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La dimension genrée de la traduction automatique


Compte-rendu de Fabienne Baider

Online Speech Hate (Fabienne Baider)Nous accueillons chaleureusement la contribution qui suit, dirigée par Fabienne H. Baider.  Fabienne est professeur associée à l'Université de Chypre et travaille sur la sémantique et l’analyse de discours d'un point de vue socio-cognitiviste et contrastif (français, anglais et grec). Ses recherches incluent les métaphores conceptuelles et les émotions dans le discours politique, la communication en ligne et le discours de haine. Elle se concentre actuellement sur les stratégies discursives discriminatoires (covert racism, covert sexism) ainsi que sur les stratégies de discours en matière de leadership politique. Sa méthodologie inclut la linguistique de corpus et l'analyse de discours critique (CDA). Elle est la coordinatrice du Projet C.O.N.T.A.C.T. co-financé par l'UE (reportinghate.eu). Avant cette carrière universitaire, Fabienne a voyagé et travaillé comme enseignante de FLE en Afrique (entre autres métiers), particulièrement en Afrique du sud, ainsi qu’au Canada où elle a repris ses études de troisième cycle (cf. sa page web (http://www.fabiennehbaider.coml)

 

Notre compte-rendu est consacré à l’étude publiée en février 2019 et intitulée Il a dit, elle a dit: Aborder le genre dans la traduction automatique neurale. [He Said, She Said: Addressing Gender in Neural Machine Translation, (Gino Dino, 2019)].

 

Chacun et chacune ayant traduit de la langue anglaise (langue sans genre lexical mais avec genre uniquement pronominal) vers la langue française à l’aide de logiciels tels que Google translate ont connu certains déboires. Ainsi  les traductions suivantes indiquent des biais :

This person is a very well known professor;
Cette personne est un professeur très connu

Two women were late; When they arrived they were happy;
Deux femmes étaient en retard. Quand ils sont arrivés, ils étaient heureux

Automatiquement Google translate propose et emploie le genre grammatical masculin par défaut, même lorsque des indices grammaticaux et sémantiques indiquent clairement le genre féminin.  Pour les utilisateurs le problème du sexisme de l'intelligence artificielle était connu mais il a été découvert en quelque sorte par les chercheurs assez récemment.

En effet, selon l’article mentionné ci-dessus, il a fallu attendre novembre 2018 pour que ‘l’affaire’ soit publique auprès des informaticiens quand les médias ont enfin discuté les suggestions automatiques sexistes de Google Mail. Pour simplifier ce problème, Google mail (Gmail) ne va plus proposer automatiquement un genre grammatical avec leur nouveau logiciel de traduction automatique. [1] En effet une nouvelle fonctionnalité (appelée Smart Compose) évitera de suggérer des genres. De même en décembre 2018, Google a publié un premier article sur les mesures prises afin de réduire les stéréotypes sexistes que nous avons mentionnés plus haut dans Google Translate [2] .  Ainsi il avait été prouvé que les traductions se basaient principalement sur de tels stéréotypes ainsi la suggestion de pronoms masculins pour des cooccurrences avec des mots comme « fort » ou «docteur» et des pronoms féminins pour des cooccurrences avec les adjectifs tels que « beau » et «infirmier».

Pour éviter ces automatismes Google a mis à jour son logiciel et les requêtes de traduction de l'anglais vers le français, l'italien, le portugais ou l'espagnol vont proposer des choix de traductions i.e. le masculin et le féminin [3] . Cependant comme nous l’avons vu au début de ce texte avec l’exemple de deux phrases consécutives, le mot femme ne va pas déclencher dans la proposition suivante le pronom elles. De fait les phrases plus longues ou plus complexes ou même ce qu’on appelle les anaphores entre phrases, quant à elles, nécessitent un processus plus complexe. Tellement complexe que Google a dû « apporter des modifications importantes » à son logiciel de traduction. Cet article explique en effet que ce n’est pas facile d’être objectif et neutre : le logiciel doit prendre un nouveau processus qui prend en compte notamment les suggestions de traduction rejetées.  Google affirme que ce nouveau système peut être fiable en ce qui concerne le genre des traductions féminines et masculines ‘99% du temps’, sauf que notre exemple très simple donnée plus haut n’est toujours pas traduit de manière équitable.

Eva Vanmassenhove qui travaille en recherche dans le domaine de la traduction automatique depuis 2015, rapporte dans cet article qu’elle avait souligné les faiblesses d’une telle approche pour des raisons nombreuses, et qui sont toutes basées sur le fait que la problématique est bien plus complexe que changer des pronoms. En particulier elle reproche le fait que Google travaille surtout à sens unique c’est-à-dire qu’ils travaillent sur des traductions avec l’anglais comme langue cible et d’autres langues comme langue source. De plus la chercheure souligne la complexité de la tâche. En effet le genre ne s’exprime pas seulement avec le genre grammatical, car le choix des verbes ou des adjectifs est aussi genré. Enfin il ne faut pas non plus sous-estimer la dimension de l’interculturalité : différentes langues ont différentes manières d’exprimer le genre et envisager une solution unique est utopique. Le contexte est aussi primordial dans les traductions et prédire le genre dans des langues qui expriment ce genre minimalement reste une tâche non résolue et sans doute non résolvable. On en reste encore dans Google translate a « The nurse arrived » et « The surgeon arrived »  comme traduction par défaut de ‘l'infirmière est arrivée’ et ‘le chirurgien est arrivé ». Pire le féminin est proposé par défaut pour renforcer des stéréotypes ainsi :

I am a strong surgeon se traduit par ‘je suis un chirurgien fort’ (juillet 2019)

I am a beautiful surgeon se traduit par ‘je suis une belle chirurgienne’ (juillet 2019)

Pour détecter de tels biais, il s’agit de compiler un volume d’exemples impressionnant qui ne peut que se faire après des années. Se rendre compte des biais est déjà une étape importante; les premiers ont été vers la réduction des préjugés sexistes dans la traduction automatique.

Mais la discussion des biais ne devrait pas se limiter au sexisme. En effet la correction des biais devrait se faire dans le cadre de la théorie intersectionnelle : cette théorie pose que le genre, la classe et la race principalement vont entraîner des biais spécifiques; combiner et cumuler ces biais vont aussi entraîner des problèmes de traduction pour les modèles neuronaux.  Les asymétries sociales sont multiples et incluent l’âge, l’orientation sexuelle et l’appartenance à des groupes minoritaires, asymétries qui vont de traduire dans des suggestions de traduction biaisées. Eva Vanmassenhove en a conclu que les préjugés, y compris le genre mais pas seulement, doivent être des préoccupations importantes, car

on ne comprend pas immédiatement comment les algorithmes de MT les perpétuent, et ils passent souvent inaperçus, puisque les algorithmes neuronaux sont très efficaces pour fournir ce qu'ils pensent que nous voulons voir.

Il n’a pas été question dans cet article de la question très difficile concernant les pronoms pour les transgenres et les transsexuels, et de l’écriture non genrée qui au contraire du mouvement pour la féminisation ou les choix alternatifs il / elle et la volonté de vouloir inscrire le genre sexué dans la langue, veut effacer toute trace de genre.  Ainsi si nous prenons le cas de la Suède, un pronom neutre hen, pronom personnel de la troisième personne singulier, a été adopté par l’académie suédoise en 2014 et est entré dans le dictionnaire en 2015.  Il a été proposé pour désigner une personne de manière non sexuée puisque dans la grammaire suédoise comme dans toutes les langues germaniques les pronoms personnels de la troisième personne singulier sont sexuées [4]. Ce pronom non seulement donne la possibilité de ne pas désigner une personne par son identité sexuée et ainsi éviter des stéréotypes de genre, mais il permet aussi de déstabiliser les usages normatifs et normées qui est tout à fait dans la lignée de la théorie postmoderne illustrée fameusement par les ouvrages de Judith Butler (2005) [5] qui promeut la politique de subversion pour défaire les normes de genre. Mais ceci est un tout autre débat et un tout autre projet pour Google translate en et du suédois…!

[2] Fearful of bias, Google blocks gender-based pronouns from new AI tool, Reuters, 27 November 2018

[3] The Keyword, December 6, 2018

[4] Neural Machine Translation, Slator Language Industry Magazine

[5] Hen  : le pronom suédois qui fait polémique, CFTTR
et

Ni "lui", ni "elle", un pronom neutre en Suède : en France, ce serait impossible

L’OBS 29-03-2015

[6] Butler Judith (2006) Trouble dans le genre. Éditions Poche ; (2016) Défaire le genre Nouvelle Édition Amsterdam

Lectures supplémentaires :

Sexism coverDictionnaire critique du sexisme linguistique
Recension, Prof. Fabienne Baider

 

Which Box Do You Check? Some States Are Offering a Nonbinary Option
New York Times, May 29, 2019

Le 75e anniversaire de la mort d’Antoine de Saint-Exupéry


S-E3Il y a exactement 75 ans aujourd'hui, Antoine de Saint-Exupéry, aviateur et écrivain, disparaissait au cours d'une mission de reconnaissance dans le ciel de France.

