain                                       Cartier

Pendant longtemps, les Îles ont été un refuge. À plusieurs reprises, des gens contraints de fuir leurs terres sont venus s'y installer. Les premiers furent, entre 1761 et 1765, des Acadiens chassés de chez eux lors du Grand Dérangement. [1] Par le traité de Paris (1763), l'archipel devint anglais, comme le reste de la Nouvelle-France. D'abord rattaché à Terre-Neuve, il fut réintégré au Bas-Canada par l'Acte de Québec de 1774. Fuyant la Révolution, 250 Français (d'origine acadienne) arrivèrent de Miquelon en 1792, sous la houlette de leur curé, l'abbé Allain. Ce Coffinfut la première immigration importante. En 1798, un certain Isaac Coffin (sic) obtint de la Couronne britannique la concession des Îles. Il obligea les Madelinots à lui verser des loyers dont certains échurent même à sa descendance jusqu'en 1956 ! À ce socle francophone, s'ajouta un certain apport anglophone, essentiellement constitué d'Écossais et d'Irlandais arrivés à la suite d'échouages ou de naufrages. Actuellement, les anglophones sont regroupés dans deux îles : Grosse Île et l'Île d'Entrée. La règle du « chacun chez soi » semble de mise et, bien que l'on n'observe aucune animosité entre les deux communautés, l'impression est plutôt celle de « deux solitudes ». [2]

    Les îliens furent longtemps très isolés. Encore au XXème siècle, le câble sous-marin qui les reliait au continent s'est rompu en 1910, obligeant à communiquer avec la Grande Terre au moyen d'un ponchon, un tonneau muni d'une voile et voguant comme une bouteille à la mer ! Cet isolement favorisa un certain particularisme langagier qui s'est quelque peu estompé avec l'irruption de la radio et, surtout, de la télévision. Malgré tout, l'oreille attentive relève encore quelques savoureuses particularités. Ainsi, le visiteur qui arrive aux Îles est un étrange (terme que n'aurait pas renié Montaigne). À propos de l'appât, de l'esche, les pêcheurs madelinots parlent de la boëtte (comme leurs collègues de l'île d'Oléron), et le varech s'appelle ici la boutarde (prononcer de l'arboutarde). La cuisine a ses spécialités : la bagosse, sorte de vin de fruits local, et le banax, tresse de pâte à pain jetée dans la friture que l'on mange au petit déjeuner avec du sirop d'érable ou de la mélasse. La liste n'est pas exhaustive, et il faudrait séjourner plus de trois jours pour la dresser.

   

Madeleine 4

Le port de Cap-aux-Meules, le principal havre des Îles où relâchent les grands navires.

(Photo Lucette Fournier)

 Bref, les Îles ne sont plus ces lieux perdus et éventés ne vivant que de la morue et du homard. Comme partout au Québec, une population jeune et dynamique a pris son destin en mains. Elle s'est résolument tournée vers de nouveaux débouchés, au premier rang desquels figure le tourisme qui a l'avantage d'employer beaucoup de monde. Avec leur magnifique décor et leur nature intacte, les Îles se prêtent particulièrement bien à l'écotourisme. Facilement parcourues à pied ou en vélo grâce aux 105 km de routes et aux innombrables chemins, elles attirent de plus en plus les randonneurs et les touristes en quête d'originalité et d'authenticité. Mais, on cherche aussi du côté des nouvelles énergies et l'abondance de vent pourrait devenir une richesse après avoir été une nuisance. Un jour nouveau se lève sur les Îles !

Jean Leclercq

[1] Cette expression désigne l'expulsion, dans des conditions affreusement brutales, des populations françaises de l'Acadie, cédée à la Grande-Bretagne par le traité d'Utrecht (1713). Une partie de ces Acadiens se réfugia alors aux Îles de la Madeleine, formant le premier contingent d'immigrants, tandis que d'autres rejoignirent la Nouvelle-Orléans ou se dispersèrent dans tout le continent. Ce sombre épisode de l'histoire du Canada a été immortalisé par l'écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow dans Evangeline. A tale of Acadie, poème épique publié en 1847.

Deux solitudes[2] Hugh Mac Lennan. Deux solitudes. Traduit de l'anglais par Louise Gareau-Des-Bois. Paris, Éditions Spes (1963).

[3] La Coopérative des Transports maritimes et aériens (CTMA) possède deux traversiers dont l'un sert, à la belle saison, aux croisières partant de Montréal et, l'autre, fait la navette entre Souris (Île-du-Prince-Édouard) et Cap-aux-Meules (cinq heures de traversée).

