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Le 10 mars 2020 – le centenaire de Boris Vian

                  En hommage à l’esprit d'un prodige

                           

Vian portrait   Michele cropped
Boris VIAN       Michèle DRUON


Nous sommes heureux de retrouver notre fidèle collaboratrice
, Michèle Druon, Ph.D., qui a bien voulu rédiger l'article qui suit a notre intention. Mme. Druon est professeur émérite à la California State University, (Fullerton), où elle a enseigné la langue, la culture et la littérature  françaises.  Elle a fait ses études universitaires d'anglais (spécialisation : Littérature & Culture Américaine, Licence) à l'universsité d’Amiens,  et en Lettres modernes, (Licence, mention très bien), à l'université d‘Aix-en-Provence. Elle a obtenu son Doctorat en Littérature française à l’univetsité of California at Los Angeles (spécialisations: le Nouveau roman; Théorie et critique littéraire contemporaine; philosophies post-modernes).

 

    Boris VianPour le centenaire de la naissance de Boris Vian, le 10 mars 1920, une multitude d’évènements, parrainés par le Ministère de la Culture et la Ville de Paris (1), se tiendront cette année partout en France ainsi qu’en Belgique, en Suisse, au Canada et aux États-Unis : entretiens multiples à la radio, à la télévision et dans les librairies, concerts de jazz, expositions, films, théâtre … C’est dire le prestige et l'aura extraordinaire dont jouit aujourd’hui Boris Vian.

      La légende de ce personnage prodigieux s’amplifie en même temps que la redécouverte de son œuvre, mine inépuisable et multiforme dont on continue d’exhumer les trésors. Génie polyvalent dont l’arc éblouissant traverse aussi bien les sciences et techniques que les arts, la musique et la littérature, Boris Vian semble avoir condensé plusieurs vies dans sa brève existence : il fut à la fois ingénieur, écrivain, poète, parolier, scénariste, critique et musicien de jazz, chanteur, acteur, peintre (2), et enfin traducteur (de l’anglais au français). Ses œuvres écrites comprennent plus de 50 volumes et  abordent à peu près tous les genres littéraires :  poésie, chroniques, nouvelles, pièces de théâtre, romans surréalistes, policiers, de science-fiction se succèdent, sans compter les scenarios écrits pour le cinéma, les livrets d’opéra, les traductions de romans américains, et plus de 500 chansons !

1.De l’enfance à l’âge adulte :

      Boris Vian avait grandi à Ville-d’Avray, dans une région qui était alors La Seine-et-Oise (aujourd’hui les Hautes-de-Seine ). Cadet de trois autres enfants, il passe une enfance choyée dans une famille aisée et cultivée.  Le père et la mère, Paul et Yvonne Vian, ont l’esprit ouvert, aiment la liberté, la musique et la littérature. Ils ont le goût de la langue et pratiquent avec leurs enfants nombre de jeux de mots et jeux d’esprit dont Boris restera toujours particulièrement friand dans ses écrits.

     Ruinée dans la Grande Dépression de 1929, la famille se trouve forcée de s’accommoder d’un train de vie beaucoup plus modeste. La santé de Boris, fragile dès la tendre enfance, l’oblige à suivre la plupart de sa scolarité à la maison. A l’âge de 12 ans, une grave maladie Lycee-condorcet-Vianlui laisse une insuffisance cardiaque qui l’affectera toute sa vie. Cela ne l’empêche pas de faire des études secondaires brillantes au lycée, tout en s’adonnant à ce qui restera toujours ses plus grandes passions, la littérature (française et américaine) et la musique : fasciné par le jazz américain, il apprend la trompette. Il entre en terminale au prestigieux lycée Condorcet, à Paris, où il obtient son second baccalauréat en 1937, à l’âge de 17 ans.  

     Quand la guerre est déclarée en 1939, Vian est conscrit mais jugé inapte au service militaire en raison de sa santé. La même année, il passe le concours d’entrée de L’Ecole Centrale des Arts et Manufactures, puis rejoint l’Ecole, repliée à Angoulême au début de la guerre. Peu de temps après, à Cap-Breton où sa famille s‘est installée, Boris Vian rencontre et tombe amoureux de Michelle Léglise, qu’il épouse en 1941. (Ils auront deux enfants, Patrick et Carole en 1942 et 1948).

      En 1942, Vian obtient son diplôme d’ingénieur en métallurgie, et trouve alors un poste à l'AFNOR (Association française de normalisation), où il travaillera jusqu’en 1946. Son expérience du travail de bureau, qu’il perçoit comme absurde, lui laisse néanmoins le temps de faire de la musique et d’écrire, et c’est à cette époque qu’il produit ses premiers textes : Les cent sonnets (1941), Troubles dans les Andains (1942), et un roman satirique : Vercoquin et le plancton (1943), qui ne seront publiés que beaucoup plus tard.  

2. Saint-Germain-des-Prés, et l’esprit « jazz » :

     Vian 100 ansC’est surtout après la guerre que Boris Vian commence à devenir une figure célèbre dans les cercles parisiens où il est reconnu en tant qu’écrivain, artiste et musicien. Tout Paris vibre alors d’une incroyable effervescence artistique et intellectuelle : dans les cafés de Montparnasse comme Les Deux Magots ou Le Café de Flore, on côtoie musiciens de jazz, philosophes et écrivains existentialistes, peintres et postes surréalistes ou post-surréalistes, héritiers d’un sens de l’absurde qui laissera une marque profonde dans l’œuvre de Boris Vian (3). C’est l’époque des zazous, du be-bop, des caves et cabarets de Saint-Germain-des Prés où chantait Juliette Gréco, et des clubs de jazz (dont le fameux Tabou où Boris Vian joua lui-même) où toute une génération « swingue » et fait la fête après les sombres années d’occupation. 

     A bien des égards, le personnage de Boris Vian, au centre de ce tourbillon parisien, incarne pour nous l’esprit de cette époque. L’esprit «jazz» d’abord, car cette musique qui vient de l’Amérique le passionne depuis l’adolescence par sa modernité et sa liberté. Ainsi, dès 1937, à l’âge de 17 ans, Boris Vian s'était inscrit au Hot Club de France, alors présidé par Louis Armstrong et Hugues Panassié. Plus tard, après la Libération, il rejoindra comme trompettiste l'orchestre de Claude Abadie, alors considéré comme l'un des meilleurs orchestres de jazz amateur de l'époque. Vian jouera par ailleurs un rôle important dans la diffusion du jazz en France en servant de liaison à de grands musiciens comme Duke Ellington (son idole), Charlie Parker et Miles Davis. Il est aussi critique de jazz, une activité qui deviendra plus importante pour lui quand sa santé l’obligera à abandonner la trompette. Il écrit de nombreux articles, dont certains seront publiés aux Etats-Unis, dans des revues de jazz comme Le Jazz Hot et Jazz News (4).

 

Miles Davis (Vian) Charlie Parker (Vian) DukeEllington (Vian)
Miles Davis Charlie Parker Duke Ellington 

3. Le Chansonnier

     Outre son investissement dans la musique de jazz, Boris Vian a aussi écrit un nombre prodigieux de chansons dont beaucoup ont connu un succès populaire, et dont certaines sont devenues «cultes». La plus célèbre, internationalement connue, est «Le Déserteur», mise en musique par le compositeur américain Harold Berg. Écrite en 1954 vers la fin de la Guerre d’Indochine, cette chanson antimilitariste adressée sous la forme d’une lettre à « Monsieur le Président » scandalise les patriotes de l’époque et est censurée à la radio, mais est vendue à des milliers de disques. Elle sera traduite en de multiples langues et chantée partout dans le monde, notamment par Joan Baez et Peter Paul and Mary dans les années soixante.

Baez (Vian)   Peter-Paul-and-Mary (Vian)
Joan BAEZ   Peter, Paul & Mary
 

 

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter (…)

 

 


   

La renommée de ce texte ne doit pas faire oublier la richesse et la variété du répertoire de Boris Vian, qui met en scène dans ses chansons tout un univers de personnages et de situations qui sont autant d’images de la société de son époque, à travers une multitude de styles musicaux. Son premier « tube » en 1950 : « C’est le Be-Bop », est chanté et enregistré par Henri Salvador, ex-pianiste de jazz dont il partage le goût du rire, et avec qui il aura longtemps une collaboration fructueuse – qui donnera, entre autres, le célèbre « Faut rigoler » (ou « Mambo des Gaulois ») (1958).

    L'arrache=coeur (Vian)Après l’échec de L’Arrache-Cœur, son dernier roman (5), en 1953, Boris Vian renonce à la littérature et accroit sa production de chansons avec de nouveaux collaborateurs comme le pianiste Michel Legrand, Philippe Weil et Eddie Barclay.  Avec le pianiste Jimmy Walter, il compose les très populaires « J'suis snob » et « On n'est pas là pour se faire engueuler» (1954), puis (entre autres) « La Java des bombes atomiques »  et « Je bois » (1955) avec le pianiste Alain Goraguer. En 1955-56, l’hilarante «Pan Pan Pan poireaux pomm’ de terre» sera chantée par Maurice Chevalier, et en 1956, inspiré par le rock n’ roll américain, Vian produit une série de pastiches désopilants, dont « Rock and roll mops » et  « Va’t faire  cuire un œuf, man ».