Cindy cropped

Notre fidèle contributrice Cynthia Hazelton nous dit comment naquit et s'élabora le chef-d'œuvre universel qu'est le Petit PrinceCynthia est titulaire d'un diplôme de droit et exerce la profession de traductrice juridique. Elle enseigne également la traduction juridique français/anglais à Kent State University (Ohio).

Jean Leclercq a traduit le texte rédigé par Cynthia.

Pour retrouver les contributions précédentes de Cynthia, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

 

Là où naquit le Petit Prince

S-E book cover

En avril 2017, Le Petit Prince est devenu le livre le plus traduit dans le monde, exception faite de la Bible (qui est en course depuis bien plus longtemps). Il existe maintenant en 300 langues. [*] Ce charmant petit livre, aimé des enfants tout autant que des adultes du monde entier, est, en fait, une histoire très française. Saint-Exupéry y décrit la solitude et l'absurdité de la vie des adultes, axée sur le travail et la consommation, en opposition à la sagesse et à l'émerveillement de l'enfant face au monde naturel.  Mais savez-vous où a été écrit ce classique ?


S-E - boat

Les jeunes années

D'abord, un peu de contexte. Antoine de Saint-Exupéry est né en 1900, dans une famille de l'aristocratie lyonnaise. Encore jeune adolescent, il reçut le baptême de l'air et eut le coup de foudre pour l'aviation. Pendant son service militaire obligatoire, il fut d'abord mécanicien puis apprit à piloter, obtenant finalement son brevet de pilote militaire en 1921.

Il quitta l'armée en 1922, et commença à rédiger des récits de son vécu aérien. Pouvait-il alors prévoir que ses deux passions, voler et écrire, détermineraient le cours de son existence ? En 1926, Saint-Exupéry entre à l'Aéropostale, une société pionnière de la poste aérienne qui fut aussi la première à relier la France à l'Amérique du Sud. Transportant le courrier entre la France, l'Espagne, l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud, Saint-Ex  commença à écrire des romans dont les héros étaient des pilotes. Ses voyages ne lui inspirent pas seulement des récits d'aviation, ils lui donnient aussi des idées pour son travail. Le puits auquel il fait allusion (« Ce qui embellit le désert » dit le Petit Prince, « c'est qu'il cache un puits quelque part »), c'ést celui de la maison de sa jeunesse à Lyon, les baobabs sont ceux de Dakar, et les volcans, ceux de Patagonie.

En 1927, il est nommé chef d'escale à Cap Juby, au Sahara espagnol. C'est là qu'il écrit son premier roman, Courrier sud. Il remporte son premier vrai succès littéraire en 1931, avec la publication de Vol de nuit, ouvrage couronné par le Prix Femina.

Bien qu'il ait survécu à plusieurs accidents d'avion qui lui laissèrent des séquelles invalidantes, la passion de Saint-Ex l'incita à tenter. en 1935, de battre le record de vitesse entre Paris et Saïgon   Quand son avion s'écrasa dans le désert égyptien (à 180 km à l'ouest  de Wadi-Narroun), Saint Exupéry et son mécanicien, René Prévot, errèrent dans le désert pendant trois jours. Mourant littéralement de soif, ils furent recueillis par un bédouin. Par la suite, cette aventure lui inspira très certainement le décor naturel du Petit Prince.

Lorsque les troupes allemandes envahirent la France, en 1940, Saint-Exupéry reprit du service dans l'armée de l'air, pour effectuer des missions de reconnaissance. Après l'armistice, il s'exila à New York. où il s'employa à convaincre les États-Unis d'entrer en guerre contre l'Axe. Les 28 mois passés à New York furent une période à la fois productive et destructive de sa vie.

 

L'intermède new yorkais


En janvier 1941, Saint-Exupéry s'installa dans un appartement du 240 Central Park South où, en novembre, il fut rejoint par sa femme, Consuelo Suncin, une écrivaine et artiste salvadorienne. De toute évidence, leur vie conjugale fut une longue suite d'infidélités, de querelles et de fréquentes séparations. C'est probablement pour cette raison que Saint-Ex passa une bonne partie de son temps au 3 East 52nd Street, où vivait son ami artiste Bernard Lamotte.

S-E 3 East 52nd St NY   S-eConsuelo

 

Saint-Exupéry avait confié à ses amis qu'il ne resterait que quatre semaines à New York, mais, en réalité, il y passa 28 mois pendant lesquels il écrivit Pilote de guerre et Lettre à un otage. Si bien que ses années new-yorkaises furent professionnellement fécondes, mais difficiles sur le plan personnel. Outre les turbulences conjugales, il souffrait de ne point parvenir à entraîner les États-Unis dans la guerre et de venir ainsi au secours de la France. À cela s'ajoutait la difficulté qu'il avait à parler l'anglais. Il n'aimait pas s'exprimer en public et déclinait les invitations à s'adresser à des publics universitaires, comme d'autres expatriés français l'avaient fait avant lui. [1]  En outre, les nombreux accidents d'avion dont il avait réchappé au cours des deux décennies précédentes lui avaient valu des séquelles qui fragilisaient sa santé. Il détestait le tempo rapide de la vie new yorkaise.

À la fin du printemps 1942, les Saint-Exupéry passèrent plusieurs semaines à Québec, séjour assombri par les tensions psychologiques et la maladie. Si bien qu'ils revinrent à New York où Sylvia Hamilton Reinhardt, l'épouse française de ses éditeurs, incita Antoine à écrire un livre pour enfants. Elle espérait que le changement de sujet lui apaiserait l'esprit, tout en rivalisant avec la nouvelle série des aventures de Mary Poppins, ces livres d’enfants qui avaient du succès en Angleterre. Pour réaliser ce nouveau projet, Antoine dut souvent travailler à son manuscrit chez ses amis Reinhardt  sur Park Avenue. Il le termina en octobre 1942.

Alors qu'il s'apprêtait à partir pour l'Afrique du Nord avec un convoi militaire américain, pour reprendre du service comme pilote de reconnaissance, Saint-Exupéry se présenta un jour chez Mme Hamilton-Reinhardt, en uniforme. « J'aurais voulu vous remettre une splendeur » dit-il, « mais, c'est tout ce que j'ai », [2] , et il jeta un sac en papier froissé sur la console du vestibule. Dans le sac, se trouvait le manuscrit, rédigé à la main, et les dessins du Petit Prince.[3] Ce manuscrit est actuellement conservé à la Morgan Library and Museum, à New York.


S-E 2

 

Retour au service actif

Au début de 1943, Saint-Exupéry rejoignit la Tunisie où il réintégra l'armée de l'air française que l'on reconstituait alors, en l'équipant de S-E 1matériel américain. Après un cycle de formation (il n'avait plus piloté depuis trois ans), il put rejoindre son groupe de reconnaissance de la bataille de France, le 2/33, alors stationné à Alghero, en Sardaigne. Le 31 juillet 1944, il décolla de l'aérodrome de Poretto (Corse) pour une mission de reconnaissance dont il ne revint jamais. En septembre 1998, alors qu'il pêchait au large de Marseille, un patron pêcheur français trouva dans son chalut une gourmette en argent portant gravés les noms d'Antoine, de Consuelo ainsi que des éditeurs new -yorkais de Sain- Exupéry. En mai 2000, un plongeur localisa l'épave d'un Lockheed P-38, le type d'appareil que pilotait Saint-Ex lors de sa dernière mission. Les numéros de fabrication des pièces repêchées montrèrent qu'il s'agissait bien de l'avion en question. Si les restes de Saint-Exupéry n'ont jamais été retrouvés un monument à sa mémoire n'en a pas moins été érigé à Carqueiranne (département du Var).

Maintenant vous savez que Le Petit Prince, ce garçonnet français devenu une icône, dont les aventures dans le désert et les astéroïdes ont diverti et instruit enfants et adultes du monde entier, a effectivement vu le jour à New York.

[*]

S-E PP-Chinese S-E Japanese S-E PP Hebrew
mandarin japonais hebreu

[1] Saint-Exupery in New York – Modern Language Notes

[2] & [3] The Little Prince – a New York Story

 

Note historiqueJean Leclercq

Divonne-les-Bains, petite station thermale française à la frontière suisse, n'en a pas moins le privilège d'être l'une des piles du pont que Le Mot juste entend jeter entre les cultures. Mais, autre fleuron, elle a peut-être été un jalon dans la vie d'Antoine de Saint-Exupéry, en éveillant sa vocation d'aviateur. En effet, avant la Première Guerre mondiale, la comtesse de Saint-Exupéry venait prendre les eaux à Divonne, accompagnée de ses enfants. À cette époque, l'un des hôtels de la ville était le Paris-Rome dont le propriétaire, Charles Vidart, était le fils du fondateur de la station. Les Vidart avaient un fils, René (né à Divonne en 1890), qui était déjà un aviateur célèbre. Volant sur un monoplan Deperdussin [4], aux lignes étonnamment modernes, René Vidart avait déjà remporté plusieurs compétitions. Il avait dix ans de plus qu'Antoine et il est permis de penser que sa personnalité iconique ait pu inspirer ou renforcer la vocation du jeune garçon. Celui-ci reçut très tôt le baptême de l'air, au terrain d'aviation d’Ambérieu-en-Bugey, non loin de Divonne.