Adresses : CTMA 435, chemin Avila-Arseneau, Cap-aux-Meules (Québec) G4T 1J3.
Téléphone : (+1) 418-986-3278.
Site : www.ctma.ca  Courriel : info@ctma.ca

Remerciements. L'auteur tient à remercier Monsieur Georges Gaudet, historien local et conférencier de la croisière, de l'aide qu'il lui a fournie pour la préparation du présent l'article.

GaudetMonsieur Gaudet ne se contente pas de raconter les Îles, il y a connu une vie aventureuse, exercé trente-six métiers et partagé avec son frère Donald la passion de l'aviation. Dans Deux frères, une passion, il narre l'odyssée aérienne que fut, pour les deux frères et leurs compagnes, à la fin de décembre 1978, le vol d'Alma (au bord du lac Saint-Jean) jusqu'à l'aérodrome de Havre aux Maisons, Un récit qui n'est pas sans rappeler ceux des pionniers de l'aviation qui ont tant fait rêver les deux frères tout au long de leur adolescence.

Georges Gaudet. Deux frères, une passion. ISBN 978-2-98077483-3-2 (105 p.)

 

L’étude des langues étrangères aux États Unis – compte rendu

America's LanguagesUn récent rapport de l'Académie américaine des Sciences et des Lettres fait état des statistiques suivantes :

  • Près de 30% des dirigeants d'entreprises signalent avoir raté des occasions par suite d'un manque de connaissances linguistiques du personnel d'exécution, et 40% avouent ne pas avoir réalisé leur potentiel international du fait d'obstacles linguistiques ;
  • On estime qu'actuellement 300 à 400 millions d'élèves chinois apprennent l'anglais, contre quelque 200.000 élèves américains qui apprennent le chinois.
  • À peu près 66% des Européens adultes disent avoir connaissance de plus d'une langue, par rapport à 20% des résidents aux États-Unis ;
  • Seules 15% des écoles élémentaires publiques du pays offrent un enseignement de langues autres que l'anglais, contre plus de 50% des écoles élémentaires privées ;
  • Pour l'année scolaire 2016-2017, au moins 44 États signalent un manque d'enseignants qualifiés K-12 ou bilingues, et plus d'États encore signalent un plus grand manque de professeurs de langues que dans les autres disciplines.

Invoquant le recul de l'étude des langues dans l'ensemble du pays, le rapport, America's Languages: Investing in Language Education in the 21st Century, appelle à l'adoption d'une stratégie nationale visant à accorder un rang de priorité plus élevé aux langues étrangères dans le système d'éducation américain.

 

Jean Leclercq

 

INVITATION

Scribe UK invites you to celebrate
the publication of the English language edition of

Revolution

BY EMMANUEL MACRON

Macron English cover

Join the book's translators, Jonathan Goldberg and Juliette Scott, in conversation with Sarah Griffin-Mason, Chair of the Institute of Translation and Interpreting.

6.30-8.30 p.m. on Thursday, 16th November

John Sandoe Books
10 Blacklands Terrace, Chelsea, London SW3 2SR

Cheese and wine will be provided.

POST SCRIPTUM: NOW FULLY BOOKED

 

 

Excerpt from Translator's Note:

 

Jonathan 2017"Translation is a journey over a sea from one shore to the other…. I cross the frontier of language with my booty of words, ideas, images, and metaphors." (Amara Lakhous)

Translating words is very different from casually reading them. The dictionary definition of any given word is often insufficient to convey its exact nuance in the context. The translator has to excavate the meaning and bring order to impressions, guesswork and approximations and at the same time faithfully evoke the author's voice – his tone and style.

All translators work within two parameters: staying close to the source text, without being too literal, and going further afield without taking impermissible liberties. The clash between "literal translation" and "free translation" goes back many centuries – to Jerome, the patron saint of translators, or arguably earlier. In translating this book I often found myself groping for that fine line – the golden mean. Whenever I saw the light of day it felt like a small victory on the path toward clarity and readability.

——-

To better understand those segments of the source text that I found cryptic or ambiguous, I turned to my Jean Leclercq
friend and guru in all matters of French language, history and culture — Jean Leclercq. His intellectual prowess, energy and willingness to assist were an indispensable element of the collaborative enterprise.

Jonathan Goldberg

Los Angeles

 

President Macron speaks in favour of translators

At the Frankfurt Book Fair that ended on 14 October, the French president Emmanuel Macron paid homage to the translator's profession, and announced the creation of a "real" prize in France for translation into French. 

 

Des aviateurs français ont-ils traversé l’Atlantique avant Charles Lindbergh ?