     Le titre de ces chansons (comme aussi par exemple : « Les lésions dangereuses », « Le tango des balayeurs », « Les malédictions des balais », etc.) indique assez la veine humoristique qui les traverse et qui est une dominante dans toute l’œuvre de Boris Vian. Tantôt loufoque, acide, noir, cru, décapant, cet humour déploie dans une langue simple, populaire, à la Prévert, et souvent argotique, une série de vignettes satiriques où s’affirment les positions fondamentalement anti-bourgeoises de leur auteur, telle par exemple :

 

(…) J'suis snob… J'suis snob
J'm'appelle Patrick, mais on dit Bob
Je fais du ch'val tous les matins
Car j'ador' l'odeur du crottin
Je ne fréquente que des baronnes
Aux noms comme des trombones (…)
     J'suis snob… J'suis snob
J'suis ravagé par ce microbe
J'ai des accidents en Jaguar
Je passe le mois d'août au plumard
C'est dans les p'tits détails comme ça
Que l'on est snob ou pas
J'suis snob… Encor plus snob que tout à l'heure
Et quand je serai mort
J'veux un suaire de chez Dior!

 

 

     En 1955, Boris Vian enregistre, dans les studios Phillips, un premier album intitulé Chansons impossibles et Chansons possibles, mais le disque ne se vend guère, malgré l’attention des connaisseurs et l’hommage de George Brassens, qui lui reconnait un talent unique. Cette période voit pourtant l’efflorescence des grandes « chansons à texte » de Prévert, Aragon, Queneau, et des grands interprètes comme Mouloudji, les Frères Jacques, Yves Montand, Serge Reggiani…, qui interpréteront beaucoup des chansons de Vian.

  1. Vernon Sullivan et le roman noir :

     Ce n’est pas seulement la musique populaire américaine comme le jazz et le rock n’roll, mais aussi la littérature populaire américaine qui attirent Boris Vian depuis toujours. Grand amateur de romans noirs américains, il en traduit plusieurs en anglais (qu’il avait appris par lui-même adolescent, pendant son temps libre), dont ceux de Raymond Chandler et James Mc Cain, qui seront publiés dans la « Série Noire » de la grande maison d’édition Gallimard.

     Cette fascination pour le roman noir américain donnera lieu à une des plus énigmatiques facettes de l’œuvre de Boris Vian, et jouera aussi, ironiquement, un rôle dans sa mort.  

     Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan (parmi ses multiples pseudonymes : Bison Ravi, délicieux anagramme de son nom), Boris Vian
Cracher (Vian) 2publie une série de «romans américains» – dont il prétend n’être que le traducteur – et qui, contrairement aux romans signés sous son nom,  connaitront un grand succès dans le public. Le premier et le plus célèbre : J’irai cracher sur vos tombes » (1947), écrit en deux semaines, est à l’origine un canular de Vian, un pastiche de roman noir dont il avait parié de faire un bestseller. Dès sa parution, le livre fait scandale, et Vian est attaqué en justice pour le contenu « immoral et pornographique » de son texte; Le scandale rebondit peu après, à la suite d’un fait divers rapporté par la presse : un homme a assassiné sa maîtresse en laissant un exemplaire du roman près du cadavre. Accusé d’être « un assassin par procuration », Vian retraduit alors en anglais son propre texte, en prétendant qu’il s’agit de la version originale de Vernon Sullivan. Toute cette publicité profite au livre qui est un best-seller en 1947, et se vend à plus de 100000 exemplaires (6).

    Même aujourd’hui, le livre produit encore un effet de choc : l’histoire se situe dans le Sud des Etats-Unis et a pour héros Lee Anderson, un jeune métis Afro-Américain qui, pour venger le lynchage de son jeune frère, se livre à une orgie croissante de viols et de meurtres. Si la dénonciation du racisme aux Etats-Unis anime tout le livre, la forme qu’elle prend ici dérange par sa rage, sa violence, et, il faut bien le dire, par la misogynie qui affleure souvent dans ses passages pornographiques. Sans doute faut-il lire ces passages au « second degré » de l’humour noir qu’y déploie son auteur, mais ce roman ambigu et controversé, et qui lui causa tant d’ennuis, est difficile à réconcilier avec le ton et la délicatesse d’un autre roman, pourtant écrit quelques mois plus tôt par Vian sous son vrai nom – et qui est considéré comme son chef-d’œuvre : L’Ecume des Jours.

  1. L’Ecume des Jours

      Car Boris Vian, bien sûr, ce n’est pas seulement le jazzman, le chanteur-compositeur des cabarets Rive-Gauche, l’humoriste et le satiriste, le traducteur et le pasticheur de romans noirs, c’est aussi et surtout peut-être, l’auteur de ce roman devenu quasi-mythique dans la culture française (7).

      Vian SartreOn se rappelle ce conte moderne situé pendant l’après-guerre, où deux amoureux idylliques, Colin et Chloé, évoluent dans un Paris surréel et à demi-rêvé, déjà nostalgique. Leurs aventures sont cocasses, absurdes, fantaisistes : une souris parle, des anguilles vivantes sortent du robinet, et on y croise en chemin des personnages tels Jean-Sol Partre (Jean-Paul Sartre), auteur du Vomi (La Nausée), et la duchesse de Bovuard (Simone de Beauvoir). Le texte regorge d’images burlesques, de trouvailles poétiques et de machines imaginaires telles le fameux «pianocktail» (un piano qui fabrique des cocktails en musique). A chaque page cascadent les jeux de mots et les métaphores pétillantes de charme et d’humour – telles, entre mille autres :

    « Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots ».

      L’Ecume des Jours est un roman de jeunesse (Boris Vian a 26 ans quand il l’écrit) mais c'est aussi, à bien des égards, le roman de la jeunesse par son énergie, son romantisme, ses délires et son désir de subvertir les conventions établies : la génération contestataire des années soixante ne s'y est pas trompée quand elle redécouvre le roman, longtemps ignoré par le public et les critiques, et en fait ce qui sera désormais un livre-culte.

     Mais comme son titre l’indique, L’Ecume des Jours est aussi un roman sur l’évanescence et la fragilité du bonheur, et sur les ravages du temps qui passe. Dans sa seconde partie, quand Chloé tombe malade, lentement étouffée par le «nénuphar» qui lui mange les poumons, tout le texte s’assombrit et plonge dans une mélancolie profonde où s’imposent peu à peu les images de la mort.

       Derrière leur humour, la mort n’est jamais loin dans les textes de Vian (8), prémonition peut-être pour celui dont la vie fut marquée si tôt par la maladie, ce qui lui inspira sans doute cette rage de vivre et de créer si intense, multiple et surabondante qu’elle semble contenir plusieurs vies parallèles (8).

  1. La mort :

     Les_liaisons_dangereuses_(vIAN)Cette frénésie d’activités s’accélère encore pour Vian dans les années cinquante, quand des problèmes financiers l’obligent à augmenter ses multiples productions; outre les nombreuses chansons qu’il continue d’écrire, il compose des spectacles de cabarets (il se produira lui-même au Trois Baudets),  des pièces de théâtre, des traductions, des livrets d’opéra, des scénarios de cinéma; il joue lui-même dans plusieurs films, dont Les Liaisons Dangereuses, de Roger Vadim (1958), et travaille  comme directeur artistique chez Philips, où il  gère la carrière de nombreux musiciens. C’est aussi pendant ces années qu’il se sépare de sa première femme et en 1954 épouse Ursula Kubler, une danseuse suisse.

       Ce rythme ahurissant mène Boris Vian à un épuisement nerveux qui contribue à affaiblir sa santé, toujours fragile. Le 23 juin 1959, lors de la première cinématographique de J’irai cracher sur vos tombes, adaptation médiocre où Vian ne reconnait pas son texte, il est frappé d’une crise cardiaque, et meurt à l’âge de trente-neuf ans.

  1. Le mot de la fin :

    Figure complexe, aux mille visages, Boris Vian a laissé dans la culture française et internationale des traces multiples, qui semblent Vian collection s’étendre et s’approfondir avec le temps. Depuis le début du XXIème siècle, une nouvelle effervescence artistique et intellectuelle s’est créée autour de son œuvre, qui se traduit par une abondance de documentaires, biographies, émissions radiophoniques et télévisées, et la publication, en 2010, de ses œuvres complètes dans la prestigieuse L'ecume (Vian)collection de La Pléiade (10).

On rejoue ses pièces de théâtre, et au cinéma, en 2013, le film de Michel Gondry, L’écume des Jours (Mood Indigo) rend un magnifique hommage au roman et à son auteur.