Deperdussi   René_Vidart
monoplan Deperdussin   René Vidart


Quant à la disparition de Saint-Exupéry, elle alimenta les hypothèses les plus folles. Certains émirent l'idée d'un suicide. Comme si, atteint par la limite d'âge et fort déprimé, Saint-Ex ait voulu, selon une expression qu'il avait lui-même utilisée, « trouver la paix dans la mort ». Au retour de sa dernière mission, Antoine aurait voulu, comme Guillaumet et Mermoz, mourir aux commandes. Des « survivantistes » prétendirent qu'il avait été fait prisonnier et mis au secret. Puis, qu'il s'était caché dans un monastère, autre façon de rechercher la paix intérieure. D'ailleurs, en se basant sur son plan de vol, on le chercha beaucoup plus à l'est, au large de Nice ou dans la baie de Saint-Tropez. C'était oublier que Saint-Ex prenait des libertés avec ses plans de vol. Puis, on retrouva la gourmette qu'un bijoutier new yorkais avait fabriquée en deux exemplaires, un pour chacun des époux. Avant de se quitter, les Saint-Exupéry avaient échangé leurs gourmettes, de telle sorte que, celle retrouvée le 7 septembre 1998, appartenait à Consuelo. Quant à l'épave du P-38 localisée en mai 2000, près de l'île de Rion, au large de Marseille, les numéros des pièces repêchées montrèrent qu'elles appartenaient bien au P-38 immatriculé F5-B 223 que Saint-Ex pilotait le 31 juillet 1944. Une fois cette certitude acquise, un ex-pilote de la Luftwaffe, Horst Ruppert, sortit de l'ombre pour dire qu'il avait effectivement abattu un P-38 ce jour-là, au large de Marseille. Il ajouta qu'étant un grand admirateur de Saint-Exupéry, il n'aurait pas tiré s'il avait su que cet appareil – qui volait à 3.000 mètres en-dessous de lui – était celui de l'auteur du Petit Prince.

[4] Armand Jean Auguste Deperdussin (1864-1924)

 

Lectures complémentaires

 

  • Stacy Schiff  : Saint-Exupery, a Biography (Knopf)

  • S-E Vie & mortPaul Webster. Saint-Exupéry, Life and Death of Little Prince. London, Macmillan London Limited, 1993. (Traduction française de Claudine Richetin :  Saint-Exupéry. Vie et mort du petit prince. Paris, Editions du Félin, 1993.)

 

 

Curtis Cate. Antoine de St Exupéry: His Life and Times.  (Athena Publishing)

Consuelo de Saint-ExupéryLettres du dimanche. Paris, Plon, 2001.

John Gillespie Magee, Jr. 1922 – 1941 Antoine de Saint-Exupéry 1900 – 1944

– Sur l'aviation française dans la Grande guerre, voir la note historique - https://bit.ly/2JI9EUJ 
= Des aviateurs français ont-ils traversé l'Atlantique avant Charles Lindbergh ?

 (1 heure 48 minutes)

 

 

Alexander Boris de Pfeffel Johnson a la langue bien pendue

Langue pendue The Oxford English Dictionary:
gab (noun): "b. the gift of the gab: a talent for speaking, fluency of speech. (Sc. also gift of the GOB.)" In the U.S., the phrase most often heard is "the gift of gab." As a verb, gab means to chatter, prattle, talk.

glib (adjective). Of a speaker or writer, of the tongue, etc. 'Well-oiled', ready and fluent in utterance. Of language: Characterized by fluency and readiness. Chiefly in contemptuous use, implying lack of thought or of sincerity."

                                                           

Grandiloquence (2)

Valérie FrançoisLe texte ci-dessous a été traduit par notre fidèle contributrice, Valérie François, à partir d'un article de l'agence Reuters. 

Pour retrouver les contributions précédentes de Valérie cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

 

LONDRES (Reuters) – JULY 23, 2019

Le Premier ministre désigné du Royaume-Uni s’est un jour vanté de pouvoir réciter par cœur les cent premières lignes de l’Iliade d’Homère en grec ancien. [Note du blog : En bas de cet article, Johnson chante la Marseillaise.]

Depuis longtemps, Boris Johnson tisse de l’or en politique grâce à son langage grandiloquent en utilisant ce que certains linguistes et observateurs considèrent comme un langage pompeux, un vocabulaire ésotérique, une crudité occasionnelle et des épisodes de fanfaronnades maladroites.

Il confectionne ce qui semble être un discours spontané ponctué de références allant de l’antiquité classique à la culture britannique populaire, et courtise la controverse pour accroître sa popularité en utilisant parfois ce qui est maintenant considéré comme des anachronismes impériaux britanniques.

« Le langage utilisé par Johnson est souvent un mélange de métaphores ou de tournures de phrase inattendues, d’hyperboles et de nostalgie, le plus souvent avec une touche toute britannique », a déclaré Philip Seargeant, maître de conférences en linguistique appliquée à l’Open University.

Johnson Plato

Sa prestation est importante, également, a déclaré Seargeant « parce que cela agrémente le phrasé héroï-comique d’une dose de fanfaronnade maîtrisée, qui instille un sens du comique à toute chose. »

Le trop plein d’audace de la flamboyance verbale de Johnson est depuis longtemps l’une de ses marques de fabrique, depuis les clubs de débat de son prestigieux lycée privé Eton College, en passant par l’Université d’Oxford et jusqu’à ses débuts de journaliste correspondant à Bruxelles où il raillait le projet européen.

En tant que politicien, il a perfectionné son art oratoire de la séduction en tant que célébrité d’émissions de télévision et maire de Londres. Il a régulièrement éclipsé les dirigeants du Parti conservateur avec des discours prononcés lors de la conférence annuelle du Parti, lesquels ont ravi de nombreux membres citoyens.

Il est l’auteur d’ouvrages, notamment une biographie de son héros et chef de guerre britannique Winston Churchill. Il a reçu 22 917 livres (28 524,79 dollars) par mois pour sa chronique hebdomadaire dans le quotidien Telegraph.

Derrière les acrobaties verbales, cependant, les linguistes perçoivent une utilisation du langage beaucoup plus calculatrice.

« Sur la scène publique, il arbore à tout le moins les masques suivants : celui d’orateur entraînant, de causeur affable et d’amateur empoté », a déclaré Paul Chilton, professeur émérite de linguistique à l’Université de Lancaster.

« Il sait que pour séduire une audience il faut faire rire, ce qui dissimule le manque de mesures politiques, l’absence d’engagement, les demi-vérités, les mensonges et l’ignorance des faits." a déclaré Chilton.

Johnson, 55 ans, va devenir le prochain Premier ministre britannique après son élection à la tête du Parti conservateur, le mardi 23 juillet.

Il a déclaré que son expérience en tant que maire de Londres et plus tard en tant que ministre des Affaires étrangères démontrait qu’il avait une bonne maîtrise de la politique et que les accusations de mensonge étaient dues à des citations sorties de leur contexte.

Les analogies exagérées qu’il emploie peuvent provoquer de forts ressentiments. 

Il a lancé que l’accord raté de la Première ministre Theresa May dirigeait la Grande-Bretagne vers un « statut de colonie ». Lors de la campagne du référendum britannique sur le Brexit de 2016, il a averti qu’en tentant de créer un super-État européen, l’Union européenne suivait le chemin d’Adolf Hitler et de Napoléon.

Johnson a proposé un « Brexit complet » plutôt qu’un « Brexit en rouleau de papier toilette », en référence à l’aspect « doux, fragile et infiniment long » du produit.

Il a également suggéré un jour que le président des États-Unis, Barack Obama, qu’il qualifiait de « moitié kenyan », nourrissait une aversion ancestrale envers l’Empire britannique. En outre, il a écrit un limerick obscène au sujet du président turc Tayyip Erdogan.

En 2016, alors qu’il était ministre britannique des Affaires étrangères, Johnson a déclaré qu’il lui faudrait beaucoup trop de temps pour s’excuser du « riche thésaurus » de propos désobligeants qu’il a tenus au fil des ans au sujet des dirigeants du monde et qui ont été « mal interprétés ».

ATHÈNES ET ROME

Peu de politiciens modernes affichent autant leur admiration pour la Grèce antique que le prochain Premier ministre britannique. Alexander Boris de Pfeffel Johnson, de son vrai nom, est communément appelé simplement « Boris ».

Ayant étudié les lettres classiques à l’université, Johnson maîtrise le latin et le grec ancien.

Dans un entretien récent avec talkRADIO, il a dévoilé, dans les mêmes minutes, son hobby qui consiste à fabriquer des maquettes de bus londoniens à partir de caisses en bois et qu’il était un admirateur de Périclès d’Athènes, célèbre homme d’État grec et orateur du Ve siècle avant notre ère.

« Son recours occasionnel aux langues classiques sert plusieurs objectifs, c’est une façon de revendiquer une certaine autorité », a déclaré Chilton, qui a également souligné le penchant de Johnson pour les techniques oratoires classiques.