Saint-etienne x C'est tout au moins la thèse que semble accréditer la mairie de Paris puisqu'elle vient de modifier la plaque de la rue Nungesser et Coli, dans le XVIe arrondissement. La nouvelle plaque ajoute que les deux aviateurs français ont traversé l'Atlantique les 8 et 9 mai 1927, et se sont perdus au large de Saint-Pierre et Miquelon. Une dizaine de jours plus tard, Charles Lindbergh traversait l'Atlantique dans l'autre sens et en solitaire. Que doit-on penser de cette prétention ?

 

  Saint-pierre 4 (stamp)    Saint Pierre 2


1927, l'année de l'Atlantique

Au cours du premier conflit mondial, l'aviation a considérablement progressé. Une fois la paix revenue, les aviateurs, disposant d'appareils beaucoup plus puissants, se lancent dans des raids à grandes distances. Ils privilégient l'Asie où ils survolent des territoires présentant des possibilités d'atterrissage forcé. L'Atlantique leur paraît plus redoutable et difficilement franchissable. C'est alors qu'un grand hôtelier new yorkais et mécène de l'aviation, Raymond Orteig (1870-1939), offre un prix de 25.000$ au premier pilote qui reliera sans escale New York Saint-pierre xxet Paris. Le 21 septembre 1926, René Fonck, l'as des as de 14-18, tente l'aventure avec trois équipiers et à bord d'un bimoteur Sikorsky 35 qui s'écrase au décollage. Un tandem français décide alors de relever le défi. Il se compose de deux « trompe-la-mort » : Charles Nungesser et François Coli. Le premier est un grand as de l'aviation de chasse française, totalisant 45 victoires et 17 blessures. Son co-équiper, le capitaine François Coli, a perdu l'œil droit dans un accident d'avion et porte toujours un monocle noir. Après la guerre, Nungesser se rend aux États-Unis où il effectue un grand circuit à bord d'un Henriot HD1, avec lequel il exécute des simulations de combat aérien qui remportent un très grand succès. C'est peut-être à cette époque que germe en lui le projet d'un vol transatlantique.

L'Oiseau blanc [1] 

Sainte-pierre 55

Rentré en France, Nungesser parvient à persuader le constructeur Pierre Levasseur d'adapter aux besoins de son projet le triplace PL-4 qu'il construit pour la marine nationale. L'Oiseau blanc (alias PL-8) présente les caractéristiques suivantes :

Moteur : Lorraine Dietrich, 12 cylindres en W, de 450 CV

Surface alaire : 61 m2

Envergure : 14,63 m

Longueur : 9,75 m

Hauteur : 3,96 m

Poids au décollage : 4.963 kg

Vitesse maximale : 193 km/h

Autonomie : 42 heures (grâce à un réservoir de 4.025 litres)

 

En prévision d'un amerrissage, le fuselage a été renforcé. En outre, on a prévu des caissons étanches et un train d'atterrissage larguable. La mission a été très minutieusement préparée. L'avion est tout blanc et porte les macabres insignes de guerre de Nungesser : un cœur noir, avec un crâne et des tibias croisés, surmontés d'un cercueil et de deux cierges allumés. Sinistre présage !

La tentative  

Le 8 mai 1927, à 5h21, l'appareil est sorti du hangar et, un peu plus tard, après une première tentative infructueuse, Nungesser parvient à arracher in extremis le biplan de la piste de l'aérodrome du Bourget. S'élevant lentement, il prend la direction de l'ouest et largue son train qui, récupéré, est aujourd'hui exposé au Musée de l'Air. Il quitte le ciel français à la hauteur d'Étretat, on l'aperçoit au-dessus de l'Irlande, puis plus rien… Le 9 mai, un journal du soir annonce : « L'Atlantique est traversé. Ils sont arrivés à 16h50. NUNGESSER ET COLI ont amerri en rade de New York ».

Sainte etienne headline

Il n'en est malheureusement rien. Ce n'est qu'une fausse nouvelle que le ministre chargé de l'Aéronautique qualifiera d'illusion collective ! Que sont-ils alors devenus ?

