La semaine dernière, nous avons publié un article intitulé: « Les mots valise de la semaine : Beatlemania, Dudamania ». Le terme anglais « Dudamania » se rapporte à Gustavo Dudamel, ce Vénézuélien de 31 ans qui dirige l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, avec la participation de l'Orchestre symphonique Simon Bolivar.
Nous signalions que, le 18 février dernier, la Huitième symphonie de Mahler, dite « Symphonie des mille » entièrement pour soli, chœurs et orchestre, devait être diffusée, en direct de Caracas, dans 500 salles de spectacle du Canada, des États-Unis et d'Amérique latine.
Ma femme et moi sommes allés assister à ce concert dans un cinéma de Los Angeles. J'ai peine à décrire l'émotion ressentie. Nous étions littéralement transportés. Voir un orchestre américain et un orchestre vénézuélien jouer à l'unisson (à une époque de relations politiques extrêmement tendues entre les deux pays) était un plaisir sublime. C'était extraordinaire de voir le grand nombre de musiciens des deux orchestres, de même que le bon millier de choristes adultes et jeunes, jouant et chantant ensemble comme un seul exécutant. Certes, ce n'était pas une manifestation élitiste comme certains concerts classiques pourraient sembler l'être, mais plutôt un événement à la portée de tous et de chacun. (À Caracas, les gens ont fait la queue à partir de 3 heures du matin et, à 8 heures, tous les billets étaient vendus.) [1]
Ce concert en « relayé cinématographique » présente deux nets avantages :
D'abord, il y eut 30 minutes de présentation du concert, au cours desquelles on donna la parole à Gustavo Dudamel et à des musiciens des deux formations – L'Orchestre philharmonique de Los Angeles et l'Orchestre symphonique Simon Bolivar. On nous expliqua comment l'idée avait germé ; comment fonctionnait le programme d'enseignement musical El Sistema ; ainsi que les problèmes de logistique qu'avait posé le transport des instruments, grands et petits, de Los Angeles à Caracas, les préparatifs du concert, etc. Du coup, après un entracte, lorsque le concert a commencé, nous autres spectateurs avions déjà l'impression d'être personnellement associés à ce grand projet culturel, impliquant des Vénézuéliens et des Américains, jeunes et vieux musiciens.
Le second avantage d'assister à un concert cinématographié est la possibilité de gros plans sur les différents instrumentistes, ce qui permet au public de les voir jouer de très près, et ce qui n'est pas possible dans une salle de concert, aussi bien placé soit-on.
Il semble que les deux orchestres prévoient des tournées communes en Europe. Leurs concerts pourront être relayés dans toute l'Europe. Si vous aimez la musique classique et s'il vous est possible de voir un de ces concerts dans une salle de cinéma locale, c'est une occasion à ne pas laisser échapper!
Le compositeur autrichien Gustav Mahler n'est un inconnu pour personne. Chacun sait qu'il est issu d'une famille juive germanophone de Bohème. Par la suite, il s'est converti au catholicisme afin de pouvoir briguer la direction de l'orchestre de l'Opéra de Vienne. À la fin de sa vie, il s'est installé aux États-Unis où il a dirigé le Philharmonique de New York.
Note personnelle :
Si vous me permettez une note personnelle, je voudrais vous présenter un parent vivant de Gustav Mahler, mon bon ami Gerry Watkins, né Gerhard Mahler. Il vit le jour à Vienne et habite maintenant à Los Angeles. L'arrière-arrière-grand-père de Gerry était le frère du grand-père de Gustav. Gerry, comme son célèbre ancêtre, eut à pâtir de l'antisémitisme. Quatre jours après l'Anchluss (l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne nazie, en 1938), son père se suicida pour ne pas être déporté dans un camp de concentration. À l'âge de 11 ans, Gerry fut envoyé en France par le Kindertransport.
source : http://next-stage.co.uk
Il fut hébergé au château de La Guette, en Bourgogne, avec d'autres enfants de 9 à 14 ans. Lorsque la France fut à son tour envahie, les enfants furent évacués. Après être passés par l'Espagne, le Portugal et les États-Unis, Gerry et sa sœur reçurent des autorités australiennes l'autorisation de s'installer en Australie. Il leur fallait une autorisation parce que l'Australie, étant en guerre aux côtés des Alliés, ils étaient considérés comme des « étrangers ennemis ». Les deux enfants traversèrent sur le dernier navire à quitter San Francisco pour Sydney avant l'attaque japonaise de Pearl Harbour. Gerry fit ensuite une belle carrière dans le corps diplomatique australien.
Tout cela, bien sûr, n'est qu'indirectement lié à Dudamel ou à Caracas (via Gustav Mahler). Toutefois, je voudrais ajouter, en marge de cet article, qu'à l'occasion des prochaines élections présidentielles au Venezuela, Hugo Chavez a pour rival Henrique Capiles Radonski dont les arrière-grands-parents ont péri au camp d'extermination de Treblinka et dont les grands-parents maternels ont quitté l'Europe pendant la deuxième guerre mondiale. Comme Mahler, Radonski s'est converti au catholicisme.
Henrique Capiles Radonski
Le leader de l'opposition au Venezuela
Glossaire anglais-français de musique : instruments et de voix
[1] Gustavo Dudamel and the L.A. Phil start things in Caracas,
Los Angeles Times
El Sistema for all, U.S. kids too
Los Angeles Times, February 26, 2012
Redigé par Jonathan, traduit par Jean
Comments
2 responses to “La musique et l’histoire – États-Unis et Venezuela – sur fond d’Europe”
La Symphonie nº 8 en mi bémol majeur dite « des Mille » et non symphonie dite “d’un millier”.
voir: http://fr.wikipedia.org/wiki/Symphonie_n%C2%BA_8_de_Mahler
Jonathan said:
Merci beaucoup, Robert. Nous avons corrigé la faute. Cordialement, Jonathan