La bienvenue à Martine Besseteaux, notre nouvelle collaboratrice invitée
1- Mon expérience américaine
Amoureuse, je suis arrivée aux USA car mon mari est américain. Donc, la grande aventure d’apprendre l’anglais en totale immersion a commencé. Apprendre une langue, c’est apprendre une autre culture et se construire une identité avec des repères anglophones. Toute une aventure, pleine de découvertes ! Car, apprendre une langue, ce n’est pas seulement mémoriser des mots et des phrases, c’est aussi saisir l’essence d’une culture, l’histoire des gens communicant dans cette langue.
Vivant dans le New Jersey et travaillant à Manhattan, c’était un environnement riche pour faire l’expérience du melting-pot américain. Aux USA, tous les Américains ont une mémoire d’immigrant. Il y a une culture et une économie de l’immigration, car le pays s’est construit sur l’immigration. Cela m’a permis de comprendre ce qu’est l’immigration et comment on intègre une nouvelle culture. J’ai pu profiter des privilèges d’une double culture.
À la NYU, la Gallatin School m’a donné la liberté de construire mon programme, conseillée par un professeur.
Gallatin School, New York University
Je suis devenue le sujet de mes études. En lisant Piaget, j’ai pu comprendre, tout en la vivant, l’expérience de l’apprentissage d’une langue, les mécanismes du cerveau. Steve Pinker m’a appris à distinguer connaissances innées et connaissances acquises. Chomsky m’a fait comprendre le décodage des médias.
Piaget Pinker Chomsky
J’ai exploré les sujets divers et variés de la linguistique.
En étudiant, j’ai gagné ma vie en faisant de la formation professionnelle. J’ai commencé par Berlitz qui a sa propre méthode : mot et image, construction de phrases pour débutants en utilisant le mime plutôt que la traduction. C’est une méthode concrète, pratique et très dynamique, mais formatée.
Puis j’ai passé quelques années à former à l’Alliance Française de NYC. Haut-lieu de la culture francophone en Amérique, c’est un environnement plus riche pour les étudiants des niveaux intermédiaire et avancé.
Pour moi, j’avais un environnement bilingue. Je parlais français à mes étudiants et anglais à l’université et à la maison. De plus, cette double réalité étudiante/formatrice m’a permis de résoudre beaucoup de malentendus que j’avais accumulés sur l’enseignement au cours de ma vie scolaire dans le système français.
Apprendre une nouvelle langue, c’est créer un environnement bilingue et pluriculturel permettant une interaction journalière afin d’échanger, d’évoluer dans la langue. Ainsi, je commençais à identifier les différences culturelles, vaste sujet très difficile à cerner car les règles ne sont pas écrites.
Washington, D.C
Plus tard, j’ai habité à Washington, D.C., un village mondial pour la communauté internationale.
J’ai eu l’occasion de travailler pour la Banque mondiale par l’intermédiaire de l’Alliance Française. La B.M. est un microcosme de 10.000 personnes. Les différences culturelles sont le pain quotidien de cette communauté d’économistes, sociologues, ingénieurs et autres spécialistes. Cette organisation, mal connue du grand public, doit aider au développement et résoudre les crises dans le monde entier.
Pour mes étudiants, j’ai crée des dossiers par continent sur tous les pays de l’Europe à l’Afrique et l’Asie. Il faut être réactif et proactif, car mes étudiants ont tous des missions précises. Mon rôle de formation était aussi un rôle de facilitatrice.
La synthèse de tout ce travail se réalisa quand une de mes étudiantes m’offrit la possibilité d’intégrer une mission au Maroc sur « l ‘intégration de la femme dans le développement. » J’étais l’interprète principale (anglais-français & français-anglais) et facilitatrice pendant l’organisation et les négociations du projet. Ce fut une expérience personnelle et professionnelle très enrichissante et intense.
2- Mon expérience française
Quand je suis rentrée en France, j’ai commencé à travailler à la Chambre de commerce comme anglophone.