Les conjectures

Deux choses sont avérées : au-delà du sud de l'Irlande, plus personne ne les a vus et, le 9 mai 1927, dans la région où ils sont censés se trouver, la Saint-pierre (Lindbergh)météo est exécrable. S'ils ont atteint Terre-Neuve, ils ont dû y affronter une terrible tempête de neige. Sont-ils tombés dans les eaux du Golfe ou dans les toundras de Terre-Neuve, voire du Labrador ? On ne le saura sans doute jamais. Dans son autobiographie, Charles Lindbergh écrit que les deux hommes ont tout simplement disparu, « comme des fantômes de minuit ». Les recherches entreprises à l'époque par les autorités américaines, canadiennes et françaises n'ont donné aucun résultat. Pourtant, depuis 2009, une équipe de chercheurs français, emmenée par M. Bernard Decré, a effectué des recherches autour de Saint-Pierre et Miquelon, après avoir découvert un télégramme de la Garde côtière des États-Unis en date du 18 août 1927, signalant la présence de deux ailes de biplan liées ensemble flottant au large de Norfolk (Virginie).[2]

 

En 2013, The New York Times a rendu compte de recherches menées par Decré pour retrouver les ailes qu'il croit appartenir à l'Oiseau blanc, mais aussi de la poursuite de la recherche d'autres débris de l'appareil au large de Saint-Pierre et Miquelon. À l'époque de la mystérieuse disparition, des pêcheurs saint-pierrais auraient dit avoir entendu un avion passer à basse altitude, certains faisant même état d'appels à l'aide. On en a déduit que l'Oisean blanc avait peut-être été abattu par un navire de la Garde côtière des États-Unis qui pourchassait les contrebandiers. Il faut se souvenir qu'à l'époque de la Prohibition, le petit archipel français était le centre d'un vaste trafic d'alcool en direction des États-Unis.[3] Poursuivis par les douaniers, les contrebandiers jetaient souvent leur chargement à la mer et les caisses de spiritueux s'échouaient sur les grèves canadiennes, pour la plus grande joie des riverains qui avaient baptisé cette mâne, le miquelon. Bref, la chasse aux contrebandiers faisait rage et l'hypothèse d'une méprise n'est pas invraisemblable. D'aucuns pensent même que l'Oiseau blanc aurait pu être abattu par des contrebandiers rendus plus nerveux par la présence d'Al Capone à Saint-Pierre.[4]   

 

Il n'en demeure pas moins que, jusqu'à présent, aucun élément matériel, aucun débris, aucun reste de l'Oiseau blanc ou de son équipage n'a été retrouvé qui puisse prouver qu'ils aient atteint le continent américain. Dans ces conditions, Charles Lindbergh demeure le premier aviateur à avoir traversé l'Atlantique et même relié New York à Paris, qui plus est, en solitaire. Lors du dévoilement de la plaque, Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe de la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, a voulu préciser le sens de sa démarche : "Ce que nous faisons aujourd'hui n'est pas une réinterprétation de l'Histoire. Ce n'est pas non plus, et je le dis haut et fort, une contestation de l'exploit de Charles Lindbergh". Rappelons que le vainqueur du Prix Orteig a très galamment rendu visite à la mère de Charles Nungesser qui, à l'époque, espérait encore revoir son fils.

Sainte-etinne vieu-charier

 

La mystérieuse disparition de Nungesser et Coli ne devait pas être la seule tragédie inexpliquée de cette première moitié du XXe siècle. Roald Amundsen, le grand explorateur et vainqueur du pôle Sud (en 1911) se perdra le 18 juin 1928, en tentant de rejoindre le Spitzberg à bord d'un hydravion Latham (dont on retrouvera des débris quelques semaines plus tard). L'aviatrice américaine Amelia Earhardt, première femme à avoir traversé l'Atlantique en 1928, disparaît dans le Pacifique le 2 juillet 1937, alors qu'elle tentait de rejoindre l'île Howland en compagnie de son mécanicien Fred Noonan. Toutes les recherches s'avérèrent vaines. Mais, en 1966, un chercheur américain, Saint-pierre 8Fred Goerner – animé d'un désir d'élucidation voisin de celui de M. Bernard Decré – montre qu'Amelia Earhardt et son mécanicien se seraient écrasés sur l'atoll de Mill et auraient été faits prisonniers par les Japonais. Ils seraient morts quelques mois plus tard, à Saipan. Résoudra-t-on un jour l'énigme de la disparition de l'Oiseau blanc ? La gourmette de Consuelo de Saint-Exupéry, retrouvée le 7 septembre 1998, dans le chalut d'un pêcheur, au large de Marseille, semble autoriser tous les espoirs.

 

[1] Nungesser a choisi ce nom en souvenir d'un chef indien du Wyoming, rencontré en 1925. Après la guerre, le grand as de la chasse française avait épousé une riche héritière américaine, Consuelo Atmaker, qui portait donc le même prénom que la future épouse d'un autre aviateur, Antoine de Saint-Exupéry.  

[2] Le télégramme serait ainsi libellé : It is suggested to Headquarters that this may be the wreck of the Nungesser and Coli  Aircraft.    