Laissons le dernier mot – toujours humoristique – à Boris Vian lui-même :

     Vian with Ellington« Dans la vie, l’essentiel est de porter sur tout des jugements à priori. Il apparaît, en effet, que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite : elles ne doivent pas avoir besoin d’être formulées pour qu’on les suive. Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington ». (Préface de L’Ecume des Jours)

Notes :

1. Voir le site : https://centenaireborisvian.com

2. Boris Vian est aussi l'auteur de peintures, dessins et croquis exposés pour la première fois à l'annexe de La Nouvelle Revue française en 1946. Une exposition à la Bibliothèque Nationale de France lui a été consacrée en 2011-2012.

3. Ces articles ont été rassemblés en 1982 dans Écrits sur le jazz .

4. Également influencé par la tradition ubuesque de l’absurde, Boris Vian sera induit en 1952 au Collège de Pataphysique, association littéraire fondée à la mémoire d‘Alfred Jarry, et où figurent, entre autres, Raymond Queneau, Jacques Prévert et Eugène Ionesco.

5. Les deux romans qui suivent l’Ecume des Jours : L’Automne à Pékin en 1947, et L’herbe Rouge en 1950, n’ont pas connu non plus de succès populaire.

6) Les deux romans suivants publiés sous le nom de Sullivan : Les morts ont tous la même peau (1947) et Et On tuera tous les affreux (1948), ont aussi un succès controversé. En 1948, Boris Vian reconnaît officiellement être l'auteur de J'irai cracher sur vos tombes, mais le livre est interdit en 1949.  

7)    En anglais: Froth on the Daydream, traduit par Stanley Chapman.

8) Cette présence de la mort dans L'Ecume des Jours  surprend moins quand on sait que le père de Boris Vian avait été assassiné chez lui en 1944, peu avant la rédaction du livre.

9) Voir, parmi les multiples biographies de Boris Vian:  Boris Vian: La Poursuite de la vie Totale, par H. Baudin (1966); ; Les Vies parallèles de Boris Vian, par N. Arnaud (1970)

10) En janvier 2020, La Pléiade a publié une nouvelle édition des Œuvres Complètes de Boris Vian sous la direction de Marc Lapprand.

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11/11 – Journée des anciens combattants aux États-Unis

Veterans Day (en français Journée des anciens combattants) est une journée commémorative observée aux États-Unis en l'honneur des anciens combattants. C'est un jour férié fédéral qui est observé le 11 novembre. Il est également célébré comme Armistice Day et est comparable au jour du Souvenir dans d'autres parties du monde, tombant à la date anniversaire de la signature de l'armistice qui a mis fin à la Première Guerre mondiale. (Wikipedia)

Voici une photo prise par votre serviteur d'une affiche multilingue dans un Tribunal de Los Angeles, pendant une mission d'interpretation.

Veterans Day

 

 

 

 

 

 


Jour du Souvenir – 11 h, le 11e jour du 11e mois

Le 11 novembre 1918, à 11 heures, un armistice mit fin à la Première Guerre mondiale, surnommée en anglais The Great War ou The War to End all Wars [1] Cet anniversaire, commémoré chaque année dans les pays alliés, s'appelle Veterans Day, Remembrance Day ou Poppy Day dans les pays anglo-saxons.

Pourquoi ce jour de souvenir s'appelle-t-il, entre autres noms anglais, Poppy Day (le Jour du Coquelicot)? [2] Parce que les champs de bataille de la Belgique, de la France et de Gallipoli (les Dardanelles) étaient couverts de sang et cette fleur rouge est devenue le symbole de cette saignée.

Poppy fieldLe coquelicot est une plante annuelle qui fleurit chaque année dans les champs de mai à août. Dispersées par le vent, ses graines peuvent subsister longtemps dans le sol. Lorsque la terre est remuée au début du printemps, les graines germent et les fleurs ne tardent pas à s'épanouir.

C'est ce qui s'est produit dans des secteurs du front, en Belgique et en France. Le sol étant labouré par les obus, les graines de coquelicot qui y étaient enterrées se sont mises à germer et à pousser pendant les mois de printemps et d'été de 1915, 1916, 1917 et 1918. 

La vue de ces délicates fleurs rouge vif, jaillissant des sols ravagés, attira l'attention d'un militaire John Maccrae canadien du nom de John McCrae (1872-1918) , qui aperçut comment les coquelicots avaient fleuri dans la terre où ses camarades étaient enterrés près du canal de Ypres-Yser. Il a composé un poème, intitulé « In Flanders Fields », à la mémoire d'un ami tombé au champs d'honneur. Les premières lignes du poème sont comptées parmi les poésies de guerre les plus célèbres en anglais.

In Flanders Fields [3]

Au champ d'honneur*

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.
 

We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved, and now we lie
In Flanders fields.
 

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Au champ d'honneur, les coquelicots

Sont parsemés de lot en lot

Auprès des croix ; et dans l'espace

Les alouettes devenues lasses

Mêlent leurs chants au sifflement

Des obusiers.

Nous sommes morts,

Nous qui songions la veille encor

A nos parents, a nos amis,

C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.

A vous jeunes désabuses,

A vous de porter l'oriflamme

Et de garder au fond de l'âme

Le gout de vivre en liberté.

Acceptez le défi, sinon

Les coquelicots se faneront

Au champ d'honneur

 

* Cette traduction officielle canadienne, rédigée par Jean Pariseau, historien militaire, ne fait aucune allusion au lieu de la bataille, les Flandres.

 

Une femme américaine, Moina Belle Michael, a donné une réponse à ces dernières lignes dans un poème qu'elle a écrit, intitulé "We Shall Keep the Faith" :

Oh! you who sleep in Flanders Fields,
Sleep sweet – to rise anew!
We caught the torch you threw
And holding high, we keep the Faith
With All who died.

      

Moina Michael – Américaine


Cette même femme s'est escrimée pour que le coquelicot devienne le symbole de la guerre et se vende au bénéfice des anciens combattants de toutes les guerres étrangères. Cette idée a été adoptée par une Française, Anna Guérin, qui a organisé la vente aux Etats-Unis des coquelicots français artificiels. Les revenus ont été employés pour réhabiliter les régions de la France dévastées par la Première Guerre mondiale.

Crosses and poppies
« Decoration Day 1921 –
Poppy Lady from France
 »
 

          

 

 

Moina Michael a rédigé son autobiographie :
The Miracle Flower, The Story of Flanders Fields Memorial Poppy.

Notes :

[1] La guerre s'est terminée officiellement avec la signature du Traité de Versailles, le 28 juin 1919.

[2] Le coquelicot, Ypres et l'Yser

[3] La plaine de Flandres a été le théâtre de féroces affrontements entre les deux alliances : d'un côté, la France, l'Empire britannique, l'Empire russe, la Belgique, le Japon, l'Italie, le Portugal et les Etats-Unis d'Amérique; de l'autre, les trois empires centraux (allemand, austro-hongrois et ottoman) et le Royaume de Bulgarie.

—-

Notons que le vidéoclip ci-dessus ajoute au poème de McCrae un fragment d'un autre texte (« For the Fallen ») sur le même thème dû à Laurence Binyon (1869-1943) :

 They went with songs to the battle, they were young.

 Straight of limb, true of eyes, steady and aglow.

 They were staunch to the end against odds uncounted,

 They fell with their faces to the foe.

 They shall grow not old, as we that are left grow old

 Age shall not weary them, nor the years condemn
 

 At the going down of the sun and in the morning,

 We will remember them.

Laurence Binyon, Anglais

 

Les quatre dernières lignes, elles aussi, sont devenues très célèbres comme symbole de l'hommage que nous rendons aux soldats tombés sur les champs de guerre. Elles figurent sur beaucoup de  cénotaphes dans les pay anglo-saxons.

     For the fallen

Le poème "In Flanders Fields", écrit à la main par McCrae :

 

Flanders handwritten

Voici les derniers combattants, survivants de la Grande Guerre.

Florence_GreenLe dernier survivant de la 1ère Guerre mondiale (28 juillet 1914 – 11 novembre 1918) fut un Britannique, Florence  Green, (photo au-dessus) qui avait servi dans les forces alliées et qui mourut le 4/02/2012, âgé de 110 ans. Le dernier ancien combattant Harry-Patch-001 engagé dans des opérations militaires fut Claude Choules, qui avait servi dans la Marine royale britannique (et, par la suite, dans la Marine royale australienne) et qui mourut le 5/05/2011, à l'âge de 110 ans. Le dernier combattant des tranchées fut Harry Patch  (photo à droit) qui mourut le 25/06/2009, à l'âge de 111 ans. Le dernier ancien combattant des Empires centraux fut Franz Künstler (Autriche-Hongrie) qui mourut le 27/05/2008, à l'âge de 107 ans. 

Lectures supplémentaires :

The Great War, 1914-1918

The War to End All Wars, BBC News

Armistice Day – Remembrance Sunday

Campaign to plant poppies for First World War Centenary goes global
Centenary News, 5 September 2013


The Penguin Book of First World War Poetry
(paperback)

George Walter, Penguin Classics, May 2007
Penguin

Jonathan G.   Traduction Jean Leclercq

Astrophilatélie et aérophilatélie – nostalgie, futurisme et nostalgie du futurisme

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.