Les clients prenaient des cours d’anglais en délie-détente, comme s’il s’agissait de peinture ou de danse, bien que cela soit considéré comme de la formation professionnelle. Donc, on a fait des contrats, établi des emplois du temps, des évaluations de niveau, des programmes en fonction des besoins et des résultats recherchés, défini une méthode multimédia.
La formation était individuelle ou en petits groupes. Les objectifs étaient de rendre la personne autonome et opérationnelle, le plus rapidement possible.
Puis, j’ai enseigné à l’Université. Nous étions une petite équipe de quatre anglophones. Nous avons dû tout faire et travailler dans des conditions très difficiles.
Je me suis retrouvée dans un amphithéâtre avec un groupe de 50 étudiants de niveaux différents. Autrement dit, impossible à former.
Après être arrivée à évaluer le niveau des étudiants (débutants, intermédiaires et avancés), nous avons pu créer des groupes de niveau et réaliser un programme correspondant aux niveaux des étudiants.
Tests ou examens ?
Par contre, le système d’éducation français adore les examens. La culture du baccalauréat reste très ancrée, c’est un point de repère dans l’esprit français aussi bien pour les étudiants que pour l’Administration. Les étudiants sont totalement conditionnés par les notes d’examen plutôt que le résultat de leurs études, c’est-à-dire être opérationnel en anglais.
L’organisation des examens coûte très cher et pédagogiquement ne correspond plus à une évaluation adéquate des connaissances. Contrairement au système anglophone qui fait une évaluation continue tout au long du semestre et du dossier de l’étudiant.
J’ai voulu introduire le TOEIC. Sachant qu’aucun test n’est parfait, il a l’avantage d’être reconnu sur le marché du travail national et international.
De plus, nous avons essayé d’avoir un laboratoire de langues qui a mis plus de trois ans à s’installer, pour avoir un programme multimédia.
Par contre, avec mes étudiants, je faisais des présentations Power point sur des sujets choisis par eux et en relation avec leurs thèmes d’études. Ce fut un succès très intéressant pour tout le monde. Certains ont réalisé de meilleures présentations que mes étudiants professionnels.
Beaucoup de mes étudiants paniquent si nous ne faisons pas de grammaire. Souvent, j’ai dû les rassurer tout en sachant que, très vite, les exercices de grammaire sont ennuyeux. Nous avons simplifié les règles, pour mieux les mettre en application.
Lecture globale et syllabique
Lorsque je suis arrivée en France, je n’ai pas compris tout de suite la raison de la controverse entre les deux méthodes.
L’anglais est une langue orale avant tout, il faut écouter pour pouvoir se familiariser avec la prononciation des mots. Donc l’écoute est essentielle à l’apprentissage de l’anglais.
Bien que cette réalité soit une vérité linguistique pour toutes les langues, en français on peut décoder les mots par la lecture syllabique. Ce n’est pas le cas pour l’anglais.
En expliquant à mes étudiants français comment lire en anglais que je me suis rendue compte que les anglophones utilisent la méthode globale.
Je pose la question :
Est-ce que les étudiants français apprennent l’anglais avec des méthodes francophones : méthode syllabique, traduction, grammaire … ?
Tout le monde peut être bilingue si un environnement linguistique bilingue approprié est crée. Mais, souvent, le système d’éducation a rendu l’apprentissage des langues difficile, si ce n’est impossible, extraordinaire et compliqué. J’ai rencontré de nombreuses victimes à l’université. Que de temps perdu !
Alors qu’en créant un milieu linguistique adéquat, on peut apprendre facilement et de façon ludique. Avoir du plaisir à apprendre est essentiel pour communiquer et surmonter les différentes étapes de l’apprentissage d’une langue. Celui-ci doit être ciblé, il doit correspondre aux intérêts des étudiants, pour développer et entretenir leur motivation et leur effort de mémorisation.
La moitié de ma formation se concentre sur comment apprendre, comment mieux connaître le fonctionnement de son cerveau : la mémoire courte et la mémoire longue, comment s’auto- corriger… Chaque étudiant doit définir sa méthode de formation en fonction de son profil : extroverti-introverti, global-analytique, visuel-auditif-kinésitique, pour ne pas être victime, mais mieux maîtriser les stratégies de la connaissance.