Dans un discours prononcé la semaine dernière aux membres du parti au cours de sa campagne pour la présidence du parti, Johnson a brandi un hareng fumé sous vide et a tenté de ridiculiser la réglementation de l’Union européenne en soulignant l’absurdité d’imposer un tel emballage pour la congélation.

La législation de l’UE n’exige pas un tel emballage. Les partisans de Johnson ont déclaré qu’il utilisait le poisson comme une illustration.

« La ruse du hareng fumé à la campagne électorale du Parti conservateur est en réalité un stratagème antique de rhétorique politique. Caton l’Ancien aurait apporté une grappe de raisin carthaginois frais au Sénat romain pour faire valoir son point de vue politique », a déclaré Chilton.

Buffoon-boris-johnson-cartoon Boris-johnson-clown

 

 

 

Boris Johnson chante la Marseillaise

 

Tina Kover – linguiste du mois de juillet 2019.


Le prix Albertine
est attribué chaque année à New York à la meilleure traduction en langue anglaise d'une œuvre de fiction écrite en français. Les lauréates du prix 2019 sont Négar Djavadi et sa traductrice Tina Kover pour Désorientale (
Disoriental en anglais) , paru aux États-Unis chez Europa Editions (1 mai. 2018).

Négar Djavadi  est née en Iran, en 1969, dans une famille d'intellectuels opposés aux régimes du Shah, puis à celui de l'ayatollah Khomeini. Elle est arrivée en France à l'âge de onze ans, après avoir traversé les montagnes du Kurdistan à cheval, accompagnée de sa mère et de ses sœurs. Djavadi est scénariste et vit à Paris.

  Albertine Desorientale + Djavadi  

La cérémonie de remise du Prix s'est déroulée le 5 juin 2019 à la librairie Albertine en présence de l'auteure et de sa traductrice ainsi que de Lydia Davis et la critique littéraire,  François Busnel.

Albertine 4 participants

Négar Djavadi et Tina Kover,
au centre

Pour visionner la discussion (1 heure 11 minutes) qui suivait la cérémonie, voir https://bit.ly/32AYHNq.


Albertine 1« Albertine », le nom du Prix et de la librairie qui l'organise, située à la 5ème Avenue, New-York, dans un immeuble appartenant au gouvernement français et abritant le Service Culturel de l'Ambassade de France, est celui du personnage de 'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust', Albertine Simonet, amante du narrateur Marcel. Albertine apparaît dans plusieurs des sept volumes de l’œuvre, notamment dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), Sodome et Gomorrhe (1921/1922) et La Prisonnière (1923).

 

 

Tina Albertine Prize J.T.Mahany cropped
Tina Kover
L'interviewée
  J.T. Mahany
L'intervieweur 

Tina Kover est traductrice littéraire depuis près de vingt ans, traduisant des œuvres de littérature classique et moderne, dont Georges d'Alexandre Dumas, Manette Salomon des frères Goncourt et Life, Only Better d'Anna Gavalda. Elle a étudié le français à l'Université de Denver (la ville où elle est née) et à l'Université de Lausanne en Suisse, et a ensuite travaillé à Prague pour enseigner l'anglais comme langue étrangère. Elle vit et travaille actuellement dans le nord-est de l'Angleterre. Sa traduction de Désorientale (Disoriental en anglais) de Negar Djavadi a été finaliste du National Book Award for Translated Literature en 2018 ainsi que du PEN Translation Prize en 2019 avant de lui valoir le prix Albertine en 2019.

J.T. Mahany est traducteur de littérature française. Il a reçu un Master of Fine Arts en écriture créative de l'Université d'Arkansas en 2018. En 2015, il a traduit Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, d'Antoine Volodine (Post Exoticism in Ten Lessons, Lesson Eleven). Sa traduction de Bardo or not Bardo, de Volodine également, lui a valu le premier prix Albertine en 2017. 2020 verra la parution de sa traduction de Onze rêves de suie (Eleven Sooty Dreams) de Manuela Draeger. Il est aussi teuthologiste amateur.
 


E N T R E T I E N    E X C L U S I F 

Cet entretien a été mené en anglais et traduit par Tina Kover.  ENGLISH TEXT


J.T. Mahany
: Le Prix Albertine est le dernier d'un long défilé d'accolades que
Disoriental a été lauréat. Qu'est-ce qui vous fait dire que le livre de Djavadi a suscité tant d'éloges (à la fois dans sa version originale française et dans votre traduction) ?

Tina Kover : Je pense qu'il y a plusieurs raisons. Bien sûr, l'écriture elle-même est exquise, et Négar Djavadi est une brillante conteuse qui sait donner à chaque lecteur l'impression qu’elle s’adresse directement à eux. Le livre aborde également un certain nombre de questions d'actualité : l'immigration (et l'émigration des réfugiés), le sectarisme, l'identité sexuelle, l'acceptation. Il y a quelque chose dans Disoriental pour tout le monde ; un moment d'intimité ou d'observation qui est profondément personnel, quels que soient vos problèmes. C'est un livre qui dépasse les frontières et je pense que c'est la raison pour laquelle les gens ont des affinités avec ce texte dans n'importe quelle langue.

 

J.T. Mahany : Comment s'est déroulé le processus de traduction du livre ? Avez-vous collaboré avec Djavadi sur le texte ? A-t-elle été très différente de la façon dont vous avez traduit le reste de votre (plutôt prodigieux, d'ailleurs) bibliographie ?

Tina Kover : Je ne lis jamais un livre avant de commencer à le traduire et je découvre donc les personnages et l'intrigue en tant que lectrice et traductrice ce qui, pour moi du moins, est essentiel pour conserver fraîcheur et spontanéité dans un texte fini. De même, je n'ai pas l'habitude de communiquer avec les auteurs pendant le processus de traduction. Ils ont créé le texte original dans la solitude de leur propre esprit et je préfère faire la même chose, bien que je sois bien sûr toujours prête à collaborer pendant la phase de révision. Je dirais que j'ai su très tôt que Disoriental était quelque chose de très spécial, le genre de roman que l’on ne rencontre pas très souvent, et j'ai ressenti ce que je peux seulement décrire comme une sorte de révérence envers sa beauté à mesure que j'approfondissais l'histoire et réalisais ce que Négar était en train de faire et à quel point c’était ingénieux

 

J.T. Mahany : Une critique de Disoriental qui est apparue dans The Thread compare le travail de Djavadi à celui d'Elena Ferrante. Êtes-vous d'accord avec cette comparaison ?

Tina Kover : Je ne suis certainement pas une experte de Ferrante, mais je vois pourquoi les gens pourraient faire cette comparaison. Je pense que Danny Caine l'a très bien dit dans la critique que vous avez mentionnée : Négar et Elena Ferrante sont toutes deux incroyablement douées pour créer des personnages féminins courageux et pleinement riches et nuances, et toutes deux sont capables de faire des portraits intimes sur une toile de fond sociale et politique plus large.  Je pense que cela en dit long sur la perspicacité des éditeurs d'Europa Editions, qui ont publié les deux auteurs, et ont compris combien ces livres pouvaient être importants et combien les gens les prendraient à cœur.

  Albertine poster  
  “An extraordinary novel, both in incident and telling.”
Rivka Galchen
 

J.T. Mahany : La narratrice de Disoriental se sent piégée entre deux mondes, thème qui est apparu dans les œuvres de plusieurs auteurs qui écrivent en français, comme Dany Laferrière et Akira Mizubayashi. Qu'y a-t-il dans ce type de récit qui, à votre avis, plaît aux lecteurs ?

Tina Kover : La plupart d'entre nous se sentent piégés entre deux mondes à un moment donné de notre vie, que ce soit sur le plan physique, émotionnel ou culturel. En tant qu'expatriée moi-même, il y a beaucoup de choses dans Disoriental qui m'ont touché personnellement, même si ma propre expérience de quitter un pays et de m'installer dans un autre était différente dans presque tous les domaines. Mais les gens peuvent aussi avoir l'impression d'habiter un "monde" différent en raison de leur sexualité, de leur race, de leur handicap ou de bien d'autres choses. Au fond, je pense que le sentiment d'être "piégé" est un sentiment d'aliénation, un sentiment de ne pas être à sa place, et c'est quelque chose auquel nous pouvons tous nous identifier.

 

J.T. Mahany : Comment êtes-vous commencé à faire de la traduction littéraire ?

Tina Kover : En fait, j'ai auto-publié en 2004 ma première traduction, The Black City de George Sand, qui a ensuite été reprise par un merveilleux agent littéraire, Sandra Choron, puis achetée par Carroll & Graf, qui malheureusement n’existe plus aujourd’hui. Les choses ont progressé à partir de là. J'ai eu la chance inouïe d'entrer en contact avec un grand nombre de personnes incroyables dans le monde de l'édition et d'avoir eu des opportunités professionnelles uniques, et je me sens particulièrement privilégiée d'être traductrice en cette période ou la traduction littéraire suscite tant d'intérêt et d'attention et qu'il est plus important que jamais de garder ouvertes les voies de communication entre les cultures, de promouvoir les échanges et la compréhension interculturels alors que certains semblent vouloir détruire ces dernières.

 

J.T. Mahany : Avez-vous des projets à venir dont vous aimeriez parler ?