Pour retrouver les contributions précédentes d'Elsa, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

Le 2 septembre 2019 paraîtra en Suisse un timbre commémorant les 50 ans de l'alunissage de l'homme.

   

Aux États-Unis, le service postal a émis deux timbres en commémoration des alunissages Apollo. Leur parution a été célébrée le 19 juillet dernier dans le complexe d'accueil des visiteurs du centre spatial Kennedy de la NASA en Floride.  [1]

  Moon stamps  

Un autre timbre commémore 100 ans de transport aérien suisse (1919-2019).

   

En 2016, Le Mot Juste nous montrait le timbre dédié à l'avion solaire Solar Impulse qui avait réussi, entre mars et juillet de cette année-là, un tour du monde à l'énergie solaire, piloté tour à tour par Bertrand Piccard et André Borschberg

Solarimpulse Piccard & Borschberg


Cette année (2019), André Borschberg lance la production d'un avion électrique dont le système de propulsion est fondé sur l'expérience acquise avec Solar Impulse. Cet appareil, le biplace H55, devrait servir à la formation de pilotes. C'est une bonne nouvelle, car on n'entend plus tellement parler de l'avion solaire depuis son exploit de 2016.

  Andre-Borschberg  

Pour voyager avec Solar Impulse, il ne fallait ne pas être pressé : les pilotes ont dû attendre à chaque escale que la météo se prête de nouveau au voyage. Il fallait aussi, comme dans certaines courses en mer, pouvoir tenir de longues heures sans sommeil. Pas question de se relayer une fois en l'air, c'était un monoplace. Ayant rempli sa mission, le prototype Solar Impulse 2 semble être toujours parqué dans un hangar à Abou Dhabi. Cet avion incarne les énormes défis auxquels sont confrontées les énergies « vertes » : si des progrès sont bel et bien réalisés et si le solaire représente une part de plus en plus importante de l'énergie consommée dans le monde, il n'en reste pas moins loin de pouvoir couvrir les besoins totaux de l'être humain, et on peut se demander, dans le cas de l'avion, si sa construction et son déplacement n'ont pas coûté beaucoup plus d'énergie humaine qu'ils n'ont représenté d'énergie motrice. Reste à savoir comment se comportera l'avion électrique d'André Borschberg, produit par une entreprise familiale tchèque : BRM Aero. 

Le petit glossaire du LMJ :

air mail

poste aérienne

cancellation

oblitération

first day cover

enveloppe premier jour

flimsy paper

papier pelure

forgery

contrefaçon

hot-air balloon

montgolfière

post, mail

courrier [*]

postmark

cachet de la poste

sheet

planche, feuille

stamp

timbre

stamp collecting

la collection de timbres

watermark

filigrane

[*] Utilisé en français, le mot « mail » et devenu un faux ami pour les anglophones, puisqu’il désigne parfois l’e-mail ou courriel alors qu’en anglais il signifie le courrier postal sur papier. On rencontre également la graphie mél (qui rime avec l’abréviation tél.).

[1] Le rêve humain d'atterrir sur la Lune remonte plusieurs siècles et se reflète dans la littérature française, plus particulièrement dans l'Histoire comique des États et Empires de la Lune, de Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), considérée comme le premier livre de science-fiction. Un timbre français représentant Cyrano de Bergerac est sorti en 1997.

 

Un autre écrivain français, Jules Verne (1828-1905) a lui aussi suivi la maxime Ad Astra per Aspera dans son ouvrage De la Terre à la Lune (1865), mais a également jeté son dévolu vers le bas dans deux de ses livres, Vingt mille lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre.   En 1982 la France rendit hommage à Verne en émettant au profit de la Croix-Rouge française un timbre « Cinq semaines en ballons ». L'année 2005 en France a été déclarée « année Jules Verne » à l'occasion du centenaire de la mort de l'écrivain. Toujours en faveur de la Croix-Rouge, la poste française a émis une série de timbres sous le titre « JULES VERNE Les Voyages Extraordinaires », dont un timbre consacré à « De la Terre à la Lune ».

 

 

 

Hommage a Jules Verne, 1982

De la Terre a la Lune, 2005

 

Lectures supplémentaires :

La Manche, défi de toujours

Artrémis 2024

Jenny à l'envers

NASA – Pushing the envelope

Livres :

Astrophilately cover Race to the Moon cover
American Astrophilately: The First 50 Years
by  David S. Ball, Feb 15, 2010
The Race to the Moon Chronicled in Stamps, Postcards and Postmarks: A Story of Puffery vs. the Pragmatic
by Umberto Cavallaro

 

 

Artémis 2024

Il y a cinq ans, nous avons publié l' « Annonce d’un article à paraître le 20 juillet 2019 (!) ». Par la suite, j'avais écrit :  

« Dimanche dernier, 20 juillet 2014, j'ai garé ma voiture près d'un Starbucks sur le Walk of Fame (L'allée des Illustres / La promenade des célébrités), à Hollywood, juste à l'endroit où une étoile a été dédiée aux trois astronautes du programme spatial américain Apollo, qui avaient aluni exactement 45 ans plus tôt – le 20 juillet 1969. »

Ce 20 juillet dernier, cinq ans plus tard, le jour du 50e anniversaire de cet alunissage, nous avons publie « Chose promise, chose faite – sans avoir promis la lune ».

Cette fois-ci, c’est le tour de l’agence nationale de l'air et de l'espace, la NASA, d'annoncer son programme des cinq prochaines années : Artémis 2024.

 

 

Artremis 1

Immédiatement, tout le monde a commencé à se souvenir d'Artrémis, le nom de la déesse grecque de la chasse, la Diane de la mythologie romaine. Pourquoi fait-elle encore une fois parler d'elle dans la presse ? La réponse se décline en trois temps. Primo, 50 ans après que Neil Armstrong, participant à la mission spatiale Apollo 11, ait laissé les premières empreintes de chaussures dans l'épaisse poussière grise de la surface de la lune, la NASA nourrit l'ambitieux projet d'envoyer des êtres humains sur la lune en 2024. En fait, l'agence spatiale a annoncé qu'au moins une femme participera à la prochaine mission lunaire. Pour cette raison, NASA a baptisée la mission Artémis. Segundo, la première mission Apollo 11, portait le nom du frère jumeau d'Artémis. Tertio, Artémis est aussi connue pour être la déesse de la lune dans la mythologie grecque.

Le 20 juillet dernier, le Los Angeles Times a publié les photos et les c.v. des 12 candidates. La plupart sont Artremis - Sunita Williams dans la quarantaine, mais Sunita Williams, pilote d'essai, qu a passé plus de jours dans l'espace (312) qu'aucune des autres candidates, a 53 ans. Elle totalise plus de 3.000 heures de vol sur 30 aéronefs différents. En outre, elle a plus d'une corde à son arc (pour utiliser une expression de circonstance), parce qu’elle a été la première personne à courir un marathon simulé (2007) et un triathlon simulé (2012) dans l'espace, et elle aime travailler sur des voitures et des avions à ses moments perdus. À cet égard, Artémis en personne n'aurait pu rivaliser avec elle.

 

Artemis PointdexterSelon l'astronaute Alan Poindexter, entre astronautes professionnels, le temps manque, sans parler de la place, pour la bagatelle. Aussi est-il opportun qu'Artémis soit également la déesse de la chasteté.

  


Mise à jour 22.08.19 :

Après que l'astronef de la NASA, qui s'est posé sur Mars le 26 novembre 2018, ait déplacé une pierre d'un mètre, la NASA a officiellement annoncé le 22 août 2019 qu'elle appellerait cet objet " Rolling Stones Rock", en l'honneur du groupe de rock éponyme, "The Rolling Stones", ces pierres qui roulent de renommée universelle.

Mise à jour – 18.10.19 :

Nasa TV : suivez en direct la première spacewalk 100 % féminine de l'histoire

Jonathan Goldberg. Traduction Jean Leclerq

 

Petit glossaire des expressions contenant le mot "lune"

Un grand merci a Océane BIES et Isabelle POULIOT pour leurs traductions des expressions anglaises

in a blue moon    

depuis des lustres

no more than the man in the moon

rien de plus qu'un fantasme

once in a blue moon      

Très occasionnellement, 
pratiquement jamais, 
rarement, tous les 36 du mois

the man in the moon

le pierrot lunaire, pierrot la lune

the man in the moon

 

être largué/a l'ouest

the moon is made of green cheese.

mon œil

the moon on a stick
(get someone the moon on a stick)

décrocher la lune

 

to aim/reach/shoot for the moon

to cast beyond the moon        

viser la lune

 

to bark/bay at the moon        

implorer en vain

to go between the moon and the milkman

filer au petit jour/filer à l'anglaise

to promise someone the moon

promettre la lune, promettre monts et merveilles

to shoot the moon faire un resto basket/partir sans payer

to think someone hung the moon and the stars

mettre quelqu'un sur un piédestal

 

Les mots anglais du mois – ciclovia, peloton

Ciclovía (également   cyclovia) , en anglais, nous vient de l'espagnol et signifie « voie cyclable ». Ce terme est souvent utilisé pour désigner un parcours urbain réservé aux cyclistes ou une manifestation pour laquelle les rues sont provisoirement interdites aux automobilistes mais ouvertes aux cyclistes et aux piétons.