[3] Lorsque les autorités françaises mirent fin à ce trafic, un armateur eut l'audace de prétendre à une indemnité. Le Conseil d'État rejeta son recours (CE, 14 janvier 1938. Compagnie générale de grande pêche).

[4] Thierry Vigouroux. Nungesser et Coli ont-ils été victimes d'Al Capone ? Le Point, 15 août 2011.

Jean Leclercq


Pour rédiger le présent article, l'auteur a largement puisé dans
France-Amérique du 19 octobre 2017 ainsi que dans sa documentation personnelle. .

Lectures supplémentaires:

John Gillespie Magee, Jr. 1922 – 1941,  Antoine de Saint-Exupéry 1900 –  1944

L'aérophilatélie et l'astrophilatélie – de nouveaux timbres américains et suisse

 [55 minutes]

 

Emmanuel Macron écrit un poème à une ado anglaise fan de la Tour Eiffel

Sophie, Anglaise de 13 ans, est tombée sous le charme de la Tour Eiffel lors d'un voyage à Paris. Elle l'a fait savoir dans un poème envoyé à l'Élysée alors occupé par François Hollande. Mais c'est son successeur, Emmanuel Macron qui s'est chargé de répondre à Sophie. Le président de la République s'est fendu d'un poème rendu public hier à l'occasion de l'anniversaire de l'adolescente anglaise.

A special birthday present for Sophie, 13
today: President@EmmanuelMacron's reply to her poem on the #EiffelTower.
Bon anniversaire Sophie!

5:00 AM – Nov 1, 2017

 

LE POÈME DE SOPHIE                     LA RÉPONSE DU PRESIDENT
                                                         DE LA RÉPUBLIQUE

Centre of Attention
She has four beautiful legs,
Which help her stand proud,
She looks over everyone,


With her heads in the clouds,
She is elegant and tall,
Wears a pretty, lacy skirt,
Whilst staring at her in awe,


Your eyes will not avert,
Her spine is amazingly straight,
Whilst her head touches the sky,
People look up and take pictures of her,


As they are passing on by,
You need to tilt your head up,
To be able to see all of her,
But when you do,


She is as pretty as a picture,
She is the centre of attention,
Noticed by everyone,
She is the Eiffel Tower,

She is second to none.

 

En voyage à Paris, la petite Sophie
Croisa une géante illuminant la nuit. 
"Comment t'appelles-tu, monstre surnaturel ?" 
"Mes nombreux visiteurs m'appellent Tour Eiffel"


"N'es-tu pas parfois lasse, avec tes mille atours

Que l'on ne voie en toi, qu'une banale tour ?
Toi le dragon, la fée, qui veille sur Paris,
Toi, immense flambeau planté dans le ciel gris !


Quel plaisir tu me fais ! Ils sont devenus rares

Ceux qui comme Cocteau, Aragon ou Cendrars,
Trénet, Apollinaire, avaient su célébrer
Mon âme parisienne aux charmes singuliers.


Puisque tu sais si bien percer les apparences,

Tu pourrais, si tu veux, à ton retour de France
Prendre à ton tour la plume et conter en anglais
Ce qui chez moi te plaît !"


"Tu peux compter sur moi ! Il y a tant à dire !

Je t'écrirai vingt vers… mais qui voudra les lire ?"
"Oh, moi j'en connais un qui lira ton cantique."

"C'est ?"
"Le président de la France."

Lost in translation ?

Était-ce ou non un original anglais ?  

Toute la journée, les médias français ont unanimement rapporté que le Président Macron avait écrit à Sophie un poème en anglais.

Mais, il n'en était rien. Le poème a été écrit en français et traduit en anglais par les soins de l'ambassade de France à Londres.

Des soupçons étaient nés d'une version française bien plus structurée et d'une meilleure facture littéraire que la version anglaise. 
En effet, la version française, rimée et cadencée, laisse l'impression d'un véritable bijou poétique. 

La version anglaise – tout en étant agréable à sa façon – sent la traduction. Elle est plus empruntée et d'une imagerie moins parlante qu'en français.

D'ailleurs, comment le président aurait-il pu écrire un poème en anglais et puis faire en sorte de l'améliorer en traduction française ? Et, c'est pourtant ce que nous nous tous sommes laissé dire.

Aujourd’hui, en fin d'après-midi, l'ambassade de France à Londres a confirmé à la BBC que c'était effectivement elle qui avait traduit en anglais le poème du président français.

Moralité : The cat is out of the bag ! On a éventé la mèche ! 