Tina Kover : J’attends avec impatience la publication prochaine de ma traduction de Older Brother de Mahir Guven, qui sortira de Europa Editions le 8 octobre. Le livre a remporté le Prix Goncourt du premier roman en 2018 et c'est une autre description opportune et extrêmement puissante de la vie en marge de la société moderne, une autre histoire que nous devons tous entendre maintenant.

Chose promise, chose faite – sans avoir promis la lune

Sans avoir promis la lune à nos lecteurs et lectrices, nous honorons l'engagement pris sur ce blog il y a cinq ans, dans un article intitulé « AD ASTRA PER ASPERA . (Par des sentiers ardus jusqu'aux étoiles)…Annonce d'un article à paraître le 20 juillet 2019 (!) »

À l'époque, j'avais mentionné les efforts fournis pour conserver à ce blog son intérêt et ses attraits, et je les ai décrit comme un échange constant d'idées, de suggestions, de résultats de recherches et de dur labeur permettant de poursuivre ce bien modeste projet.

L'etoile des astronauts

L'etoile des astronautes sur le "Walk of Fame"

Par la suite j'avais écrit : 
« Dimanche dernier, le 20 juillet 2014, en conduisant ma femme au marché des agriculteurs d'Hollywood, j'ai garé ma voiture près d'un Starbucks sur le Walk of Fame (L'allée des Illustres / La promenade des célébrités ), juste à l'endroit où une étoile a été dédiée aux trois astronautes  du programme spatial américain Apollo, qui ont atterri sur la lune exactement 45 ans plus tôt – le 20 juillet 1969.

Apollo 11 Ad Astra per aspera

Tout cela pour assurer nos lecteurs que nous avons bien l'intention de poursuivre et de développer le blog ad astra, tout en sachant que nous n'y parviendrons que per aspera.

Armstrong  Aldrin & CollinsComme Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins, nous visons haut. Et parce que nos articles sont programmés longtemps à l'avance, nous avons déjà coché dans notre agenda la date du 20 juillet 2019, afin de nous rappeler qu'il faudrait, ce jour-là, célébrer le 50ème anniversaire du premier alunissage.

De la sorte, nous ferons un deuxième petit pas pour l'homme et un deuxième pas de géant pour l'humanité – et pour nos lecteurs ».

Maintenant, – après une période de cinq longus années, qui nous paraît depuis des lunes – nous présentons ci-dessous, un article rédigé à notre intention par Donna Scott, dont le mari, Terry Hampton, se tient à l'extrême droite de la photo de groupe dans l'image qui accompagne l'article. 

Nous recherchons quelqu'un possédant une excellente maîtrise du français pour traduire l'article ci-dessous. 

Jonathan G.
Los Angeles

 

One Small Letter, One Giant Leap For All

Donna Scott Apollo Terry Hampton

Left : Donna Scott, who wrote the article that follows for Le Mot juste. Donna's contributions to this blog always reach great heights and in this one she throws much (moon)light on an aspect of space missions not always known to the public. 

Right : 1995 – Astronauts Charlie Precourt (a veteran of four space flights, who logged over 932 hours in space) and Bonnie Dunbar (a veteran of five space flights, who has logged more than 1,208 hours) with Terry Hampton, Donna's husband,  on the extreme right. Terry has been an engineer for forty years, working throughout the United States on various projects. His space specific projects have been for 15 space shuttle missions, the International Space Station and the Delta Rocket. He is now co-owner with Donna Scott in the Hampton Scott Group, an engineering company specializing in satellite design work.

It began as one man’s inspirational speech challenging his fellow Americans: the President of the United States wanting to put an end to Russia’s space superiority. It climaxed with one man’s words as he stepped onto the Moon. Those words bestowed the Americans’ glory upon all the people on Earth.

It was the height of the Cold War when President Kennedy proclaimed in 1961 that by the end of the decade Americans would go to the Moon. NASA had already told him there was just a 50/50 chance of successfully making it safely there and back. For the remainder of the decade, America transformed from a technically naïve nation to one that succeeded in its Mission, taking along half a billion witnesses out of a global population of three billion.

The July 1969 issue of Esquire magazine showed little faith in the words the astronauts would utter upon landing on the Moon. “While the space program is poised on the brink of a truly epoch-making triumph of engineering, it is also headed for a rhetorical train wreck,” it pompously reported. “The principal danger is not that we will lose the life of an astronaut on the Moon, but that the astronauts will murder English up there.”

Apollo - [Fishman] One Giant LeapAnd, so, it featured in that issue, titled Le Mot Juste for the Moon, musings of famous people on what the astronauts’ words should be. Charles Fishman, author of “One Giant Leap: The Impossible Mission That Flew Us to the Moon,” cites a sampling of contributions by notable novelists and poets; Ayn Rand: “What hath man wrought?” Gwendolyn Brooks: “Here there shall be peace and love.” Vladimir Nabokov: “You want a lump in (the astronaut’s) throat to obstruct the wisecrack.” Kurt Vonnegut: “Was this the face that launch’d a thousand ships?” Truman Capote: “So far so good.”

There were more such quotations, but they only go to prove that none of them could have, or did, do better than Neil Armstrong, when he said: “That’s one small step for (a) man, one giant leap for mankind.” He always insisted afterwards that the microphone in his space helmet dropped out when he uttered that “a.” Without that smallest of letters, “a”, it’s merely a redundant statement, because “man” and “mankind” becomes synonymous  (one small step for mankind, one giant leap for mankind). His actual utterance distinguishes the single man’s step being for all mankind: inclusive brotherhood of the entire earth’s human race.

With that singular letter (a), we are reminded that it takes individuals to step forward to achieve collective goals, which is highlighted in another of Fishman’s anecdotes: the making of the space suits by Playtex, the makers of the bras and girdles of the 1950s and 1960’s.

The technical challenges the space suit would have to meet were many. However, it also had to be flexible enough to give them the freedom to move about, bend, twist, to climb and move their arms and hands. Their gloves had to allow them the nimbleness to get things done.

Playtex brought skilled seamstresses over from its consumer products factories to sew the suit’s 21 layers. “I was sewing [latex] baby pants,” said Eleanor Foraker, who would go on to be a spacesuit assembly supervisor, “and an engineer came to me and asked me if I would mind trying something else.”
Seams in the spacesuits had to be sewn to the precision of the width of a single straight pin. Every stitch of every inch of spacesuit seam in every layer was counted to ensure quality and safety.

But that was just one problem to be solved. At the start of the program, there were no computers small and fast enough anywhere in the world that were needed to accompany them into space. A small computer was equivalent in size to 3 or 4 refrigerators lined up together. NASA couldn’t even send a computer the size of one refrigerator to the moon. MIT was hired to design and write the programs that would take Apollo to the Moon. They pioneered the technology of integrated circuits. The Apollo space flight computer was the first to use computer chips. A computer not much bigger than a briefcase, became the fastest, smallest, most nimble computer on earth.

But we also didn’t have great computer memory manufacturing technology at the time. And, so, once again craftswomen were brought in to solve the technical problem. However, this time it was weavers from textile mills factories who were brought in to weave every circuit by hand. It took two dozen women eight weeks, using long needles with wire to weave together the wires. With absolute attention and precision, every single 1 and 0 in the computer’s memory required a wire in exactly the right place. A single mis-wired strand meant the computer’s programs wouldn’t work properly—and might fail at some critical, potentially disastrous moment.

And then there were the three parachutes used in those crucial last 15 minutes to land the capsule into the earth’s sea, which were each 7200 square feet. Each one had to be hand sewn and folded for the mission. In the U.S., all persons who fold parachutes for human use must be certified by the FAA. At the time, there were only three individuals, two men and one woman, who had certifications. They were so important to the Mission, they weren’t allowed to travel in the same car together.

We love space. The Smithsonian Air & Space Museum on the Mall in Washington together with its companion facility at Dulles International Airport is the most-visited museum anywhere in the world, even more than the Louvre.

Jeff Bezos, Elon Musk and Sir Richard Branson are working on making affordable space travel available to ordinary people. Bezos is set on sending "space tourists" into sub-orbital flight. He says Blue Origin will be selling tickets next year, with company insiders suggesting they could go for up to $300,000 each. Like Blue Origin, Musk plans to one day send people into space on commercial flights. Virgin Galactic, Branson's company, plans to offer space flights for $250,000 per ticket for 2.5-hour flights.

Cultures have expressed our desire to touch the Moon and Stars for years. Adults repeat beloved childhood stories and rhymes to their own children e.g., “The Little Prince,” "Goodnight Moon” and “…the cow jumped over the moon.” Sinatra’s “Fly me to the Moon” and Audrey Hepburn’s rendition of “Moon River” in “Breakfast at Tiffany’s” are songs still played; the expression that something or someone sends us over the Moon are recognizable expressions that are part of our language.