CiclaviaLos Angeles (LA) accueille tous les ans une telle manifestation et la désigne sous la variante orthographique cicLAvia, incluant ainsi les initiales bien connues de la ville. 100 000 Angelinos, comme on les appelle, comprenant des cyclistes mais aussi des familles à pied, profitent de l'occasion pour s'approprier les rues devenues piétonnières l'espace de quelques heures.  Ciclovia 2019 a lieu a Hollywood aujourd'hui, le 18 août. 

 

 

Pour CICLAVIA, un programme de mise à disposition de vélos, dans le droit fil des vélib' parisiens et programmes similaires d'autres capitales européennes, a été instauré à Los Angeles.

La photo ci-dessous montre un enfant équipé du casque obligatoire en Californie et ailleurs quand on circule à vélo.

 

Dans certaines villes américaines il y a souvent des tensions entre cyclistes et automobilistes. Quelques cyclistes, comme la jeune femme ci-dessous, défendent leurs droits haut et fort.

 

 

Note linguistique :

Utilisé dans le contexte du cyclisme, le mot français peloton garde le même sens en anglais. Il a cependant d'autres acceptions et peut tout aussi bien désigner un verre décoratif qui était fabriqué en Bohême à la fin du XIXe siècle et comportait généralement un overlay de filaments en verre de différentes couleurs. (Random House Dictionary, © Random House, Inc. 2012.). (Ce sens n'existe pas  en français.) Toujours dans le contexte du cyclisme, le mot pack en anglais est un synonyme courant de peloton. Par contre, dans des contextes différents, le mot français peleton se traduira en anglais par platoon ou ball. Ces emplois sont illustrés dans le tableau ci-dessous :

 

Français 

English 

PELOTON

PELOTON

PELOTON

peleton

PLATOON

SquadPELOTON D'EXÉCUTION


 

 

 

 

 

 

 peloton

EXECUTION SQUAD

 

 

PELOTON

peloton

BALL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ne s'emploie pas en français dans ce sens

PELOTON

Verre décoratif fabriqué en Bohême à la fin du XIXe siècle

Définition du Peloton (français)
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL)

Glossaire de « Le mot juste en anglais » :

atelier de réparation

repair shop

cadre

frame

casque (de velo)

helmet  

coureur 

racer

course 

race

cyclisme

cycling, bicycling, biking 

cycliste 

bicycle rider, biker 

frein 

brake

guidon 

handlebars 

mobylette 

motorized bicycle

pédale 

pedal

pignon 

gear wheel

piste cyclable 

bicycle track

pneu 

tire (USA), tyre (UK) 

porte-vélos

bicycle rack 

rayons 

spokes

selle 

saddle, seat

vélo 

bicycle

vélo tout terrain

mountain bike 

vélodrome

velodrome

vitesse

(changer de vitesse) 

speed, gear

(to change gear) 

voie cyclable

bicycle lane

Jonathan Goldberg

 

Termes supplémentaires : Everything Bicycling

 

Bicycle 1       Bicycle cropped

Bicycle 4Heureux au sein de la nature

Bicycle 5Bicycle 3

 

Bons mots sur le cyclisme :

The bicycle is just as good company as most husbands and, when it gets old and shabby, a woman can dispose of it and get a new one without shocking the entire community.  ~Ann Strong

Life is like riding a bicycle – in order to keep your balance, you must keep moving.  ~Albert Einstein

It is by riding a bicycle that you learn the contours of a country best, since you have to sweat up the hills and coast down them.  Thus you remember them as they actually are, while in a motor car only a high hill impresses you, and you have no such accurate remembrance of country you have driven through as you gain by riding a bicycle.  ~Ernest Hemingway

Nothing compares to the simple pleasure of a bike ride.  ~John F. Kennedy

Bicycling is the nearest approximation I know to the flight of birds.  The airplane simply carries a man on its back like an obedient Pegasus; it gives him no wings of his own.  ~Louis J. Helle, Jr., Spring in Washington

The bicycle is a curious vehicle.  Its passenger is its engine.  ~John Howard

The bicycle is the most civilized conveyance known to man.  Other forms of transport grow daily more nightmarish.  Only the bicycle remains pure in heart.  ~Iris Murdoch, The Red and the Green

When I see an adult on a bicycle, I do not despair for the future of the human race.  ~H.G. Wells

Lecture supplémentaire :

Le bicyclette à 200 ans

CicLAvia heads to Hollywood for daylong open-street festival
Los Angeles Times, August 17, 2019

Show your pedal power

 

Barack Obama rend hommage à Toni Morrison


Voici une traduction du texte de l'hommage rendu par Barack Obama à Toni Morrison, à l'occasion de son récent décès. Toni Morrison a été la première femme noire lauréate du Prix Nobel de littérature, distinction précédemment attribuée à des écrivains aussi divers que Winston Churchill et Bob Dylan. Le premier Prix Nobel de littérature a été décerné à un Français, Sully Prudhomme, en 1901.

Traduction : Jean Leclercq

Nobel 3 Nobel 1 Nobel Dylan
Sully Prudhomme
Prix Nobel 1901

Toni Morrison
Prix Nobel 1999

Bob Dylan
Prix Nobel 2017

« Le temps n'a pas de prise sur Toni Morrison. Dans son œuvre, il lui arrivait de jouer avec lui, de le déformer, de le froisser, de le tordre au gré de sa volonté magistrale. Dans son parcours de vie, elle traita le temps de façon peu orthodoxe. Enfant de la Grande Migration, elle avait, en tant qu'éditrice, fait émerger de nouvelles voix, plus diverses, de la littérature américaine, Toni n'a publié son premier roman qu'à l'âge de 39 ans. C'était là le début d'une carrière fulgurante – un Pulitzer, un Nobel, et tant d'autres encore – et avec cela, une fusion de la saga afro-américaine au sein de la saga américaine. Toni Morrison était un joyau national. Son écriture n'était pas seulement magnifique, elle avait aussi du sens – elle interrogeait notre conscience et appelait à une plus grande empathie. Elle était une bonne narratrice, aussi captivante en tant qu'individu qu'elle l'était sur le papier. Même si Michelle et moi pleurons sa perte et présentons nos plus chaleureuses condoléances à sa famille et à ses amis, nous savons que ses récits – nos récits – resteront dans nos cœurs et dans ceux de nos descendants, et ainsi de suite, pour toujours.»  Barack Obama

 

 

Le discours de Toni Morrisson en recevant le Prix Nobel (texte & audio)

Le 75e anniversaire de la mort d’Antoine de Saint-Exupéry


S-E3Il y a exactement 75 ans aujourd'hui, Antoine de Saint-Exupéry, aviateur et écrivain, disparaissait au cours d'une mission de reconnaissance dans le ciel de France.

Cindy cropped

Notre fidèle contributrice Cynthia Hazelton nous dit comment naquit et s'élabora le chef-d'œuvre universel qu'est le Petit PrinceCynthia est titulaire d'un diplôme de droit et exerce la profession de traductrice juridique. Elle enseigne également la traduction juridique français/anglais à Kent State University (Ohio).

Jean Leclercq a traduit le texte rédigé par Cynthia.

Pour retrouver les contributions précédentes de Cynthia, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

 

Là où naquit le Petit Prince

S-E book cover

En avril 2017, Le Petit Prince est devenu le livre le plus traduit dans le monde, exception faite de la Bible (qui est en course depuis bien plus longtemps). Il existe maintenant en 300 langues. [*] Ce charmant petit livre, aimé des enfants tout autant que des adultes du monde entier, est, en fait, une histoire très française. Saint-Exupéry y décrit la solitude et l'absurdité de la vie des adultes, axée sur le travail et la consommation, en opposition à la sagesse et à l'émerveillement de l'enfant face au monde naturel.  Mais savez-vous où a été écrit ce classique ?


S-E - boat

Les jeunes années

D'abord, un peu de contexte. Antoine de Saint-Exupéry est né en 1900, dans une famille de l'aristocratie lyonnaise. Encore jeune adolescent, il reçut le baptême de l'air et eut le coup de foudre pour l'aviation. Pendant son service militaire obligatoire, il fut d'abord mécanicien puis apprit à piloter, obtenant finalement son brevet de pilote militaire en 1921.

Il quitta l'armée en 1922, et commença à rédiger des récits de son vécu aérien. Pouvait-il alors prévoir que ses deux passions, voler et écrire, détermineraient le cours de son existence ? En 1926, Saint-Exupéry entre à l'Aéropostale, une société pionnière de la poste aérienne qui fut aussi la première à relier la France à l'Amérique du Sud. Transportant le courrier entre la France, l'Espagne, l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud, Saint-Ex  commença à écrire des romans dont les héros étaient des pilotes. Ses voyages ne lui inspirent pas seulement des récits d'aviation, ils lui donnient aussi des idées pour son travail. Le puits auquel il fait allusion (« Ce qui embellit le désert » dit le Petit Prince, « c'est qu'il cache un puits quelque part »), c'ést celui de la maison de sa jeunesse à Lyon, les baobabs sont ceux de Dakar, et les volcans, ceux de Patagonie.