D'après Hugh Schofield, BBC News, Paris.

Ceux-là avaient flairé le Brexit

Yes PM 2Yes, Minister et Yes Prime Minister étaient deux séries télévisées satiriques britanniques, diffusées par la BBC entre 1978 et 1984, et 1986 et 1988, respectivement. Leur objet était de montrer les machinations des politiciens -  dans la première série, quand le personnage de l’Honorable James Hacker est élu ministre au gouvernement britannique et, dans la seconde, quand il est élu Premier Ministre. Au fil des séries, chaque fois que Hacker aborde un sujet qui relève de sa responsabilité, il commence par affirmer naïvement sa volonté de servir le public. Mais, très vite, Sir Humphrey Appleby,  son « secrétaire permanent » (titre d'un haut responsable dans la fonction publique britannique) [1], le persuade d’adopter une politique contraire. 

Le thème central de deux séries est le cynisme du monde politique, et leur succès s’explique non seulement par le scenario plein d’esprit, mais aussi par le jeu tout à fait remarquable de deux comédiens, Nigel Hawthorne (secrétaire permanent) et Paul Eddington (Premier Ministre). 

Yes Hacker & Appleby
 
Le « Premier Ministre »  et son « secretaire permament »
devant 10 Downing Street, résidence des premiers ministres de la Bretagne
 
Dans le très court vidéo clip qui suit, le secrétaire permanent explique au Premier Ministre que le rôle de la Grande-Bretagne est de tout faire pour mettre le plus grand désordre au sein de l’Union européenne (à l’époque, le Marché commun) et de susciter la plus grande rivalité possible parmi ses États Membres. Tout cela, dans l'intérêt bien compris de la Grande-Bretagne.
 
YES PM 3
 
Dans cet humour amer, certains voudront voir la véritable politique européenne menée par le Royaume-Uni depuis de nombreuses années, mais aussi les prémices de ce qui allait s'appeler le BREXIT. 
 


 
[1] En lui donnant du "Oui, Monsieur le Ministre" et "Oui, Monsieur le Premier Ministre", on a l'impression que le secrétaire permanent de Hacker est un béni oui-oui, alors que son principal rôle est de manipuler le Ministre (et plus tard le Premier Ministre).  
 
Jonathan G.
 

Glossaire du vidéo clip :

The Foreign Office

Le bureau des Affaires étrangères

The Civil Service

La fonction publique

The Common Market (EEC)

Le marché commun (CEE)

Divide and rule

Diviser pour régner

To make a pig’s breakfast

Mettre le désordre, semer la pagaille

It’s just like old times

C’est comme au bon vieux temps

To stir up arguments

Attiser des disputes

Appalling cynicism

Cynisme épouvantable

Gaston Dorren, linguiste du mois d’octobre 2017

 INTERVIEW

Lyda Ruijter
L’intervieweuse

Gaston Dorren
L’interviewé

Gaston Dorren, écrivain et linguiste demeurant aux Pays-Bas, a publié trois livres de linguistique. L’un d’eux est paru en anglais sous le titre : Lingo – Around Europe in Sixty Languages et a été traduit dans plusieurs autres langues. Il a collaboré à des revues de linguistique de grande diffusion aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Norvège et en Suisse. Dernièrement, son article “Talking Gibberish” a paru dans aeon.co. Gaston parle l’anglais, l’allemand, l’espagnol et un peu le français. Il lit plusieurs autres langues et blogue sur languagewriter.com.

Lingo 1

 

Née dans une ferme d’un petit village des Pays-Bas, Lyda Ruijter est diplômée de l’Université d’Utrecht dont elle détient une maîtrise en sociologie,  avec comme domaines d’études la thérapie familiale, la criminologie, la méthodologie et les statistiques.  Elle a occupé les fonctions de Directrice locale d’une étude publique sur les victimes de crimes, et de Coordonnatrice régionale de l’organisation Humanitas. Venue étudier aux Etats-Unis, elle a obtenu un doctorat en linguistique à l’Université du Wisconsin à Madison. Elle a occupé différents postes d’enseignement dans les départements de linguistique, de pédagogie et d’anglais, tant aux États-Unis qu’en Malaisie.

 

 ENGLISH VERSION  – Traduction Jean Leclercq

 

Lyda: Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux langues en tant que sujet d’étude ?