But I have to look no further than my own engineer-husband, Terry Hampton, to know this.. As an aerospace engineer, he has worked on intriguing projects from the B-2 Bomber to James Cameron’s ride through the Pandora world of Avatar at Disneyworld. His favorite projects? Hands-down engineering design on 15 space shuttle missions as well as work on the International Space Station. “The coolest engineering experience has been to know that some of my work has gone up into space,” Terry says

He worked with Russian engineers to create a docking mechanism that would allow the space shuttle to dock with the non-standard hatch size of the Russian space station MIR. More important than docking was incorporating a design that allowed the shuttle to very quickly disengage from the MIR in case of fire. Terry’s favorite project was designing an oxygen valve that could not be turned off accidentally by astronauts during extra vehicular activity. Part of the engineering research involved taking into account the size of the astronaut’s finger and thickness of the space suit glove (successfully designed for flexibility by Playtex) to insure that only a deliberate action would cause the oxygen flow to stop. He’s yet another individual, like countless others, who have contributed to the dream of venturing into the great unknown.

Neil Armstrong understood the power of language. His emphatic insistence that his statement included an “a” before “small step” reminds that it takes the accumulation of all those singular people to achieve something monumental.

Carl Fishman says that even 50 years later, people around the world don’t say that America went to Moon; they say “we went to the Moon”. Neil Armstrong understood the power of simple language and gave that gift to all of us.

Update on the occasion of the 50th Anniversary of the Apollo 11 Mission, 20 July, 2019. :

  Apollo  

 

 

Word by Word: The Secret Life of Dictionaries – recension

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      Le livre      L'auteure – Kory Stamper
 
Rene Meertens against library
René Meertens, lexicographe  - 
notre Linguiste du mois de janvier 2019

René est l'auteur, notamment, du "Guide anglais-français de la traduction", dont une édition numérique et une nouvelle édition papier sont parues récemment, ainsi que du « Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical », publié chez Chiron.  René a bien voulu rédiger la recension  suivante à notre intention. 

Pour retrouver des contributions précédentes de René, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

 

Pour Kory Stamper, lexicographe américaine, les mots avaient toujours été une passion. Elle avait lu les classiques anglais mais s’était intéressée plus aux mots qu’aux récits. Au cours de ses études, qui avaient un caractère littéraire prononcé, elle s’était passionnée pour l’ancien anglais.

Une fois son diplôme en poche, quand elle vit que Merriam-Webster, le plus ancien éditeur américain de dictionnaires encore en activité, recrutait une lexicographe, c’est-à-dire une personne chargée de participer à la rédaction de dictionnaires, elle n’hésita pas à poser sa candidature. Les exigences n’étaient pas rigoureuses : il suffisait d’avoir l’anglais pour langue maternelle et d’être titulaire d’un diplôme universitaire.

Engagée quelque temps plus tard, elle fut formée par des collègues plus expérimentés. Elle apprit ainsi que le premier dictionnaire explicatif anglais fut publié en 1604 par Robert Cawdrey. Intitulé « Table Alphabeticall »,  il ne contenait que les mots difficiles. L’apparition tardive de dictionnaires en Angleterre est due au fait qu’avant le XVe siècle, l’anglais n’était pas utilisé dans les textes officiels ou littéraires (malgré quelques exceptions pour ces derniers). Le latin et le français étaient préférés. Henry V ne commença qu’en 1417 à utiliser l’anglais dans sa correspondance officielle. La normalisation de l’orthographe ne débuta qu’à cette époque.

Merriam-Webster publie toute une série de dictionnaires, en particulier le Merriam-Webster's Collegiate Dictionary, ouvrage abrégé issu du Webster's Third New International Dictionary of the English Language, qui date de 1961 et dont la quatrième édition ne sera sans doute pas publiée avant de longues années.

La formation de Kory Stamper a ensuite porté sur les parties du discours (noms, verbes, etc.), la consultation et l’alimentation d’un vaste recueil de citations, et le style des définitions.

Merriam-Webster est descriptif, pas prescriptif. En d’autres termes, ses dictionnaires se bornent à décrire l’état de la langue, le sens des mots tels qu’ils sont utilisés, et ne sont pas des guides de la langue telle qu’elle devrait être employée. Des lecteurs ont protesté contre l’inclusion du mot « irregardless », censé être synonyme de « regardless ». « Regardless of » signifie « en dépit de » ou « indépendamment de ». Le préfixe « -ir » devrait donner au mot le sens contraire. Telle n’est cependant pas la façon dont ce mot est utilisé et c’est tout ce qui compte pour Merriam-Webster.

La tâche des lexicographes consiste principalement à mettre à jour des dictionnaires. Pour ce faire, ils passent le plus clair de leur temps à lire des textes très divers. Chaque fois qu’ils repèrent un mot ou un sens nouveau, ils font une fiche, qui est relue et modifiée par plusieurs collègues.

Les critères d’inclusion d’un mot ou sens nouveau sont la fréquence des occurrences et la probabilité d’une utilisation prolongée.

Les définitions doivent être conformes à certaines règles. Un simple synonyme peut convenir, mais il n’est acceptable que lorsqu’il est toujours possible d’utiliser, dans une phrase quelconque, ce synonyme pour remplacer le mot à définir. Par exemple, un des sens du mot « lip » est défini par le synonyme « embouchure ». Cette définition n’est valable que parce que, quand le mot « lip » est utilisé dans ce sens, on peut le remplacer par « embouchure » et conserver un texte aisément compréhensible.

Les définitions peuvent faire usage de certaines formulations. Par exemple, on peut définir le mot « devotion » comme suit : The quality or state of being devoted. Une formulation correspondante en français serait : Le fait d’être dévoué.

En général, les lexicographes de Merriam-Webster ont recours à des définitions dites « analytiques ». Pour ce faire, il faut partir d’un terme qui corresponde à une catégorie supérieure à celle du terme à définir. La définition de « cat » comprend le mot « mammal » (mammifère). Il faut évidemment donner des précisions : a carnivorous mammal (Felis catus) long domesticated as a pet and for catching rats and mice. Plus un dictionnaire a du volume, plus le lexicographe peut donner des détails.

Pour définir « surfboard », le lexicographe est parti du schéma suivant : « a […] used for surfing ». Mais a what ? A plank, a panel, a platform, a slab ? Le choix s’est porté sur « board ». Il a ensuite fallu donner des précisions, et la définition finalement retenue a été : a long, narrow and buoying board used for the sport of surfing. Le mot « sport » a été ajouté pour écarter la navigation sur Internet, qui se dit aussi « surfing » en anglais.

La définition de certains mots pose des problèmes délicats. Prenons « bitch », par exemple. Ce mot désigne une chienne mais aussi une sorte de femme pas nécessairement recommandable. Dans son célèbre dictionnaire publié en 1755, Samuel Johnson est prudent : « a name of reproach for a woman ». Le Collegiate Dictionary est plus direct : « a woman who is malicious, spiteful or overbearing », une femme malveillante, méchante ou dominatrice.

Une fois un mot défini, il est souvent utile d’illustrer son emploi. A cet effet, le lexicographe peut recourir à des citations ou forger lui-même des exemples. Les citations ont souvent l’inconvénient d’être trop longues ou de manquer de clarté, le contexte n’étant pas connu du lecteur. Lorsque l’on forge un exemple, il faut veiller à ne vexer personne. Si le sujet est une femme, par exemple, ne va-t-on pas mal interpréter ? « La femme lava la vaisselle. » N’est-ce pas une façon de confiner les femmes aux tâches ménagères ? Il faut ménager toutes les personnes qui font partie de l’une ou l’autre catégorie de la population : les policiers, les homosexuels, les personnes âgées, etc.

Lorsqu’un mot a été défini et son emploi illustré, il faut encore indiquer son étymologie, sa date de naissance et sa prononciation.

L’étymologie est une discipline périlleuse et les auteurs de certains dictionnaires indiquent parfois des origines inexactes, fantaisistes ou simplement douteuses. Ainsi, le mot « posh » (luxueux, élégant) est censé être l’abréviation de « port out, starboard home » (bâbord à l’aller, tribord au retour). Les personnes fortunées choisissaient, dit-on, une cabine à bâbord pour se rendre en Inde (soleil le matin, fraîcheur l’après-midi) et à tribord pour en revenir, et ce pour des raisons de confort. Cette étymologie est probablement fausse. On n’a retrouvé aucun ticket de traversée portant le cachet « POSH » censé y figurer.

Les dictionnaires les plus complets indiquent la première apparition écrite d’un mot. Si vous pensez que l’abréviation « OMG » (Oh my God) est née sur les réseaux sociaux, détrompez-vous : elle est attestée pour la première fois en 1907, dans une lettre adressée à Winston Churchill.

Il reste au lexicographe à indiquer la prononciation des mots, une tâche difficile pour la langue anglaise. Quand j’avais une dizaine d’années, mon père m’a appris qu’en anglais, « élastique » se prononçait « caoutchouc ». Le mot « lingerie » a pas moins de 16 prononciations dans une des éditions du Collegiate Dictionary. Si vous devez prononcer ce mot aux Etats-Unis, vous avez une chance d’être compris si vous le prononcez « langerè ».

Une fois le dictionnaire publié, l’éditeur doit s’attendre à des réactions de lecteurs. Nombre d’entre eux ont protesté lorsque le Collegiate a indiqué que le mot « marriage » pouvait être autre chose que l’union entre un homme et une femme. Un lecteur mécontent a soutenu que ce mot ne pouvait en aucun cas désigner « a same-sex perversion ».