En 1927, il est nommé chef d'escale à Cap Juby, au Sahara espagnol. C'est là qu'il écrit son premier roman, Courrier sud. Il remporte son premier vrai succès littéraire en 1931, avec la publication de Vol de nuit, ouvrage couronné par le Prix Femina.

Bien qu'il ait survécu à plusieurs accidents d'avion qui lui laissèrent des séquelles invalidantes, la passion de Saint-Ex l'incita à tenter. en 1935, de battre le record de vitesse entre Paris et Saïgon   Quand son avion s'écrasa dans le désert égyptien (à 180 km à l'ouest  de Wadi-Narroun), Saint Exupéry et son mécanicien, René Prévot, errèrent dans le désert pendant trois jours. Mourant littéralement de soif, ils furent recueillis par un bédouin. Par la suite, cette aventure lui inspira très certainement le décor naturel du Petit Prince.

Lorsque les troupes allemandes envahirent la France, en 1940, Saint-Exupéry reprit du service dans l'armée de l'air, pour effectuer des missions de reconnaissance. Après l'armistice, il s'exila à New York. où il s'employa à convaincre les États-Unis d'entrer en guerre contre l'Axe. Les 28 mois passés à New York furent une période à la fois productive et destructive de sa vie.

 

L'intermède new yorkais


En janvier 1941, Saint-Exupéry s'installa dans un appartement du 240 Central Park South où, en novembre, il fut rejoint par sa femme, Consuelo Suncin, une écrivaine et artiste salvadorienne. De toute évidence, leur vie conjugale fut une longue suite d'infidélités, de querelles et de fréquentes séparations. C'est probablement pour cette raison que Saint-Ex passa une bonne partie de son temps au 3 East 52nd Street, où vivait son ami artiste Bernard Lamotte.

S-E 3 East 52nd St NY   S-eConsuelo

 

Saint-Exupéry avait confié à ses amis qu'il ne resterait que quatre semaines à New York, mais, en réalité, il y passa 28 mois pendant lesquels il écrivit Pilote de guerre et Lettre à un otage. Si bien que ses années new-yorkaises furent professionnellement fécondes, mais difficiles sur le plan personnel. Outre les turbulences conjugales, il souffrait de ne point parvenir à entraîner les États-Unis dans la guerre et de venir ainsi au secours de la France. À cela s'ajoutait la difficulté qu'il avait à parler l'anglais. Il n'aimait pas s'exprimer en public et déclinait les invitations à s'adresser à des publics universitaires, comme d'autres expatriés français l'avaient fait avant lui. [1]  En outre, les nombreux accidents d'avion dont il avait réchappé au cours des deux décennies précédentes lui avaient valu des séquelles qui fragilisaient sa santé. Il détestait le tempo rapide de la vie new yorkaise.

À la fin du printemps 1942, les Saint-Exupéry passèrent plusieurs semaines à Québec, séjour assombri par les tensions psychologiques et la maladie. Si bien qu'ils revinrent à New York où Sylvia Hamilton Reinhardt, l'épouse française de ses éditeurs, incita Antoine à écrire un livre pour enfants. Elle espérait que le changement de sujet lui apaiserait l'esprit, tout en rivalisant avec la nouvelle série des aventures de Mary Poppins, ces livres d’enfants qui avaient du succès en Angleterre. Pour réaliser ce nouveau projet, Antoine dut souvent travailler à son manuscrit chez ses amis Reinhardt  sur Park Avenue. Il le termina en octobre 1942.

Alors qu'il s'apprêtait à partir pour l'Afrique du Nord avec un convoi militaire américain, pour reprendre du service comme pilote de reconnaissance, Saint-Exupéry se présenta un jour chez Mme Hamilton-Reinhardt, en uniforme. « J'aurais voulu vous remettre une splendeur » dit-il, « mais, c'est tout ce que j'ai », [2] , et il jeta un sac en papier froissé sur la console du vestibule. Dans le sac, se trouvait le manuscrit, rédigé à la main, et les dessins du Petit Prince.[3] Ce manuscrit est actuellement conservé à la Morgan Library and Museum, à New York.


S-E 2

 

Retour au service actif

Au début de 1943, Saint-Exupéry rejoignit la Tunisie où il réintégra l'armée de l'air française que l'on reconstituait alors, en l'équipant de S-E 1matériel américain. Après un cycle de formation (il n'avait plus piloté depuis trois ans), il put rejoindre son groupe de reconnaissance de la bataille de France, le 2/33, alors stationné à Alghero, en Sardaigne. Le 31 juillet 1944, il décolla de l'aérodrome de Poretto (Corse) pour une mission de reconnaissance dont il ne revint jamais. En septembre 1998, alors qu'il pêchait au large de Marseille, un patron pêcheur français trouva dans son chalut une gourmette en argent portant gravés les noms d'Antoine, de Consuelo ainsi que des éditeurs new -yorkais de Sain- Exupéry. En mai 2000, un plongeur localisa l'épave d'un Lockheed P-38, le type d'appareil que pilotait Saint-Ex lors de sa dernière mission. Les numéros de fabrication des pièces repêchées montrèrent qu'il s'agissait bien de l'avion en question. Si les restes de Saint-Exupéry n'ont jamais été retrouvés un monument à sa mémoire n'en a pas moins été érigé à Carqueiranne (département du Var).

Maintenant vous savez que Le Petit Prince, ce garçonnet français devenu une icône, dont les aventures dans le désert et les astéroïdes ont diverti et instruit enfants et adultes du monde entier, a effectivement vu le jour à New York.

[*]

S-E PP-Chinese S-E Japanese S-E PP Hebrew
mandarin japonais hebreu

[1] Saint-Exupery in New York – Modern Language Notes

[2] & [3] The Little Prince – a New York Story

 

Note historiqueJean Leclercq

Divonne-les-Bains, petite station thermale française à la frontière suisse, n'en a pas moins le privilège d'être l'une des piles du pont que Le Mot juste entend jeter entre les cultures. Mais, autre fleuron, elle a peut-être été un jalon dans la vie d'Antoine de Saint-Exupéry, en éveillant sa vocation d'aviateur. En effet, avant la Première Guerre mondiale, la comtesse de Saint-Exupéry venait prendre les eaux à Divonne, accompagnée de ses enfants. À cette époque, l'un des hôtels de la ville était le Paris-Rome dont le propriétaire, Charles Vidart, était le fils du fondateur de la station. Les Vidart avaient un fils, René (né à Divonne en 1890), qui était déjà un aviateur célèbre. Volant sur un monoplan Deperdussin [4], aux lignes étonnamment modernes, René Vidart avait déjà remporté plusieurs compétitions. Il avait dix ans de plus qu'Antoine et il est permis de penser que sa personnalité iconique ait pu inspirer ou renforcer la vocation du jeune garçon. Celui-ci reçut très tôt le baptême de l'air, au terrain d'aviation d’Ambérieu-en-Bugey, non loin de Divonne.

Deperdussi   René_Vidart
monoplan Deperdussin   René Vidart


Quant à la disparition de Saint-Exupéry, elle alimenta les hypothèses les plus folles. Certains émirent l'idée d'un suicide. Comme si, atteint par la limite d'âge et fort déprimé, Saint-Ex ait voulu, selon une expression qu'il avait lui-même utilisée, « trouver la paix dans la mort ». Au retour de sa dernière mission, Antoine aurait voulu, comme Guillaumet et Mermoz, mourir aux commandes. Des « survivantistes » prétendirent qu'il avait été fait prisonnier et mis au secret. Puis, qu'il s'était caché dans un monastère, autre façon de rechercher la paix intérieure. D'ailleurs, en se basant sur son plan de vol, on le chercha beaucoup plus à l'est, au large de Nice ou dans la baie de Saint-Tropez. C'était oublier que Saint-Ex prenait des libertés avec ses plans de vol. Puis, on retrouva la gourmette qu'un bijoutier new yorkais avait fabriquée en deux exemplaires, un pour chacun des époux. Avant de se quitter, les Saint-Exupéry avaient échangé leurs gourmettes, de telle sorte que, celle retrouvée le 7 septembre 1998, appartenait à Consuelo. Quant à l'épave du P-38 localisée en mai 2000, près de l'île de Rion, au large de Marseille, les numéros des pièces repêchées montrèrent qu'elles appartenaient bien au P-38 immatriculé F5-B 223 que Saint-Ex pilotait le 31 juillet 1944. Une fois cette certitude acquise, un ex-pilote de la Luftwaffe, Horst Ruppert, sortit de l'ombre pour dire qu'il avait effectivement abattu un P-38 ce jour-là, au large de Marseille. Il ajouta qu'étant un grand admirateur de Saint-Exupéry, il n'aurait pas tiré s'il avait su que cet appareil – qui volait à 3.000 mètres en-dessous de lui – était celui de l'auteur du Petit Prince.