Gaston: Je pense que tout a commencé lorsque j’ai appris l’anglais, le français, l’allemand et le latin à l’école. Ce n’est qu’à ce moment-là que le limbourgeois, le dialecte que nous parlions dans la région, la province méridionale du Limbourg, m’est apparu comme une langue à part entière, et non pas une sorte de néerlandais informel. Ce fut une révélation : le limbourgeois, comme l’anglais, le français et les autres langues, avait des règles de grammaire, un vocabulaire et des sonorités nettement différents du néerlandais. Je ne m’étais jamais arrêté à cela auparavant. C’est en apprenant d’autres langues que je me suis ouvert les yeux, ou plutôt les oreilles !

 

Lyda: Votre éducation a-t-elle joué un rôle dans l’intérêt que vous avez porté aux langues ?

Gaston: Certainement. Ma mère était assez pointilleuse quant à l’emploi du mot juste, en néerlandais comme en limbourgeois. Mon père enseignait le français (ce qui explique le choix de mon prénom), ma première petite amie était allemande et la plupart des émissions de télévision que je regardais, comme The 6 Million Dollar Man et M*A*S*H, étaient en anglais, avec sous-titrage en néerlandais.

 

Lyda: Avez-vous pris conscience de la langue de l’élite en grandissant dans la classe supérieure ?

Gaston: Certainement pas; j’appartiens à la plus moyenne des classes moyennes. Le seul trait élitiste familial dont je me souvienne remonte bien avant ma naissance. Quand mon père était élève à l’école normale, mon grand-père lui écrivait des lettres en français. Lorsque mon grand-père était enfant, en 1900, le français était encore la langue de l’élite dans cette partie du Limbourg et, à l’âge adulte, il était enclin au snobisme.

 

Lyda: Vous avez écrit Lingo: Around Europe in Sixty Languages, publié aux États-Unis il y a deux ans. C’est un périple linguistique qui conduit le lecteur dans toute l’Europe, à l’écoute de soixante langues. Comment avez-vous conçu ce livre ? Décrivez à nos lecteurs ce qu’ a été pour vous la rédaction d’un tel ouvrage.

Gaston: En fait, c’est venu tout naturellement, à partir de quelques textes que j’avais écrits pour m’amuser. Les jugeant assez prometteurs, je m’interrogeais sur leur dénominateur commun, et je retins ce thème des langues européennes qui se révéla extrêmement stimulant. Le livre, d’abord publié en néerlandais, fut très bien accueilli par la critique. Jouant le tout pour le tout, je le fis traduire en anglais à mes risques et périls. Cela a merveilleusement marché, parce que, grâce à mon agent, Caroline Dawnay et au très perspicace éditeur Mark Ellingham (Profile Books), le livre devint une sorte de succès de librairie en Grande-Bretagne. D’autres éditions, y compris l’américaine, ont également donné des résultats très satisfaisants. Le livre est maintenant édité dans sept langues différentes. À mon grand désespoir, il manque surtout le français et l’italien. J’aimerais vraiment que Lingo paraisse dans ces deux langues. L’édition espagnole est merveilleuse, ce qui montre bien que Lingo peut s’accomomder d’une langue romane !

 

Lyda:  Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs l’influence que de fortes personnalités ont exercer sur l’évolution des langues ? Dans votre livre, vous montrez que, souvent, tel ou tel personnage fortement motivé a sauvé une langue de l’extinction ou a favorisé une certaine variante d’une langue. Avez-vous noté le caractère politique des choix faits de promouvoir telle langue ou telle variante de langue plutôt que telle autre ? 

Gaston: Oui, c’est vrai qu’en y réfléchissant, bien des langues doivent beaucoup à un ou deux individus. Peut-être ont-ils eux-mêmes bataillé pour qu’elles soient reconnues ou leurs livres ont-ils puissamment influé sur la langue courante. C’est le cas de Martin Luther pour l’allemand et de Dante pour l’italien. Ce sont des noms familiers, mais, plus à l’est, il y a tous ces pères des langues maternelles dont la plupart des Européens et des Américains n’ont jamais entendu parler. Certains d’entre eux peuvent effectivement avoir sauvé leur langue de l’extinction ou, au moins, de la marginalisation. Par exemple, dans Lingo, je raconte l’histoire du linguiste et nationaliste slovaque Ľudovít Štúr. Malgré ses efforts, le slovaque n’obtint un statut officiel qu’avec l’effondrement de l’empire austro-hongrois, et ce n’est qu’après la rupturee avec la Tchéquie que la langue slovaque a vraiment obtenu droit de cité. Cela marche dans les deux sens : de même que le slovaque avait besoin d’un pays pour s’épanouir, la Slovaquie avait besoin d’une langue pour affirmer sa nationalité. Je simplifie les choses, mais l’on estime souvent que le nationalisme et l’appartenance linguistique vont de pair, notamment en Europe. Je ne suis pas si certain que ce soit une bonne chose. Nation et langue font un mélange détonant et même toxique. La Catalogne est le plus récent exemple des tensions que cela peut créer, et des conflits analogues se sont produits dans toute l’Europe.