Depuis les années 1990, les dictionnaires sont entrés progressivement dans l’ère numérique. Les recherches des lexicographes sont facilitées, car il existe des sites portant sur tous les sujets. Les citations peuvent être multipliées.

De nombreux dictionnaires sont disponibles en libre accès sur Internet. La publication de dictionnaires imprimés n’est-elle pas menacée ? Quand l’auteure a commencé à travailler chez Merriam-Webster, l’entreprise comptait 40 lexicographes. Leur nombre est tombé progressivement à 25. Dans le dernier chapitre, Kory Stamper annonce de nouveaux licenciements.

Son livre passionnera les mordus des dictionnaires. Il contient de nombreuses informations qui seront utiles à ceux qui souhaitent rédiger un dictionnaire dans les règles de l’art. Il ne présente pas l’information de façon très systématique, mais de nombreuses anecdotes amusantes et des traits d’humour en rendent la lecture agréable.

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pour un dictionnaire

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19/12/2011

Pourquoi les francophones ont-ils si peur de l’anglais ?

En février de cette année, la revue américaine Mother Jones a publié un article intitulé “Why Are the French So Afraid of Other Languages?” de la plume de Kevin Drum.

L’article commence par  La prolifération de termes anglais au Salon du Livre où la “scène YA” faisait la part belle aux mots “Le Live”, “Bookroom”,“Photobooth » et “Bookquizz” (entre autres) a piqué au vif une centaine de gens de lettres français. Dans une tribune publiée dans « Le Monde », ils ont fait part de leur vive indignation aux organisateurs pour leur recours à « ce sous-anglais qu’est le globish. » (« Dans un salon consacré au livre, et à la littérature française, n’est-il plus possible de parler français ? »)

L’auteur de l’article dans la revue américaine poursuit son analyse par cette interrogation : “ Ma question, à présent, s’adresse aux Français qui liront cet article. Je sais que ce grief n’a rien de nouveau et que la France protège sa langue avec une ferveur peu commune. Or, ces défenseurs du français ont-ils pris note de ce qui se passe dans d’autres pays où l’on ne retrouve pas un tel fanatisme vis-à-vis du langage ? »

Grant Hamilton updatedNous avons invité quelques fidèles contributeurs à répondre à cette question.  Voici celle de Grant Hamilton, Anglo-Québécois, auteur de « Les trucs d’anglais qu’on a oublié de vous enseigner » (Éditions de l'Instant Même, 14 mars 2011). Il a exposé ses points de vue linguistique et politique dans ses contributions précédentes, à savoir : 

Le sacrilège d’un Anglo-Québécois

À tout seigneur, tout honneur…

Voici la réponse (pour ne pas dire « la riposte ») de M. Hamilton à la position du journaliste de Mother Jones :

Pourquoi les francophones ont-ils si peur de l’anglais ?

Kevin Drum veut savoir pourquoi les francophones défendent avec autant d’acharnement la langue française. Commentateur politique, il a signé un billet dans la revue Mother Jones où il demande aux offensés de l’anglicisation s’ils ont « regardé autour pour constater ce qui se passe dans d’autres pays qui ne font pas preuve d’autant de fanatisme linguistique ». Et gentiment, il donne la réponse : « Il ne s’y passe rien. L’allemand reste l’allemand, l’italien l’italien et le russe le russe ». Et bien, M. Drum, permettez-moi de nuancer.

À bon entendeur, salut

Comme beaucoup d’anglophones, M. Drum vit dans un monde où la notion de langue est bien abstraite. Il n’y a qu’une seule véritable langue et référence linguistique : l’anglais. On le parle couramment, on le parle mal ou on ne le parle pas du tout : voilà en quoi est divisé l’univers linguistique. Les entendants, les malentendants et les sourds. Pourquoi donc s’énerver si la scène Jeunesse du Salon du livre de Paris porte le nom de scène Young Adult ? On veut bien que le monde entende, n’est-ce pas ?

 

Mais une langue fait bien plus que communiquer. Elle affine l’esprit, elle enrichit l’existence, elle élargit les horizons. Et dès lors qu’on s’en rend compte, il est normal de vouloir s’en gaver, de vouloir plonger dans le tourbillon de ses tournures ou, tel un beau tableau, l’accrocher au mur (ou sur le devant d’une scène). La langue est un pur plaisir, mais un plaisir difficile à expliquer aux unilingues. Or quand on a un bel instrument à sa disposition, on emprunte à d’autres langues avec modestie et parcimonie, pour enrichir et non pas avilir.

 

Plus que des mots

Quiconque ne parle qu’anglais côtoie quand même le français, peut-être sans le savoir. L’anglais puise abondamment dans le corpus linguistique français depuis des siècles. Pourquoi ? Parfois pour combler un manque : les pluies de Londres inspirent si mal la joie de vivre. Parfois pour faire BCBG : quoi de plus chic qu’un pied-à-terre à Paris ? Parfois pour faire grivois : ménage à trois semble mieux convenir aux comportements d’outre-Manche. Parfois même pour faire savant : la pedagogy impressionne davantage sur un diplôme que teaching. Mais chaque fois, il y a une raison.

 

Et ces mots empruntés, une fois incorporés dans la langue, prennent chacun une personnalité anglaise, car maintenant anglais. Savoir-faire est bien l’équivalent de know-how, et les deux se disent, mais l’anglais reconnaît une nuance à savoir-faire : l’art de savoir instinctivement quoi faire à quel moment, le savoir-vivre quoi. On comble un vide.

 

Quel vide vient combler la scène Young Adult ?

 

Une question de respect

Drum se trompe de question. La résistance francophone au tout-à-l’anglais se comprend aisément. Il faut plutôt se demander pourquoi les autres peuples ne se respectent pas tout autant. Car soyons clairs : dire la scène Young Adult envoie un message très fort, au-delà du sens des mots. Un message d’exclusion, de condescendance : vous ne savez pas le sens de « young » ? Alors, le salon du livre de Paris n’est pas pour vous. Il est pour nous, les lettrés, les cultivés, les initiés aux prétentions mondialisantes.

Le français et les francophones méritent mieux que cela.

Commentaire – Jean Leclercq

L'an dernier, à pareille époque, je me trouvais en Suède, parmi des gens qui n'ont pas peur de l'anglais, puisque la plupart d'entre eux le parlent couramment. Quelle ne fut donc pas ma surprise, en conversant avec un voisin de table, dans un restaurant du Vieux Stockholm, de découvrir que, là aussi, certains s'inquiètent de l'hégémonie de l'anglais. Dans un excellent anglais, ce Suédois s'interrogeait sur l'avenir de la langue suédoise dans un pays où les immigrants ne se donnent plus la peine de l'apprendre puisqu'ils peuvent travailler et vivre avec l'anglais. Tout cela pour dire qu'il n'y a pas que les Gaulois réfractaires pour s'inquiéter de la domination de l'anglais. Bien sûr, on peut rêver d'une pensée unique, d'une langue unique et même d'une seule boisson gazeuse. Oui, on peut rêver d'un tel appauvrissement !

Lyon ou Lyons ?

 

Voici la réponse du quotidien britanniques à une lettre adressée par un lecteur qui se plaignait de la graphie anglaise de la ville de Lyons :

 

TIMES_logo_main

"Lyon or Lyons?
Andy Crane wrote from Tunbridge Wells: “We have visited Lyon on several occasions and know it well. Why does The Times persist in Lyon referring to it as Lyons? Since the England Lionesses have been there you have been spelling it wrong throughout the paper.”

No, we’re not. With the odd exception — Leghorn/Livorno, for example — we use English spellings of foreign place names. We don’t say “Bruxelles” or “Roma”, and Lyons will do us for now.

Perhaps next time Mr Crane goes to France he could ask Le Monde to stop talking about “Londres”."

L'usage anglais consistant à ajouter un s final aux toponymes Lyon et Marseille n'a rien de si étrange. Au sein de l'espace  francophone, on observe de telles différences orthographiques. Ainsi, il existe une ville de Nyon, en Suisse, une autre en France et une Nyons dans la Drôme (France). Il existe un Saint-Cergue, en Suisse, et, à quelques kilomètres de là, un Saint-Cergues (en Haute-Savoie française). Peut-être cela tient-il à d'anciennes graphies qui ont subsisté ici ou ont disparu ailleurs. Toujours est-il que le Times a raison de s'en tenir à l'usage. Locus regit actum ! 

Jean Leclercq

Commentaires de deux lectrices et un lecteur :

Sarah Aich, Johannesburg, Afrique du Sud
Traductrice fran
çais/anglais/hébreu/hollandais

« Il s'agit donc bien du mot juste en anglais ! »

Elsa Wack, Genève, Suisse
Traductrice de l'anglais et de l'allemand vers le français

Il y a des modes avec les traductions de noms géographiques. Il y a eu l'époque Bei Jing avant le retour à Pékin, et chez moi en Suisse il existe une tendance à écrire Basel (orthographe de l'allemand) pour Bâle (qui ressemble plus au mot allemand prononcé). C'est peut-être pour faciliter la lecture des cartes géographiques, où en Suisse les noms des lieux sont écrits dans la langue locale, ce qui donne des cartes quadrilingues. J'ai aussi cru bon, un temps, de résister à Mumbai pour Bombay, mais là, on se heurte, paraît-il, à un problème politique ou colonial.

