Semaine de la langue française et de la francophonie 2014

par Jean Leclercq

Dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la francophonie, et pour la quatrième année consécutive, le Service culturel de la ville de Divonne­-les­-Bains a organisé, jeudi dernier, une dictée de la francophonie. Cette manifestation conviviale a attiré une trentaine de participants auxquels Madame Marie­-Laure Berchtold a lu, avec le talent qu'on lui sait, les 302 mots du texte spécialement composé par l'écrivain et humoriste Vincent Roca [1].

En toute franchise, ce texte a  davantage surpris qu'il n'a véritablement plu. L'auteur a réalisé le tour de force d'accumuler les calembours ­ "cette fiente de l'esprit qui vole", comme disait Victor Hugo tout en insérant les dix mots retenus cette année pour le concours de textes. Il en est résulté une sorte de pastiche de Pierre Dac, relu par Marcel Proust. Votre serviteur (qui a fait cinq fautes) ne vous cachera pas que, regrettant la belle dictée proposée l'année dernière par Carole Dagher, il s'est demandé si cet exercice convenait vraiment à la  francophonie « sans frontières » et ce qu'il pouvait bien signifier en dehors de l'Hexagone initiatique. Mais enfin, jugeons sur pièce :  

La dictée de Vincent Roca

Nous ne vivons pas en France, nous avons un passeport français, hérité du berceau ou  acquis  de  haute  lutte,  ou  peut­être sommes­nous  tout simplement  de  passage, mais  nous  vivons  ailleurs. Dans  un  pays riche. Un  pays  de  connaissance,  un  pays ouvert, sans frontières, éparpillé et par milliers, nous habitons… la langue française.

Un pays où les corneilles ne mangent pas les vers, elles les écrivent, où les racines sont du caviar, où le mot lierre grimpe aux murs des maisons, où tous les hommes naissent  Hugo,  où  les  banlieues s’appellent  Guitry­sur­scène,  Trénet­sous­bois  ou Villon ­le­ Bel. Un pays où travaillent de concert artisans parleurs timbrés, sculpteurs sur mots, souffleurs de vers et fariboles, un pays où les âmes s’enflamment, où les larmes slament, où des tourneurs­phraseurs oufs ambiancent la vie d’un charivari de tournures  alambiquées, d’un tohu­bohu  d’expressions  colorées,  un  pays  où les agents sont à la circonvolution, les docteurs sont ès­lettres, et les plumitifs esbroufe.

Une terre d’accueil où les mots sans papier circulent de bouche à oreille, où le droit au  chapitre  est inaliénable, où l’on s’enlivre à tire­larigot, où l’on ne paie pas la syntaxe à la valeur ajoutée, où les partitions ne sont que des tissus de notes qu’on pose sur  les  pupitres,  où  l’on se  chauffe  aux  pianos solaires,  où  la  lune  fait  des ellipses, un pays fertile où poussent les verbes aromatiques et la ligne vierge, où des hurluberlus parlants, diplômés des  arts­dico, nous offrent de magnifiques zigzags au  lexique,  un  pays  où  l’on  couche sur  le  papier  et  l’on s’endort  dans  les  tiroirs, quand le marchand de syllabes  est passé. Un pays où l’on se nourrit d’ailerons de refrains,  un  pays  bordé  d’allégories  où  l’on  mène  une  vie  de  poème,  les  vaches regardent  passer  les quatrains,  la bise devient  baiser,  la licorne muse et la cata…strophe.

[1] Lauréat du Prix Raymond Devos.
Voir aussi : www.spectacles.fr/artiste/vincent­roca