 

Lyda: À quel projet travaillez-vous actuellement ?

Gaston: Je travaille à un livre qui devrait sortir à la fin de 2018, sur les langues les plus parlées dans le monde, de l’anglais au mandarin et à l’espagnol, jusqu’à des langues quelque peu moins connues comme le tamoul, le swahili et le vietnamien. Même si l’anglais est la langue mondiale d’aujourd’hui, seulement environ un terrien sur huit sait le parler à peu près couramment. Ce livre sera à propos de la plupart des sept autres terriens. Comme dans Lingo, chaque chapitre aura son angle d’attaque. Pour le chapitre sur le vietnamien, par exemple, j’essaie actuellement de l’apprendre et je vais prochainement aller passer quelques semaines sur place. Le chapitre sur le français portera sur le fort accent mis sur la Norme et sur l’aversion de Paris pour les langues minoritaires. L’article 2 de la Constitution dit que : « La langue de la République est le français », une fiction juridique pour réprimer les droits culturels des minorités. Une nation confiante en elle-même qui veut que ses citoyens soient libres et divers ne devrait jamais énoncer une prétention aussi autoritaire. Bigre, voilà qui ne va vraiment pas m’aider à trouver un éditeur français, n’est-ce pas ?

 

Lyda: Comme nous sommes tous deux néerlandais, je peux vous demander si vous croyez que le style de laisser-faire culturel en honneur aux Pays-Bas a permis une moindre normalisation, une moindre pression des pouvoirs en place de se conformer à la norme une seule langue, et davantage d’acceptation des variantes de la langue.

Gaston: Je crois que la situation du néerlandais est plus ou moins la même que celle de l’anglais. Il y a une norme mais, exception faite de l’orthographe, de grandes différences sont aujourd’hui tolérées, tant au niveau régional qu’en matière de civilité. Ce que la culture linguistique a de particulier aux Pays-Bas, c’est la tendance à ne pas réagir quant à l’avenir de la langue. Les universités deviennent vite des espaces uniquement anglophones. Si bien qu’à terme, les élites ne seront pas capables d’exposer des questions de leur compétence aux profanes – c’est-à-dire à des gens comme vous et moi, car nous sommes tous des profanes dans la plupart des domaines. Nous risquons de perdre le vocabulaire néerlandais dans des pans entiers de l’activité et du savoir humains. Cela ne va peut-être pas m’empêcher de dormir – le changement climatique est bien pire – mais j’estimerais que c’est une grande perte culturelle.

 

Lyda: Comme, chez vous, voyages et observations linguistiques sont intimement liés, vous considérez-vous comme un linguiste, ou un géographe, ou autre chose encore ?

Gaston: Je suis un linguiste, mais ma linguistique est d’un genre qui nécessite beaucoup de connaissances en géographie et en histoire. C’est ainsi que l’un des projets auxquels je réfléchis aura effectivement trait à la géographie – au problème des frontières, pour être exact. Mais, mieux vaut ne pas en dire plus à ce stade.

 

Lyda: Votre style m’a particulièrement impressionnée. Vous devez avoir un très bon traducteur en anglais. Je suis curieuse de lire l’édition néerlandaise afin de voir comment vous aviez formulé certains passages de l’original.

Gaston: Merci ! Oui, Alison Edwards a fait un excellent boulot. Comme d’ailleurs la plupart des traducteurs dans d’autres langues. Ce fut un vrai bonheur de travailler avec la plupart d’entre eux, non seulement parce que ce sont des gens passionnés par leur métier, mais aussi parce que faire traduire ce livre de linguistique, disons en espagnol ou en allemand, m’a obligé à jeter un regard neuf sur certaines langues, en me plaçant du point de vue des langues cibles. J’ai même fait des causeries à des traducteurs dans plusieurs pays pour traiter de cet aspect de Lingo.

 

Lyda: Aimeriez-vous ajouter quelque chose d’autre ?

Gaston: Oui, un détail ludique intéressant. Pendant sept ou huit ans, je me suis produit comme auteur-compositeur de chansons. Je crois que cela m’a appris combien il est important d’avoir le public avec soi. Ce vécu a absolument modifié ma façon d’écrire, l’a rendue plus personnelle et, je l’espère, plus attirante. Il m’a aussi appris à faire des causeries. Auparavant, j’étais très mauvais, et maintenant c’est une de mes activités préférées.