Note du blog : Voir notre article Les Toponymes – https://bit.ly/2xLNOu6
Welsh toponyme

 

 


John Woodsorth
, Ottawa, Canada
Russian-English Literary Translator

"This whole discussion reminds me of a similar situation here in Canada involving Saint John (New Brunswick) and St. John's (Newfoundland). Here it is not only the final letter & apostrophe that makes the difference, but also the abbreviation versus the full form of "Saint". See: https://bit.ly/2YMcZZb"

[Note du blog : Voir aussi "La guerre des apostrophes" 25/4/2013 https://bit.ly/2Sd2MCP]

Entretien avec Sophie Pedder

 

Sophie Pedder
REVOLUTION FRANCAISE


Sophie Pedder,
cheffe du bureau parisien de la revue The Economist, et auteure de Revolution Française : Emmanuel Macron and the Quest to Reinvent a Nation (Bloomsbury, 2018), nous a aimablement accordé une interview exclusive à l'occasion de la sortie d'une édition poche actualisée de son livre jusqu'en février 2019, avec le suivi et l'analyse d'événements plus contemporains, notamment du mouvement des gilets jaunes. Cet ouvrage, hautement apprécié par la critique [*] a été publié le 5 mai 2019 au Royaume-Uni et il est sorti aux Etats-Unis, le 2 juillet dernier.

Macron English coverPersonnellement, j'ai eu la satisfaction d'apprendre de Madame Peddler qu'elle avait vu ma traduction de Révolution d'Emmanuel Macron dans des librairies du Royaume-Uni, à côté de son livre. Comme je l'ai indiqué dans mon « auto-interview », ce qui m'anime bien égoïstement en gérant le blog, c'est qu'il est un moyen et un prétexte pour communiquer avec quelques acteurs  de la crème de la crème des linguistes anglophones et francophones. Ce cercle s'élargit aujourd'hui en admettant en son sein une prestigieuse journaliste, doublée d'une auteure qui, comme Emmanuel Macron, a fait Sa révolution.

 

[*] Les médias ont chaleureusement salué l'ouvrage de Mme. Peddler lors de sa première publication. Voici quelques extraits de ces analyses :

« Bien enlevé, spirituel et élégamment rédigé… une bouffée de fraîcheur, de par le calme et l'intelligence avec lesquels elle déchiffre et dissèque l'homme et le politique.»  The Times

« Un formidable premier jet d'une histoire qui revêt du sens bien au-delà des frontières de la France » Wall Street Journal

« Un des tous meilleurs livres sur Macron » - Etienne Gernelle, France Inter

 

I N T E R V I E W   E X C L U S I V E 

Traduction: Jean Leclercq  ORIGINAL INTERVIEW

 

Jonathan Goldberg : Au risque de vouloir couper les cheveux en quatre, je me suis demandé pourquoi le titre de votre livre emploie l'orthographe anglaise de Revolution (sans accent) et ensuite l'adjectif française (avec une cédille) ?

Sophie Pedder : J'en ai discuté avec l'éditeur à l'époque de la publication. En fin de compte, nous avons décidé que le titre était en anglais et non en français. Aussi, il ne faut-il pas l'écrire comme deux mots français, mais plutôt comme une expression anglaise utilisant des mots français, comme dans l'expression « à la française ».

 

Jonathan Goldberg : Comment vous est venue l'idée d'écrire ce livre ? 

Sophie Pedder : En 2017, je couvrais l'élection présidentielle française pour la revue The Economist.  Au fil des semaines de ce début d'année, il est progressivement apparu que le pays était le témoin d'un phénomène politique à la fois extraordinaire et irrésistible. Un homme de 39 ans, qui n'avait jusque-là jamais détenu de mandat électif, donnait de plus en plus l'impression de devoir ravir la présidence et de bouleverser complètement la politique française des partis.  J'avais fait la connaissance d'Emanuel Macron en 2012, lorsqu'il était conseiller du président socialiste, François Hollande, et j'ai continué à m'entretenir avec lui régulièrement au cours des années qui suivirent. Aussi avais-je un tas de calepins de conversations avec lui qui pouvaient m'aider à synthétiser la pensée sous-jacente d'un leader politique qui était une sorte d'énigme pour les Français. C'était une histoire qui ne demandait qu'à être écrite !

 

JG : Dans la conclusion de votre livre, vous écrivez que « Macron semble moins improbable en français, la langue dans laquelle nous conversions, et qui convient bien à ses ambitions exaltées et à ses glorieuses abstractions ». Que voulez-vous dire par là ?

SP : Un certain samedi après-midi, alors que je uittais le Palais de l'Elysée après m'être entretenue avec le Président dans son bureau du premier étage, j'ai eu la nette impression que l'approche hautement conceptuelle de Macron est mieux adaptée au français qu'à l'anglais. Le Président parle l'anglais assez couramment, mais je suis d'avis qu'à ce moment-là, il lui arrive de ne pas exprimer tout ce qu'il voudrait dire. Il est plus subtil et nuancé, en français. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours préféré m'entretenir avec lui dans sa langue maternelle. Lorsque je traduisais un peu plus tard ses propos en anglais, il semblait se passer quelque chose. La langue anglaise semblait rendre son discours alambiqué, pompeux et très intellectuel. À cet égard, je pense qu'il est vraiment un président pour les Français, eux qui aiment bien entendre parler de grandeur et de gloire, d'une manière que les Britanniques, par exemple, jugeraient quelque peu risible.

 

JG : Quelle est votre formation universitaire, et où avez-vous appris à parler français ?

SP : J'ai étudié le français à l'école, et j'ai donc passé des années à conjuguer des verbes, tout en étant à peine capable de converser. Ce n'est qu'au bout de six mois à Paris, après des études de troisième cycle à l'Université de Chicago (elles-mêmes précédées d'un deuxième cycle à Oxford), que j'ai vraiment appris la langue. Pendant cette période, j'ai suivi un cours à la Sorbonne, intitulé : «la langue et la civilisation françaises ». Je suis également mariée à un Français, et cela aussi m'a aidée.

 

J.G : Pendant combien de temps avez-vous été correspondante à Paris de The Economist ?

SP: J'ai pris mon poste à Paris au beau milieu de la guerre du Golfe, en 2003, sous la présidence de Jacques Chirac.  À l'époque, la France n'était pas le pays européen préféré de George Bush ; souvenez-vous que la cafétéria du Congrès avait rebaptisé freedom fries, les ci-devantes French fries, réponse courroucée à la menace brandie de Jacques Chirac d'opposer son veto à l'invasion de l'Irak, au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Mais c'était aussi un de ces moments de l'histoire qui rappelle au monde que la France peut être le plus vieil allié de l'Amérique, mais qu'elle ne craint pas de résister aux États-Unis, si elle considère qu'il y va de l'intérêt de la France ou de telle ou telle autre cause. 

 

JG : À quel autre président de la Cinquième République, Macron ressemble-t-il ?

SP: Je dirais qu'il y a chez Macron des traits qui rappellent divers autres de ses prédécesseurs. Dans ses grandes ambitions et son discours de grandeur de la France, il tente d'emboîter le pas au général de Gaulle. Par sa jeunesse et son énergie, il ressemble à Valéry Giscard d'Estaing qui, comme lui, skiait et jouait au tennis. J'ajouterais que, ces derniers temps, à mesure que se révèle la nature politique plus rusée et secrète de Macron, se profile même l'ombre de Mitterrand, celui qui, pour les Français, était le sphinx.

 

JG : Quel est l'élément le plus surprenant que vous avez découvert au cours des recherches que vous avez faites ? 

SP : J'ai été véritablement surprise de découvrir que l'arrière- grand-père de Macron, George Robertson, était un boucher anglais de Bristol. Macron est originaire d'Amiens, dans le département de la Somme, une région qui porte encore les cicatrices des combats de la Première Guerre mondiale. Après la guerre, le grand-père Robertson est resté en France et a épousé une Française, à Abbeville, localité proche d'Amiens. Si je devais citer la chose la plus surprenante que Macron m'ait dite, je dirais que c'est lorsqu'il s'est comparé à son chien, Némo, un croisement entre un Griffin et un Labrador. Il m'a dit avoir l'impression d'être un « croisement ». Je crois qu'il voulait dire par là qu'il ne se sentait jamais exactement à sa place. Quand il était enfant, il préférait passer son temps à lire avec sa grand-mère plutôt que d'aller jouer avec ses petits camarades après l'école. Par la suite, il quitta un poste de la haute fonction publique pour aller travailler à la banque Rothschild où ses collègues lui ont dit qu'il n'était pas vraiment un banquier.  Ensuite, lorsqu'il quitta la banque pour aller travailler au Palais de l'Elysée, ses nouveaux collègues l'ont snobé car banquier. La force de caractère qu'engendre une telle qualité d'étranger, nulle part à sa place, explique en partie, à mon sens, cette croyance en lui-même qui l'a conduit à se lancer, contre vents et marées, dans la course à la présidence – et à l'emporter finalement.