[4] Armand Jean Auguste Deperdussin (1864-1924)

 

Lectures complémentaires

 

  • Stacy Schiff  : Saint-Exupery, a Biography (Knopf)

  • S-E Vie & mortPaul Webster. Saint-Exupéry, Life and Death of Little Prince. London, Macmillan London Limited, 1993. (Traduction française de Claudine Richetin :  Saint-Exupéry. Vie et mort du petit prince. Paris, Editions du Félin, 1993.)

 

 

Curtis Cate. Antoine de St Exupéry: His Life and Times.  (Athena Publishing)

Consuelo de Saint-ExupéryLettres du dimanche. Paris, Plon, 2001.

John Gillespie Magee, Jr. 1922 – 1941 Antoine de Saint-Exupéry 1900 – 1944

– Sur l'aviation française dans la Grande guerre, voir la note historique - https://bit.ly/2JI9EUJ 
= Des aviateurs français ont-ils traversé l'Atlantique avant Charles Lindbergh ?

 (1 heure 48 minutes)

 

 

À la British Libary, une nouvelle exposition retrace la remarquable évolution de l’écriture

Le texte qui suit est une version abrégée d'un article qui parut sur le site de la BBC, traduit par Francoise Pinteux-Jones.

L’exposition courante de la British Library de Londres, ouverte au grand public jusqu'au 27 août, 2019,  est extraordinairement ambitieuse. Writing: Making Your Mark  [1] recense la progression et la variété des griffonnages humains de par le globe sur une période de 5000 ans au travers de 40 systèmes et 100 objets. L’expo nous transporte des cunéiformes gravés dans les tablettes d’argile de Mésopotamie à l’évanescente communication numérique des temps présents.

WRITING 2

La Sutra du Diamant est  le plus ancien ouvrage imprimé et daté à nous être parvenu dans son intégrité
(Credit British Library)

Cette exposition très approfondie a été assemblée par une équipe de cinq conservateurs dont Emma Harrison, la conservatrice des collections chinoises de la British Library, spécialiste de l’Asie orientale. Elle a décrit pour BBC Culture comment l’écriture « débute avec l’incision, la gravure ou l’impression, sur des matériaux tels le cuivre, la pierre, la cire et l’argile. Puis viennent les encres épanchées à la main sur un support papier, les mécaniques de l’imprimerie et finalement la machine à écrire et l’électronique ».

WRITING 3

William Caxton fut le premier à imprimer un livre en anglais
(Credit: British Library Board) 

Qu’est-ce que l’avenir réserve à l’écriture ? « Il y a cinq cents ans en Europe, l’utilisation des caractères mobiles ouvrait la voie à des possibilités variées dont s’emparèrent les lecteurs enthousiastes…. ce qui mena à la transformation du sens que de nombreux Européens avaient d’eux-mêmes » écrit le professeur de design Ewan Clayton dans le livre qui accompagne l’exposition, « il est indéniable que nous faisons actuellement l’expérience d’une autre rupture sismique de ce type dans l’ordre de l’écrit. »

WRITING 4

La machine à écrire chinoise à deux leviers est dépourvue de clavier : les dactylos choisissent un caractère et appuient sur un levier pour l’enduire d’encre puis taper avant de le remettre à sa place
(Credit: British Library Board)

On n’arrêtera pas la marche de la numérisation quoique l’écriture à la main ne semble pas près de disparaître. A. Harrison se déclare, pour sa part, prête à « utiliser une gamme de techniques : je ne me sens ni technophile ni traditionaliste, je saute de l’un à l’autre. » Or s’il y a El Seedun type de calligraphie qui n’a rien perdu de sa puissance – notoirement sa puissance politique – c’est bien le graffiti, dont un exemple a été créé pour l’exposition par le graffeur franco-tunisien eL Seed. Politiquement engagé, il intègre dans son œuvre les notions de beauté et de forme qu’exprime la tradition arabe de l’art graphique à la pratique du graffiti. On y lit la citation voulue [2] par le poète Kahlil Gibran sur sa pierre tombale « Je suis vivant comme toi ». Quand bien même les habitués de la British Library passent le plus clair de leur temps à manier des écrits imprimés ou numérisés, il reste clair que l’antique art de la calligraphie se porte au mieux.

WRITING 5

Le graffeur franco-tunisien eL Seed a créé une œuvre inspirée par l’inscription de Kahlil Gibran pour sa pierre tombale « je suis vivant comme vous »
(Tony Antoniou)

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[1] Le titre de l’exposition, Writing : Making Your Mark, porte un calembour : l’expression « to make one’s mark” veut dire “marquer son empreinte ». « laisser sa trace » « faire impression ».

[2] L’inscription, comme l’indique la citation dans son intégralité se trouve au côté de la tombe. Cf. https://fr.qwerty.wiki/wiki/Kahlil_Gibran voir sous « mort ».

Lectures supplémentaires :

Les livres sont mon truc
Le 13 septembre 2013

Les mystérieuses origines du livre
Le 18 octobre 2016

At the British Library, Writing Is a Work of Art
The New Yorker, August 5 & 12, 2019

 

 

Le centenaire du Traité de Versailles –

un apercu historique, romantique et machiste de Georges Clemenceau

Clemenceau  -  Signing Versailles
La signature de la paix dans la Galerie des Glaces 


Le 28 juin 2019 marque le centième anniversaire de la signature du traité de Versailles qui mit fin à la Première Guerre mondiale et donna naissance à la Société des Nations, préfiguration de l'actuelle Organisation des Nations Unies [1]. Orchestrée par les quatre Grands (Royaume-Uni, France, Italie et États-Unis), la Conférence de Versailles, qui dura du 12 janvier au 28 juin 1919 (soit 167 jours), réunit à Paris bon nombre de dirigeants du monde et notamment le Président des États-Unis, Woodrow Wilson [2], le Premier ministre britannique, Lloyd George, et le Premier ministre italien, V.E. Orlando.  Le président du Conseil français, Georges Clemenceau, accueillit la conférence avec d'autant plus d'aisance qu'il parlait l'anglais presque aussi bien que le français, bien que l'historien Paul Mantoux servit comme son interprète [3].

Clemenceau Big Four Versailles - cropped

Le Conseil des Quatre à Versailles,
de gauche à droite :
David Lloyd George,
Vittorio Emanuele Orlando,
Georges Clemenceau
et Woodrow Wilson. 

       « Copie certifiée »
               du Traité 

En outre, Clemenceau joua un rôle majeur dans la rédaction du traité de paix de Versailles, signé le 28 juin 1919.  D'autres personnalités, appelées à la célébrité historique, étaient présentes, notamment Jan Smuts d'Afrique du Sud, Ho Chi Minh, [4] Lawrence d'Arabie [5] et J. M. Keynes, économiste britannique de notoriété mondiale.

Clemenceau - Jan_Smuts_1947 Ho Chi Minh cropped Clemenceau - Lawrence Clemenceau - Keynes
Smuts Minh Lawrence Keynes


On a beaucoup écrit sur le rôle de Clemenceau à la Conférence de Versailles [6] et sur les répercussions du Traité. Le présent article se veut une courte biographie du personnage, centrée sur son épouse américaine. Certains pourront qualifier leur mariage de « choc des cultures ».
Clemenceau (color)
Georges Clemenceau (1841-1929) a été surnommé Le Tigre, en raison de son style oratoire à la fois passionné et incisif. Ardent républicain, Clemenceau, dans sa jeunesse, s'oppose au régime monarchique de Napoléon III jusqu'au point d’entrer en conflit avec les autorités en raison de ses opinions politiques. En 1865 il cherche refuge aux États-Unis. 

 

Clemenceau - Stamford SchoolEn 1868, Georges a 26 ans et il est endetté.  Pour arrondir son salaire de correspondant du Temps, il offre ses services à une certaine Catherine Aiken, qui dirige une institution pour jeunes filles de la bonne société, à Stamford (Connecticut) [7]. L'école l'engage pour enseigner le français et l'équitation.

Le jeune Français, courtois et distingué, fascine tout autant ses collègues que ses élèves.  L'une d'elles se nomme Mary Plummer. Clemenceau, séduit par son élève, ne tarde pas à lui faire une cour tumultueuse, aboutissant à un mariage en moins d'un an. Ils s'unissent à New York, en 1869. Elle avait alors 20 ans, lui 28. 

Clemenceau - Mary Plummer young Clemenceau- Jeune

Ils rentrent en France au bout d'un an. L’installation à la maison familiale de l’Aubraie (en Vendée) n’est pas facile pour cette jeune Américaine, certes francophone, mais habituée à plus de liberté d’action que celle dont peut jouir, à l'époque, une jeune femme française. Dans ce milieu étroit, « occupée en bonne ménagère à raccommoder des bas », Mary s’ennuie rapidement, tout en continuant à apprendre le français avec son professeur devenu son mari. .