Finalement, j’ai travaillé pour l’industrie aéronautique. Nous avons réalisé un programme d’art de la formation, avec de bonnes conditions d’encadrement, des objectifs et d’excellents résultats. La culture de l’aéronautique a d’excellentes méthodes d’apprentissage. Beaucoup de leurs manuels sont visuels et bilingues. La pratique est essentielle.
Nous avons réalisés nos groupes à composition transversale. Cela permettait à des ingénieurs de rencontrer des comptables ou des commerciaux, et de mieux comprendre les problèmes des uns et des autres.
Pour moi, ce fut un plaisir de travailler dans l’aéronautique. J’y ai rencontré des gens très intéressants, passionnés et motivés par leur travail, une industrie en pleine mutation, évoluant dans un marché mondial compétitif.
Quand j’ai fait des études de linguiste, je n’avais pas réalisé la richesse et la diversité professionnelle de la vie d’un linguiste.
Livre de référence :
The Cambridge Encyclopedia of Language David Crystal
Après avoir lu l'article entier, veuillez lire le commentaire suivant, de la plume de Jean Leclercq:
Appartenant à une génération plus âgée que Madame Besseteaux, j'ai appris les langues vivantes comme des langues mortes. Il m'a fallu attendre la classe de première pour avoir un enseignant qui pratiquât des méthodes modernes et qui recourût au mime pour nous faire deviner le sens d'expressions tirées, à l'époque, de textes de Goldsmith ou de deux compères portant perruque: Addison & Steele. J'applaudis donc lorsque j'entends parler de méthodes actives et de laboratoires de langues. Mais, il ne faut pas exagérer dans l'autre sens. L'enseignement rousseauiste des langues vivantes, les méthodes ludiques, le gai savoir, ont des limites. D'ailleurs, si ces méthodes étaient à ce point efficaces, cela se constaterait dans les résultats obtenus. Or, force est de constater que les étudiants américains peinent toujours autant à parler des langues étrangères et que les navigants d'une compagnie aérienne que je connais bien s'expriment toujours aussi mal en anglais, malgré les innombrables heures de cours comprises dans le « 1% formation ». C'est que, willy-nilly, l'apprentissage d'une langue suppose un certain bachotage. Ce n'est pas le but, mais c'est indispensable pour acquérir une masse critique de notions sans lesquelles aucun progrès n'est possible. Comment avancer en allemand sans se mettre dans le crâne les prépositions aus, bei, mit, nach, zeit von, zu qui commandent l'usage du datif ? Comment progresser en espagnol sans apprendre par cœur les trois conjugaisons ? Comment faire en anglais sans mémoriser les verbes irréguliers ? Certes, là aussi, il existe des moyens mnémotechniques que l'on se gardait de nous enseigner au temps du cinéma muet. Une fois cette masse critique acquise, il devient possible de faire de la conversation, des textes, des jeux et même des exposés Powerpoint. Mais il est fallacieux de prétendre que l'on puisse apprendre une langue sans effort, en jouant, en écoutant plus ou moins distraitement une cassette. Au reste, une chose m'a toujours intrigué, quelles méthodes utilisent les Russes (et utilisaient auparavant les Soviétiques) pour enseigner les langues vivantes à ceux qu'ils envoient à l'étranger. À l'époque de la glaciation, j'ai rencontré en URSS des gens qui parlaient impeccablement le français sans avoir jamais mis les pieds en France. De quelle méthode usait-on? Mon petit doigt me dit que ce n'était probablement pas la méthode douce!
Comments
One response to “Une grande aventure bilingue, vécue des deux côtés del’Atlantique”
Jonathan -je ne suis pas d’accord avec toi. Je suis de l’avis qu’on peut apprendre une langue sans grand effort. Il faut avoir le désir…and one has to be in an environment that is rich with comprehensible input. The system TPRS (teaching proficiency through reading and story-telling) as practiced and promoted by Blaine Ray and many of his colleagues has documented success after success. I’ve been using this method for 11 years now and can attest to its effectiveness.