Chateau des Clemenceau Clémenceau  - Mary portrait
l’Aubraie en Vendée Portrait de Mary Clemenceau par Ferdinand Roybet

Clemenceau avait déjà obtenu son diplôme de médecin en 1865.  Quand éclate la guerre franco-prussienne de 1870, il y prend part en tant que médecin. De Paris assiégé, il envoie à sa femme des lettres par ballons postaux, dont la très belle missive retrouvée en 1933, seule trace aujourd’hui de la passion qu’il put éprouver pour elle. Ce pli, rédigé en anglais, atteste de la tendresse que Clemenceau éprouve alors pour « sa petite épouse chérie » qui a osé suivre le séducteur qu’il demeure.

Par la suite, il abandonne la médecine et s'engage activement dans la vie politique française, d'abord comme maire du 18ème arrondissement de Paris, puis comme député à la Chambre, et ministre de l’intérieur.  À mesure que grandit son influence politique, il se détache un peu plus de son épouse.  Il ne donne à Mary qu'une maigre allocation pour les besoins de leur famille, si bien qu'elle est obligée de travailler comme guide et d'écrire dans des revues pour pouvoir joindre les deux bouts. 

Le ménage ne dura qu'à peu près sept ans ; trois enfants en naquirent.  Le couple se sépara et, par la suite, divorça.

En 1906, (à l'âge de 65 ans), et encore en 1917, Clemenceau devient président du Conseil (Premier Ministre), poste qu'il occupe jusqu'en 1920. Dans cette fonction, son influence fut immense.  Clemenceau (qui méprisait secrètement le Président Woodrow Wilson [8]) joua le premier rôle lors de la Conférence de Versailles qui mit fin à la guerre de 1914-1918.

Clemenceau eut de nombreuses maîtresses, mais quand sa femme prit comme amant le précepteur de leurs enfants, il la fit écrouer pour adultère pendant deux semaines à la prison de Saint-Lazare et la renvoya aux États-Unis, en troisième classe. Il divorça, obtenant la garde des enfants et la radiation de la nationalité française de son ex-épouse.

Bien qu'ébranlée psychologiquement par l'échec de son mariage, Mary Plummer Clemenceau n'en revint pas moins en France  en 1920 et devint guide pour touristes et publia plusieurs articles dans des revues américaines. Elle ne verra Georges plus jamais. 

Mary est retournée en France, d'après certains spécialistes français probablement après la guerre de 1914-1918. Toutefois, M. Philip Devlin, historien amateur du Connecticut, nous a envoyé une coupure du Leader Telegram, publié dans l'Etat de naissance de Mary, le Wisconsin, en date du 28 janvier 1921, dans laquelle il est question de visites que des soldats originaires de sa ville de Duran (Wisconsin) lui auraient rendues, alors qu'elle habitait à Sèvres (en France) pendant la guerre.  L'article mentionne que les anciens amis de Mary, originaires de Duran, se souviennent d'elle comme d'une jeune femme à la fois jolie et charmante, exprimant le regret que le chagrin se soit ensuite installé dans sa vie. 

Mary mourut seule, dans son appartement parisien, en septembre 1922, brouillée avec ses enfants, à près de 74 ans. Cette meme année, Georges a fait son dernier voyage aux États Unis, où il a été accueilli somptueusement par le Président Harding, et a rendu visite a Wilson, qu'il a trouvé à coeur brisé à cause de l'échec de la Traité, qui n'avait pas été approuvé par le Congrès des États Unis. Georges mourut en 1929, à 88 ans, dans l'ancien appartement de l'écrivain Robert de Montesquiou.

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq

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Clemenceau - exposition[1] La signature historique sera évoquée au Musée des beaux‐Arts d’Arras, à travers une vingtaine d’œuvres réunies dans une scénographie qui replongera le public dans l’Histoire et dans les lieux de cet événement, le château de Versailles et sa galerie des Glaces. Documents, photographies et films permettront de comprendre pourquoi Versailles fut choisi pour accueillir cette journée et comment la galerie des Glaces retrouva, le temps d’une journée, son rôle diplomatique. https://bit.ly/2Fl3fNU Les Professeures Jacqueline Sanson et Sylvie Brodziak (images ci-dessous), commissaires de l’exposition, l’ont présentée au président de la République et à son épouse le 29 octobre 2018. https://bit.ly/31OkRvb

[2] Dans un article anonyme publié le 9 septembre 1893 par l'Evening Star de Philadelphie, un Américain qui a rencontré Clemenceau à Montmartre en 1871, donne ce témoignage : "Il est le seul Français que je connaisse qui parle anglais avec une exactitude totale. C'est un anglais américain idiomatique, eloquent, incisif."

Wilson - cropped[3] Woodrow Wilson fut le premier Président américain à quitter les rivages des États-Unis en cours de mandat.  Après neuf jours de mer à bord du S.S. George Washington, Wilson débarqua à Brest (France) et se rendit par voie terrestre à Versailles où il prit la tête de la délégation américaine à la conférence de paix. Il resta en France du 7 janvier au 18 juin, sauf pendant un mois où il s'en retourna aux États-Unis. 

 

[4] Clemenceau HO-CHI-MINH-Ho Chi Minh qui, par la suite, devait diriger victorieusement les forces du Vietminh d'abord contre le pouvoir colonial français, puis contre la coalition emmenée par les États-Unis, jusqu'à la libération totale de son pays, avait quitté l'Indochine le 5 juin 1911 pour se rendre en France en travaillant comme aide-cuisinier sur le vapeur Amiral de Latouche-Tréville. Le navire arriva à Marseille un mois plus tard, le 5 juillet 1911, et poursuivit sa route vers Le Havre et Dunkerque, avant de revenir à Marseille où Ho Chi Minh posa sa candidature à l'École coloniale française. Sa candidature fut rejetée. Dès 1919, il commença à témoigner de l'intérêt pour la politique alors qu'il vivait en France. Il rejoignit un groupe qui entendait présenter une pétition pour la reconnaissance des droits civiques de la population vietnamienne d'Indochine française aux puissances occidentales aux pourparlers de paix de Versailles.

[5] Lawrence servait d'interprète d'arabe de l'émir Fayçal ibn Husseinl.

[6] Il survécut à une tentative d'assassinat par un anarchiste pendant les pourparlers de paix, mais se rétablit rapidement et conserva une balle dans le dos pour le reste de son existence.

[7] Marjolijn photo La ville de Stamford, située à environ 70 kilomètres de New York et qui compte actuellement quelque 130.000 habitants, est le lieu de résidence de Marjolijn de Jager, notre Linguiste du mois d'octobre 2014.

[8] Célèbre pour ses bons mots, Clemenceau n'en était pas moins une fort méchante langue. Ainsi, raillant le pacifisme messianique du Président Wilson, il dit de lui : « Il se croit un second Jésus-Christ venu sur terre pour convertir les hommes. »

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Sources


Sylvie Brodziak, Jacqueline Sanson
: Georges Clemenceau –
Le courage de la République

Editions du Patrimoine (11 octobre 2018)

Sylvie Brodziak  Jacqueline Sanson

Sylvie Brodziak et Jacqueline Sanson

Dictionnaire ClemenceauIl nous faut mentionner tout particulièrement l'aide généreuse qu'a fournie à la rédaction du présent article Madame Sylvie Brodziak, Professeure des universités en Littérature française et francophone et Histoire des idées à l’Université de Cergy-Pontoise.  Madame Brodziak a écrit plusieurs ouvrages sur Clemenceau, de même que l'article Mary Plummer du Dictionnaire Clemenceau, Edition Bouquins 2017, dont elle est la co-éditrice. Certains passages de notre article sont même transcrits de ce Dictionnaire. 

L'aide de Mme Brodziak a été d'autant plus appréciée qu'il s'est avéré difficile de recueillir des renseignements sur l'école de Stamford à l'époque de Clemenceau. Cet établissement d'enseignement n'existe plus et sa fondatrice, Catherine Aiken, n'a pas laissé d'héritiers. L'intéressé lui-même ne fait aucune allusion à l'époque où il enseignait le français et l'équitation (ce dernier fait étant contesté) dans son autobiographie : Grandeurs et Misères d'une victoire.(Plon, 1930).

Margaret MacMillan :
Paris 1919, Six Months
that Changed the World
Penguin Random House (2003)
Alan Sharp: Versailles 1919 – A Centennial Perspective
Haus Publishing
(October 15, 2018)
Clemenceau Paris 1919 Versailles 1919 Alan Sharp

J. B. Duroselle
Abroad in America, Visitors to the New Nation, 1776-1914, 
p. 167, Georges Clemenceau
National Portrait Gallery and the Smithsonian Institution

M. Ron Marcus, de la Stamford Historical Society nous a aussi beaucoup aidés.

Lectures supplémentaires :

How the Treaty of Versailles ended WW1 and started WW11

National Geographic, May 31, 2019

Behind the Hall of Mirrors: Versailles study day – 24 June 2019
The National Archives

Il y a cent ans…

Un aristocrate britannique décide du sort du monde arabe – et meurt trois ans plus tard de la grippe espagnole

 

 

Source vidéo :